Vingt-quatre heures de la vie d’une femme – Stefan Zweig

Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée. Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle.

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Ce roman, sans doute le plus connu de Stefan Zweig, trainait dans ma PAL depuis des lustres, et il a fallu le billet de Céline qui avait beaucoup aimé, et la LC avec Métaphore pour qu’enfin je me décide à lire cet écrivain autrichien, qui remporte bon nombre de vos suffrages dans la liste des 100 romans à lire au moins une fois dans sa vie : et bien votez maintenant !

1904 Monte Carlo. Un scandale sans précédent agite une nuit d’été dans un palace monégasque : une mère de famille de 32 ans a abandonné mari et enfants, pour suivre un parfait inconnu, arrivé la veille. Le jeune, charmant et raffiné, avait séduit toutes les personnes présentes par son charisme. La femme qu’il a enlevé, en apparence terne et effacée, a perdu la tête d’après les pensionnaires logés dans l’annexe du palace. Tous la vouent aux gémonies, n’a-t-elle pas honte de jeter l’opprobre sur son mari et ses enfants ? Tous, sauf le narrateur, qui lui comprend, qu’une femme qui s’étiole dans un mariage de convenance, soit éblouie et séduite par un homme qui la fait sentir enfin femme.

L’émotion provoquée par la fuite et la soudaine liberté de Madame Henriette n’est ici qu’un prétexte. Cet événement va surtout être le déclencheur de la confession de Mrs C, une anglaise d’une soixantaine d’années, veuve depuis deux décennies, qui porte en elle un secret et le poids de la culpabilité depuis plus de vingt ans. Cette femme qui mène une vie respectable a elle aussi connu une passion aussi brève qu’intense puisqu’elle n’a duré qu’une journée, ce sont ces vingt-quatre heures brûlantes et enfiévrées, les plus importantes de sa vie, qu’elle va raconter au narrateur et qui va donner le titre à ce court roman paru en 1927.

Alors âgée de 40 ans, elle va faire la connaissance au casino de Monte Carlo, d’un jeune homme, à peine plus âgé que son fils, qui va perdre tout son argent sur le tapis vert de la roulette. Littéralement fascinée par ses mains, qu’elle va décrire longuement tant elles l’ont marquée, elle va le suivre lorsque celui-ci titubant, va s’asseoir sur un banc. Cet homme, au visage d’enfant, elle va vouloir le sauver malgré lui, de la ruine et du suicide.

Au-delà de cette confession qui décrit une passion qui emporte tout sur son passage mais qui n’a, au fond, rien de bien d’original, c’est bien le style brillant de Stefan Zweig qui m’a littéralement emportée pendant une centaine de pages, lues d’une traite. A la lecture de ce texte, je comprends pourquoi Stefan Zweig apparait comme l’un des écrivains les plus importants du siècle. Profondément humaniste et pacifiste, il a habillé son narrateur de ses qualités, qui apparait ici plutôt féministe. Il comprend en tout cas fort bien les femmes et les met à un pied d’égalité avec les hommes.

Le style m’a conquise mais aussi les sujets abordés et cette question cruciale : est-on prêt à tout abandonner pour quelqu’un que l’on ne connait que depuis quelques heures seulement. Mrs C et Madame Henriette, visiblement en sont capables, et si le roman se déroulait de nos jours, cela ne choquerait pas, mais lorsque l’on se replace dans le contexte, c’est-à-dire à la Belle Époque, une femme qui osait reprendre sa liberté, subissait l’opprobre générale et surtout perdait tout : sa position sociale, ses enfants, ses biens, etc, il fallait donc être amoureuse, sacrément téméraire ou totalement inconsciente pour prendre un tel risque. Anna Karénine en a fait l’amère expérience.

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Lu dans le cadre d’une lecture commune avec Métaphore et des challenges Lire sous la contrainte et Le tour du monde en 8 ans :

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36 réflexions sur “Vingt-quatre heures de la vie d’une femme – Stefan Zweig

    • Bianca dit :

      Merci Syl, j’ai tardé moi aussi mais je me suis vraiment régalée et j’ai prévu d’en lire d’autres, notamment ses biographies ! Bonne semaine à toi aussi Syl et belles lectures

  1. lilibulle dit :

    Zweig est mon auteur préféré depuis mon adolescence et j’ai quasiment tout lu de lui (je suis en train de lire ses biographies qui sont excellentes aussi). Je te recommande chaudement lettre d’une inconnue. Ce que j’aime chez Zweig, c’est qu’il a une écriture effectivement très féminine, on sent qu’il comprend les femmes. Et c’est grâce à lui que j’ai eu 16 à mon grand oral à mon concours en biaisant à la question « quel est votre philosophe préféré » (je n’aime pas la philo) et en disant que je n’avais pas de philosophe préféré mais un auteur, Stefan Zweig. Et je crois que j’en ai si bien parlé, que j’ai remporté l’adhésion du jury. Et sa vie vaut le coup d’être lue aussi, ses convictions étaient tellement profondes qu’il s’est suicidé avec sa femme en 1942, pensant qu’Hitler et l’Allemagne nazie étaient en train de gagner la guerre. Bref, je pourrai en parler pendant des heures !

    • Bianca dit :

      Je te comprends, ce roman-ci est brillant et si le reste de l’oeuvre est encore meilleur, je vais aimer c’est sûr. J’ai noté Lettres d’une inconnue et ses biographies, j’ai très envie de les découvrir, merci Lilibulle !

  2. hollygoli dit :

    Et bien j’ai ce livre dans ma PAL depuis un petit moment alors pourquoi ne pas le remonter un peu ^^ Merci pour cet article.

  3. lectureetcie dit :

    j’aime beaucoup cet auteur et notamment la confusion des sentiments, j’ai également vu une très belle pièce : Collaboration qui nous parle de la relation entre le compositeur Richard Strauss et l’écrivain Stefan Zweig autour de l’écriture d’un opéra, et aussi de l’attitude ambiguë du musicien envers le régime nazi. Il faut que je lise lettre à une inconnue.

    • Bianca dit :

      Mon prochain Zweig sera je pense Lettre d’une inconnue et ensuite ses biographies. J’ai entendu beaucoup de bien de Collaboration et notamment de ses acteurs

  4. evilys2angel dit :

    Ma première rencontre avec Stephen Sweig s’est faite en lisant « Voyage dans le Passé ». J’ai ainsi découvert sa plume magnifique, suggestive, ses expressions imagée et la douce poésie de ses écrits. J’espère trouver bientôt d’autres titres de cet auteur à la plume si évoquatrice…
    Pour ce qui est de « Vingt-quatre Heures de la Vie d’une Femme », savais-tu qu’il en existe des adaptations cinématographiques? L’une est un film sorti en 1968 avec Danielle Darrieux et l’autre, plus récente, est un film sorti en 2003 avec Agnès Jaoui, Michel Serrault et Berénice Béjot. Au cas où, je te met le lien de cette dernière : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=28368.html
    Je suis d’ailleurs très curieuse de voir Agnès Jaoui dans un film d’époque, elle qui nous a plus habitué à des rôles contemporains 🙂

    • Bianca dit :

      Je ne savais pas qu’il y avait eu des adaptations cinématographiques mais je te conseille vraiment de le lire (si ce n’est pas déjà fait) avant de voir le film, ce récit est plein de suspens finalement 🙂

  5. Laure dit :

    Alors là je vais être obligée de le lire celui-là, car avec un tel article ce serait dommage de passer à côté ! J’ai un autre de lui à lire avant ça 😀
    Bonne journée et merci pour ce beau billet 😉 bisous

    • Bianca dit :

      Merci Laure, tu me flattes 🙂 mais je suis contente de t’avoir donné envie de le lire, d’autant qu’il est très court et vite lu. Bonne journée à toi aussi, bisous !

  6. Claire dit :

    Un beau billet, Bianca! Stefan Zweig fait partie de mes auteurs préférés! Si tu as l’occasion et le temps, je te conseille vivement Lettre d’une inconnue! Une nouvelle que j’ai vraiment adorée et que j’ai mis dans le classement des romans incontournables.

  7. Onee-Chan dit :

    Je t’avoue que j’ai peur que la description de l’amant (et de ses mains ^^) n’en devienne ennuyeuse… Je le note au cas où j’ai l’occasion de le feuilleter ou de recueillir d’autres éléments à son sujet, mais sans grande conviction pour cette fois, pour cette raison. D’un autre côté j’aime les belles plumes alors pourquoi pas : je le note « à voir » 😉

    • Bianca dit :

      Je te comprends, je ne suis pas friande des longues descriptions non plus, ce passage fait quelques pages et ne m’a vraiment pas dérangée. Le style de Zweig est brillant et à découvrir absolument avec cette oeuvre ou avec une autre

      • Onee-Chan dit :

        Quand c’est brillant on ne peut s’ennuyer alors c’est rassurant (un peu comme mon miller alors) : du coup j’essayerai cet auteur puisque ce soir tu es la troisième qui m’en parle ! Il me tarde, vous m’intriguez à l’aimer autant !

  8. Natiora dit :

    J’ai lu ce roman et je ne m’en souviens absolument pas, c’est ton billet qui vient de me le remettre plus ou moins en mémoire. A relire je pense 🙂

    • Bianca dit :

      Merci Philippe ! J’ai prévu une seconde lecture pour ton challenge, j’espère que j’aurais le temps d’ici le 20 avril ! Bonne soirée à toi aussi

  9. metaphorebookaddict dit :

    Nous avons le même ressenti, je suis contente d’avoir partagé cette lecture commune avec toi. Merci pour cette idée, elle m’a permis de sortir ce livre qui m’attendait depuis si longtemps dans ma PAL!!!

  10. netherfieldpark dit :

    Cette histoire à l’air magnifique alors je note. Ton avis fait vraiment envie. Je n’ai jamais lu Zweig alors pourquoi ne pas commencer avec celui-ci. Il pourrait s’agir d’une bonne introduction à son œuvre vu sa brièveté?

  11. A-Little-Bit-Dramatic dit :

    Je suis en train de le lire…sinon, je vais finir par être en retard pour la LC de Métaphore et ça serait dommage quand même…!
    Pour l’instant, je n’en suis qu’au début…j’ai eu du mal avec les premières pages, disons que je n’avais aucun ressenti et je n’aime pas ça, avec les livres. 🙂 Là, ca y’est, je crois que je commence à rentrer dans l’histoire. J’espère vraiment aimer, j’entends tellement de bien de ce livre. 🙂

    • Bianca dit :

      J’espère que tu vas aimer, moi je n’ai pas vu le temps passé et l’ai lu d’une traite, j’ai été emportée par le style de Zweig jusqu’à la dernière ligne 🙂

  12. unelittéraire dit :

    Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire celui-là, ça donne envie de le lire. Je trouve que Zweig a une écriture très fluide et très agréable à lire en général.
    unelittéraire

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