Le liseur – Bernhard Schlink

C’était un rite amoureux étrange de ce couple mal assorti. Hannah, 35 ans, aimait que Michaël, 15 ans, lui fasse la lecture à haute voix. Un jour Hannah disparaît. Quelques années plus tard, alors qu’il fait ses études de droit, Michaël retrouve Hannah au banc des accusées d’un procès contre des criminelles nazies. Elle se défend mal, comme si elle préférait une lourde condamnation à l’aveu d’un honteux secret… Pendant des années, Michaël continue d’envoyer des lectures enregistrées sur cassettes à la prison où Hannah purge une longue peine. Peut-on aimer quelqu’un dont on abhorre la conduite sans se rendre soi-même coupable ? Sous l’aspect d’une triste histoire d’amour, le roman soulève de graves questions, comme la responsabilité et les conditions de la dignité humaine.

À quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d’une femme de trente-cinq ans. Il a la jaunisse et fait pratiquement un malaise devant chez elle. Cette femme qu’il ne connaît pas le ramène chez lui, et lorsque quelques mois plus tard, Michaël est guéri, sa première sortie sera pour remercier cette femme qui lui a porté secours. Il lui apporte un bouquet de fleurs et tombe éperduement amoureux. Dès le lendemain, il devient son amant.

Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, sèche le dernier cours du matin ou la rejoint en fin d’après-midi, après le lycée. Leurs après-midis obéissent à un rituel précis : il lui fait la lecture à haute voix, ils se douchent, font l’amour et restent étendus ensemble jusqu’à l’heure où il doit rentrer chez lui.

Mickaël est très amoureux et fait tout pour qu’Hanna reste avec lui mais lui, ne sait rien de ses sentiments. Hanna reste froide, mystérieuse et imprévisible. Elle ne va jamais lui dire qu’elle l’aime, ni l’appeler par son prénom, il doit se contenter de « garçon », rien de plus. Puis, elle disparaît du jour au lendemain, et cette disparition va rester une cicatrice béante pour le jeune homme.

Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles, des gardiennes du camp d’Auschwitz, accusées d’avoir laissée mourir un convoi de femmes dans des conditions particulièrement horribles. Parmi elles, il reconnaît Hanna. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l’insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais. Il se marie, a une petite fille Julia, mais ce mariage se solde vite par un divorce, car il ne peut oublier Hanna et ses émois d’adolescent. Il cherche Hanna dans chaque femme qu’il rencontre et ce souvenir, ternit toutes les relations amoureuses qu’il pourrait avoir, il compare les femmes à Hanna et Hanna gagne toujours. On dit qu’on ne se remet jamais de son premier amour, c’est le cas de Michaël.

Au bout de 8 années de détention, il décide de redevenir le lecteur d’Hanna. Il lui envoie chaque semaine ou chaque mois, selon ses disponibilités, des cassettes sur lesquelles il a enregistré ses lectures, et ce pendant 10 ans, jusqu’à ce qu’Hannah soit graciée. Et c’est à ce moment-là qu’il la revoie pour la dernière fois.

Ce roman partiellement autobiographique est l’occasion pour son auteur de comprendre son histoire, mais aussi de comprendre l’histoire. Sa génération, celle des enfants nés pendant la seconde guerre mondiale ou juste après, souffre de culpabilité collective et s’éloigne peu à peur de leurs parents coupables à leurs yeux, au pire de nazisme, au mieux, coupables d’indifférence.

Il y a de très belles pages sur cette culpabilité, sur les procès tardifs d’après-guerre, ceux qui ont lieu dans les années 60. L’auteur met le doigt où cela fait mal : ce sont les petits, les sans grades, les simples employés qui sont traduits en justice et condamnés, pendant que les commandants et les théoriciens nazis vivent un exil doré ou ne sont tout simplement pas inquiétés.

Un roman important, poignant et juste, sur l’histoire d’un premier amour, mais aussi et surtout le destin d’une génération, celle des jeunes allemands qui cherchent à comprendre leur Histoire et à se construire malgré tout…

Lu dans le cadre des challenges Le nez dans les livres, Cartable et tableau noir et ABC Babelio 2012-2013

         

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25 réflexions sur “Le liseur – Bernhard Schlink

      • Bianca dit :

        Oui, je préfère lire avant, je suis en général déçue car je trouve les films moins forts que les livres dont ils sont tirés, il y a parfois des exceptions heureusement ! J’adore Kate Winslet, elle était excellente aussi dans Noces Rebelles, j’ai pleuré comme une madeleine…

  1. accalia dit :

    C’est un roman absolument magnifique….et je ne m’attendais pas du tout à la raison pourquoi elle se défendait tellement mal…et pourtant c’était évident quand on y pense…Belle critique en tout cas!

    • Bianca dit :

      Merci Accalia. J’ai compris lors du procès, je t’avoue qu’avant, pas du tout, et pourtant comme tu dis c’est évident finalement. C’est en tout cas un très beau roman, je suis bien d’accord 😉

  2. Kyradieuse dit :

    Oh mince ! Moi qui déteste voir les films avant de lire le livre.. Et bien grâce à toi, j’apprends qu’il y a un livre. Hop, dans ma wish !
    Et en effet, Kate Winslet est phénoménale.. 😉

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