Le travailleur de la nuit – Matz & Léonard Chemineau

Alexandre Jacob a connu un destin hors du commun. Son gang de cambrioleurs, surnommé « Les Travailleurs de la nuit » par les journalistes, a écumé la France entière, défrayé la chronique, et Jacob, qui laissait sa carte avec un mot d’humour à ses victimes, distribuait ses butins énormes aux nécessiteux, vivant modestement. Il aurait inspiré Arsène Lupin. Auparavant, il a couru le monde, depuis son plus jeune âge, comme mousse et marin. Il en a retiré une vision du monde personnelle et de solides convictions anarchistes. Il ne supporte pas l’injustice et l’hypocrisie. Mais son engagement politique le conduit en prison et à ne plus pouvoir travailler, ce qui le jette dans la carrière criminelle. Après un procès retentissant, où il insulte les juges et les jurés, menacés de mort par ses complices, il est condamné à finir sa vie au bagne, à Cayenne. Mais ce serait mal le connaître de penser qu’il se plierait à une telle sentence…

Paris, 1905. Alexandre Jacob fait face à ses juges et ses réparties ne manquent pas de sel. D’un milieu populaire, Jacob, 26 ans, a déjà vécu mille vies lorsqu’il se fait arrêter en flagrant délit de cambriolage. De mousse à typographe, apprenti pharmacien et anarchiste, Jacob est un homme instruit, aimant les livres, qui mène malgré les millions acquis par ses vols, une vie des plus simples, refusant la vie de bourgeois, pour rester fidèle à ses engagements.

Il ne vole que les riches oisifs et le clergé, en bon anticlérical qu’il est et fait figure de modèle d’inspiration pour le personnage de Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, même si Maurice Leblanc s’en défendra toujours, il y a quelques similarités qui ne trompent pas.

Matz et Léonard Chemineau retracent dans Le travailleur de la nuit la vie singulière d’Alexandre Jacob, un personnage haut en couleur et terriblement attachant, un homme droit dans ses bottes qui voulait imposer l’anarchisme en tapant où ça fait mal, au portefeuille, et non en usnat de violence, en refusant de poser des bombes comme bon nombre d’anarchistes de la fin du 19è et début du 20è.

Un voleur anarchiste aux antipodes de Jules Bonnot et sa bande, plein d’humour, qui signe ses forfaits d’une carte au nom d’Attila, sur laquelle il inscrit parfois des mots, comme « Dieu des voleurs, recherche les voleurs de ceux qui en ont volé d’autres. » (Rouen, église Saint-Sever, nuit du 13 au 14 février 1901).

Homme intelligent et ingénieux, il achète tous les modèles disponibles de coffres-forts pour mieux les fracturer, coince des morceaux de papier dans les portes de ses futures victimes et passe le lendemain vérifier s’ils sont toujours en place, il monte soigneusement chaque coup, ne laissant rien au hasard et va ainsi avec sa bande, piller aux quatre coins de la France, en se déplaçant rapidement grâce aux chemins de fer et en trouvant ses proies grâce au bottin dans lequel les plus riches sont fiers d’apparaître !

Avec sa bande, dont sa propre mère et sa compagne, il a réussi plus de 500 cambriolages dans tout l’hexagone et même à l’étranger avant son arrestation et sa déportation pour le bagne de Cayenne.

Une personnalité hors du commun dont je ne soupçonnais pas l’existence et que j’ai découvert grâce à cette biographie très fidèle signée Matz pour le scénario et mise en dessins et couleurs avec talent par Léonard Chemineau.

Un récit scindé en plusieurs parties : une jeunesse en mer qui raconte l’engagement du jeune Alexandre en tant que mousse parcourant le monde et subissant les assauts pédophiles de son chef, l’illégaliste qui revient sur sa découverte du mouvement anarchiste, les travailleurs de la nuit qui nous narre les cambriolages de Jacob et sa bande, la guillotine sèche qui nous dévoile ses années de bagne et enfin je me suicide un samedi qui nous dresse brièvement ses dernières années.

Un homme qui ne sera pas brisé par le bagne, il y a restera vingt-cinq ans lorsque la plupart de ses camarades meurent dans les cinq premières années, grâce à sa grande volonté et son intellect, qu’il ne se cessera de nourrir par ses lectures, notamment celle du code pénal.

Cette bande dessinée passionnante, emmenée sur un rythme élevé et sans temps mort, a la bonne idée de mettre en lumière la vie d’un homme en révolte permanente, généreux et cultivé, qui n’a jamais courbé l’échine et s’est battu pour ses idées, pour une vraie égalité entre les êtres humains, et qui prônait la solidarité avant tout.

Que vous dire de plus sinon que j’ai beaucoup aimé ce personnage et le travail réalisé par Matz et Chemineau, ça vous l’aurez compris, et que je vous la recommande chaudement, j’espère que vous l’avez compris aussi.

Un grand merci à Doriane et aux éditions Rue de Sèvres pour cette découverte !

Irena tome 1 Le ghetto – Jean-David Morvan, Séverine Trefouël & David Evrard

1940, l’armée nazie a envahi la Pologne. À Varsovie, les Juifs de la ville ont été parqués dans le ghetto : un quartier entier entouré de murs. Quiconque tente de s’en échapper est abattu sans sommation ; les seuls qui peuvent y entrer sont les membres du département d’aide sociale. Parmi eux, Irena vient tous les jours apporter vivres et soutien à ceux qui sont enfermés dans cet enfer et qui souffrent de maladies et de malnutrition. Ici, tout le monde la connait, les enfants l’adorent. Car Irena est un modèle de courage : elle n’hésite pas à tenir tête aux gardiens, à faire toujours plus que ce qu’autorise l’occupant nazi. Le jour où, sur son lit de mort, une jeune mère lui confie la vie de son fils, Irena se met en tête de sortir clandestinement les orphelins du ghetto. Pour que l’innocence soit épargnée de la barbarie, elle doit être prête à risquer sa vie.

1940, l’armée nazie a envahi la Pologne et a y déployé ses lois antisémites en quelques mois. Peu à peu, les juifs n’ont plus aucun droit et à Varsovie, les voilà parqués dans le guetto.

Personne n’a droit d’y entrer ni d’en sortir sous peine d’être abattu sans sommation, exceptés les membres du département d’aide sociale qui viennent chaque jour apporter repas, vêtements, médicaments aux détenus souffrant de diverses maladies et de malnutrition.

Parmi le personnel, la plus engagée est sans conteste Irena Sendlerowa, elle tient sa vocation sociale et d’aide aux plus démunis de son père, un médecin mort du typhus pendant la grande guerre.

Irena est un modèle de courage, elle n’hésite pas à tenir tête au commandant nazi et s’en tient à ça jusqu’au jour où une mère mourante l’implore de prendre son fils et de l’emmener loin du ghetto.

A partir de ce jour, Irena et son collègue, risquent leur vie pour faire sortir un à un les enfants du camp…

Décédée en 2008, déclarée Juste parmi les nations en 1965, Irena Sendlerowa, résistante et militante polonaise, fut lune des plus grandes héroïnes de la Seconde Guerre Mondiale, sauvant près de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie. Et pourtant elle m’était totalement inconnue jusqu’à ce que je tombe sur Irena tome 1 Le ghetto écrit par Jean-David Morvan qui a découvert son histoire en lisant par hasard un article sur elle qui a eu le déclic : sa vie devait être racontée.

Avec Séverine Tréfouël et David Evrard, il retrace sur trois albums le combat humaniste de cette « mère des enfants de l’Holocauste. » Ce premier tome sans pathos m’a émue aux larmes, le destin de cette femme hors du commun qui n’a pas hésité à mettre sa vie en danger pour sauver des enfants, est vraiment bouleversant.

Le travail de documentation des auteurs est remarquable et leur approche est très pédagogique car l’histoire se lit facilement et propose différents niveaux de lectures permettant aux adultes de prendre conscience des atrocités de cette période tout en restant accessible à des lecteurs plus jeunes qu’il faut néanmoins accompagner dans cette lecture car certains passages, vous vous en doutez, sont très durs et ne sont pas à mettre dans les mains des plus émotifs.

Porté par un dessin tout en simplicité et en sensibilité, Irena réussit le tour de force de parler sans lourdeur d’un sujet fort, poignant et profondément actuel. C’est évidemment une bande dessinée nécessaire car il ne faut jamais oublier ce que fut la Shoah et le sort des juifs et plus généralement des opposants à Hitler pendant son règne.

Elle met en lumière une oubliée des livres d’histoire car une fois de plus, l’injustice frappe les femmes qui n’ont pas le droit d’apparaitre sur les manuels scolaires, qu’Irena Sendlerowa soit totalement inconnue du grand public, voilà une injustice réparée par les auteurs.

Il est essentiel de continuer à parler de la shoah et des Justes afin que les plus générations soient sensibilisées à l’heure où de plus en plus de pays ont la tentation du repli sur soi et du nationalisme.

Toucher, émouvoir, parler d’hier pour raconter aujourd’hui, une mission remplie haut la main par Jean-David Morvan et un coup de coeur que je vous recommande vivement ! J’ai d’ores et déjà réservé le tome 2 Les justes à la médiathèque et j’ai hâte de m’y plonger !

Idéal standard – Aude Picault

Claire, trentenaire, infirmière en néonatalogie, voit défiler ses relations amoureuses et désespère de construire un couple – le vrai, le bon, l’idéal. En choisissant de vivre avec Franck, elle croit enfin y être arrivée. Mais la réalité standardisée de ce qui l’attend n’est pas à la hauteur…

Claire, 32 ans, est infirmière dans un service de néo natalité, en charge des grands prématurés. Si son travail est gratifiant et lui apporte de grandes joies, sa vie privée est un désastre.

Ses histoires d’amour ne durent au mieux pas plus de trois mois et se heurtent à la dure réalité d’aujourd’hui : se caser alors que l’horloge biologique fait tic-tac de plus en plus fort.

Claire aimerait bien enfin rencontrer le grand amour, vivre avec lui et fonder une famille mais les hommes sur lesquels elle tombe n’ont aucune envie de se faire mettre la corde au cou jusqu’au jour où elle rencontre Franck et qu’elle découvre avec lui la vie à deux…

Aude Picault aborde avec tact et humour les petits et grands tracas des femmes d’aujourd’hui : le couple, le désir, la recherche de soi, la jouissance, la maternité… à travers une héroïne à laquelle on peut toutes s’identifier car physiquement elle est absolument « normale », c’est-à-dire qu’elle a des rondeurs, c’est une jeune femme active de la classe moyenne.

Comme beaucoup de trentenaires de notre époque, Claire a du mal à trouver chaussure à son pied, elle est romantique sans être naïve, et finalement c’est lorsqu‘elle n’y croit plus que Franck va lui ravir son cœur.

Si les dessins d’Aude Picault sont lumineux et gracieux (principalement en bichromie jaune/noir avec quelques incursions de bleu et de rose), le propos est lui très sombre sur la difficulté d’être célibataire ou en couple, avec bon nombre de désillusions et de propos doux-amers à la clé que l’on soit dans un cas ou dans un autre.

L’auteure analyse très finement les choses et j’ai beaucoup aimé suivre Claire dans son quotidien d’infirmière s’occupant de grands prématurés, et dans ses réflexions de jeune femme à la recherche d’un bonheur simple mais pourtant inaccessible.

Cet « idéal standard » qu’on souhaiterait toutes connaître, un bonheur simple entre concessions, acceptation de l’autre, recherche d’un terrain commun pour construire le couple, la maternité, les rapports avec sa belle-famille…

Une bande dessinée qui a le mérite d’appuyer où ça fait mal et qui montre la cruelle réalité du couple à l’heure actuelle, entre les hommes-enfants qui ne veulent pas s’engager et qui préfèrent les soirées entre potes à boire de la bière ou à jouer aux jeux vidéos et les femmes qui s’assument financièrement parlant mais qui ont toujours une âme de midinette et rêvent de grand amour.

Idéal standard est un roman graphique étonnant, captivant mais aussi très brutal. L’idéal standard, ce rêve féérique qui n’existe malheureusement pas. Une belle découverte en ce qui me concerne et que je vous recommande chaudement !

Tout plaquer et aller prendre un bain – Mathou

Ce livre est un livre poétique, pour faire sourire, pour faire rire, pour se dire ah oui tiens, c’est vrai, j’avais oublié tout ça. Mathou aime glaner des petits moments, mettre de côté dans un coin de sa tête des petits plaisirs, des petits bonbons de bonne humeur ou de joie simple qui permettent d’avancer et de positiver – parfois.

Ce livre est un concentré de petits bonheurs du quotidien ou ponctuels, joyeusement colorés, une succession de petits moments, vécus ou fantasmés, bien réels ou rêvés, aperçus, à peine entrevus, passés trop vite…

Chaque page est une tranche de vie illustrée en couleurs accompagnée d’une petite phrase, qui dépeint un petit moment de joie ordinaire, comme nous en connaissons tous.

Mathou nous propose donc à travers des tableaux plein de pep’s et de couleurs ses petits bonheurs à elle mais j’y ai reconnu bon nombre de mes petits bonheurs à moi comme pêle-mêle le câlin du soir, marcher sur du sable, faire des bulles, décorer le sapin, s’offrir une religieuse… autant de choses simples mises en scène joyeusement et qui font mouche.

Les personnages croqués par Mathou sont tout en rondeurs avec notamment l’héroïne de ces petites scénettes qui n’a pas la taille de guêpe et qui nous ressemble, un quotidien proche de nous dans lequel on se projette sans peine.

Le temps file et nos souvenirs avec, ce livre est là pour se souvenir de ces moments, qui aident à voir la vie du côté le plus joli possible.

Une bande dessinée feel good qui se lit avec grand plaisir et qui met en lumière les petits bonheurs, une chouette initiative que j’ai beaucoup aimé est que je vous recommande si vous aimez les feel good books.

Monsieur désire ? – Hubert & Virginie Augustin

Dans l’Angleterre victorienne, Lisbeth, une domestique plutôt discrète, vient d’entrer au service d’Édouard, un noble irritant de suffisance, provocateur et blasé. Habitué à choquer son entourage par le récit de ses frasques, ce jeune dandy découvre en sa nouvelle servante quelqu’un de moins docile et impressionnable qu’il ne le croyait. Face à ses piques, celle-ci reste imperturbable, ne répondant que par un regard empreint de compassion sincère.

Londres, époque victorienne. Sir Edouard est un noble plein de morgue, blasé et fornicateur en diable. Il mène une vie oisive et passablement scandaleuse puisqu’il collectionne les maîtresses : ses soubrettes qu’il engrosse et chasse aussitôt of course, des vieilles rombières, des femmes mariées mais aussi des jeunes filles en fleur qui se retrouvent bannies de la bonne société par sa faute.

Lisbeth est une jeune bonne très discrète qui vient de faire son entrée au service de monsieur. Son visage ingrat et sa condition l’empêchent de penser au mariage. Malgré le joli minois de Monsieur, pour elle pas question de libertinage et c’est ce qui va attirer sir Edouard qui va en faire sa confidente. Malgré leurs disparités sociales, une certaine complicité naît entre eux et va provoquer la jalousie du personnel…

En empruntant Monsieur désire ? je ne connaissais absolument pas son sujet mais je me doutais bien qu’il évoquerait la condition de la domesticité féminine à l’époque victorienne.

L’histoire que nous conte Hubert le scénariste de ce roman graphique aborde bien ce point, montrant la fragilité de ses petites bonnes venues de la campagne qui bien souvent atterrissaient dans le lit de leur employeur, de bon gré ou de mal gré d’ailleurs (le fameux droit de cuissage !) et qui étaient ensuite irrémédiablement jetées une fois engrossées avec un petit pécule si Monsieur était généreux ou sans rien sinon, les condamnant ainsi à la prostitution  car personne n’embauchait une fille mère, avec ou sans bébé.

Mais Monsieur désire ? aborde aussi la vie de débauche que menaient certains nobles célibataires oisifs du XIXè siècle et dont les plaisirs rythmaient le quotidien, entre le jeu, les soirées mondaines et les bordels, qui connaissent un succès florissant tout au long du règne puritain de Victoria.

Certaines scènes sont donc assez osées et crues puisqu’elles sont censées choquer Lisbeth et la faire réagir autrement que par sa gentillesse et sa compassion naturelles, j’avoue que je ne m’attendais pas à ce déballage mais ce n’est pas ça qui m’a le plus gênée.

J’avais été attirée par la couverture que je trouve réussie et je regrette que l’ensemble de la bande dessinée ne soit pas du même acabit, je n’ai pas accroché au style de Virginie Augustin et je regrette que la typologie soit aussi petite, je ne l’ai pas trouvé confortable à lire du tout.

Quant à la fin du récit, je ne l’ai pas aimé car elle m’a laissé sur ma faim justement !

Très bonne idée en revanche l’appendice en fin d’ouvrage rédigé par Hubert qui revient en détail sur le contexte historique et social développé dans l’album, illustré de gravures d’époque et de dessins inédits, très intéressant pour ceux qui connaissent peu cette époque.

Vous l’aurez compris, une bande dessinée qui ne manque pas d’attrait mais qui m’a un peu déçue, je m’attendais à mieux et surtout un récit à la Jeeves ou à la Downton Abbey même s’il offre un excellent aperçu des relations entre maîtres et domestiques !

Les jours sucrés – Loïc Clément & Anne Montel

À 25 ans, Églantine apprend le décès de son père et part pour Klervi, le village breton de son enfance. Elle y retrouve sa vie d’avant, ses souvenirs et la pâtisserie paternelle (qui est désormais la sienne), mais aussi Gaël, son amoureux de l’époque, sa tante Marronde et tous les chats du village. Surtout, elle découvre le journal intime de son père. Il y a mis tous ses secrets de vie et de cuisine. Un véritable guide pour Églantine. Et si c’était l’occasion d’un nouveau départ ?

Églantine est une graphiste parisienne de 25 ans. Sous la coupe de Édouard, son boss et son petit-ami en pointillé, elle est toujours sur la brèche, à la merci des caprices des clients de son agence.

Un jour, elle reçoit le coup de fil d’un notaire, maître Doré, qui lui fait part du décès de son père qu’elle n’a pas revu depuis ses 8 ans. Elle apprend à cette occasion qu’elle hérite de la boulangerie familiale du village de son enfance.

Elle prend le train direction la Bretagne afin de régler la succession au plus vite mais tout ne se passe pas comme prévu. Elle tombe sur Marronde, sa tante à face de mérou, qui communique par papier depuis son AVC, et sur Gaël, son meilleur ami de l’époque et instituteur, qui vit dans un moulin et qui donne des cours de soutien aux enfants d’immigrés sur son temps libre. Et surtout, elle trouve le journal intime de son père sur lequel il a couché ses pensées mais aussi ses recettes.

Sur un coup de tête et épaulée par le notaire, Marronde et Gaël, elle décide de redonner vie au dernier commerce du village qui se meurt doucement mais sûrement…

Un roman graphique gourmand qui, cerise sur le gâteau, a pour décor un village breton, il ne m’en fallait pas plus pour que je me décide à acquérir Les jours sucrés il y a tout juste un an et que j’ai dévoré en une soirée.

En huit chapitres et autant de gâteaux ou pâtisseries : Paris-Brest, Madeleine, Financier, Mille-feuille, Rose des sables, Opéra, Pain perdu et Éclair, Loïc Clément nous raconte l’histoire d’Églantine, meurtrie par l’abandon de son père et la vie conjugale chaotique de sa mère, qui a en elle une grande colère et aussi pas mal de tristesse.

Cette boulangerie va donner un sens à la vie de l’héroïne et redonner vie à un village breton désertifié par la fermeture de la raffinerie voisine et proie de choix d’un grand fabricant de vin qui veut privatiser Klervi pour construire un parc à vin à l’américaine.

Au-delà de cette trame, Églantine découvre que son histoire familiale n’est pas celle qu’elle croyait, révélée par le journal intime d’un père longtemps détesté et va peu à peu se laisser apprivoiser par Gaël et lui ouvrir son coeur.

L’histoire est toute simple à la fois feel-good et romance, elle fait aussi la part belle à l’amitié, à l’entraide et à la générosité. Cette bande dessinée gourmande met le sourire aux lèvres et l’eau à la bouche, d’autant qu’elle est joliment mise en couleur par Anne Montel qui insuffle beaucoup de tendresse, de délicatesse et de poésie au récit.

Une belle découverte qui a ravi ma petite âme de midinette gourmande, aussi je vous recommande chaudement cette histoire sucrée.

Vincent un saint au temps des mousquetaires – Jean Dufaux & Martin Jamar

En 1643, saint Vincent de Paul était le père Vincent, un prêtre exceptionnel qui battait le pavé de Paris pour aider les plus démunis. Lorsqu’un de ses protégés, Jérôme, se fait assassiner, il décide alors de mener l’enquête. Ses actes de charité et son ouverture d’esprit lui permettent d’interroger tant les marauds que les grands de ce monde.

Paris, 1643. Louis XIII se meurt et le père Vincent de Paul bat comme chaque jour le pavé de la capitale afin de venir en aide aux plus pauvres et à tous ceux qui ont besoin de lui. Ses pas le mènent aujourd’hui chez la marquise de Maignelais, l’une de ses bienfaitrices. L’argent qu’elle confie au saint homme va permettre à une jeune prostituée de s’affranchir de son souteneur.

C’est en effet grâce aux femmes de la grande bourgeoisie et de la noblesse que Vincent de Paul peut faire le bien autour de lui et avec lesquelles il va fonder les Dames de la Charité.

C’est alors qu’il apprend que Jérôme, l’un de ses protégés s’est fait assassiné. Vincent de Paul décide alors de découvrir qui est l’auteur de ce crime…

Avec ce roman graphique, Vincent un saint au temps des mousquetaires, dont la figure centrale est le père Vincent de Paul, Jean Dufaux signe un scénario original autour de cette personnalité incroyable mis en dessins et en couleur Martin Jamar est un prétexte nous permettant un immersion dans le Paris de cette première moitié du 17è siècle.

Quelle bonne idée en effet de mettre en lumière le futur Saint Vincent de Paul, un homme qui fut la conscience de son époque et un soutien sans faille au petit peuple de Paris, sans jugement moral, aidant aussi bien les miséreux, les prostituées et les voleurs.

Une figure incontournable que j’avais aperçu lorsque je m’étais intéressée au Paris des 17è et 18è qui est ici la figure centrale du récit. L’enquête que mène Vincent pour retrouver l’assassin de son protégé nous permettent de prendre connaissance du quotidien de cet homme, infatigable dans ses missions de charité, qui côtoyait les plus humbles comme les plus grands.

J’aurai aimé qu’au-delà de l’enquête, on en sache davantage sur l’homme, sur la création des dames de la charité et la place toute particulière qu’il a offert aux femmes à une époque où elles devaient se cantonner à la sphère privée, on ne les voit pas agir alors qu’en réalité, elles étaient indispensables à la mécanique mise en place par Vincent.

Le récit aurait mérité d’être plus long et détaillé, j’ai trouvé que le sujet était trop survolé mais il n’en reste pas moins agréable à lire et surtout, quel plaisir de cheminer dans un Paris presque totalement disparu depuis Haussmann.

Une bande dessinée qui sort des sentiers battus en nous proposant un instantané d’une grande figure de la charité, tout en tolérance et en bonté et un récit qui permettra, je l’espère, de faire connaître cet homme hors du commun au plus grand nombre, il le mérite tellement !