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Archive for the ‘Biographies, romans biographiques, Autobiographies’ Category

Avocate pendant dix ans, passionnée d’histoire et d’archéologie, l’Américaine Marie Benedict a écrit plusieurs romans historiques. Après Madame Einstein, paru aux Presses de la Cité en 2018, La femme qui en savait trop est son deuxième livre publié en France.

Vienne, 1933. À 19 ans, Hedy Kiesler, séduisante actrice d’origine juive, fait un triomphe dans une pièce de théâtre consacrée à l’impératrice Sissi. Elle tente de faire oublier son rôle scandaleux dans le film Extase où elle apparaissait entièrement nue.

Un admirateur lui offre tous les soirs des fleurs, Friedrich Mandl à une réputation sulfureuse et la séduisante Hedy succombe bientôt. Son père la met en garde, l’homme est puissant et côtoie les fascistes italiens.

Hedy finit par épouser quelques semaines plus tard le riche marchand d’armes bien qu’elle doive mettre une croix sur sa carrière d’actrice, elle devra être son épouse et rien d’autre. Conscients de la menace qui vient d’Allemagne, ses parents cherchent, par ce mariage, à la protéger.

Malheureusement, Mandl s’avère être un homme possessif, violent et opportuniste, qui fraye bientôt avec les nazis. Horrifiée, Hedy parvient à s’enfuir et s’installe aux États-Unis, où elle devient Hedy Lamarr, superstar hollywoodienne.

La jeune femme ne peut cependant oublier l’Europe et décide de contribuer à sa façon à l’effort de guerre. Celle qui est aussi une scientifique de talent met alors au point avec le compositeur George Antheil, un système de codage des transmissions révolutionnaire, utilisé de nos jours pour la téléphonie mobile ou le Wifi…

Comme avec Madame Einstein, Marie Benedict nous propose avec La femme qui en savait trop, un roman biographique qui retrace, non pas la vie complète de l’actrice Hedy Lamarr, mais seulement une période de dix ans pendant lesquels la jeune femme épouse son premier mari, puis son second (elle en aura six !) et met surtout au point son système de codage sans lequel nous ne pourrions peut-être pas avoir de téléphone mobile et d’internet !

Hedy Lamarr a une plastique parfaite, elle fut couronnée femme la plus belle du monde, mais elle a surtout une tête bien faite. Pour autant, elle ne sera pas prise au sérieux par l’armée américaine qui la renverra aux collectes de fonds et autres soirées organisées pour soutenir le moral des troupes alors que son invention aurait pu éviter aux sous-marins de se faire torpiller.

Dans ce récit à la première personne, très bien documenté, Marie Benedict redonne vie à une femme hors du commun, dont le plus grand rôle fut oublié, voire ignoré, durant des décennies avant d’être récompensé à la toute fin des années 1990, alors qu’Hedy est au soir de sa vie.

Malgré le faste et les mondanités, Hedy, impuissante à enrayer la solution finale qui frappe ses compatriotes, ne peut oublier l’Europe et décide de contribuer à sa façon à l’effort de guerre. On découvre une femme indépendante, très intelligente, qui fait de la science pour se divertir, qui veut bousculer les codes du glamour, prouver qu’on peut être belle et savoir se servir de son cerveau.

Elle va malgré tout se heurter à la société patriarcale de son époque qui ne va pas accorder le moindre crédit à la plus belle femme du monde. Une scientifique une fois de plus invisiblisée par les hommes et qui ne gagnera pas à sou grâce à son brevet qui tombera peu à peu dans l’oubli.

Avec ce roman, Marie Benedict révèle, au-delà des apparences, une femme au destin hors du commun. Si vous ne connaissez pas encore Hedy Lamarr, jetez-vous sur ce roman !

Un grand merci aux éditions Presses de la Cité pour cette lecture instructive et passionnante !

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Grand Corps Malade, de son vrai nom Fabien Marsaud, est né en 1977, sous le soleil de la Seine-Saint-Denis.Enfant, il veut devenir prof de sport. Mais la vie lui réserve un autre destin. Armé d’une béquille et d’un stylo, il se lance dans la musique : en 2006, son premier album, Midi 20, se vend à plus de 600 000 exemplaires et l’artiste est primé deux fois aux Victoires de la musique.

À tout juste 20 ans, alors qu’il est animateur dans une colonie de vacances du sud de la France, Fabien heurte le fond d’une piscine. Transporté à l’hôpital, il restera un mois dans le coma.

Les médecins diagnostiquent alors à ses parents une probable paralysie à vie. Pour un sportif comme Fabien qui rêve de devenir professeur d’E.P.S, c’est le drame absolu. Heureusement pour lui, le pronostic médical est erronné et, grâce à son kiné et à son ergothérapeute, il va peu à peu récupérer de la mobilité.

Autant vous le dire d’emblée, je ne prise pas le slam et je ne suis absolument pas une admiratrice de Grand Corps Malade, que je trouve au demeurant, bien sympathique. Tout ça pour dire que je n’aurai probablement jamais lu Patients si mon Sami-Chameau n’avait du le lire dans le cadre de son programme de 3ème. Et comme il fallait le motiver un peu, je l’ai accompagné et je ne le regrette pas du tout !

Dans un style poétique drôle et incisif, Grand Corps malade relate les péripéties vécues avec ses colocataires d’infortune lors de sa première année passée un centre de rééducation de la région parisienne.

Jonglant avec émotion et dérision, ce récit est avant tout celui de sa renaissance. Il y raconte le combat qu’il livre contre sa paralysie, l’acceptation de faire une croix sur l’avenir qu’il avait imaginé mais aussi son quotidien dans ce centre où se côtoient tétraplégiques, paraplégiques, grands brûlants et traumatisés craniens de toutes sortes.

Avec beaucoup d’humour, il raconte l’horreur vécue par ces colocataires, la réalité crue et sans fard du handicap physique. Avec lui, on découvre les lieux, les personnels soignants (infirmiers, aide-soignants, kiné, ergothérapeute, médecin), les autres patients, au fur et à mesure que son état s’améliore.

Il va y nouer des amitiés avec Farid, Toussaint et les autres, y faire des parties endiablées de tétra-boxes, faire quelques échappées en fauteuil roulant, nous raconte les problèmes rencontrés par les handicapés et les solutions, quand il y en a. Et finalement ce n’est pas tant son histoire qu’il raconte, mais celle de chaque handicapé qui le côtoie.

Avec pédagogie, pudeur, mais surtout beaucoup d’humour et de pragmatisme, il nous relate la vie au jour le jour des paraplégiques, tétraplégiques, traumatisés crâniens, grands brûlés et autres handicapés neurologiques.

Un récit court et percutant qui m’a beaucoup plu et que je vous encourage à découvrir à votre tour si cette thématique du handicap vous intéresse.

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Évelyne Brisou-Pellen est née en Bretagne et, hormis un petit détour par le Maroc, elle y a passé le plus clair de son existence. Elle a écrit beaucoup de contes et de romans, publiés chez divers éditeurs (Gallimard, Bayard, Hachette, Rageot, Nathan, Pocket, Milan, Casterman, Flammarion, Millefeuille, Belin…) Elle est notamment l’autrice de la série « Le Manoir’ chez Bayard Jeunesse, dont les six tomes de la première saison se sont vendus à plus de 184 000 exemplaires à ce jour.

Sacré phénomène, Isadora Duncan ! À six ans, elle improvise une petite école de danse, à onze, elle donne de vrais cours, inventant ce qui deviendra la danse moderne.

En attendant le succès, malgré son jeune âge, elle doit faire des prouesses pour trouver de quoi manger à sa famille (tous des originaux, qu’elle adore !) et de quoi payer le loyer, sous peine qu’ils se retrouvent tous les cinq à la rue…

Isadora Duncan fait partie des icones de la Belle-Epoque qui me fascinent. Il y a plusieurs années de cela, j’avais lu une biographie très complète et découvert une femme libre et indépendante marquée par les deuils, qui connut une fin tragique.

Avec Danse, Isadora ! Evelyne Brisou-Pellen revient sur l’enfance de la danseuse américaine, de sa découverte de la danse à son départ pour l’Europe où elle va connaître la gloire.

Un peu court pour ceux qui souhaitent se familiariser davantage avec la carrière d’Isadora mais idéal pour les jeunes lecteurs à qui est destiné ce texte, qui découvriront une femme hors du commun et un message : croyez en vous et en vos rêves, ils se réaliseront !

L’histoire plaira aux 12 ans et plus qui s’apercevront que l’enfance d’Isadora ressemble un peu à la leur. Née en 1877 à San Francisco, elle est la benjamine de quatre enfants, élevée dans une famille monoparentale éprise d’arts mais pauvre. Elle révolutionne la pratique de la danse par un retour au modèle des figures antiques grecques.

Par sa grande liberté d’expression, qui privilégie la spontanéité, le naturel, elle apporte les premières bases de la danse moderne européenne, à l’origine de la danse contemporaine.

Influencée par son frère Raymond Duncan sur un retour à l’hellénisme et le culte du corps, elle a redonné toute sa place à la beauté, à l’harmonie du corps, osant s’exhiber presque nue, dissimulée seulement par quelques voiles.

Avec cette biographie romancée très bien documentée, Evelyne Brisou-Pellen nous dépeint une enfant puis une jeune fille débrouillarde et courageuse, loin des conventions de son époque.

Pédagogue, elle ouvre, avec sa soeur, une école de danse où les cours sont gratuits, pour populariser son art et se fiche comme d’une guigne de l’argent, elle réinvestit toujours ce qu’elle gagne. L’important pour elle est de se produire, de faire des tournées…

Elle va connaître bien des échecs et des écueils mais saura toujours rebondir. Une figure du début du XXè siècle très intéressante à découvrir et c’est tant mieux qu’Evelyne Brisou-Pellen se soit emparée d’elle pour en faire l’héroïne de ce sympathique roman. J’espère qu’il permettra aux jeunes lecteurs et lectrices, danseurs ou non, de découvrir celle qui a fait entrer la danse dans la modernité.

Un grand merci aux éditions Scrinéo pour cette lecture disponible dès aujourd’hui dans toutes les bonnes librairies.

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Annabel Abbs s’est imposée comme la nouvelle auteure anglaise de romans biographiques à succès. Son premier titre, The Joyce Girl, a été publié dans huit pays et a reçu le Impress Prize pour les nouveaux auteurs en 2015. Frieda est son deuxième roman.

En 1912, une jeune baronne allemande vivant à Nottingham avec son mari Ernest Weekley, un philologue britannique commet l’irréparable : elle quitte son confortable foyer et ses trois adorables enfants pour vivre son amour.

La décision de Frieda von Richthofen va donner naissance à l’un des plus grands scandales de son temps. Son histoire va inspirer son second mari, D.H Lawrence, son très sulfureux roman L’amant de Lady Chatterley.

Mais qu’est-ce qui peut pousser une femme à quitter ses enfants ? Quel amour peut être plus fort que celui d’une mère ?

A travers la vie de Frieda, Annabel Abbs dépeint avec finesse la condition féminine au début du XXè siècle, époque où la femme avait peu de rôle à jouer. Frieda von Richthofen est la troisième fille du baron Friedrich Ernst Emil Ludwig von Richthofen.

La famille est aisée et évolue dans les meilleurs cercles de Munich jusqu’à ce que le père perde toute leur fortune. Frieda est privée de dot et se marie bien en-dessous de son rang avec un professeur anglais dont le père est pasteur. Elevée dans la foi catholique, elle fait ce que l’on attend d’elle : tenir sa maison et mettre au monde des enfants.

Jusqu’à la visite d’une de ses soeurs qui lui apprend qu’elle mène une vie libre avec son mari, chacun s’épanouissant dans une vie sexuelle débridée avec d’autres partenaires mais aussi dans une vie intellectuelle brillante.

Frieda se rend compte alors combien sa vie est étriquée, coincée entre ses devoirs domestiques et son mari, très prude, qui ne la touche quasiment jamais. Son séjour à Munich va être le déclencheur de sa vie future. Une vie qu’elle veut libre, sans entrave.

Je n’ai jamais lu L’amant de Lady Chatterley et je ne connaissais absolument pas la vie de Frieda et ce personnage m’a séduite. Cette personnalité hors norme est mise en lumière par Annabel Abbs et on découvre une femme exceptionnelle et une histoire d’amour devenue symbole de libération sexuelle.

L’autrice aborde aussi les tourments de l’amour maternel, de la rivalité entre soeurs et d’une vie sacrifiée sur l’autel du génie littéraire. Plus encore qu’une biographie parfaitement documentée, c’est un page-turner bouleversant.

L’histoire s’étend de 1907 à 1914 et si j’ai globalement beaucoup apprécié cette lecture et son héroïne pour laquelle j’ai eu beaucoup d’empathie, j’ai passablement détesté D.H Lawrence, son égoïsme envers Frieda qui contraint sa muse à abandonner ses enfants et qui ne doit aimer que lui, quel horrible personnage et quel sacrifice inhumain à exiger d’une mère !

A travers l’histoire de Frieda, nous suivons la destinée d’une femme moderne à une époque, dans un milieu social et un pays où ce n’était pas acceptable.

Partagée entre son amour de la vie et celui de ses enfants, divisée entre son milieu social d’origine, noble, où les femmes sont également plus libres d’esprit et de corps et celui imposé par son mari, allemande étrangère en Angleterre alors que la guerre approche, Frieda est écartelée face à ses envies et ses choix !

Un portrait passionnant d’une femme moderne et libre, en avance sur son époque et qui en a payé le prix.

Un grand merci aux éditions H.C et à Agnès Chalnot pour cette découverte !

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Guy Goffette est un poète et écrivain belge. Il a été tour à tour enseignant, libraire, éditeur des cahiers de poésie Triangle et de L’Apprentypographe. Il a parcouru nombre de pays d’Europe avant de poser ses valises à Paris où il vit actuellement. Il est lecteur chez Gallimard, où sont édités la plupart de ses ouvrages.

Paris, décembre 1893. La jeune Maria Boursin manque de se faire écraser par un tramway, sauvée de justesse par un jeune peintre qui a le coup de foudre : Pierre Bonnard.

Cette rencontre va être décisive : Maria rebaptisée Marthe de Méligny, c’est le nom d’emprunt qu’elle a endossé en fuyant le Berry, va devenir la muse et le modèle préféré de Bonnard. Et son épouse quelques décennies plus tard.

Pierre Bonnard va inlassablement peindre Marthe nue et dans la splendeur de sa jeunesse même lorsque celle-ci sera depuis longtemps éteinte. Si parmi ses amis les nabis, il n’est pas le plus connu, lui qui a vénéré les impressionnistes, va tracer son chemin personnel à l’écart des avant-gardes qui suivront : fauvisme, cubisme, surréalisme.

Il produit énormément et connaît le succès dès le tournant du siècle. Pour autant, il va peu à peu se couper de ses amis proches tels que Vuillard, Marthe ayant de l’emprise sur lui. La muse est très jalouse et vit volontiers en ermite avec son homme et Bonnard l’accepte même si il a des périodes de voyages qui l’emmène loin de Paris.

Avec Elle, par bonheur et toujours nue et en une centaine de pages, Guy Goffette, de son écriture belle et éminemment poétique, nous raconte Pierre et Marthe Bonnard. Plus volontiers Pierre car Marthe reste un mystère plus de quatre-vingt ans après sa mort, nous ne savons d’elle que bien peu de choses.

J’ai beaucoup aimé ce court récit, petit bijou ciselé, qui nous fait entrer dans l’intimité du peintre que je ne connaissais que de nom. Loin de la biographie classique, Guy Goffette nous donne à lire une évocation toute en finesse, en subtilités, de la vie d’artiste de Bonnard.

On y rencontre ses amis et Marthe, représentée plus de 150 fois dans les oeuvres de son mari. Par petites touches, telles un peintre, l’auteur nous fait entrer dans l’atmosphère feutrée du couple tantôt sur les boulevards parisiens, tantôt dans l’atelier du peintre, dans leur maison normande ou dans leur retraite ensoleillée du Cannet.

J’ai été immédiatement happée par ce récit qui donne une irrépressible envie de revoir toute l’oeuvre de Bonnard. J’ai adoré m’immerger dans le paris bohème de la Belle Epoque, côtoyer les Nabis et Toulouse-Lautrec, me glisser dans cette belle histoire d’amour et de fidélité entre le peintre et sa femme.

Une biographie romancée délicate et poétique que je ne peux que vous conseiller si vous vous intéressez à la peinture !

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Paulo Coelho, l’un des écrivains les plus lus dans le monde, est né en 1947 à Rio de Janeiro. Ses livres ont été traduits en quatre-vingts langues et publiés dans cent soixante-dix pays. L’Alchimiste, paru en 1988 au Brésil, est un best-seller mondial. En 2007, il a été nommé Messager de la paix de l’ONU. Également membre de l’Académie brésilienne des lettres, il a reçu de nombreux prix et décorations.

Paris, 15 octobre 1917. Il est un peu moins de cinq heures du matin, lorsque l’on extrait de sa cellule de la prison de St Lazare, Margaretha Geertruida Zelle plus connue sous le nom de Mata Hari.

On l’informe que son recours en grâce auprès du président Raymond Poincaré a été rejeté, elle va être aussitôt menée au peloton d’éxécution. L’ancienne danseuse exotique accepte son sort et fera montre d’un grand courage en refusant le bandeau et en envoyant des baisers aux poilus.

La veille, elle a écrit une longue lettre (fictive) à son avocat et ancien amant maître Clunet. Elle raconte son mariage raté avec Rudolf John MacLeod, son séjour à Java et son arrivée à Paris sans un sou en poche.

Rebaptisée Mata Hari et introduite par Guimet sur la scène éxotique, s’impose rapidement comme une danseuse vedette du début du XXe siècle.

Insaisissable et indépendante, elle séduit le public, ensorcelle les hommes les plus riches et les plus puissants de l’époque. Mais son mode de vie flamboyant fait scandale et attire bientôt les soupçons tandis que la paranoïa s’empare du pays en guerre.

Arrêtée en 1917 dans sa chambre d’hôtel sur les Champs-Elysées, elle est accusée d’espionnage malgré ses dénégations et sans la moindre preuve de sa trahison…

Ayant un véritable intérêt pour la Belle Epoque et ses figures emblématiques, je me réjouissais d’en apprendre davantage sur l’une des plus célèbres danseuses de cette période : Mata Hari.

Sa vie libre, le métier d’effeuilleuse qu’elle a popularisé, ses amours, sa beauté et sa fin tragique et prématurée font qu’elle reste célèbre et intrigante un siècle après son décès.

Avec L’espionne, Paulo Coelho fait entendre la voix de Mata Hari, nous conte l’histoire inoubliable d’une femme qui paya de sa vie son goût pour la liberté. Loin d’être une biographie rigoureuse et détaillée, l’auteur brésilien a préféré opter pour un roman qui présente brièvement certains moments clés de la vie de son héroïne.

Et pourtant, je ressors bien déçue de cette lecture, attendant bien plus de ce roman que ce nous offre Paulo Coelho. Raconter l’histoire de Mata Hari par le biais d’une série de lettres écrites à son avocat depuis la prison de Saint-Lazare dans les deux premières parties et du point de vue de l’avocat pour la troisième et dernière partie, est un procédé narratif banal mais ce n’est pas ça qui m’a gêné.

Le titre tout d’abord m’a induit en erreur : je pensais que l’auteur se concentrerait sur la guerre et sur les éléments qui ont permis son arrestation et il n’en est rien. On fait des sauts de puce dans l’existence de Mata Hari mais sans aucune date, ce qui donne un aspect brouillon au roman.

La partie concernant la guerre proprement dite est vite expédiée, l’auteur part du principe, à raison, que Mata Hari était innocente et qu’elle a été condamnée à cause de sa réputation sulfureuse et de ses mensonges répétés.

Le style de Paulo Coelho est poussif, indigeste et malgré la petitesse du volume, j’ai eu du mal à en venir à bout en dépit de mon intérêt réel pour Mata Hari !

Vous l’aurez compris, un roman biographique qui m’a beaucoup déçue et que je ne vous conseille pas.

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Jérôme Garcin est l’auteur d’une vingtaine de livres parmi lesquels La chute de cheval, Olivier, Le voyant ou Le syndrome de Garcin.

Paris, 25 novembre 1959, le plus grand acteur de sa génération, Gérard Philipe, rend son dernier soupir. Il avait trente-six ans et l’allure d’un éternel adolescent, il la gardera pour l’éternité.

Fourmillant de projets, vivant à cent à l’heure, actif au théâtre comme au cinéma, il est alors l’une des principales vedettes et ce, depuis l’après-guerre.

Opéré du foie deux semaines seulement avant son décès, il pensait recouvrer la santé, sa femme Anne ayant préféré le laisser dans l’ignorance de son mal réel, un rare cancer du foie.

Dans les derniers jours de sa vie, il annotait encore des tragédies grecques, rêvait d’incarner Hamlet et se préparait à devenir, au cinéma, l’Edmond Dantès du Comte de Monte-Cristo. C’est qu’il croyait avoir la vie devant lui.

De son dernier été à Ramatuelle au dernier hiver parisien, semaine après semaine, jour après jour, l’acteur le plus accompli de sa génération se préparait, en vérité, à son plus grand rôle, celui d’un éternel jeune homme.

Jérôme Garcin nous propose avec Le dernier hiver du Cid, d’assister aux semaines qui ont précédé la mort de ce grand acteur qui a bercé mon adolescence mais qui est tombé dans l’oubli : le beau Gérard Philipe.

L’auteur n’a bien évidemment jamais connu le comédien mais a épousé sa fille unique, Anne-Marie Philipe, qui a marché dans les pas de son père, néanmoins de façon plus discrète, abonnée aux rôles mineurs.

Sous la plume de l’animateur du Masque et la plume, on découvre un Gérard Philipe intime, et pour moi qui ai vu plusieurs de ses films mais qui ne connaissait rien de sa vie, j’ai appris une foule de choses et notamment l’influence de son épouse Anne, qui l’a poussé à intégrer le TNP et à aller vers des rôles exigeants, loin des comédies légères dont les jeunes femmes étaient friandes.

De son rôle dans la résistance et dans la libération de Paris à ses grands personnages au théâtre et au cinéma, Jérôme Garcin nous fait cheminer au plus près de l’inoubliable interprète du Cid, de Lorenzaccio,de Valmont des Liaisons dangereuses 1960, d’Amédéo Modigliani de Montparnasse 19, d’Octave Moret de Pot-Bouille ou du sémillant Armand de la Verne des Grandes Manœuvres, de Fanfan la tulipe… pour ne citer que ceux-là.

J’ai une tendresse particulière pour cet acteur et ce récit est un bel hommage publié à l’occasion des soixante ans de son décès. On suit jour après jour son combat contre la maladie apparue soudainement et qui va se révélée inguérissable.

On découvre un homme passionné par son métier d’acteur de théâtre à l’époque du très grand TNP de Jean Vilar. Un acteur engagé, fondateur d’un syndicat d’acteurs, l’homme de gauche et ses engagements, cet aspect est éminemment intéressant. On voit le père de famille, très proche de ses enfants avec lesquels il jouait et à qui il racontait des histoires.

On découvre également son épouse Anne qui fait face à l’impossible d’une façon extraordinaire et qui va permettre à son mari de rêver au théâtre et à ses rôles, de croire qu’il va aller à la montagne et à Ramatuelle, leur maison de vacances, jusqu’au dernier moment. On rencontre leurs amis Jean Vilar, René et Bronia Clair, Claude Autant-Lara, Pierre Velley, Georges Perros… et sa famille.

Un livre très bien écrit et très documenté sur les derniers mois d’existence de Gérard Philipe, plein d’empathie et riche d’informations sur cet époustouflant comédien qui intéressera ses admirateurs et ses admiratrices et qui, j’espère, permettra aux plus jeunes de le découvrir et qui sait, de voir ses films.

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De sa vocation de journaliste, Sylvie Dodeller conserve une inaltérable curiosité pour les choses nouvelles. Insatiable arpenteuse des rues du vieux Paris, dévoreuse de romans historiques et de biographies, elle allie dans son écriture la rigueur de l’enquête livresque au travail de terrain. Dans un style accessible et précis, Sylvie Dodeller redonne vie au quotidien d’autrefois, comme cette traversée de Paris tout en senteurs et en éclats de voix dans les rues crottées et gouailleuses du XVIIe siècle et parvient à nous rendre Molière, Léonard de Vinci ou La Fontaine aussi familiers que de vieux copains de collège.

Sophie Germain nait à Paris en 1776 au sein d’une famille bourgeoise. Comme toutes les jeunes filles de sa condition, son éducation se limite aux arts et à la tenue du foyer. Mais Sophie n’a pas l’intention de se marier et voue une passion pour les mathématiques dès l’âge de treize ans, en pleine révolution française, lorsqu’elle découvre dans la bibliothèque paternelle, les écrits de Jean-Etienne Montucla et Etienne Bézout.

Cette discipline, vous vous en doutez, est alors strictement réservée aux hommes, et Sophie Germain va tout apprendre par elle-même. Et cerise sur le gâteau, cette autodidacte va, en dépit de sa condition féminine, se frayer un chemin dans le monde scientifique grâce à sa détermination et son culot.

En 1797, elle se fait passer pour Le Blanc, un étudiant, afin d’obtenir les cours de

Polytechnique. Elle utilise le même pseudo pour correspondre avec les plus grands mathématiciens de son temps et en 1816 devient la première femme récompensée par l’Académie des sciences.

Elle va même laisser son nom à un théorème de mathématiques. Et si de son temps, elle va connaître un joli succès, Sophie Germain va vite retomber dans l’oubli une fois passée de vie à trépas.

Ni biographie à proprement parler, ni essai, ni document, Sylvie Dodeller avec Sophie Germain La femme cachée des mathématiques propose un roman biographique très bien documenté et facile d’accès pour les 12 ans et plus.

Le nom de cette mathématicienne de la fin du XVIIIè / début XIXè ne vous dit probablement rien puisqu’elle fait partie des très nombreuses femmes invisibilisées par les hommes.

Pour ma part, je l’ai découverte lors de mes lectures du très bon document Les insoumises, de la bande dessinée Les découvreuses et de Ni vues ni connues et j’étais vraiment curieuse d’en apprendre davantage sur cette personnalité des Lumières.

Avec un style fluide, l’autrice nous raconte le destin de cette femme hors du commun et réussit même l’exploit à nous divertir avec les mathématiques, ce qui était loin d’être gagné pour moi, vu que je n’aime pas du tout cette matière.

Ce très court roman se dévore, j’ai appris beaucoup de chose sur cette très brillante mathématicienne, sur les débuts de l’école polytechnique et sur les mathématiciens de son époque.

Bien qu’étant du sexe faible comme on disait alors, elle a été reconnue de son temps et a pu s’adonner à sa passion des mathématiques grâce à quelques hommes qui vont l’aider et l’encourager : son père, Antoine Auguste Leblanc qui lui prête son nom et lui donne ses cours de polytechnique, Joseph-Louis Lagrange, professeur à Polytechnique qui va devenir son mentor et quelques autres qui vont l’accueillir dans le cercle très fermé des scientifiques.

Au-delà de la vie de Sophie Germain, Sylvie Dodeller interpelle les lecteurs et lectrices d’aujourd’hui en dévoilant la place des femmes de l’Ancien Régime à celles et ceux qui ne la connaissent pas encore.

Une condition féminine révoltante comme vous le savez probablement puisque la femme était considérée comme une mineure toute sa vie, soumise à l’autorité masculine d’un père, d’un frère, d’un mari ou d’un fils et que cette condition va encore se dégrader avec l’instauration du code Napoléon.

Un roman biographique très intéressant et facile à lire qui a le mérite de mettre en lumière une personnalité méconnue et qui donnera peut-être envie aux jeunes lectrices d’intégrer les filières mathématiques dans lesquelles elles sont encore trop peu nombreuses.

Un grand merci à L’école des Loisirs pour cette lecture de vulgarisation mathématique très intéressante.

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S’inspirant de l’écrivaine George Sand, le collectif Georgette Sand a été créé en 2013 lorsque les fondatrices Gaëlle Couraud et Ophélie Latil se sont demandé  » Faut-il vraiment s’appeler George pour être prise au sérieux ? « . Connu pour ses campagnes de mobilisation  » taxe rose  » – pour la reconnaissance de la taxation excessive des produits genrés – et  » taxe tampon « , le collectif œuvre pour l’émancipation et la visibilité des femmes dans l’espace public. Après la campagne de la  » taxe tampon « , il a réussi à faire supprimer la TVA sur les produits d’hygiène féminine. Le livre issu de la collaboration du collectif, Ni vues ni connues, paru chez Hugo Doc en 2017, étudie l’invisibilisation des femmes dans l’Histoire.

Vous n’êtes pas sans savoir que les femmes ont beaucoup été rayées de l’Histoire avec un grand H, puisqu’elle est écrite par les hommes. Or j’adore les destins de femmes, l’histoire des femmes d’une manière générale m’intéresse beaucoup et ce recueil m’a permis de découvrir des femmes hors du commun par leur intelligence.

Le collectif Georgette Sand nous présente dans Ni vues ni connues tour à tour soixante-quinze femmes qui ont existé à différentes époques, de la fin de l’Antiquité au 20è siècle : artistes, femmes de pouvoir, aventurières, scientifiques, pionnières, militantes, intellectuelles, venues des quatre coins du monde.

Elles ont toutes en commun d’avoir été invisibilisées par les hommes de leur vivant ou oubliées par la postérité. Elles ont en commun une détermination et une volonté de fer.

Stupéfiantes pour certaines, admirables pour d’autres, suspectes quelquefois, mais toujours fascinantes, ces femmes nous font découvrir une époque ou un lieu, un combat ou une aventure.

Toutes nous montrent qu’être femme dans une société souvent misogyne nécessite courage et opiniâtreté pour parvenir à ses fins, choisir son mode de vie… ou simplement pour avoir le droit d’exister.

Soixante-quinze portraits présentés de manière très synthétique par différentes autrices pour que l’on comprenne pourquoi il n’y a pas ou peu de femmes dans les livres d’histoire et aider les femmes d’aujourd’hui à ne pas tomber dans le mécanisme de l’invisibilisation.

Pourquoi les noms comme les exploits des femmes n’apparaissent-ils ni sur les plaques des rues ni dans les manuels scolaires ? N’auraient-elles donc rien fait qui vaille la peine qu’elles soient reconnues ?

Pourtant, de plus près, en balayant les légendes, en soulevant les tapis, en fouillant les placards, on découvre que l’Histoire qui est enseignée n’a pas retenu le nom de la femme qui affirme l’existence du système solaire avant Galilée, invente l’art abstrait avant Kandinsky, ou théorise les pulsions de mort avant Freud…

Mais pourquoi, et surtout comment ? En décortiquant les mécanismes qui ont fait tomber les femmes de ce livre aux oubliettes, le collectif Georgette Sand met en lumière sur un ton décalé ce qui a été occulté, spolié ou fantasmé.

Il révèle également que ce qui rend invisible n’est pas une fatalité et peut même être désamorcé très simplement : pour être reconnues, il faut être connues, et pour être connues, il faut être vues.

Ces femmes ont le disais-je eu des destins assez incroyables même si elles ne sont pas forcément rentrées dans l’Histoire, elles ont souvent marqué les esprits de leurs contemporains ou fait avancer la cause des femmes et elles démontrent surtout l’adage que lorsque l’on veut on peut car toutes ces femmes n’en ont fait qu’à leur tête, au mépris des conventions sociales de leurs temps !

Les autrices rappellent également que certaines époques ont été plus favorables aux femmes que d’autre, j’ai donc appris que jusqu’au XIIIe siècle les femmes pratiquaient la médecine et qu’il a fallu qu’elles attendent la fin du 19è siècle pour avoir le droit d’entreprise des études dans cette matière. Et les femmes pouvaient avoir des fonctions dans l’Etat jusqu’en 1593 !

Un ouvrage, vous l’aurez compris, intéressant et passionnant, qui n’occulte pas non plus certaines personnalités abjectes, m’a permis de découvrir des femmes extraordinaires. Un essai que je vous recommande vivement si vous vous intéressez au féminisme et à la cause des femmes.

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Passent les jours et passent les semaines, Ni temps passé/Ni les amours reviennent, Sous le pont Mirabeau coule la Seine. C’est à Paris que Guillaume Apollinaire, éternel vagabond, poète de l’errance, se fixe et trouve son équilibre. Ce « flâneur des deux rives » y installe sa bohème. Poète, dramaturge, romancier, pornographe, journaliste, mystificateur, parfois même un peu voyou, il sait capter, mieux que personne, la modernité littéraire et artistique de la capitale. Il en est le passeur magnifique. Apollinaire tisse un réseau d’amitiés solides (Picasso, le meilleur ami, le Douanier Rousseau, Max Jacob, Gide, Cendrars…) et entretient des amours tumultueuses. Il est le découvreur du surréalisme, dont il invente le nom, et devient le chantre d’une formidable épopée littéraire et artistique. C’est à Paris qu’il vit, qu’il travaille, qu’il aime. Et c’est à Paris qu’il meurt, le 9 novembre 1918, deux jours avant l’armistice, il y a tout juste un siècle.

Guillaume de Kostrowitzky dit Guillaume Apollinaire arrive à paris au printemps 1899 en compagnie de son frère et de sa mère Olga. Ils mènent une vie oisive mais lorsque l’argent vient à manquer, Guillaume prend des cours pour devenir sténographe dans une banque. Mais Guillaume n’a pas l’âme d’un employé de banque ni d’un fonctionnaire, c’est un poète…

Dans cette courte biographie, Franck Balandier, spécialiste d’Apollinaire, nous conte le Paris du poète, ville qu’il adorait et dans laquelle il a vécu ses vingt dernières années.

Découpée en sept parties (les années de misère, de Montmartre à Montparnasse, Louise Lalanne poétesse de la nuit, L’affaire de la Joconde, La drôle de guerre d’un artiflot, mort du poète, Père Lachaise), cette biographie à travers Paris nous permet de mieux connaître la vie de bohème qu’a mené Apollinaire tout au long de sa vie parisienne.

Franck Balandier nous raconte les lieux qu’il a fréquenté, les quartiers dans lesquels il a vécu, ses amours, ses amitiés avec Picasso, Max Jacob, Gide, Cendrars, Billy, Picabia, Dubuffet…

A travers les rues, les anecdotes, Balandier nous propose de marcher dans les pas de l’inventeur du surréalisme et c’est ici ce qui m’a beaucoup plu : l’imaginer flânant sur les rives de la Seine, cherchant l’inspiration au détour d’une rue…

Les connaisseurs du poète n’apprendront sans doute rien de nouveau mais les néophytes comme moi apprécieront cette vie synthétique que nous retrace Franck Balandier et spécialement un chapitre passionnant sur l’affaire de la Joconde qu’Apollinaire avait été accusé d’avoir volé la nuit du 21 au 22 août 1911 que je connaissais dans les grandes lignes et qui est ici retracé en profondeur.

Il ne fait aucun doute que Franck Balandier connaît son sujet sur le bout des doigts et son ouvrage se lit très bien grâce aux nombreuses anecdotes dont il parsème son récit, j’y ai pour ma part appris une foule de choses en très peu de pages, ce qui me va très bien.

J’aime beaucoup cette collection dont est issu ce titre, Le Paris des écrivains, qui propose des ballades dans les pas de Proust, Dumas, Cocteau, Rimbaud, Molière… et comme les ouvrages sont tout petits et tiennent dans la poche, ils permettent de marcher sur les pas de ces grands écrivains, livres en main !

Vous l’aurez compris, si vous aimez Paris et Apollinaire, que vous avez envie de marcher dans les pas du poète, je ne peux que vous conseiller Le Paris d’Apollinaire.

Merci à Babelio et aux Editions Alexandrines pour cette lecture pleine d’intérêt !

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