Waterloo Necropolis – Mary Hooper

Londres, 1861. Grace Parkes, presque 16 ans, vient d’accoucher d’un enfant mort-né. Afin de lui donner une sépulture décente, la jeune fille embarque à bord de l’express funéraire Necropolis, en direction du cimetière de Brockwood. Elle fera là-bas une rencontre décisive en la personne de Mr et Mrs Unwin, propriétaires d’une des plus grandes entreprises de pompes funèbres de la capitale, qui lui proposent de l’employer comme pleureuse d’enterrement. D abord réticente, Grace se verra bientôt contrainte d accepter leur offre, après qu’elle et sa soeur Rose, qui survivent à peine en vendant du cresson, sont expulsées de leur pension…

waterloo-necropolis-mary-hooperauteur-éditeur-pagesJ’avais repéré Mary Hooper et ses romans jeunesse il y a plusieurs déjà et plus particulièrement, Waterloo Necropolis dont le sujet pour le moins original m’a tout de suite attiré mais rassurez-vous je n’ai aucune attirance pour le morbide ni pour les enterrements !

Et c’est vrai que ce roman est un étonnant portrait de Londres à l’époque victorienne, qui n’est pas sans rappeler l’univers des livres de Dickens, Oliver Twist en tête (qui est dans ma PAL) comme elle le précise elle-même dans sa postface. Mary Hooper met tellement ses pas dans ceux du romancier victorien, qu’elle le fait même surgir le temps d’une scène. Le sujet de Waterloo Necropolis, c’est le quotidien et la réalité des bas-fonds londonniens, et plus particulièrement celle des enfants de Seven Dials, l’un des quartiers les plus mal famés de la capitale anglaise. J’avais déjà pu mesurer la dure vie des pauvres petits londoniens dans Le jardin des secrets de Kate Morton, Sauver Noël et Une seconde avant Noël de Romain Sardou, la réalité des hospices dans le dernier tome des enquêtes de Thomas et Charlotte Pitt, Resurrection Row, je n’étais donc pas en terra incognita, même si on ne peut pas réellement imaginer les vies usantes des pauvres de cette époque.

L’auteure plante donc son décor en 1861, dans le quartier de Seven Dials. La date n’est pas choisie par hasard puisque le prince consort,  Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, est très préoccupé par la pauvreté et entreprend de raser les taudis surpeuplés pour faire reconstruire des logements décents, cette année-là. Une démarche louable mais qui ne résoudra pas le problème car les pauvres ne pourront être relogés dans ces immeubles tous neufs, trop chers pour leur maigre bourse. Et c’est à la fin de cette année-là qu’il va trouver la mort, le 14 décembre 1861. La reine Victoria, inconsolable, portera le deuil jusqu’à la fin de sa vie mais va aussi décréter un deuil national, boostant le commerce funéraire qui atteindra alors son apogée.

Mary Hooper, s’inspire d’autres faits réels comme l’express funéraire Necropolis et le cimetière de Broockwood, tous deux mis en service lors de l’épidémie de Choléra de la fin des années 1840 et le réel culte du deuil qui s’est développé à cette époque, bien entretenu par les professionnels du deuil qui n’avaient pas leur pareille pour inciter les familles en deuil à la dépense. Du bois du cercueil aux poignées, du tapissage aux pleureuses, en passant par les vêtements de deuil et de demi-deuil qu’il faut en permanence acheter, sinon ça porte malheur, tout cela rapportait gros à ceux qui en faisaient le commerce, comme Mr et Mrs Undwin et leur cousin Sly, dans ce roman, fameux roués et personnages ô combien détestables, qui vendent du chêne massif mais refilent du sapin vernis, dépouillent les défunts de leurs plus beaux vêtements afin de les revendre, exploitent leurs employés, etc.

Il ne fait pas bon d’être honnête ou naïf lorsque l’on est pauvre, les patrons exploitent les travailleurs, les usuriers escroquent les démunis avec une réelle férocité et les pauvres qui se révèlent âpres au gain et malhonnêtes, filous et voleurs en tous genres, en profitent aussi pour dépouiller leurs voisins de palier, nos deux héroïnes l’apprendront à leurs dépens.

J’avoue que bien qu’il s’agisse d’un roman pour la jeunesse, j’ai pris beaucoup de plaisir à sillonner les rues de Londres avec nos deux héroïnes, tellement attachantes, Grace et Lily et à maudire les Unwin pour toutes leurs vilénies, même si l’intrigue est un peu simpliste pour une adulte. Élevées dans une jolie maison par leur maman après que leur père soit parti en Amérique chercher fortune alors que Lily n’avait qu’un an et que Grace n’était même pas née, elles ont le malheur de la perdre à un âge très tendre. Orphelines à l’âge de 6 et 5 ans, elles se retrouveront en orphelinat, où elles seront bien traitées, et dans un pensionnat afin qu’elles apprennent un métier : femme de chambre pour Lily, un peu simplette et tellement naïve, et institutrice pour la seconde. Un pensionnat qu’elles ont du quitter brusquement et sans presque rien pouvoir emporter. Pourquoi ? Vous le saurez en lisant Waterloo Necropolis ! On fait leur connaissance alors qu’elles sont obligées de vivre dans une pension tenue par une charmante logeuse qui est pleine d’attentions pour ses pensionnaires, mais la bâtisse est insalubre et sera bientôt condamnée à être détruite. Promises à un avenir des plus sombres, elles doivent vendre du cresson dans les rues de Seven Dials pour grappiller quelques sous.

Mary Hooper nous livre ici un roman passionnant et aux multiples rebondissements, même si ils sont sans réelle surprise au fond pour une adulte, on se prend tellement d’affection pour les deux héroïnes, Grace et Lily, qu’on espère que tout finira bien pour elles. Encore une belle découverte, après Mademoiselle Scaramouche, grâce à cet éditeur jeunesse, Les grandes personnes, qui m’incite à lire d’autres ouvrages de leur catalogue. Si vous aimez les romans victoriens, Waterloo Necropolis est pour vous, je suis sûre que vous l’aimerez autant que moi !

heart_4Lu dans le cadre du Mois anglais et des challenges La plume au féminin édition 2013, God save the livre édition 2013, Au service de…, Challenge Victorien 2013 :

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51 réflexions sur “Waterloo Necropolis – Mary Hooper

  1. Céline dit :

    Dommage, il n’est pas à ma médiathèque (je viens de vérifier). Je le note quand même si je change de ville et de bibliothèque car je suis sûre qu’il me plaira ! Merci pour la découverte 🙂
    Bises

    • Bianca dit :

      Ah zut, c’est trop bête, peut-être que tu peux emprunter un autre roman de Mary Hooper ! Contente de t’avoir donné envie en tout cas même si là c’est frustrant pour toi. Bises

  2. Claire dit :

    Un roman que j’avais adoré! Tu me donnes même envie de le relire avec ce très beau billet!
    Je te conseille Velvet du même auteur. Sur le spiritisme à la fin du 19ème siècle. Même s’il ne m’a pas fait une aussi forte impression, j’avais passé un bon moment.
    Biz

    • Bianca dit :

      Merci Claire 🙂 J’ai bien l’intention de lire Velvet et les autres aussi, ce roman et toi, m’avez donné envie de poursuivre la découverte de cette auteure ! Bises

  3. Kono dit :

    Superbe chronique 🙂 Il est vrai que cette maison d’édition est géniale et je prends toujours beaucoup de plaisir à découvrir leur collection de romans. Il y a Un jour de Morris Gleitzman et Au service du mal de Jean-Marc Deville que j’ai adorés. Je te les conseille ! 🙂

    • Bianca dit :

      La couverture peut étonner en effet mais elle reflète bien le personnage principal, Grace, dans sa position de pleureuse. Bonne fin de semaine à toi aussi

  4. Laure dit :

    Une belle chronique ma Bianca 🙂 Je la découvrirai un jour mais tu te doutes bien que pour le moment ça attendra forcément 😀
    Bonne journée et gros bisous 😀 (avec un temps déprimant au possible…)

    • Bianca dit :

      Merci ma Laure, je sais que tu ne le liras pas de suite mais un jour qui sait ? Bonne soirée et gros bisous (le beau temps est revenu, c’est cool !!)

  5. Asphodèle dit :

    Ho que tu me fais envie ! Déjà que je suis en manque cruel d’Anne Perry (la faute au temps) alors celui-ci fait plus que me tenter, je le note !!! 🙂 Bises Bianca !

    • Bianca dit :

      Si un jour tu as envie de lire Anne Perry avec nous, je te donne rendez-vous en chaque début de mois pour notre LC mensuelle, enfin quand tu auras le temps (je crois qu’on en est toutes là :)). Bises Asphodèle, porte-toi bien !

  6. Lili dit :

    Pour le coup, j’ai un petit côté morbide mal placé : je le note pour cette raison, en plus de l’atmosphère victorienne qui me tente aussi ^^

    • Bianca dit :

      Il est vraiment bon tu as bien raison de le noter, en ce moment je fais de belles découvertes au rayon jeunesse d’ailleurs, pourvu que ça dure !

  7. Emma dit :

    Je suis particulièrement contente qu’il t’ait plu celui-ci, tu penses !
    Vivement « Velvet » et vivent « Les Grandes Personnes » !
    Bises.

    • Bianca dit :

      Je sens que je vais emprunter rapidement Velvet, ce qui ne serait pas raisonnable du tout, mais WN m’a tellement plu que je me dis que ce serait dommage de s’arrêter en si bon chemin ! Bises ma petite Emma 🙂

  8. Onee-Chan (la bibli d'Onee) dit :

    C’est vrai qu’a priori je ne cherche pas la lecture de romans jeunesse, et pourtant parfois on est agréablement surpris, on passe un moment culturel épuré ; et puis les classifications changent et on retrouve des romans jeunesse en adulte quelques années plus tard. Je le note, des fois que ma pal ne soit plus assez haute… ;D

      • Bianca dit :

        Je ne vais pas te jeter la pierre car avant ce début d’année je ne lisais pas du tout de littérature jeunesse mais j’avoue que depuis que je m’y suis mise je fais de belles découvertes. WN en est une, j’y ai appris beaucoup de choses, je suis sûre que ce sera ton cas 🙂

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