Rien n’est trop beau – Rona Jaffe

Lorsqu’il fut publié en 1958, Rien n’est trop beau provoqua l’engouement de millions de lectrices américaines. Elles s’identifièrent à ces jeunes secrétaires venues d’horizons différents, employées dans une grande maison d’édition new-yorkaise, dont les rêves et les doutes reflétaient ceux de toute une génération de femmes. Si la ville semble leur offrir d’infinies possibilités professionnelles et amoureuses, chacune, l’ambitieuse, la naïve, la rêveuse… doit se battre avec ses armes pour se faire une place dans un monde d’hommes.

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Rien n’est trop beau a éveillé ma curiosité dès sa sortie et j’ai profité de son édition en livre de poche pour enfin l’acheter et le lire, et ce que je peux vous dire d’emblée, c’est que je l’ai beaucoup aimé, il flirte même avec le coup de coeur, ça fait du bien. Ce roman nous plonge dans l’âge d’or américain, celui des années 1950. C’est une époque que j’aime beaucoup, notamment grâce aux films de Marilyn Monroe ou d’Alfred Hitchcock, une époque bénie et joyeuse. Édité à cette époque, l’histoire a été écrite pour être adaptée au cinéma par Jean Negulesco et cela se sent à la lecture, tout y est très cinématographique.

Le roman retrace le parcours de plusieurs jeunes filles, originaires de New-York mais aussi de province, qui entrent dans la vie active à l’orée de leur 20 ans. Elles sont toutes passées par la carte université et s’essaient au monde du travail en attendant de se marier et de fonder une famille. Emblématiques des jeunes filles de cette époque, elles ne cherchent pas à faire carrière, mais un mari. Elles vont devenir amies plus ou moins proches grâce à leur job au sein de Fabian, un empire de l’édition. Il y a Caroline, abandonnée par son fiancé Eddie et hantée par cet amour perdu, qui a fait des études de littérature et souhaite devenir lectrice (éditrice) ; Barbara, jeune mère divorcée qui deviendra journaliste pour un magazine féminin ; Mary Agnès, secrétaire, en plein préparatifs de mariage ; April qui abandonne ses rêves d’actrice pour la publicité ; Gregg qui se partage entre le secrétariat et les planches.

Je m’attendais à un roman léger et il m’a agréable surpris car il est plus profond qu’il en a l’air. Rona Jaffe met en scène des jeunes femmes qui vont très vite perdre leur naïveté, confrontées au cynisme et au harcèlement des hommes au bureau, mais aussi dans leur vie privée. Les hommes qu’elles rencontrent ne cherchent pas du tout à se caser mais plutôt à profiter d’elles, en leur faisant miroiter une union qui n’arrivera jamais. Il est aussi beaucoup question d’alcool et de virginité, puisque bien entendu à l’époque, les jeunes filles devaient être vierges pour leur mari. L’une d’elles subira même un avortement, et au final, entre ascension sociale et déboires amoureux, leur quotidien est loin d’être enviable. L’auteure nous montre combien il est difficile pour une femme de se faire une place dans un milieu d’hommes et combien il est impensable pour une jeune femme d’avoir une vie sexuelle ou des ambitions de carrière.

Les personnages sont attachants, j’ai été en empathie totale avec ces femmes, j’ai pleuré et ri avec elles, me suis réjouie de leur bonheur et affligée de leurs malheurs. Ce sont de très jolis portraits de femmes, tour à tour heureuses, tristes, battantes, désespérées, blessées, émues, fragiles, trahies ou aimées. Au fil des pages, on découvre leurs rêves, leurs désirs, leurs souhaits, leurs peurs, leurs doutes, leurs blessures, leurs joies et leurs déceptions. C’est tantôt léger, tantôt grave mais aussi par moment assez drôle. J’ai vraiment aimé suivre le quotidien de ces femmes et être immergée dans l’effervescence de la grosse pomme de ce début des années 50. Je vous recommande donc vivement Rien n’est trop beau, vous devriez y passer un joli moment !

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Lu dans le cadre des challenges La plume au féminin et  Le tour du monde en 8 ans :

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26 réflexions sur “Rien n’est trop beau – Rona Jaffe

  1. netherfieldpark dit :

    J’ai souvent croisé ce livre en librairie ou sur internet. Ton article signe son entrée dans ma wishlist! 😉 J’aime beaucoup cette période entre convention et modernité. On s’imagine souvent, à tort, que les États-Unis étaient en avance sur l’Europe sur ce genre de question.
    Bonne journée.

  2. Claire dit :

    Je l’ai lu cet hiver et comme toi, j’ai beaucoup aimé ce roman. Je m’attendais à quelque chose de plus léger et j’ai été surprise par le regard profond que porte Rona Jaffe sur les destins croisés de ces new yorkaises!

  3. evilys2angel dit :

    Cela fait déjà un moment qu’il me fait envie ce roman!!! Ton billet me donne encore plus envie de me le trouver ;-)… J’aime aussi beaucoup cette période des années 50/60 où tous les possibles étaient encore envisageables. Déjà que j’étais pas mal addict à « Mad Men »! 🙂

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