Les chimères de l’exil – Marie Kuhlmann

Après la défaite de 1870, l’Alsace devient une  » terre d’Empire « , rattachée au Reich. Ceux qui choisissent de garder la nationalité française doivent quitter définitivement leur petite patrie. A Soufflenheim, village de potiers, Louise et Sidonie, amies d’enfance, n’envisagent pas de se séparer. Mais déjà, le frère de Louise, Charles, a suivi un Alsacien, ingénieur mécanicien génial qui a réorganisé toutes les usines d’armement françaises, près de Paris. Puis, Sidonie, demandée en mariage par un Allemand établi à Strasbourg, est aussi sur le départ… Louise trouve alors un stratagème pour s’évader car son père refuserait de la laisser partir. Au bras de Valentin, ami de son frère, elle monte dans le train de la Compagnie de l’Est, avec d’autres candidats à l’exil…
Commence alors une autre vie, dans la proche banlieue ouest de Paris où les Alsaciens déracinés forment déjà une colonie, plutôt bien acceptés à l’arsenal de Puteaux, mais traités de Boches par la population. La grande famille Estreicher et leurs proches, solidaires en toutes circonstances, se regroupent rue de Seine, entre Suresnes et Puteaux. heart_3auteur-editeur-pagesles-chimeres-de-l-exil-marie-kuhlmann

L’Alsace va devenir après la défaite de 1870 une terre allemande, ceux qui souhaitent rester français doivent laisser derrière eux parents, travail et amis, pour rejoindre la capitale, et ce avant le 30 septembre 1872.

Valentin Daul, jeune veuf incollable, quitte son commerce un pincement au cœur mais décide de ne pas changer les vœux de son épouse, et prend le train avec son fils Emile et Louise, la jeune sœur de son ami Charles Estreicher qui l’attend à Paris.

La jeune femme fuit le mariage arrangé par ses vieux parents à Soufflenheim qu’elle ne verra plus mais elle est très triste de laisser sa grande amie Sidonie qui est sur le point de se marier avec un allemand et qui reste à Strasbourg.

Valentin et Louise vont retrouver Charles et s’installer avec lui et sa famille à Suresnes, là où une importante communauté alsacienne est déjà présente, partagée entre le travail des vignes et celui pour l’arsenal du Mont Valérien dirigé par l’un de leurs compatriotes Frédéric-Guillaume Kreutzberger.

Louise commence par être couturière pour madame Kreutzberger qui en échange lui enseigne le français qu’elle parle très mal, comme la grande majorité des alsaciens, car Louise souhaite devenir institutrice.

Le maire de Puteaux, sur les recommandations de Thérèse Kreutzberger, lui propose alors d’assister la directrice de la salle d’asile qui enseigne le français aux petits alsaciens et aux adultes qui le souhaitent.

Comme vous le savez déjà, j’affectionne tout particulièrement la fin du 19è siècle et depuis quelques mois je m’attache à découvrir ce que fut la Commune, cette fois-ci mon intérêt s’est porté sur le sort des alsaciens qui ont souhaité après la défaite de 1870 rester français, un sujet que je méconnais totalement, c’est ainsi que j’ai repéré Les chimères de l’exil dans le catalogue Terres de France de Presses de la cité.

On va suivre le destin de Louise Estreicher qui quitte son petit village alsacien de Soufflenheim où, dernière de sa fratrie, elle vit avec ses vieux parents entourée de beaucoup d’amour. Elle ressent une amitié très fusionnelle avec sa meilleure amie Sidonie qu’elle va aider à réaliser son vœu le plus cher : épouser Gustav, un allemand. Sidonie, en échange, va l’aider à échapper au mariage arrangé qui l’attend et lui permettre de rejoindre la capitale afin de démarrer une nouvelle vie.

Louise est une jeune femme volontaire, soucieuse d’apprendre et de s’élever socialement par le savoir, elle sait qu’en faisant ce choix de faire carrière, rares seront les hommes à vouloir partager sa vie mais elle n’en a cure et un caractère bien trempé, c’est donc une héroïne que l’on a plaisir à suivre.

Le contexte non plus ne manque pas d’intérêt, l’auteure, elle-même alsacienne, nous fait découvrir le quotidien de ces alsaciens déracinés, privés de leur langue qu’ils parlent entre eux certes, mais qu’on oblige à parler français, privés de leurs traditions et dont les enfants nés dans cette banlieue se sentent parisiens avant tout.

Marie Kuhlmann nous propose une galerie de personnages attachants, notamment les personnages féminins, et met en lumière un homme qui a réellement existé, Frédéric-Guillaume Kreutzberger, ingénieur alsacien qui a modernisé les arsenaux français.

Vous l’aurez compris, ce roman est intéressant et agréable pour autant je regrette qu’il soit trop lisse, le chemin de Louise ne sera pas semé d’embûches, tout va s’enchainer formidablement bien pour elle, et le contexte historique va peu à peu s’effacer pour ce concentrer sur les amours de Louise et notamment sur les sentiments de Louise et Valentin qui reviennent comme un boomerang dans le dernier tiers du livre, un épisode que je n’ai pas trouvé crédible.

Pour autant, Les chimères de l’exil ne manque pas de charme et je remercie Marie-Jeanne et les Editions Presse de la Cité pour cette lecture légère mais instructive !

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8 réflexions sur “Les chimères de l’exil – Marie Kuhlmann

  1. belette2911 dit :

    Même les gens de son propre pays, on les rejette ! C’est dire si on est irrécupérable… Dur de devoir quitter sa région quand on ne l’a pas décidé…

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