Irena tome 2 Les justes – Jean-David Morvan, Séverine Trefouël & David Evrard

1940, l’armée nazie a envahi la Pologne. À Varsovie, les Juifs de la ville ont été parqués dans le ghetto : un quartier entier entouré de murs. Quiconque tente de s’en échapper est abattu sans sommation ; les seuls qui peuvent y entrer sont les membres du département d’aide sociale. Parmi eux, Irena vient tous les jours apporter vivres et soutien à ceux qui sont enfermés dans cet enfer et qui souffrent de maladies et de malnutrition. Ici, tout le monde la connait, les enfants l’adorent. Car Irena est un modèle de courage : elle n’hésite pas à tenir tête aux gardiens, à faire toujours plus que ce qu’autorise l’occupant nazi. Le jour où, sur son lit de mort, une jeune mère lui confie la vie de son fils, Irena se met en tête de sortir clandestinement les orphelins du ghetto. Pour que l’innocence soit épargnée de la barbarie, elle doit être prête à risquer sa vie.

Varsovie, 1942. Irena Sendlerowa est membre du centre citoyen d’aide sociale polonais. Chaque jour, elle se rend dans le ghetto de Varsovie pour y apporter aide morale, nourriture, vêtements et médicaments.

Mais Irena, fille d’un médecin socialiste mort au combat, est révoltée par le sort de ses compatriotes juifs et se met en tête d’extraire les enfants du ghetto de Varsovie pour leur donner une chance de survivre au régime nazi.

Avec l’aide du chauffeur de l’aide sociale, de ses collègues, de prêtres et de religieuses, elle met en place une vaste opération au nez et à la barbe des gardiens du ghetto et des S.S de Varsovie…

Nous avions laissé Irena sur une table de torture, nous la retrouvons en pleine action, tremblant à chaque opération pour les enfants dont la vie est en jeu mais aussi pour ses amis et camarades qui risquent leur existence chaque jour.

Décédée en 2008, déclarée Juste parmi les nations en 1965, Irena Sendlerowa, a réellement existé. Résistante et militante polonaise, fut lune des plus grandes héroïnes de la Seconde Guerre Mondiale, sauvant près de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie.

Et pourtant elle m’était totalement inconnue jusqu’à ma lecture de Irena tome 1 Le ghetto écrit par Jean-David Morvan qui a découvert son histoire en lisant par hasard un article sur elle qui a eu le déclic : sa vie devait être racontée.

Avec Séverine Tréfouël et David Evrard, ils retracent sur trois albums le combat humaniste de cette « mère des enfants de l’Holocauste », un destin incroyable et une femme exceptionnelle à tous points de vue.

Ce second tome sans pathos m’a émue aux larmes car une fois de plus les auteurs ne nous cachent rien de l’horreur vécue par les captifs du ghetto et victime de l’épuration ethnique décidée par le régime d’Hitler mais aussi le sort réservé aux résistants et les séances de torture auxquels ils étaient soumis jour après jour.

Cette bande dessinée classée jeunesse n’est en aucun cas à mettre dans les mains des plus jeunes et se destine plutôt aux adolescents et aux adultes, il y a des scènes atroces de tortures et d’exécutions sommaires, de lentes agonies d’êtres humains affamés, qu’ils soient vieillards, adolescents ou enfants, assez insoutenables, rien ne nous est épargné, même si le dessin naïf et doux de David Evrard vient adoucir certaines situations.

Les pages alternent entre couleurs vives (symbolisant l’espoir) et les couleurs sombres (pour les scènes de torture avec les nazis).

Le travail de documentation des auteurs est remarquable et leur approche est très pédagogique car l’histoire se lit facilement et propose différents niveaux de lectures permettant aux adultes de prendre conscience des atrocités de cette période tout en restant accessible à des lecteurs plus jeunes qu’il faut néanmoins accompagner dans cette lecture car certains passages, vous vous en doutez, sont très durs et ne sont pas à mettre dans les mains des plus émotifs.

Il est essentiel de continuer à parler de la shoah et des Justes afin que les plus générations soient sensibilisées à l’heure où de plus en plus de pays ont la tentation du repli sur soi et du nationalisme.

Toucher, émouvoir, parler d’hier pour raconter aujourd’hui, une mission remplie haut la main par Jean-David Morvan et un coup de coeur que je vous recommande vivement !

Collaboration horizontale – Navie & Carole Maurel

Il existe un chapitre peu vertueux de l’histoire que l’on appelle « la collaboration horizontale ». A l’heure où les soldats mourraient, où les résistants luttaient, où les innocents étaient exterminés, certains allemands, certaines françaises se désiraient, se touchaient, s’aimaient… Que se passait-il derrière la porte de ceux dont la guerre n’était pas l’unique infirmière.

1942, Paris, Passage de la Bonne Graine. Rose vit seule avec son fils depuis le départ de son mari pour le front. Cette infirmière revit depuis que Raymond n’est plus là, soulagée de ne plus prendre des coups, soulagée que Lucien ne prenne plus de raclées pour un oui ou pour un non.

En plus de soigner les malades et les blessés, Rose cache son amie juive Sarah et son fils Anaël, recherchés par les allemands. Un jour que l’on sonne à sa porte, Rose découvre sur le palier un officier allemand, chargé de l’enquête concernant Sarah.

Pour sauver Sarah, elle décide de faire un allié de Mark et va tomber éperdument amoureuse de lui, et Mark, d’elle. Leur amour passionné et caché va lui révéler la femme quelle est…

La seconde guerre mondiale n’est pas comme vous le savez déjà ma période de prédilection mais tout ce qui touche aux femmes m’intéresse, je n’ai donc pas hésité à emprunter Collaboration horizontale à la médiathèque dont le pitch m’a interpellé.

On le sait, les femmes paient toujours un lourd tribu au cours des guerres, elles sont malmenées dans leur intégrité physique par les envahisseurs et lorsqu’elles tombent réellement amoureuses d’un ennemi, on les taxe des noms d’oiseaux les plus fleuris, voire on leur fait payer très cher leur moment d’égarement.

C’est ce qui est arrivé à bon nombre de femmes après la Libération : mises à nu, molestées, tondues voire parfois tuées. Leur crime : la collaboration horizontale, c’est-à-dire avoir aimé un allemand.

C’est tout le sujet de cette bande dessinée signée Navie et Carole Maurel qui retrace le quotidien de Rose et des habitants de son immeuble pendant la guerre et qui nous montre que rien n’est tout blanc ni tout noir.

Rose est une bonne personne, résistante à sa manière puisqu’elle cache des juifs et leur évite ainsi une mort quasi certaine dans un camp de concentration. Et elle aussi amoureuse d’un officier allemand qui se montre bon et respectueux envers elle, ce que son mari n’est pas.

Ils rêvent de s’enfuir et se marier mais la réalité de la guerre va les rattraper et le cœur de Rose va se briser à jamais.

J’ai été totalement séduite et conquise par Collaboration horizontale, le scénario est bien écrit et crédible, bien étayé historiquement parlant, il met en lumière les femmes à travers Rose et ses voisines, et se révèle passionnant. Ses dessins sous forme de vignettes ou de pleines pages, sont très beaux, avec une parfaite maîtrise des couleurs.

L’histoire de Rose et des habitants de son immeuble provoque plein de sentiments différents : j’ai été émue, en colère, triste, heureuse, attendrie… et elle me restera longtemps en mémoire.

Un bel hommage aux femmes, un coup de cœur, une pépite que je vous recommande chaudement !

Agatha la vraie vie d’Agatha Christie – Anne Martinetti, Guillaume Lebeau & Alexandre Franc

Lu dans le cadre du mois anglais :

Saviez vous qu’Agatha Christie a elle-même organisé sa propre disparition pour punir un mari infidèle, qu’elle n’a eu de cesse de voler, de faire du surf, qu’elle a voyagé en Irak, en Egypte, n’imaginant pas de limite à sa liberté. Indéniablement Dame Agatha nous est familière, et sa reconnaissance internationale. Pourtant qui connaît le vrai visage de la Duchesse de la mort ? Loin de n’être que cette bourgeoise conservatrice à l’embonpoint sympathique, coupable de romans policiers populaires, la vénérable Anglaise était avant tout une femme moderne, complexe et secrète. Un personnage bien plus énigmatique que tous ceux qu’elle a inventés !

Retracer toute la vie de la célèbre reine du crime sous le biais d’un roman graphique, voici ce que nous proposent Anne Martinetti et Guillaume Lebeau. Si j’ai lu presque tous les romans d’Agatha Christie il y a de cela de nombreuses années, je ne me suis jamais vraiment intéressée à sa vie jusqu’à ce que je tombe sur ce roman graphique.

Sur un peu plus d’une centaine de pages, les auteurs reviennent sur le parcours de celle qui a écrit 80 romans et nouvelles vendus à deux milliards d’exemplaires dans le monde et créé des personnages aussi emblématiques du roman policier que sont Hercule Poirot, Miss Marple, Ariadne Oliver (son double) et Tommy et Tuppence Beresford.

Résumer la vie complète de Dame Agatha en 120 pages est impossible, Anne Martinetti et Guillaume Lebeau préfèrent revenir en détails sur les pans les plus importants de sa vie. L’ouvrage débute sur la disparition brutale et mystérieuse de la romancière en 1926 qui a fait couler beaucoup d’encre à l’époque. Une disparition mise en scène par Agatha Christie pour se venger des infidélités de son premier mari.

Ils reviennent aussi sur son enfance choyée, son rôle pendant la première guerre mondiale, ses deux mariages, la naissance de sa fille, ses voyages archéologiques en compagnie de son second époux… ce qui nous permet d’appréhender dans les grandes lignes ce que fut sa vie.

Mais ce qui est passionnant c’est de découvrir la femme derrière l’auteure éclipsée par ses personnages, sa psychologie. Nous avons l’image d’une vieille dame la concernant, volontiers conservatrice, alors qu’elle était en fait une femme moderne, éprise de liberté et d’indépendance.

Les auteurs abordent aussi le processus de création de ses romans, la relation qui l’unissait avec ses personnages, les romans qu’elle signait sous le nom de Mary Westmacott, et nous révèlent quels étaient ses romans préférés et ce qu’elle pensait des adaptations cinématographiques de ses ouvrages.

Mettre ainsi toute une vie sous forme dessinée a quelque chose d’attrayant, les graphismes on ne peut plus classiques et très colorés de Alexandre Franc sont agréables et un véritable plus qui contribuent à la réussite de cette biographie graphique.

Cerise sur le gâteau, en toute fin d’ouvrage, nous avons à disposition la chronologie détaillée de la vie d’Agatha, une bibliographie très complète, classée par romans et recueils de nouvelles, par héros ou héroïne(s), ainsi que ceux “hors catégorie” sans personnages récurrents.

Agatha la vraie vie d’Agatha Christie est à mon sens une bonne entrée en matière pour se familiariser avec la personnalité de cette romancière, reposant sur une documentation solide et une façon agréable d’appréhender son oeuvre. Je recommande !

 

Culottées tome 2 – Pénélope Bagieu

Sonita, rappeuse afghane et exilée militante ; Thérèse, bienfaitrice des mamies parisiennes ; Nellie, journaliste d’investigation au XIXe siècle ; Cheryl, athlète marathonienne ; Phulan, reine des bandits et figure des opprimés en Inde… Les Culottées ont fait voler en éclat les préjugés. Quinze nouveaux portraits drôles et sensibles de femmes contemporaines qui ont inventé leur destin.  heart_4

Vous n’êtes pas sans savoir que j’adore Pénélope Bagieu et les destins de femmes, l’histoire des femmes m’intéresse beaucoup et la série Culottées ne pouvait par conséquent que m’intéresser et me plaire.

Si dans le premier tome, Pénélope Bagieu balayait plusieurs siècles d’histoire, dans Culottées 2, elle s’attelle davantage à nous faire découvrir quinze personnalités contemporaines dont certaines sont toujours en vie.

Et je dois dire que si j’avais beaucoup aimé Culottées 1, j’ai tout autant apprécié ce deuxième tome, tout aussi réussi et qu’il m’a permis de découvrir une fois de plus quinze destins incroyables de femmes en avance sur leur temps, qui ont osé bousculé les codes pour exercer des métiers jusqu’ici réservés aux hommes.

Quinze portraits présentés de manière très synthétique donc, qui mettent en lumière Temple Grandin (interprète des animaux), Sonia Alizadeh (rappeuse afghane), Chéryl Bridges (athlète de marathon), Thérèse Clerc (activiste de la cause des femmes), Betty Davis (chanteuse), Nellie Bly (journaliste et inventrice du journalisme d’investigation), Phulann Devi (reine des bandits), The Shaggs (rock stars), Katia Krafft (volcanologue), Jesselyn Radack (avocate), Heddy Lamar (actrice et inventrice), Naziq Al-Abid (activiste), Frances Glessner Lee (miniaturiste du crime), Mae Jemison (astronaute) et Peggy Guggenheim (mécène de l’art moderne).

Ces femmes ont le disais-je eu des destins assez incroyables même si elles ne sont pas forcément rentrées dans l’Histoire, elles ont souvent marqué les esprits de leurs contemporains ou fait avancer la cause des femmes et elles démontrent surtout l’adage que lorsque l’on veut on peut car toutes ces femmes n’en ont fait qu’à leur tête, au mépris des conventions sociales de leurs temps !

Chaque chapitre est concis et nous permet de bien appréhender chacune de ses femmes et se clôt par une très belle illustration en double page, à la manière d’un tableau, qui permet à l’auteure d’exercer pleinement ses talents graphiques, je les ai toutes trouvées très réussies et pleines de couleurs.

Tous ces portraits m’ont permis de découvrir des femmes dont j’ignorais l’existence, Nellie Bly mise à part dont je connaissais le nom mais dont je ne savais pas grand chose. J’ai été particulièrement impressionnée par Frances Glessner Lee qui a inventé la miniaturisation des scènes de crimes, un métier qu’elle a inventé et qui existe aujourd’hui encore, Phulann Devi, une indienne dont la vie m’a révolté tant elle a souffert dans son corps et par Katia Krafft, passionnée de volcans et qui en est morte.

Mais que vous connaissiez ces femmes ou pas, je vous recommande ce second tome qui mêle féminisme et humour, à feuilleter et à lire sans modération !

Le travailleur de la nuit – Matz & Léonard Chemineau

Alexandre Jacob a connu un destin hors du commun. Son gang de cambrioleurs, surnommé « Les Travailleurs de la nuit » par les journalistes, a écumé la France entière, défrayé la chronique, et Jacob, qui laissait sa carte avec un mot d’humour à ses victimes, distribuait ses butins énormes aux nécessiteux, vivant modestement. Il aurait inspiré Arsène Lupin. Auparavant, il a couru le monde, depuis son plus jeune âge, comme mousse et marin. Il en a retiré une vision du monde personnelle et de solides convictions anarchistes. Il ne supporte pas l’injustice et l’hypocrisie. Mais son engagement politique le conduit en prison et à ne plus pouvoir travailler, ce qui le jette dans la carrière criminelle. Après un procès retentissant, où il insulte les juges et les jurés, menacés de mort par ses complices, il est condamné à finir sa vie au bagne, à Cayenne. Mais ce serait mal le connaître de penser qu’il se plierait à une telle sentence…

Paris, 1905. Alexandre Jacob fait face à ses juges et ses réparties ne manquent pas de sel. D’un milieu populaire, Jacob, 26 ans, a déjà vécu mille vies lorsqu’il se fait arrêter en flagrant délit de cambriolage. De mousse à typographe, apprenti pharmacien et anarchiste, Jacob est un homme instruit, aimant les livres, qui mène malgré les millions acquis par ses vols, une vie des plus simples, refusant la vie de bourgeois, pour rester fidèle à ses engagements.

Il ne vole que les riches oisifs et le clergé, en bon anticlérical qu’il est et fait figure de modèle d’inspiration pour le personnage de Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, même si Maurice Leblanc s’en défendra toujours, il y a quelques similarités qui ne trompent pas.

Matz et Léonard Chemineau retracent dans Le travailleur de la nuit la vie singulière d’Alexandre Jacob, un personnage haut en couleur et terriblement attachant, un homme droit dans ses bottes qui voulait imposer l’anarchisme en tapant où ça fait mal, au portefeuille, et non en usnat de violence, en refusant de poser des bombes comme bon nombre d’anarchistes de la fin du 19è et début du 20è.

Un voleur anarchiste aux antipodes de Jules Bonnot et sa bande, plein d’humour, qui signe ses forfaits d’une carte au nom d’Attila, sur laquelle il inscrit parfois des mots, comme « Dieu des voleurs, recherche les voleurs de ceux qui en ont volé d’autres. » (Rouen, église Saint-Sever, nuit du 13 au 14 février 1901).

Homme intelligent et ingénieux, il achète tous les modèles disponibles de coffres-forts pour mieux les fracturer, coince des morceaux de papier dans les portes de ses futures victimes et passe le lendemain vérifier s’ils sont toujours en place, il monte soigneusement chaque coup, ne laissant rien au hasard et va ainsi avec sa bande, piller aux quatre coins de la France, en se déplaçant rapidement grâce aux chemins de fer et en trouvant ses proies grâce au bottin dans lequel les plus riches sont fiers d’apparaître !

Avec sa bande, dont sa propre mère et sa compagne, il a réussi plus de 500 cambriolages dans tout l’hexagone et même à l’étranger avant son arrestation et sa déportation pour le bagne de Cayenne.

Une personnalité hors du commun dont je ne soupçonnais pas l’existence et que j’ai découvert grâce à cette biographie très fidèle signée Matz pour le scénario et mise en dessins et couleurs avec talent par Léonard Chemineau.

Un récit scindé en plusieurs parties : une jeunesse en mer qui raconte l’engagement du jeune Alexandre en tant que mousse parcourant le monde et subissant les assauts pédophiles de son chef, l’illégaliste qui revient sur sa découverte du mouvement anarchiste, les travailleurs de la nuit qui nous narre les cambriolages de Jacob et sa bande, la guillotine sèche qui nous dévoile ses années de bagne et enfin je me suicide un samedi qui nous dresse brièvement ses dernières années.

Un homme qui ne sera pas brisé par le bagne, il y a restera vingt-cinq ans lorsque la plupart de ses camarades meurent dans les cinq premières années, grâce à sa grande volonté et son intellect, qu’il ne se cessera de nourrir par ses lectures, notamment celle du code pénal.

Cette bande dessinée passionnante, emmenée sur un rythme élevé et sans temps mort, a la bonne idée de mettre en lumière la vie d’un homme en révolte permanente, généreux et cultivé, qui n’a jamais courbé l’échine et s’est battu pour ses idées, pour une vraie égalité entre les êtres humains, et qui prônait la solidarité avant tout.

Que vous dire de plus sinon que j’ai beaucoup aimé ce personnage et le travail réalisé par Matz et Chemineau, ça vous l’aurez compris, et que je vous la recommande chaudement, j’espère que vous l’avez compris aussi.

Un grand merci à Doriane et aux éditions Rue de Sèvres pour cette découverte !

Irena tome 1 Le ghetto – Jean-David Morvan, Séverine Trefouël & David Evrard

1940, l’armée nazie a envahi la Pologne. À Varsovie, les Juifs de la ville ont été parqués dans le ghetto : un quartier entier entouré de murs. Quiconque tente de s’en échapper est abattu sans sommation ; les seuls qui peuvent y entrer sont les membres du département d’aide sociale. Parmi eux, Irena vient tous les jours apporter vivres et soutien à ceux qui sont enfermés dans cet enfer et qui souffrent de maladies et de malnutrition. Ici, tout le monde la connait, les enfants l’adorent. Car Irena est un modèle de courage : elle n’hésite pas à tenir tête aux gardiens, à faire toujours plus que ce qu’autorise l’occupant nazi. Le jour où, sur son lit de mort, une jeune mère lui confie la vie de son fils, Irena se met en tête de sortir clandestinement les orphelins du ghetto. Pour que l’innocence soit épargnée de la barbarie, elle doit être prête à risquer sa vie.

1940, l’armée nazie a envahi la Pologne et a y déployé ses lois antisémites en quelques mois. Peu à peu, les juifs n’ont plus aucun droit et à Varsovie, les voilà parqués dans le guetto.

Personne n’a droit d’y entrer ni d’en sortir sous peine d’être abattu sans sommation, exceptés les membres du département d’aide sociale qui viennent chaque jour apporter repas, vêtements, médicaments aux détenus souffrant de diverses maladies et de malnutrition.

Parmi le personnel, la plus engagée est sans conteste Irena Sendlerowa, elle tient sa vocation sociale et d’aide aux plus démunis de son père, un médecin mort du typhus pendant la grande guerre.

Irena est un modèle de courage, elle n’hésite pas à tenir tête au commandant nazi et s’en tient à ça jusqu’au jour où une mère mourante l’implore de prendre son fils et de l’emmener loin du ghetto.

A partir de ce jour, Irena et son collègue, risquent leur vie pour faire sortir un à un les enfants du camp…

Décédée en 2008, déclarée Juste parmi les nations en 1965, Irena Sendlerowa, résistante et militante polonaise, fut lune des plus grandes héroïnes de la Seconde Guerre Mondiale, sauvant près de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie. Et pourtant elle m’était totalement inconnue jusqu’à ce que je tombe sur Irena tome 1 Le ghetto écrit par Jean-David Morvan qui a découvert son histoire en lisant par hasard un article sur elle qui a eu le déclic : sa vie devait être racontée.

Avec Séverine Tréfouël et David Evrard, il retrace sur trois albums le combat humaniste de cette « mère des enfants de l’Holocauste. » Ce premier tome sans pathos m’a émue aux larmes, le destin de cette femme hors du commun qui n’a pas hésité à mettre sa vie en danger pour sauver des enfants, est vraiment bouleversant.

Le travail de documentation des auteurs est remarquable et leur approche est très pédagogique car l’histoire se lit facilement et propose différents niveaux de lectures permettant aux adultes de prendre conscience des atrocités de cette période tout en restant accessible à des lecteurs plus jeunes qu’il faut néanmoins accompagner dans cette lecture car certains passages, vous vous en doutez, sont très durs et ne sont pas à mettre dans les mains des plus émotifs.

Porté par un dessin tout en simplicité et en sensibilité, Irena réussit le tour de force de parler sans lourdeur d’un sujet fort, poignant et profondément actuel. C’est évidemment une bande dessinée nécessaire car il ne faut jamais oublier ce que fut la Shoah et le sort des juifs et plus généralement des opposants à Hitler pendant son règne.

Elle met en lumière une oubliée des livres d’histoire car une fois de plus, l’injustice frappe les femmes qui n’ont pas le droit d’apparaitre sur les manuels scolaires, qu’Irena Sendlerowa soit totalement inconnue du grand public, voilà une injustice réparée par les auteurs.

Il est essentiel de continuer à parler de la shoah et des Justes afin que les plus générations soient sensibilisées à l’heure où de plus en plus de pays ont la tentation du repli sur soi et du nationalisme.

Toucher, émouvoir, parler d’hier pour raconter aujourd’hui, une mission remplie haut la main par Jean-David Morvan et un coup de coeur que je vous recommande vivement ! J’ai d’ores et déjà réservé le tome 2 Les justes à la médiathèque et j’ai hâte de m’y plonger !

Idéal standard – Aude Picault

Claire, trentenaire, infirmière en néonatalogie, voit défiler ses relations amoureuses et désespère de construire un couple – le vrai, le bon, l’idéal. En choisissant de vivre avec Franck, elle croit enfin y être arrivée. Mais la réalité standardisée de ce qui l’attend n’est pas à la hauteur…

Claire, 32 ans, est infirmière dans un service de néo natalité, en charge des grands prématurés. Si son travail est gratifiant et lui apporte de grandes joies, sa vie privée est un désastre.

Ses histoires d’amour ne durent au mieux pas plus de trois mois et se heurtent à la dure réalité d’aujourd’hui : se caser alors que l’horloge biologique fait tic-tac de plus en plus fort.

Claire aimerait bien enfin rencontrer le grand amour, vivre avec lui et fonder une famille mais les hommes sur lesquels elle tombe n’ont aucune envie de se faire mettre la corde au cou jusqu’au jour où elle rencontre Franck et qu’elle découvre avec lui la vie à deux…

Aude Picault aborde avec tact et humour les petits et grands tracas des femmes d’aujourd’hui : le couple, le désir, la recherche de soi, la jouissance, la maternité… à travers une héroïne à laquelle on peut toutes s’identifier car physiquement elle est absolument « normale », c’est-à-dire qu’elle a des rondeurs, c’est une jeune femme active de la classe moyenne.

Comme beaucoup de trentenaires de notre époque, Claire a du mal à trouver chaussure à son pied, elle est romantique sans être naïve, et finalement c’est lorsqu‘elle n’y croit plus que Franck va lui ravir son cœur.

Si les dessins d’Aude Picault sont lumineux et gracieux (principalement en bichromie jaune/noir avec quelques incursions de bleu et de rose), le propos est lui très sombre sur la difficulté d’être célibataire ou en couple, avec bon nombre de désillusions et de propos doux-amers à la clé que l’on soit dans un cas ou dans un autre.

L’auteure analyse très finement les choses et j’ai beaucoup aimé suivre Claire dans son quotidien d’infirmière s’occupant de grands prématurés, et dans ses réflexions de jeune femme à la recherche d’un bonheur simple mais pourtant inaccessible.

Cet « idéal standard » qu’on souhaiterait toutes connaître, un bonheur simple entre concessions, acceptation de l’autre, recherche d’un terrain commun pour construire le couple, la maternité, les rapports avec sa belle-famille…

Une bande dessinée qui a le mérite d’appuyer où ça fait mal et qui montre la cruelle réalité du couple à l’heure actuelle, entre les hommes-enfants qui ne veulent pas s’engager et qui préfèrent les soirées entre potes à boire de la bière ou à jouer aux jeux vidéos et les femmes qui s’assument financièrement parlant mais qui ont toujours une âme de midinette et rêvent de grand amour.

Idéal standard est un roman graphique étonnant, captivant mais aussi très brutal. L’idéal standard, ce rêve féérique qui n’existe malheureusement pas. Une belle découverte en ce qui me concerne et que je vous recommande chaudement !