Témoin de la nuit – Kishwar Desai

Violence au coeur de l’Inde. Une jeune fille de bonne famille est retrouvée, violée et battue, entourée de treize cadavres, dans une immense maison incendiée. La police locale la soupçonne d’être la responsable de cette tragédie. Simran Singh, une travailleuse sociale peu conventionnelle, décide alors d’intervenir. Pour comprendre l’histoire familiale de Durga, Simran dévoile peu à peu un monde épouvantable dans lequel chaque petite fille qui naît n’est jamais sûre de vivre bien longtemps…

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On se retrouve aujourd’hui pour vous présenter le polar de la sélection ELLE de février et excepté l’excellent Yeruldelgger, ça se confirme, les polars du prix 2014 ne sont clairement pas à la hauteur de mes attentes, grandes je l’avoue ! La sélection est pourtant éclectique et me fait voir du pays, après la Mongolie, place à l’Inde avec Témoin de la nuit de Kishwar Desai. Un pays où la corruption et le marchandage sont rois et où il ne fait pas bon être une fille comme le démontre l’auteure à travers l’histoire de Durga et de sa sœur Sharda.

Le livre s’ouvre sur un massacre familial au Punjab : 13 membres de la riche et respectée famille Ashtar ont été assassinés, seule Durga, une adolescente de 14 ans est en vie. Violée, droguée et attachée à son lit, elle fait figure de suspect numéro 1 et se voit placée en hôpital psychiatrique en attendant d’être incarcérée. L’adolescente est mutique et refuse de parler à quiconque. On fait alors appel à une travailleuse sociale, Simran, pour arriver à la faire parler et permettre à la police de clore l’enquête plus rapidement car elle fait la une de la presse locale et internationale.

Simran, la quarantaine, fait figure d’ovni dans une société indienne patriarcale : elle est restée célibataire au grand dam de sa mère qui rêve de la marier et de devenir enfin grand-mère. Elle mène une vie très libre, une vie choquante pour la majorité de la population indienne.

L’enquête policière est ici vraiment secondaire, ce qui est dommage pour un policier, même si la quête de vérité de Simran ne manque pas d’intérêt mais le roman nous éclaire surtout sur la société indienne, la place de la femme, les traditions, la corruption, etc, tout y décortiqué et mis à l’index.

Le schéma narratif, entre alternance de mails, confidences épistolaires de Durga et enquête de Simran, est plaisant et on ne s’ennuie pas une seconde mais lorsque l’on tourne la dernière page, on ne manque pourtant pas d’être déçue ! Témoin de la nuit se révèle plus proche du réquisitoire et du document que du roman policier, dommage, et la fin est vraiment décevante.

J’avoue que je ne connais presque rien sur l’Inde, je sais que la place de la femme est loin d’être évidente pour avoir entendu parler des viols collectifs et des meurtres de femmes aux informations mais je dois dire que ce livre m’a estomaqué par ce que j’y ai appris : le massacre presque systématique des fœtus féminins et des petites filles à la naissance. L’auteure, que l’on sent totalement révoltée, et on la comprend, par ce phénomène, mène un combat à travers ce roman qui aurait trouvé un meilleur aboutissement dans un roman ou un document, pas dans un polar qui n’en est finalement pas un.

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Lu dans le cadre du Grand prix ELLE des lectrices 2014  et du challenge A tous prix (Costa First Novel Award 2010) :

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19 réflexions sur “Témoin de la nuit – Kishwar Desai

  1. Claire dit :

    Le sujet a l’air intéressant (comme toi, je ne connais que peu la société indienne). Du coup, je le note mais je sais que je ne devrais pas m’attendre à une intrigue policière extraordinaire.

  2. Sylla dit :

    La quatrième de couverture avait l’air tentante mais vu ce que tu en dis, je ne suis pas sûre que ça me convienne non plus. Effectivement mieux vaut se tourner vers le livre documentaire que vers un roman si l’idée est de dénoncer ces pratiques.

  3. Fleur dit :

    J’ai le même ressenti que toi : il s’agit plus d’un roman que d’un polar. Je crois que si l’auteure n’avait pas fait passer au second plan l’intrigue du polar, ce livre aurait été génial.

    • Bianca dit :

      C’est un roman intéressant qui aurait mérité d’être un roman et non un roman policier, c’est ce volet-là qui à mon sens n’est pas réussi

  4. Asphodèle dit :

    Je vois que les choses ne changent pas en Inde malgré le combat de quelques femmes, somme toutes isolées… Hormis ta déception « polar », ce livre mériterait une autre lisibilité pour le combat des femmes indiennes et la vie des FEMMES, tout court… Je le note, si je le vois passer, ça fait longtemps que je n’ai rien lu sur l’Inde !

    • Bianca dit :

      C’est tout à fait ça, l’auteure aurait du s’abstenir d’en faire un polar et en faire un roman tout court car il est intéressant sans cela et c’est ce volet mal maitrisé qui nuit au reste !

  5. auwor dit :

    Le sujet m’intéresse beaucoup, du coup le livre me tente assez ! Dans un reportage sur Arte diffusé il y a quelques mois, ils parlaient du Sati, un ancien rituel. Les veuves étaient brûlées vives sur le bûcher de leur mari, pour montrer leur dévouement et leur fidélité jusque dans le mort. La femme qui ne peut pas exister sans son mari…

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