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Sur le front de la Somme, la guerre n’en finit plus de finir. Vasseur et Jansen, deux lieutenants français terrorisés par l’imminence d’une dernière grande offensive qu’on annonce terriblement meurtrière, décident de fuir le front. Les voilà déserteurs, et bientôt, pour préserver leur retraite, assassins.
Sous de fausses identités, ils trouvent refuge à l’Arrière, dans une étrange propriété forestière, à l’abri de la guerre et du monde. Là vivent un vieil industriel anobli désormais ruiné par la suspension des activités économiques, et sa fille Mathilde, poitrinaire et somnambule.
Mais François Delestre, dit  » le Chien de sang « , un capitaine de gendarmerie, traqueur de déserteurs, est déjà sur leur piste. Comme les limiers de chasse au flair infaillible, il a la réputation de ne jamais lâcher sa proie…

Août 1918, Pierre Vasseur et Adrien Jansen, deux lieutenants incorporés dès août 1914 et décorés pour leurs faits d’armes, n’en peuvent plus d’attendre la fin de la guerre. A la veille d’un nouvel assaut, les deux soldats décident de fuir le front.

Jansen, l’instituteur, n’est pas rassuré à l’idée de faire équipe avec Vasseur qu’il considère comme un psychopathe, ayant été témoin d’actes violents et cruels perpétrés par son acolyte.

Ils profitent de la nuit pour prendre la poudre d’escampette et parviennent à prendre l’identité de deux médecins tués par des ulhans. Particulièrement chanceux, ils arrivent à trouver refuge dans la propriété d’un vieil industriel au bord de la ruine.

Mais l’Armée a dépêché à leurs trousses un gendarme surnommé Chien de sang, qui a pour tâche de remettre la main sur les déserteurs, il n’a jamais échouer et ne compte pas laisser filer les deux hommes sans qu’ils soient punis par son arme ou le peloton d’exécution…

Comme vous avez du le remarquer, la première guerre mondiale est un sujet qui m’intéresse beaucoup et cette thématique des retournants, autrement dit des déserteurs, a éveillé mon intérêt.

D’un point historique, ce roman est réussi. Michel Moatti arrive fort bien à nous immerger dans l’atmosphère qui règne à l’Arrière pendant le premier conflit mondial. On se rend ainsi parfaitement compte qu’hors des zones de combat, les gens ont assez peu souffert au quotidien de la guerre. Quelques privations bien sûr en terme de nourriture notamment mais c’est à peu près tout.

Vasseur, à l’origine de leur évasion, la justifie sans cesse auprès de son compagnon d’infortune, lui faisant remarquer que pendant qu’eux se faisaient tirer dessus et devaient lutter chaque jour, la peur au ventre, pour leur survie, les civils avaient du bon temps et surtout un certain nombre de petits malins tiraient grandement partie de la guerre en s’adonnant au marché noir et en s’enrichissant.

Le contexte historique est donc parfaitement rendu que ce soit le quotidien à l’arrière que l’horreur des tranchées, l’auteur parsème son récit de détails historiques qui donnent beaucoup de crédibilité au récit.

Du côté du suspens, je suis un peu déçue. Il y a certes beaucoup de tension lors de la fuite des deux déserteurs, truffée de mensonges et de meurtres sanglants et violents, mais lorsque notre duo trouve refuge chez les de Givrais, l’atmosphère angoissante et oppressante retombe comme un soufflet et j’avoue que par moments je me suis un peu ennuyée.

De plus, je m’attendais à une véritable chasse à l’homme menée par le gendarme Delestre pour retrouver les fugitifs et si il mène bien son enquête sur les pas des fuyards, on le voit trop peu pour redonner une vraie tension au récit lorsque celui-ci s’essouffle un peu. Quant au dénouement fantastique, il ne m’a pas convaincue.

Les personnages de Vasseur, le psychopathe, et Jansen, le sensible, m’ont cependant semblé intéressants et forment un duo complexe que j’ai aimé suivre. Dommage que l’auteur ait hésité entre plusieurs genres car d’un point de vue purement historique et psychologique, c’est vraiment bien vu.

A mon sens, Les retournants tient davantage du roman noir relativement réussi que du thriller, d’où sans doute ma petite déception. Une lecture un peu mitigée en ce qui me concerne hélas même si il a des qualités historiques indéniables.

Un grand merci à l’agence Agnès Chalnot et à HC Editions pour cette lecture et pour leur confiance.

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Lu dans le cadre du Mois anglais :

Wiggins est chargé par Sherlock Holmes de retrouver Richard Western, un dangereux fugitif qu’on soupçonne de s’être réfugié sur la côte bretonne. Sur le bateau qui le mène en France, le jeune apprenti détective est abordé par un individu inquiétant. Mais à son arrivée à Roscoff, les journaux lui apprennent que Richard Western vient d’être arrêté par Sherlock Holmes ! Qui est alors le mystérieux inconnu à l’oeil de verre rencontré sur le bateau ?

Wiggins est un jeune garçon vivant dans le misérable quartier londonien de sinistre réputation, Whitechapel. Il gagne sa croute en vendant des journaux dans les rues de Londres.

Mais Wiggins a un grand rêve, celui de devenir un grand détective à l’instar d’un homme qu’il admire et pour qu’il travaille occasionnellement : Sherlock Holmes !

Il s’est récemment lié d’amitié avec un jeune vendeur d’oignons breton, Louis, et celui-ci, sur le point de repartir pour Roscoff avec l’ensemble des vendeurs d’oignons, propose à Wiggins de venir avec lui.

Wiggins, bien qu’un peu triste à l’idée de quitter pendant quelques temps Mr Holmes et sa maman, toujours employée aux cuisines du duc et de la duchesse Brazenducke, accepte la proposition.

Afin de payer sa traversée, le jeune garçon multiplie les emplois mais alors qu’il est pris dans une bagarre avec d’autres irréguliers, il perd la totalité de son argent. Heureusement pour lui, un dangereux bandit, Richard Western s’est évadé de prison et le célèbre détective, persuadé que le malfrat veut regagner la France, charge son jeune enquêteur d’aller sur sa piste…

Nous avions découvert mon fils aîné et moi-même en 2016 la série Wiggins de Béatrice Nicodème dont nous avions lus les deux premiers opus Wiggins et le perroquet muet et Wiggins et la ligne chocolat. Nous avons poursuivi il y a peu avec Wiggins chez les Johnnies et j’ai profité du mois anglais pour rattraper mon retard sur mon empereur de fils en jetant mon dévolu sur Wiggins et les plans de l’ingénieur.

Ce quatrième volume confirme tout le bien que je pense de cette série policière destinée aux apprentis détectives dès 10 ans. C’est une série que je trouve très réussie, à la fois drôle et pleine de suspens, le tout dans le Londres de l’époque victorienne et dans le sillage du détective consulting le plus célèbre, à savoir Sherlock Holmes.

Ce jeune Wiggins est très attachant et Béatrice Nicodème nous montre un héros une fois encore bien courageux, faisant montre de ténacité pour réaliser les buts qu’il s’est fixé et découvrir une fois de plus le fin mot de l’histoire.

Béatrice Nicodème sait faire revivre à merveille la capitale anglaise de cette époque et fait découvrir à ses jeunes lecteurs la vie quotidienne d’un enfant pauvre de l’ère victorienne, un sort loin d’être enviable même si Wiggins n’est pas le plus mal loti.

Elle fait la part belle ici à la sagacité et à la débrouillardise de Wiggins, remonté comme un coucou contre son mentor à qui il veut damer le pion en bouclant l’affaire des plans de l’ingénieur avant lui !

Un roman que je conseille à tous les apprentis détectives et à ceux qui souhaitent faire découvrir l’Angleterre victorienne et Arthur Conan Doyle à leurs enfants.

Une histoire sans temps mort, avec du suspens et de nombreuses péripéties qui permettra aux jeunes lecteurs de passer un chouette moment de lecture. Quant à nous, nous poursuivrons notre découverte de cette série qui nous plaît beaucoup.

Lu dans le cadre du Mois anglais :

Philip, sans la connaître, déteste cette femme que son cousin Ambroise, avec lequel il a toujours vécu étroitement uni dans leur beau domaine de Cornouailles, a épousée soudainement pendant un séjour en Italie.
Quand Ambroise lui écrira qu’il soupçonne sa femme de vouloir l’empoisonner, Philip le croira d’emblée. Ambroise mort, il jure de le venger.
Sa cousine, cependant, n’a rien de la femme qu’imagine Philip. Il ne tarde pas à s’éprendre d’elle, à bâtir follement un plan d’avenir pour finir par buter sur une réalité de cauchemar.

Depuis le décès de ses parents alors qu’il n’était qu’un bébé, Philip Ashley vit avec son cousin Ambroise de vingt ans son aîné. Vieux garçon, celui-ci gère le domaine qu’il compte léguer à sa mort à Philip. Depuis plusieurs années, le climat humide des Cornouailles ne réussit guère à la santé d’Ambroise. Son médecin lui préconise de passer l’hiver dans un climat plus propice et lui conseil le sud de l’Europe.

C’est ainsi que Ambroise décide de séjourner à Florence. Là bas, il fait la connaissance de Rachel, la veuve de Cosimo Sangaletti, un aristocrate italien qui l’a laissé sans le sou. Sans la connaître, Philip déteste cette femme que son cousin épouse soudainement.

Quand Ambroise lui écrit qu’il soupçonne son épouse de vouloir l’empoisonner, Philip prend la route pour Florence mais lorsqu’il arrive sur place, les domestiques lui apprennent le décès d’Ambroise et la fuite de Rachel…

Aux tous débuts du blog, j’avais découvert la plume de Daphne du Maurier à la lecture de Rebecca pour lequel j’avais eu un coup de cœur. Près de six ans plus tard, je me suis enfin décidée à sortir Ma cousine Rachel de ma PAL, grâce à Belette qui m’a accompagné dans cette lecture, et de nouveau, un coup de cœur !

Publié en 1951 et considéré comme un grand classique de la littérature anglaise, ce roman n’a pourtant rien à envier aux meilleurs thrillers du moment tant il est efficace. Véritable page turner, ce récit se révèle palpitant de bout en bout, et difficile à lâcher une fois entamé !

L’écriture de Daphné du Maurier nous happe dès la première ligne, habile à nous prendre dans la toile de son roman maîtrisé à la perfection. Roman du doute, elle questionne nos cellules grises tout au long du récit.

On met nos pas dans ceux de Philip, dans un premier temps, vent debout contre sa cousine, et que par son charisme, elle va prendre dans ses filets, faisant sauter les barrières de prévention qu’il avait contre elle, une à une, sans le moindre mal.

Rachel est-elle seulement vénale ? Est-elle un ange ou un démon ? Une mante religieuse qui tue ses amants ? Se sert-elle de Philip pour percevoir un héritage dont elle a été écartée par son mari ? Voici quelques-unes des questions que nous soumet la romancière anglaise au fil du récit.

Daphne du Maurier nous donne des pistes, attire notre attention sur certains faits mais sans pour autant asséner une quelconque vérité.

Une fois le point final arrivé, il ne nous reste plus qu’une intime conviction, en tout cas je me suis fait la mienne car ni Rachel, ni son entourage italien n’explique clairement la mort d’Ambroise.

Daphne du Maurier nous propose ici une intrigue convaincante, des personnages intéressants et un récit dans la même veine que Rebecca : la même intensité, la même intemporalité, le même suspense, la même atmosphère d’angoisse impalpable, de menace sourde, un machiavélisme maîtrisé…

Tout ce qui m’avait plu dans Rebecca, je l’ai retrouvé dans Ma cousine Rachel, c’est sans doute pour ces raisons que j’ai adoré ma lecture. L’écriture de Daphne du Maurier est belle, fluide, l’intrigue bien construite et la fin qu’elle nous propose, si elle m’a surprise, me laisse satisfaite, pour moi, il ne pouvait en être autrement.

Je vous invite à découvrir l’avis de Belette ici, une fois de plus, nous sommes sur la même longueur d’ondes !

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  et du Mois anglais :

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Angleterre, avril 1946. La jeune femme qui remonte l’allée de Sheperd House, majestueux manoir du Kent, a le coeur lourd. Car aujourd’hui, Maggie Fuller, jeune veuve au fort caractère, petite-fille d’une des premières suffragettes, fille d’une sage-femme féministe, entre au service des très riches Lyon-Thorpe.
Elle qui rêvait de partir en Amérique et de devenir médecin va s’installer dans une chambre de bonne. Intégrer la petite armée de domestiques semblant vivre encore au siècle précédent n’est pas chose aisée pour cette jeune femme cultivée et émancipée. Mais Maggie va bientôt découvrir qu’elle n’est pas seule à se sentir prise au piège à Sheperd House et que, contre toute attente, son douloureux échec sera le début d’un long chemin passionnel vers la liberté.

Sheperd House, dans le Kent, 1946. Maggie Fuller vient de perdre son mari Will, lourdement handicapé, depuis sa chute d’un toit en 1939. En dépit de sa volonté de devenir médecin, la jeune femme, fille et petite-fille de sages femmes féministes en diable, a fait une croix sur ses études pour s’occuper de son époux.

Bien qu’ayant tout sacrifié pour Will, leur union sera malheureuse et en ce jour d’avril, elle se présente pour prendre le poste de femme de chambre de lady Lyon-Thorpe, que l’ensemble de la domesticité a affublé du sobriquet de Pippa-ma-chère, dans son dos.

Son but est de gagner suffisamment d’argent afin de gagner l’Amérique et d’y poursuivre enfin des études de médecine. Sa condition de domestique est pour elle bien dégradante et contre toutes les idées progressistes qu’elle prône.

Les Lyon-Thorpe sont en effet l’archétype même de l’aristocratie anglaise qui continue de mener une existence oisive et edwardienne. Alors qu’elle tente de retrouver son chemin dans l’immense propriété, elle tombe sur sir John Lyon-Thorpe, une rencontre qui va changer sa vie…

L’aile des vierges est le quatrième roman de Laurence Peyrin. Cette ancienne journaliste s’est fait connaître avec La drôle de vie de Zelda Zonk (prix Maison de la presse 2015), Hanna et Miss Cyclone qui fut l’une de plus belles lectures de 2017.

Et si j’ai beaucoup aimé les précédents opus de l’auteure, cette fois-ci ce fut un coup de cœur. Je crois que Laurence Peyrin devient véritablement une valeur sûre à mes yeux car à chaque lecture, la magie opère et me transporte.

Tout d’abord l’atmosphère à la Downton Abbey de la première partie du roman m’a comblé, j’adore cette série et l’auteure nous montre à merveille comment fonctionne la domesticité d’une telle maison, avec ses hiérarchies, ses jalousies et privilèges, etc. C’est la première fois que Laurence Peyrin s’essaie au roman historique et c’est vraiment une réussite !

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, Maggie va secouer la domesticité de ce vénérable lieu et tenter de leur communiquer ses idées progressistes. Mais au-delà de ces thématiques sociales, Laurence Peyrin nous propose une magnifique histoire d’amour entre deux personnages qui n’auraient jamais du tomber amoureux l’un de l’autre : Maggie et sir John.

J’ai adoré le personnage de Maggie O’Neill, fille et petite-fille de suffragette. Une femme forte, indépendante, élevée dans les préceptes du féministe et qui se sent tiraillée entre ses désirs et la tradition féministe de sa famille. Tout au long du récit, elle essaie de s’inspirer de sa mère et de sa grand-mère dont les portraits trônent au-dessus de son lit et ne va jamais choisir la facilité.

Sir John Lyon-Thorpe n’est pas en reste. Obligé de régner en maitre sur le domaine, il n’attend qu’une chose : passer le relais à son fils ainé et regagner l’Afrique où il souhaite s’investir dans la cause animale.

Deux personnages en apparence pris au piège de leur destin et qui vont tout faire pour mener à bien leurs rêves. En dehors de ces deux personnages principaux, l’auteure nous propose une galerie de personnages secondaires très intéressants, notamment Kitty, la jeune femme de chambre qui rêve de trouver l’amour ou sir Albert Lyon-Thorpe, le grand-père de sir John, qui à la veille de mourir, ne cesse de penser à son grand amour Clemmie.

L’aile des vierges m’a littéralement conquise, j’ai adoré cette belle histoire qui m’a fait vibrer et émue aux larmes et je ne peux que vous conseiller les romans de Laurence Peyrin d’une manière générale et celui-ci en particulier !

Un grand merci aux éditions Calmann-Lévy pour ce coup de coeur !

On se retrouve aujourd’hui pour le traditionnel bilan des pavés lus en mai par l’ensemble des participants au challenge. Et je dois dire qu’après un mois d’avril en nette hausse, le mois de mai et tous ses points s’est révélé catastrophique niveau lecture puisque nous n’affichons que 9 lectures au compteur !

Au menu de ces quatre dernières semaines du polar, des romans contemporains et un peu de jeunesse. Un grand merci aux fidèles à ce rendez-vous, qui chaque mois m’accompagne depuis quatre ans maintenant, que le temps passe vite!

Pour connaitre le récapitulatif mois par mois et par participants, je vous invite à aller ici.

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Maintenant place aux livres lus au cours du mois de mai, nos avis vous inciteront peut-être à les sortir ou à les ajouter à votre PAL :

Bien entendu vous pouvez encore nous rejoindre puisque ce challenge est illimité, vous pouvez vous inscrire à la suite de ce billet ou ici ! Et si j’ai oublié une de vos participations, n’hésitez pas à me le signaler en commentaire.

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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1993. En plein jour, dans une rue bondée de Floride, une femme de quatre-vingt-seize ans abat froidement un membre du Ku Klux Klan.
1919. Bannie par les siens, Alicia Cortez, vingt-deux ans, quitte La Havane pour rejoindre l’Amérique et sa cousine Beatriz, tenancière du Pearl’s, l’une des maisons closes les plus fréquentées de Key West.
Avec son charme exotique, la belle Cubaine trouve rapidement sa place dans cet univers sensuel et secret. Aidée de John, vétéran tourmenté et propriétaire d’un bar voisin, Alicia va jusqu’à organiser la contrebande d’alcool, pour contrer les lois de la prohibition. Et leur amitié laisse bientôt place à une profonde attirance.
Mais la menace du Klan gronde dans l’archipel…

1993. Une vieille dame quasi centenaire revient agitée de sa ballade quotidienne, va chercher son colt puis ressort afin de gagner le rassemblement du Ku Klux Klan. Là, elle abat froidement Charlie Simpkins, kleagle du Klan, sous les objectifs des caméras et des photographes venus en nombre couvrir l’événement.

1919. Alicia Cortez, 22 ans, une beauté métisse bien éduquée, a du fuir son mari et La Havane, et débarque à Key West avec des G.I’s revenus de France. Beatriz est venue l’accueillir et Alicia découvre avec effroi que sa cousine est tenancière d’un bordel, Le Pearl, et que c’est désormais là qu’elle va élire domicile.

Mais les soldats ont ramené avec eux l’épidémie de grippe espanole qui a déjà fait des millions de morts en Europe au cours de laquelle Beatriz va perdre la vie. Avant de rendre son dernier soupir, elle fait promettre à Alicia de prendre sa place au Pearl avec l’aide de John Morales, qui tient le bar en face.

L’ancien soldat décoré de la croix de guerre et la jolie métisse vont bientôt tomber amoureux et emménager ensemble en dépit des mises en garde de leur entourage, des lois et des avertissements du Klan qui interdisent tout rapprochement entre blancs et noirs…

Les brumes de Key West est le second roman de Vanessa Lafaye publié en France après le remarqué Dans la chaleur de l’été publié en 2016 et le dernier que l’on aura à lire puisque l’auteure a hélas succombé à un cancer en février dernier.

Si le début de l’intrigue et son épilogue se déroulent en 1993, le reste du roman a pour cadre Key West en 1919. Vanessa Lafaye, comme elle l’explique dans sa note à la fin de l’ouvrage, s’est inspiré de la vie de Manuel Cabeza et de son histoire d’amour mixte qui l’a unit à Angela, sa compagne métisse, tenancière de maison close connue sous le nom de Rosita Negra, la Rose Noire.

A partir de ce tissu véridique, l’auteure a bâti une intrigue totalement fictive mais qui s’inspire de faits réels ayant eu lieu en 1919 à Key West. Je dois dire que j’ai été littéralement happée par cette histoire dès les premières pages et conquise par la plume fluide de Vanessa Lafaye, c’est bien simple j’ai dévoré cette très belle histoire, portée par des personnages attachants, imparfaits mais captivants et au caractère bien trempé.

Au-delà de l’histoire d’amour impossible entre John et Alicia, l’auteure met le doigt là où ça fait mal, nous relate une époque où les amours mixtes étaient prohibées et où le Ku Klux Klan avait beaucoup d’adepte et se livrait à des exécutions sommaires, des lynchages en toute impunité et sans jamais être inquiété par la police ou la justice.

On sent bien au fil du récit que l’on se dirige doucement mais sûrement vers un drame et qu’il n’y aura pas de fin heureuse, on espère se tromper et on reste captivé par le récit jusqu’au point final.

Outre ce duo de héros et l’histoire d’amour qui les unit, l’auteure fait évoluer un autre personnage, adolescent au moment des faits : Dwayne Campbell, le fils du pasteur, qui vit dans l’ombre et la terreur de ce père qu’il adule et qu’il accompagne dans les réunions du Klan.

Ce jeune homme qui travaille pour un marchand juif qu’il aime beaucoup ne comprend pas les motivations des suprématistes blancs bien qu’il soit attiré par le message du Klan, présenté comme une cause juste pour le plus grand bien. Il s’interroge pourtant et questionne son père : pourquoi vouloir chasser son employeur qui est un homme doux et bon juste parce qu’il est juif ? Pourquoi tuer des noirs juste pour leur couleur de peau ? etc. Et le père répond : mais c’est pour leur bien et pour que l’Amérique reste une nation forte.

J’ai beaucoup aimé ces trois personnages complexes et la voie courageuse qu’ils vont suivre à mesure que le récit avance. Un récit que j’ai refermé à regret et qui m’a confirmé qu’il fallait absolument que je lise Dans la chaleur de l’été.

Un très beau roman que je vous conseille vivement si vous aimez les romans historiques, les histoires d’amour et ces questions raciales qui ont agité l’Amérique et qui l’agitent toujours.

De 1976 à 1983, la dictature militaire qui régit l’Argentine fait disparaître près de 30 000 opposants politiques, pour la plupart assassinés. Parmi eux, des jeunes femmes enceintes auxquelles leurs enfants seront arrachés à la naissance. Depuis 1977, leurs grands-mères recherchent ces 500 bébés volés…

Buenos Aires, 1998. Santiago et Mario sont étudiants et les meilleurs amis du monde. Le premier collectionne les conquêtes, le second se passionne pour Adolfo Bioy Casares.

Les mères de la place de mai continuent de manifester et de rechercher les 500 bébés volés à leurs parents par la dictature argentine de Pinochet et appellent celles et ceux qui doutent de leur identité à faire un test ADN.

Mario, qui ne ressemble pas à ses parents et s’interroge beaucoup, décide de faire ce test. Santiago l’accompagne et va tomber fou amoureux de Victoria, l’infirmière. La jeune femme a appris il y a quelques années seulement qu’elle faisait partie de ces bébés volés à leurs familles et cherche depuis ses parents, en vain.

Alors qu’il n’a aucun doute sur ses géniteurs, Santiago décide de faire le test dont les résultats vont bouleverser la vie…

Vies volées : Buenos Aires, Place de mai met en scène des héros fictifs mais inspirés de la réalité. A travers ces personnages, Matz et Mayalen Goust ont voulu évoquer les différentes trajectoires et situations dans lesquelles ont pu se trouver les véritables victimes de la dictature argentine.

Car le contexte historique est bien réel : de 1976 à 1983, l’Argentine a vécu sous le joug de la dictature militaire qui a fait périr près de 30 000 opposants politiques, en général des étudiants, dont la grande majorité a été torturée puis exécutée dans des conditions épouvantables, notamment les femmes jetées vivantes d’un avion ou d’un hélicoptère !

Parmi ces victimes, plusieurs centaines de femmes enceintes dont les bébés sont nés en captivité avant d’être arrachés à leur mère afin d’être confiés à des familles de policiers, militaires, des proches du régime ou de familles estimées « sûres ».

Dès 1977, les mères de ces « desaparecidos » ont fait preuve d’un grand courage en bravant le régime totalitaire et leur combat a trouvé un écho mondial. Depuis lors, les « Abuelas de Plaza de Mayo », les grands-mères de la Place de Mai, défilent chaque semaine en face de la Casa Rosada, la maison Rose, demeure du chef de l’état argentin, pour réclamer le retour de leurs petits-enfants.

Après la fin de la dictature, la justice donne raison à ces femmes et ont permis, grâce aux tests ADN, à plus de 125 enfants de retrouver leurs familles. C’est un sujet qui me touche beaucoup et comment ne pas l’être face à ces horreurs qu’ont vécu ces étudiants massacrés et le calvaire de leurs mères, privées de leurs enfants et de leurs petits-enfants ?

A travers les destins de Mario, Santiago et Victoria, Matz dont j’avais apprécié le travail dans Le travailleur de la nuit, nous propose ici de revivre les heures sombres de l’histoire contemporaine argentine avec ce récit qui fait la part belle aux recherches des origines de ses héros, le tout sans tomber dans le pathos.

Son scénario, même si il est un peu prévisible, a le mérite de nous faire connaître ou d’étoffer nos connaissances sur le sujet et les planches de Mayalen Goust, une illustratrice que j’aime beaucoup, sont comme toujours sublimes. Son trait fin et élégant sert à merveille le scénario touchant et tout en délicatesse de Matz.

Je ne peux que vous conseiller ce roman graphique très réussi, que vous connaissiez bien l’histoire des Folles de la place de mai, comme les surnommait le régime, ou non, vous ne pourrez qu’être touché(e)s par ce récit tout en sobriété et en émotion.

Un grand merci à Doriane et aux Rue de Sèvres pour cette belle lecture !