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Archive for the ‘Romans graphiques et bd’ Category

Salut, l’Amérique ! Je suis venu te conquérir ! Il n’est pas une femme, un homme, un enfant, qui n’aura pas mon nom aux lèvres ! Laurent Seksik et David François explorent la vie tumultueuse de l’un des plus grands artistes de tous les temps dans un triptyque intimiste et flamboyant.

Après avoir connu ascension fulgurante, succès incontesté et premiers échecs, Charlie Chaplin traverse, à l’aube de ses 40 ans, une période de doutes. 

Désintéressé par les louanges d’Hollywood, et surtout marqué par la misère sociale et l’instabilité politique grandissante, le prodige du cinéma envisage de mettre un terme à sa carrière.

C’est sa rencontre avec l’actrice Paulette Goddard qui lui donnera un nouveau souffle créatif et lui permettra de prendre le virage dont son oeuvre avait besoin.

Délaissant la comédie au profit d’un ton plus engagé, Chaplin s’attelle à ce qui resteront ses films les plus marquants : Les Temps Modernes et Le Dictateur.

Chaplin contre John Edgar Hoover est le dernier volume du triptyque consacré à l’immense Charlie Chaplin qui court de 1929 à sa consécration aux Oscars de 1972.

Comme je vous le confessais sur Instagram (abonnez-vous ici si vous ne m’y suivez pas encore car j’y dévoile mes réceptions livresques, mes premières impressions de lectures…), je suis une grande admiratrice de Charlie Chaplin, un génie du 7ème art tour à tour acteur, réalisateur, producteur, musicien, scénariste de ses films, créateur de l’iconique personnage de Charlot, ce vagabond au grand coeur.

Mais si je connais assez bien l’œuvre, la vie de cet artiste m’est inconnue, heureusement ce triptyque proposé par Laurent Seksik au scénario et David François aux graphismes, m’a permis de découvrir l’Homme derrière l’Artiste car l’auteur explore aussi les zones d’ombre de la vie de Chaplin.

Il ne faut pourtant pas croire que ce roman graphique est une biographie linéaire de Charlie Chaplin, elle a plutôt pour vocation de mettre certains éléments de sa vie personnelle en lumière. Dans cet ultime volume, Laurent Seksik s’attache à démontrer le Chaplin engagé et c’était diablement intéressant.

Celui qui va dénoncer le capitalisme et la vie industrielle dans Les temps modernes et le nazisme dans Le dictateur, deux films que j’adore et que je vous invite à découvrir si vous ne les connaissez pas. On voit dans cet opus, l’influence qu’a eu l’actrice Paulette Goddard, sa troisième épouse, sur son oeuvre, ce dont je ne me doutais absolument pas.

Ses prises de position et ses mœurs pour le moins dissolues, notamment son goût pour les très jeunes filles, vont le mettre dans le collimateur de John Edgar Hoover, le puissant et intouchable patron du FBI qui va profiter de sa liaison avec Joan Barry, pour nuire à sa réputation en menant une violente campagne de diffamation.

Les dessins très colorés de David François en couleur servent bien le propos, j’ai beaucoup aimé cette maîtrise des couleurs même si, j’avoue, je goûte peu sa façon de dessiner les visages.

Il y a des changements de rythme bien vus : tantôt un seul dessin par page, tantôt des grandes cases sur fond noir à l’horizontale ou un découpage plus classique, tous ces changements apportent une dynamique que j’ai vraiment apprécié.

Si l’on sent que les auteurs vouent une profonde admiration à leur sujet, Chaplin est loin d’être une hagiographie puisque les côtés sombres de la personnalité de l’acteur ne sont pas passés sous silence : on l’observe tour à tour lâche, séducteur, ambitieux, en un mot, pas si sympathique que ça, contrairement à son double à l’écran, et c’est ce qui m’a plu aussi ici.

Un troisième volume réussi que j’ai eu plaisir à lire et que je vous conseille de découvrir à votre tour.

Un grand merci à Doriane et aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture, j’ai adoré !

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Titulaire d’un Diplôme national d’arts plastiques et d’un diplôme national d’arts et techniques, RUN explore les débuts de l’ère numérique avec Teamchman, éditeur multimédia dont il devient directeur artistique de 2000 à 2003. Il publie le premier tome de Mutafukaz chez Ankamaet créé le Label 619 qu’il dirige seul pendant 13 ans.Florent Maudoux est diplômé en cinéma d’animation à l’école des Gobelins. Sa collaboration avec Run et le Label 619 débute en 2008 avec titre qui est immédiatement un succès auprès d’un public adolescent et jeune adulte de tout genre (Freaks’ Squeele en 7 tomes). Il multiplie depuis les expériences au sein du Label.

Los Angeles, janvier 1947. Le corps sans vie atrocement mutilé d’une jeune femme est retrouvé sur un terrain vague. Ce meurtre, toujours non élucidé à ce jour, a enflammé l’Amérique et marqué au fer rouge l’imaginaire collectif : le mythe de « l’affaire du Dahlia noir » est né.

75 ans plus tard, le monde entier s’interroge encore sur l’identité du tueur, mais peu se sont réellement intéressés à la victime. À quoi ressemblait la vie d’Elizabeth Short, apprentie actrice qui rêvait d’être une star, avant de devenir célèbre dans la mort ?

Avec A Short story : La véritable histoire du Dahlia Noir, Run aux textes et Florent Maudoux aux illustrations, tentent de répondre à cette question lancinante. Ils livrent ici un véritable travail d’enquête rigoureux et documenté, en croisant les dossiers déclassifiés du FBI, des archives de journaux de l’époque, et en recoupant les témoignages des gens qui ont connu et côtoyé Elizabeth.

De son Massachusetts natal jusqu’au parc de la South Norton Avenue où son corps a été retrouvé, c’est toute une trajectoire de vie, souvent tortueuse, que ce livre explore, porté par une magnifique reconstitution du Los Angeles des années 40.

L’histoire et les dialogues, écrits d’après les documents déclassifiés du FBI, retrace la vie de cette jeune femme perdue dans Hollywood, en particulier les trois mois qui ont précédé son horrible assassinat : de son séjour au Figueroa Hotel avec Marjorie Grahams, à l’incident des trois de San Diego, le récit est méticuleusement documenté, loin des clichés habituels sur une figure féminine dont on pensait tout connaître.

Les auteurs dessinent le portrait de Hollywood au sortir de la guerre avec ces jeunes filles qui rêvent de devenir les prochaines Veronica Lake ou Rita Hayworth et qui fricotent parfois avec la mafia ou les bandes organisées. L’envers du décor de la cité des anges est loin d’être beau et Elizabeth Short va y brûler ses ailes.

La jeune femme cumule les dettes et les flirts, s’imaginant se marier avec chaque homme qu’elle croise et s’inventant une vie pour ne pas décevoir sa mère et ses soeurs.

A-t-elle croisé la route d’un tueur en série ou a-t-elle payé de sa vie ses mauvaises fréquentations ? Nul ne le sait encore à ce jour car l’affaire du Dahlia noir c’est sans doute le cold case le plus célèbre.

Les auteurs nous proposent un ouvrage passionnant à lire et à regarder. Les planches de Florent Maudoux sont magnifiques que ce soit dans sa façon de croquer les personnages ou les décors, avec un esthétisme années 40 qui est un véritable atout.

L’illustrateur propose plusieurs découpages qui viennent apporter du rythme avec des dessins tantôt en pleine page, tantôt avec des cases de multiples formats et c’est très bien vu.

Mais c’est loin d’être une bande dessinée classique puisqu’elle s’ouvre sur plusieurs pages de notices biographiques qui vont régulièrement ponctuer le récit.

Les pages d’illustrations viennent exposer des moments clés dans la vie d’Elizabeth Short, le reste des informations liées à ses derniers mois d’existence sont retranscrites dans des notes très complètes. Les auteurs ont eu aussi la bonne idée d’insérer des pages de réclames comme dans les magazines des années 40.

En bref, voilà un ouvrage soigné (avec un dos tissé) particulièrement intéressant que je recommande à celles et ceux qui ont un goût pour les faits divers et les cold cases.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres et au label 619 pour cette lecture ô combien instructive et passionnante !

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Alex W. Inker est diplômé de l’Institut Saint-Luc de Bruxelles en Bande dessinée, puis d’un Master 2 en Cinéma. Il est l’auteur talentueux du très remarqué Un travail comme un autre, sorti en mai 2020 aux éditions Sarbacane, en sélection dans de nombreux prix, ainsi que d’Apache en 2016 (Prix Polar SNCF), de Panama Al Brown en 2017 de Servir le peuple en 2018 et de Fourmies la Rouge en 2021. Colorado Train est sa sixième bande dessinée publiée aux éditions Sarbacane.

Le 1er mai 1891, malgré les interdictions patronales, les ouvriers grévistes ont décidé de défiler dans la cité textile de Fourmies (Nord), pour réclamer la journée de huit heures. La veille, affolés, les industriels des filatures ont sommé le maire de la ville, Auguste Bernier – lui-même directeur d’une usine – d’exiger du préfet l’envoi de la troupe.

Deux régiments d’infanterie de ligne, les 84e et 145e, cantonnés tout près à Avesnes-sur-Helpe et à Maubeuge, se mettent en position sur la place centrale de Fourmies, bordée par l’église, la mairie et la maison d’arrêt.

En fin de journée, une foule revendicative déboule sur la place, un officier ordonne aux soldats de tirer… Neuf personnes meurent. Elles deviendront les martyrs de la cause socialiste naissante.

En virtuose, Alex W. Inker, dans Fourmies la rouge, entraîne le lecteur au plus près des personnages, le plongeant en apnée au coeur des événements aux côtés de :

  • Maria, la jeune et belle ouvrière aux cheveux de feu,
  • Kléber, le jeune porte-drapeau amoureux de Louise,
  • Louise, l’ouvrière gouailleuse,
  • Émile, le gamin innocent pêcheur de grenouilles, Gavroche bravache et frondeur,
  • Un soldat, l’idéaliste qui ne tirera pas et n’épaulera même pas son fusil Lebel,
  • Un vieux soldat, le salaud qui achèvera les blessés à la baïonnette.

Ce roman graphique est un bel hommage aux victimes de la fusillade du Fourmies le 1er mai 1891, qui se contentaient de manifester pacifiquement pour réclamer de meilleures conditions de travail et un salaire décent. Un évènement qui va choquer le monde ouvrier et la France entière.

Graphiquement parlant, le dessin est minimaliste et simpliste, ce n’est pas ce que je préfère mais ça marche très bien ici. Bien vu aussi le choix du bicolore, noir et rouge, qui fonctionne à merveille. Le Nord c’est le pays des briques rouges, c’est aussi la couleur de l’engagement populaire, celui du sang ouvrier qui va couler en ce jour du 1er mai et le roux de Maria, l’héroïne.

Ajoutons à cela, quelques touches de patois chti qui nous mettent clairement dans l’ambiance. Si cette bande dessinée est réussie de mon point de vue car je connaissais cet évènement assez bien, pour veux qui le découvrent ici, pas de chance, car l’auteur reste un peu trop en surface.

Les évènements de la journée se succèdent de façon succincte et l’histoire manque de développement à mon goût. Quant à son dénouement, il arrive trop brutalement.

L’éditeur aurait pu se fendre d’un appendice en fin d’ouvrage pour venir combler les blancs qu’Alex W. Inker a laissé et proposer à ses lecteurs des informations pour aller plus loin.

Reste qu’Alex W. Inker signe ici une bande dessinée qui vaut largement le coup d’oeil, si vous vous intéressez à l’histoire, n’hésitez pas à la lire à votre tour.

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Scénariste, écrivain et historien spécialisé dans des projets de type historique, finaliste du prestigieux prix SGAE Julio Alejandro, Salva Rubio a reçu de nombreuses récompenses comme scénariste. Comme scénariste de bandes dessinées, « Monet, nomade de la lumière » est son premier roman graphique, publié aux éditions du Lombard. À l’heure actuelle, il travaille sur « Le Photographe de Mauthausen ».

Retracer une partie de la vie du peintre Edgar Degas sous le biais d’un roman graphique, voici ce que nous proposent le scénariste Salva Rubio et le dessinateur Efa.

L’impressionnisme est mon courant pictural préféré. Lorsque je travaillais à Paris, j’adorais arpenter les salles qui lui sont consacrées au musée d’Orsay. Je ne me lassai pas de regarder les toiles de Pissaro, Renoir, Sisley, Cézanne, Degas, Caillebotte ou Berthe Morisot.

Mais si j’admire leurs toiles, je ne connais rien de leur vie. Aussi, c’est avec beaucoup de plaisir que je me suis lancée dans cette lecture que j’espérais très enrichissante, ce qui fut le cas !

Fondateur du mouvement impressionniste dont il fut l’un des critiques les plus impitoyables ; trop bohème pour les bourgeois et trop bourgeois pour les artistes… Edgar Degas était un homme de paradoxes.

Un solitaire, qui n’aima qu’une seule femme, la peintre américaine Mary Cassatt, sans jamais la courtiser. Et c’est en compagnie de cette dernière qu’au crépuscule de sa vie, Efa et Rubio ouvrent les pages des carnets de Degas pour tenter de percer le mystère de ce génie pétri de contradictions.

Ce roman graphique est une bonne entrée en matière pour se familiariser avec la personnalité et l’œuvre de ce très grand peintre et sculpteur, d’autant qu’on y retrouve grâce au talent de Efa, le dessinateur, les toiles et sculptures emblématiques de Degas.

Je souhaitais connaître la vie de Degas et c’est chose faite grâce à Salva Rubio qui nous emmène dans le sillage de l’impressionniste, resté célèbre pour ses toiles et ses sculptures de danseuses.

Célibataire endurci ayant tourné le dos à l’amour, Degas vit pour son art et il va beaucoup travailler pour rayonner dans le monde de l’art car son talent est loin d’être inné.

Intransigeant, il peine pendant longtemps à mener ses projets à bien. Ami d’Edouard Manet, il se moque aussi bien des académiques que des bohèmes, ces fameux impressionnistes qu’il va finir par rejoindre. Seuls les grands maîtres trouvent grâce à ses yeux, influencé par son père qui les révérait.

Outre ses œuvres et notamment sa fascination pour le monde du ballet, le scénariste s’intéresse ici surtout à sa vie privée, ce qui va nous permettre de croiser la route de bien des figures du mouvement impressionniste mais aussi celui de Mary Cassatt, une peintre américaine dont j’ignorai l’existence.

Leur amitié va courir sur des décennies avant qu’ils ne finissent par se fâcher, la faute à Degas qui a un caractère plus que difficile ! Un portrait sans concession de Degas que je n’aurai pas aimé côtoyer même si j’admire son oeuvre.

Les dessins et la colorisation du talentueux Efa font toute la différence et nous en met plein les yeux. Une biographie graphique réussie tant sur le fond que sur la forme, je vous la recommande vivement !

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Lu dans le cadre du Mois anglais 2022

Dans les écrits de Conan Doyle, Watson n’a pu dépeindre que la face émergée de Sherlock Holmes. Mais dans cette enquête inédite, nous pénétrons visuellement le mental du détective, le long du fil de son raisonnement, et à travers l’architecture de son monde interdit.

Alors que Sherlock Holmes et le Dr Watson sont sur la piste du magicien chinois Wu-Jing, le ministre des Colonies Britanniques est à son tour visé. Cette fois, ce sont les plus hautes sphères de l’Etat qui sont frappées.

Quel genre de complot le sulfureux mage peut-il bien tramer ? Le célèbre détective est décidément confronté à un personnage aussi secret qu’inquiétant et il n’est pas au bout de ses surprises…

Vous l’ignorez peut-être mais mon Empereur de fils et moi adorons Sherlock Holmes. L’affaire du ticket scandaleux, le second tome de la duologie Dans la tête de Sherlock Holmes ne pouvait que rejoindre nos PAL respectives, tant nous avions adoré le premier opus !

Une fois n’est pas coutume, parlons de l’objet livre qui est tout simplement magnifique : la première de couverture, en carton épais, offre une découpe de la tête du mystérieux bandit avec lequel Holmes et Watson sont aux prises.

Quant aux planches, elles sont à l’avenant. La qualité du papier doux et épais, qu’on a plaisir à manipuler, l’odeur particulière du livre, des couleurs vieillies avec des tons sépia et orangé.

Benoit Dahan a un grand talent de coloriste et il ressuscite à merveille l’ambiance victorienne, j’ai adoré son travail et il participe grandement à faire de ce roman graphique, un gros coup de cœur.

Vous avez eu l’occasion de voir en détail sa virtuosité dans mes stories sur Instagram, si vous ne me suivez pas encore, un conseil : abonnez-vous ici car j’y dévoile mes réceptions livresques, mes lectures…

Quant au scénario de Cyril Lieron, adapté de L’oeuvre de sir Arthur Conan Doyle, il est fidèle à l’œuvre et au canon holmésien, à l’ambiance des différents titres mettant en scène Holmes & Watson, à la psychologie des personnages.

Mais fidélité ne veut pas dire manque d’originalité, bien au contraire : le procédé narratif choisi par les auteurs est particulièrement bien vu puisque l’on est littéralement dans la tête du détective, dans son mode de pensée.

Je ne pourrai vous citer ici toutes les trouvailles graphiques géniales qui émaillent le récit, elles sont nombreuses et ce serait dommage de vous enlever le plaisir de les découvrir par vous-même. Imaginative, esthétique, astucieuse, bien dessinée et bien écrite, voilà les atouts de cette bande dessinée.

La manière même de raconter l’histoire est très originale et les pages s’avalent à une vitesse folle, trop d’ailleurs, car je suis vite parvenue à son terme avec qu’une seule envie, relire les deux tomes !

Gros coup de cœur pour cette duologie, tant pour le schéma narratif, les dessins et le travail éditorial des éditions Ankama, je vous le recommande chaudement.

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Attirée très jeune par le dessin et l’écriture, Milena commence des études d’art aux Beaux-Arts de Quimper. Après son DNAP, elle part poursuivre ses études à l’école Saint-Luc de Liège pour se spécialiser en bande dessinée. Son diplôme en poche, elle s’installe à Nantes.

Mes petites cités de caractère en Bretagne est le carnet de voyages de Milena à travers les quatre départements bretons. Missionnée avec un auteur pour faire découvrir quelques villages au riche patrimoine, elle passe six semaines dans six villages bretons ayant obtenu le label très prisé des petites cités de caractère.

La jeune illustratrice BD, elle-même bretonne, se met en scène à la découverte de pittoresques villes et villages de Bretagne en les croquant. Elle en tire un récit illustré où l’on apprend beaucoup tout en s’amusant.

L’autrice trouve là une manière originale de présenter le patrimoine des « Petites cités de caractère en Bretagne », label touristique connu et reconnu qui distingue des lieux chargés d’histoire dans des sites d’exception.

On déambule avec elle dans le dédale des ruelles médiévales, au pied de maisons en pan-de-bois ou aux épais murs de granit… On visite les échoppes d’artisans d’art et les grands monuments, en particulier les églises et leurs gargouilles pour lesquelles Milena a une véritable passion.

Six petites cités aux quatre coins de la Bretagne sont passées au crible : Châteaugiron et Bécherel (Ille-et-Vilaine),  le village médiéval de Montcontour (Côtes-d’Armor), Pont-Croix et Le Faou (Finistère), Josselin (Morbihan).

Mis à part Josselin que j’ai connais puisque j’habite dans le Morbihan, les autres cités m’étaient totalement inconnues et ce petit guide m’a donné envie de les découvrir car elles ont l’air pittoresques et charmantes. Objectif rempli donc !

Milena intègre aussi à son guide ses impressions, son humour, la façon dont le projet s’est formé, son quotidien dans les résidences artistiques où elle travaille, ce qui rend l’ouvrage très vivant.

Si j’ai bien aimé son coup de crayon lorsqu’elle croque les monuments, les rues, les gargouilles, les maisons, etc, je n’apprécie guère sa façon de dessiner les personnes et notamment les visages, comme c’est très ponctuel, cela ne m’a pas gênée mais je ne pense pas lire ses autres bandes dessinées pour cette raison.

Néanmoins, j’ai apprécié ce petit guide et me promener dans ces petites cités de caractère et si vous aimez la Bretagne et que vous souhaitez découvrir quelques morceaux de son patrimoine, je vous le recommande.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Locus Solus pour cette lecture !

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Arianna Melone est une auteure italienne diplômée de l’École internationale de Bande dessinée de Naples et l’auteure du roman graphique féministe Gianna. Véro Cazot est une scénariste de bande dessinée française spécialiste d’histoires de femmes, elle est notamment l’auteure, avec Julie Rocheleau, de la fable burlesque Betty Boob.

Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange bal, le Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires.

Cet événement joyeux en apparence cache une réalité bien plus sordide : ce bal costumé et dansant n’est rien d’autre qu’une des dernières expérimentations de Charcot, adepte de l’exposition des fous.

Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques, ce bal étanche la curiosité des riches bourgeois venus voir de près ces folles.

Parmi elles, il y a Louise, une jeune fille abusée par son oncle ; Thérèse, la prostituée au grand cœur, qui, lasse d’être battue, a eu le tort de pousser son souteneur dans la Seine ; Eugénie Cléry, qui, parce qu’elle dialogue avec les morts, est envoyée par son père croupir entre les murs de cet hôpital qui ressemble bien plus à une prison qu’à un établissement de soins.

Car dès lors que l’on est admise dans le service du professeur Charcot et de ses assistants, on a bien peu de chance d’en sortir. Aux premières loges, il y a Geneviève, une infirmière en poste depuis vingt ans, dévouée corps et âme à la Salpêtrière et à Charcot, qu’elle vénère.

Mais l’arrivée d’Eugénie va faire vaciller les certitudes de l’infirmière et changer sa vie à jamais…

Véro Cazot et Arianna Melone s’emparent du célèbre roman de Victoria Mas, Le bal des folles, et nous dévoilent, dans les pas d’Eugénie, une société de femmes prisonnières des hommes… un monde où la folie, les ombres et l’humanité n’apparaissent pas toujours là où on les attendait.

L’adaptation est fidèle au roman dont elle capte l’essentiel, à savoir la condition des femmes au XIXe siècle, tributaires d’une société patriarcale qui leur interdit toute déviance et les emprisonne. Une société où les femmes doivent se soumettre aux injonctions sociales et aux besoins des hommes si elles ne veulent pas être sévèrement bannies.

Eugénie, l’héroïne de cette histoire, est bien mise en valeur. J’ai apprécié les changements de couleurs censés refléter son état d’esprit, ses oscillations entre espoir de sortie et découragement devant l’entêtement des hommes enfermés dans leur croyance. J’ai regretté en revanche que Geneviève, l’infirmière qui joue un rôle essentiel dans l’histoire, soit représentée sous les traits d’une femme laide et revêche.

Très documenté, ce roman graphique dépeint habilement l’univers psychiatrique, clos et troublant, révélant une réalité historique peu glorieuse, celle des méthodes très limites du docteur Charcot et de ses collègues de la Salpêtrière.

Les illustrations d’Arianna Melone faites de crayons de couleur et d’aquarelles, confèrent douceur et puissance au drame de Victoria Mas. Une adaptation réussie, très plaisante à lire et à regarder, que je vous conseille si vous avez aimé le roman !

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Après plusieurs années passées dans les jeux vidéo et l’animation japonaise, Guillaume Dorison devient directeur littéraire chez Les Humanoïdes Associés en 2006 où il lance la collection Shogun, dédiée aux créations de manga originaux. Jean-Baptiste Hostache commence à travailler dans l’animation en tant que décorateur. Depuis, Jean-Baptiste Hostache travaille sur Shuriken School et sur Anatane et les enfants d’Okura, deux séries animées où il fait du design-décor.

1894. Paris est au centre du monde. Artistes, inventeurs et industriels se fréquentent dans une grande fièvre. La technique est au centre de toutes les préoccupations. Les arts, comme l’économie ou les sciences, se rationalisent. Le monde entier semble en passe d’être mécanisé…

Six personnes détiennent le même secret. Une invention démoniaque dont ils cherchent à comprendre le sens et maîtriser la puissance. Ils sont ingénieur, fils de boucher, magicien, forain ou jeune secrétaire-sténographe.

Ils sont jeunes, rêveurs, ambitieux et vont devoir se démarquer. Ils se nomment Léon Gaumont, Charles Pathé, Georges Méliès, Louis et Auguste Lumière ou Alice Guy. Et leur enjeu s’appelle le Cinéma.

Avec Les pionniers, Guillaume Dorison et Damien Maric au scénario et Jean-Baptiste Hostache aux dessins, proposent de nous relater par le menu l’histoire du cinématographe.

Dans ce premier tome La machine du diable, nous assistons à la naissance du cinématographe et à la bataille des brevets qui fait rage entre les frères Lumière et les futurs studios Gaumont et Pathé.

L’ouvrage se révèle absolument passionnant de la première à la dernière page et complète ma récente lecture de la biographie graphique sur Alice Guy signée Catel & Bocquet.

Les auteurs reviennent donc sur les balbutiements du cinématographe, des premières projections aux premières salles de cinéma, et s’ouvre sur l’incendie du bazar de la charité qui a bien failli enterrer le cinématographe.

Outre les aspects techniques et commerciaux du cinéma, ce sont les personnalités émergeantes du septième art qui nous sont révélées : Georges Déménÿ, les frères Lumière, Gaumont, Pathé, Méliès et bien-sûr Alice Guy.

Les batailles entre les deux premiers studios font rage pendant que l’artisan Georges Méliès fabrique dans son propre studio les films qui sont passés à la postérité. L’illusionniste et ancien forain fait tout de A à Z : les prises de vues, les costumes, les décors et les premiers trucages.

Au temps où le copyright n’existe pas encore, ces pionniers n’hésitent pas à s’emparer des inventions et des films créés par les autres, ruinant au passage les inventeurs et premiers artisans de ce nouvel art.

Le scénario est, vous l’aurez compris, absolument passionnant et riche d’enseignements. Les planches très élégantes de Jean-Baptiste Hostache servent à merveille les auteurs. J’ai beaucoup aimé son coup de crayon, ses couleurs et ses décors.

Un premier tome très réussi que je vous recommande vivement ! Pour ma part, j’ai hâte de découvrir la suite de cette histoire et je serai au rendez-vous du second tome lorsqu’il paraîtra, l’année prochaine sans doute.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette merveille, j’ai adoré !

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Après un an passé aux Beaux-Arts de Paris et trois à Saint-Luc (Bruxelles) en option bande dessinée, Thomas Gilbert, 26 ans, est repéré par Casterman pour la série Bjorn le Morphir. Une série fantastique dont il poursuit l’adaptation pour Rue de Sèvres, en collaboration avec Thomas Lavachery. Il est également l’auteur d’Oklahoma Boy. Il vit à Bruxelles.

Claire Fauvel a étudié l’illustration à l’école Estienne, puis le cinéma d’animation à la prestigieuse école des Gobelins à Paris. Après avoir travaillé un an comme décoratrice pour une série animée, elle s’est lancée dans la bande dessinée afin de raconter ses propres histoires. Paru en mai 2017, La Guerre de Catherine est son premier titre chez Rue de Sèvres, lauréat du Fauve d’Angoulême-Prix Jeunesse 2018 et du Prix Artemisia de la fiction historique.

Ava, chorégraphe reconnue, ironise sur le fait qu’elle vient d’obtenir une bourse pour la création d’un spectacle alors qu’elle a décidé d’arrêter la chorégraphie. Après une ascension fulgurante, Ava est vide de toute inspiration, désabusée, jugeant son art inutile face aux enjeux sociétaux du moment.

Son amie Suzanne, lui conseille tout de même de monter ce spectacle et pour lui changer les idées, l’entraîne au gala de fin d’études de l’école de danse contemporaine dans laquelle Ava a été formée. Dès les premiers instants, l’oeil d’Ava est aimanté par Ian, l’un des danseurs, dont la fougue et la passion sur scène, lui rappelle sa propre jeunesse.

À la fin du spectacle, Ava le retrouve et sans prendre totalement la mesure de ce qu’elle est en train de faire, lui explique qu’elle travaille sur un nouveau spectacle pour lequel elle aimerait lui proposer le rôle principal. Ava n’ a aucune idée en tête mais juste l’envie de créer une nouvelle façon de danser, basée sur l’improvisation.

Les deux commencent à travailler ensemble, à échanger et découvrent qu’ils partagent une certaine vision du monde, des questions sociales et écologiques et bien plus encore… la passion de leur art et une attraction l’un pour l’autre de plus en plus forte. 

Lumière noire mêle questions environnementales, migrations et affres de la création à travers les personnages d’Ava, toute à son art, la danse, et Ian, son danseur et amant, très préoccupé par l’écologie et la crise migratoire.

L’histoire proposée par Claire Fauvel et Thomas Gilbert qui signent ici à la fois le texte et les illustrations, est très actuelle. Engagé et percutant, ce roman graphique plonge le lecteur dans une histoire sombre et lumineuse, d’où son titre, criante de vérité, franchement terrifiante et angoissante.

Mieux vaut être dans un bon mood pour lire ce récit où tout tourne à l’extrême : l’engagement pour la danse, pour l’écologie, les migrants, avec les penchants les plus sombres (Ava a un côté très destructeur) comme les plus fous (la passion qui unit Ian et Ava).

Le récit nous pousse à nous interroger mais peut aussi faire peur par l’extrémisme des personnages. J’ai toutefois été sensible à la personnalité solaire de Ian, à ses combats, à son besoin de prendre de la distance avec Ava qui se révèle très toxique.

Les dessins et les couleurs choisies tantôt sombres tantôt lumineuses servent à merveille le récit, les propos et les deux versants de cette histoire tantôt sombre tantôt lumineuse. Les moments de danse sont réellement bien mis en valeur tout en énergie, puissance et sensualité.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cet envoi et pour leur confiance.

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José-Louis Bocquet mène de front les activités d’écrivain et de scénariste. Pour Catel, il a aussi écrit les biographies sur Kiki de Montparnasse et Joséphine Baker. Leur quatrième ouvrage en commun est consacré à Alice Guy, pionnière du cinéma. Catel Muller, diplômée des Arts décoratifs de Strasbourg, se spécialise dans le portrait en bandes dessinées de femmes remarquables. Son album Ainsi soit Benoîte Groult chez Grasset obtient le prix Artémisia de la bande dessinée féminine.

En 1895, à Lyon, les frères Lumière inventent le cinématographe. Moins d’un an plus tard, à Paris, Alice Guy, 23 ans, réalise La Fée aux choux pour Léon Gaumont. Première réalisatrice de l’histoire du cinéma, elle dirigera plus de 300 films en France.

En 1907, elle part conquérir l’Amérique, laissant les Films Gaumont aux mains de son assistant Louis Feuillade. Première femme à créer sa propre maison de production, elle construit un studio dans le New Jersey et fait fortune. Mais un mariage malheureux lui fait tout perdre.

Femme libre et indépendante, témoin de la naissance du monde moderne, elle aura côtoyé les pionniers de l’époque : Gustave Eiffel, Louis et Auguste Lumière, ou encore Georges Méliès, Charlie Chaplin et Buster Keaton.

Elle meurt en 1969, avec la légion d’honneur, mais sans avoir revu aucun de ses films – perdus et oubliés. C’est en 2011, à New York, que Martin Scorsese redonne un coup de projecteur sur cette femme exceptionnelle.

J’avais beaucoup aimé les biographies en images d’Olympe de Gouges, Kiki de Montparnasse et Joséphine Baker signées Catel et Bocquet, je n’ai donc pas hésité une seconde avant de jeter mon dévolu sur celle consacrée à Alice Guy, une pionnière du cinéma qui a eu un destin incroyable et hélas vite tombée dans l’oubli, et j’étais vraiment curieuse d’en savoir plus à son sujet.

Née le 1er juillet 1873 à Saint-Mandé et morte le 24 mars 1968 à Wayne dans l’État du New Jersey , Alice Guy est une réalisatrice, scénariste et productrice de cinéma française, ayant travaillé en France et aux États-Unis.

Pionnière du cinéma, elle propose à Léon Gaumont, chez qui elle est initialement secrétaire, de tourner de courtes fictions pour soutenir la vente des caméras et projecteurs qui peine à décoller.

Avec La Fée aux choux, qu’elle tourne en 1896, elle est la première réalisatrice de l’histoire du cinéma. Cette œuvre est parfois considérée comme la première fiction de l’histoire du cinéma, alors que cette primauté peut aussi être attribuée à Louis Lumière pour L’Arroseur arrosé, tourné un an plus tôt. 

Elle est aussi l’auteure de La Vie du Christ, considéré comme le premier péplum de l’histoire du cinéma mondial, qui propose les premières représentations filmiques de la vie de Jésus-Christ, qui ont ensuite été une source d’inspiration pour beaucoup d’autres cinéastes, français ou américains.

Il faut également la créditer d’avoir eu, la première, l’idée de faire un making-of à l’occasion du tournage de l’une de ses phonoscènes. En 1910, elle devient la première femme à créer une société de production de films, la Solax Film Co, durant sa période américaine, avant la naissance d’Hollywood, avec son mari Herbert Blaché.

Elle réussit dans ce milieu d’hommes parce qu’au début, on ne prête guère attention aux films de fiction, ce qui lui permet de montrer ses qualités dans les multiples tâches que demandent la production et la réalisation d’un film, puis de conserver son poste quand la maison Gaumont grandit avec le cinéma industrialisé et tourné vers la distraction populaire.

Mais si elle connaît le succès, elle va aussi connaître le déclin à partir des années 1920, la faute à son mari qui va causer la faillite de leur société. Après cela, elle n’arrivera plus à travailler dans le milieu cinématographique, va progressivement être oubliée et plus grave encore, va se faire piller ses oeuvres par d’autres réalisateurs qui vont s’attribuer ses films sans qu’elle puisse l’en empêcher !

Encore un bel exemple de femme invisibilisée par les hommes, heureusement réhabilitée de nos jours mais la plus grande partie de ses films est hélas perdue, comme tant de films muets introuvables aujourd’hui.

Catel et Bocquet signent ici une biographie fouillée et détaillée de cette femme incroyable, passionnante et agréable à lire, grâce aux dessins en noir et blanc, à la fois beaux et précis qui transmettent toute la gamme de sentiments.

A travers leur héroïne que l’on voit évoluer de l’enfance jusqu’à la fin de son aventure cinématographique, les auteurs montrent les débuts du cinématographe, les conditions de tournage, la création des studios, des phonoscènes, des films, etc, c’est réellement très intéressant de découvrir les balbutiements du septième art et la personnalité d’Alice Guy qui demandait à ses acteurs : « Be natural ».

Cerise sur le gâteau : à la fin de l’ouvrage, il y a une chronologie détaillée de la vie d’Alice Guy ainsi que les notices biographiques des personnes qui ont côtoyé ou gravité autour de cette pionnière du cinéma.

Si vous avez envie d’en savoir plus sur Alice Guy ou si les destins de femmes vous passionnent, je ne peux que vous conseiller cette BD, vous ne serez pas déçu.e.s !

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