Les accusées – Charlotte Rogan

À l’été 1914, l’Impératrice Alexandra, un paquebot transatlantique croisant vers New York, fait naufrage suite à une mystérieuse explosion. À son bord se trouve Henry Winter, un riche banquier en voyage de noces avec sa jeune épouse Grace. Malgré la panique ambiante, Henry parvient à trouver une place à sa femme sur l’une des chaloupes de sauvetage. Elle y rejoint trente-huit autres passagers, bien plus que l’embarcation ne peut en contenir. Pendant vingt et un jours et vingt et une nuits, les rescapés luttent contre les éléments, la faim, la soif et leur pire ennemi : la peur. La chaloupe menace de chavirer à tout moment et les inimitiés ne tardent pas à apparaître. Une évidence se fait jour : pour que certains vivent, d’autres doivent mourir.

Grace fait partie de ceux qui ont survécu… mais à quel prix ? C’est ce que cherche à savoir le tribunal devant lequel elle comparaît avec deux autres femmes, toutes trois accusées d’avoir tué l’un de leurs compagnons d’infortune. Mais la justice peut-elle vraiment statuer sur ce qui s’est passé entre ces hommes et ces femmes confrontés à une mort imminente ?

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Eté 1914, la guerre va éclater et le superbe paquebot transatlantique Impératrice Alexandra quitte l’Angleterre pour rejoindre l’Amérique. Deux ans après le naufrage du Titanic, l’Impératrice Alexandra va connaitre le même sort funeste : à la suite d’une mystérieuse explosion, le paquebot coule. Comme pour le Titanic, les chaloupes ne sont pas suffisantes en nombre et les premières partent presque à vide. Le récit commence alors qu’une chaloupe de 39 personnes est mise à la mer, elle contient plus de personnes qu’elle ne peut en recevoir et nous allons suivre cet équipe de fortune pendant 21 jours, jusqu’à leur sauvetage par un chalutier. Car contrairement au Titanic qui a pu envoyer des S.O.S, la tsf du paquebot est hors service et personne ne sait rien de la tragédie qui a eu lieu en pleine mer.

A bord de cette chaloupe se trouve Grace Winter, la narratrice, en voyage de noces avec son époux Henry resté à bord. Pendant vingt et un jours et vingt et une nuits, Charlotte et ses compagnons d’infortune vont devoir faire face aux éléments, au froid, à la faim, à la soif, et surtout à la peur. La chaloupe prend l’eau, du fait de son poids, elle menace de chavirer, les vivres vont se faire de plus en rares et la tension s’accrut. Les rescapés vont devoir aussi faire face à évidence : pour que certains d’entre eux survivent, d’autres devront mourir. Un choix guidé par l’instinct de survie et la loi du plus fort. Grace va faire partie de ceux qui vont survivre mais à quel prix ? C’est ce que le tribunal devant lequel elle comparait avec Hannah West et Ursula Grant, deux autres survivantes, va essayer de déterminer.

Charlotte Rogan met ici au centre de son œuvre la question de la survie et surtout jusqu’où peut-on aller pour survivre ? Tout au long de ce huit-clos, ces questions nous interpelle, en effet à la place de Grace et des rescapés, jusqu’où j’aurais été capable d’aller pour continuer à vivre ? Quelles sont les limites humaines, comment ne pas ressentir de culpabilité face aux sacrifices de ceux qui se sont jetés à l’eau pour que la chaloupe continue de voguer ? Quels sont ceux qui ont le droit de vivre et ceux qui ont le devoir de mourir ? Autant de questions qui m’ont mis plutôt mal à l’aise d’autant que l’héroïne du roman est particulièrement insupportable. Hautaine, ambitieuse à l’excès, totalement centrée sur elle-même, Grace est vraiment antipathique. Issue d’une riche famille, ses parents se retrouvent subitement ruinés et Charlotte est promise à un avenir de gouvernante. Envolés les rêves de mariage cossu ? Non, Grace a de la ressource et va tout faire pour séduire Henry, qui va abandonner sa fiancée pour elle et se marier dans le plus grand secret à Londres. Sa survie dans la chaloupe, elle la doit à sa capacité d’adaptation, sa froideur et dans l’assurance que son destin est ailleurs. Elle est tout de même la veuve d’Henry et sa famille, bien que contre ce mariage, ne pourra que l’accueillir ou tout du moins subvenir à ses besoins.

L’auteure s’est inspirée bien sûr du naufrage du Titanic, du film Lifeboat (le titre du roman en V.O) d’Alfred Hitchcock mais aussi des procès qui ont cours tout au long du 19è siècle de marins naufragés, traduits devant les tribunaux, et si les premiers étaient acquittés, au fur et à mesure les juges se sont rendus compte que seuls les plus forts survivaient au détriment des plus faibles. C’est ce qui est le cas ici, les sacrifiés sont indéniablement les maillons faibles qu’il convient de sacrifier. Le récit s’écoule lentement : les premiers chapitres retracent le naufrage, l’installation dans la chaloupe et la présentation des personnages, puis au fur et à mesure des jours, voyant que les secours n’arrivent pas et qu’il est évident qu’ils ne pourront pas tous survivre, la tension psychologique grandit.

Tout est relaté du point de vue de Grace et c’est d’ailleurs son journal que nous lisons. A la demande de ses avocats, elle rédige les souvenirs qu’elle a conservés de ses vingt et un jours à bord de la chaloupe. Le récit au style clinique, distant et froid, construit sous forme de flash-back, raconte tantôt le procès et tantôt la vie dans la chaloupe. Charlotte Rogan signe ici un premier roman dérangeant, plutôt prenant et pas inintéressant du tout.

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Lu dans le cadre du challenge La plume au féminin 2013 :

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24 réflexions sur “Les accusées – Charlotte Rogan

    • Claire dit :

      Le sujet me semble trop dérangeant. Et surtout le portrait que tu dresses de l’héroïne m’a découragé.
      Je viens de me lancer dans Ralph’s party! Je l’avais découvert sur ton blog. Et il me fait oublier la tristesse du testament.

      • Bianca dit :

        Ce roman est dérangeant et je n’ai pas du tout aimé l’héroïne mais je ne regrette pas de l’avoir lu car il est assez captivant et surtout il suscite bien des questions !

    • Bianca dit :

      Merci Céline ! Je comprends, je ne savais pas du tout à quoi m’en tenir avant de l’emprunter à la bibliothèque mais il se révèle captivant et je l’ai lu presque d’une traite !

  1. evilys2angel dit :

    Un récit d’où émane un certain malaise on dirait… D’autant plus que l’héroïne semble plutôt antipathique… Mais la question reste posée : qu’aurions-nous fait dans les mêmes circonstances?… Je ne sais pas si je pourrais me plonger dans ce genre de roman… Pas en ce moment en tous les cas… 😉
    Sinon, pour répondre à ta question : j’ai enfin mon ordi! Mais je dois attendre que mon homme m’installe un ou deux trucs, notamment pour les photos, et ensuite je reprendrais le cours de mon blog…

    • Bianca dit :

      Oui c’est un roman dérangeant, qui met mal à l’aise, je ne m’y attendais pas du tout et je crois que je ne vous ai absolument pas donné envie de le lire 😉 Cool pour ton blog, j’ai hâte de te lire 🙂

  2. Laure dit :

    Je trouve que c’est intéressant comme thème. Ce qui aurait peut-être été intéressant c’était de faire un roman à deux voix, celle de Grace et celle d’un maillon faible (qui aurait survécu ou bien parlé d’outre tombe :lol:)
    Je trouve la couverture très belle. Je note au cas où 😉 Bonne fin de journée Bianca 🙂

    • Bianca dit :

      Le sujet est intéressant, je ne regrette pas du tout d’avoir lu ce livre, qui est très original. Je trouve ton idée excellence, il récit alternant deux voix aurait été intéressant en effet, et la couverture est vraiment jolie et bien représentative ! Bisous et bonne journée Laure :

    • Bianca dit :

      Il l’est Elo, le récit est stressant mais je l’ai lu vraiment vite tellement je voulais avoir le fin mot de l’histoire. Si tu es passionnée par le Titanic, ce roman pourrait te plaire. Bisous

    • Bianca dit :

      Moi aussi, ce livre m’avait interpellé dès sa sortie, aussi lorsque je l’ai vu à la médiathèque, je n’ai pas hésité une seconde et je ne le regrette pas.

  3. netherfieldpark dit :

    Quand j’ai lu le début de ton article, je me suis dit que ce livre avait vraiment l’air chouette avec une histoire originale et prenante. Mais le fait que l’héroïne soit distante alors que c’est son journal que nous lisons est vraiment dommage. Je le note tout de même si des fois je le croise en bibliothèque ou en occasion. Merci pour la découverte en tout cas. 🙂

    • Bianca dit :

      Si jamais tu as la possibilité de l’emprunter n’hésite pas car j’ai trouvé ce huit clos plutôt intéressant même si le personnage principal est froide et distante

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