Le murmure de l’ogre – Valentin Musso

Nice, 1922. Deux prostituées sont assassinées, le crâne rasé et le corps recouvert d’étranges symboles. Bientôt, ce sont des enfants qui disparaissent et qui sont retrouvés égorgés aux quatre coins de la ville dans une mise en scène macabre. Louis Forestier, un commissaire des brigades mobiles créées par Clemenceau, se lance sur les traces de celui que les journaux ont surnommé « l’Ogre ». Il est épaulé par Frédéric Berthellon, un spécialiste des pathologies mentales de l’hôpital Sainte-Anne venu exprès de Paris, et par Raphaël Mathesson, un richissime érudit, aviateur à ses heures perdues. Très vite, ils découvrent que le tueur observe un rituel inspiré de récits de l’Antiquité sur la descente des mortels dans le monde des Enfers. L’affaire prend une dimension nouvelle quand le fils d’un millionnaire américain est enlevé par le tueur. Le compte à rebours commence: des ruelles miséreuses du vieux Nice aux luxueuses villas des hivernants, chaque indice est interprété pour tenter de saisir les motivations de l’Ogre, et de remonter sa piste.

le-murmure-de-l-ogre-valentin-mussoauteur-éditeur-pagesDites-moi années 20 et brigades mobiles et vous allez éveiller immédiatement mon intérêt, il y a des mots comme ça qui m’interpellent plus que d’autres. Grande fan de la série les Brigades du Tigre que je regarde encore régulièrement, je m’intéresse depuis très longtemps à tout ce qui touche aux prémices de la police moderne et de la médecine légale, une époque et des avancées que je trouve fascinantes à bien des égards. Et lorsqu’en plus on me dit dans l’oreillette que c’est un coup de coeur de l’une de mes tentatrices préférées, la charmante Ingrid qui n’a pas son pareil pour alourdir ma PAL, je n’ai pas hésité à me précipiter sur Le murmure de l’ogre de Valentin Musso (oui le frère de Guillaume), acheté d’occasion, et qui n’a même pas eu besoin de passer par la case PAL, aussitôt acheté, aussi lu !

Diablement passionnant, Le murmure de l’ogre, nous plonge au cœur de la Riviera, juste après la première guerre mondiale, dans les ruelles de Nice et dans les bureaux de la première brigade mobile de la ville. Créées par le ministre de l’intérieur, Georges Clemenceau (c’est lui le fameux Tigre), en 1907, ces brigades exclusivement parisiennes et plutôt élitistes au départ, notamment en terme de taille (les agents ne devaient pas dépasser 1m67 pour mieux se fondre dans la foule), voient dès 1911 leurs effectifs grossir et s’implanter dans les grandes villes de province. Totalement désorganisées et pratiquement démantelées par la guerre, elles reprennent peu à peu du service en cette année 1922.  Destination privilégiée de la noblesse russe, anglaise, allemande et française d’avant-guerre, la cité balnéaire peine à retrouver sa clientèle et la grande majorité de sa population, en partie faite de migrants venus d’Italie au moment du rattachement à la France, souffre d’une grande pauvreté.

C’est dans ce contexte économique difficile, qu’une série de meurtres va être perpétuée. Tout d’abord deux prostituées, égorgées au sein même des maisons closes dans lesquelles elles travaillaient et qu’on va retrouver le crâne rasé. Le commissaire Louis Forestier, mobilard depuis 1907, est chargé de l’enquête. Il pense immédiatement que les deux meurtres sont l’œuvre d’une même main et que les chevelures volées sont des trophées pour leur assassin. Un assassin cultivé qui certes prend des trophées, mais qui laisse aussi un message sur le corps des victimes (en grec, c’est plus chic). Notre commissaire et son équipe piétinent et lorsque le tueur s’en prend aux enfants des quartiers pauvres de la ville qu’il enlève et égorge à leur tour, il requiert l’aide de ses amis Frédéric Berthellon, psychiatre à l’hôpital Sainte Anne de Paris, et Raphaël Mathesson, un érudit de la bonne société. Ensemble, ils vont se mettre sur les traces du tueur, cet ogre, qui promet une descente aux enfers à ses malheureuses victimes.

Valentin Musso connait les brigades mobiles sur le bout des doigts et je me suis vraiment régalée à lire cette enquête passionnante et palpitante, truffée de rebondissements, et qui malgré les apparences, ne sombre jamais dans le glauque et les détails sordides, n’ayez pas peur donc, si moi je l’ai lu sans frémir, vous pouvez y aller. L’auteur s’attache à faire connaitre les méthodes des mobilards et celles de la criminologie encore balbutiantes. Les moyens financiers manquent souvent mais les agents, très expérimentés et entrainés à différentes techniques de combat (dont la fameuse Savate), font des prouesses. Ils ont désormais à leur disposition des véhicules motorisés et bénéficient des dernières méthodes d’investigations techniques et de la modernisation du fichage des criminels (fiches anthropométriques avec empreintes digitales) issues des travaux d’Alphonse Bertillon. L’auteur s’inspire de faits réels, notamment des meurtres commis par Joseph Facher, l’un des premiers tueurs en série français, et ancre son histoire à une période charnière pour les brigades et pour la psychiatrie criminelle, quelques jours seulement après l’exécution de Landru, le Barbe-Bleue de Gambais, dont les crimes et le procès avaient fait les gros titres de la presse.

Notre commissaire Forestier et ses hommes se rendent bien compte qu’ils ne pourront résoudre l’enquête à eux seuls et c’est là qu’entrent en scène Raphaël Mathesson, qui les aidera à comprendre la mythologie grecque et ancienne, notamment L’Eneide de Virgile, dont se sert le tueur pour laisser des indices, et de Frédéric Berthellon qui sera chargé de dresser le profil psychiatrique de l’ogre. Après avoir enfermé sans distinction les fous dans des camisoles, on essaie désormais de les soigner, c’est mieux mais c’est aussi ainsi que des tueurs échappent à la prison et à la guillotine car jugés irresponsables par les psychiatres. Certains d’entre eux, jugés guéris, vont s’empresser de continuer leur cavale meurtrière, dès leur sortie de l’asile, comme Joseph Vacher, le tueur de bergers. Pourquoi l’ogre s’en prend-t-il aux enfants ? Les deux prostituées sont-elles ses premières victimes ou sévit-il déjà depuis de nombreuses années ? A-t-il subi lui-même des violences ? Est-on un criminel né ou le devient-on ? Le tueur est-il un monstre ou avant tout un homme qui a souffert ? Autant de questions passionnantes soulevées par l’auteur tout au long du roman.

Valentin Musso nous livre ici un excellent roman policier historique comme je les aime, intelligents et plein de rebondissements. Le murmure de l’ogre frôle le coup de coeur mais j’ai un bémol toutefois, le nom de l’assassin nous est révélé avant le point final, et je trouve ça dommage, heureusement le final m’a totalement surprise . Un auteur et un roman que je vous recommande, j’espère même qu’il y a aura une suite tant j’ai aimé les personnages. Je compte bien désormais lire les deux précédents romans de Valentin Musso.

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26 réflexions sur “Le murmure de l’ogre – Valentin Musso

  1. Des illusions livresques dit :

    Coucou,
    Oula, ce livre a l’air d’être « puissant » dis donc, je le note, je ne pense pas le lire sous peu, mais le titre, le résumé et ton avis, font que j’ai envie d’en prendre note.
    Merci pour la découverte.
    Bises

  2. belette2911 dit :

    Mais pourquoi t’ai-je lu, moi ?? Oui, j’évite Guillaume, dans la famille Musso, mais je plussoie pour Valentin ! J’ai lu un livre de lui et il m’avait bluffé.

    Là, j’ai plus qu’envie de le découvrir !! grrrr, Bianca, pas bien ! 😉

    • Bianca dit :

      Je pensais que tu l’avais déjà lu, dommage pour ta PAL 🙂 Je ne peux pas chroniquer que des livres qui ne t’intéressent pas quand même, je fais des efforts mais bon, de temps en temps il faut bien que je te donne envie de noter !

      • belette2911 dit :

        Oui, je te félicite pour tes efforts envers ma PAL, je suis toute contente. Je comprends que de temps en temps, il faut faire vivre les commerces… et donc, me tenter.

        D’ailleurs, j’ai eu une autre adresse de bouquinerie à Bxl et je dois aller la tester, avec chouchou (une excuse, on prend un petit déj et ensuite, la bouquinerie ou alors, un resto et hop, les livres !!!)

  3. Philippe D dit :

    J’aurais dû lire ce roman en premier.
    J’ai lu les deux précédents que j’avais beaucoup aimés. Du coup, celui-ci m’a plu moins. Je m’attendais à un thème aussi fort que dans les deux premiers (maternités nazies et surdoués) et j’ai donc été un peu déçu. Un peu seulement car l’intrigue est bien ficelée.
    En tout cas, tu en parles très bien!
    Bonne semaine.

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