Frappe-toi le coeur – Amélie Nothomb #RL2017

« Frappe-toi le coeur, c’est là qu’est le génie », Alfred de Musset.

1971. Quelque part en province, Marie a 19 ans. Blonde et élancée, Elle est jolie, elle fait des envieuses et elle en est ravie. Elle a toute la vie devant elle et pour l’heure, elle étudie le secrétariat.

Les garçons de la ville lui font une cour assidue et elle jette son dévolu sur le plus beau d’entre eux, Olivier, étudiant en pharmacie. Elle ne l’aime pas mais qu’importe, il lui assure qu’un jour elle finira par l’aimer.

Elle succombe à ses avances, histoire de faire comme tout le monde et tombe enceinte. Olivier est ravi, les deux familles aussi et les voilà mariés un mois plus tard.

Si tout son entourage est heureux, ce n’est pas le cas de Marie, qui vit très mal cette grossesse et fait d’ailleurs comme si son ventre n’abritait aucun petit être. Après un douloureux accouchement, elle ne ressent que de la froideur envers sa fille Diane.

Olivier est au comble du bonheur, les parents de Marie aussi et tous de s’extasier devant la beauté de ce cher ange. Mais Marie reste de marbre et n’accorde pas un regard à sa fille. Pire, elle la jalouse atrocement…

A chaque rentrée, Amélie Nothomb nous propose un court roman de son cru, il y a de bonnes années et d’autres nettement moins. Ma dernière lecture de cette romancière prolifique, Riquet à la houppe, sa cuvée 2016, m’avait convaincue, j’ai donc été ravie de recevoir Frappe-toi le cœur, que j’ai trouvé très réussi.

L’autrice belge aborde avec ce titre la difficile et délicate relation mère/fille mais aussi et surtout la beauté, la jalousie et la convoitise de la beauté physique à travers le personnage de Diane, rejeté par sa mère et qui se construit avec ce rejet pour devenir une enfant puis une adulte incroyablement mature.

Amélie Nothomb, met en tout premier lieu l’accent sur le problème de l’indifférence maternelle, Marie fait clairement un post-partum et aurait eu besoin d’un suivi, à une époque où l’on méconnait cette difficulté qu’ont certaines femmes à devenir mère. Marie rejette son aînée mais accueille avec beaucoup d’amour son second enfant, puis avec démesure son autre fille, qui étouffe sous l’amour maternel.

Autant de thématiques très intéressantes bien servies par la plume intelligente d’Amélie Nothomb toujours aussi vive, avec des phrases courtes comme écrites au scalpel et non dénuées d’humour.

L’histoire aurait pu tourner en rond mais heureusement arrive une amie dans la vie adolescente de Diane, Elisabeth Deux et surtout un personnage capital dans la vie de Diane étudiante : Madame Aubusson, l’un de ses professeurs à la fac de médecine, chercheur en cardiologie.

Et à ce moment-là, on ne peut plus lâcher le livre jusqu’à la chute finale, totalement inattendue.

Un roman noir, glaçant, incisif et machiavélique qui m’a tenu en haleine du début à la fin. Un quasi coup de cœur.

Vous l’aurez compris, le nouveau Nothomb est un très bon cru et je ne peux que vous recommander Frappe-toi le coeur, que vous aimiez Amélie Nothomb ou pas, il est excellent !

Un grand merci à Ophélie et aux éditions Albin Michel pour cette très belle lecture !

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Riquet à la houppe – Amélie Nothomb #RL2016

« L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire. » heart_4riquet-a-la-houppe-amelie-nothomb

Enceinte à 48 ans pour la première fois alors qu’elle ne s’y attendait plus, Enide et son mari Honorat vivent le bonheur parfait. Tout se gâte le jour de la naissance de leur rejeton qui, au lieu d’être comme la majorité des bébés, un petit être tout mignon, se révèle être un garçon très laid, qu’ils décident de prénommer Déodat.

Sur l’autre rive de la Seine, Lierre et Rose, vivent eux aussi des jours heureux et cerise sur le gâteau, la petite Trémière, vient au monde incroyablement belle. Mais Rose est accaparée par sa galerie d’art et n’a aucun instinct maternel, elle se débarasse de sa fille en la confiant à Passerose, sa mère, qui va l’élever dans le manoir familial, quelque part en banlieue.

Déodat, malgré sa laideur, fait le bonheur de ses parents car il se révèle particulièrement intelligent. Les choses se gâtent lorsqu’il intègre l’école primaire, ses petits camarades le repoussent du fait de sa laideur mais lui ne semble intéressé que par une chose : les oiseaux.

Trémière vit pendant ce temps-là une vie contemplative pleine d’amour avec Passerose avec qui elle noue une relation fusionnelle, elle parle peu et sa mère la trouve stupide. Là aussi, le quotidien de Trémière se gâte lorsqu’elle est scolarisée, ses camarades la rejettent, la trouvant bête à manger du foin…

A chaque rentrée, Amélie Nothomb nous propose un court roman de son cru, il y a de bonnes années et d’autres nettement moins. Ma dernière lecture de cette romancière prolifique, Barbe Bleue, remontait à plus de trois ans et ne m’avait pas convaincue.

Riquet à la houppe est un célèbre conte de Charles Perrault paru en 1697, Amélie Nothomb, comme pour Barbe Bleue, nous livre sa version contemporaine de cette histoire mais si Barbe Bleue ne m’avait pas convaincue comme je vous le disais quelques lignes plus haut, ce ne fut pas le cas cette fois-ci.

Amélie Nothomb s’inspire très largement du conte originel de Perrault dont elle s’évade peu, ce qui est un peu regrettable tout de même, avec un héros est très laid mais intelligent et une héroïne très belle et qui semble stupide. Sur ce canevas, l’auteure met en parallèle les trajectoires de Déodat et de Trémière et à travers eux, nous interroge sur la place de la beauté dans notre société.

Elle analyse plutôt finalement ce sujet mais aussi d’autres comme la maternité, les rapports parents enfants, l’enfance, l’adolescence, le harcèlement scolaire, l’adaptation ou non de ses héros face à la violence verbale et physique à laquelle ils sont confrontés, etc.

Autant de thématiques très intéressantes bien servies par la plume intelligente d’Amélie Nothomb toujours aussi vive et pleine d’humour. Petit bémol toutefois, l’auteure nous abreuve de pages érudites sur les oiseaux qui m’ont semblé trop longues mais il faut dire que je ne m’intéresse pas à l’ornithologie, et son récit reste trop conforme au conte de Perrault.

Malgré ces bémols, je vous recommande Riquet à la houppe, que vous aimiez Amélie Nothomb ou pas, ce titre est un bon cru.

Un grand merci à Aurore et aux éditions Albin Michel pour cette belle lecture !

Les vacances d’un serial killer – Nadine Monfils

Les tribulations de la famille Destrooper, en villégiature sur les plages de la mer du Nord. Comme chaque été, Alfonse Destrooper part en villégiature à la mer du Nord. Josette, sa femme, est bien décidée à se la couler douce, entre farniente à la plage et shopping dans la station balnéaire. Les enfants, Steven et Lourdes, emportent leur caméra pour immortaliser ces vacances. Quant à la mémé, véritable Calamity Jane, elle les accompagne dans sa vieille caravane. Mais le voyage commence mal ! Un motard pique le sac de Josette à un carrefour et s’enfuit. La famille Destrooper reprend la route après une pause-pipi. À l’arrière de la voiture, les ados visionnent tranquillement leurs vidéos. Quand, soudain, ils découvrent à l’écran le cadavre du motard gisant sur le sol des toilettes du restoroute ! Les vacances en enfer ne font que commencer…

les-vacances-d-un-serial-killer-nadine-monfilsauteur-éditeur-pagesAttention, voilà du lourd ! Les vacances d’un serial killer de Nadine Monfils n’est pas un livre à mettre entre toutes les mains, loin s’en faut ! Il faut apprécier l’humour belge, les dialogues fleuris à la Audiard, l’humour noir et cru, le second voire le troisième degré et ne pas bouder les clichés et les stéréotypes. Autant dire que ce n’était pas gagné puisque ce roman est à des années lumière de ce que je lis habituellement. Mais grâce à Belette et à son blog sanglant et très drôle (si vous ne le connaissez pas, allez vite le voir c’est un ordre), truffé de cet humour belge (normal l’animal est belge aussi) dont use Nadine Monfils tout au long du récit, j’ai pu apprécier la plume de l’auteur et la galerie de personnages caricaturaux à leur juste valeur.

La famille Destrooper quitte son pavillon de banlieue, direction les vacances en mer du Nord (faut pas aimer le soleil sinon on est forcément déçus) et loin d’être reposantes, elles vont se révéler totalement gratinées et déjantées, et c’est un doux euphémisme c’est moi qui vous le dis ! Le père Alfonse, dit Fonske, passionné de tunning, n’a d’yeux que pour sa voiture. Il s’apprête à embarquer Josette, sa délicieuse épouse au foyer, lectrice assidue de magazines people, ses enfants Lourdes et Steven, prénommés ainsi en l’honneur de Madonna et de Steven Seagal, qui rêvent d’être respectivement réalisateur et actrice. Et cerise sur le gâteau, il tracte sa belle-mère, bien au chaud dans sa caravane, pas très longtemps puisqu’il trouve le moyen de la larguer sur la route. Mais heureusement pour elle, mémé Cornemuse a de la ressource, une sexualité débridée et va user de ses dons de voyance pour se sortir des guêpiers dans lesquels elle va aller se fourrer. Cette famille prolétaire va peu à peu se fissurer tout au long des 250 pages de ce roman et partir à la dérive pour notre plus grand plaisir.

Je me suis bien amusée à la lecture de ce roman original que je verrai très bien être adapté pour le cinéma avec Benoit Poelvoorde dans le rôle d’Alphonse. Des dialogues imaginatifs aux phrases bourrées d’humour qui font mouche en passant par les séquences pleine de rebondissements et les personnages hauts en couleur, la famille Destrooper et les autres bien gratinés aussi, font de ce récit un bon divertissement. Certes Nadine Monfils n’y va pas avec le dos de cuillère et à certains moments j’ai été un peu lassée par le langage cru qu’elle emploie, bien qu’il soit nécessaire ici, sans doute parce que je comme je le disais plus haut, je n’y suis pas habituée. L’auteure use aussi de bon nombre de belgicismes, toujours expliqués en bas de page, qui donnent une couleur atypique à son récit, ce que j’ai aimé.

J’ai été séduite pendant les deux premiers tiers de l’histoire, après pour moi cela devient poussif et vraiment too much mais si vous aimez l’humour belge et que vous ne redoutez pas les histoires déjantées, je vous conseille Les vacances d’un serial killer, sinon, passez votre chemin, vous risquez d’être déçus.

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Lu dans le cadre des challenges La plume au féminin édition 2013 et Le tour du monde en 8 ans :

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Barbe Bleue – Amélie Nothomb

Saturnine cherche une colocation car vivre sur le canapé du tout petit appartement de sa copine, c’est bien gentil mais ce n’est pas une solution durable. C’est alors qu’elle tombe sur une offre des plus alléchantes : une grande chambre dans un super quartier et pour un loyer des plus modestes. Mais elle n’est pas la seule à postuler forcément. Etrangement, elle est la seule vraie candidate, les autres ayant juste envie de voir l’homme dont les huit précédentes colocataires ont disparu. Et en effet, c’est elle que choisit don Elemirio Nibal y Milcar pour devenir la neuvième colocataire. L’homme est étrange, parle comme dans un livre, ne sort jamais et tel Barbe-Bleue lui donne accès à tout sauf à une seule pièce dans laquelle elle ne devra jamais se rendre. Saturnine va-t-elle reproduire le schéma des huit autres femmes ? Va-t-elle disparaître à son tour ? Et ces dernières, qu’est-il advenu d’elles ?

barbe-bleue-amelie-notombauteur-éditeur-pagesComme pour tous les auteurs de best-sellers, Amélie Nothomb a ses fans et ses détracteurs, aussi nombreux les uns que les autres. N’ayant lu qu’un seul de ses ouvrages, autobiographique qui plus est : Stupeur et tremblements, je n’avais pas d’apriori, positif ou négatif avant d’entamer la lecture de Barbe Bleue. Comme je crois vous l’avoir déjà confessé, j’aime beaucoup les contes de fées, ceux des origines surtout. Saviez-vous, qu’à l’exception de Charles Perrault, ce sont des auteures qui ont principalement écrits et popularisés ce genre littéraire aux 17è et 18è siècles ? Cette littérature du merveilleux puisait alors son inspiration dans le Moyen-Age et c’est Madame d’Aulnoy, qui la première, a utilisé le terme de conte de fée. Autant vous dire qu’avec ce roman d’Amélie Nothomb, nous sommes à des années lumières du merveilleux, mais en cela elle reste fidèle à Perrault, l’auteur de La barbe bleue.

Dans le conte originel, Barbe Bleue tue ses épouses trop curieuses, dans l’hommage d’Amélie Nothomb aussi. Barbe bleue s’appelle désormais Don Elemirio Nibal y Milcar et s’il n’a pas de barbe bleue, il est tout aussi intransigeant envers la curiosité féminine. Descendant des Grands d’Espagne, fervent catholique et amoureux du métal le plus précieux, l’or, il voit en la colocataire la femme idéale. Reclus dans son hôtel particulier du 7è arrondissement parisien depuis le décès accidentel et tragique de ses parents 22 ans plus tôt, il ne voit personne à part ses domestiques, exclusivement masculins, et sa colocataire. Lorsque Saturnine, professeure remplaçante à l’Ecole du Louvre, découvre l’appartement mis en colocation, elle se dit que ce doit être trop beau pour être vrai, seulement 500€ pour une chambre de 40m2, une salle de bains et l’accès à la cuisine, il y a forcément anguille sous roche ! Elle apprend alors que cet espagnol dont elle n’a jamais entendu parler, est un digne héritier de Landru. Depuis 18 ans en effet, toutes ses colocataires sans exception, au nombre de 8, ont disparu dans des circonstances inexpliquées.

On ne pourra pas reprocher à Amélie Nothomb d’avoir dénaturé le conte de Perrault car les éléments importants (pièce secrète, importance chromatique, châtiment) y sont, pour le reste on pourra par contre lui reprocher son manque d’inspiration : l’héroïne, Saturnine, est une jeune belge accro au champagne (ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?), le nouveau Barbe Bleue est un pédant accro aux indulgences, privilège religieux des nobles d’autrefois, et admirateur de l’Inquisition, etc. Le récit, particulièrement bavard et à quelques moments, très prétentieux, se lit sans déplaisir certes mais il est totalement sans saveur. Pour une fois, je m’empresse, le livre tout juste terminé, d’écrire cette chronique car je pense que d’ici une heure ou deux, j’aurais tout oublié. Ce roman est l’exact opposé d’Un bûcher sous la neige de Susan Fletcher : un roman sans aucune narration, avec des dialogues plutôt secs, sans émotion ni souffle littéraire.

Pour finir, vous l’aurez compris, Barbe Bleue se lit vite mais s’oublie tout autant et je n’ai pas grand chose de plus à vous en dire. La cuvée 2012 d’Amélie Nothomb n’est vraiment pas indispensable et ne restera pas dans mon panthéon littéraire.

heart_2Lu dans le cadre des challenges ABC Babelio 2012-2013 et de La plume au féminin édition 2013 :

critiquesABC2013   

Stupeur et tremblements – Amélie Nothomb

Mais que diable Amélie-san allait-elle faire dans cette galère ? C’est la question qu’on se pose en découvrant l’invraisemblable traitement auquel la jeune narratrice, double à peine voilé de l’auteur, est confrontée lors d’un emploi de quelques mois au Japon. Embauchée par la compagnie Yumimoto, Amélie espère bien pouvoir faire ses preuves dans ce pays qui la fascine tant depuis qu’elle y a séjourné enfant. C’est sans compter sur la subtilité des règles tacites qui régissent la société japonaise, sans compter encore sur le mépris de Mle Mori, sa supérieure. Les humiliations et les vexations se succèdent et la soumission s’installe : Amélie pensait être traductrice, elle finira dame pipi de l’entreprise…

Amélie Nothomb fait couler beaucoup d’encre à chaque rentrée littéraire, et jusqu’à ce roman, je n’avais jamais lu cet auteur, à cause des nombreuses critiques que j’avais lu et qui brossaient un portrait peu flatteur, la présentatn comme un auteur facile, et je dois dire qu’elles ne m’avaient pas incitées à lire du Nothomb. J’ai choisi celui-ci car j’ai trouvé la 4è de couverture intéressante, elle a en tout cas éveillée ma curiosité.

Ce roman autobiographique m’a beaucoup appris sur les coutumes japonaises et sur l’ambiance au travail, et je dois dire que si ce pays me fait rêver, le travail à la nippone ne me plairait guère, même si Amélie Nothomb relève les situations ubuesques d’une pointe d’humour et de wasabi. Amélie-San ne connaissant pas les les us et coutumes de la vie japonaise en entreprise, elle prend des initiatives qui s’avèrent toujours fâcheuses et fatales pour elle et, de fil en aiguille, passe de comptable, un emploi pour lequel elle n’a d’ailleurs aucun goût à dame-pipi du 44è étage de Yumimoto.

L’ensemble forme un récit doux-amer et si certaines pages sont effectivement un peu faciles et agaçantes, la majorité du roman est bien écrit.

Un roman plaisant, qui se lit vite, mais qui ne m’incite pas pour le moment à poursuive ma découverte d’Amélie Nothomb.

« Récapitulons, petite je voulais devenir Dieu. Très vite, je compris que c’était trop demander et je mis un peu d’eau bénite dans mon vin de messe : je serais Jésus. J’eus rapidement conscience de mon excès d’ambition et acceptai de « faire » martyre quand je serais grande
Adulte, je me résolus à être moins mégalomane et à travailler comme interprète dans une société japonaise. Hélas, c’était trop bien pour moi et je dus descendre un échelon pour devenir comptable. Mais il n’y avait pas de frein à ma foudroyante chute sociale. Je fus mutée au poste de rien du tout. Malheureusement –j’aurais dû m(en douter- rien du tout, c’était encore trop bien pour moi. Et ce fus alors que je reçus mon affectation ultime : nettoyeuse de chiottes. »

Lu dans le cadre du challenge La plume au féminin