Le refuge des souvenirs – Mary Marcus

Lu dans le cadre du challenge  1 pavé par mois

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Au cours de l’été brûlant de 1963, la ségrégation fait rage dans la petite ville de Murpheysfield. Mary Jacob, douze ans, mal aimée par sa famille, trouve refuge auprès de Lavina, la cuisinière noire, qu’elle considère comme sa mère. Mais, lors d’incidents raciaux, la domestique est tuée. Mary Jacob, choquée, oubliera tout de cette période de sa vie.

Des décennies plus tard, apprenant que son père est mourant, Mary Jacob retourne dans sa Louisiane natale. Partie sur les traces de son passé, la jeune femme retrouvera-t-elle la mémoire de son enfance brisée ? Pourra-t-elle faire la paix avec sa propre histoire et avec Billy Ray, le fils de Lavina, blessé par le silence et les non-dits ?

Début des années 1990, Mary Jacob retrouve sa Louisiane natale qu’elle a quitté deux décennies plus tôt. Elle est en effet désormais installée à New York, auteure de romans pour enfants qui connaissent une certaine célébrité, maman d’un garçon et épouse d’un juif new yorkais lui-même le fils de survivants de l’Holocauste venus s’installer en Amérique.

Sa sœur Kathryn l’a appelé au chevet de leur père mourant. Le vieil homme va regagner sa demeure de Murpheysfield et souhaite renouer avec sa fille cadette avec laquelle les liens sont rompus depuis de nombreuses années.

Mary Jacob débarque donc dans la maison de son enfance et au gré de ses conversations avec son père et de ses retrouvailles avec Billy Ray, un musicien afro-américain, elle dont la mémoire est d’ordinaire défaillante sur son enfance, se remémore petit à petit des souvenirs jusque là enfouis dans sa mémoire.

Elle va se souvenir des dernières semaines de la vie de sa mère morte d’une longue maladie et de celle qu’elle considérait comme sa véritable mère, Lavina, la servante noire de la famille et mère de Billy Ray qui a connu une fin tragique, en pleine ségrégation raciale, sur fond de lutte pour les droits civiques…

La ségrégation raciale ou l’esclavage ne font pas partie de mes thèmes de prédilection car ils sont bien évidemment très durs mais je trouve nécessaire les romans ou bandes dessinées qui les traitent car nous ne devons jamais oublier les victimes des exactions et cruautés qui ont perduré jusque dans les années 60 aux États-Unis dans les provinces du Sud.

Par le passé j’avais adoré La couleur des sentiments, Sweet Sixteen ou Les derniers jours d’Emmett Till, je n’ai donc pas résisté à l’envie de lire Le refuge des souvenirs, le premier roman de Mary Marcus traduit en français.

La romancière nous propose ici un roman à trois voix qui a pour toile de fond le début des années 90 pour le commencement de l’intrigue puis l’été 1963 qui revient en détail sur la relation entre Mary Jacob la petite fille blanche mal aimée par ses parents et Lavina leur servante noire. L’amour et l’affection mutuelle qui unissent ces deux personnes sont bien évidemment interdits dans le sud des États-Unis où la ségrégation fait encore rage au début des années 60.

Une enfant blanche n’est pas censée avoir une proximité quelconque avec sa servante noire et encore moins lui témoigner un amour filial, mais Mary Jacob osera transgresser les règles établies même si elle prendra en retour des coups de ceinture ou de fouets.

Quant à Lavina, elle ne doit pas oublier sa place au sein de la famille ni celle au sein de la société des années 60 dominée par les blancs qui ont encore droit de vie et de mort sur leurs concitoyens noirs mais elle ne peut empêcher d’aimer Mary Jacob comme sa propre fille, déclenchant ainsi la jalousie de son propre enfant.

De ce point de vue, le roman de Mary Marcus est réussi : il rend compte du climat qui régnait à cette époque et de ce que les afro-américains subissaient encore et toujours et à cet égard il est très émouvant, il y a des passages vraiment très beaux qui mettent la larme à l’oeil.

Mary Marcus alterne donc tout au long du récit les souvenirs de Mary Jacob et les lettres de l’au-delà de Lavina qui nous apportent un éclairage supplémentaire sur la vie des domestiques noirs et sur les évènements qui ont conduit à sa fin tragique, je ne vous spoile pas, l’auteure dévoile cette mort dès le préambule.

Même si j’ai trouvé le rythme du roman trop lent c’est surtout la troisième voix qui m’a déplu : Billy Ray. Le fils de Lavina devenu gloire du blues dans les années 60 et devenu depuis un parfait has-been alcoolique et totalement égocentrique m’a tout de suite agacé et j’ai fini par sauter les parties le concernant tellement qu’il m’était antipathique, sans cela, je pense que c’était le coup de coeur.

Le refuge des sentiments est un beau roman, à la fois tendre et tragique, sensible et pudique, profond et émouvant que je vous recommande si le sujet vous intéresse.

Merci à Anne et aux Presses de la Cité pour cette lecture émouvante.

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