Madame Einstein – Marie Benedict

Zurich, 1886. Mileva Marić quitte sa Serbie natale et décide de braver la misogynie de l’époque pour vivre sa passion de la science. À l’Institut polytechnique, cette étrangère affublée d’une jambe boiteuse, seule femme de sa promotion, est méprisée par tous ses camarades. Tous, sauf un étudiant juif farfelu, aux cheveux ébouriffés, stigmatisé par sa religion. C’est Albert Einstein. Les deux parias tombent aussitôt amoureux. Et élaborent ensemble leur pensée scientifique. Mais y a-t-il de la place pour deux génies dans un même couple ? De drames domestiques en humiliations conjugales, Mileva apprend la dure réalité du mariage, passé les premières ferveurs de l’amour.

20 octobre 1896, Zurich. Mileva Marić est une jeune femme de 21 ans, boiteuse de naissance, qui débarque de sa Serbie natale. Dès l’enfance, elle montre une grande intelligence et une prédisposition pour les sciences et les mathématiques.

Ses parents, persuadés que son infirmité ne lui permettra pas de se marier, la poussent à poursuivre des études afin qu’elle soit professeure. C’est ainsi qu’elle intègre l’Institut polytechnique, seule femme de la section VI, acceptée par le professeur Weber qui la dirige.

Ses camarades masculins l’ignorent superbement, excepté un jeune juif allemand à l’allure débraillée : Albert Einstein. Bien que Mileva soit sur la réserve et très concentrée sur la licence et le doctorat de physique qu’elle souhaite obtenir, elle se laisse peu à peu apprivoisée par le futur prix Nobel…

Vous savez combien j’aime les portraits de femme et plus encore, ceux qui retracent la vie de femmes oubliées par l’histoire. C’est le cas de Mileva Marić qui fut la première épouse d’Albert Einstein et mère de ses trois enfants, que Marie Benedict met en lumière dans Madame Einstein, son premier roman.

Porté par une plume fluide, ce récit à la première personne du singulier, nous raconte la vie de Mileva auprès de Albert Einstein de 1896 à 1913, de leur rencontre à la fin de leur mariage, Albert la quittant pour sa cousine Elsa Einstein.

Solidement documenté, ce roman revient sur leur rencontre, leurs années d’études à l’Institut polytechnique de Zurich, leur mariage et bien sûr l’année la plus importante dans la vie du physicien, 1905, où il a proposé sa théorie de la relativité qui le propulsa au sommet de la science.

De Mileva Marić, on sait très peu de choses. Sa première grossesse, hors mariage, l’a obligé à abandonner ses études, et va la reléguer au rôle de femme au foyer. L’auteure nous trace un portrait peu reluisant du physicien dans l’intimité mais n’enlève rien à son génie. Si l’on en croit Marie Benedict, Einstein était un homme épris de reconnaissance et de gloire, un homme peu aimant et surtout un parfait tyran domestique, obligeant son épouse à abandonner ses ambitions, pour ne se vouer qu’à lui et à leurs enfants.

Marie Benedict revient également sur le rôle qu’aurait joué Mileva dans l’élaboration de la théorie de la relativité, s’appuyant sur la correspondance entre les deux époux qui font état de recherches communes. Depuis la découverte de ses lettres dans les années 1980, beaucoup s’interrogent sur la part qu’avait pris Mileva dans les travaux d’Einstein.

Certains affirment qu’ils ont travaillé de concert et que la paternité de ces travaux aurait du lui revenir aussi tandis que d’autres estiment que sa participation a été minime. Marie Benedict va plus loin et affirme dans ce roman qu’elle a été totalement flouée par un mari certes brillant mais qui ne supportait pas que son épouse le soit plus que lui. Et que son mariage a été pour la jeune femme une succession d’humiliations.

On est donc bien loin du couple formé par Pierre et Marie Curie qui travaillaient sur un pied d’égalité, l’époux oeuvrant même pour que le Nobel lui soit attribué au même titre qu’à lui.

Je ne saurai vous dire si la réalité fut celle décrite par Marie Benedict mais j’ai beaucoup aimé cette femme, son parcours et la dure vie que fut la sienne, celle d’une femme dans une société patriarcale qui attendait des femmes qu’elles restent bien dans leur foyer, à s’occuper de leurs enfants et de leurs marmites, m’a beaucoup touché.

Il y a tout de même un point commun entre Marie Curie et Mileva Marić, outre le fait qu’elles soient toutes d’eux d’Europe de l’Est, elles ont eu la chance de naître dans un foyer où les pères ont poussé leurs filles à faire des études et à ne pas se contenter de ce rôle d’épouse au foyer.

Le style de Marie Benedict est très agréable, facile à lire et en même temps pointu car elle fait une vraie œuvre de vulgarisation dans ce roman, il y a beaucoup de passages liés aux mathématiques et à la physique, sans que cela ne soit jamais abscons ou ennuyeux.

L’histoire de la première Madame Einstein nous invite à connaître l’homme intime que fut Albert Einstein et nous dresse le tableau de la condition féminine au début du 20è siècle à travers Mileva mais aussi sa meilleure amie historienne, reléguée elle aussi au simple rang d’épouse, malgré ses études brillantes.

Vous l’aurez compris Madame Einstein est un roman historique bien documenté et passionnant que j’ai beaucoup aimé et que je vous recommande vivement.

Un grand merci à Anne et aux Presses de la cité pour cette belle lecture.

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Un mari idéal – Leah McLaren

Depuis la naissance de leurs jumeaux il y a trois ans, Maya et Nick ne sont plus sur la même longueur d’onde : Maya ne se pardonne pas d’avoir renoncé à sa carrière d’avocate pour s’occuper des enfants ; Nick, qui a vu la battante qu’il aimait se transformer en mère au foyer, fuit leur quotidien routinier en se noyant dans le boulot.
Si Maya espère voir Nick s’investir dans leur vie de famille, Nick, lui, n’a qu’un souhait : divorcer. Le seul hic, son salaire de nabab dans la pub. Sur les conseils d’un ami avocat, il élabore un plan d’attaque : jouer au mari idéal, histoire d’inciter sa femme à reprendre le travail et réduire ainsi la pension à lui verser. Parviendra-t-il à convaincre Maya ?

Maya et Nick sont mariés depuis de longues années et vu de l’extérieur ils mènent une vie de rêve. Nick a fondé son agence de publicité et Maya est avocate spécialisée en droit de la famille.

Mais depuis 3 ans, leur couple connaît de fortes turbulences. Après plusieurs années d’infertilité, Maya a mis au monde, grâce à une insémination artificielle, des jumeaux prénommés Foster et Isla.

A partir du moment où ils sont nés, Maya s’est entièrement consacrée à eux : les allaitant à la demande jour et nuit, surveillant leur alimentation pour qu’elle soit la plus pure possible, en prenant garde à leur environnement, leurs vêtements, leurs activités…

Les époux ne font plus que se croiser car Nick fuit le domicile le plus possible, n’approuvant pas que les jumeaux âgés désormais de 3 ans continuent à prendre le sein ni de voir sa femme se transformer en mère au foyer control freak.

Malheureux, il décide de divorcer mais l’un de ses amis avocats en droit de la famille, le prévient, il y laissera une très grande partie de sa fortune, ce qu’il refuse.

Il prend donc la décision de jouer au mari idéal et d’inciter Maya à reprendre le chemin du travail…

Un mari idéal est le premier roman de Leah McLaren qui signe ici avec une bonne dose d’humour grinçant et d’ironie, une comédie de mœurs à l’américaine. Même si à aucun moment je ne me suis attachée aux personnages CSP+ que sont Nick et Maya, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt ce roman sur le mariage et la parentalité made in USA.

Difficile pour moi d’imaginer le quotidien de Maya, une femme sublime, adepte du yoga et de la nourriture macrobiotique, totalement obnubilée par ses enfants. Les jumeaux sont d’ailleurs assez horripilants et peu crédibles au vu des dialogues qui leur sont imputés, à 3 ans les enfants ne parlent pas ainsi !

J’ai beau être une maman et être très maternelle, je ne vois pas mes enfants comme un prolongement de moi et je n’ai jamais vu la maternité comme une sorte d’esclavagisme moderne, néanmoins la plume de Leah McLaren m’a emporté et j’ai enchaîné les pages avec un certain intérêt comme je le disais plus haut.

C’est assez étrange pour nous français d’imaginer un divorce à l’américaine où un mariage, est réduit à une liste comptable de biens matériels : maison familiale, maison de campagne, garderie et frais de scolarité, frais de nounou, charges sociales et heures supplémentaires, prestation compensatoire pour l’épouse, ajustement du revenu familial, règlement immédiat en liquide, honoraires juridiques…

La garde des enfants prend finalement peu de place dans tout ça alors qu’en France c’est tout l’inverse, les ex époux sont prêts à s’écharper pour obtenir la garde exclusive ou la garde alternée selon que l’on soit la mère ou le père.

C’est un roman qui, contrairement à la couverture kitch proposée par l’éditeur (non mais franchement je suis très surprise de ce choix), est très cynique et même si je n’ai pas adhéré aux personnages ni à leurs psychologies ou leurs choix, il m’a tout de même intéressée. Je suis malgré tout restée hélas spectatrice des errements de Nick et Maya.

Merci à Manon et aux éditions Albin Michel pour cette lecture très intéressante !

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates – Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

1946, alors que les Britanniques soignent les blessures de guerre, Juliet Ashton, écrivain en manque d’inspiration, entreprend une correspondance avec les membres attachants d’un cercle de Guernesey. De confidences en confidences, la page d’un nouveau roman vient de s’ouvrir pour la jeune femme, peut-être aussi celle d’une nouvelle vie…

Janvier 1946. Juliet, jeune écrivain londonienne, connaît le syndrome de la page blanche. Pendant la guerre, elle a rencontré un certain succès avec Izzy Bickerstaff s’en va-t-en guerre mais a connu l’échec avec sa biographie d’Anne Brontë.

Jusqu’au jour où elle reçoit une missive de Dawsey Adams. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un fermier de l’île de Guernesey lui fournisse la solution à son manque d’inspiration ? C’est par ce courrier anodin qu’elle découvre l’existence d’un cercle littéraire hors du commun, créé par des gens de l’île pendant la guerre. L’île anglo-normande vit alors sous l’Occupation allemande et cette réunion hebdomadaire, née suite à l’abattage illégal d’un cochon, va leur permettre de tromper l’ennemi et d’embellir leur quotidien.

Au fil des lettres échangées avec les insulaires, Juliet s’attache à leurs destins à la fois bouleversants et loufoques. Sentant qu’elle tient là un sujet tout trouvé pour son roman, et avec la bénédiction de son éditeur Sidney, elle se rend sur place…

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates attendait bien sagement dans ma PAL depuis un peu plus de cinq ans, je l’avais acheté car il m’avait été maintes fois chaudement recommandé, mais je n’osai franchir le pas, faute à ma frilosité pour les romans par lettres, traumatisée par Les liaisons dangereuses, lecture que je n’ai jamais terminée tant elle m’avait ennuyée.

Heureusement ma copinaute Céline qui avait grande envie de le relire, m’a gentiment invité à l’accompagner dans sa lecture et comme elle a bien fait car j’ai beaucoup aimé cette histoire et surtout le personnage de Juliet.

Juliet est une jeune femme très moderne, piquante et drôle, qui ne s’en laisse pas compter. Bien que courtisée par un américain très riche, elle préfère continuer à vivre de sa plume, plutôt que de se faire enfermer dans un mariage bourgeois, et à ce alors qu’elle a dépassé la trentaine.

En panne d’inspiration alors qu’elle connaît le succès avec un ouvrage humoristique, elle va véritablement se passionner pour l’île et la vie de ces habitants pendant les années noires de l’occupation.

Et au fil de ces échanges épistolaires puis de ses entretiens sur Guernesey, elle va espérer avec les membres du Cercle, le retour d’Elisabeth, sa créatrice, arrêtée pour être venue en aide à un esclave polonais, puis envoyée dans le camps de concentration de Ravensbrück, laissant derrière elle une adorable petite fille prénommée Kit, fruit de ses amours avec un soldat allemand, Christian, mort sur le front russe.

Ne connaissant absolument pas l’histoire, j’ai été happée par cette suite de lettres écrites par les protagonistes de l’histoire. Une fois les personnages repérés, ce qui demande un certain moment pour les distinguer les uns des autres, j’ai découvert des femmes et des hommes épatants, pris dans la tourmente de la seconde guerre mondiale.

Une île à l’histoire insuffisamment connue dont j’ignorais absolument tout. Le martyre de Guernesey, abandonnée par les anglais et envahie par les soldats allemands, est absolument poignant.

Ce club de lecture n’est qu’un prétexte à la rencontre, épistolaire puis réelle, de personnes n’ayant rien en commun à l’origine. On s’attache à tous et particulièrement à Juliet, l’héroïne du roman, et à Elisabeth, celle dont on attend le retour et qui se révèle être un personnage incroyablement courageux.

Ecrit à quatre mains par Mary Ann Shaffer & Annie Barrows, ce roman épistolaire est fluide et agréable, avec de l’humour mais aussi de l’émotion, les missives sont tantôt longues, tantôt courtes, parfois des télégrammes, ce qui imprime un rythme au récit, qui pourrait être un peu plat sinon.

L’histoire m’a vraiment beaucoup intéressée et ce de la première à la dernière lettre, je comprends maintenant pourquoi il a eu autant de succès depuis sa parution et je ne peux que rejoindre celles et ceux qui l’ont aimé.

Vous l’aurez compris, j’ai passé un très bon moment avec ce livre, bien que le dénouement soit un peu trop expédié et je ne peux que vous encourager à découvrir à votre tour Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates et le courage de ses protagonistes, tous des gens ordinaires et tellement humains !

Vous pouvez retrouver l’avis de Céline ici.

Les cœurs brisés ont la main verte – Abbi Waxman

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Californienne de trente-quatre ans, mère de deux adorables chipies et illustratrice pour une super maison d’édition, Lili semble mener une vie rayonnante. Pourtant, derrière son sourire et son grand sens de l’autodérision, la jeune femme peine à se remettre du décès accidentel de son mari, trois ans plus tôt. Depuis, et au grand dam de Rachel, sa sœur cadette qui s’évertue à placer de sémillants célibataires sur son chemin, le cœur de Lili est en stand by.
Mais un vent nouveau s’apprête à souffler. Chargée d’illustrer une encyclopédie de botanique, la jeune femme se voit imposer des cours de jardinage, le samedi matin, au beau milieu d’un parc de L.-A. L’heure est venue pour la jeune femme de troquer pyjama et télé contre une paire de bottes et du compost ! Mais comment tisser des liens avec des inconnus ? Lili est-elle vraiment prête à quitter sa zone de confort ?

Lilian Girvan habite Los Angeles, elle est maman de deux fillettes Annabelle et Clare et veuve depuis quatre ans. Inconsolable depuis la mort accidentelle de son mari, décédé quasi sous ses yeux, elle a fait une croix sur sa vie de femme pour se consacrer à ses enfants âgées de cinq et sept ans.

Illustratrice pour Poplar Press, une maison d’édition spécialisée dans les manuels scolaires, Lili mène une vie très routinière entre d’un côté son job et de l’autre sa vie de maman.

Heureusement, elle peut compter sur sa sœur cadette Rachel qui s’incruste chaque soir pour le diner et qui a pris le relai de sa sœur auprès des filles lorsque Lili a fait une terrible dépression et a du être internée dans un hôpital psychiatrique pendant plusieurs mois.

Un beau matin, sa chef Roberta, la convoque dans son bureau. Lili est persuadée qu’elle va être licenciée car Poplar Press est en difficulté mais en fait elle lui offre une nouvelle mission confiée par la société Bloem : illustrer une encyclopédie de botanique entièrement consacrée aux légumes.

Pour ce faire, elle a carte blanche mais doit suivre un cours de jardinage orchestré par le séduisant Edward Bloem…

Les cœurs brisés ont la main verte est un feel good book comme je les aime, plein d’émotion, que j’ai littéralement dévoré. Il faut dire que la plume fluide et vive de l’auteure nous fait tourner les pages toutes seules et qu’il renferme tous les ingrédients nécessaires à un roman doudou : de l’amour, de l’humour, des personnages attachants et cabossés par la vie.

Abbi Waxman nous livre aussi un très beau roman sur le deuil, sans jamais tomber dans le pathos, à travers Lili, qui peine à refaire sa vie après la mort de son mari, qui n’a pas envie de l’oublier ni de le remplacer. Mais aussi à travers les deux fillettes : Annabelle qui souffre beaucoup de l’absence de son père et qui considère ses parents toujours unis par les liens du mariage. Elle n’avait que trois ans à la mort de son père et son souvenir s’efface peu à peu et elle en souffre. Quant à Annabelle qui n’était qu’un bébé, elle n’a bien évidemment aucun souvenir de Dan et estime que sa mère peut se remarier.

A travers Rachel également, une brillante avocate célibataire, qui a mis sa vie amoureuse entre parenthèse pour mieux épauler sa sœur et ses nièces. Les deux jeunes femmes ont une relation fusionnelle et Rachel ne cesse de dire à Lili qu’elle doit tourner la page et qu’en le faisant, elle ne trahira pas Dan pour autant. Elle adorait son défunt beau-frère qu’elle considérait comme son meilleur ami et ne supporte plus que sa sœur passe à côté de sa vie en s’oubliant à ce point et lui organise des rendez-vous malgré elle !

Ce roman aborde aussi l’amitié, celle de Lili avec les autres participants du cours de jardinage, tous cabossés par la vie, tous très différents et attachants, qui apprennent à cultiver l’amitié en même temps que les légumes.

Malgré le thème principal du roman, le deuil, le récit ne tombe jamais dans le pathos comme je l’ai dit plus haut, il est au contraire bourré d’humour et finit par lorgner du côté de la romance, sans qu’elle ne soit jamais au premier plan.

On pourra sans doute reprocher à Abbi Waxman de ne pas sortir des sentiers battus et de nous offrir une galerie de personnages biens comme il faut : les profs retraitées et lesbiennes, le trader malade du cœur, le geek surdoué qui vit dans une caravane, la mère célibataire issue du ghetto, etc. mais on lui pardonne bien volontiers tant son roman met du baume au cœur et le sourire aux lèvres.

Si vous avez envie d’un bon roman feel good, avec des personnages attachants, de l’émotion, de l’humour et de l’amour, je ne peux que vous conseiller Les cœurs brisés ont la main verte, il vous fera passer un joli moment, assurément !

Underground Railroad – Colson Whitehead #RL2017 #MRL17

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les Etats libres du Nord. De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable coeur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

Cora vit ou plutôt survit quelque part en Géorgie. Elle a seize ans et cela fait déjà six ans que sa mère s’est enfuie de la plantation Randall, la laissant derrière elle. Elle est esclave et ne rêve que de quitter sa plantation de coton, depuis le jour où Caesar lui a proposé de s’évader avec lui.

S’enfuir vers le Nord, vers les Etats libres et lorsque son compagnon d’infortune lui révèle qu’il existe un réseau de souterrains secrets y menant, elle n’hésite plus. Elle tente sa chance, poursuivie par le chasseur d’esclaves Ridgeway, qui s’était déjà jeté aux trousses de sa mère, sans succès.

Arrivera-t-elle à conquérir sa liberté et vivre enfin une vie sans entraves ?

Underground Railroad est l’un des romans évènements de la rentrée littéraire 2017. Auréolé du prix Pulitzer et du National Book Award et croulant sous les avis dithyrambiques de la presse et des blogueuses, il avait piqué ma curiosité, je suis donc ravie d’avoir pu le découvrir à mon tour et je remercie PriceMinister et les éditions Albin Michel pour cette lecture faire dans le cadre des fameux Matchs de la rentrée littéraire 2017.

Ce roman signé Colson Whitehead, romancier, nouvelliste et journaliste américain dépeint dans toute sa vérité l’horreur de la condition des esclaves, considérés comme de simples marchandises que l’on vend et revend selon les besoins des plantations, que l’on sépare de leurs familles sans l’ombre d’un remords.

On suit Cora mais aussi d’autres personnages tout au long du récit. Un récit très dur avec des passages anxiogènes qui décrivent avec précision des scènes de tortures et d’exécutions qui font froid dans le dos voire donnent la nausée.

En ce qui me concerne ce roman ne fut pas une lecture plaisir ou confortable, j’ai du arrêter ma lecture à de nombreuses reprises, désarçonnée par la construction du roman, le style de l’auteur parfois limite lourd mais surtout par le sort des esclaves qui m’était insupportable.

Heureusement, ce roman est aussi plein d’espoir à travers les personnages blancs et noirs qui animent ce réseau souterrain, et qui, au péril de leur vie, aideront Cora à s’éloigner de sa Géorgie natale et de la plantation Randall, où elle sait que si elle est reprise, elle sera exécutée de la plus cruelle des manières.

Cet Underground railroad est purement fictionnel mais Colson Whitehead s’est inspiré du réseau d’entraide et de solidarité existant pendant la guerre de Sécession, qui a permis à des milliers d’esclaves du sud de fuir vers le nord.

Je dois dire que si la première moitié du roman fut difficile pour moi à lire avec des passages insoutenables, j’ai dévoré très rapidement la seconde moitié, emportée par la fuite en avant de Cora et de Caesar et leur traque par le chasseur d’esclaves.

C’est un roman fort, coup de poing qui dénonce le système esclavagiste, le système financier sur lequel il repose, la hiérarchie des différents pouvoirs de la plantation, la vie d’un esclave dans une plantation, et surtout pourquoi il a été si difficile d’abolir l’esclavage dans les états du sud.

L’auteur met également en évidence l’histoire du racisme aux Etats-Unis, les ressorts sur lesquels il repose et dissèque ses mécanismes psychologique et sociaux. De ce point de vue là, je trouve ce roman historique très réussi.

Si Whitehead dénonce, il sait aussi rendre hommage à tous les hommes et les femmes courageux qui ont rendu possible la fuite des esclaves, le plus souvent des blancs, qui, subissaient le même sort que les esclaves si ils étaient découverts.

Je n’ai en revanche pas réussi à m’attacher à Cora, je trouve dommage que Colson Whitehead mette une aussi grande distance entre ce personnage et nous. Comme je n’ai pas aimé la structure du roman à plusieurs voix, en général j’aime plutôt bien mais ici ça ne l’a pas fait avec moi, j’ai trouvé ça bien trop confus. Enfin, il y a des passages limites fantastiques dans les sous-sols qui n’ont pas été à mon goût non plus.

Petite déception donc en ce qui me concerne, j’avais sans doute de grandes attentes après tous les avis positifs que j’avais lus mais je ne peux que vous encourager à lire à votre tour Underground Railroad, un roman très bien documenté sur les différents aspects de l’esclavagisme aux États Unis.

L’autre héritière – Lauren Willig

À la mort de sa mère, Rachel découvre une coupure de presse qui fait voler en éclats toutes ses certitudes : son père, qu’elle croyait décédé, est bel et bien en vie. Mieux encore, il a une autre fille.
En quête d’explications, la jeune femme part pour Oxford où elle fait la connaissance de Simon Montfort, aristocrate et journaliste mondain. Ensemble, ils échafaudent un plan pour approcher le père de Rachel, le comte d’Ardmore : elle devient la pétillante Vera Merton, une cousine éloignée de Simon. Il l’introduit dans l’aristocratie londonienne, elle lui fournit en retour de quoi alimenter sa chronique. Un échange de bons procédés qui n’est pas sans risque… Rachel découvre bientôt les dessous de ce monde sans pitié.

Normandie, 1928. Rachel Woodley est la gouvernante anglaise des trois filles du comte et de la comtesse de Brillac. Elle s’applique à leur enseigner aussi bien que possible la langue de Shakespeare et les bonnes manières lorsqu’elle reçoit un télégramme de son parrain l’informant que sa mère a contracté la grippe et qu’elle est au plus mal.

Ni une ni deux, Rachel regagne Paris, Calais, Londres et enfin son village perdu dans la campagne, la peur au ventre. Sa mère est la seule famille qui lui reste depuis que son père, Edward Woodley, botaniste de son état, a trouvé la mort alors qu’elle avait tout juste quatre ans.

Arrivée à bon port, elle trouve la maison familiale vide et sa meilleure amie lui apprend que Katharine a été enterrée la veille. Effondrée par la nouvelle et désormais sans travail, elle doit aussi vider les lieux car le propriétaire a déjà de nouveaux locataires prêts à emménager.

Alors qu’elle rassemble les affaires de sa mère, elle découvre une coupure de presse montrant un homme qui ressemble comme deux gouttes d’eau à son père, immortalisé auprès de sa fille.

Le lendemain, Rachel part pour Oxford afin de remercier son parrain d’avoir veillé sur sa mère et organisé les funérailles et en profite pour lui montrer la coupure de presse. David lui confirme que l’homme en question, Edward Standish, comte d’Ardmore, est bien son père.

Sonnée par la nouvelle, elle quitte brusquement David lorsque Simon Montfort, un ancien élève de son parrain arrive dans son bureau. Le jeune homme, artistocrate lié aux Standish et journaliste mondain lui propose de se venger de son père en devenant Vera Morton…

Une fois n’est pas coutume, aussi reçu, aussi lu ! Il faut dire que j’avais aimé le premier roman de l’autrice, Ashford Park, et que son second récit fourmillant de secrets de famille et ayant pour cadre le Londres des années 20, ne pouvait que me faire saliver.

L’autre héritière n’a donc pas eu le temps de croupir dans ma PAL et je peux d’ores et déjà vous dire que j’ai bien fait car j’ai adoré ma lecture. J’ai trouvé cette immersion au coeur de l’aristocratie et de la jeunesse dorée de la fin des années 20, qui s’étourdit encore et encore chaque nuit afin d’oublier les quatre années de guerre, totalement réussie.

Lauren Willig montre très bien à travers une myriade de personnages tous plus superficiels les uns que les autres, le monde de la nuit investi par la gentry anglaise, qui s’enivre de musique et d’alcool toutes les nuits en attendant de faire un beau mariage ou de percer en politique ou en littérature.

Une peinture historique et trépidante des années folles très réussie de cette aristocratie à bout de souffle avec d’un coté la vieille garde snob et prétentieuse, et de l’autre, la jeunesse plus moderne qui n’arrive cependant pas s’opposer à ses parents.

J’ai adoré aussi Rachel et Simon, les deux personnages principaux. Rachel est une héroïne comme je les aime, courageuse et honnête, qui ne veut compter que sur elle-même et qui va finir par être dépassée par sa vengeance.

Malgré son personnage de jeune fille futile qu’elle endosse, elle n’oublie pas d’où elle vient et juge plutôt sévèrement ces jeunes bohèmes qui vivent une existence oisive, faite de plaisirs. Quant à Simon, qui apparaît très superficiel et imbu de lui-même au départ, il se révèle finalement plein de surprises, avec ses failles et une gravité bien cachée.

Si vous aimez les secrets de famille, les années 20 et une ambiance à la Downton Abbey, précipitez-vous sur L’autre héritière, il ne pourra que vous plaire, en tout cas j’espère qu’il vous séduira tout autant que moi.

Merci à Anne et aux Presses de la Cité pour cette très agréable lecture, j’ai adoré !

La librairie de l’île – Gabrielle Zevin

A.J. Fikry a l’un des plus beaux métiers du monde : il est libraire sur une petite île du Massachusetts. Mais il traverse une mauvaise passe. Il a perdu sa femme, son commerce enregistre ses pires résultats depuis sa création et il vient de se faire dérober une édition originale et précieuse. A.J. s’isole au milieu des livres jusqu’au soir où il découvre un couffin devant sa librairie. Un bébé que sa mère a abandonné là avec un mot :  » Je tiens à ce qu’elle grandisse entourée de livres et de gens pour lesquels la lecture compte.  » Réticent au premier abord face à l’ampleur de cette mission, le libraire tombe rapidement sous le charme du nourrisson et entrevoit avec lui la possibilité d’un nouveau bonheur.
Et si la vie valait bien qu’on lui accorde une seconde chance ?

A.J Fikry est libraire sur une petite île américaine du Massachusetts. Inconsolable depuis la mort de sa femme Nic, disparue dans un accident de voiture deux ans plus tôt, il noie sa solitude et son chagrin dans l’alcool et a fini par prendre en grippe sa petite échoppe, La librairie de l’île, qu’ils tenaient ensemble.
Et pour comble de malchance, un soir de cuite mémorable, il se fait voler une édition originale d’Edgar Allan Poe qui valait au bas mot deux millions de dollars. Quelques temps plus tard, au moment de fermer sa librairie, il découvre une petite fille dans ses rayonnages.
Elle a l’air d’avoir dans les deux ans et est porteuse de ce mot : « Je tiens à ce qu’elle grandisse entourée de livres et de gens pour lesquels la lecture compte. » Ni une ni deux, il court trouver la police qui lui propose d’appeler les services sociaux. Mais comme c’est vendredi soir et qu’une assistance sociale ne sera pas là avant le lundi matin, il garde Maya et décide de l’adopter…
C’est la couverture ô combien estivale et son titre qui m’ont donné envie de lire La librairie de l’île dont je n’avais lu aucun avis avant ma lecture et j’ai bien car en découvrant les avis dithyrambiques sur ce court roman, j’aurai été déçue, ce qui ne fut pas le cas !
Ce roman de Gabrielle Zevin est un feel-good book comme je les aime et cherry on the cake, il se passe dans une librairie, ce qui parle forcément aux amoureux des livres et de ces lieux de perdition par excellence, difficile en effet de quitter une librairie sans avoir acheté au moins un roman, en tout cas pour moi !
L’histoire est jolie même si elle ne sort pas des sentiers battus, le déroulé est prévisible même si l’auteure nous réserve quelques surprises et le personnage de Maya est vraiment attachant. On se prend d’affection pour cette petite fille abandonnée par sa mère, qui ne connaît pas son père et que l’on voit grandir.
La métamorphose de A.J Fikry qui passe de gros connard à père de l’année en quelques pages est un peu trop rapide à mon goût mais il est vrai que le roman est court et que l’auteure préfère s’attarder sur la jolie relation de ce libraire avec sa fille adoptive, et elle a bien fait car l’histoire devient très intéressante à mesure que cette relation se développe et que l’on assiste à l’éducation que procure A.J à Maya.
Il y aussi de belles pages sur le veuvage, la solitude, la solidarité et l’amitié, car il en sera beaucoup question aussi au fil du livre, les personnages habitent dans une petite île assez reculée du continent et ils se serrent les coudes.
Il sera aussi question d’amour, amour paternel bien sûr mais amour tout court aussi mais là je ne vous en dis pas plus afin de ne pas vous spoiler.
Si vous avez envie d’une lecture agréable, truffée de références littéraires, avec une belle leçon de vie, des personnages attachants, de l’émotion, de l’humour et de l’amour, La librairie de l’île est pour vous.