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Lu dans le cadre du Cold Winter challenge

Ève Borelli vit dans le sud de la France, où elle est professeure de lettres. Elle est notamment l’auteure de La Lanceuse de couteaux (Charleston, 2017). Sa Majesté des fèves, présenté lors du premier Mazarine Book Day en 2016, a remporté la faveur du jury grâce à son univers fantasque et ses personnages émouvants.

Lucien Bigorneau est au bout du rouleau. Dernier fabricant de fèves de France, il se désespère : l’âge d’or des féviers est révolu, il vient de mettre la clef sous la porte et pour couronner le tout, sa petite amie choisit ce moment-là pour plier bagage.

Heureusement, sa sœur Cristalline ne l’entend pas de cette oreille. Pour une lanceuse de disque de son niveau, la défaite n’est pas une option. Elle met donc au point un plan follement insensé pour sauver son frère et pour cela, destination Londres pour rencontrer la reine Élisabeth, grande adepte de galettes des rois et la convaincre d’engager Lucien comme févier officiel !

Commence alors un périple rocambolesque en compagnie de Roméo, le fils de Cristalline, qui traîne un vague à l’âme inexplicable, mais aussi de son terrible caniche Micheline Ostermeyer. Sans oublier Twix, un ex-détenu au cœur d’artichaut et Maguelonne, une danseuse boiteuse à la beauté renversante.

Drôle d’équipe aussi tendre que dépareillée ! Mais ces êtres cabossés par la vie ont une revanche à prendre et comptent bien parvenir à leurs fins…

Sa majesté des fèves est un feel-good book réussi, road-movie à la fois tendre et désopilant qui nous mène d’un petit village près de Montpellier jusqu’au cœur de la monarchie anglaise.

Menée par une truculente équipe de bras cassés, cette histoire fait la part belle à la famille, aux relations humaines (amitié, amour, amour fraternel) et à l’entraide. Au fil des chapitres, Eve Borelli dévoile les passés, fêlures, espoirs, doutes, colères et rêves de ses personnages et au fur et à mesure, on s’attache à l’ensemble de ses protagonistes.

Et même si je me doutais du dénouement, j’ai été jusqu’au bout de ce roman avec beaucoup de plaisir, entrainée par la plume fluide et légère d’Eve Borelli qui construit habilement son histoire de la première à la dernière page.

Si le projet de Lucien semble fou et rocambolesque et qu’il amène à beaucoup d’humour, il y a aussi de jolies touches d’émotions liées à la reconstruction de chaque personnage cabossé par la vie : Maguelonne, qui ne peut plus danser, Twix, qui après la perte d’une partie de ses doigts et son séjour en prison, ne trouve plus de travail, Lucien, qui ne s’imagine pas faire autre chose que des fèves.

Des tranches de vie touchantes, des confidences émouvantes, des personnages hauts en couleur, une histoire farfelue et légèrement barrée font de cette comédie un chouette moment de lecture.

L’autrice aborde des thèmes de façon habile et plus profonde que l’on s’en attendrait dans ce genre de roman. Dommage que le dénouement soit si prévisible et qu’elle ait affublé ses personnages de prénoms aussi invraisemblables, je ne m’y suis jamais faite tout au long de ma lecture.

Reste que si vous êtes à la recherche d’un feel-good book réconfortant, Sa majesté des fèves est fait pour vous !

Silène Edgar est l’autrice d’une dizaine de livres pour jeunes et adultes, dont 14-14 avec son complice Paul Beorn, Adèle et les Noces de la reine Margot, Les Lettres volées, 42 jours et la trilogie Moana (éditions Castelmore) et pour la plupart disponibles en version DYS. 14-14 s’est vu décerner une dizaine de prix, dont le prix Gulli du roman 2014 et un prix des Incorruptibles 2015-2016.

Louanne vient de perdre une nouvelle dent ! C’est le bon moment pour prouver à ses amis que la Petite Souris existe !

Mais, elle s’endort avant que sa dent ne soit récupérée, et le matin… malheur ! Elle découvre que la Petite souris est morte ! Il va falloir la remplacer coûte que coûte !

Pour cela, il lui faudra : une nouvelle souris, quelques pièces de monnaie et surtout, un brin de magie…
Louanne va-t-elle réussir à remplacer la Petite souris ?

On a tué la petite souris est le nouveau roman de Silène Edgar et signe mon premier partenariat avec Scrinéo. J’avais découvert cette autrice avec 14-14 coécrit avec Paul Beorn, Les lettres volées et Adèle et les noces de la reine Margot, tous des romans historiques.

J’étais donc curieuse de la découvrir dans un récit actuel et contemporain et c’est désormais chose faite. L’autrice nous propose ici une histoire très jeunesse autour du mythe de la petite souris abondamment illustré avec talent par Noëmie Chevalier.

Le récit est rythmé et plein d’humour et ravira les enfants dès 8 ans qui croient encore à la petite souris et au pouvoir de la magie. Tout part d’une envie : prouver à ses copains que la petite souris existe.

Louann a de la ressource et compte bien veiller toute la nuit pour prendre le rongeur en photo. Hélas pour elle, elle finit par s’endormir et retrouve au matin la souris morte chez elle.

C’est alors le début d’une aventure pour la petite fille qui entraine ses parents dans la mission qu’elle s’est fixée : trouver une remplaçante à la petite souris afin que les enfants qui ont perdu une dent, trouve une pièce sous leur oreiller.

L’histoire est menée tambour battant, aucun temps mort à l’horizon. Le style de Silène Edgar est vif, les phrases sont courtes et vont droit au but, les chapitres ne font qu’une poignée de pages, la police de caractère est bien grosse et lisible, autant d’atouts pour les jeunes lecteurs qui passeront un chouette roman en compagnie de Louann, de son chat Smoke et de sa petite famille

En résumé, un court roman épatant pour les enfants et une histoire qui fait la part belle à la magie de l’enfance, et qui nous entraine sur les traces du mythe de la petite souris.

Cerise sur le gâteau, il y a un cahier de jeux en fin d’ouvrage autour des souris et autres petits rongeurs.

Merci aux éditions Scrinéo pour cette petite lecture bourrée de tendresse et d’humour !

En cette mi-janvier, j’ai envie de revenir sur quelques-unes des très belles lectures faites tout au long de l’année 2019. J’ai mis de côté les bandes dessinées et romans graphiques pour me concentrer sur les romans.Pour dresser ce palmarès ou best of comme vous préférez, j’ai choisi non pas mes douze plus belles lectures de l’année mais un roman par mois de l’année. Ce pêle-mêle est représentatif de mes habitudes de lecture puisque vous y retrouverez un romans jeunesse, des romans historiques, un roman contemporain, un classique, un document et des romans policiers. Mais trêve de bavardages et entrons sans plus attendre dans le vif du sujet.

Janvier : Pour l’amour de Lauren de Karine Lambert

Deux femmes, deux destins, deux continents, deux époques. L’une est en quête, la seconde se raconte. L’écriture est fluide, addictive, l’histoire de Philippine, émouvante et captivante. Si vous aimez les romans historiques et les secrets de famille, les personnages féminins forts et courageux, et que vous souhaitez en savoir davantage sur les war brides, je ne peux que vous recommander Les amants de l’été 44 et sa suite Pour l’amour de Lauren.

Février : Le baiser de Sophie Brocas

Sophie Brocas, mêle ici savamment réalité et fiction, s’inspirant directement de l’histoire de la sculpture du cimetière Montparnasse signée Brancusi. Avec ce portrait vibrant de deux femmes en quête de justice et d’indépendance, Le Baiser questionne aussi le statut des oeuvres d’art, éternelles propriétés marchandes, qui sont pourtant le patrimoine commun de l’humanité. Un roman bouleversant que j’ai toujours en mémoire près d’un an après ma lecture.

Mars : Les suppliciées du Rhône de Coline Gatel

Un polar historique comme je les aime à la fois bien documenté, avec une intrigue savamment construite, du suspens et une autrice qui dresse le constat de la condition féminine à la fin du XIXè siècle. Cerise sur le gâteau : l’aspect médical est fort bien traité ici et permet de se rendre compte du chemin parcouru en un peu plus d’un siècle, à une époque où l’ADN n’existe pas. Les personnages sont également très bien dessinés et intéressants à suivre. Si vous ne connaissez pas encore, foncez !

Avril : Un cœur vaillant de Caterina Soffici

Caterina Soffici nous propose un récit fictif mais inspiré par des faits réels et nous raconte, entre l’Italie et la Grande-Bretagne, l’histoire de Bartolomeo, un jeune étudiant et celle de Florence, une vieille dame, qui vont se lancer sur les traces de l’Arandora Star, un bateau coulé par une torpille allemande en 1940. Ce roman m’a totalement embarquée dès la première page et m’a à la fois horrifiée par les faits relatés et passionnée, je l’ai trouvé sensible et délicat, d’une grande qualité littéraire, porté par les personnages de Bartolomeo et Florence, particulièrement attachants, plein de failles et d’aspérités.

Mai : Nymphéas noirs de Michel bussi
Attention chef d’œuvre ! Miche Bussi nous donne à lire une intrigue bien rythmée, pleine de rebondissements et de mystère, impossible de s’ennuyer de la première à la dernière page, et surtout très bien développée. J’ai vraiment été épatée par la qualité de cette enquête, bluffée par la virtuosité de l’auteur à nous mener par le bout du nez. J’ai pourtant bati des scénarios au fil de ma lecture, passé au crible les événements, mais je me suis fait avoir comme une bleue et j’ai adoré ça !

Juin : La prisonnière du temps de Kate Morton
Avec ce roman foisonnant qui se déploient sur plusieurs siècles et nous transporte d’un Londres à la Dickens aux quartiers branchés de l’East London actuel, Kate Morton brosse le portrait croisé, lumineux et intense, de deux héroïnes fortes. L’autrice est experte pour nous entrainer dans ces allers retours, comme elle sait si bien le faire depuis son premier roman. Dès les premières pages, le lecteur est ferré et se régale de l’histoire tricotée par la romancière à la manière d’une toile d’araignée mais aussi par les personnages bien dessinés et les superbes descriptions qui parsèment le récit.

Juillet : Charlotte de David Foenkinos
Ce roman c’est le portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste et qui part à sa recherche. David Foenkinos le dit lui même, il est obsédé (dans le bon sens du terme) par Charlotte Salomon et n’a qu’une envie avec son roman : faire découvrir cette artiste peintre pour laquelle il voue une admiration sans borne. Un roman bouleversant, sous forme d’un long poème qui m’a beaucoup émue.

Août : Harry Potter et la coupe de feu de J.K Rowling
Cette quatrième incursion dans l’univers créé par J.K Rowling s’est révélée addictive, on ne s’ennuie pas une seconde avec Harry, Ron et Hermione, car les évènements s’enchaînent sans temps mort et même en connaissant les grandes lignes de l’histoire, j’ai pris plaisir à suivre les péripéties de nos jeunes sorciers dans ce monde plein de magie. Dans ce tome, j’ai aimé découvrir les autres écoles de sorcellerie, assister au bal de Noël, avoir peur lors du tournoi des trois sorciers, encourager Hermione dans sa croisade pour la libération des elfes de maison, écouter les billevesées du professeur Trelawney et tant d’autres choses encore.

Septembre : Bel-Ami de Guy de Maupassant
Ce roman paru en 1885 est d’une modernité folle dans son écriture comme dans ses thématiques. Il raconte l’ascension sociale de Georges Duroy et démontre comme réussir dans le milieu de la presse parisienne quand on est sans fortune, qu’on a échoué au baccalauréat à deux reprises et qu’on ne possède aucun talent particulier ? Par le hasard d’une rencontre, assurément… mais aussi le charme, la séduction, autant d’atouts qui vaudront à Georges Duroy le surnom de « Bel-Ami ». Au-delà de toutes ces thématiques et critiques de son époque, j’ai comme toujours, adoré la plume addictive de Maupassant, son regard sur son époque, la société dans laquelle il évoluait.

Octobre : La fabrique de poupées d’Elizabeth Macneal
J’ai adoré ce roman à l’ambiance gothique et angoissante très bien documenté qui nous parle tour à tour d’émancipation féminine, de liberté et de peinture. C’est aussi un conte cruel, raffiné, au suspense maîtrisé, qui explore avec une précision chirurgicale les frontières entre l’amour, le désir et la possession. L’histoire m’a subjuguée, elle se lit comme un thriller avec une angoisse et un suspens qui montent crescendo jusqu’au final qui m’a laissé sans voix.

Novembre : Madame, vous allez m’émouvoir de Lucie Tesnière
Cette enquête généalogique se lit comme un roman grâce à la plume fluide de Lucie Tesnière. Le récit qu’elle fait de ses recherches se révèle très vivant car elle inclut des retranscriptions d‘interviews, de conversations qu’elle a avec les témoins encore vivants, des professeurs, des membres de sa famille… Comme son auteure, on se passionne au fil des pages pour cette enquête généalogique hors norme qui nous donne à lire une saga familiale hors du commun, qui fait qu’on ne lâche plus ce livre une fois qu’on l’a dans les mains.

Décembre : Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre.
Un roman historique magistral et une vengeance à la Edmond Dantès menée de main de maître. L’histoire est palpitante et tient en haleine jusqu’à la dernière page et le personnage de Madeleine, fade au premier abord, s’avère diablement intelligente. J’ai trouvé la suite d’Au revoir là haut d’un très haut niveau littéraire et j’ai véritablement hâte de découvrir le dernier opus de cette trilogie qui vient tout juste de paraître et qui recueille d’ores et déjà de très bons avis.

J’espère que ce bref aperçu de mes plus belles lectures de l’année vous a plu et donné envie de vous plonger à votre tour dans ces romans, tous très réussis ! Et vous, quels sont les romans qui vous ont fait vibré en 2019 ?

Lois Lowry est née en 1937 à Honolulu, dans l’île de Hawaï. Elle vit entre Boston et une vieille ferme à la campagne. Avant de se consacrer entièrement à son métier d’écrivain, elle a travaillé comme journaliste indépendante, écrivain et photographe. Son amour pour les enfants l’a poussée tout naturellement à écrire pour eux.  » Partout où je me trouve, dit-elle, que ce soit dans un restaurant, à l’aéroport ou dans une école, je regarde les enfants, j’observe leur comportement et je les écoute parler entre eux. Je me rappelle les événements que j’ai vécus, alors qu>e mes deux garçons et mes deux filles étaient encore jeunes et ces souvenirs inspirent les thèmes de mes livres.  » Elle compare les livres à des torrents qui dégringolent des montagnes emportant avec eux cailloux et filets d’eau qui viennent petit à petit les transformer en rivières. À l’instar des rivières, les livres se nourrissent de souvenirs, d’images, de blessures et ce faisant « ouvrent les portes d’un Ailleurs ». On doit, entre autres, à Lois Lowry, outre « Le Passeur » et « Compte les étoiles », la série des Anastasia, traduite par Agnès Desarthe. Ses livres sont traduits en huit langues et certains d’entre eux ont donné lieu à des films.

Imaginez que le livre que vous tenez entre les mains soit l’un de ces vieux romans avec une reliure en cuir marron tout usé. Il raconterait le genre d’histoires qu’on lisait autrefois, pleines de larmes et de bons sentiments.

On y croiserait des orphelins forcément valeureux, un bébé abandonné sur les marches d’un perron, un millionnaire vivant dans un taudis ou encore une nourrice au coeur sec… Vous allez rencontrer tous ces personnages dans ce roman.

Vous apprendrez que le millionnaire solitaire est aussi un confiseur au grand coeur et la nounou une spécialiste des cookies et de la sculpture antique, ce qui les rend bien plus sympathiques.

Et vous découvrirez vite que les enfants Willoughby ne sont pas vraiment orphelins, même s’ils rêvent de se débarrasser de leurs parents. Les Willoughby sont une fratrie composée de Tim, l’aîné, des jumeaux Barnaby A et Barnaby B, et de Jane. Tim est un tyran pour ses cadets, résignés, à subir gages et punitions en tous genres !

Il vous reste maintenant à deviner si, comme toutes les histoires d’autrefois, celle-ci se terminera bien…

Les Willoughby est un roman à destination des 9/ 2 ans que j’ai trouvé absolument charmant et dont je n’ai fait qu’une bouchée le temps d’une soirée. Si vous ne l’avez jamais lu, un bon conseil : foncez !

Voilà un roman qui réunit tous les ingrédients des grands romans d’orphelins des 19ème et 20ème siècles, en les pastichant de façon remarquable : tous les codes de ce genre particulier sont respectés mais avec une mise en perspective, un sens de l’absurde et un humour décalé et grinçant qui en font une lecture franchement réjouissante.

Ce qui donne un roman moderne, décalé, très drôle mais avec une bonne dose de suspense même si il y a des éléments que l’on voit venir en tant qu’adulte, je n’ai pas boudé mon plaisir jusqu’au point final.

Les péripéties qui arrivent à ces presque orphelins se révèlent passionnantes, les chapitres sont courts et il y a toujours un événement pour relancer sans cesse notre intérêt.

Les personnages sont extras avec une mention spéciale à la nounou qui est formidable, je l’ai trouvé géniale. Même Tim qui est si horripilant au début parvient à être sympathique au bout du compte. Et of course, on déteste les parents indignes, qui n’ont qu’une envie : se débarrasser de leurs enfants.

Le travail éditorial est très soigné : des dessins en entête de chapitre, une couverture brillante à rabat, un papier épais, une typographie bien lisible. Le format permet une bonne prise en main, le tout pour moins de 10 euros, bravo !

Cerise sur le gâteau : l’auteur détaille à la fin de l’ouvrage les mots difficiles, donne une bibliographie de tous les romans d’orphelins cités dans l’ouvrage, il y en a une dizaine et je n’en ai lu que très peu, honte à moi.

Je conseille sans réserve ce titre aux jeunes lecteurs qui vont se régaler, comme je me suis régalée, avec Les Willoughby. Ce roman est une petite pépite !

Un grand merci aux éditions L’école des loisirs pour cette délicieuse lecture, j’ai adoré !

Née dans le sud de l’Angleterre, titulaire d’un diplôme en histoire américaine, A. J. Pearce travaille dans le marketing. Elle cultive depuis l’enfance une passion pour la presse magazine et collectionne les revues publiées pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est d’ailleurs en découvrant un exemplaire de Woman’s Own daté de 1939 que lui est venue l’idée de son premier roman, Chère Mrs Bird (Belfond, 2018).

Londres, 1940. Devenir correspondante de guerre, partir sur le front, braver tous les dangers, Emmy ne rêve que de ça.

Par un morne après-midi de décembre, Emmy tombe sur une petite annonce du London Evening Chronicle : le prestigieux quotidien recherche une assistante.
La jeune fille, qui depuis toujours se rêve grand reporter, postule sans attendre ni poser de questions sur la nature exacte du travail. Elle se voit déjà sauter dans le dernier avion pour un pays lointain et publier des articles brûlants sur la guerre.

La déception est grande quand elle se retrouve dans un bureau-cagibi du Woman’s Friend à rédiger des réponses convenues aux lectrices d’un magazine poussiéreux, sous la stricte férule de la revêche Mrs Bird. Mais attention, seules les demandes les plus vertueuses se verront offrir une réponse, de préférence expéditive, dans les colonnes du journal.

Problèmes amoureux, opinions politiques, questions intimes ou morales finiront impitoyablement leur course dans la corbeille de Mrs Bird. Un cas de conscience pour Emmy : alors que le pays sombre sous le Blitz, comment refuser à ses concitoyennes restées à l’arrière, le soutien amical qui leur manque ?

Mais l’heure est venue de la résistance féminine. Emmy refuse de s’avouer vaincue. Elle a un plan culotté….

Chère Mrs Bird figurait en bonne place sur ma wishs-list depuis sa parution dans l’excellente collection Le cercle Belfond en 2018. Il n’a donc pas eu le temps de croupir dans ma PAL et j’ai eu le plaisir de commencer cette nouvelle année en sa compagnie, et j’ai bien fait car j’ai beaucoup aimé cette histoire.

Dans la droite lignée du Cercle Littéraire des amateurs d’épluchures de patates et de La chorale des dames de Chilbury, Mrs Bird s’attache à nous raconter le quotidien des femmes pendant le Blitz qui a frappé Londres dès 1940. Plein de charme et d’humour, ce roman est une véritable ode à l’amitié, à la générosité, à l’entraide et au courage des femmes pendant les seconde guerre mondiale. L’écriture est fluide et plaisante à lire et les pages se tournent toutes seules.

Ce premier roman signé A.J. Pearce est très bien documenté, l’autrice est passionnée par ce conflit et la presse et cela se sent à la lecture. Avec Emmy et sa meilleure amie Bunty, on est plongé au cœur de la capitale anglaise pendant les bombardements allemands et c’est véritablement passionnant.

Avec elles, on vit le quotidien des femmes confrontées chaque jour à l’horreur : rationnement, les nuits dans les abris anti bombardements, la peur pour les hommes partis au front, les immeubles éventrés, l’effort de guerre avec les soirées de bénévolat, le travail des pompiers et des secours lors des bombardements… et on se rend compte qu’ici chacun est égal devant la mort et la mutilation : les enfants, les vieillards, les commerçants, secouristes… les horreurs de la guerre touchent tout le monde au hasard des bombes allemandes.

J’ai aussi beaucoup aimé le fait que tout soit raconté à travers le regard d’une jeune femme spontanée pas forcément très mature et spontanée, trop pour rentrer dans le moule imposé par sa patronne, et qui va oser braver les interdits pour aider les femmes qui écrivent au journal. Elle apporte beaucoup de fraicheur et d’humour au récit.

Son envie de s’accomplir dans son métier, d’être indépendante et de ne pas chercher à se marier à tout prix en font un personnage féministe que l’on a plaisir à suivre.

L’amitié entre Emmy et Bunty est aussi très touchante, elles sont attachantes tout comme la galerie de personnages inventée par A.J Pearce, à l’exception de la terrible Mrs Bird !

Si vous aimez cette période de l’histoire et que vous cherchez un roman un peu original sur cette période, je ne peux que vous conseiller Chère Mrs Bird.

Lu dans le cadre du Cold Winter challenge

Ancien professeur de Lettres modernes, né à Saint-Quentin en 1948, Jean-Pierre Croquet, est scénariste de bandes dessinées (avec Boucq et pour 5 albums avec Benoît Bonte), nouvelliste et membre de l’Oulipopo (Ouvroir de littérature policière potentielle). Passionné de mystère, d’énigmes et de fantastique, il est l’auteur d’aventures apocryphes de Sherlock Holmes. Il a réalisé nombre d’anthologies policières, telles Y aura-t-il un crime à Noël ? (Le Masque, 2002). On lui doit Fromental et l’Androgyne, roman coécrit avec Demouzon (Fayard, 2007), La Loge noire (l’Archipel, 2017).

Convier spectres et assassins au traditionnel festin de Noël ? Se réunir autour du pied du sapin pour entendre une histoire à dresser les cheveux sur la tête ? Pourquoi donc mêler, à ces moments de bonheur familial, tant de récits effrayants ?

C’est un fait, depuis Charles Dickens, le conte horrifique de Noël est devenu presque aussi rituel que la bûche et les cadeaux. Il traduit la noirceur des nuits les plus longues de l’année, traversées de vents hurleurs que les ombres projetées par les flammes dans l’âtre rendent plus inquiétantes encore… Il est si bon de se faire peur, au coin d’un feu de bois !

Crimes et fantômes de Noël est une anthologie de douze nouvelles des écrites de 1836 à 1930 composée par Jean-Pierre Croquet, romancier et spécialiste de littérature fantastique. C’est un recueil qui me faisait de l’œil depuis sa parution en 2018 et que j’ai eu l’occasion de lire au fil du mois de décembre.

Si les recueils de contes autour de Noël sont souvent décevants pour moi, je dois dire qu’ici ce ne fut pas le cas et que j’ai été séduite par ces douze histoires angoissantes signées Charles Dickens, Arthur Conan Doyle, Erckmann-Chatrian, Robert Louis Stevenson, Sheridan Le Fanu, Gaston Leroux ou Thomas Hardy. D’autres nouvelles criminelles, issues de la plume de Saki, W.W. Jacobs ou Edith Nesbit.

Si je connaissais tous les auteurs du XIXè siècle, j’ai en revanche découvert ceux du XXè que sont Edith Nesbit, W.W. Jacobs, Hugh Walpole et Ethel Lina White.

J’ai eu plaisir à tourner les pages et découvrir ces histoires de Noël fantastiques : Le voile (Dickens), La montre du Doyen (Erckmann-Chatrian), Le défunt sonneur de cloches (Sheridan Le Fanu), Sous le regard du berger (Thomas Hardy), Markheim (Robert Louis Stevenson), L’escarboucle bleue (Arthur Conan Doyle), Jerry Bundler (W.W. Jacobs), L’ombre (Edith Nesbit), Les loups de Cernogradz (Saki), Le Noël du petit Vincent-Vincent (Gaston Leroux), Le Tarnhelm (Hugh Walpole) et Figures de cire (Ethel Lina White).

J’ai beaucoup aimé l’ambiance gothique de toutes ces nouvelles, certaines histoires sont bien réelles avec des meurtres et des assassins, d’autres sont plus fantastiques avec des phénomènes étranges voire surnaturels.

Même si elles ont en commun de se dérouler à Noël, elles se révèlent toutes très différentes et prenantes à lire. J’ai bien sûr mes préférées : Le voile, L’escarboucle bleue et Le Noël du petit Vincent-Vincent, mais j’ai vraiment passé un bon moment avec toutes les autres.

La préface de Jean-Pierre Croquet est aussi très intéressante à lire, l’auteur nous explique le choix des nouvelles et pourquoi ces auteurs ont décidé d’associer Noël à des meurtres. Jean-Pierre Croquet a eu aussi la bonne idée de nous proposer en fin d’ouvrage une notice sur chacun des auteurs et une bibliographie.

Un recueil que je vous conseille vivement si vous souhaitez sortir des sentiers battus pour vos lectures de Noël ou si vous aimez le fantastique !

Christophe Loupy écrit pour tous les âges. Des albums pour les plus jeunes ; des romans, courts ou longs, pour les enfants et les adolescents ; des scénarios tout public pour le cinéma et l’animation. Quand on lui demande comment il est arrivé dans l’édition jeunesse, il répond avec humour : « Dans la vie, il y a trois catégories de personnes. Celles qui sont fortes en français et celles qui sont fortes en maths… ». Autrement dit, entre conteur et compteur, son choix était évident ! Héloïse Solt est née à Paris en 1994. Après un baccalauréat littéraire, elle s’installe à Lyon pour intégrer l’école de dessin Émile Cohl, avec le dessin animé comme spécialité. En 2016, elle réalise un court-métrage intitulé L’homme au parapluie, inspiré d’une nouvelle de Roald Dahl. Elle travaille aujourd’hui sur différentes productions de dessins animés en tant que dessinatrice de décors. En 2018, elle publie son premier livre, aux éditions Little Urban, À la recherche du doudou perdu.

Le roi Dagobert revient de la guerre. Il n’a qu’une envie : rentrer enfin chez lui et goûter un repos bien mérité.

Ce jour-là, il a tout mis à l’endroit. Sa culotte ? A l’endroit. Son armure ? A l’endroit. Son cheval ? A l’endroit.

Mais lorsqu’il arrive dans son village, il semble désert : les habitants sont terrés dans leurs maisons. Et son château a été pris d’assaut par un terrible dragon gascon…

Le roi Dagobert : Le dragon gascon est le premier opus d’une série médiévale culotée à destination des 7 / 9 ans, imaginée par Christophe Loupy, professeur des écoles.

L’histoire classée dans la collection Premiers Romans chez Little Urban s’adresse tout de même aux jeunes lecteurs qui se débrouillent déjà bien avec la lecture, donc plutôt fin de CP ou CE1 pour les plus jeunes.

L’histoire est bien construite, le texte bien lisible, écrit au passé simple, le vocabulaire est recherché même si l’histoire est aussi truffée d’expressions modernes qui feront bien rire les lecteurs.

Car malgré le sujet historique, les batailles médiévales et les bonus historiques en fin d’ouvrage, l’histoire est très actuelle, bourrée d’humour et vraiment bien pensée pour les enfants.

Les illustrations d’Héloïse Solt sont très chouettes, permettent une bonne aération du texte et de faire des pauses dans la lecture. Un procédé idéal pour mettre du rythme dans l’histoire et offrir la possibilité aux enfants ou leurs parents de découper leur lecture.

Je conseille sans réserve ce titre aux jeunes lecteurs et à leurs parents qui souhaiteraient les accompagner dans leur lecture du soir !

Deux autres titres sont à paraître en 2020, je serai au rendez-vous.

Un grand merci aux éditions Little Urban pour cette découverte.