Piégés dans le train de l’enfer : 3H pour t’en sortir – Hubert Ben Kemoun

« Teddy s’assit, le sac rouge cadenassé, bien posé sur le siège à côté de lui. Interdit d’ouvrir et d’ausculter ce bagage, il connaissait la règle. Un mulet transporte son chargement sans se préoccuper de ce qu’on lui a posé sur le dos. Il était 14h23 quand il prit place dans le wagon du train à destination de Toulouse. Celui-ci s’arrêterait à Bordeaux à 17h42. A peine plus de trois heures. Une affaire vite pliée.  » Mais ce qui semblait tranquille, devient très vite un enfer… Quand le hasard se met à nous jouer des tours, il ne sert à rien de chercher à lui échapper.

Teddy est un invisible, c’est bien pour ça qu’il a été recruté. Teddy trempe dans une sale affaire : il doit transporter un sac de Paris à Bordeaux. A priori, rien de bien particulier et il est bien payé pour transporter ce cas rouge dument cadenassé : 350 €, ça valait coup de sécher le collège !

Bien sûr, rien ne se passe comme prévu, il est surveillé par deux petites frappes aussi dangereuses que stupides, l’un dans un costume de chef d’entreprise et l’autre dans son jogging flambant neuf.

Dans son compartiment, une vieille dame qui lit, un monsieur qui tape sur son ordinateur, un ado arrivé sur le fil, deux touristes et une femme avec un bandana rouge. Mais quelques kilomètres avant La Rochelle, rien ne va plus et Teddy se retrouve pris dans un terrible engrenage dont il ne sait pas s’il en sortira vivant…

Le précédent roman de Hubert Ben Kemoun, La fille quelques heures avant l’impact, avait croupi dans ma PAL un an et m’avait beaucoup plu, je n’ai donc pas fait traîner Piégés dans le train de l’enfer : 3H pour t’en sortir, alléchée par la quatrième de couverture.

Alléchée aussi par le concept de cette toute nouvelle collection de Flammarion jeunesse : des romans dont l’aventure se déroule sur trois heures pour une lecture de trois heures. Je trouve le principe excellent pour les jeunes lecteurs dès 12 ans qui ne veulent pas s’embarquer dans une brique ou pour qui la lecture n’est pas forcément un plaisir.

J’ai lu ce roman d’une traite, en un peu moins de trois heures, le contrat est rempli de ce point de vue là. Par contre, si l’histoire est menée tambour battant et avec de nombreuses péripéties, je n’ai pas trouvé pour autant que ce roman était un huit-clos haletant.

J’espérais une tension, récit montant crescendo, dans un climat angoissant mais il n’en a rien été, sans doute en partie à cause de la multiplicité de personnages que l’on suit tour à tour, chacun à son rôle, on perd en intensité.

Il y a bien des moments de réel suspens, bien aidés par la plume fluide et dynamique de Hubert Ben kemoun, le rythme est bien dosé mais au final je suis plutôt déçue de ma lecture, je m’attendais à une lecture à compte à rebours, forte en intensité dramatique.

Ceci mis à part, Hubert Ben Kemoun tisse son récit de façon très habile et ce roman plaira sans nul doute aux jeunes collégiens qui pourront se mettre davantage dans la peau de Teddy et tressaillir avec lui.

Je m’attendais à plus de suspens et de tension, le format très court de ce roman n’a sans doute pas permis à l’auteur de faire monter la pression puisque la moitié du récit sert à présenter les nombreux personnages qui interviennent.

On ne s’ennuie néanmoins nullement pendant cette lecture et l’auteur arrive malgré tout à surprendre par son dénouement et ce n’est déjà pas si mal.

Un grand merci à Brigitte et aux éditions Flammarion jeunesse pour cette lecture pleine de rebondissements !

Avant toi – Jojo Moyes, Milady

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Lou est une fille ordinaire qui mène une vie monotone dans un trou paumé de l’Angleterre dont elle n’est jamais sortie. Quand elle se retrouve au chômage, elle accepte un contrat de six mois pour tenir compagnie à un handicapé. Malgré l’accueil glacial qu’il lui réserve, Lou va découvrir en lui un jeune homme exceptionnel, brillant dans les affaires, accro aux sensations fortes et voyageur invétéré. Mais depuis l’accident qui l’a rendu tétraplégique, Will veut mettre fin à ses jours. Lou n’a que quelques mois pour le faire changer d’avis.

Londres, 2007. Will Traynor rejoint le poste de taxi le plus proche sous la pluie battante, trop mauvais temps pour enfourcher sa moto. Alors qu’il s’apprête à entrer dans un cab, il ne voit pas le conducteur de deux roues qui fonce droit sur lui.

Stortfold, 2009. Louisa Clark, 26 ans, vient de perdre son travail de vendeuse au Petit pain beurré. Sans qualification et en quête d’un salaire vital pour sa famille dont la situation financière est plus que précère, elle accepte l’emploi d’aide soignante de Will Traynor, tétraplégique depuis deux ans déjà.

Les premiers jours à l’annexe sont difficiles, Will a l’air de la détester et de la mépriser mais au fil des semaines passées, Lou va apprendre à connaître le jeune homme et le masque de dureté va progressivement céder la place à un jeune homme exceptionnel. Les barrières sociales tombent entre eux, entre la jeune fille prolétaire et l’homme d’affaires. Elle qui n’a jamais quitté son trou paumé de l’Angleterre, va commencer à voir plus grand, sous l’impulsion de Will qui ne va pas hésiter à la secouer un peu avec pour seul objectif qu’elle ait un avenir digne de ce nom.

Seulement alors qu’elle arrive progressivement à abattre ses défenses, elle n’a plus qu’une idée en tête : faire renoncer Will à son projet de suicide médicalisé en Suisse. Pour cela, elle n’a que quelques mois et une date butoir, le 13 août…

J’ai mis deux ans avant de me décider à acheter Avant toi de Jojo Moyes tant ce livre avait fait l’unanimité, j’avais peur d’être déçue, et par son sujet, le suicide assisté, qui me faisait craindre une lecture sous perfusion de mouchoirs.

Finalement acheté en avril, il n’aura pas croupi longtemps dans ma PAL, extirpé par la main innocente de mon Sami-Chameau de fils, je me suis dit qu’il était temps pour moi de faire mon avis.

Et autant tuer le suspens tout de suite, j’ai beaucoup aimé Avant toi et j’ai fini en larmes comme tout le monde sous les yeux ébahis du même Sami-Chameau qui m’a dit « maman ce n’est qu’un livre tu ne vas pas pleurer pour ça !! » lorsqu’il m’a vu les yeux et le nez rouges… Il est clair que mes fils n’ont pas hérité de ma sensibilité à fleur de peau !

Jojo Moyes nous propose ici une très belle histoire d’amour émaillée d’embuches avec des personnages attachants et singuliers. Il n’est pas courant que le héros d’un roman soit handicapé, encore moins tétraplégique et je trouve cet aspect du roman très intéressant, se rendre à quel point la vie de ces personnes est dépendante d’autres et combien il doit être dur de perdre toute liberté de mouvement mais aussi de décision. Se sentir humilié aussi.

Will, après une vie menée à cent à l’heure, pleine de sensations fortes, est maintenant prisonnier de son fauteuil. Il a perdu toute envie de vivre, ne peut pas et ne veut pas s’accommoder de son nouveau quotidien où il ne pourra jamais plus faire ce qui faisait le sel de sa vie.

Jusqu’au bout on espère avec Louisa et avec l’amour qui naît entre eux qu’elle le fera changer d’avis, qu’il acceptera d’accepter une nouvelle vie qui pourrait naître. Mais je ne vous en dis pas plus afin de ne pas trop en dévoiler.

C’est un livre empli d’émotions et de tristesse mais aussi de joie, Jojo Moyes n’oublie pas de mettre beaucoup d’humour et de dérision dans ses dialogues, ce qui permet d’alléger l’atmosphère qui n’est jamais plombée.

Avec un tel sujet, l’auteure aurait pu tomber dans le roman larmoyant, les facilités et les raccourcis, il n’en est jamais rien et elle aborde avec beaucoup de sensibilité et de pudeur le thème du handicap et du suicide assisté.

Un très beau roman de sa première à sa dernière ligne, qui flirte avec le coup de cœur et qui me restera longtemps en mémoire.

Best-of : Le jardin des secrets de Kate Morton

1913. Sur un bateau en partance pour l’Australie se trouve une petite fille de quatre ans, seule et terrorisée. Le navire lève l’ancre et elle se retrouve à Brisbane. Si le secret de son débarquement est religieusement gardé par ses parents adoptifs, ceux-ci décident, le jour de ses 21 ans, de révéler à Nell les circonstances étranges de son arrivée dans la famille. Les questions se bousculent : Qui est-elle ? D’où viennent ses souvenirs ? Que représente le livre trouvé dans sa petite valise, seule relique d’un passé perdu ? Bouleversée, ce n’est que des années plus tard qu’elle entreprend le voyage vers ses origines. Une quête difficile pour lever le voile sur près d’un siècle d’histoire familiale…

 Voilà un roman épais que j’ai littéralement dévoré, un de ces romans dont on se dit allez encore un chapitre et qu’on se surprend à ne pas lâcher et à avaler les pages et les chapitres encore et encore.

Ce roman à trois voix alterne trois époques et trois lieux. Eliza, surnommée la Conteuse, que l’on suit de 1900 à 1913 dans le Londres victorien au départ puis en Écosse ; Nell, la petite fille abandonnée sur un navire reliant l’Angleterre et l’Australie qui mène l’enquête sur ses origines en 1975 alors qu’elle est déjà âgée d’une soixantaine d’années et Cassandra sa petite-fille qui vit de nos jours et qui décide de finir l’enquête commencée par sa grand-mère.

L’histoire prend place tranquillement et les fils du récit se nouent lentement, on fait connaissance des trois protagonistes mais aussi de la myriade de personnages secondaires. De temps à autres, un conte de fée écrit par Eliza se glisse dans la narration. Ces contes merveilleux, très réussis, m’ont d’ailleurs fait penser à ceux écrits au 17è siècle, notamment par Madame d’Aulnoy. Ils ont d’ailleurs une grande importante car ils permettent un éclairage sur les situations ou les personnages.

D’autres éléments ancrent aussi le roman dans le merveilleux : le jardin et son labyrinthe, une chaumière, un secret bien gardé, une famille sur laquelle pèse une malédiction, les pirates qui sévissaient sur ces côtes tout comme les paysages des Cornouailles, les personnages répondant à un caractère précis (la méchante tante, le gentil jardinier, le mari docile, la pauvre malade…) tout concoure à nous mettre dans une ambiance toute particulière, celle des contes de fées.

Tout comme Du bout des doigts, difficile de vous livrer mes impressions sans trop en dévoiler. Tout commence par une petite fille de 4 ans qui débarque seule en Australie, ne se souvenant plus de son nom, et ayant pour seul bagage une petite valise blanche renfermant une robe et un recueil de contes de fées. Elle est recueillie par Hugh et Lil, un couple qui n’arrive pas à avoir d’enfants, et qui la prennent pour fille.

Toute à son amnésie, l’enfant devenue jeune femme, ne se souvient pas qu’ils ne sont pas ses parents. A sa majorité, son père lui avoue tout et plus rien ne sera comme avant. A sa mort, Nell décide de se rendre en Cornouailles et de découvrir qui sont ses parents. Elle achète le cottage de la Conteuse et retourne en Australie afin de vendre sa maison et sa boutique d’antiquités afin d’y vivre définitivement. Elle ne pourra pas exaucer ce souhait car sa fille lui abandonne au même moment Cassandra, sa fille. A la mort de Nell, Cassandra découvrira toute l’histoire et part à son tour en Cornouailles.

C’est une jolie histoire de femmes, dont l’intrigue est bien construite. Les premières pages sont un peu déroutantes car on change sans cesse d’époques et de personnages, mais on s’y fait rapidement. C’est aussi un livre sur les origines, la quête de soi et on se rend compte de l’importance de ses aïeux et de la mémoire familiale.

Un livre d’un charme fou dont la fin est malheureusement un peu trop prévisible mais que je vous conseille de lire car il vaut vraiment le détour.

 

Best-of : La couleur des sentiments de Katryn Stockett

Jackson, Mississippi, 1962. Dans quelques mois, Martin Luther King marchera sur Washington pour défendre les droits civiques. Mais dans le Sud, toutes les familles blanches ont encore une bonne noire, qui a le droit de s’occuper des enfants mais pas d’utiliser les toilettes de la maison. Quand deux domestiques, aidées par une journaliste, décident de raconter leur vie au service des Blancs dans un livre, elles ne se doutent pas que la petite histoire s’apprête à rejoindre la grande, et que leur vie ne sera plus jamais la même.heart_5

La-couleur-des-sentiments-katryn-stockett Début des années 60 dans le sud des Etats-Unis, le Mississippi et ses plantations de coton, son passé d’esclavagiste, on est loin de l’Amérique de Kennedy, pourtant président lorsque commence le récit.

Ce bestseller mondial de Kathryn Stockett, auréolé de nombreux prix, a su séduire bien des lecteurs et je comprends pourquoi lorsque je referme la dernière page du livre.

Quelle claque, que d’émotions pendant plus de 500 pages ! Le livre est épais mais je serais bien restée en compagnie de ces bonnes pendant encore plusieurs centaines de pages tant j’ai aimé la galerie de personnages et je dois l’avouer, bien ferrée par l’auteure qui sait brillamment s’y prendre pour relancer sans cesse l’intrigue et renouveler notre intérêt.

Katryn Stockett, elle-même originaire de cet état du Sud, a eu semble-t-il envie de redorer le blason de son état et de montrer que tout n’y était pas tout blanc ou tout noir (sans faire de jeux de mots).

Roman polyphonique à trois voix, l’auteure donne successivement la parole à deux bonnes, la douce mais pugnace Aibileen, l’insolente Minny et une apprentie journaliste de bonne famille, Skeeter Phelan.

Toutes trois se lancent dans l’écriture d’un livre, Les bonnes, dans lequel une douzaine de domestiques noires, vont livrer leurs témoignages et leurs histoires, de façon anonyme, se cachant sous des pseudonymes car cette entreprise peut se révéler très dangereuse, si leurs auteures sont reconnues.

Skeeter, l’écrivain en herbe à l’origine du projet, voue une admiration sans borne à Constantine, la bonne noire qui l’a élevée et dont elle est sans nouvelle. C’est pour elle l’occasion de lui rendre hommage mais comme ses deux acolytes, elle a gros à perdre si cela arrive aux oreilles de ses amies. Les deux bonnes vont se confier clandestinement à Skeeter, à elle ensuite de retranscrire souvenirs et anecdotes de leur vie quotidienne.

Cela n’a l’air de rien mais ce projet de livre, qui intéresse d’ailleurs une éditrice new-yorkaise, est tout simplement une bombe à retardement en puissance puisque les bonnes vont y relater les relations qu’elles entretiennent avec leurs employeuses, qui affichent pour la plupart un ségrégationniste décomplexé.

Les rapports entre domestiques noires (forcément) et jeunes bourgeoises wasp (blanches, naturellement) sont au cœur de ce roman qui rend compte des mesquineries, brimades et vexations en tous genres que subissent les premières pour le plus grand plaisir des secondes.

Les maitresses sont des oisives, dont l’emploi du temps oscille entre parties de bridges, de tennis et leur club de femmes, tandis que leurs bonnes font tourner la maison : lessive, préparation des repas mais aussi l’éducation des enfants pour qui elles deviennent de véritables mères, jusqu’à ce que ces mêmes enfants, devenus grands, se comportent à leur tour comme leurs parents.

Ces bonnes ne doivent pas utiliser les toilettes de la maison, la vaisselle de la famille, pas plus que le frigo. Elles sont à la merci du bon vouloir des blancs qui fixent les salaires et les conditions de travail, qui peuvent d’un mot les envoyer en prison en les accusant de vols qu’elles n’ont bien sûr pas commis, entre autres joyeusetés.

Heureusement, Katryn Stockett ne tombe pas dans le manichéisme (ce ne sont pas les méchantes blanches contre les gentilles noires), La couleur des sentiments montre aussi les patrons respectueux et aimants et les relations ambigües qui unissent aussi maîtresses et servantes.

C’est un roman dense avec un grand sujet, de très beaux portraits de femmes, de l’émotion, de l’espoir avec les marches de Martin Luther King, mais aussi de la colère et de la rébellion. Pour résumer, c’est une très belle histoire qui foisonne de tolérance et d’humanité, que je vous recommande chaudement de lire si ce n’est pas déjà fait. Gros coup de coeur !!

 

Best-of : L’école des saveurs de Erica Bauermeister

Un jour, la petite Lilian se lance un défi fou : si elle parvient à guérir sa mère de son chagrin en cuisinant, elle consacrera son existence à la gastronomie. La magie d’un chocolat chaud aux épices opère et, une vingtaine d’années plus tard, Lilian anime tous les premiers lundis du mois un atelier de cuisine dans son restaurant. heart_4

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Vous connaissez mon appétit pour la lecture, je suis aussi très gourmande et comme toutes les épicuriennes, j’affectionne les romans culinaires. Celui-ci me mettait l’eau à la bouche depuis des mois et il s’est révélé particulièrement savoureux, au point de me donner l’envie de me remettre derrière les fourneaux !

L’École des saveurs réunit huit élèves, cinq femmes et trois hommes, d’âges divers et d’horizons différents. Dirigée par Lilian, la propriétaire du restaurant dans lequel se tiennent les cours, cette école des saveurs a lieu chaque premier lundi du mois, du début de l’automne à celui du printemps. Au fil des mois, ils vont partager des expériences culinaires, découvrir des plats et des saveurs, notamment des épices, venus des quatre coins du monde, mettre en alerte leurs sens et éveiller en eux des sentiments nouveaux.

Lilian n’enseigne pas à ses élèves les bases de la cuisine, elle les prévient d’emblée dès le premier cours, pas de recettes, pas d’aliments de bases, mais elle leur fait partager sa passion pour la cuisine, une cuisine simple mais goûteuse, qui fait appel aux sens : on touche, on goûte, on écoute, on savoure.

Découpé en autant de chapitres qu’il y a des personnages, ce roman polyphonique va tour à tour mettre en scène Lilian, qui ouvre le récit, Claire,  une mère au foyer qui s’est un peu oubliée en route, trop prise par son quotidien de jeune maman, entre couches, doudous et tétés ; Carl et Helen, un couple qui a traversé bien des épreuves mais qui s’aime comme au premier jour après cinquante années de vie commune ; Isabelle, une octogénaire qui sombre peu à peu dans la maladie d’Alzeimer ; Antonia, une italienne conceptrice de cuisine épicurienne dans l’âme ; Tom, un jeune veuf qui décide de prendre des cours en hommage à sa femme chef, morte un an plus tôt ; Ian, un informaticien en mal d’amour et Chloé, une aide-serveuse de Lilian. Tous ses personnages sont bien dessinés et très attachants, très humains aussi, j’ai aimé les suivre au fil du récit. Le style fluide et poétique d’Erica Bauermeister m’a également beaucoup plu.

Vous l’aurez compris, j’ai été très sensible à ce roman culinaire qui se révèle être une une ode à la gourmandise et aux sens très réussie, où le bonheur de cuisiner et de manger prend tout son sens. Un roman délicieux, à la fois empli d’amour, tendre et sensible qui donne furieusement envie de prendre des cours de cuisine, de déguster des tomates, des spaghettis, de faire un gâteau et que sais-je encore !

L’école des saveurs est un livre gourmand qui réveille les papilles, vous allez vous régaler.

 

Best-of : Ne dites pas à ma mère que je suis voyante, elle me croit libraire à Vancouver de Eileen Cook

Sophie, libraire à Vancouver, est prête à tout pour récupérer son ex. Même à s’improviser voyante et à proposer à Melanie, la nouvelle petite amie de Doug, qui s’intéresse au paranormal, une fausse consultation destinée à faire rompre les tourtereaux…

Mes lectures et à fortiori mes achats de chick lit sont souvent guidés par les titres, celui-ci m’a littéralement tapé dans l’œil car avouez qu’une libraire n’a pas grand chose à voir avec la voyance ! C’était aussi l’occasion pour moi d’ajouter un livre de plus au challenge Le nez dans les livres de George.

Le point de départ, une rupture, est loin d’être original, bon nombre de romans de chick lit ont ce point de départ en commun. La suite, est elle, nettement plus originale et à dire vrai je me suis bien amusée à lire les mésaventures de Sophie Kintock.

Eileen Cook, qui s’est fait connaître par son blog, est très drôle et j’ai souvent ri à la lecture des péripéties et des rebondissements qui se succèdent sans temps mort dans la vie de Sophie Kintock, libraire de son état. Le rythme enlevé du récit m’a littéralement happé et j’ai eu beaucoup de mal à ne pas lire les 345 pages d’une seule traite, tant j’avais envie de savoir ce qui se passait ensuite.

L’héroïne est très attachante, car elle nous ressemble, c’est une fille tout ce qui a de plus normal, qui ne souhaite pas être seule tout simplement et qui refuse tout net que Doug aille compter fleurette ailleurs après six ans d’un amour sans nuage. Heureusement, elle peut compter sur Nick un professeur de science tout ce qu’il y a de plus sceptique, qui va l’aider à jouer les voyantes, et Jane, sa meilleure amie pour l’aider et surtout pour essayer de la ramener les pieds sur terre, souvent en pure perte puisque Sophie n’écoute guère leurs conseils et fonce tête baissée… dans les ennuis.

Le livre apporte un bon moment de lecture même s’il cumule les clichés : le petit ami égocentrique et calculateur, sa nouvelle petite amie une bimbo qui a oublié son cerveau, etc. : l’auteur aurait pu innover et proposer autre chose car c’est souvent ce que l’on reproche à ce genre littéraire, de tomber dans une certaine facilité.

Si vous aimez la chick lit ou que vous souhaitez démarrer une première lecture dans ce genre, je ne peux que vous conseiller celui-ci, car c’est un bon et vrai roman de fille avec de l’amour, de l’humour, de la vengeance, de l’amitié, bref la vie quoi.

 

Best-of : Le roi des ombres de Eve de Castro

Le Versailles de Louis XIV est un théâtre où la monarchie absolue se construit en se donnant en spectacle. C’est aussi un panier de crabes où vingt mille personnes, du plus haut au plus bas de l’échelle sociale, s’agitent dans les ors et les gravats, l’inconfort et la puanteur, les complots et les coucheries, avec pour tous le rêve de grimper vers la lumière.

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Vous souhaitez vous délecter d’un excellent roman historique et vous retrouver le temps d’une lecture au temps de Louis XIV ?  J’ai le roman qu’il vous faut, à la fois intelligent et distrayant : Le Roi des Ombres. Eve de Castro nous y narre la vie des petits, des obscurs qui ont contribué à la grandeur de Louis XIV et à son règne, que l’on surnomme volontiers Le grand siècle. Il sera beaucoup question de Louis XIV dans ce roman, le roi des ombres c’est lui et les ombres sont les sans noms qui le servent et vont faire de Versailles ce bijou du 17è siècle : les terrassiers, les fontainiers, les maçons, les jardiniers qui peinent six jours sur sept dans la boue, luttant contre les éléments naturels pour le bon plaisir de leur roi. Mais aussi ceux qui œuvrent dans l’ombre pour magnifier Louis XIV et sa cour : les étuviers, les perruquiers, les parfumeurs et les maquilleurs.

Louis XIV, son frère Philippe d’Orléans dit Monsieur, Madame son épouse (la fameuse princesse Palatine), la reine Marie-Thérèse, les favorites Louise de La Vallière et Madame de Montespan, et l’ensemble de la cour, côtoient sans les voir ces ombres qui servent leur plaisir et leur gloire. Parmi ces petits, il y a la talentueuse et intelligente, Nine La Vienne, qui veut échapper au sort commun des femmes et se rêve chirurgien du roi ; Batiste Le Jongleur, vaurien autodidacte,  qui vit de rapines et se révèlera, une fois arrivé sur le chantier de Versailles, être un excellent hydraulier, se rendant indispensable aux fontainiers du château que sont Denis Jolly et François Francine.

L’auteure nous dévoile ici l’envers du décor : d’un côté les fastes de la cour, ses complots, les vices et petitesses des Grands qui ont tous les droits et nous dresse un portrait peu flatteur mais néanmoins fidèle du monarque absolu ; de l’autre, les conditions de vie des négociants à travers les Binet et les La Vienne et celles particulièrement difficiles du peuple avec la famille Le Jongleur, usant de subterfuges pour survivre, toujours à la merci de plus forts qu’eux.

Le récit, dense, fourmille de détails et d’anecdotes qui le rendent, non seulement passionnant mais aussi palpitant car il y a des rebondissements tout au long des 500 pages que j’ai lu avec une certaine avidité je dois l’admette. Eve de Castro connait cette période de l’histoire sur le bout des doigts et nous régale de mots dont l’usage s’est perdu mais couramment employés à l’époque. Elle fait montre de beaucoup d’esprit, d’intelligence et d’humour et c’est un vrai plaisir que de lire sa plume enlevée.

Le roi des ombres est une brillante fresque de la construction de Versailles, nourrie d’anecdotes et très instructive sur la politique de Louis XIV, sur le roi en lui-même, ses failles, son éducation, ses rapports avec son frère, sa mère et Mazarin et sur sa volonté d’être le monarque des monarques. J’ai aussi beaucoup aimé la forme narrative du roman : le récit prend la forme d’une longue missive adressée au jeune Charles de Cholay par son médecin qui lui conseille de la lire à la veillée et l’interpelle régulièrement au cours de l’histoire, rendant l’ensemble encore plus vivant.

Vous l’aurez compris j’ai eu un véritable coup de coeur pour ce roman, petit bijou finement ciselé, que je vous invite à lire absolument !