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Archive for the ‘Romans graphiques et bd’ Category

Paris, 1875. Alors que ses Raboteurs de parquet sont refusés par le jury de l’Académie des Beaux-Arts, Gustave Caillebotte est invité à exposer aux côtés des « intransigeants ». Ce groupe de peintres réunissant des artistes comme Monet, Manet, Renoir, Pissarro ou Degas tous refusés au Salon de Paris possède en commun une vision moderne de l’art. Privilégiant les sensations, élargissant le choix des sujets, des compositions et des couleurs, ceux que les critiques nomment avec mépris les « impressionnistes » marquent une véritable rupture avec l’académisme. Collectionneur et mécène, Caillebotte participera à l’essor de ce courant naissant en finançant ses amis et organisant des expositions. Artiste original et audacieux, il en peindra également quelques-uns de ses plus grands chefs-d’oeuvre…

Retracer une partie de la vie du peintre Gustave Caillebotte sous le biais d’un roman graphique, voici ce que nous propose le scénariste et dessinateur Laurent Colonnier, auteur du très remarqué Georges & Tchang.

L’impressionnisme est mon courant pictural préféré. Lorsque je travaillais à Paris, j’adorais arpenter les salles qui lui sont consacrées au musée d’Orsay. Je ne me lasse pas de regarder les toiles de Monet, Pissaro, Renoir, Sisley, Cézanne, Degas, Caillebotte ou Berthe Morisot.

Cette biographie graphique commence au moment où le jury de l’Académie des Beaux-Arts refuse son chef d’œuvre, les Raboteurs de parquet, refus qui signe son entrée dans le club des Impressionnistes, qui vont fonder un salon parallèle, celui des refusés, financé par Caillebotte lui-même, à la tête d’une fortune qu’il mettait volontiers au service de ses amis.

Passionné par l’œuvre de Gustave Caillebotte, Laurent Colonnier signe ici une biographie respectueuse et fidèle de l’artiste, en même temps qu’un portrait tout en nuance de cette période charnière de l’histoire de l’Art : celle de la naissance de l’impressionnisme et des débuts de l’art moderne.

L’histoire qu’il nous propose est intéressante, truffée d’anecdotes savoureuses, bien documentée, un très bon travail de Laurent Colonnier grâce à qui j’ai pu découvrir Caillebotte intime, peintre et philanthrope.

L’auteur s’attache à nous montrer comment travaillait cet artiste longtemps resté dans l’ombre de ses camarades car il a fallu attendre 1994, soit un siècle après son décès, pour voir une rétrospective de ses œuvres !

Caillebotte était pourtant un visionnaire qui travaillait différemment de ses amis : il cherchait ses motifs à l’extérieur, mais réalisait ses croquis, retravaillait ses esquisses à l’atelier. On est frappé de voir la modernité de son oeuvre, de ses cadrages et de ses sujets, c’est aussi lui qui a fait entrer la vie urbaine dans la peinture

Dans les années 1890, il est influencé par le courant japoniste et de son vivant, il est fréquemment exposé aux Etats-Unis.

Laurent Colonnier rappelle, qu’outre ses talents de peintre, Caillebotte était aussi un mécène au goût très sûr, qui était souvent le premier acheteur de ses amis impressionnistes. Il a notamment beaucoup aidé financièrement Claude Monet, toujours sans le sou, en lui payant le loyer de son atelier et en achetant ses peintures.

Eternel célibataire, il a fait don d’une partie de ses oeuvres et celles de ses amis à travers un legs au Louvre. Grâce à lui nous pouvons admirer 69 peintures impressionnistes qui seraient certainement aujourd’hui chez des particuliers ou dans les musées américains.

Une figure très intéressante et altruiste, grand amateur de frégate, qui mérite qu’on s’intéresse de plus près à sa vie et à son œuvre.

Vous l’aurez compris je ne peux que vous recommander Gustave Caillebotte un rapin chez rupins si vous vous intéressez à l’art du XIXè et le mouvement impressionniste en particulier !

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Mathilde, Parisienne de 27 ans, débarque au Kirghizistan envoyée par l’OSCE. Sa mission consiste à veiller au bon déroulement du processus démocratique des premières élections présidentielles libres. Sur place, elle découvre la beauté de cette ancienne terre soviétique mais aussi le manque de moyens et les infrastructures d’un autre temps. Lorsqu’elle réalise que les élections sont déjà jouées, la jeune femme fait une rencontre décisive. Quand les idéaux vacillent, doit-on choisir un autre combat… au risque de se compromettre ?

Paris, 2005. Mathilde, une parisienne de 27 ans, enchaîne les petits boulots et les stages en dépit d’un master en droit international et vit une histoire d’amour insatisfaisante avec Paul, son ex professeur de droit.

Celui-ci lui propose de l’accompagner au Kirghizistan en tant qu’observatrice pour l’OSCE. L’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe a pour mission de contrôler la bonne tenue des premières élections présidentielles libres dans l’ex satellite de l’Union Soviétique et de vérifier le respect des procédures et des critères démocratiques.

Ses études en droit international et son excellente connaissance du russe, sont toutes indiquées pour mener à bien cette mission et Mathilde accepte avec enthousiasme, d’autant qu’elle compte bien profiter de l’occasion pour faire des photographies des habitants de cette région du monde.

A son arrivée, elle est chargée de rejoindre la province de Naryn où elle va faire équipe avec un autre observateur français et Nina, leur interprète kirghize. Sur place, ses idéaux vont vaciller et une rencontre va être décisive, Mathilde va-t-elle choisir un autre combat quitte à se compromettre pour aider la population ?

Avec L’observatrice, Emmanuel Hamon et Damien Vidal nous font vivre les premières élections kirghizes libres qui eurent lieu le 10 juillet 2005, enfin libres jusqu’à un certain point puisqu’un seul homme s’est porté candidat et que l’opposition est aux abonnés absents.

A travers Mathilde, nous faisons la connaissance de ce pays d’Europe centrale indépendant depuis 1991, très peu connu des français et nous découvrons les paysages et les campagnes encerclées par les montagnes, le manque de moyens, les populations nomades, les infrastructures datant de l’ère soviétique…

Très vite, notre héroïne réalise que les élections sont déjà jouées, la corruption est reine et le candidat Bakiev tient les populations, les abreuvant de promesses, de vodka et de mauvais chocolats tandis que la présence bienveillante des observateurs occidentaux s’apparente plutôt à une mascarade. On se rend très vite compte en effet que la démocratie ne peut d’emblée être appliquée partout même si les intentions sont louables.

Outre les agents de l’OSCE présents sur place, Mathilde, s’aperçoit que des émissaires de sociétés privées venant d’Amérique mais aussi de plusieurs pays européens, prennent des contacts afin de récupérer des nouveaux marchés dans cet état sur le point de s’ouvrir au capitalisme.

Le scénario proposé par les auteurs est très crédible et nous embarque sans mal au cœur de ce pays, d’autant que les dessins contribuent beaucoup à cette atmosphère réaliste, à la limite du documentaire.

Les personnages sont bien campés et permettent à Emmanuel Hamon et Damien Vidal d’aborder toutes les strates de la société kirghize : de la population de base aux dirigeants, en passant par le personnel de l’OSCE, tout sonne vrai et c’est très intéressant de découvrir cette société avec les yeux de Mathilde et de voir ses idéaux se heurter à la réalité du terrain.

Un grand merci à Rue de Sèvres pour cette lecture instructive et passionnante !

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Dans ce 4e tome, nous retrouvons les Faldérault au complet : Pierre, Madeleine et leurs quatre enfants, auxquels s’est joint Jean-Manu, le petit ami de Nicole. Cet été sera celui du grand changement : Pierre est devenu copropriétaire d’une villa toute neuve, clé sur porte, dans la campagne provençale ! En route ! La clé, ils l’ont – mais où diable se trouvent la porte et la villa ?… Plus que jamais, l’aventure est au programme, et c’est avec bonne humeur que la famille se serre les coudes. L’été des Faldérault, c’est sacré ! Et celui-là va drôlement marquer les mémoires…

Août, Mons en Belgique. Comme chaque été, la famille Faldérault attend que son patriarche, Pierre, scénariste et dessinateur de bandes dessinées, livre sa nouvelle histoire à son éditeur.

Chaque été, Pierre est en retard et cette année, les Faldérault ont pris les paris sur la date de livraison. Quelle n’est pas leur surprise lorsqu’ils apprennent que Pierre a fini en temps et en heure, ils vont pouvoir prendre la route avec Mamzelle Esterel, leur voiture, direction le sud !

D’autant que cette année, pas de camping sauvage ni d’improvisation, ils doivent rejoindre leur maison de vacances en Dordogne qu’ils ont baptisée Le repos du guerrier.

Toute la famille s’engouffre dans la 4L, y compris Jean-Manu le petit ami de Nicole mais lorsqu’ils arrivent à bon port ils découvrent qu’ils se sont faits escroquer par leur promoteur et que leur maison n’est jamais sortie de terre…

Vous avez remarqué, si vous me lisez régulièrement, j’aime beaucoup le scénariste Zidrou et tout particulièrement sa série Les beaux étés qu’il signe en duo avec Jodi Lafebre pour les images.

Je vous avais donc déjà recommandé : Cap au sud, La calanque et Mamzelle Estérel qui nous racontaient les étés 1973, 1969 et 1962 de la famille Faldérault. Une famille belge joyeusement frappadingue avec à sa tête Pierre, dessinateur de bandes dessinées et Mado, vendeuse de chaussures.

Cette fois-ci avec Le repos du guerrier, Zidrou et Jordi Lafebre reviennent sur les vacances de la famille en 1980, l’année de Il jouait du piano debout de France Gall, In the navy des Village People et de Banana Split de Lio, que tous reprennent en choeur, accompagnés d’une pièce rapportée : le petit ami bourgeois de Nicole car à contrario d’autres séries, on fait des bonds dans le passé à chaque nouveau volume, c’est là l’une des originalités des Beaux étés, ce qui fait que nous ne croisons pas toujours les mêmes personnages, exceptés Pierre, Mado et leurs enfants.

J’avais été charmée par les trois premiers volumes de cette série so nostalgique, et je dois avouer que je suis toujours sous le charme en refermant cette nouvelle histoire. J’adore cette famille attachante et sympathique.

Si j’aime autant cette série c’est qu’elle me ramène dans ma propre enfance vécue au coeur des années 70 avec la chanson de l’été à la radio que l’on reprend à tue-tête, le pique-nique au bord des routes et son indispensable table pliante, le camping sauvage, les baignades à poil, les tenues improbables… tout est là, rien ne manque et c’est un vrai bonheur pour moi de retrouver cette atmosphère.

Ce quatrième volume est tout aussi jubilatoire que les autres : l’été est pour les Faldérault, une véritable parenthèse enchantée, l’heure de se faire de nouveaux amis, un moment où tout est permis et où, Mado rendant son tablier, le barbecue règne en maître et où le rosé coule à flots.

Beaucoup de drôlerie et de tendresse dans ce nouvel opus avec le passage à l’âge adulte des deux aînées de la famille : Nicole et Julie-Jolie tandis que Louis, désormais adolescent, ne quitte plus son walkman et que pépette va bientôt fêter son 10è anniversaire.

Je ne peux que vous recommander cette série totalement réussie, portée par un scénario drôle et tendre signé Zidrou et les belles planches de Jordi Lafebre, qui croque avec tant de talent des personnages très expressifs et nous prouve une fois de plus, sa maitrise des couleurs.

Vous l’aurez compris, Les beaux étés m’ont conquises une fois de plus, vivement le tome 5 et la bonne nouvelle c’est que cette fois-ci pas besoin d’attendre un an, les Faldérault reviennent en novembre pour une histoire de Noël !

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1947. Bien que l’Allemagne nazie soit tombée, le cauchemar pour les Juifs d’Europe n’est pas terminé. Persécutés par les communistes, abandonnés par les Alliés, leur route vers la terre promise d’Israël a encore des allures de long calvaire… Cette réalité, la jeune Oliwka la découvre brutalement lorsqu’on lui apprend qu’elle avait été confiée, encore bébé, à une famille adoptive pendant la guerre. Que sa véritable identité avait été changée pour échapper aux nazis. En réalité, elle s’appelle Astar Berkenbaum. Elle est juive. Et comme des milliers d’enfants, elle ne doit la vie sauve qu’à une femme : Irena Sendlerowa.

Varsovie, 1947. La guerre est finie depuis deux ans et le pays est tombé peu à peu aux mains des soviétiques. C’est l’heure pour les juifs rescapés des camps et pour les enfants sauvés par la résistance, de retrouver leur identité et une terre d’asile.

Irena Sendlerowa est membre du centre citoyen d’aide sociale polonais. Décédée en 2008, déclarée Juste parmi les nations en 1965, Irena Sendlerowa, a réellement existé. Résistante et militante polonaise, fut l’une des plus grandes héroïnes de la Seconde Guerre Mondiale, sauvant près de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie.

Nous avions laissé Irena prisonnière, nous la retrouvons bien des années après la guerre sur la terre d’Israël en compagnie de Astar Berkenbaum, l’une des enfants qu’elle a pu sauver par ses actions héroïques.

Avec cette rencontre, on replonge dans les années de guerre et notamment la période, où prisonnière des allemands, elle fut chaque jour torturée afin de livrer les noms de ses complices, ce qu’elle ne fit jamais.

On voit son quotidien et celui de ces co-détenues, les exécutions sommaires pour un simple rire et comment elle parvint à s’évader et à rejoindre la clandestinité où elle continuera ses actes de résistance.

Jean-David Morvan au scénario et Séverine Tréfouël / David Evrard aux illustrations, retracent sur trois albums le combat humaniste de cette « mère des enfants de l’Holocauste », un destin incroyable et une femme exceptionnelle à tous points de vue.

J’avais eu un coup de cœur pour les deux premiers volumes de cette série : Le guetto et Les justes, ce troisième est réussi aussi et bien que sans pathos aucun, il m’a émue aux larmes car une fois de plus les auteurs ne nous cachent rien de l’horreur vécue par les captifs du ghetto et victime de l’épuration ethnique décidée par le régime d’Hitler mais aussi le sort réservé aux résistants et les séances de torture auxquels ils étaient soumis jour après jour.

Cette bande dessinée classée jeunesse n’est en aucun cas à mettre dans les mains des plus jeunes et se destine plutôt aux adolescents et aux adultes, il y a des scènes atroces de tortures et d’exécutions sommaires, de lentes agonies d’êtres humains affamés, qu’ils soient vieillards, adolescents ou enfants, assez insoutenables, rien ne nous est épargné, même si le dessin naïf et doux de David Evrard vient adoucir certaines situations.

Les pages alternent entre couleurs vives (symbolisant l’espoir) et les couleurs sombres (pour les scènes de torture avec les nazis).

Le travail de documentation des auteurs est remarquable et leur approche est très pédagogique car l’histoire se lit facilement et propose différents niveaux de lectures permettant aux adultes de prendre conscience des atrocités de cette période tout en restant accessible à des lecteurs plus jeunes qu’il faut néanmoins accompagner dans cette lecture car certains passages, vous vous en doutez, sont très durs et ne sont pas à mettre dans les mains des plus émotifs.

Il est essentiel de continuer à parler de la shoah et des Justes afin que les plus générations soient sensibilisées à l’heure où de plus en plus de pays ont la tentation du repli sur soi et du nationalisme.

Toucher, émouvoir, parler d’hier pour raconter aujourd’hui, une mission remplie haut la main par Jean-David Morvan, Séverine Tréfouël et David Evrard, je vous recommande vivement les trois volumes !

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De 1976 à 1983, la dictature militaire qui régit l’Argentine fait disparaître près de 30 000 opposants politiques, pour la plupart assassinés. Parmi eux, des jeunes femmes enceintes auxquelles leurs enfants seront arrachés à la naissance. Depuis 1977, leurs grands-mères recherchent ces 500 bébés volés…

Buenos Aires, 1998. Santiago et Mario sont étudiants et les meilleurs amis du monde. Le premier collectionne les conquêtes, le second se passionne pour Adolfo Bioy Casares.

Les mères de la place de mai continuent de manifester et de rechercher les 500 bébés volés à leurs parents par la dictature argentine de Pinochet et appellent celles et ceux qui doutent de leur identité à faire un test ADN.

Mario, qui ne ressemble pas à ses parents et s’interroge beaucoup, décide de faire ce test. Santiago l’accompagne et va tomber fou amoureux de Victoria, l’infirmière. La jeune femme a appris il y a quelques années seulement qu’elle faisait partie de ces bébés volés à leurs familles et cherche depuis ses parents, en vain.

Alors qu’il n’a aucun doute sur ses géniteurs, Santiago décide de faire le test dont les résultats vont bouleverser la vie…

Vies volées : Buenos Aires, Place de mai met en scène des héros fictifs mais inspirés de la réalité. A travers ces personnages, Matz et Mayalen Goust ont voulu évoquer les différentes trajectoires et situations dans lesquelles ont pu se trouver les véritables victimes de la dictature argentine.

Car le contexte historique est bien réel : de 1976 à 1983, l’Argentine a vécu sous le joug de la dictature militaire qui a fait périr près de 30 000 opposants politiques, en général des étudiants, dont la grande majorité a été torturée puis exécutée dans des conditions épouvantables, notamment les femmes jetées vivantes d’un avion ou d’un hélicoptère !

Parmi ces victimes, plusieurs centaines de femmes enceintes dont les bébés sont nés en captivité avant d’être arrachés à leur mère afin d’être confiés à des familles de policiers, militaires, des proches du régime ou de familles estimées « sûres ».

Dès 1977, les mères de ces « desaparecidos » ont fait preuve d’un grand courage en bravant le régime totalitaire et leur combat a trouvé un écho mondial. Depuis lors, les « Abuelas de Plaza de Mayo », les grands-mères de la Place de Mai, défilent chaque semaine en face de la Casa Rosada, la maison Rose, demeure du chef de l’état argentin, pour réclamer le retour de leurs petits-enfants.

Après la fin de la dictature, la justice donne raison à ces femmes et ont permis, grâce aux tests ADN, à plus de 125 enfants de retrouver leurs familles. C’est un sujet qui me touche beaucoup et comment ne pas l’être face à ces horreurs qu’ont vécu ces étudiants massacrés et le calvaire de leurs mères, privées de leurs enfants et de leurs petits-enfants ?

A travers les destins de Mario, Santiago et Victoria, Matz dont j’avais apprécié le travail dans Le travailleur de la nuit, nous propose ici de revivre les heures sombres de l’histoire contemporaine argentine avec ce récit qui fait la part belle aux recherches des origines de ses héros, le tout sans tomber dans le pathos.

Son scénario, même si il est un peu prévisible, a le mérite de nous faire connaître ou d’étoffer nos connaissances sur le sujet et les planches de Mayalen Goust, une illustratrice que j’aime beaucoup, sont comme toujours sublimes. Son trait fin et élégant sert à merveille le scénario touchant et tout en délicatesse de Matz.

Je ne peux que vous conseiller ce roman graphique très réussi, que vous connaissiez bien l’histoire des Folles de la place de mai, comme les surnommait le régime, ou non, vous ne pourrez qu’être touché(e)s par ce récit tout en sobriété et en émotion.

Un grand merci à Doriane et aux Rue de Sèvres pour cette belle lecture !

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Troumesnil, Côte d’Albâtre, Normandie. Grignotée par la mer et par le vent, la falaise recule inexorablement chaque année, emportant avec elle le paysage et ses habitations. Le maire du village a réussi à protéger ses habitants les plus menacés. Tous sauf une nonagénaire, qui résiste encore et toujours à l’autorité municipale. Madeleine veut continuer à vivre avec son chat et le souvenir de son mari, dans SA maison. Madeleine refuse de voir le danger. Et pour cause. Madeleine est aveugle de naissance.

Madeleine est une vieille dame qui n’attend plus qu’une chose : voir sa dernière heure arrivée. Elle mène une existence solitaire avec pour seul compagnon son chat Balthazar, elle n’a pas d’enfants et son mari a péri en mer il y a plusieurs décennies de cela.

Seulement voilà, sa belle maison au bord de la falaise, à Troumesnil, sur la côte d’albâtre en Normandie, menace à tout moment de s’effondrer à cause de l’érosion de la falaise, d’ailleurs une grande partie du jardin de Madeleine s’est déjà fait la malle.

Le Maire de cette petite bourgade normande veut qu’elle déménage et lui a même fait réserver une place à la maison de retraite. Mais Madeleine n’en fait qu’à sa tête et ne veut pas quitter SA maison.

Et en attendant, la fin, la vieille dame continue chaque jour à acheter du poisson frais au marché, s’occuper de son jardin (ce qu’il en reste !), se promener sur la plage, cuisiner pour elle et son défunt Jules (elle continue de faire comme s’il était là, et c’est Balthazar qui se régale !)…

Jamais est un roman graphique à la fois drôle et émouvant, porté par le personnage de Madeleine au caractère bien trempé, qui ferait la paire avec les papys anars des Vieux fourneaux !

Dans cette histoire, Bruno Duhamel aborde des faits assez tristes et graves : le handicap, l’isolement et la solitude des personnages âgées, la fin de vie de nos futurs centenaires, doublés ici par le problème environnemental auquel est confronté la vieille dame.

L’auteur ne tombe pourtant pas dans le pathos car si la situation de Madeleine est grave, elle a beaucoup d’humour à sa disposition et entend bien mener jusqu’au bout la vie qu’elle veut : à savoir attendre la mort qui ne vient pas dans SA maison, celle où elle a tant de souvenirs heureux avec son Jules de mari.

Si j’ai été très sensible à cette histoire si touchante, au message important délivré par l’auteur et au personnage de Madeleine, remontée comme un coucou suisse. Les dessins de Bruno Duhamel ne m’ont hélas pas séduite, si j’ai aimé son traitement des couleurs, des décors et des paysages, je n’ai pas aimé sa façon de croquer les personnages.

Ce bémol mis à part, je ne peux que vous recommander la lecture de Jamais qui fait à la fois sourire et émouvoir tout en abordant des thématiques importantes.

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Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur « Mr. Bojangles » de Nina Simone.
Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c est la mère, feu follet imprévisible et extravagant.
C’est elle qui a adopté Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte. L’amour fou n a jamais si bien porté son nom…

Un couple et leur fils nagent dans le bonheur, entre Paris et l’Espagne. Une vie oisive et loin de toute contrainte, en compagnie de Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique adopté par la mère. Georges et son épouse vivent dans un perpétuel tourbillon, dansant jusqu’à l’épuisement sur le disque de Mr Bojangles de la grande chanteuse noire américaine Nina Simone.

Fantasque, imprévisible et extravagante, Cette épouse et mère de famille est bipolaire et schizophrène. Une maladie terrible dont l’issue peut présager du pire, que son mari et son fils tentent de lui faire oublier en voyageant, en dansant, en riant et en s’aimant follement jusqu’à ce que la mort les séparent.

Les adaptations graphiques de romans sont très à la mode en ce moment et depuis mon coup de cœur pour Collaboration Horizontale, j’avais très envie de retrouver Carole Maurel. C’est chose faite grâce à En attendant Bojangles d’après le roman éponyme de Olivier Bourdeaut qui connaît un grand succès depuis près de deux ans si ma mémoire est bonne.

Je dois dire en préambule que le roman ne me tentait pas c’est d’ailleurs pour cette raison que je ne l’ai pas lu mais je suis ravie d’avoir découvert ces personnages et ce fol amour grâce au scénario signé Ingrid Chabbert, que j’imagine très fidèle au récit originel.

J’ai été séduite par cette histoire d’amour fou qui unit ce couple même si cela m’a fait mal au cœur de voir leur enfant mis sur la touche, obligé de vivre une vie d’adultes avant l’heure, devenant plus responsable que ses parents, qui vivent une existence de bohème, sans se préoccuper de la réalité de la vie.

Dotés d’une grande fortune, ils mènent une vie oisive, l’épouse de Georges ne pouvant supporter de rester loin de lui. Dans leur sillage, leur fils est pris dans cet amour exclusif et le tourbillon explosif imposé par sa mère qui ne vit que pour la danse, la musique et la fête.

Au diable l’école, les factures à payer et tout ce qui fait le quotidien des mortels, elle ne veut qu’une vie de plaisirs. J’ai beaucoup aimé cette façon d’être, très éloignée de la mienne et j’ai été sous le charme de ses personnages si attachants, beaux, émouvants et hors du commun.

Les personnages sont bien dessinés grâce au talent de Carole Maurel : beaux, tendres, ronds et fins, on ne peut qu’éprouver de l’empathie pour eux. On passe des rires aux larmes, de la gaieté à la tristesse et dans les moments plus tristes, le dessin s’aligne sur ces sentiments sombres avec une grande justesse.

Je ne peux que vous recommander En attendant Bojangles, que vous ayez lu ou non le roman d’Olivier Bourdeaut, vous ne pourrez qu’être sous le charme de cette histoire racontée par Ingrid Chabbert et mise en dessins par Carole Maurel avec leur talent habituel.

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