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Archive for the ‘Romans graphiques et bd’ Category

Licenciée en Journalisme et Communication de L’Université Libre de Bruxelles, Chantal van den Heuvel est auteure de romans et de contes pour enfants, ainsi que de scénarios pour la BD, la télévision et le cinéma.

Aurore Dupin, alias George Sand, grande amoureuse et « homme de lettres », mais aussi journaliste et égérie du socialisme. Tout à la fois ! Femme libre avant tout et avant toutes les autres, qui bouscule les genres, le masculin et le féminin.

Paris fit sa gloire et l’Europe entière la célébra. Mais toujours George revint à son port d’attache, ses racines : Nohant, le domaine enchanté où elle passa son enfance et sa jeunesse auprès de sa grand-mère Marie-Aurore de Saxe, fille naturelle du beau maréchal Maurice de Saxe, général des camps et armées de Louis XV.

Nohant, l’écrin de cette personnalité de génie où demeurent l’empreinte de Chopin, son amant, et celle de ses amis, de Flaubert à Delacroix, en passant par Liszt ou Balzac.

Après La mystérieuse affaire Agatha Christie, Chantal van den Heuvel au scénario et Nina Jacqmin aux dessins font revivre l’autrice la plus importante du XIXè siècle dans George Sand : Ma vie à Nohant.

Une maison d’écrivain reste un lieu emblématique et toujours intéressant à découvrir même longtemps après la mort de son ou de sa propriétaire et cette bande dessinée nous fait entrer par la grande porte dans la demeure berrichonne chère à George Sand.

Les frasques de George Sand sont fameuses : ses liaisons hors mariages, son rejet de la bienséance hypocrite, son accoutrement masculin, son retentissant et passionné combat en faveur de l’émancipation et des droits de la femme… L’autrice fait parler d’elle, résonner sa voix et, en s’adressant par l’écriture au monde, elle est aussi et avant tout célébrée pour son œuvre prolifique.

Dans ses textes, la campagne berrichonne a une place primordiale. Ses livres décrivent l’atmosphère campagnarde d’un monde qui n’existe plus mais qui fut le sien. George Sand, si elle a fréquenté Paris, a passé la majorité de son existence dans sa demeure de Nohant.

Ce domaine familial, où elle a grandi et vécu à partir de ses quatre ans, lui a donné l’amour des grands espaces et de la liberté. C’est dans cette maison qu’elle s’est passionnée pour les histoires, c’est dans cette maison qu’elle a fait son éducation mondaine et paysanne.

C’est là-bas qu’elle a vu mourir tant de ses proches, et c’est là-bas qu’elle-même, elle mourra. Lieu isolé, paradis rupestre, cette bâtisse accueillera Liszt, Balzac, Delacroix, Flaubert ou même Chopin pendant presque dix ans. Nohant est, pour George Sand et ses invités, un lieu où peut fleurir la créativité.

Dans cet album qui revient sur l’existence de la célèbre autrice, Chantal Van den Heuvel et Nina Jacqmin insèrent en toute subtilité un second personnage principal : le domaine de Nohant. Témoin essentiel de l’existence de tant d’artistes, ses murs contiennent l’écho de voix qui continuent à passionner les esprits du monde entier.

J’ai beaucoup aimé le scénario de Chantal van den Heuvel qui nous propose un très beau portrait de George Sand et si, comme moi, vous êtes peu au fait de la vie de la romancière, vous apprendrez une foule de choses sur sa vie intime mais aussi « professionnelle », son engagement en faveur de la république et des pauvres.

Et vous découvrirez aussi Nohant, un lieu foisonnant de création artistique, que j’aimerai beaucoup visiter maintenant que je sais combien il fut important pour Sand et ses amis.

Les dessins de Nina Jacqmin sont toujours aussi beaux, à la fois soignés, vivants et élégants tant au niveau des personnages que des décors, ils sont la cerise sur le gâteau de cet album réalisé en partenariat avec Le Centre des Monuments Nationaux.

Un titre que je vous recommande vivement et une très bonne initiation à George Sand !

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Soledad est auteure de nombreux livres. Fine observatrice du monde qui l’entoure, elle caresse l’espoir de voir la société se transformer pour qu’enfin l’égalité entre les femmes et les hommes devienne réalité. Elle s’exprime quotidiennement sur Instagram @soledadbravi

Séduire est un plaisir chez le maître de l’Olympe, comme un simple mortel, il lui est difficile de vaincre ses désirs. Et comme il est le dieu des dieux, les pauvres humains ne sont que des marionnettes avec lesquels il joue.

Il n’a pas son pareil pour se métamorphoser afin d’arriver à tous les coups à ses fins mais aussi métamorphoser ses conquêtes pour les protéger de la colère de sa femme Héra qui se révèle terriblement jalouse et qui a ici bien mauvais rôle.

Avec Les amours de Zeus, on (re)découvre la vie amoureuse bien tumultueuse de Zeus, un sacré chaud lapin, qui va collectionner les conquêtes, et ainsi renforcer son pouvoir, grâce aux nombreux enfants qu’il engendre.

Il y eut sa première femme, Métis, puis celle qui est connue comme son épouse sur l’Olympe, la jalouse Héra. Celle-ci n’étant pas déesse à supporter les trahisons, elle se vengera sur chacune de ses conquêtes ou leurs enfants illégitimes.

On peut citer cette crédule Sémélé qui, sur les conseils d’Héra demandera à son amant d’apparaître dans toute sa force et finira carbonisée.

Dans ce nouveau recueil, Soledad bravi met la mythologie à la portée de tous en partant des titans, des différents dieux et déesses, des nombreuses conquêtes de Zeus, de quelques-uns de ses enfants mais aussi des héros les plus célèbres.

J’adore la mythologie grecque et lorsqu’elle aussi bien racontée qu’ici, c’est un régal. En quelques pages, Soledad Bravi vulgarise les épisodes les plus importants sans éluder la cruauté dont faisaient preuve les dieux de l’Olympe : viols, infanticides, incestes, meurtres et autres crimes sont au programme.

Le comportement de Zeus est loin d’être divin. Il enchaîne les conquêtes et déchaîne la colère de son épouse Héra qui n’a de cesse de se venger, en punissant les amantes et leur descendance : Léto, Sémélé, Dyonisos, Lamia, Io ou encore Héraclès. Rien n’apaise sa haine même si parfois des réconciliations ont aussi lieu.

Armée de son trait légendaire, son humour et sa concision, Soledad Bravi vulgarise avec brio la mythologie et malmène les divinités avec fougue et finesse : Persée, Thésée, OEdipe, Narcisse, Hercule… personne n’est épargné et on redemande !

Un recueil qui allie intelligence et humour qui ravira les amoureux de la mythologie grecque et qui permettra aux autres de mieux l’appréhender et de s’y retrouver, car il faut dire, que le sujet est loin d’être simple !

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres qui m’a permis de réviser mon panthéon grec tout en m’amusant.

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Après avoir été professeure des écoles, Séverine Vidal se consacre à l’écriture à plein temps dès la rentrée 2011. Elle écrit des romans pour adolescents et jeunes adultes, des albums et des BD (Delcourt, Marabout). Elle anime des ateliers d’écriture (écoles, collèges, lycées, centres sociaux, centres d’alphabétisation…). Ses livres sont traduits à l’étranger et sont récompensés par de nombreux prix.

Originaire de Madrid, Victor Pinel est un jeune dessinateur est passionné de bandes dessinée depuis son plus jeune âge. Il fait ses premières armes à l’ESDIP de Madrid ou il y suivra une formation artistique. Ses premiers projets professionnels l’orientent rapidement vers des travaux de commande pour le secteur jeunesse mais également dans le cinéma d’animation comme storyboarder et coloriste.

Pour Yvonne qui a encore toute sa tête à 80 ans, l’arrivée en EHPAD est difficile. Veuve, elle a quitté l’exploitation familiale la mort dans l’âme.

Après avoir brouillé du noir pendant quelques semaines, elle finit, contre toute attente, par se lier d’amitié avec un groupe de résidents, aussi drôles et lucides qu’elle, et tombe même amoureuse.

Mais rapidement, la vieillesse la rattrape. Prise dans le tourbillon inéluctable de la vie, l’octogénaire décide de s’offrir une dernière parenthèse enchantée. Elle embarque sa bande dans une fugue, une balade… comme un dernier plongeon dans l’eau fraîche.

Plus je lis Séverine Vidal, plus j’apprécie ses histoires. Le plongeon m’a non seulement plu mais il m’a aussi émue aux larmes, un vrai coup de coeur pour Yvonne, les résidents de son EHPAD et leur infirmier au grand coeur Youssef.

Il fallait oser écrire un roman graphique sur la vie quotidienne dans un « établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ». L’histoire promettait de ne pas être gaie, la couverture donne bien le ton, et pourtant Séverine Vidal au scénario et Victor Pinal aux dessins, nous embarquent et une fois la première page tournée, on ne peut plus s’arrêter.

Les premières pages sont dures à lire, la tristesse et l’abandon sont omniprésents, les images nous font entrer immédiatement dans le vif du sujet. Yvonne abandonne la maison où elle a vécu soixante ans et arrive dans cet EHPAD où l’on infantilise les anciens qui n’ont plus droit de faire grand chose.

On découvre le quotidien morne et routinier des pensionnaires, les relations et les différences de décrépitude entre les résidents, le manque de sensibilité et de respect du personnel, les odeurs de médicaments et de la vieillesse, le peu de visites des familles, trop prises pour aller voir leurs vieux.

Puis Yvonne retrouve la joie de vivre avec quelques autres résidents, une petite brochette de joyeux drilles qui voudraient bien aller plus loin que le portail de la maison de retraite.

Le sujet, sensible et touchant, est bien traité. Séverine Vidal rappelle qu’avant d’être des octogénaires ou des nonagénaires avec leurs problèmes de santé, leurs pertes de mémoires ou d’autonomie, ce sont des êtres humains qui ressentent des émotions, qui sont capables de tomber amoureux ou d’avoir envie de faire la fête, et tant pis si les plus jeunes trouvent que ce n’est plus de leur âge !

C’est une bande dessinée magnifique qui nous questionne, nous remue. Les dessins de Pinel tout en simplicité et en douceur, complètent merveilleusement bien le récit. Les « vieux » sont représentés de manière magnifique, généreuse. Ils sont expressifs, vivants, les couleurs sont juste en accord, c’est du bon travail !

Si l’histoire m’a émue, n’ayez crainte, vous ne sortirez pas déprimé.es de cette lecture mais au contraire gonflé.es à bloc par l’espoir qu’elle dégage. Une petite merveille à découvrir absolument !

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Leïla Slimani, née le 3 octobre 1981 à Rabat au Maroc, d’une mère franco-algérienne et d’un père marocain. En 2014, elle publie son premier roman aux éditions Gallimard, Dans le jardin de l’ogre. Le sujet (l’addiction sexuelle féminine) et l’écriture sont remarqués par la critique et l’ouvrage est sélectionné pour le prix de Flore 2014. Son deuxième roman, Chanson douce, obtient le prix Goncourt 2016.

Héroïne oubliée du XXe siècle, Suzanne Noël a rendu leur dignité aux gueules cassées, en étant une pionnière de la chirurgie réparatrice.

Brillante étudiante en médecine, Suzanne Noël va assister à la naissance de la chirurgie plastique comme spécialité médicale et y apporter une contribution essentielle.

Considérée comme dangereuse et inutile par une grande partie de la communauté médicale de l’époque, la chirurgie esthétique est pour elle un outil d’émancipation des femmes.

À travers ses techniques chirurgicales, elle veut corriger les effets de la vieillesse, de la pauvreté, de la maladie ou de l’épuisement. Pendant la première guerre mondiale, la chirurgie réparatrice gagne ses lettres de noblesse. Au côté du professeur Hippolyte Morestin, Suzanne Noël opère les soldats défigurés par les obus et développent, sur ces « gueules cassés » des protocoles chirurgicaux révolutionnaires.

Dans les années folles, Suzanne Noël devient une célébrité, à Paris et dans le monde. Féministe, engagée dans le combat pour le droit de vote des femmes, elle n’a eu de cesse de lutter pour son indépendance et pour la reconnaissance de son travail de chirurgienne esthétique.

Avec A mains nues, Leïla Slimani au scénario et Clément Oubrerie aux dessins font le pari de nous raconter l’histoire d’une pionnière de la chirurgie esthétique et réparatrice française, Suzanne Noël. Ce premier tome s’ouvre avec l’installation à Paris de Suzanne avec son époux le docteur Henri Pertat.

La jeune femme s’ennuie et son mari l’encourage à faire des études, il la soutient et lui propose même de travailler avec lui, ce qui est rare à l’époque. Suzanne passe le baccalauréat et entame en 1905 des études de médecine. En 1908, elle est nommée externe des hôpitaux de Paris dans le service du professeur Morestin, pionnier de la chirurgie maxillo-faciale,

Reçue 4e à l’internat en 1912, 4e à l’écrit et 1re à l’oral, elle approfondit ses connaissances dans le domaine de la chirurgie maxillo-faciale, elle est notamment amenée à soigner la comédienne Sarah Bernhardt à la suite d’un lifting raté pratiqué aux États-Unis.

Et pendant la grande guerre, elle se forme aux techniques de la chirurgie réparatrice et correctrice. Et à partir de là, dans des conditions extrêmement précaires, elle participe à l’effort de guerre en opérant les « gueules cassées », les blessés de la face.

J’ai trouvé ce premier tome très intéressant et cette femme réellement passionnante, cela ne m’étonne guère que Leïla Slimani, grande féministe, se soit penchée sur son cas.

Comme elle, la thématique de l’invisibilisation des femmes, spécialement en sciences, me touche beaucoup et je suis toujours curieuse de découvrir des trajectoires telles que celle de Suzanne Noël.

Les dessins de Clément Oubrerie sont simples et assez classiques, ce n’est pas le style que je préfère mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture et d’être au rendez-vous du tome 2 lorsqu’il paraitra.

Si vous vous intéressez à l’histoire des femmes et aux pionnières, je ne peux que vous recommander cette biographie graphique très pertinente.

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Mark GATISS est un acteur, producteur et scénariste britannique. Passionné très tôt par Doctor Who et Sherlock Holmes, il est surtout connu pour son rôle dans ces deux séries télévisées. Steven MOFFAT est un scénariste et créateur de séries télévisées britanniques. Auparavant illustrateur à son compte, JAY est un auteur découvert par un éditeur de Kadokawa. Appréciant la qualité de son trait, la maison d’édition lui confie le projet de l’adaptation en manga des épisodes de la série de la BBC Sherlock de Mark GATISS et Steven MOFFAT.

Rapatrié d’Afghanistan à cause d’une blessure et de troubles psychologiques, le Dr. Watson retrouve un vieil ami de l’époque de la faculté de médecine qui lui présente un homme en quête d’un colocataire.

D’un seul coup d’œil, cette personne devine qu’il s’agit d’un médecin militaire de retour du Moyen-Orient, qu’un de ses proches est victime d’alcoolisme ou encore qu’il est suivi par un thérapeute. Le nom de ce colocataire ? Sherlock Holmes.

Ils emménagent au 221B Baker Street alors qu’une affaire de suicides secoue Londres. Quatre personnes qui ne semblent avoir aucun lien entre elles, se sont suicidées en avalant une gélule contenant du poison, provoquant l’incompréhension de leurs proches.

L’inspecteur Lestrade en charge de l’enquête requiert l’aide de Holmes et de Watson afin de savoir si il n’y a pas un tueur en série derrière ces morts suspectes…

Une étude en rose est le premier tome d’une saga qui en comprend quatre et qui adapte les épisodes de la série scénarisée par Steven Moffat et Mark Gatiss, interprétée par  Benedict Cumberbatch dans le rôle-titre et Martin Freeman dans celui du docteur Watson.

Holmes reprend vie dans le Londres de notre époque ! Pour résoudre les énigmes, il manipule un smartphone et utilise les dernières trouvailles de la science.

Mon ado n°1 et moi sommes de grandes fans de cette série anglaise qui propose des adaptations modernes des aventures de Sherlock Holmes écrites par Sir Arthur Conan Doyle.

Les puristes crient sans doute au blasphème, moi j’adore ! Les acteurs sont excellents et les intrigues sont géniales.

C’est ainsi que ce manga est rentrée dans notre bibliothèque familiale. Mon fils adore les manga et moi je m’y mets doucement.

Reprenant trait pour trait la serie TV, l’ambiance et l’atmosphère si particulières, le dessinateur Jay, suit le scénario signé Steven Moffat et Mark Gatiss à la lettre, et dessine à merveille les acteurs dont on reconnait bien les visages.

Le dessin est beau et fin, l’histoire est impeccable, il y a du rythme, bref un excellent moment de lecture.

Pour moi qui ai une mémoire de poisson rouge, c’est une chouette façon de retrouver la série. Je ne me souvenais plus du tout de l’intrigue que j’ai redécouvert avec plaisir ici.

Un manga que je recommande autant aux fidèles de la série qu’à ceux qui ne l’ont jamais vu ! Je compte bien poursuivre la découverte de cette série avec le tome 2 déjà dans ma pal.

Lu dans le cadre du Mois Anglais :

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Après une licence de lettres et des études aux Arts décoratifs de Strasbourg, Anne-Caroline Pandolfo consacre son temps à l’illustration et à l’écriture. Elle signe des albums jeunesse en solo et plusieurs romans graphiques en duo avec l’illustrateur danois Terkel Risbjerg : L’Astragale, Le Roi des scarabées, La Lionne, Serena (Sarbacane), Perceval (Le Lombard) et, en 2019, Enferme-moi si tu peux et Le Don de Rachel (Casterman).

Paris, 1848. Rachel Archer a un regard envoûtant et depuis toujours un don. Elle peut lire. Lire à travers le temps, les lieux, les gens et leurs histoires. Les yeux bandés, elle démontre son don sur les scènes de Paris et bientôt la capitale bruisse de son nom. La famille impériale la consulte, le beau monde suit le mouvement.

Elle rêve de provoquer chez ses semblables une ouverture vers de nouveaux horizons. Sorcière pour les uns qui la vouent aux gémonies, phénomène de foire pour les autres, elle s’épuise et peine à trouver sa place. Un jour, elle disparaît sans laisser de traces…

Près d’un siècle et demi plus tard, Liv, metteure en scène danoise de théâtre, et Virginia, photographe anglaise, croisent le chemin de Rachel au coeur de leur démarche artistique. Rachel aurait-elle enfin trouvé sa voie par le biais d’une sororité créative défiant les lois de la raison ?

Le don de Rachel est le nouveau graphique du duo Anne-Caroline Pandolfo au scénario et Terkel Risbjerg aux dessins que j’avais découvert avec La lionne, biographie graphique consacrée à la romancière danoise Karen Blixen.

Trois femmes reliées par un daguerréotype. Trois lieux. Trois époques. Trois destins de femmes. Cela ne vous rappelle pas Les heures de Michaël Cunningham ? J’avais beaucoup aimé ce roman qui mettait en scène Virginia Woolf, la mère de l’auteur et une éditrice.

Je ressors nettement plus mitigée de ce roman graphique. Car si j’ai adoré la partie historique de l’ouvrage consacrée à la voyante Rachel, une femme que j’ai trouvé absolument fascinante dans ce Paris du règne de Louis-Philippe, dans ce siècle qui a tellement aimé le spiritisme, je n’ai guère goûté la partie contemporaine.

Une femme incomprise, invisibilisée par son don, que l’on invite dans les salons et les théâtres et à qui on fait le jouer le rôle d’un animal de foire, en lui posant sans cesse les mêmes questions. Certains parce qu’ils croient en elle, d’autres pour essayer de trouver la faille.

Et un jour, lasse de cette existence vide de sens, elle disparaît laissant derrière elle un daguerréotype et un amoureux qui lui consacre un roman : Le don de Rachel. Deux objets qui vont inspirer et nourrir les carrières artistiques de Liv et Virginia.

Par l’intermédiaire d’une mise en abyme, Anne-Caroline Pandolfo nous présente trois portraits de femmes, dans trois villes particulières et à trois époques différentes. Ainsi l’histoire de Rachel Archer formatera l’existence de ses homologues dans le futur.

Inspiré notamment par Guy De Maupassant et Virginia Woolf, le scénario nous présente Rachel comme l’archétype de la sorcière telle que l’évoque l’essayiste Mona Chollet dans son ouvrage éponyme paru en 2018. Réduite au rang de paria pour sa vision rare et alternative, elle est prisonnière de son rôle et s’en échappe en disparaissant.

Heureusement, cette partie occupe les 3/4 du roman graphique, pour le reste quel ennui ! Je suis pourtant sensible au thème de la sororité mais ici tout tombe à plat et je n’y ai vu aucun intérêt !

J’ai adoré le travail de Terkel Risbjerg qui réalise des planches aux aplats de noir intenses et fascinants. Il va droit à l’essentiel, sans s’encombrer de détails et de fioritures inutiles : sa Rachel est hypnotique et son talent est inspirant.

Pour résumer, un ouvrage qui ne m’a pas laissée indifférente même si il ne m’a pas complètement séduite.

Un grand merci aux éditions Casterman et à Babelio pour cette découverte !

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Née à La Rochelle en 1976, Mayalen Goust est diplômée de l’École d’arts appliqués de Poitiers et a travaillé dans une agence de publicité. Si elle est surtout connue pour ses illustrations d’albums aux éditions du Père Castor, son univers unique est facilement identifiable dans toutes ses œuvres. Depuis 2011, elle s’est lancée dans l’adaptation BD des Colombes du Roi-Soleil, série à succès de romans historiques pour la jeunesse. Elle vit aujourd’hui à Rennes.

Dans les rues de La Havane, entre 1959 et 2011, les vies se croisent et se recroisent. Aujourd’hui celle d’Amanda, jeune ballerine en devenir. Hier, celle de Manuela, mère célibataire, qui n’aura fait qu’effleurer son rêve de danseuse classique.

Et enfin celle d’Alicia Alonso, dont on suit l’ascension vers la gloire jusqu’à devenir prima ballerina assoluta au parcours exceptionnel.

Dans un Cuba castriste où règnent la débrouille et l’entraide, tout autant que la dénonciation et le marché noir, l’histoire de la démocratisation de la danse classique rime singulièrement avec l’avènement du régime révolutionnaire.

Pour Amanda, la compétition est rude pour être parmi les meilleures tandis que pour Alicia, les choix ne sont plus seulement artistiques mais politiques, lorsqu’on voudra faire d’elle un instrument de l’idéologie castriste.

Eileen Hofer nous permet de découvrir avec Alicia Prima Ballerina Absoluta, la danseuse cubaine Alicia Alonso. Avant de commencer ce roman graphique, j’ignorai tout de cette danseuse de légende et j’ai découvert une personnalité hors du commun au destin exceptionnel.

Portrait de l’intrigante danseuse étoile Alicia Alonzo et de Cuba post-révolution où la dictature a fait du ballet national, son meilleur instrument de propagande, l’autrice et la dessinatrice nous plonge au coeur de la vie de cette icone cubaine fêtée dans tout le pays telle une sainte.

Celle qui reste à jamais l’interprète de Giselle a suscité quantité de vocations dans son pays et a joué un rôle plus controversé, celui d’ambassadrice du pouvoir castriste.

Après la révolution de 1959 qui a porté Fidel Castro au pouvoir, elle a fondé sa propre compagnie qui devient Ballet national de Cuba et créé le style dit « école cubaine » reconnaissable entre tous.

Loin d’être une hagiographie, Eileen Hofer nous dresse un portrait honnête de cette danseuse et de la réalité du régime castriste de 1959, de son rôle dans la propagande, de ses liens avec le leader cubain.

En parallèle, nous suivons Amanda, une jeune danseuse promise à un bel avenir et qui rêve de devenir la prochaine prima ballerina absoluta. Et avec elle, nous découvrons le régime actuel cubain fait de marché noir, peur des dénonciations et de débrouillardise pour joindre les deux bouts.

C’est ce que j’ai vraiment apprécié dans ce roman graphique, découvrir Cuba, l’importance de la danse dans ce pays et bien sûr le destin d’Alicia Alonso.

Ce roman graphique est un bel hommage à Alicia Alonso et plus généralement à la danse. Un récit porté par la finesse du dessin et la grâce des couleurs de Mayalen Goust.

La talentueuse illustratrice bretonne apporte, comme toujours, une vraie valeur ajoutée au scénario avec de sublimes dessins de ballets, de scènes de la vie quotidienne…

Une belle réussite que je vous recommande ! Je remercie les éditions Rue de Sèvres pour cette belle découverte.

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« J’ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss. Il ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des immigrés juifs de l’Empire russe venus à Paris avant 1914. Il est simplement le récit d’une destinée singulière à laquelle j’ai souvent rêvé. Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d’amour de son petit-fils. » Robert Badinter. Richard Malka et Fred Bernard s’emparent de ce récit poignant et intime pour en livrer une interprétation lumineuse tout en pudeur et à l’émotion intacte.

Idiss c’est le prénom de la grand-mère bien aimée de Robert Badinter, grand avocat, garde des sceaux à qui nous devons l’abolition de la peine de mort en 1981. Elle est aussi l’héroïne de son livre paru en 2018 et adapté ici en bande dessinée par Richard Malka et Fred Bernard.

Idiss est née en 1863 dans un village juif de Bessarabie, un pays décimé par la Shoah qui se situe dans l’actuelle Moldavie. Comme beaucoup de gens de son époque, spécialement ceux de confession juive, Idiss a eu une vie difficile, pleine de rebondissements.

Son destin a été marqué par l’histoire des grandes migrations de la fin du 19e siècle à cause des pogroms du régime tsariste et de la solution finale mise en place par les nazis.

Une existence émaillée par les grands bouleversements qu’a connu l’Europe mais aussi de grands bonheurs auprès de son mari adoré, de ses enfants et de ses petits-enfants.

Dans ce récit, on assiste au quotidien d’Idiss dans son petit village juif, puis son arrivée en France au début des années 20 après avoir connu la violence de l’antisémitisme.

La famille s’intègre bien, ses enfants deviennent français par leur mariage, ses petits-enfants à leur naissance, et à force de travail, leurs conditions de vie s’améliorent considérablement.

La vie est belle jusqu’à la déclaration de guerre, la débâcle de l’armée française et l’adoption des lois anti-juives du régime de Vichy.

Ce roman graphique nous plonge au coeur de la famille de Robert Badinter, je n’ai pas lu le récit originel mais je pense que Richard Malka a bien respecté son texte et son envie de mettre en lumière sa grand-mère bien-aimée.

J’ai beaucoup aimé le personnage d’Idiss, une femme qui n’a pas eu une vie facile loin s’en faut mais qui ne se plaint jamais, je l’ai trouvé très attachante et son histoire m’a passionnée.

Certes, le sujet est tragique et nous ramène aux heures sombres de notre histoire contemporaine mais c’est toujours aussi nécessaire.

J’ai été très émue par le sort des membres de cette famille laïque et désireuse de devenir française. Le scénario est bien bati, les dialogues sont chouettes.

Côté graphisme, j’ai bien adhéré au travail de Fred Bernard : les dessins un peu enfantins et les couleurs vives se marient très bien avec la narration et le résultat est là : on ne s’ennuie pas, on est happé par l’histoire, par ses moments touchants ou difficiles et j’ai fait des découvertes historiques (notamment l’existence de la Bessarabie).

Le scénariste et le dessinateur ont donc fait une très belle œuvre qui m’a permis de découvrir une femme très touchante et quelques souvenirs d’enfance du grand homme qu’est Robert Badinter.

Un roman graphique que je recommande à tous les amoureux de l’Histoire dès 14 ans car les programmes d’histoire et de français abordent la seconde guerre mondiale et la shoah.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette découverte, j’ai adoré !

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Pierre Pevel, né en 1968, est l’un des meilleurs écrivains de Fantasy français. Auteur de 7 romans, il a obtenu le Grand Prix de l’Imaginaire en 2002 pour Les Ombres de Wielstadt. Avec une verve et un talent digne des plus grandes heures du feuilleton romanesque de cape et d’épée, il s’approprie avec bonheur les codes de deux genres littéraires dans ce roman d’aventure et de Fantasy épique.

1911, dans le Paris des Merveilles, un Paris qui n’est ni tout à fait le nôtre, ni tout à fait un autre. C’est en effet le Paris bien connu d’Arsène Lupin, de Fantômas et des Brigades du Tigre… mais où vivraient des fées, des enchanteurs, des gnomes et même quelques dragons, ce qui n’est pas sans conséquences.

Entre autres merveilles, la Tour Eiffel est en bois blanc, les Champs Élysées sont bordés d’arbres dont les feuilles rendent de la lumière dès la nuit tombée et une ligne de métro mène directement à Ambremer, capitale du Monde Féérique.

C’est dans ce décor que les Artilleuses font un retour fracassant en se livrant à l’une de leurs activités favorites : l’attaque de banque à main armée. Aventurières et hors-la-loi, ces artilleuses sont trois : l’anglaise Lady Remington, l’américaine Miss Winchester et la parisienne Mam’zelle Gatling.

N’hésitant jamais à faire parler la poudre, elles sont connues de toutes les polices d’Europe. Ce coup, cependant, pourrait bien être leur dernier. Car le vol d’une mystérieuse relique, la Sigillaire, leur vaut d’être pourchassées non seulement par les Brigades du Tigre, mais également par les redoutables services secrets du Kaiser, bien décidés à mettre la main sur l’artefact…

La fantaisy et le steampunk ne sont habituellement pas ma tasse de thé, exception faite de Pierre Pevel dont j’avais beaucoup aimé la trilogie le Paris des Merveilles.

L’univers créé par l’auteur mêlant bestiaire de la fantaisy comme les fées, les gnomes, les gargouilles, les licornes… et le Paris de la Belle Époque est très réussi et j’avais pris beaucoup de plaisir à suivre Griffont et Isabelle.

L’an dernier, j’avais adoré Le vol de la sigillaire, premier tome de cette trilogie portée par des héroïnes badasses, aussi lorsque j’ai vu Le portrait de l’antiquaire dans ma librairie, je suis repartie avec et l’ai lu dans la foulée, ravie de retourner dans ce Paris qui m’a tellement plu et je dois dire que cette bande dessinée a comblé mes attentes.

L’univers est bel et bien là, formidablement mis en images par Etienne Willem : l’atmosphère, les décors, personnages, costumes, véhicules… on en prend plein les yeux.

J’ai beaucoup aimé son style graphique qui sied merveilleusement bien à la Belle Epoque, à l’histoire et à l’univers créés par Pierre Pevel.

Les trois héroïnes, ces artilleuses braqueuses de banque (une magicienne, une humaine et une fée) sont badasses à souhait, sympathiques et sexy en diable, avec des personnalités propres, que l’on a plaisir à suivre de la première à la dernière page.

Les dialogues sont percutants, l’histoire est menée tambour battant avec des scènes de poursuites, de règlements de comptes très rythmées qui font que l’on tourne les pages avec avidité et que l’on arrive trop vite au point final. Heureusement, le troisième tome arrive en fin d’année car l’auteur nous laisse en plein cliffhanger !

C’est une formidablement bande dessinée tant par l’histoire que par l’ambiance, qui met les femmes à l’honneur, avec une pointe d’humour. Une série qui plaira aux amateurs et amatrices du Paris des merveilles, ça ne fait aucun doute, pour ma part j’ai beaucoup aimé !

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Passé maître dans l’art du dialogue et de la mise en scène, Alain Ayroles aime revenir à la source des grands récits pour se les réapproprier. C’est ainsi qu’il revisite l’univers des Vikings, celui des vampires ou le roman picaresque. Étienne Jung est illustrateur pour la presse, l’édition jeunesse, scolaire et religieuse.

1873, tandis que les empires terrestres s’affrontent pour la maitrise du système solaire, l’actrice Hélène Martin embarque pour Vénus à la recherche de son fiancé Aurélien, prisonnier des bagnes de Napoléon III.

Poète déporté par l’empereur que ses écrits déplaisent, Aurélien d’Hormont s’évade du bagne de Nouvelle Cythère pour retrouver son Hélène bien aimée.

Lorsqu’Hélène et les passagers de l’aéronef Excelsior débarquent à la capitale de Vénus, Eugenia, ils découvrent que la planète ressemble à la terre mais qu’elle est restée figée à la Préhistoire.

Vénus est peuplée de dinosaures, de reptiles marins et volants qu’il ne faut pas trop aller titiller…

Les chimères de Vénus est le premier tome d’une nouvelle trilogie avec aux manettes Alain Ayroles pour le scénario et Etienne Jung pour les dessins. Cette bande dessinée nous plonge dans l’univers du Château des étoiles d’Alex Alice, et avec elle, la conquête de l’espace continue.

Dans cette série parallèle, ce n’est plus sur Mars où vont nos héros portés par l’éther mais sur Vénus. L’univers est steampunk comme la série d’origine mais nul besoin d’avoir lu les cinq tomes déjà parus pour embarquer dans cette histoire.

Pour bâtir son scénario, Alain Ayroles s’est inspiré des grands récits de voyages fantastiques à l’image de Jules Verne, Arthur Conan Doyle, H.G Wells… et franchement c’est une très bonne idée !

Vous avez du le remarquer, je ne suis pas une lectrice de SF, contrairement à mes ados qui adorent et qui ont plébiscité les tomes du Château des étoiles, mais ici j’ai beaucoup aimé car je suis friande de littérature du XIXè siècle et j’ai retrouvé la gouaille des milieux populaires, mais aussi ces bourgeois et ces aristocrates pleutres et pédants qui peuplent les romans de cette époque.

Les personnages particulièrement pittoresques et bien croqués d’Hélène, jeune femme déterminée terriblement badass, de Prudence sa fidèle femme de chambre, de l’infâme Duc de Chouvigny, affairiste typique du Second Empire, du bagnard Aurélien, dont les âpres conditions de vie vénusiennes n’entament en rien son âme de poète, de Bartholomée François et Juste Romain qui contribuent financièrement à la conquête spatiale ne sont pas pour rien dans la réussite de l’histoire…

Ajoutons un décor steampunk avec d’immenses machines, une ambiance Second Empire et de redoutables dinosaures et l’on obtient un premier tome enthousiasmant et très réussi !

Les planches d’Etienne Jung sont aussi une véritable valeur ajoutée, j’adore son coup de crayon, les couleurs qu’il utilise, le dynamisme qu’il met dans ses dessins numériques et ses décors sont véritablement sublimes.

En bref, un premier tome dépaysant et très prometteur qui me donne très envie de découvrir la suite des aventures de nos héros sur Vénus, décidément pas la planète de l’amour.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture qui a enchanté toute la famille !

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