Anna Karénine – Léon Tolstoï

La quête d’absolu s’accorde mal aux convenances hypocrites en vigueur dans la haute société pétersbourgeoise de cette fin du XIXe siècle. Anna Karénine en fera la douloureuse expérience. Elle qui ne sait ni mentir ni tricher – l’antithèse d’une Bovary – ne peut ressentir qu’un profond mépris pour ceux qui condamnent au nom de la morale sa passion adultère. Et en premier lieu son mari, l’incarnation parfaite du monde auquel il appartient, lui plus soucieux des apparences que véritablement peiné par la trahison d’Anna. Le drame de cette femme intelligente, sensible et séduisante n’est pas d’avoir succombé à la passion dévorante que lui inspire le comte Vronski, mais de lui avoir tout sacrifié, elle, sa vie de femme, sa vie de mère.

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Il est difficile de parler de ce roman fleuve sans dévoiler toute ou partie de l’intrigue. Écrit dans le dernier tiers du 19è siècle, il décrit la société tsariste à merveille et tous les bouleversements qu’elle est en train de vivre, qui mèneront quelques décennies plus tard à l’avènement du bolchévisme.

C’est un roman sur l’amour et sur le couple au fond très moderne, pas du tout daté, et qui nous parle encore à nous lectrices du 21è siècle avec force. Si la trame du récit est le destin d’Anna, qui va se nouer et se dénouer dans une gare, il met aussi en scène de multiples personnages plus ou moins secondaires dont les noms m’ont parfois un peu perdue. Vous le savez sans doute si vous avez déjà lu les grands auteurs russes du 19è que sont Dostoïevski, Gogol, Pouchkine…, les personnages sont tantôt nommés par leurs prénoms et tantôt par leurs noms, et j’ai eu un peu de mal au début à m’y retrouver.

Au-delà de l’histoire d’amour entre Anna et Vronski, le roman foisonne d’histoires parallèles qui mettent en scène le couple et la réalité de la vie conjugale, LE sujet central d’Anna Karénine. L’auteur revient sur beaucoup de thèmes qui lui sont chers comme le mariage, la religion ou la condition des paysans, j’y ai pour ma part appris beaucoup de choses sur la noblesse russe qui n’est au fond pas si différente des noblesses françaises et anglaises par exemple. Il est aussi beaucoup question de politique avec notamment la montée du communisme parmi l’élite intellectuelle de St Petersbourg et de Moscou, et l’administration du tsar. Tolstoï aborde également les dernières évolutions sociétales de la noblesse russe avec le divorce désormais autorisé, à condition que le couple réponde à certaines obligations et il en profite au passage pour égratigner les avocats et les tribunaux.

La narration alterne successivement entre Anna, Vronski, Karénine, Levine, Kitty, Daria et Oblonksi, permettant à chacun de donner son point de vue, ce qui explique aussi l’épaisseur du roman et la lassitude que certaines ont pu avoir à la lecture de ce roman, par moment j’avoue que j’ai été tentée de sauter des passages pour aller plus vite, car cette répétition d’évènements qui revient comme une rengaine m’a un peu lassée par moment même si les personnages féminins m’ont beaucoup intéressés.

Cette photographie de la Russie de cette fin du 19è insiste sur la réalité de la vie conjugale, sur le fait que les mariés ne se connaissent pas du tout avant de se dire oui et qu’il peut y avoir de mauvaises surprises et beaucoup d’incompréhension. Tolstoï se sert des personnages de Levine, le rural, et de Kitty, l’aristocrate citadine, pour montrer le fossé qu’attendent chacun du mariage, bien qu’ils soient très amoureux. Le couple Daria, sœur de Kitty et Oblonksi, frère d’Anna, forme le couple usé par la vie conjugale. Daria enchaine les grossesses et trouve son accomplissement dans sa vie de maman et dans les plaisirs simples qu’affectionnent Tolstoï, tout en étant malheureuse de l’éloignement de son mari, dont elle est encore très amoureuse, qui lui, enchaine les liaisons. Le couple Anna et Karénine forme le mariage d’intérêt dont se contentait la jeune femme avant de tomber amoureuse de Vronski.

Il y est aussi question d’asservissement, paysan tout d’abord, ce qui correspond à une prise de conscience des intellectuels de l’époque qui cherchent à connaître le peuple et ses aspirations, Karénine sera d’ailleurs chargé d’une enquête à ce sujet qui l’emmènera dans plusieurs provinces russes ; d’asservissement des femmes aussi, qui ont nettement de droits que leurs maris. Le destin d’Anna, femme adultère, est exemplaire à ce titre de ce que doit subir la femme qui souhaite mener une vie libre et sans entrave. Elle va devoir abandonner son fils et toute sa réputation pour l’homme qu’elle aime et dont elle sera mal payée en retour.

Il y a encore beaucoup de choses à dire sur Anna Karénine mais je préfère vous encourager à le lire car il est assez passionnant, surtout si vous vous intéressez à la Russie, même s’il m’a fallu faire des pauses dans ma lecture, cela reste un roman majeur à lire absolument.

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Lu dans le cadre d’une lecture commune avec Claire et des challenges Un hiver en Russie, Romans cultes et Le tour du monde en 8 ans :

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42 réflexions sur “Anna Karénine – Léon Tolstoï

    • Bianca dit :

      Il est passionnant mais aussi un peu lassant à cause de la répétition des évènements narrés par les différents protagonistes, j’ai eu besoin de lire d’autres livres en parallèle

  1. lectureetcie dit :

    cela fait partie de ma liste de classique à lire absolument, un jour… 😉 Ton avis m’encourage en tout cas…

  2. leslivresdeceline dit :

    Je pense le lire cette année car il me fait très envie. Je pense, comme pour chaque grosse lecture, l’entrecoupée avec d’autres petits romans ! Très belle chronique en tout cas. Elle donne très envie de découvrir ce classique ! 🙂

  3. evilys2angel dit :

    J’avoue que les auteurs russes me font un peu peur… Mais, à commencer, autant que ce soit par celui-là étant donné que c’est un de ceux qui me parle le plus de part son sujet 😉

    • Bianca dit :

      Si les auteurs russes te font peur je te conseille de commencer par La dame de pique de Pouchkine, Le nez de Gogol ou certaines oeuvres de Dostoievski nettement plus courtes

  4. netherfieldpark dit :

    Comme à ton habitude, cet article est très intéressant. Ce roman est dans ma PAL et me fait très envie mais j’avoue attendre d’avoir plus de temps parce qu’il faut le dire, il s’agit d’un pavé. 😉

    • Bianca dit :

      Merci Fanny ! Je te confirme que ça prend du temps je l’ai commencé avant Noël il faut dire que j’ai fait pas mal de poses, difficile de le lire d’une seule traite

  5. Claire dit :

    Un très beau billet Bianca!
    J’ai eu beaucoup de mal à parler de mon côté de ce roman foisonnant dont les personnages vont m’accompagner longtemps.
    J’ai bien aimé le film. Certes, de nombreux aspects sont occultés mais j’ai trouvé que la mise en scène rendait bien compte de la froideur et de l’hypocrisie de la noblesse et de la haute bourgeoisie.

    • Bianca dit :

      Merci Claire, le tien est très bien aussi, je vais aller le relire car je t’avoue que j’ai la grippe + une bronchite et les idées pas très claires même lorsque la fièvre retombe 🙂 tu as su très bien en parler ! Moi j’ai été surtout touchée par les personnages féminins et le destin d’Anna bien sûr

      • Claire dit :

        Moi aussi, j’ai été très touchée par les personnages féminins, par le portrait que dresse Tolstoï de la condition féminine et par Anna. Un des protagonistes féminins les plus forts que j’ai jamais croisés! J’ai adoré son absence de compromissions, son envie de liberté, d’amour…
        Soigne-toi bien, Bianca! J’espère que tu vas guérir vite! Tes garçons ne sont plus malades?
        Bon courage!

      • Bianca dit :

        Je trouve même que Tolstoi a un discours humaniste et féminisme alors qu’il n’avait que du mépris pour Anna.
        Je me soigne mais j’ai du mal à lire. Le petit va mieux, le grand a encore de la fièvre et il me tient compagnie

  6. metaphorebookaddict dit :

    Je me suis ennuyée, je l’ai lu il y a peu. Je suis contente que tu l’aies aimé. Comme quoi, c’est vraiment personnel 🙂

  7. zeb dit :

    J’aimerai le lire aussi. J’y pense depuis un moment et la sortie du film m’a donnée envie (même si je l’ai pas vu). Mais je n’ai toujours pas sauté le pas. Par contre, j’ai lu une partie du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, et elle étudie le journal intime de Sophia Tolstoi, la femme de l’auteur. Leur vie conjugale n’avait pas l’air joyeuse et donne une image plutôt mauvaise de l’écrivain. ça me fait bizarre en lisant ton billet de me dire qu’il a écrit un roman comme Anna Karémine

    • Bianca dit :

      C’est bien ce qui m’a étonné aussi. Je n’ai pas lu Le deuxième sexe mais je sais que l’union des Tolstoi n’était pas heureuse, c’était un drôle de personnage, pas sympathique du tout. Mais il faut faire la part des choses entre l’oeuvre et l’homme, même si il meprisait les femmes et son héroïne en particulier, il faut lire Anna Karenine

  8. A-Little-Bit-Dramatic dit :

    Le livre a rejoint ma PAL le mois dernier. Je pense le lire prochainement dans le cadre d’un challenge. Il me semble que Anna Karénine est un roman incontournable de la littérature russe, à l’instar de Guerre et Paix, d’ailleurs, l’autre chef-d’oeuvre de Tolstoï que j’avais beaucoup aimé. 🙂 Hâte de le commencer !

  9. Bluemoon dit :

    Anna Karénine est vraiment mon roman préféré. Je n’ai jamais autant aimé un livre (même si je n’ai jamais mis autant de temps pour en lire un …). J’ai adoré le style, l’histoire et Anna, à qui je me suis parfois identifiée. C’est vraiment un roman à lire !

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