Les Beaux Étés tome 3 Mam’zelle Estérel – Zidrou et Jordi Lafebre

1992, les années ont passé, le jeune couple est maintenant à la retraite, la petite Pépète est devenue une jeune fille et la 4L est à vendre… L’occasion de se remémorer l’année 1962, leurs toutes premières vacances à son bord en compagnie… des beaux-parents. Les vacances avec Yvette-la-parfaite et Gros-Papy seront plus gastronomiques que bucoliques… en direction de Saint-Étienne !

Belgique, 1992. Les Faldérault sont à la retraire et Pépète, leur petite dernière, est désormais une jeune fille. Les trois aînés ont quitté le nid et ils décident de vendre Mademoiselle Esterel, leur 4L rouge.

L’occasion pour eux de se remémorer leur premier été à bord de leur bolide en 1962 alors qu’ils étaient un jeune couple avec deux enfants et que les parents de Mado étaient aussi du voyage.

Avec Yvette-la-parfaite et Gros-Papy, qui a financé l’achat de la 4L, les Faldérault prennent la direction de Saint-Etienne, au grand dam de Pierre, qui rêve du sud de la France…

Vous avez remarqué, si vous me lisez régulièrement, que j’aime beaucoup le scénariste Zidrou et tout particulièrement sa série Les beaux étés qu’il signe en duo avec Jodi Lafèbre pour les images.

J’avais découvert l’an dernier les deux premiers opus de la série : Les beaux étés tome 1 Cap au sud et Les beaux étés tome 2 La calanque qui nous racontaient les étés 1973 et 1969 de la famille Faldéraul. Une famille belge totalement barrée avec à sa tête Pierre, dessinateur de bandes dessinées et Mado, vendeuse de chaussures.

Cette fois-ci Zidrou et Jordi Lafèbre nous narrent les premières vacances de la famille en 1962 car à contrario d’autres séries, on fait des bonds dans le passé à chaque nouveau volume, c’est là l’une des originalités des Beaux étés, ce qui fait que nous ne croisons pas toujours les mêmes personnages, exceptés Pierre et Mado.

J’avais été charmée par les deux premiers volumes de cette série so nostalgique, et je dois avouer que je suis toujours sous le charme en refermant cette nouvelle histoire. J’adore cette famille attachante et sympathique.

Si j’aime autant cette série c’est qu’elle me ramène dans ma propre enfance vécue au coeur des années 70 avec la chanson de l’été à la radio que l’on reprend à tue-tête, le pique-nique au bord des routes et son indispensable table pliante, le camping sauvage, les baignades à poil, les tenues improbables… tout est là, rien ne manque et c’est un vrai bonheur pour moi de retrouver cette atmosphère.

Ce troisième volume est tout aussi jubilatoire que les autres : l’été est pour les Faldérault, une véritable parenthèse enchantée, un moment où tout est permis, héla pour eux, Yvette-la-parfaite est de la partie et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle n’a pas la même conception des vacances que le couple.

Pour elle, congés riment avec visites culturelles, hôtels et restaurants sélectionnés par le guide Michelin et Pierre a beau rêvé de Côte d’Azur et de camping sauvage, leur périple s’arrêtera à Saint-Etienne, Au fier Brusseleir. Pour le dépaysement, on repassera, merci Yvette !

Beaucoup de drôlerie et de tendresse dans ce nouvel opus avec l’arrivée de Gros-Papy qui a frôlé la mort et dont Yvette surveille la santé et la ligne comme le lait sur le feu. Ils ont beau avoir jeté leur dévolu sur un hôtel restaurant belge, pas question que l’aïeul mange des frites et des carbonnades à la flamande, ce qui donne lieu à des scènes savoureuses où l’hôtelier fait preuve de beaucoup d’imagination pour éviter la crise cardiaque fatale à Gros-Papy !

Je ne peux que vous recommander cette série totalement réussie, portée par un scénario drôle et tendre signé Zidrou et les belles planches de Jordi Lafebre, qui croque avec talent des personnages très expressifs et nous prouve une fois de plus, sa maitrise des couleurs.

Vous l’aurez compris, Les beaux étés m’ont conquises une fois de plus, vivement le tome 4 !

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Les petites victoires – Yvon Roy

Comment dire à son fils tant désiré qu’il est le plus formidable des petits garçons malgré le terrible diagnostic qui tombe comme un couperet : autisme, troubles psychomoteurs, inadaptation sociale… C’est le combat que va mener ce père, resté uni à sa femme malgré leur séparation, pour transformer ensemble une défaite annoncée en formidables petites victoires.

Chloé et Marc sont amoureux et comme beaucoup d’amoureux, ils sont bientôt les heureux parents d’un petit garçon qu’ils prénomment Olivier. Pendant plusieurs mois, tout va on ne peut mieux dans le meilleur des mondes mais au moment où les autres enfants du même âge commencent à parler, ils se rendent compte que leur fils est différent, mutique et dans son monde.

Très vite alors, le diagnostic tombe : Olivier est autiste. Marc se sent immédiatement dépassé par cette révélation, contrairement à Chloé qui prend tout de suite le problème à bras le corps. Mais l’évitement de Marc va sonner le glas de leur couple et Marc va devoir mettre la main à la pâte pour aider son fils…

Vous le savez déjà l’autisme est un sujet qui m’intéresse et me touche de près et même si il existe autant de formes d’autisme que d’autistes, j’aime beaucoup lire les romans ou les témoignages de personnes touchées par l’autisme de façon directe ou indirecte.

Comme dans La différence invisible où l’héroïne est Aspie dans la vie réelle et qui nous raconte son quotidien d’autiste dans un monde clairement pas fait pour les autistes, Yvon Roy nous conte dans Les petites victoires son quotidien et celui de son fils.

Et que l’on soit au Québec ou en France, on peut dire que l’autisme n’est vraiment pas bien cerné par le monde médical et que c’est aussi un parcours du combattant de l’autre coté de l’Atlantique pour que son enfant soit pris en charge et qu’il poursuivre une scolarité aussi normale que possible.

Dans cette bande dessinée autobiographique, Yvon Roy raconte avec sensibilité, bienveillance et beaucoup d’amour la vie et le parcours de son fils qu’il rebaptise Olivier de sa naissance jusqu’à sa scolarisation dans une classe « normale ».

L’auteur nous donne voir la lente et difficile construction de sa relation avec son enfant si différent et comment il arrive à accepter son fils comme il est. Après le choc du diagnostic qui le met K.O et qui lui amène un flot de questions (aura-t-il une vie normale ? Saura-t-ils parler ? Avoir un métier ? Une amoureuse ?…), la tentation de la fuite auquel son couple ne résistera pas, ce papa choisit de combattre les crises de son fils et de casser toute ritualisation et routine.

Et le moins que le puisse dire c’est que ce ne sera pas facile puisque le quotidien d’un autiste tourne autour de ces ritualisations mais que chaque étape sera une petite victoire qui mises bout à bout vont permettre à Olivier de sortir de son isolement et de côtoyer d’autres enfants.

Grâce à son métier de dessinateur qui lui laisse beaucoup de temps libre, il consacre chaque jour plusieurs heures à son fils pour lui apprendre à parler, à le forcer à le regarder sans ses yeux, à lui apprendre des chansons… et tout ce travail a fini par payer puisque dans la conclusion de la bande dessinée on apprend que Tommy, le véritable enfant de Yvon Roy, est un adolescent comme les autres qui arrive à vivre en société avec son autisme car autiste on l’est à vie.

En partageant ce morceau de vie avec nous et son difficile combat pour amener son fils à rompre son isolement, Yvon Roy offre à tous un magnifique message d’espoir et permet aux parents concernés de voir qu’il y a parfois malgré les décalages, des possibilités d’intégration pour les autistes !

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé Les petites victoires, une bande dessinée sensible, émouvante et nécessaire que je ne peux que vous inciter à découvrir à votre tour.

Un grand merci à Doriane et aux éditions Rue de Sèvres pour cette belle lecture !

Irena tome 2 Les justes – Jean-David Morvan, Séverine Trefouël & David Evrard

1940, l’armée nazie a envahi la Pologne. À Varsovie, les Juifs de la ville ont été parqués dans le ghetto : un quartier entier entouré de murs. Quiconque tente de s’en échapper est abattu sans sommation ; les seuls qui peuvent y entrer sont les membres du département d’aide sociale. Parmi eux, Irena vient tous les jours apporter vivres et soutien à ceux qui sont enfermés dans cet enfer et qui souffrent de maladies et de malnutrition. Ici, tout le monde la connait, les enfants l’adorent. Car Irena est un modèle de courage : elle n’hésite pas à tenir tête aux gardiens, à faire toujours plus que ce qu’autorise l’occupant nazi. Le jour où, sur son lit de mort, une jeune mère lui confie la vie de son fils, Irena se met en tête de sortir clandestinement les orphelins du ghetto. Pour que l’innocence soit épargnée de la barbarie, elle doit être prête à risquer sa vie.

Varsovie, 1942. Irena Sendlerowa est membre du centre citoyen d’aide sociale polonais. Chaque jour, elle se rend dans le ghetto de Varsovie pour y apporter aide morale, nourriture, vêtements et médicaments.

Mais Irena, fille d’un médecin socialiste mort au combat, est révoltée par le sort de ses compatriotes juifs et se met en tête d’extraire les enfants du ghetto de Varsovie pour leur donner une chance de survivre au régime nazi.

Avec l’aide du chauffeur de l’aide sociale, de ses collègues, de prêtres et de religieuses, elle met en place une vaste opération au nez et à la barbe des gardiens du ghetto et des S.S de Varsovie…

Nous avions laissé Irena sur une table de torture, nous la retrouvons en pleine action, tremblant à chaque opération pour les enfants dont la vie est en jeu mais aussi pour ses amis et camarades qui risquent leur existence chaque jour.

Décédée en 2008, déclarée Juste parmi les nations en 1965, Irena Sendlerowa, a réellement existé. Résistante et militante polonaise, fut lune des plus grandes héroïnes de la Seconde Guerre Mondiale, sauvant près de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie.

Et pourtant elle m’était totalement inconnue jusqu’à ma lecture de Irena tome 1 Le ghetto écrit par Jean-David Morvan qui a découvert son histoire en lisant par hasard un article sur elle qui a eu le déclic : sa vie devait être racontée.

Avec Séverine Tréfouël et David Evrard, ils retracent sur trois albums le combat humaniste de cette « mère des enfants de l’Holocauste », un destin incroyable et une femme exceptionnelle à tous points de vue.

Ce second tome sans pathos m’a émue aux larmes car une fois de plus les auteurs ne nous cachent rien de l’horreur vécue par les captifs du ghetto et victime de l’épuration ethnique décidée par le régime d’Hitler mais aussi le sort réservé aux résistants et les séances de torture auxquels ils étaient soumis jour après jour.

Cette bande dessinée classée jeunesse n’est en aucun cas à mettre dans les mains des plus jeunes et se destine plutôt aux adolescents et aux adultes, il y a des scènes atroces de tortures et d’exécutions sommaires, de lentes agonies d’êtres humains affamés, qu’ils soient vieillards, adolescents ou enfants, assez insoutenables, rien ne nous est épargné, même si le dessin naïf et doux de David Evrard vient adoucir certaines situations.

Les pages alternent entre couleurs vives (symbolisant l’espoir) et les couleurs sombres (pour les scènes de torture avec les nazis).

Le travail de documentation des auteurs est remarquable et leur approche est très pédagogique car l’histoire se lit facilement et propose différents niveaux de lectures permettant aux adultes de prendre conscience des atrocités de cette période tout en restant accessible à des lecteurs plus jeunes qu’il faut néanmoins accompagner dans cette lecture car certains passages, vous vous en doutez, sont très durs et ne sont pas à mettre dans les mains des plus émotifs.

Il est essentiel de continuer à parler de la shoah et des Justes afin que les plus générations soient sensibilisées à l’heure où de plus en plus de pays ont la tentation du repli sur soi et du nationalisme.

Toucher, émouvoir, parler d’hier pour raconter aujourd’hui, une mission remplie haut la main par Jean-David Morvan et un coup de coeur que je vous recommande vivement !

Collaboration horizontale – Navie & Carole Maurel

Il existe un chapitre peu vertueux de l’histoire que l’on appelle « la collaboration horizontale ». A l’heure où les soldats mourraient, où les résistants luttaient, où les innocents étaient exterminés, certains allemands, certaines françaises se désiraient, se touchaient, s’aimaient… Que se passait-il derrière la porte de ceux dont la guerre n’était pas l’unique infirmière.

1942, Paris, Passage de la Bonne Graine. Rose vit seule avec son fils depuis le départ de son mari pour le front. Cette infirmière revit depuis que Raymond n’est plus là, soulagée de ne plus prendre des coups, soulagée que Lucien ne prenne plus de raclées pour un oui ou pour un non.

En plus de soigner les malades et les blessés, Rose cache son amie juive Sarah et son fils Anaël, recherchés par les allemands. Un jour que l’on sonne à sa porte, Rose découvre sur le palier un officier allemand, chargé de l’enquête concernant Sarah.

Pour sauver Sarah, elle décide de faire un allié de Mark et va tomber éperdument amoureuse de lui, et Mark, d’elle. Leur amour passionné et caché va lui révéler la femme quelle est…

La seconde guerre mondiale n’est pas comme vous le savez déjà ma période de prédilection mais tout ce qui touche aux femmes m’intéresse, je n’ai donc pas hésité à emprunter Collaboration horizontale à la médiathèque dont le pitch m’a interpellé.

On le sait, les femmes paient toujours un lourd tribu au cours des guerres, elles sont malmenées dans leur intégrité physique par les envahisseurs et lorsqu’elles tombent réellement amoureuses d’un ennemi, on les taxe des noms d’oiseaux les plus fleuris, voire on leur fait payer très cher leur moment d’égarement.

C’est ce qui est arrivé à bon nombre de femmes après la Libération : mises à nu, molestées, tondues voire parfois tuées. Leur crime : la collaboration horizontale, c’est-à-dire avoir aimé un allemand.

C’est tout le sujet de cette bande dessinée signée Navie et Carole Maurel qui retrace le quotidien de Rose et des habitants de son immeuble pendant la guerre et qui nous montre que rien n’est tout blanc ni tout noir.

Rose est une bonne personne, résistante à sa manière puisqu’elle cache des juifs et leur évite ainsi une mort quasi certaine dans un camp de concentration. Et elle aussi amoureuse d’un officier allemand qui se montre bon et respectueux envers elle, ce que son mari n’est pas.

Ils rêvent de s’enfuir et se marier mais la réalité de la guerre va les rattraper et le cœur de Rose va se briser à jamais.

J’ai été totalement séduite et conquise par Collaboration horizontale, le scénario est bien écrit et crédible, bien étayé historiquement parlant, il met en lumière les femmes à travers Rose et ses voisines, et se révèle passionnant. Ses dessins sous forme de vignettes ou de pleines pages, sont très beaux, avec une parfaite maîtrise des couleurs.

L’histoire de Rose et des habitants de son immeuble provoque plein de sentiments différents : j’ai été émue, en colère, triste, heureuse, attendrie… et elle me restera longtemps en mémoire.

Un bel hommage aux femmes, un coup de cœur, une pépite que je vous recommande chaudement !

Agatha la vraie vie d’Agatha Christie – Anne Martinetti, Guillaume Lebeau & Alexandre Franc

Lu dans le cadre du mois anglais :

Saviez vous qu’Agatha Christie a elle-même organisé sa propre disparition pour punir un mari infidèle, qu’elle n’a eu de cesse de voler, de faire du surf, qu’elle a voyagé en Irak, en Egypte, n’imaginant pas de limite à sa liberté. Indéniablement Dame Agatha nous est familière, et sa reconnaissance internationale. Pourtant qui connaît le vrai visage de la Duchesse de la mort ? Loin de n’être que cette bourgeoise conservatrice à l’embonpoint sympathique, coupable de romans policiers populaires, la vénérable Anglaise était avant tout une femme moderne, complexe et secrète. Un personnage bien plus énigmatique que tous ceux qu’elle a inventés !

Retracer toute la vie de la célèbre reine du crime sous le biais d’un roman graphique, voici ce que nous proposent Anne Martinetti et Guillaume Lebeau. Si j’ai lu presque tous les romans d’Agatha Christie il y a de cela de nombreuses années, je ne me suis jamais vraiment intéressée à sa vie jusqu’à ce que je tombe sur ce roman graphique.

Sur un peu plus d’une centaine de pages, les auteurs reviennent sur le parcours de celle qui a écrit 80 romans et nouvelles vendus à deux milliards d’exemplaires dans le monde et créé des personnages aussi emblématiques du roman policier que sont Hercule Poirot, Miss Marple, Ariadne Oliver (son double) et Tommy et Tuppence Beresford.

Résumer la vie complète de Dame Agatha en 120 pages est impossible, Anne Martinetti et Guillaume Lebeau préfèrent revenir en détails sur les pans les plus importants de sa vie. L’ouvrage débute sur la disparition brutale et mystérieuse de la romancière en 1926 qui a fait couler beaucoup d’encre à l’époque. Une disparition mise en scène par Agatha Christie pour se venger des infidélités de son premier mari.

Ils reviennent aussi sur son enfance choyée, son rôle pendant la première guerre mondiale, ses deux mariages, la naissance de sa fille, ses voyages archéologiques en compagnie de son second époux… ce qui nous permet d’appréhender dans les grandes lignes ce que fut sa vie.

Mais ce qui est passionnant c’est de découvrir la femme derrière l’auteure éclipsée par ses personnages, sa psychologie. Nous avons l’image d’une vieille dame la concernant, volontiers conservatrice, alors qu’elle était en fait une femme moderne, éprise de liberté et d’indépendance.

Les auteurs abordent aussi le processus de création de ses romans, la relation qui l’unissait avec ses personnages, les romans qu’elle signait sous le nom de Mary Westmacott, et nous révèlent quels étaient ses romans préférés et ce qu’elle pensait des adaptations cinématographiques de ses ouvrages.

Mettre ainsi toute une vie sous forme dessinée a quelque chose d’attrayant, les graphismes on ne peut plus classiques et très colorés de Alexandre Franc sont agréables et un véritable plus qui contribuent à la réussite de cette biographie graphique.

Cerise sur le gâteau, en toute fin d’ouvrage, nous avons à disposition la chronologie détaillée de la vie d’Agatha, une bibliographie très complète, classée par romans et recueils de nouvelles, par héros ou héroïne(s), ainsi que ceux “hors catégorie” sans personnages récurrents.

Agatha la vraie vie d’Agatha Christie est à mon sens une bonne entrée en matière pour se familiariser avec la personnalité de cette romancière, reposant sur une documentation solide et une façon agréable d’appréhender son oeuvre. Je recommande !

 

Culottées tome 2 – Pénélope Bagieu

Sonita, rappeuse afghane et exilée militante ; Thérèse, bienfaitrice des mamies parisiennes ; Nellie, journaliste d’investigation au XIXe siècle ; Cheryl, athlète marathonienne ; Phulan, reine des bandits et figure des opprimés en Inde… Les Culottées ont fait voler en éclat les préjugés. Quinze nouveaux portraits drôles et sensibles de femmes contemporaines qui ont inventé leur destin.  heart_4

Vous n’êtes pas sans savoir que j’adore Pénélope Bagieu et les destins de femmes, l’histoire des femmes m’intéresse beaucoup et la série Culottées ne pouvait par conséquent que m’intéresser et me plaire.

Si dans le premier tome, Pénélope Bagieu balayait plusieurs siècles d’histoire, dans Culottées 2, elle s’attelle davantage à nous faire découvrir quinze personnalités contemporaines dont certaines sont toujours en vie.

Et je dois dire que si j’avais beaucoup aimé Culottées 1, j’ai tout autant apprécié ce deuxième tome, tout aussi réussi et qu’il m’a permis de découvrir une fois de plus quinze destins incroyables de femmes en avance sur leur temps, qui ont osé bousculé les codes pour exercer des métiers jusqu’ici réservés aux hommes.

Quinze portraits présentés de manière très synthétique donc, qui mettent en lumière Temple Grandin (interprète des animaux), Sonia Alizadeh (rappeuse afghane), Chéryl Bridges (athlète de marathon), Thérèse Clerc (activiste de la cause des femmes), Betty Davis (chanteuse), Nellie Bly (journaliste et inventrice du journalisme d’investigation), Phulann Devi (reine des bandits), The Shaggs (rock stars), Katia Krafft (volcanologue), Jesselyn Radack (avocate), Heddy Lamar (actrice et inventrice), Naziq Al-Abid (activiste), Frances Glessner Lee (miniaturiste du crime), Mae Jemison (astronaute) et Peggy Guggenheim (mécène de l’art moderne).

Ces femmes ont le disais-je eu des destins assez incroyables même si elles ne sont pas forcément rentrées dans l’Histoire, elles ont souvent marqué les esprits de leurs contemporains ou fait avancer la cause des femmes et elles démontrent surtout l’adage que lorsque l’on veut on peut car toutes ces femmes n’en ont fait qu’à leur tête, au mépris des conventions sociales de leurs temps !

Chaque chapitre est concis et nous permet de bien appréhender chacune de ses femmes et se clôt par une très belle illustration en double page, à la manière d’un tableau, qui permet à l’auteure d’exercer pleinement ses talents graphiques, je les ai toutes trouvées très réussies et pleines de couleurs.

Tous ces portraits m’ont permis de découvrir des femmes dont j’ignorais l’existence, Nellie Bly mise à part dont je connaissais le nom mais dont je ne savais pas grand chose. J’ai été particulièrement impressionnée par Frances Glessner Lee qui a inventé la miniaturisation des scènes de crimes, un métier qu’elle a inventé et qui existe aujourd’hui encore, Phulann Devi, une indienne dont la vie m’a révolté tant elle a souffert dans son corps et par Katia Krafft, passionnée de volcans et qui en est morte.

Mais que vous connaissiez ces femmes ou pas, je vous recommande ce second tome qui mêle féminisme et humour, à feuilleter et à lire sans modération !

Le travailleur de la nuit – Matz & Léonard Chemineau

Alexandre Jacob a connu un destin hors du commun. Son gang de cambrioleurs, surnommé « Les Travailleurs de la nuit » par les journalistes, a écumé la France entière, défrayé la chronique, et Jacob, qui laissait sa carte avec un mot d’humour à ses victimes, distribuait ses butins énormes aux nécessiteux, vivant modestement. Il aurait inspiré Arsène Lupin. Auparavant, il a couru le monde, depuis son plus jeune âge, comme mousse et marin. Il en a retiré une vision du monde personnelle et de solides convictions anarchistes. Il ne supporte pas l’injustice et l’hypocrisie. Mais son engagement politique le conduit en prison et à ne plus pouvoir travailler, ce qui le jette dans la carrière criminelle. Après un procès retentissant, où il insulte les juges et les jurés, menacés de mort par ses complices, il est condamné à finir sa vie au bagne, à Cayenne. Mais ce serait mal le connaître de penser qu’il se plierait à une telle sentence…

Paris, 1905. Alexandre Jacob fait face à ses juges et ses réparties ne manquent pas de sel. D’un milieu populaire, Jacob, 26 ans, a déjà vécu mille vies lorsqu’il se fait arrêter en flagrant délit de cambriolage. De mousse à typographe, apprenti pharmacien et anarchiste, Jacob est un homme instruit, aimant les livres, qui mène malgré les millions acquis par ses vols, une vie des plus simples, refusant la vie de bourgeois, pour rester fidèle à ses engagements.

Il ne vole que les riches oisifs et le clergé, en bon anticlérical qu’il est et fait figure de modèle d’inspiration pour le personnage de Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, même si Maurice Leblanc s’en défendra toujours, il y a quelques similarités qui ne trompent pas.

Matz et Léonard Chemineau retracent dans Le travailleur de la nuit la vie singulière d’Alexandre Jacob, un personnage haut en couleur et terriblement attachant, un homme droit dans ses bottes qui voulait imposer l’anarchisme en tapant où ça fait mal, au portefeuille, et non en usnat de violence, en refusant de poser des bombes comme bon nombre d’anarchistes de la fin du 19è et début du 20è.

Un voleur anarchiste aux antipodes de Jules Bonnot et sa bande, plein d’humour, qui signe ses forfaits d’une carte au nom d’Attila, sur laquelle il inscrit parfois des mots, comme « Dieu des voleurs, recherche les voleurs de ceux qui en ont volé d’autres. » (Rouen, église Saint-Sever, nuit du 13 au 14 février 1901).

Homme intelligent et ingénieux, il achète tous les modèles disponibles de coffres-forts pour mieux les fracturer, coince des morceaux de papier dans les portes de ses futures victimes et passe le lendemain vérifier s’ils sont toujours en place, il monte soigneusement chaque coup, ne laissant rien au hasard et va ainsi avec sa bande, piller aux quatre coins de la France, en se déplaçant rapidement grâce aux chemins de fer et en trouvant ses proies grâce au bottin dans lequel les plus riches sont fiers d’apparaître !

Avec sa bande, dont sa propre mère et sa compagne, il a réussi plus de 500 cambriolages dans tout l’hexagone et même à l’étranger avant son arrestation et sa déportation pour le bagne de Cayenne.

Une personnalité hors du commun dont je ne soupçonnais pas l’existence et que j’ai découvert grâce à cette biographie très fidèle signée Matz pour le scénario et mise en dessins et couleurs avec talent par Léonard Chemineau.

Un récit scindé en plusieurs parties : une jeunesse en mer qui raconte l’engagement du jeune Alexandre en tant que mousse parcourant le monde et subissant les assauts pédophiles de son chef, l’illégaliste qui revient sur sa découverte du mouvement anarchiste, les travailleurs de la nuit qui nous narre les cambriolages de Jacob et sa bande, la guillotine sèche qui nous dévoile ses années de bagne et enfin je me suicide un samedi qui nous dresse brièvement ses dernières années.

Un homme qui ne sera pas brisé par le bagne, il y a restera vingt-cinq ans lorsque la plupart de ses camarades meurent dans les cinq premières années, grâce à sa grande volonté et son intellect, qu’il ne se cessera de nourrir par ses lectures, notamment celle du code pénal.

Cette bande dessinée passionnante, emmenée sur un rythme élevé et sans temps mort, a la bonne idée de mettre en lumière la vie d’un homme en révolte permanente, généreux et cultivé, qui n’a jamais courbé l’échine et s’est battu pour ses idées, pour une vraie égalité entre les êtres humains, et qui prônait la solidarité avant tout.

Que vous dire de plus sinon que j’ai beaucoup aimé ce personnage et le travail réalisé par Matz et Chemineau, ça vous l’aurez compris, et que je vous la recommande chaudement, j’espère que vous l’avez compris aussi.

Un grand merci à Doriane et aux éditions Rue de Sèvres pour cette découverte !