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Archive for the ‘Romans graphiques et bd’ Category

Nadja Spiegelmann est scénariste, rédactrice en chef de The Paris Review et chef du projet Resist ! un magazine féminin de bandes dessinées politiques. Sergio Garcia est à la fois enseignant, publicitaire, dessinateur de presse et bien plus encore…

Blancaflor est une jeune femme ayant hérité d’extraordinaires pouvoirs de son père, un ogre méchant qui mange ses adversaires pour le dîner. Lorsqu’un prince tombe du ciel et se réveille sur ses genoux, elle tombe immédiatement amoureuse.

Sur invitation de l’ogre, celui-ci est venu relever une série d’épreuves à l’issue desquelles il cédera son royaume ou remportera celui de son adversaire.

Mais le jeune homme ne se doute pas qu’il s’agit là d’un plan imaginé par l’ogre, qui le mènera irrémédiablement à sa perte. Sans le lui faire savoir, Blancaflor remuera ciel et terre pour lui venir en aide, et donner une chance à leur histoire. 

Avec Blancaflor, Nadja Spiegelman au scénario et Sergio García Sánchez aux illustrations, réactualisent et réinventent avec brio un conte classique latino-américain vantant la force et l’ingéniosité des femmes.

L’héroïne, Blancaflor, est un personnage puissant, sensible et haut en couleurs qui saura se servir de sa magie pour faire triompher son amour en dépit des pièges tendus par son ogre de père.

Blancaflor raconte l’histoire d’une jeune femme qui défie son père tout puissant et aide l’homme qu’elle aime au moyen d’objets féminins (un peigne, un miroir et un savon). Une héroïne qui a le pouvoir de changer les pierres en farine puis en pain.

Je ne connaissais absolument pas ce classique de la littérature d’Amérique du Sud, emprunt à une très ancienne légende maya, et j’ai beaucoup aimé ce récit très « girl power » où l’héroïne dotée de pouvoirs magiques se révèle intelligente et courageuse.

Ce conte est l’un des plus anciens et des plus répandus au monde. Il a voyagé de la Norvège à l’Irlande, de l’Espagne aux Amériques. Dans certains pays, on retrouve la même trame avec une jeune fille toujours habile.

Contrairement aux contes de fées européens, la femme forte est un thème récurrent de la culture latine et Blancaflor en est un bel exemple puisque cette jeune fille indépendante trouve en elle la force de surmonter les obstacles et de triompher face à l’adversité.

Mais surtout les contes d’Amérique latine nous enseignent que, comme dans l’histoire de Blancaflor, la magie se trouve en chacune de nous et qu’on peut déplacer des montagnes.

Cette bande dessinée nous propose une version réactualisée et réinventée de cette histoire et je l’ai vraiment bien aimé. Certes, les dessins ne sont pas ceux que je préfère, mais je trouve les couleurs bien choisies et la mise en page très rythmée nous fait tourner les pages à une vitesse folle.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette découverte que je vous conseille si son féminisme vous séduit autant que moi !

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Rachel Smythe est auteure-illustratrice Néo-Zélandaise, nommée aux Eisner Awards et aux Ringo Awards et publié sur Webtoon. Traditions d’Olympus est son premier roman graphique, une étoile montante à suivre !

Perséphone, jeune déesse du printemps, est nouvelle au Mont Olympe. Sa mère, Déméter, l’a élevée exprès dans le royaume des mortels, pour la protéger des tentations.

Mais après que Perséphone lui a promis de s’entraîner comme vierge sacrée, elle est autorisée à aller à l’université et à vivre dans le monde glamour et trépidant des dieux.

Lorsque sa colocataire, Artémis, l’emmène à une fête, sa vie entière change : elle y rencontre Hadès et l’étincelle est immédiate avec le souverain charmant mais incompris des Enfers.

Tout s’accélère alors, Perséphone doit maintenant naviguer entre les jeux stratégiques et les relations déroutantes qui régissent l’Olympe, tout en trouvant sa place et en affirmant son pouvoir.

Avant d’être un roman graphique, Lore Olympus est La série phénomène n°1 sur Webtoon. Mon fils aîné est un grand fan de cette plateforme sur laquelle il lit chaque jour ses séries préférées et comme il adore la mythologie grecque, ce récit signé Rachel Smythe ne pouvait que lui plaire, c’est ainsi qu’il a atterri dans mes mains !

L’autrice nous propose ici la réécriture contemporaine de l’une des histoires les plus connues de la mythologie grecque : l’histoire d’amour surprenante entre Perséphone et Hadès ! On y croise d’autres personnages célèbres de l’Olympe comme les frères d’Hadès, Zeus et Poséidon mais aussi Héra, Aphrodite, Apollon, Eros… De quoi réviser ses connaissances en mythes grecs !

Et franchement, j’ai passé un bon moment de lecture avec cette bd. J’ai aimé les personnages et la manière donc ils sont retranscrits en dessin. Chaque personnage a sa propre couleur, on les identifie du coup très bien, bien joué Rachel Smythe !

Les planches sont rythmées, le découpage est plutôt chouette et les thèmes abordés sont actuels et importants au temps de l’amour 2.0, d’où le succès auprès des ados car l’histoire, les situations dans lesquelles sont plongés nos héros sont proches de celles qu’ils vivent. Il y aussi pas mal d’humour, ce que j’ai bien apprécié aussi.

Les personnages de Perséphone et d’Hadès sont attachants et leur romance donne envie de continuer à découvrir leur histoire au fil des volumes. Rachel Smythe aborde aussi d’autres amours de l’Olympe mais tout tourne autour de ces différentes love stories, mieux vaut le savoir si ce n’est pas votre tasse de thé.

Un premier tome très introductif mais prometteur, nous lirons donc la suite avec plaisir dès qu’elle arrivera dans notre médiathèque !

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Pascale Frey est journaliste culture et chroniqueuse littéraire au magazine Elle où elle s’occupe également du prix des lectrices. Soledad Bravi est diplômée de l’ESAG en 1988 et l’auteur de nombreux livres chez différents éditeurs (Gallimard, Seuil, Mila Editions) et dessine pour le magazine Elle.

Vous n’avez toujours pas lu Le portrait de Gargantua ? Vous ne vous rappelez plus pourquoi Le mystère de la chambre jaune a connu un grand succès dès sa parution ni comment se termine La bête humaine ? Vous n’avez jamais osé lire Faust, La cloche de détresse ou La duchesse de Langeais ?

Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul(e)s ! Soledad Bravi et Pascale Frey l’ont bien compris et viennent à notre rescousse en convoquant toujours avec humour et pour notre plus grand plaisir, une nouvelle sélection des plus grandes œuvres classiques ! 

En quelques cases, elles nous proposent une synthèse de vingt-deux grands classiques de la littérature française et étrangère, l’occasion de se rafraichir la mémoire ou de découvrir certains monuments qui font un peu peur, il ne faut pas se le cacher.

Ce tome 5 de Avez-vous lus les classiques de la littérature ? met en lumière des romans, nouvelles et des pièces de théâtre de la littérature française et étrangère, écrits par dix-neuf hommes et trois femmes, pour la plupart parus entre le début du 19è et la fin du 20è siècles. De Gargantua à La vie devant soi en passant par Candide, Le dindon, La condition humaine ou Les aventures de Pinocchio. De Moby Dick à Knock en passant par Petit déjeuner chez Tiffany, Le pavillon d’or, Le journal d’Anne Franck ou Hamlet et bien d’autres, il y en a pour tous les goûts !

Après quatre excellents tomes, Soledad Bravi illustratrice qu’on ne présente plus et Pascale Frey, journaliste littéraire à ELLE, récidivent et nous proposent un cinquième opus tout aussi réussi. Elles nous proposent des résumés malicieux et pétris d’humour qui dépoussièrent des œuvres vieilles de quelques dizaines d’années à plusieurs siècles.

Pourquoi ces titres et pas d’autres ? Et pourquoi si peu de femmes ? Mystère et boule de gomme c’est la seule chose que je reproche à cet ouvrage : ne pas avoir expliqué les choix de Soledad Bravi et Pascale Frey.

Chaque ouvrage est d’abord présentée par Pascale Frey sous forme d’une note d’une dizaine de lignes, accompagnée d’une courte biographie de l’auteur(e) concerné(e).

Puis c’est au tour de Soledad Bravi de résumer l’ouvrage en images et en quelques mots sur quatre à cinq pages de manière humoristique à grands renforts de renvois à la culture populaire à travers des phrases de chansons et du vocabulaire très actuel. Ce système fait d’anachronismes fait mouche à chaque fois !

Une BD synthétique, intelligente, pédagogique et claire à mettre entre toutes les mains dès l’adolescence, peut-être que nos chères têtes blondes sortiront un peu de leur zone de confort et se dirigeront vers des classiques, tout comme les lecteurs et lectrices adultes qui ne gardent pas forcément de bons souvenirs des classiques étudiés au collège ou au lycée et qui craignent parfois de se lancer dans ce genre de lectures.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture éclairante et amusante, en espérant qu’elle puisse permettre à tous de repartir sur de bonnes bases ! Une série que je vous recommande !

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Née en 1889, comme Charlie Chaplin, Jeanne Roques, dite Musidora est la « Première Vamp » et la première icône féminine de l’histoire du cinéma.

En 1915, les murs de Paris se couvrent d’étranges affiches sur lesquelles apparaissent une femme cagoulée, ainsi que les mentions « Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? »…

C’est le lancement de la série cinématographique « Les Vampire ». La France découvre alors Musidora, amie de Colette et des poètes, égérie en collants noirs qui va hanter les toits de Paris et soutenir le moral du pays en guerre…

Avec Musidora : elle était une fois le cinéma, Arnaud Delalande au scénario et Nicolas Puzenat aux illustrations, ont eu la bonne idée de mettre en lumière une pionnière du cinéma tombée dans l’oubli.

Avec ses yeux noirs soulignés de kohl, sa peau blanche, son maquillage un peu inquiétant et sa garde-robe exotique, Musidora est l’une des plus populaires et des plus emblématiques actrices du cinéma européen pendant la première guerre mondiale.

Elle tourne toute une série de films avec les réalisateurs-maison, arrachés les uns après les autres à leur travail par la mobilisation. Drames historiques, comédies burlesques, bandes patriotiques, scènes sentimentales se succèdent de 1914 à 1917.

Fin 1915, Louis Feuillade, rendu à la vie civile, lui offre le rôle de sa vie, celui d’Irma Vep dans Les Vampires, un film en dix épisodes, un rôle de vamp et de femme fatale qui lui apporte la gloire et l’installe définitivement dans la mythologie du cinéma

Amie de Colette et de Pierre Louÿs, muse des Surréalistes, Musidora n’est pas qu’une actrice, c’est aussi une journaliste, une écrivaine, une réalisatrice, une scénariste et une productrice de cinéma.

Loin d’être une biographie qui a pour vocation de retracer la vie de Jeanne Roques de A à Z, Arnaud Delalande s’attache à nous montrer Musidora à son apogée et nous entraîne dans les coulisses de la réalisation de films pendant la première guerre mondiale et c’est diablement intéressant.

Grâce aux planches très réalistes de Nicolas Puzenat, on voit le travail de Louis Feuillade, grand réalisateur du temps du muet et ancien assistant de la première réalisatrice Alice Guy, le tournage des scènes et l’envers du décor de cette époque fourmillante de créativité.

Si vous vous intéressez aux balbutiements du cinéma, je ne peux que vous inciter à vous intéresser à Musidora, première star française de cinéma !

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Salut, l’Amérique ! Je suis venu te conquérir ! Il n’est pas une femme, un homme, un enfant, qui n’aura pas mon nom aux lèvres ! Laurent Seksik et David François explorent la vie tumultueuse de l’un des plus grands artistes de tous les temps dans un triptyque intimiste et flamboyant.

Après avoir connu ascension fulgurante, succès incontesté et premiers échecs, Charlie Chaplin traverse, à l’aube de ses 40 ans, une période de doutes. 

Désintéressé par les louanges d’Hollywood, et surtout marqué par la misère sociale et l’instabilité politique grandissante, le prodige du cinéma envisage de mettre un terme à sa carrière.

C’est sa rencontre avec l’actrice Paulette Goddard qui lui donnera un nouveau souffle créatif et lui permettra de prendre le virage dont son oeuvre avait besoin.

Délaissant la comédie au profit d’un ton plus engagé, Chaplin s’attelle à ce qui resteront ses films les plus marquants : Les Temps Modernes et Le Dictateur.

Chaplin contre John Edgar Hoover est le dernier volume du triptyque consacré à l’immense Charlie Chaplin qui court de 1929 à sa consécration aux Oscars de 1972.

Comme je vous le confessais sur Instagram (abonnez-vous ici si vous ne m’y suivez pas encore car j’y dévoile mes réceptions livresques, mes premières impressions de lectures…), je suis une grande admiratrice de Charlie Chaplin, un génie du 7ème art tour à tour acteur, réalisateur, producteur, musicien, scénariste de ses films, créateur de l’iconique personnage de Charlot, ce vagabond au grand coeur.

Mais si je connais assez bien l’œuvre, la vie de cet artiste m’est inconnue, heureusement ce triptyque proposé par Laurent Seksik au scénario et David François aux graphismes, m’a permis de découvrir l’Homme derrière l’Artiste car l’auteur explore aussi les zones d’ombre de la vie de Chaplin.

Il ne faut pourtant pas croire que ce roman graphique est une biographie linéaire de Charlie Chaplin, elle a plutôt pour vocation de mettre certains éléments de sa vie personnelle en lumière. Dans cet ultime volume, Laurent Seksik s’attache à démontrer le Chaplin engagé et c’était diablement intéressant.

Celui qui va dénoncer le capitalisme et la vie industrielle dans Les temps modernes et le nazisme dans Le dictateur, deux films que j’adore et que je vous invite à découvrir si vous ne les connaissez pas. On voit dans cet opus, l’influence qu’a eu l’actrice Paulette Goddard, sa troisième épouse, sur son oeuvre, ce dont je ne me doutais absolument pas.

Ses prises de position et ses mœurs pour le moins dissolues, notamment son goût pour les très jeunes filles, vont le mettre dans le collimateur de John Edgar Hoover, le puissant et intouchable patron du FBI qui va profiter de sa liaison avec Joan Barry, pour nuire à sa réputation en menant une violente campagne de diffamation.

Les dessins très colorés de David François en couleur servent bien le propos, j’ai beaucoup aimé cette maîtrise des couleurs même si, j’avoue, je goûte peu sa façon de dessiner les visages.

Il y a des changements de rythme bien vus : tantôt un seul dessin par page, tantôt des grandes cases sur fond noir à l’horizontale ou un découpage plus classique, tous ces changements apportent une dynamique que j’ai vraiment apprécié.

Si l’on sent que les auteurs vouent une profonde admiration à leur sujet, Chaplin est loin d’être une hagiographie puisque les côtés sombres de la personnalité de l’acteur ne sont pas passés sous silence : on l’observe tour à tour lâche, séducteur, ambitieux, en un mot, pas si sympathique que ça, contrairement à son double à l’écran, et c’est ce qui m’a plu aussi ici.

Un troisième volume réussi que j’ai eu plaisir à lire et que je vous conseille de découvrir à votre tour.

Un grand merci à Doriane et aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture, j’ai adoré !

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Titulaire d’un Diplôme national d’arts plastiques et d’un diplôme national d’arts et techniques, RUN explore les débuts de l’ère numérique avec Teamchman, éditeur multimédia dont il devient directeur artistique de 2000 à 2003. Il publie le premier tome de Mutafukaz chez Ankamaet créé le Label 619 qu’il dirige seul pendant 13 ans.Florent Maudoux est diplômé en cinéma d’animation à l’école des Gobelins. Sa collaboration avec Run et le Label 619 débute en 2008 avec titre qui est immédiatement un succès auprès d’un public adolescent et jeune adulte de tout genre (Freaks’ Squeele en 7 tomes). Il multiplie depuis les expériences au sein du Label.

Los Angeles, janvier 1947. Le corps sans vie atrocement mutilé d’une jeune femme est retrouvé sur un terrain vague. Ce meurtre, toujours non élucidé à ce jour, a enflammé l’Amérique et marqué au fer rouge l’imaginaire collectif : le mythe de « l’affaire du Dahlia noir » est né.

75 ans plus tard, le monde entier s’interroge encore sur l’identité du tueur, mais peu se sont réellement intéressés à la victime. À quoi ressemblait la vie d’Elizabeth Short, apprentie actrice qui rêvait d’être une star, avant de devenir célèbre dans la mort ?

Avec A Short story : La véritable histoire du Dahlia Noir, Run aux textes et Florent Maudoux aux illustrations, tentent de répondre à cette question lancinante. Ils livrent ici un véritable travail d’enquête rigoureux et documenté, en croisant les dossiers déclassifiés du FBI, des archives de journaux de l’époque, et en recoupant les témoignages des gens qui ont connu et côtoyé Elizabeth.

De son Massachusetts natal jusqu’au parc de la South Norton Avenue où son corps a été retrouvé, c’est toute une trajectoire de vie, souvent tortueuse, que ce livre explore, porté par une magnifique reconstitution du Los Angeles des années 40.

L’histoire et les dialogues, écrits d’après les documents déclassifiés du FBI, retrace la vie de cette jeune femme perdue dans Hollywood, en particulier les trois mois qui ont précédé son horrible assassinat : de son séjour au Figueroa Hotel avec Marjorie Grahams, à l’incident des trois de San Diego, le récit est méticuleusement documenté, loin des clichés habituels sur une figure féminine dont on pensait tout connaître.

Les auteurs dessinent le portrait de Hollywood au sortir de la guerre avec ces jeunes filles qui rêvent de devenir les prochaines Veronica Lake ou Rita Hayworth et qui fricotent parfois avec la mafia ou les bandes organisées. L’envers du décor de la cité des anges est loin d’être beau et Elizabeth Short va y brûler ses ailes.

La jeune femme cumule les dettes et les flirts, s’imaginant se marier avec chaque homme qu’elle croise et s’inventant une vie pour ne pas décevoir sa mère et ses soeurs.

A-t-elle croisé la route d’un tueur en série ou a-t-elle payé de sa vie ses mauvaises fréquentations ? Nul ne le sait encore à ce jour car l’affaire du Dahlia noir c’est sans doute le cold case le plus célèbre.

Les auteurs nous proposent un ouvrage passionnant à lire et à regarder. Les planches de Florent Maudoux sont magnifiques que ce soit dans sa façon de croquer les personnages ou les décors, avec un esthétisme années 40 qui est un véritable atout.

L’illustrateur propose plusieurs découpages qui viennent apporter du rythme avec des dessins tantôt en pleine page, tantôt avec des cases de multiples formats et c’est très bien vu.

Mais c’est loin d’être une bande dessinée classique puisqu’elle s’ouvre sur plusieurs pages de notices biographiques qui vont régulièrement ponctuer le récit.

Les pages d’illustrations viennent exposer des moments clés dans la vie d’Elizabeth Short, le reste des informations liées à ses derniers mois d’existence sont retranscrites dans des notes très complètes. Les auteurs ont eu aussi la bonne idée d’insérer des pages de réclames comme dans les magazines des années 40.

En bref, voilà un ouvrage soigné (avec un dos tissé) particulièrement intéressant que je recommande à celles et ceux qui ont un goût pour les faits divers et les cold cases.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres et au label 619 pour cette lecture ô combien instructive et passionnante !

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Alex W. Inker est diplômé de l’Institut Saint-Luc de Bruxelles en Bande dessinée, puis d’un Master 2 en Cinéma. Il est l’auteur talentueux du très remarqué Un travail comme un autre, sorti en mai 2020 aux éditions Sarbacane, en sélection dans de nombreux prix, ainsi que d’Apache en 2016 (Prix Polar SNCF), de Panama Al Brown en 2017 de Servir le peuple en 2018 et de Fourmies la Rouge en 2021. Colorado Train est sa sixième bande dessinée publiée aux éditions Sarbacane.

Le 1er mai 1891, malgré les interdictions patronales, les ouvriers grévistes ont décidé de défiler dans la cité textile de Fourmies (Nord), pour réclamer la journée de huit heures. La veille, affolés, les industriels des filatures ont sommé le maire de la ville, Auguste Bernier – lui-même directeur d’une usine – d’exiger du préfet l’envoi de la troupe.

Deux régiments d’infanterie de ligne, les 84e et 145e, cantonnés tout près à Avesnes-sur-Helpe et à Maubeuge, se mettent en position sur la place centrale de Fourmies, bordée par l’église, la mairie et la maison d’arrêt.

En fin de journée, une foule revendicative déboule sur la place, un officier ordonne aux soldats de tirer… Neuf personnes meurent. Elles deviendront les martyrs de la cause socialiste naissante.

En virtuose, Alex W. Inker, dans Fourmies la rouge, entraîne le lecteur au plus près des personnages, le plongeant en apnée au coeur des événements aux côtés de :

  • Maria, la jeune et belle ouvrière aux cheveux de feu,
  • Kléber, le jeune porte-drapeau amoureux de Louise,
  • Louise, l’ouvrière gouailleuse,
  • Émile, le gamin innocent pêcheur de grenouilles, Gavroche bravache et frondeur,
  • Un soldat, l’idéaliste qui ne tirera pas et n’épaulera même pas son fusil Lebel,
  • Un vieux soldat, le salaud qui achèvera les blessés à la baïonnette.

Ce roman graphique est un bel hommage aux victimes de la fusillade du Fourmies le 1er mai 1891, qui se contentaient de manifester pacifiquement pour réclamer de meilleures conditions de travail et un salaire décent. Un évènement qui va choquer le monde ouvrier et la France entière.

Graphiquement parlant, le dessin est minimaliste et simpliste, ce n’est pas ce que je préfère mais ça marche très bien ici. Bien vu aussi le choix du bicolore, noir et rouge, qui fonctionne à merveille. Le Nord c’est le pays des briques rouges, c’est aussi la couleur de l’engagement populaire, celui du sang ouvrier qui va couler en ce jour du 1er mai et le roux de Maria, l’héroïne.

Ajoutons à cela, quelques touches de patois chti qui nous mettent clairement dans l’ambiance. Si cette bande dessinée est réussie de mon point de vue car je connaissais cet évènement assez bien, pour veux qui le découvrent ici, pas de chance, car l’auteur reste un peu trop en surface.

Les évènements de la journée se succèdent de façon succincte et l’histoire manque de développement à mon goût. Quant à son dénouement, il arrive trop brutalement.

L’éditeur aurait pu se fendre d’un appendice en fin d’ouvrage pour venir combler les blancs qu’Alex W. Inker a laissé et proposer à ses lecteurs des informations pour aller plus loin.

Reste qu’Alex W. Inker signe ici une bande dessinée qui vaut largement le coup d’oeil, si vous vous intéressez à l’histoire, n’hésitez pas à la lire à votre tour.

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Scénariste, écrivain et historien spécialisé dans des projets de type historique, finaliste du prestigieux prix SGAE Julio Alejandro, Salva Rubio a reçu de nombreuses récompenses comme scénariste. Comme scénariste de bandes dessinées, « Monet, nomade de la lumière » est son premier roman graphique, publié aux éditions du Lombard. À l’heure actuelle, il travaille sur « Le Photographe de Mauthausen ».

Retracer une partie de la vie du peintre Edgar Degas sous le biais d’un roman graphique, voici ce que nous proposent le scénariste Salva Rubio et le dessinateur Efa.

L’impressionnisme est mon courant pictural préféré. Lorsque je travaillais à Paris, j’adorais arpenter les salles qui lui sont consacrées au musée d’Orsay. Je ne me lassai pas de regarder les toiles de Pissaro, Renoir, Sisley, Cézanne, Degas, Caillebotte ou Berthe Morisot.

Mais si j’admire leurs toiles, je ne connais rien de leur vie. Aussi, c’est avec beaucoup de plaisir que je me suis lancée dans cette lecture que j’espérais très enrichissante, ce qui fut le cas !

Fondateur du mouvement impressionniste dont il fut l’un des critiques les plus impitoyables ; trop bohème pour les bourgeois et trop bourgeois pour les artistes… Edgar Degas était un homme de paradoxes.

Un solitaire, qui n’aima qu’une seule femme, la peintre américaine Mary Cassatt, sans jamais la courtiser. Et c’est en compagnie de cette dernière qu’au crépuscule de sa vie, Efa et Rubio ouvrent les pages des carnets de Degas pour tenter de percer le mystère de ce génie pétri de contradictions.

Ce roman graphique est une bonne entrée en matière pour se familiariser avec la personnalité et l’œuvre de ce très grand peintre et sculpteur, d’autant qu’on y retrouve grâce au talent de Efa, le dessinateur, les toiles et sculptures emblématiques de Degas.

Je souhaitais connaître la vie de Degas et c’est chose faite grâce à Salva Rubio qui nous emmène dans le sillage de l’impressionniste, resté célèbre pour ses toiles et ses sculptures de danseuses.

Célibataire endurci ayant tourné le dos à l’amour, Degas vit pour son art et il va beaucoup travailler pour rayonner dans le monde de l’art car son talent est loin d’être inné.

Intransigeant, il peine pendant longtemps à mener ses projets à bien. Ami d’Edouard Manet, il se moque aussi bien des académiques que des bohèmes, ces fameux impressionnistes qu’il va finir par rejoindre. Seuls les grands maîtres trouvent grâce à ses yeux, influencé par son père qui les révérait.

Outre ses œuvres et notamment sa fascination pour le monde du ballet, le scénariste s’intéresse ici surtout à sa vie privée, ce qui va nous permettre de croiser la route de bien des figures du mouvement impressionniste mais aussi celui de Mary Cassatt, une peintre américaine dont j’ignorai l’existence.

Leur amitié va courir sur des décennies avant qu’ils ne finissent par se fâcher, la faute à Degas qui a un caractère plus que difficile ! Un portrait sans concession de Degas que je n’aurai pas aimé côtoyer même si j’admire son oeuvre.

Les dessins et la colorisation du talentueux Efa font toute la différence et nous en met plein les yeux. Une biographie graphique réussie tant sur le fond que sur la forme, je vous la recommande vivement !

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Lu dans le cadre du Mois anglais 2022

Dans les écrits de Conan Doyle, Watson n’a pu dépeindre que la face émergée de Sherlock Holmes. Mais dans cette enquête inédite, nous pénétrons visuellement le mental du détective, le long du fil de son raisonnement, et à travers l’architecture de son monde interdit.

Alors que Sherlock Holmes et le Dr Watson sont sur la piste du magicien chinois Wu-Jing, le ministre des Colonies Britanniques est à son tour visé. Cette fois, ce sont les plus hautes sphères de l’Etat qui sont frappées.

Quel genre de complot le sulfureux mage peut-il bien tramer ? Le célèbre détective est décidément confronté à un personnage aussi secret qu’inquiétant et il n’est pas au bout de ses surprises…

Vous l’ignorez peut-être mais mon Empereur de fils et moi adorons Sherlock Holmes. L’affaire du ticket scandaleux, le second tome de la duologie Dans la tête de Sherlock Holmes ne pouvait que rejoindre nos PAL respectives, tant nous avions adoré le premier opus !

Une fois n’est pas coutume, parlons de l’objet livre qui est tout simplement magnifique : la première de couverture, en carton épais, offre une découpe de la tête du mystérieux bandit avec lequel Holmes et Watson sont aux prises.

Quant aux planches, elles sont à l’avenant. La qualité du papier doux et épais, qu’on a plaisir à manipuler, l’odeur particulière du livre, des couleurs vieillies avec des tons sépia et orangé.

Benoit Dahan a un grand talent de coloriste et il ressuscite à merveille l’ambiance victorienne, j’ai adoré son travail et il participe grandement à faire de ce roman graphique, un gros coup de cœur.

Vous avez eu l’occasion de voir en détail sa virtuosité dans mes stories sur Instagram, si vous ne me suivez pas encore, un conseil : abonnez-vous ici car j’y dévoile mes réceptions livresques, mes lectures…

Quant au scénario de Cyril Lieron, adapté de L’oeuvre de sir Arthur Conan Doyle, il est fidèle à l’œuvre et au canon holmésien, à l’ambiance des différents titres mettant en scène Holmes & Watson, à la psychologie des personnages.

Mais fidélité ne veut pas dire manque d’originalité, bien au contraire : le procédé narratif choisi par les auteurs est particulièrement bien vu puisque l’on est littéralement dans la tête du détective, dans son mode de pensée.

Je ne pourrai vous citer ici toutes les trouvailles graphiques géniales qui émaillent le récit, elles sont nombreuses et ce serait dommage de vous enlever le plaisir de les découvrir par vous-même. Imaginative, esthétique, astucieuse, bien dessinée et bien écrite, voilà les atouts de cette bande dessinée.

La manière même de raconter l’histoire est très originale et les pages s’avalent à une vitesse folle, trop d’ailleurs, car je suis vite parvenue à son terme avec qu’une seule envie, relire les deux tomes !

Gros coup de cœur pour cette duologie, tant pour le schéma narratif, les dessins et le travail éditorial des éditions Ankama, je vous le recommande chaudement.

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Attirée très jeune par le dessin et l’écriture, Milena commence des études d’art aux Beaux-Arts de Quimper. Après son DNAP, elle part poursuivre ses études à l’école Saint-Luc de Liège pour se spécialiser en bande dessinée. Son diplôme en poche, elle s’installe à Nantes.

Mes petites cités de caractère en Bretagne est le carnet de voyages de Milena à travers les quatre départements bretons. Missionnée avec un auteur pour faire découvrir quelques villages au riche patrimoine, elle passe six semaines dans six villages bretons ayant obtenu le label très prisé des petites cités de caractère.

La jeune illustratrice BD, elle-même bretonne, se met en scène à la découverte de pittoresques villes et villages de Bretagne en les croquant. Elle en tire un récit illustré où l’on apprend beaucoup tout en s’amusant.

L’autrice trouve là une manière originale de présenter le patrimoine des « Petites cités de caractère en Bretagne », label touristique connu et reconnu qui distingue des lieux chargés d’histoire dans des sites d’exception.

On déambule avec elle dans le dédale des ruelles médiévales, au pied de maisons en pan-de-bois ou aux épais murs de granit… On visite les échoppes d’artisans d’art et les grands monuments, en particulier les églises et leurs gargouilles pour lesquelles Milena a une véritable passion.

Six petites cités aux quatre coins de la Bretagne sont passées au crible : Châteaugiron et Bécherel (Ille-et-Vilaine),  le village médiéval de Montcontour (Côtes-d’Armor), Pont-Croix et Le Faou (Finistère), Josselin (Morbihan).

Mis à part Josselin que j’ai connais puisque j’habite dans le Morbihan, les autres cités m’étaient totalement inconnues et ce petit guide m’a donné envie de les découvrir car elles ont l’air pittoresques et charmantes. Objectif rempli donc !

Milena intègre aussi à son guide ses impressions, son humour, la façon dont le projet s’est formé, son quotidien dans les résidences artistiques où elle travaille, ce qui rend l’ouvrage très vivant.

Si j’ai bien aimé son coup de crayon lorsqu’elle croque les monuments, les rues, les gargouilles, les maisons, etc, je n’apprécie guère sa façon de dessiner les personnes et notamment les visages, comme c’est très ponctuel, cela ne m’a pas gênée mais je ne pense pas lire ses autres bandes dessinées pour cette raison.

Néanmoins, j’ai apprécié ce petit guide et me promener dans ces petites cités de caractère et si vous aimez la Bretagne et que vous souhaitez découvrir quelques morceaux de son patrimoine, je vous le recommande.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Locus Solus pour cette lecture !

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