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Frédéric Lenormand saupoudre depuis toujours ses intrigues historiques d’un humour savoureux. Auteur des Nouvelles Enquêtes du juge Ti, il a notamment reçu le prix Arsène Lupin et le prix Historia du roman policier historique pour sa série Voltaire mène l’enquête.

Paris, avril 1777. La reine Marie-Antoinette reçoit la visite de son frère adoré, l’empereur Joseph II, venu à Versailles pour comprendre pourquoi le couple royal n’a toujours pas de descendance.

Mais les retrouvailles sont de courte durée. Joseph a tôt fait de se mettre sa sœur et son beau-frère à dos et surtout il veut mettre la main sur le code de Broglie, créé pour le cabinet noir du feu roi Louis XV, cabinet dissous par son petit-fils.

Ce code secret permettant d’entrer en contact avec les espions du royaume a été dérobé et le voleur se serait enfui… accoutré d’une robe de mariée ! Une création de Rose Bertin, la modiste de la Reine !

Marie-Antoinette veut mettre la main dessus avant son cher frère et elle confie cette mission de confiance à ses deux agents préférés : Rose Bertin, sa modiste et Léonard Autier, son coiffeur.

Peu importe que Rose et Léonard ne se supportent pas, ils doivent une fois de plus faire contre mauvaise fortune bon cœur pour mettre la main sur le code alors que l’intégralité de la famille Bertin débarque de leur Picardie natale, mettant sans dessus dessous Le grand Mogol…

Vous le savez si vous me suivez régulièrement, j’adore les comédies policières de Frédéric Lenormand, grand spécialiste des enquêtes en carrosses, en perruques poudrées et en robes à panier !

Je ne pouvais donc tout simplement pas résister à l’envie de découvrir La mariée était en Rose Bertin tant j’avais apprécié les deux précédents opus d’Au service de Marie-Antoinette : L’enquête du Barry et Pas de répit pour la reine.

Et ce nouveau volet ne fait pas exception à la règle, j’ai adoré cette enquête truculente, délicieuse et menée tambour battant, un petit bijou d’humour et d’intelligence.

Pour imaginer ses personnages, l’auteur a pioché dans l’entourage même de Marie-Antoinette, et en premier lieu sa modiste et son coiffeur qui ont réellement existé. Pour la reine, ils ont rivalisé d’imagination et sont restés dans l’histoire de la coiffure et de la mode pour des tenues et des perruques extravagantes et coûteuses !

Leur duo est ici explosif car nos enquêteurs se détestent cordialement et vont sans cesse vouloir se mettre des bâtons dans les roues afin de se damer le pion : Rose est une maniaque de l’organisation, Léonard, un noceur. Rose paye ses dettes, Léonard est d’une ladrerie rare. Rose est courageuse, Léonard peureux. Et j’en passe et des meilleurs.

Ils s’insultent copieusement, se raillent, gaussent de leurs bévues respectives mais ils vont devoir s’entendre pour mener à bien leur mission et retrouver le code de Broglie.

Le duo est attachant et on a plaisir à les suivre dans les rues et les tavernes de Passy comme dans le sillage de la reine à Versailles. L’auteur a bien travaillé la psychologie de ses personnages et certains passages sont vraiment drôles.

L’intrigue policière est bien menée, les suspects et les fausses pistes sont légion, les clins d’œil à l’Histoire de France et les traits d’humour font mouche, les titres des chapitres en sont un bon exemple : des souris et une femme, de Broglie code, qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, pour ne citer qu’eux.

La toile historique est aussi très bien respectée, Frédéric Lenormand connaît très bien le règne de Louis XVI et sous sa plume, on suit les coulisses de la diplomatie, les services secrets, la politique de cette époque et la vie à Versailles.

Comme toujours avec Frédéric Lenormand, cette comédie policière est enlevée, drôle et érudite : une vraie réussite ! J’espère qu’un autre tome arrivera vite car j’ai très envie de retrouver Rose et Léonard dans une nouvelle aventure.

Un grand merci à Babelio et aux éditions La Martinière pour cette lecture pleine de fantaisie, j’ai adoré.

 » – Papa ? Ca fait quoi d’être un poisson ? Mon père a sursauté, puis il a relevé la tête et s’est mis à nager vers moi. Sa petite bouche s’ouvrait et se fermait, comme s’il réfléchissait sérieusement à ma question. Finalement, il s’est décidé. – C’est mouillé. » Voilé comment tout a commencé : quelques jours après la mort de mon père, j’ai découvert qu’il était réapparu sous la forme d’un poisson clown. C’est extraordinaire ! Mais je ne pense pas que maman soit prête à l’entendre. Tant pis ! Ce sera notre petit secret pour l’instant… »

Quelque part en Angleterre. Lorsque son père meurt soudainement alors qu’il est au collège, Dak est désespéré. Après l’enterrement, alors que la maison est remplie de famille et d’amis, il se rend à l’aquarium municipal où ils aimaient tellement aller ensemble.

Là-bas, il aperçoit pour la première fois un poisson clown qui se met soudain à lui parler avec la voix de son père ! Sûr qu’il s’agit bien de lui et heureux enfin de le retrouver, Dak passe ses journées à l’aquarium, en compagnie de Violet, la nièce du directeur.

Mais des problèmes d’argent poussent la ville à fermer les lieux. Horrifié d’être séparé de son père pour toujours, il va se battre, avec l’aide de Violet, pour sauver l’aquarium !

Papa clown est un récit touchant et décalé sur le travail de deuil à destination des adolescents. Dak, le héros de l’histoire, est anéanti par la mort de son père, un homme drôle qu’il croyait invulnérable.

Sa mère est toute aussi anéantie et incapable de sortir de son lit des jours durant. Alors, refoulant ce décès qui est impossible pour lui, il va se mettre à croire que son père s’est réincarné dans le seul poisson clown de l’aquarium !

Ce subterfuge va lui permettre d’échapper à la douleur de cette disparition puisque finalement son père est bel et bien vivant. Il se rappelle de ses blagues, des bons moments passés avec lui et nous partagent moult souvenirs.

Et comme il ne veut plus être séparé de lui, il fuit le domicile, le collège, pour passer ses journées à l’aquarium. Garçon sensible, timide, passionné de poissons et d’écriture, il va y faire la connaissance de Violet, actrice née et dotée d’une sacrée personnalité.

Bien qu’assez antagonistes, ils vont former la paire pour sauver l’aquarium de la fermeture et orchestrer une véritable campagne de communication pour intéresser le public à leur combat en utilisant les outils d’aujourd’hui et notamment les réseaux sociaux.

Nos deux héros sont bien dessinés et attachants, et les adolescents pourront se reconnaître en eux très facilement, notamment sur l’aspect 2.0 du récit. La thématique du deuil est bien travaillée, et malgré le sujet sensible, on ne tombe jamais dans le pathos, il y a même bon nombre de passages cocasses.

La relation qui unit Dak à son père est très belle, on sent leur complicité, leur relation fusionnelle qui laisse notre héros bien démuni, seul face à son chagrin, après sa disparition. Heureusement, sa mère, après avoir succombé au chagrin, va remonter la pente et épauler son fils efficacement et on termine le livre avec à la fois le sourire et des larmes plein les yeux.

Un très joli roman que je vous conseille, que vous soyez concerné.e.s par le deuil ou non, vous serez touché.e.s par l’histoire de Dak, ça ne fait aucun doute.

Un grand merci aux éditions Flammarion jeunesse pour cette lecture émouvante, j’ai adoré !

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

challenge-un-pave-par-mois

Clarisse Sabard est née en 1984 dans une petite ville située en plein cœur du Berry. Après un bac littéraire, elle s’oriente vers le commerce. Un AVC la rattrape et elle décide de réaliser enfin son rêve : écrire. Passionnée de littérature et de voyages, elle vit aujourd’hui à Nice et se consacre à l’écriture. Son premier roman, Les Lettres de Rose, a reçu le Prix du Livre Romantique 2016, et connaît un beau succès (+ de 24 000 ex. vendus). Elle est également l’auteure de La Plage de la mariée (+ de 20 000 ex. vendus) et du Jardin de l’oubli parus aux éditions Charleston.

1910. Caussières, dans l’arrière-pays niçois. La jeune Agathe, est la fille des aubergistes du village mais rêve d’une autre vie. Elle aime passer du temps dans le jardin de la propriété de Gustave d’Aumart, un industriel qui a fait fortune dans les chemins de fer, lorsque la famille est absente.

C’est ainsi qu’elle fait la connaissance, avec d’autres enfants du village dont son meilleur ami Simon, d’Alfred, le fils de Gustave.

En attendant de vivre sa plume et de côtoyer le bon monde, elle est repasseuse et c’est ainsi qu’elle fait la connaissance de la belle Otero, célèbre danseuse et cocotte de la Belle Epoque, venue en visite chez les d’Aumart.

Cette rencontre qui va bouleverser la vie d’Agathe et unir son destin à la grande horizontale qui va la prendre sous son aile…

Un siècle plus tard, Faustine, journaliste free-lance qui a plaqué son fiancé devant l’autel, se remet tout juste d’une dépression, lorsqu’elle se voit confier la rédaction d’un dossier sur la Belle Epoque. Elle se rend alors à Caussières, chez sa grand-tante.

Caroline, âgée de quatre-vingt-dix ans lui révèle que sa mère a bien connu La Belle Otero, une figure qui fascine Faustine qui a décidé d’en faire l’héroïne de son article.

En discutant avec la vieille femme, elle apprend l’histoire d’Agathe, leur aïeule hors du commun.

En plongeant dans les secrets de sa famille, la jeune femme va remettre en question son avenir. Et la présence du ténébreux mais très secret Sébastien y est également pour quelque chose…

Le jardin de l’oubli signe mes retrouvailles avec Clarisse Sabard dont j’avais beaucoup aimé le premier roman, Les lettres de Rose et qui avait su me divertir avec La vie est belle et drôle à la fois.

Ce roman me tentait vraiment car vous n’êtes pas sans savoir que la Belle Epoque est une époque que j’affectionne et je trouve fascinante les courtisanes de cette période que furent La Belle Otéro, Liane de Pougy, Eve Lavallière, Cléo de Mérode, Yvette Guilbert, Cécile Sorel ou Emilienne d’Alençon.

J’attendais donc les passages qui me plongeraient à cette époque avec une certaine délectation mais malheureusement pour moi, ils arrivent bien tard dans le roman et surtout ils sont assez peu nombreux.

J’aurai pu m’en contenter si la partie contemporaine avait été à la hauteur de mes attentes, ce qui ne fut pas le cas. Je ne me suis pas attachée aux personnages, même si je les ai trouvés au demeurant bien sympathiques, et surtout, j’ai eu l’impression que Clarisse Sabard appliquait un canevas à toutes ces histoires, qui au fond, se ressemblent étrangement.

A commencer par l’héroïne contemporaine qui est fraichement célibataire après plusieurs années de relation, qui revient dans le giron familial et qui va tomber sous le charme du beau gosse du village, bonjour les clichés !

On voit venir la romance dès le début de l’histoire et on sait très bien comment tout ça va finir : par un happy-end général.

Toute cette partie contemporaine ne m’a pas intéressé, y compris lorsque le sujet des réfugiés tombe comme un cheveu sur la soupe, j’ai eu l’impression qu’il était juste là pour valoriser les personnages qui sont tous bons comme du bon pain, comme c’est toujours le cas d’ailleurs dans les romans de cette autrice. J’ai fini par lire ces passages en diagonale tant j’étais pressée de retrouver Agathe.

Heureusement, la partie historique est nettement plus intéressante et plutôt bien documentée même si je n’ai finalement rien appris de La Belle Otero, qui est assez peu présente dans cette histoire.

Clarisse Sabard sait, par contre, ménager ses effets et ses rebondissements, distille les informations au compte-goutte et j’ai beaucoup apprécié cet aspect-là, bravo à elle même si la façon dont Faustine découvre les secrets de sa famille, m’est apparue un peu trop simple.

Vous l’aurez compris, je ressors déçue de cette lecture que bon nombre de lectrices ont adoré, j’en attendais peut-être trop, mais si vous aimez les secrets de famille, il devrait vous plaire.

Nancy Springer, née le 5 juillet 1948 à Montclair dans le New Jersey, est une auteure américaine de fantasy, de science-fiction et de littérature pour jeunes adultes. Elle aussi été professeure de littérature dans deux universités. Spécialiste du détournement de personnages, elle est l’auteur de romans racontant les exploits d’Enola Holmes, la sœur du grand Sherlock Holmes, ainsi que celle de Rowan Hood, qui n’est autre que la fille de Robin des Bois.

Mai 1889 à Londres. Voilà plus de huit mois qu’Enola a échappé à la vigilance de ses frères aînés Mycroft et Sherlock qui souhaitaient la mettre en pension afin de faire d’elle une lady bonne à marier.

Depuis lors, la jeune fille s’emploie, par l’intermédiaire de son agence de recherches en disparitions, à résoudre des enquêtes, parfois même plus efficacement que son illustre frère !

Or voici que son chemin croise une ancienne connaissance, lady Cecily Alistair. Il est clair qu’elle est en plein désarroi et dument accompagnée par deux duègnes qui ne la quittent pas d’une semelle.

Juste avant de disparaître, elle glisse furtivement à Enola un éventail rose qui recèle un mystérieux message codé. Décidée à porter secours à sa jeune amie en détresse, Enola s’apprête à se lancer à sa poursuite lorsqu’elle tombe sur Mycroft qui tente de l’interpeller.

Elle perd alors la trace de Cecily mais ne s’avoue pas vaincue pour autant…

Après La double disparition, L’affaire Lady Alistair et Le mystère des pavots blancs, Le secret de l’éventail signe mes retrouvailles avec la petite sœur de Mycroft et Sherlock, Enola Holmes.

Si vous pensez que Sherlock Holmes est le meilleur détective de la famille Holmes, c’est parce que vous ne connaissez pas sa jeune sœur, Enola Holmes, qui a plus d’un tour dans son sac !

Élevée comme une herbe folle, féministe en diable, Enola vient à bout des messages codés et se révèle être une véritable professionnelle du déguisement, notre héroïne va retrouver une fois de plus ses frères sur son passage et va même aider son frère Sherlock, mandaté par lady Theodora pour retrouver sa fille.

Cette quatrième enquête me confirme tout le bien que je pensais de cette série et de son héroïne diablement courageuse, qui se retrouve seule et livrée à elle-même après la désertion de sa mère, et qui a du fuir les projets de Mycroft et Sherlock à son rencontre.

Ayant reçu une éducation très libre, Enola a épousé les idées suffragistes de sa mère et trouve bien étriqué le carcan dans lequel ses frères voudraient l’enfermer. Et bien qu’à la tête d’un pécule confortable, elle veut devenir le meilleur enquêteur du monde et damer le pion à son illustre frère qu’elle admire secrètement.

Comme dans les trois précédents opus, Enola enquête une fois de plus sur une disparition, celle de lady Alistair qu’elle devait déjà retrouver dans le second tome de la série, enlevée cette fois-ci par son propre père dans le but de la marier à son cousin.

Un mariage dont la jeune lady, éprise de liberté et de socialisme, ne veut à aucun prix. Sur ce point-là, Enola ne peut que l’approuver et il lui faudra toute sa sagacité pour venir à bout de cette enquête et permettre à Cecily de recouvrer la liberté.

J’ai beaucoup aimé ce quatrième volume, mon préféré à ce jour, je l’ai dévoré en une journée, prise par l’enquête et l’atmosphère que sait si bien décrire Nancy Springer qui nous confirme avec cet opus qu’elle connaît bien cette période.

L’histoire bien construite, avec une pointe d’humour, et une très bonne toile de fond historique les plongera dans une ambiance victorienne réussie, et qui sait, leur donnera peut-être envie de lire du Sherlock Holmes.

En bref, un très bon roman policier pour les jeunes lecteurs, porté par une héroïne attachante, garanti sans violence ni hémoglobine, qui leur permettra d’appréhender cette période.

Jérôme Garcin est l’auteur d’une vingtaine de livres parmi lesquels La chute de cheval, Olivier, Le voyant ou Le syndrome de Garcin.

Paris, 25 novembre 1959, le plus grand acteur de sa génération, Gérard Philipe, rend son dernier soupir. Il avait trente-six ans et l’allure d’un éternel adolescent, il la gardera pour l’éternité.

Fourmillant de projets, vivant à cent à l’heure, actif au théâtre comme au cinéma, il est alors l’une des principales vedettes et ce, depuis l’après-guerre.

Opéré du foie deux semaines seulement avant son décès, il pensait recouvrer la santé, sa femme Anne ayant préféré le laisser dans l’ignorance de son mal réel, un rare cancer du foie.

Dans les derniers jours de sa vie, il annotait encore des tragédies grecques, rêvait d’incarner Hamlet et se préparait à devenir, au cinéma, l’Edmond Dantès du Comte de Monte-Cristo. C’est qu’il croyait avoir la vie devant lui.

De son dernier été à Ramatuelle au dernier hiver parisien, semaine après semaine, jour après jour, l’acteur le plus accompli de sa génération se préparait, en vérité, à son plus grand rôle, celui d’un éternel jeune homme.

Jérôme Garcin nous propose avec Le dernier hiver du Cid, d’assister aux semaines qui ont précédé la mort de ce grand acteur qui a bercé mon adolescence mais qui est tombé dans l’oubli : le beau Gérard Philipe.

L’auteur n’a bien évidemment jamais connu le comédien mais a épousé sa fille unique, Anne-Marie Philipe, qui a marché dans les pas de son père, néanmoins de façon plus discrète, abonnée aux rôles mineurs.

Sous la plume de l’animateur du Masque et la plume, on découvre un Gérard Philipe intime, et pour moi qui ai vu plusieurs de ses films mais qui ne connaissait rien de sa vie, j’ai appris une foule de choses et notamment l’influence de son épouse Anne, qui l’a poussé à intégrer le TNP et à aller vers des rôles exigeants, loin des comédies légères dont les jeunes femmes étaient friandes.

De son rôle dans la résistance et dans la libération de Paris à ses grands personnages au théâtre et au cinéma, Jérôme Garcin nous fait cheminer au plus près de l’inoubliable interprète du Cid, de Lorenzaccio,de Valmont des Liaisons dangereuses 1960, d’Amédéo Modigliani de Montparnasse 19, d’Octave Moret de Pot-Bouille ou du sémillant Armand de la Verne des Grandes Manœuvres, de Fanfan la tulipe… pour ne citer que ceux-là.

J’ai une tendresse particulière pour cet acteur et ce récit est un bel hommage publié à l’occasion des soixante ans de son décès. On suit jour après jour son combat contre la maladie apparue soudainement et qui va se révélée inguérissable.

On découvre un homme passionné par son métier d’acteur de théâtre à l’époque du très grand TNP de Jean Vilar. Un acteur engagé, fondateur d’un syndicat d’acteurs, l’homme de gauche et ses engagements, cet aspect est éminemment intéressant. On voit le père de famille, très proche de ses enfants avec lesquels il jouait et à qui il racontait des histoires.

On découvre également son épouse Anne qui fait face à l’impossible d’une façon extraordinaire et qui va permettre à son mari de rêver au théâtre et à ses rôles, de croire qu’il va aller à la montagne et à Ramatuelle, leur maison de vacances, jusqu’au dernier moment. On rencontre leurs amis Jean Vilar, René et Bronia Clair, Claude Autant-Lara, Pierre Velley, Georges Perros… et sa famille.

Un livre très bien écrit et très documenté sur les derniers mois d’existence de Gérard Philipe, plein d’empathie et riche d’informations sur cet époustouflant comédien qui intéressera ses admirateurs et ses admiratrices et qui, j’espère, permettra aux plus jeunes de le découvrir et qui sait, de voir ses films.

Apicultrice en Sardaigne, Cristina Caboni partage son temps entre ses abeilles et l’écriture. Ses livres sont tous d’énormes succès en Italie et en Allemagne. Après Le Parfum des sentiments et Le Jardin des fleurs secrètes, Une vie entre les pages est son troisième roman publié aux Presses de la Cité.

Sofia Bauer, relieuse à ses heures perdues, vit à Rome. Elle est mariée depuis cinq ans avec Alberto pour qui elle a abandonné son travail, ses amis. Et depuis que son couple bat de l’aile, elle sent son existence lui glisser entre les doigts, voudrait bien mettre un terme à ce mariage dont elle ne veut plus mais Alberto ne l’entend pas de cette oreille.

Passionnée de livres anciens, elle entre un jour par hasard, dans une librairie et s’y voit offrir un vieil ouvrage d’un auteur qu’elle admire, Christian Fohr, contre la promesse de le remettre en état.

Alors qu’elle s’attelle à la restauration Du discours de la nature, Sofia tombe sur une lettre manuscrite, dissimulée entre les pages. Celle-ci est signée de la main de la relieuse originale du livre, une certaine Clarice von Harmel, ayant vécu à Vienne au début du XIXe siècle.

Une femme qui s’est battue pour son indépendance et sa liberté, les payant au prix fort. Elle y évoque un fascinant secret que Sofia n’aura alors de cesse de mettre au jour, aidée en cela par Tomaso Leoni, chasseur de livres rares et expert en graphologie.

Indice après indice, le couple mène une enquête rocambolesque à travers l’Europe et redonne une voix à Clarice, dont le courage et la détermination guideront Sofia sur le chemin de sa nouvelle vie…

Une vie entre les pages est le troisième roman de l’italienne Cristina Caboni et cette histoire, pleine de charme, a su me séduire aussi bien dans sa partie contemporaine qu’historique même si j’ai une préférence pour Clarice qui a su se battre pour mener une existence conforme à ses désirs malgré les écueils qu’elle va rencontrer alors que Sofia n’a pas été capable de le faire dans une société, certes toujours aussi masculine, mais dans laquelle la femme a heureusement voix au chapitre.

J’ai beaucoup aimé l’enquête que va décider de mener Sofia, sa volonté à percer les secrets de la vie de Clarice. Cristina Caboni offre un véritable jeu de pistes à son lecteur et je me suis moi aussi attelée à chercher la solution aux énigmes.

La plume de l’autrice est fluide et l’histoire rondement menée, au point que j’ai tourné les pages avec une certaine avidité pour venir à bout de ce récit en deux jours seulement.

Les personnages, principaux et secondaires, sont attachants. La galerie de personnages proposée par l’autrice est intéressante : des grands-parents au libraire, pour le récit contemporain, au voisin relieur de Clarice pour le récit historique, tous ont leur importance et j’ai apprécié cet aspect.

Ce que j’ai aussi beaucoup aimé, c’est le parallélisme indéniable entre les deux héroïnes à deux siècles près, leur amour inconditionnel pour les livres et le dénouement proposé par l’autrice qui a bien des ramifications.

Deux petits bémols toutefois : j’aurai aimé que Cristina Caboni nous montre Clarice en train de relier les livres car on ne la voit jamais à l’oeuvre et l’histoire d’amour entre Sofia et Tomaso bien trop prévisible, mais ceci mis à part, quel beau roman !

Je ne peux que vous recommander cette ode au pouvoir des livres, mais aussi au courage et à la force des femmes et à remercier les éditions Presses de la cité pour cette lecture qui m’a transportée et exaltée pendant près de 400 pages.

« Il y avait peut-être une place pour moi dans ce monde, après tout. Une place où je ne serais ni étrange ni égoïste, où je ne serais une déception pour personne. Qui pourrait être déçu par une femme qui découvrirait tant de merveilles scientifiques ? Ma mère, sans doute. Mais je ne voulais pas y penser.

Eté 1899, comté de Caldwell, au Texas. Calpurnia Virginia Tate (Callie V.) a 12 ans et a trois frères ainés et trois frères cadets : Harry 17 ans, Sam Houston 14 ans, Lamar 13 ans, Travis 10 ans, Sul Ross 8 ans et Jim Boure 3 ans.

Seule fille de la fratrie, elle subit la sévérité de sa mère qui entend bien en faire une future femme d’intérieur accomplie alors que Callie ne rêve que d’être dehors, son père dirige la fabrique de coton de Fentress.

Tout en développant son esprit scientifique, Calpurnia Tate, onze ans, continue de partager avec son grand-père les enthousiasmes et les doutes quant à ses découvertes. Elle affirme sa personnalité au milieu de ses six frères et se confronte aux difficultés d’être une jeune fille à l’aube du XXe siècle. Apprendre la cuisine, la couture et les bonnes manières, comme il se doit, ou se laisser porter par sa curiosité insatiable ? Et si elle ne voulait pas faire son entrée dans le monde comme toutes les jeunes filles de son âge ? Et si la science pouvait ouvrir un chemin vers la liberté ?

Calpurnia est l’adaptation éponyme du roman d’apprentissage signé Jacqueline Kelly. J’avais trouvé le roman charmant même si il y avait trop de longueurs à mon goût et cette adaptation très fidèle du roman n’a pas ce travers, j’ai donc passé un excellent moment avec cette bande dessinée qui reprend la trame du roman et qui fait la part belle à l’héroïne, sa découverte de la nature et à la belle relation qui l’unit à son grand-père.

Les planches de Daphne Collignon sont comme toujours superbes, ses dessins tout en rondeur sont un régal pour les yeux, sa maîtrise des couleurs (noir et blanc, sépia ou ocre) fait merveille et c’est un vrai plaisir que de parcourir les pages, de la première jusqu’à la dernière.

Les personnages sont très expressifs et les planches sont variées : tantôt sous forme de cases, tantôt sous forme de planches naturalistes, quant à la police de caractère façon écriture manuscrite, elle est très lisible et agréable à lire.

Comme le roman, l’adaptation aborde très intelligemment l’adolescence, la condition féminine et l’envie d’émancipation de son héroïne qui déteste jouer au piano, faire du crochet ou converser en français, entre autres choses, tout ce que sa mère considère comme essentielles à une jeune fille.

Il faut dire qu’à l’époque la science était un domaine réservé aux hommes et peu de femmes ont alors accès aux études supérieures mais Bon-Papa croit en elle et refuse que sa petite-fille si vive d’esprit, soit cantonnée aux tâches ménagères.

Un second volume tout aussi réussi que le précédent que je conseille à tous et plus particulièrement aux jeunes filles qui délaissent souvent les études scientifiques, Calpurnia, personnage très attachant, les fera peut-être changer d’avis !

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture pleine de charme !