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Archive for the ‘Romans graphiques et bd’ Category

Pierre Pevel, né en 1968, est l’un des meilleurs écrivains de Fantasy français. Auteur de 7 romans, il a obtenu le Grand Prix de l’Imaginaire en 2002 pour Les Ombres de Wielstadt. Avec une verve et un talent digne des plus grandes heures du feuilleton romanesque de cape et d’épée, il s’approprie avec bonheur les codes de deux genres littéraires dans ce roman d’aventure et de Fantasy épique.

1911, dans le Paris des Merveilles, un Paris qui n’est ni tout à fait le nôtre, ni tout à fait un autre. C’est en effet le Paris bien connu d’Arsène Lupin, de Fantômas et des Brigades du Tigre… mais où vivraient des fées, des enchanteurs, des gnomes et même quelques dragons, ce qui n’est pas sans conséquences.

Entre autres merveilles, la Tour Eiffel est en bois blanc, les Champs Élysées sont bordés d’arbres dont les feuilles rendent de la lumière dès la nuit tombée et une ligne de métro mène directement à Ambremer, capitale du Monde Féérique.

C’est dans ce décor que les Artilleuses font un retour fracassant en se livrant à l’une de leurs activités favorites : l’attaque de banque à main armée. Aventurières et hors-la-loi, ces artilleuses sont trois : l’anglaise Lady Remington, l’américaine Miss Winchester et la parisienne Mam’zelle Gatling.

N’hésitant jamais à faire parler la poudre, elles sont connues de toutes les polices d’Europe. Ce coup, cependant, pourrait bien être leur dernier. Car le vol d’une mystérieuse relique, la Sigillaire, leur vaut d’être pourchassées non seulement par les Brigades du Tigre, mais également par les redoutables services secrets du Kaiser, bien décidés à mettre la main sur l’artefact…

La fantaisy et le steampunk ne sont habituellement pas ma tasse de thé, exception faite de Pierre Pevel dont j’avais beaucoup aimé la trilogie le Paris des Merveilles.

L’univers créé par l’auteur mêlant bestiaire de la fantaisy comme les fées, les gnomes, les gargouilles, les licornes… et le Paris de la Belle Époque est très réussi et j’avais pris beaucoup de plaisir à suivre Griffont et Isabelle.

L’an dernier, j’avais adoré Le vol de la sigillaire, premier tome de cette trilogie portée par des héroïnes badasses, aussi lorsque j’ai vu Le portrait de l’antiquaire dans ma librairie, je suis repartie avec et l’ai lu dans la foulée, ravie de retourner dans ce Paris qui m’a tellement plu et je dois dire que cette bande dessinée a comblé mes attentes.

L’univers est bel et bien là, formidablement mis en images par Etienne Willem : l’atmosphère, les décors, personnages, costumes, véhicules… on en prend plein les yeux.

J’ai beaucoup aimé son style graphique qui sied merveilleusement bien à la Belle Epoque, à l’histoire et à l’univers créés par Pierre Pevel.

Les trois héroïnes, ces artilleuses braqueuses de banque (une magicienne, une humaine et une fée) sont badasses à souhait, sympathiques et sexy en diable, avec des personnalités propres, que l’on a plaisir à suivre de la première à la dernière page.

Les dialogues sont percutants, l’histoire est menée tambour battant avec des scènes de poursuites, de règlements de comptes très rythmées qui font que l’on tourne les pages avec avidité et que l’on arrive trop vite au point final. Heureusement, le troisième tome arrive en fin d’année car l’auteur nous laisse en plein cliffhanger !

C’est une formidablement bande dessinée tant par l’histoire que par l’ambiance, qui met les femmes à l’honneur, avec une pointe d’humour. Une série qui plaira aux amateurs et amatrices du Paris des merveilles, ça ne fait aucun doute, pour ma part j’ai beaucoup aimé !

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Passé maître dans l’art du dialogue et de la mise en scène, Alain Ayroles aime revenir à la source des grands récits pour se les réapproprier. C’est ainsi qu’il revisite l’univers des Vikings, celui des vampires ou le roman picaresque. Étienne Jung est illustrateur pour la presse, l’édition jeunesse, scolaire et religieuse.

1873, tandis que les empires terrestres s’affrontent pour la maitrise du système solaire, l’actrice Hélène Martin embarque pour Vénus à la recherche de son fiancé Aurélien, prisonnier des bagnes de Napoléon III.

Poète déporté par l’empereur que ses écrits déplaisent, Aurélien d’Hormont s’évade du bagne de Nouvelle Cythère pour retrouver son Hélène bien aimée.

Lorsqu’Hélène et les passagers de l’aéronef Excelsior débarquent à la capitale de Vénus, Eugenia, ils découvrent que la planète ressemble à la terre mais qu’elle est restée figée à la Préhistoire.

Vénus est peuplée de dinosaures, de reptiles marins et volants qu’il ne faut pas trop aller titiller…

Les chimères de Vénus est le premier tome d’une nouvelle trilogie avec aux manettes Alain Ayroles pour le scénario et Etienne Jung pour les dessins. Cette bande dessinée nous plonge dans l’univers du Château des étoiles d’Alex Alice, et avec elle, la conquête de l’espace continue.

Dans cette série parallèle, ce n’est plus sur Mars où vont nos héros portés par l’éther mais sur Vénus. L’univers est steampunk comme la série d’origine mais nul besoin d’avoir lu les cinq tomes déjà parus pour embarquer dans cette histoire.

Pour bâtir son scénario, Alain Ayroles s’est inspiré des grands récits de voyages fantastiques à l’image de Jules Verne, Arthur Conan Doyle, H.G Wells… et franchement c’est une très bonne idée !

Vous avez du le remarquer, je ne suis pas une lectrice de SF, contrairement à mes ados qui adorent et qui ont plébiscité les tomes du Château des étoiles, mais ici j’ai beaucoup aimé car je suis friande de littérature du XIXè siècle et j’ai retrouvé la gouaille des milieux populaires, mais aussi ces bourgeois et ces aristocrates pleutres et pédants qui peuplent les romans de cette époque.

Les personnages particulièrement pittoresques et bien croqués d’Hélène, jeune femme déterminée terriblement badass, de Prudence sa fidèle femme de chambre, de l’infâme Duc de Chouvigny, affairiste typique du Second Empire, du bagnard Aurélien, dont les âpres conditions de vie vénusiennes n’entament en rien son âme de poète, de Bartholomée François et Juste Romain qui contribuent financièrement à la conquête spatiale ne sont pas pour rien dans la réussite de l’histoire…

Ajoutons un décor steampunk avec d’immenses machines, une ambiance Second Empire et de redoutables dinosaures et l’on obtient un premier tome enthousiasmant et très réussi !

Les planches d’Etienne Jung sont aussi une véritable valeur ajoutée, j’adore son coup de crayon, les couleurs qu’il utilise, le dynamisme qu’il met dans ses dessins numériques et ses décors sont véritablement sublimes.

En bref, un premier tome dépaysant et très prometteur qui me donne très envie de découvrir la suite des aventures de nos héros sur Vénus, décidément pas la planète de l’amour.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture qui a enchanté toute la famille !

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Salut, l’Amérique ! Je suis venu te conquérir ! Il n’est pas une femme, un homme, un enfant, qui n’aura pas mon nom aux lèvres ! Laurent Seksik et David François explorent la vie tumultueuse de l’un des plus grands artistes de tous les temps dans un triptyque intimiste et flamboyant.

Alors qu’il vient de perdre à la naissance, le fils de sa première épouse Mildred, Charlie tourne Le Kid, l’histoire de cet enfant qu’il n’aura pas vu grandir. Le film est un immense succès. Charlie reconnu par le tout Hollywood comme l’un des plus grands artistes de son époque savoure son ascension et œuvre déjà pour son prochain film, La Ruée vers l’or qui sera un véritable triomphe.

A 35 ans, il épouse en secondes noces la très jeune Lita déjà enceinte de leur premier enfant. Pourtant, après quatre ans d’union et deux enfants, Lita, maintes fois trahie, demandera le divorce avec pertes et fracas, dégradant au passage l’image de Chaplin dans l’opinion publique.

Tandis que les premiers films parlants font leur apparition… 1928, son film Le Cirque, est annoncé comme un échec. Le statut et la carrière de Charles Spencer Chaplin commenceraient-ils à vaciller dans cette Amérique puritaine ?

Prince d’Hollwood est la suite directe d’En Amérique ! qui nous relatait l’arrivée de Charlie Chaplin à Hollywood en 1912 à son ascension en passant par le rôle peu glorieux du génie du cinéma pendant la première guerre mondiale.

Comme je vous le confessais sur Instagram (abonnez-vous ici si vous ne m’y suivez pas encore car j’y dévoile mes réceptions livresques, mes premières impressions de lectures…), je suis une grande admiratrice de Charlie Chaplin, un génie du 7ème art tour à tour acteur, réalisateur, producteur, musicien, scénariste de ses films, créateur de l’iconique personnage de Charlot, ce vagabond au grand coeur.

Mais si je connais assez bien l’œuvre, la vie de cet artiste m’est inconnue, heureusement ce triptyque proposé par Laurent Seksik au scénario et David François aux graphismes, me permet de découvrir l’Homme derrière l’Artiste car l’auteur explore aussi les zones d’ombre de la vie de Chaplin.

Il ne faut pourtant pas croire que ce roman graphique est une biographie linéaire de Charlie Chaplin, elle a plutôt pour vocation de mettre certains éléments de sa vie personnelle en lumière. Dans ce second volume, on voit la relation fraternelle proche et très touchante qu’entretiennent Charlie et de son frère aîné, Sidney Chaplin, qui va se consacrer quasiment exclusivement à la gestion de la carrière de son frère.

On suit également Charlie dans sa vie amoureuse mouvementée, notamment la façon dont s’est noué son second mariage avec Lita Grey, de découvrir les penchants de l’acteur pour les très jeunes femmes. Ce qui est surtout intéressant ici c’est de se rendre compte de la façon dont s’est construit la carrière du comédien, et de découvrir son sens inné des affaires qui vont faire de lui un homme riche et puissant.

Il est aussi question du bouleversement qu’est le cinéma parlant. Chaplin n’y croit pas et refuse de d’engouffrer dans la brèche, pensant à tort, que le public va vite se lasser de cette lubie et revenir au muet. Il va malgré tout connaître encore de jolis succès car le public lui reste fidèle.

Les dessins très colorés de David François en couleur servent bien le propos, j’ai beaucoup aimé cette maîtrise des couleurs même si, j’avoue, je goûte peu sa façon de dessiner les visages.

Il y a des changements de rythme bien vus : tantôt un seul dessin par page, tantôt des grandes cases sur fond noir à l’horizontale ou un découpage plus classique, tous ces changements apportent une dynamique que j’ai vraiment apprécié.

Si l’on sent que les auteurs vouent une profonde admiration à leur sujet, Chaplin est loin d’être une hagiographie puisque les côtés sombres de la personnalité de l’acteur ne sont pas passés sous silence : on l’observe tour à tour lâche, séducteur, ambitieux, en un mot, pas si sympathique que ça, contrairement à son double à l’écran, et c’est ce qui m’a plu aussi ici.

Un second volume réussi que j’ai eu plaisir à lire et que je vous conseille de découvrir à votre tour.

Un grand merci à Doriane et aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture, j’ai adoré !

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Gaëlle Geniller a travaillé en studio d’animation pendant quelques mois jusqu’à ce que se présente l’opportunité de travailler sur sa première bande dessinée, « Les fleurs de grand frère » (2019).

Années 1920. « Le Jardin » est un cabaret parisien au succès grandissant dirigé par une femme, Muguet. Toutes celles qui y travaillent ont un nom de fleur et l’ambiance y est familiale.

Rose, un garçon de 19 ans, est né et a grandi dans cet établissement. Il souhaite à son tour être danseur et se produire sur la scène, devant un public, comme ses amies.

Et dès sa première apparition, il a un succès fou et devient l’attraction principale. Aimé, un séduisant spectateur, ne rate pas une de ses représentations…

Le jardin, Paris est le second roman graphique de Gaëlle Geniller qui avait signé l’an dernier Les fleurs de grand frère, un album très réussi sur la différence destiné à la jeunesse.

Ici aussi, il est question de différence avec le héros de cette bande dessinée, un jeune homme surnommé Rose, fleur parmi les fleurs du jardin de sa maman, Muguet.

Rose est né et a grandi au sein du cabaret, parmi les danseuses qui l’ont toutes adopté et l’ont poussé à oser devenir danseur à son tour.

Vous l’avez peut-être remarqué mais depuis le début de l’année, j’achète au moins un titre graphique chaque mois alors que préférais jusqu’alors les emprunter à la médiathèque, pour l’excellente raison que je prends de plus en plus plaisir à découvrir des scénaristes et des dessinateurs et que je souhaite garder leurs oeuvres dans mes bibliothèques afin de pouvoir les relire à l’envi.

Si vous me lisez régulièrement, vous avez du remarquer que j’ai une affection toute particulière pour les années folles et une bande dessinée qui a pour décor cette période ne pouvait que m’intéresser.

Ensuite, c’est bien évidemment le coup de crayon de Gaëlle Geniller et cette couverture sublime, avec son vernis sélectif, qui m’a décidé à sauter le pas.

Et comment vous dire que je ne le regrette pas du tout, j’ai même eu un coup de coeur tant pour l’histoire de Rose que pour les planches qui sont sublimes : les décors, les extérieurs, les visages, les silhouettes, les couleurs, les costumes… c’est bien simple : tout est sublime !!

Les illustrations hautes en couleurs de Gaëlle Geniller nous transportent avec beaucoup de douceur dans ce cabaret fleuri du Paris des années 20 et comme on a envie de s’y glisser et d’assiter au spectacle !

L’histoire de Rose est une véritable ode à la bienveillance, à l’amitié, à la singularité, aux femmes et à l’amour de soi. de belles valeurs et des messages forts d’une grande sincérité qui font mouche.

J’ai été immédiatement sous le charme de Rose et de ce cabaret où les fleurs, quelque soit leur couleur de peau ou leur sexualité, s’épanouissent sous l’oeil maternel de Muguet qui prend soin de son jardin comme personne.

Un récit lumineux où un jeune homme prénommé Rose s’épanouit en portant des robes et en dansant dans un cabaret tout en restant un homme. Une histoire pétillante que je vous recommande vivement.

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Wilfrid Lupano est né à Nantes en 1971, mais c’est à Pau qu’il passe la plus grande partie de son enfance. Une enfance entourée des BD de ses parents, même si c’est surtout à une pratique assidue du jeu de rôle qu’il doit son imaginaire débridé et son goût pour l’écriture. En 2020, Wilfrid Lupano termine l’année en fanfare avec trois publications attendues : les suites des séries « Les Vieux Fourneaux » et « Le Loup en Slip » mais également un one-shot, « Blanc Autour », dessiné par Stéphane Fert.

Après de nombreuses heures de jeux de rôle, de gribouillage en marge de cahiers de classe, un passage par les beaux-arts et quelques années d’études dans l’animation, Stéphane Fert choisit de travailler dans l’illustration et la bande dessinée.

1832, Canterbury. Dans cette petite ville du Connecticut, l’institutrice Prudence Crandall s’occupe d’une école pour filles, rejetons de la bonne société de l’état. Un jour, elle accueille dans sa classe une jeune noire, Sarah.

La population blanche locale voit immédiatement cette « exception » comme une menace. Même si l’esclavage n’est plus pratiqué dans la plupart des États du Nord, l’Amérique blanche reste hantée par le spectre de Nat Turner : un an plus tôt, en Virginie, cet esclave noir qui savait lire et écrire a pris la tête d’une révolte sanglante.

Pour les habitants de Canterbury, instruction rime désormais avec insurrection. Ils menacent de retirer leurs filles de l’école si la jeune Sarah reste admise. Prudence Crandall les prend au mot et l’école devient la première école pour jeunes filles noires des États-Unis, trente ans avant l’abolition de l’esclavage.

Nassées au cœur d’une communauté ultra-hostile, quelques jeunes filles noires venues d’un peu partout pour étudier vont prendre conscience malgré elles du danger qu’elles incarnent et de la haine qu’elles suscitent dès lors qu’elles ont le culot de vouloir s’élever au-dessus de leur condition.

La contre-attaque de la bonne société sera menée par le juge Judson, qui portera l’affaire devant les tribunaux du Connecticut. Prudence Crandall, accusée d’avoir violé la loi, est emprisonnée…

Vous le savez si vous êtes des fidèles de ce blog, Wilfrid Lupano est un scénariste de bande dessinées que j’aime beaucoup, notamment pour Communardes ! et Les vieux fourneaux. Avec Blanc autour, il s’empare d’un fait historique méconnu pour nous raconter l’afro-féminisme au XIXe siècle.

Ce roman graphique réussit le pari haut la main d’illustrer un pan mal connu de l’histoire noire américaine, celle de cette école fondée par une abolitionniste, Prudence Crandall. Pendant un an, elle va se battre pour faire exister son établissement, malgré la haine et les attaques qui viennent de toutes parts.

Je ne connaissais absolument pas cette femme et encore moins son école. Un personnage admirable qui n’a pas choisi la facilité en accueillant des jeunes filles noires, certes fortunées, ce qui lui a valu beaucoup d’ennuis comme vous pouvez vous l’imaginez !

Car si certains états avaient aboli l’esclavage, le racisme et la ségrégation ont perduré pendant des décennies, voire jusqu’à nos jours lorsque l’on constate combien les violences faites aux noires, restent importantes et souvent impunies.

Le scénario, très bien écrit, aborde des thèmes essentiels tels que l’éducation, l’accès au savoir, le féminisme, le racisme et la ségrégation contre les noirs américains qui restent pourchassés, lynchés dans cette Amérique du milieu du XIXème siècle.

C’est aussi un bel hommage aux femmes de cette école, qui ont poursuivi l’oeuvre de leur institutrice, mais aussi aux quelques hommes qui les ont soutenues. A la fin de l’ouvrage, on retrouve une partie documentaire qui explique les combats et les grandes choses qu’ont permis cette institutrice, puis ces élèves, pour faire avancer la cause des afro-américains.

Les illustrations de Stéphane Fert m’ont un peu désarçonnées, notamment au niveau des traits des visages que je ne trouve pas harmonieux, mais ensuite cela ne m’a gênée. J’ai adoré sa gestion des couleurs, ses paysages que j’ai trouvé très beaux.

Blanc autour m’a séduite, les messages que cette bande dessinée véhicule sont essentiels à prôner en ce début de XXIè siècle, je ne peux que vous encourager à la découvrir à votre tour si ce n’est pas déjà fait.

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Kiku Hughes est une jeune auteure américano-japonaise qui vit dans la région de Seattle où elle crée des histoires de romance et de science-fiction sur le thème de l’identité. Les indésirables est son premier album.

Kiku a 16 ans alors que la campagne électorale qui va mener Donald Trump au pouvoir fait rage. Americano-japonaise, elle se sent déconnectée de son héritage japonais et en sait peu sur l’histoire de sa famille qui cultive le secret.

Alors qu’elle est en vacances avec sa mère à San Francisco, elle se retrouve brusquement dans les années 1940, propulsée dans un des camps qui a fleuri sur le territoire américain au lendemain de Pearl Harbor.

Parquée, Kiku partage le quotidien de sa jeune grand-mère et de 120 000 citoyens nippo-américains déchus de tous leurs droits civiques par leur propre gouvernement, car accusés d’être des ennemis de la nation…

Les indésirables de Kiku Hughes met un coup de projecteur sur un épisode plutôt méconnu de la seconde guerre mondiale : le sort des ressortissants japonais sur le sol américain au lendemain de l’attaque de Pearl Harbour.

Avec quelques touches de fantastique, l’autrice et illustratrice retrace le sort des japonais déchus de leurs droits et parqués dans des camps tout en rendant hommage à sa grand-mère et à ses arrières-grands-parents, eux-mêmes détenus.

Un récit devoir de mémoire réussi et très intéressant sur cette déjaponisation par le pouvoir qui fait que les descendants de ces victimes sont tellement devenus américains qu’ils ne savent souvent pas parler japonais et ne connaissent rien de leur héritage nippon.

Je savais que l’on avait interné les japonais pendant la guerre mais j’ignorai tout de leur quotidien et du traitement dont ils avaient fait l’objet. Pour ne plus être considérés comme les ennemis de l’oncle Sam, ils ont du renié leurs origines, refusé que leurs enfants apprennent leur langue, leurs traditions… une effroyable perte pour ces descendants qui méconnaissent tout de leur héritage.

Tout au long du récit, l’autrice n’est jamais dans le jugement, elle rappelle les faits tels qu’ils se sont passés avec justesse et sans aucun pathos. Elle n’oublie rien de l’humiliation, de la peur, de l’indignation des prisonniers mais elle met aussi en avant toute la solidarité et l’entraide de ces hommes et femmes réunis malgré eux.

Kiku Hughes n’oublie pas non plus d’ancrer son récit dans la société américaine d’aujourd’hui et met en parallèle le sort de ces japonais avec ceux des mexicains du XXIè siècle et ce mur de la honte voulu par Trump.

Vous l’aurez compris, un roman graphique important par son travail de mémoire, qui aborde des évènements dont il faut continuer à parler, à mettre entre toutes les mains. Je compte bien pour ma part le faire découvrir à mes ados qui abordent la seconde guerre mondiale en ce moment dans leur programme d’histoire.

Merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture instructive et pleine d’émotion, j’ai adoré !

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Antoine Ozanam se consacre uniquement à la bande dessinée depuis 2004. Depuis, il a signé de nombreux albums, comme Klaw aux éditions du Lombard, une relecture de Popeye chez Michel Lafon, ou encore Temudjin chez Maghen éditions. Pedro Rodriguez a travaillé dans le secteur de l’illustration et de la publicité, avant de se consacrer exclusivement à la BD et au livre jeunesse.

Depuis l’origine des temps, tous les enfants ont écouté des contes qui relatent les histoires de la terrible Baba Yaga. L’immortelle sorcière russe qui voyage sur un chaudron magique, souvent accompagnée de sa maison à pattes de poulet. On dit qu’elle est le mal incarné, un suppôt de Satan…

Mais aucun de nous ne naît mauvais. Yaga raconte l’histoire d’une petite fille douloureusement abandonnée à son sort, qui, par nécessité, deviendra ce monstre qui guette les enfants dans les éternels contes de Baba Yaga.

Baba Yaga (en russe : Баба Яга) est une figure marquante du conte russe et plus généralement slave. Lorsque l’on s’intéresse à la culture russe et que l’on découvre les contes russes traditionnels, on croise forcément la route de la Baba à un moment ou un autre.

Si vous êtes peu familiers avec la Russie, je peux vous dire en deux mots que la baba Yaga est la figure féminine surnaturelle la plus fréquente du conte russe, elle n’existe nulle part ailleurs, vous ne la trouverez pas chez les grands auteurs russes, ni dans la littérature russe, ni dans le reste du folklore russe.

Les folkloristes russes ont donné diverses interprétations, depuis la divinité chasseresse jusqu’à la simple sorcière, en passant par le chef travesti du rite d’initiation des sociétés primitives. Bien que toujours vieille, elle revêt des aspects différents et a une fonction double, étant à la fois l’adversaire du héros et la principale donatrice.

Le scénario d’Antoine Ozanam original et très intéressant, nous propose la genèse de celle qui est devenue Baba Yaga. Comme ce personnage est sujet à diverses interprétations, l’auteur peut inventer ce qu’il veut et part du principe que personne n’est mauvais dès le jour de sa naissance.

Svetlana, l’héroïne de cette histoire, en est un exemple parfait et l’archétype parfait des violences faites aux femmes. Elle échappe de peu à la mort avec sa meilleure amie Kalinka. Tout leur village est décimé par les cosaques et les deux jeunes filles, après avoir erré pendant des jours, sont recueillies par une « sorcière » prénommée Baba.

Comme toutes celles accusées de sorcellerie, le seul tort de cette vieille femme est de bien connaître les plantes et de venir en aide à ceux qui le demandent. Ce qui ne l’empêchera pas, hélas, de finir sur le bûcher dès lors qu’un pope pointera le bout de son nez.

Notre héroïne va pourtant continuer à répandre le bien autant d’elle jusqu’au jour où tout ce qui fait sa vie lui est repris et qu’elle décide de se venger.

L’histoire est bien menée même si elle aurait mérité plus de développements, les codes du conte sont utilisés intelligemment et les dessins de Pedro Rodriguez clairs et dynamiques, accompagnent parfaitement l’histoire de cette femme forte et pugnace.

Une belle découverte que je vous conseille si la culture russe vous intéresse.

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Maintenant que je t’ai retrouvé, j’aimerais tellement te réserver une petite place dans ma vie. Une place remplie de mouettes, avec vue sur la mer.

D’un côté, il y a Ana. Sexagénaire charismatique, ancienne maire tout juste retraitée, mariée et maman. Une battante au grand coeur qui impose le respect.

De l’autre, il y a Zeno. Célibataire endurci, libraire proche de la retraite et doctorant en physique qui aura mis quarante ans pour terminer sa thèse. Un esprit libre et voyageur, aussi séduisant que mystérieux.

Au fil des années, ils ont tissé ensemble un amour impossible et intarissable. Tout en égrainant les excuses qui ont empêché qu’elle ne prenne forme, on remonte le temps de cette romance et de ses méandres… jusqu’à sa source.

Avec Malgré tout, Jordi Lafebre dont j’avais tellement aimé les dessins de Lydie et Les Beaux Étés, tous deux écrits par Zudrou, nous offre, avec toute la poésie et la tendresse qui le caractérisent, son premier album en tant qu’auteur complet.

Un puzzle amoureux complexe, qu’il recompose savamment au travers de scènes distinctes… et pourtant indissociables les unes des autres.

C’est l’histoire d’un amour à rebours qui nous est conté, du chapitre 20 au 1, de leurs retrouvailles plus de quarante années après leur rencontre.

Une passion platonique mais éternelle entre deux êtres qui nous montre que l’amour ne suffit pas, qu’il ne fait pas tout mais qui est pour autant inoubliable, impossible à évacuer.

Vous l’avez vu à ma note, j’ai eu un coup de foudre pour cette histoire même si, pour moi, quelques chapitres supplémentaires n’auraient pas été superflus car le récit a parfois des coups d’accélération et on arrive trop vite au point final. J’aurai tant aimé rester encore et encore avec Ana et Zeno.

En dépit de ce micro bémol, j’ai tout adoré. Adoré cette histoire, cet amour platonique et ce lien indéfectible qui les unit pendant des décennies.

Adoré aussi ce procédé original qui nous offre d’emblée le dénouement pour remonter à leur rencontre et nous donne envie de redécouvrir cette histoire en commençant cette fois-ci par le chapitre 1.

Adoré itou les personnages : Ana, si énergique et volontaire, Zeno tellement rêveur et lunaire.

Les planches sont sublimes, l’utilisation des couleurs, épatante, je n’en attendais pas moins de Jordi Lafebre qui a un talent fou et dont j’admire le talent.

Un roman graphique ultra plébiscité à juste titre et que je vous conseille tellement, vous allez passer un moment magique !

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois 

Wendall Utroi, ancien policier formateur, vit aujourd’hui à Romans-sur-Isère. Il diffuse son premier roman sur Internet en 2014 et rencontre un succès inespéré. Auteur de sept romans, il reçoit en 2018 le Prix des lecteurs des plumes francophones.

Jacques est cantonnier pour la mairie de Houtkerque, dans le Nord. Un jour, alors qu’il est chargé d’entretenir le cimetière du village, il découvre, enterrées avec leur auteur, des mémoires rédigées en anglais.

Ni une, ni deux, il s’en empare, poussé par la curiosité. Mais comme il ne parle pas anglais, il demande à sa fille de les traduire pour lui. Ils comprennent alors que leur auteur est un inspecteur des mœurs de Scotland Yard ayant vécu en pleine époque victorienne.

En 1889, L’inspecteur Wallace est chargé d’une enquête délicate : découvrir celui ou celle qui menace de dévoiler les petits secrets du duc de Clarence, petits-fils de la reine Victoria et fils du prince de Galles, l’héritier de la couronne.

Honnête homme, Wallace va découvrir les violences faites aux femmes et aux enfants dans les quartiers sordides de l’East Wend, ce qui est loin de plaire à tout le monde…

À la fois polar historique, roman noir et social, La loi des hommes est une petite pépite qu’il est bien difficile de lâcher une fois dans nos mains ! Wendall Utroi nous offre une plongée très réaliste au coeur des ruelles sordides de Londres, un an après l’affaire Jack l’Éventreur.

L’auteur s’est indéniablement bien documenté et mêle habilement personnages réels et de papier pour nous proposer une enquête tentaculaire où les faibles sot broyés au profit des puissants au nom de cette loi des hommes qui donne le titre au roman.

L’histoire racontée avec grand talent est sombre et sordide, le lecteur est confronté à la perversion de la bonne société londonienne de cette fin du XIXe dans une intrigue à la fois passionnante et douloureuse, mené par le sympathique et attachant Wallace.

Avec lui, on découvre la corruption, les petits arrangements entre les puissants, la prostitution, la traite des très jeunes filles voire des enfants pour ces messieurs amateurs de chair fraiche et de virginité. Et, pour les invertis, des jeunes garçons. Des jeunes gens que l’on achète à leurs familles pour une bouchée de pain.

J’avoue que j’ai rarement lu quelque chose de si noir et glauque, et pourtant j’ai été totalement captivée par cette histoire, par la plume de l’auteur et j’ai refermé le livre, certes avec le coeur au bord des lèvres, mais surtout révoltée par l’injustice faite aux victimes tant tout sonne vrai.

Wendall Utroi pointe avec brio les défaillances de la justice, les carences et les inepties d’une société qui ne veut pas ou ne sait pas protéger, ou alors très mal ses enfants. Heureusement qu’il existe des hommes en quête de justice et de vérité comme Wallace.

Pour conclure, une enquête captivante qui nous plonge dans ce monde d’un autre siècle, vivant dans un système permissif pour les puissants et où tous les coups sont permis pour ne pas ébruiter des vérités qui pourraient nuire au pouvoir.

Ma Belette est sur la même longueur d’ondes, vous pouvez retrouver son avis ici.

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Lu dans le cadre du Cold Winter Challenge

Hubert était scénariste et coloriste de renom, recevant le Firecracker Alternative Book Award « Best graphic novel 2015 » aux États-Unis. Il est décédé le 12 février 2020, quelques semaines seulement avant la sortie de Peau d’Homme. Zanzim, de son vrai nom Frédéric Leutelier, a grandi en Mayenne où il n’y avait pas grand-chose à faire d’autre que de lire des bandes dessinées… et dessiner !

Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant.

Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout.

Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante.

Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s’affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l’amour et la sexualité…

Sans contrefaçon, je suis un garçon ! pourrait être le sous-titre de Peau d’homme, écrit par Hubert, mis en dessins par Zanzim et multi récompensé depuis sa parution.

À travers une fable enlevée et subtile comme une comédie de Billy Wilder, Hubert et Zanzim questionnent avec brio notre rapport au genre et à la sexualité… mais pas que.

En mêlant ainsi la religion et le sexe, la morale et l’humour, la noblesse et le franc-parler, Peau d’homme nous invite tant à la libération des mœurs qu’à la quête de l’amour.

La morale de la Renaissance agit alors en miroir de celle de notre siècle et pose plusieurs questions : pourquoi les femmes devraient-elles avoir une sexualité différente de celle des hommes ?

Pourquoi leur plaisir et leur liberté devraient-ils faire l’objet de mépris et de coercition ? Comment enfin la morale peut-elle être l’instrument d’une domination à la fois sévère et inconsciente ?

Et de ce point de vue, ce roman graphique est particulièrement réussi. J’ai adoré cette histoire et surtout Bianca qui s’affranchit des codes de son époque grâce à cette peau qu’elle revêt et grâce à laquelle son mari va tomber éperduement amoureux d’elle. Oui mais pas en tant que Bianca mais en tant que Lorenzo, son double, ce qui va bien sûr poser bien des problèmes.

Ce roman graphique est un magnifique plaidoyer pour les femmes mais aussi le droit d’aimer qui l’on veut. Il défend aussi brillamment la cause homosexuelle, le droit à la différence, le transgenre. Il prend fait et cause pour que chacun, homme comme femme, ait la sexualité qu’il ou elle veut, sur un vrai pied d’égalité.

Cela aurait pu être un coup de coeur sans les dessins de Zanzim qui ne sont pas du tout à mon goût, notamment au niveau des traits des visages que j’ai trouvé d’une laideur absolue, mais les goûts et les couleurs étant différents, cela n’enlève rien au talent de Zanzim que beaucoup d’autres ont apprécié.

Des dessins qui ne m’ont pas empéché d’apprécier cette ode à la tolérance que je vous invite à découvrir tant elle est riche et passionnante à tous points de vue !

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