Le pingouin – Andreï Kourkov

Si Victor Zolotarev adopte un pingouin au zoo de Kiev en faillite, c’est pour couler avec lui des jours paisibles. Mais nourrir deux personnes n’est pas une mince affaire pour un écrivain, dans un pays déboulonné. Heureusement la providence — sous les traits d’un affable rédacteur en chef — apporte une solution étrange et alléchante: rédiger pour un grand quotidien des notices nécrologiques de personnalités encore en vie. Boulot tranquille et lucratif, jusqu’au jour où sa prose se met à avoir des effets inattendus…

le-pingouin-andrei-kourkovauteur-éditeur-pagesVictor Zolotarev est à 40 ans, un homme célibataire, deux fois plaqué, sans enfants. C’est surtout un écrivain raté, de son point de vue, car ses manuscrits sont impitoyablement refusés par les éditeurs de Kiev. Il vit seul, en fait pas tout à fait, il vit avec un pingouin, Micha, depuis un an, depuis le jour où le zoo, faute de subsides, a commencé à vendre ses animaux.  L’animal est le double neurasthénique de Victor, malheureux de vivre en appartement. Les deux compères végètent, se renvoyant à leur propre solitude, jusqu’au jour où Victor réussit à décrocher un job dans l’un des journaux de la capitale ukrainienne. Il doit désormais oublier ses rêves de romance, pour écrire des nécrologies d’hommes bien vivants. Des célébrités résidants à Kiev, et dont on lui remet chaque semaine les biographies, terreau pour sa propre inspiration.

Et là, miracle, les notices nécrologies de Victor connaissent un certain succès et le travail s’accumule jusqu’à lui en donner des sueurs froides, d’autant qu’il s’aperçoit très vite que les héros de ses notices connaissent des morts, qui sont toutes sauf naturelles. Il va bientôt se retrouver à héberger une petite fille de 4 ans et va devoir embaucher une baby-sitter, cousine de son ami policier. Son pingouin Micha, est un personnage très important dans le récit, grâce à lui Victor va acquérir une petite célébrité, qui va finir par le dépasser puisqu’il va être contraint d’assister aux enterrements des personnes décédées avec lui, sous peine de s’attirer des ennuis.

Andreï Kourkov nous livre ici un roman plutôt drôle mais impitoyable, portrait au vitriol de l’Ukraine post Union-Soviétique de la seconde moitié des années 90. Au-delà de l’histoire même de Victor et de Micha, l’auteur nous entraîne dans une description cynique et mordante de la société ukrainienne après l’explosion du bloc communiste. Une société anarchique de règlements de compte, gangrénée par la mafia, et notre héros se trouve impliqué, contre son grès, et au péril de sa vie. Difficile de vous en dire plus car il y a du suspens tout au long du récit, ce que je peux néanmoins vous dire c’est que la solitude de Micha et Victor va prendre fin et que toute une flopée de personnages va venir rythmer leur vie.

Une écriture légère, pleine d’humour et un roman plaisant qui se lit vite. Il est en effet facile à lire, déroutant, intriguant et original. Je pense néanmoins qu’il faut être familiarisée avec la littérature russe ou absurde comme Queneau, Ionesco ou encore Zamiatine pour réellement apprécier les situations cocasses qui  ponctuent Le Pingouin. Je lirais avec grand plaisir sa suite : Les pingouins n’ont jamais froid, en espérant qu’il y ait autant de second et troisième degré ! Ma première incursion dans la littérature ukrainienne est en tout cas une belle réussite et je compte bien lire à nouveau Karkov dans les mois qui viennent.

heart_4Lu dans le cadre des challenges Animaux du monde et Le tour du monde en 8 ans :

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