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Archive for the ‘Romans graphiques et bd’ Category

Lu dans le cadre du Mois anglais 2022

Dans les écrits de Conan Doyle, Watson n’a pu dépeindre que la face émergée de Sherlock Holmes. Mais dans cette enquête inédite, nous pénétrons visuellement le mental du détective, le long du fil de son raisonnement, et à travers l’architecture de son monde interdit.

Alors que Sherlock Holmes et le Dr Watson sont sur la piste du magicien chinois Wu-Jing, le ministre des Colonies Britanniques est à son tour visé. Cette fois, ce sont les plus hautes sphères de l’Etat qui sont frappées.

Quel genre de complot le sulfureux mage peut-il bien tramer ? Le célèbre détective est décidément confronté à un personnage aussi secret qu’inquiétant et il n’est pas au bout de ses surprises…

Vous l’ignorez peut-être mais mon Empereur de fils et moi adorons Sherlock Holmes. L’affaire du ticket scandaleux, le second tome de la duologie Dans la tête de Sherlock Holmes ne pouvait que rejoindre nos PAL respectives, tant nous avions adoré le premier opus !

Une fois n’est pas coutume, parlons de l’objet livre qui est tout simplement magnifique : la première de couverture, en carton épais, offre une découpe de la tête du mystérieux bandit avec lequel Holmes et Watson sont aux prises.

Quant aux planches, elles sont à l’avenant. La qualité du papier doux et épais, qu’on a plaisir à manipuler, l’odeur particulière du livre, des couleurs vieillies avec des tons sépia et orangé.

Benoit Dahan a un grand talent de coloriste et il ressuscite à merveille l’ambiance victorienne, j’ai adoré son travail et il participe grandement à faire de ce roman graphique, un gros coup de cœur.

Vous avez eu l’occasion de voir en détail sa virtuosité dans mes stories sur Instagram, si vous ne me suivez pas encore, un conseil : abonnez-vous ici car j’y dévoile mes réceptions livresques, mes lectures…

Quant au scénario de Cyril Lieron, adapté de L’oeuvre de sir Arthur Conan Doyle, il est fidèle à l’œuvre et au canon holmésien, à l’ambiance des différents titres mettant en scène Holmes & Watson, à la psychologie des personnages.

Mais fidélité ne veut pas dire manque d’originalité, bien au contraire : le procédé narratif choisi par les auteurs est particulièrement bien vu puisque l’on est littéralement dans la tête du détective, dans son mode de pensée.

Je ne pourrai vous citer ici toutes les trouvailles graphiques géniales qui émaillent le récit, elles sont nombreuses et ce serait dommage de vous enlever le plaisir de les découvrir par vous-même. Imaginative, esthétique, astucieuse, bien dessinée et bien écrite, voilà les atouts de cette bande dessinée.

La manière même de raconter l’histoire est très originale et les pages s’avalent à une vitesse folle, trop d’ailleurs, car je suis vite parvenue à son terme avec qu’une seule envie, relire les deux tomes !

Gros coup de cœur pour cette duologie, tant pour le schéma narratif, les dessins et le travail éditorial des éditions Ankama, je vous le recommande chaudement.

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Attirée très jeune par le dessin et l’écriture, Milena commence des études d’art aux Beaux-Arts de Quimper. Après son DNAP, elle part poursuivre ses études à l’école Saint-Luc de Liège pour se spécialiser en bande dessinée. Son diplôme en poche, elle s’installe à Nantes.

Mes petites cités de caractère en Bretagne est le carnet de voyages de Milena à travers les quatre départements bretons. Missionnée avec un auteur pour faire découvrir quelques villages au riche patrimoine, elle passe six semaines dans six villages bretons ayant obtenu le label très prisé des petites cités de caractère.

La jeune illustratrice BD, elle-même bretonne, se met en scène à la découverte de pittoresques villes et villages de Bretagne en les croquant. Elle en tire un récit illustré où l’on apprend beaucoup tout en s’amusant.

L’autrice trouve là une manière originale de présenter le patrimoine des « Petites cités de caractère en Bretagne », label touristique connu et reconnu qui distingue des lieux chargés d’histoire dans des sites d’exception.

On déambule avec elle dans le dédale des ruelles médiévales, au pied de maisons en pan-de-bois ou aux épais murs de granit… On visite les échoppes d’artisans d’art et les grands monuments, en particulier les églises et leurs gargouilles pour lesquelles Milena a une véritable passion.

Six petites cités aux quatre coins de la Bretagne sont passées au crible : Châteaugiron et Bécherel (Ille-et-Vilaine),  le village médiéval de Montcontour (Côtes-d’Armor), Pont-Croix et Le Faou (Finistère), Josselin (Morbihan).

Mis à part Josselin que j’ai connais puisque j’habite dans le Morbihan, les autres cités m’étaient totalement inconnues et ce petit guide m’a donné envie de les découvrir car elles ont l’air pittoresques et charmantes. Objectif rempli donc !

Milena intègre aussi à son guide ses impressions, son humour, la façon dont le projet s’est formé, son quotidien dans les résidences artistiques où elle travaille, ce qui rend l’ouvrage très vivant.

Si j’ai bien aimé son coup de crayon lorsqu’elle croque les monuments, les rues, les gargouilles, les maisons, etc, je n’apprécie guère sa façon de dessiner les personnes et notamment les visages, comme c’est très ponctuel, cela ne m’a pas gênée mais je ne pense pas lire ses autres bandes dessinées pour cette raison.

Néanmoins, j’ai apprécié ce petit guide et me promener dans ces petites cités de caractère et si vous aimez la Bretagne et que vous souhaitez découvrir quelques morceaux de son patrimoine, je vous le recommande.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Locus Solus pour cette lecture !

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Arianna Melone est une auteure italienne diplômée de l’École internationale de Bande dessinée de Naples et l’auteure du roman graphique féministe Gianna. Véro Cazot est une scénariste de bande dessinée française spécialiste d’histoires de femmes, elle est notamment l’auteure, avec Julie Rocheleau, de la fable burlesque Betty Boob.

Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange bal, le Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires.

Cet événement joyeux en apparence cache une réalité bien plus sordide : ce bal costumé et dansant n’est rien d’autre qu’une des dernières expérimentations de Charcot, adepte de l’exposition des fous.

Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques, ce bal étanche la curiosité des riches bourgeois venus voir de près ces folles.

Parmi elles, il y a Louise, une jeune fille abusée par son oncle ; Thérèse, la prostituée au grand cœur, qui, lasse d’être battue, a eu le tort de pousser son souteneur dans la Seine ; Eugénie Cléry, qui, parce qu’elle dialogue avec les morts, est envoyée par son père croupir entre les murs de cet hôpital qui ressemble bien plus à une prison qu’à un établissement de soins.

Car dès lors que l’on est admise dans le service du professeur Charcot et de ses assistants, on a bien peu de chance d’en sortir. Aux premières loges, il y a Geneviève, une infirmière en poste depuis vingt ans, dévouée corps et âme à la Salpêtrière et à Charcot, qu’elle vénère.

Mais l’arrivée d’Eugénie va faire vaciller les certitudes de l’infirmière et changer sa vie à jamais…

Véro Cazot et Arianna Melone s’emparent du célèbre roman de Victoria Mas, Le bal des folles, et nous dévoilent, dans les pas d’Eugénie, une société de femmes prisonnières des hommes… un monde où la folie, les ombres et l’humanité n’apparaissent pas toujours là où on les attendait.

L’adaptation est fidèle au roman dont elle capte l’essentiel, à savoir la condition des femmes au XIXe siècle, tributaires d’une société patriarcale qui leur interdit toute déviance et les emprisonne. Une société où les femmes doivent se soumettre aux injonctions sociales et aux besoins des hommes si elles ne veulent pas être sévèrement bannies.

Eugénie, l’héroïne de cette histoire, est bien mise en valeur. J’ai apprécié les changements de couleurs censés refléter son état d’esprit, ses oscillations entre espoir de sortie et découragement devant l’entêtement des hommes enfermés dans leur croyance. J’ai regretté en revanche que Geneviève, l’infirmière qui joue un rôle essentiel dans l’histoire, soit représentée sous les traits d’une femme laide et revêche.

Très documenté, ce roman graphique dépeint habilement l’univers psychiatrique, clos et troublant, révélant une réalité historique peu glorieuse, celle des méthodes très limites du docteur Charcot et de ses collègues de la Salpêtrière.

Les illustrations d’Arianna Melone faites de crayons de couleur et d’aquarelles, confèrent douceur et puissance au drame de Victoria Mas. Une adaptation réussie, très plaisante à lire et à regarder, que je vous conseille si vous avez aimé le roman !

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Après plusieurs années passées dans les jeux vidéo et l’animation japonaise, Guillaume Dorison devient directeur littéraire chez Les Humanoïdes Associés en 2006 où il lance la collection Shogun, dédiée aux créations de manga originaux. Jean-Baptiste Hostache commence à travailler dans l’animation en tant que décorateur. Depuis, Jean-Baptiste Hostache travaille sur Shuriken School et sur Anatane et les enfants d’Okura, deux séries animées où il fait du design-décor.

1894. Paris est au centre du monde. Artistes, inventeurs et industriels se fréquentent dans une grande fièvre. La technique est au centre de toutes les préoccupations. Les arts, comme l’économie ou les sciences, se rationalisent. Le monde entier semble en passe d’être mécanisé…

Six personnes détiennent le même secret. Une invention démoniaque dont ils cherchent à comprendre le sens et maîtriser la puissance. Ils sont ingénieur, fils de boucher, magicien, forain ou jeune secrétaire-sténographe.

Ils sont jeunes, rêveurs, ambitieux et vont devoir se démarquer. Ils se nomment Léon Gaumont, Charles Pathé, Georges Méliès, Louis et Auguste Lumière ou Alice Guy. Et leur enjeu s’appelle le Cinéma.

Avec Les pionniers, Guillaume Dorison et Damien Maric au scénario et Jean-Baptiste Hostache aux dessins, proposent de nous relater par le menu l’histoire du cinématographe.

Dans ce premier tome La machine du diable, nous assistons à la naissance du cinématographe et à la bataille des brevets qui fait rage entre les frères Lumière et les futurs studios Gaumont et Pathé.

L’ouvrage se révèle absolument passionnant de la première à la dernière page et complète ma récente lecture de la biographie graphique sur Alice Guy signée Catel & Bocquet.

Les auteurs reviennent donc sur les balbutiements du cinématographe, des premières projections aux premières salles de cinéma, et s’ouvre sur l’incendie du bazar de la charité qui a bien failli enterrer le cinématographe.

Outre les aspects techniques et commerciaux du cinéma, ce sont les personnalités émergeantes du septième art qui nous sont révélées : Georges Déménÿ, les frères Lumière, Gaumont, Pathé, Méliès et bien-sûr Alice Guy.

Les batailles entre les deux premiers studios font rage pendant que l’artisan Georges Méliès fabrique dans son propre studio les films qui sont passés à la postérité. L’illusionniste et ancien forain fait tout de A à Z : les prises de vues, les costumes, les décors et les premiers trucages.

Au temps où le copyright n’existe pas encore, ces pionniers n’hésitent pas à s’emparer des inventions et des films créés par les autres, ruinant au passage les inventeurs et premiers artisans de ce nouvel art.

Le scénario est, vous l’aurez compris, absolument passionnant et riche d’enseignements. Les planches très élégantes de Jean-Baptiste Hostache servent à merveille les auteurs. J’ai beaucoup aimé son coup de crayon, ses couleurs et ses décors.

Un premier tome très réussi que je vous recommande vivement ! Pour ma part, j’ai hâte de découvrir la suite de cette histoire et je serai au rendez-vous du second tome lorsqu’il paraîtra, l’année prochaine sans doute.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette merveille, j’ai adoré !

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Après un an passé aux Beaux-Arts de Paris et trois à Saint-Luc (Bruxelles) en option bande dessinée, Thomas Gilbert, 26 ans, est repéré par Casterman pour la série Bjorn le Morphir. Une série fantastique dont il poursuit l’adaptation pour Rue de Sèvres, en collaboration avec Thomas Lavachery. Il est également l’auteur d’Oklahoma Boy. Il vit à Bruxelles.

Claire Fauvel a étudié l’illustration à l’école Estienne, puis le cinéma d’animation à la prestigieuse école des Gobelins à Paris. Après avoir travaillé un an comme décoratrice pour une série animée, elle s’est lancée dans la bande dessinée afin de raconter ses propres histoires. Paru en mai 2017, La Guerre de Catherine est son premier titre chez Rue de Sèvres, lauréat du Fauve d’Angoulême-Prix Jeunesse 2018 et du Prix Artemisia de la fiction historique.

Ava, chorégraphe reconnue, ironise sur le fait qu’elle vient d’obtenir une bourse pour la création d’un spectacle alors qu’elle a décidé d’arrêter la chorégraphie. Après une ascension fulgurante, Ava est vide de toute inspiration, désabusée, jugeant son art inutile face aux enjeux sociétaux du moment.

Son amie Suzanne, lui conseille tout de même de monter ce spectacle et pour lui changer les idées, l’entraîne au gala de fin d’études de l’école de danse contemporaine dans laquelle Ava a été formée. Dès les premiers instants, l’oeil d’Ava est aimanté par Ian, l’un des danseurs, dont la fougue et la passion sur scène, lui rappelle sa propre jeunesse.

À la fin du spectacle, Ava le retrouve et sans prendre totalement la mesure de ce qu’elle est en train de faire, lui explique qu’elle travaille sur un nouveau spectacle pour lequel elle aimerait lui proposer le rôle principal. Ava n’ a aucune idée en tête mais juste l’envie de créer une nouvelle façon de danser, basée sur l’improvisation.

Les deux commencent à travailler ensemble, à échanger et découvrent qu’ils partagent une certaine vision du monde, des questions sociales et écologiques et bien plus encore… la passion de leur art et une attraction l’un pour l’autre de plus en plus forte. 

Lumière noire mêle questions environnementales, migrations et affres de la création à travers les personnages d’Ava, toute à son art, la danse, et Ian, son danseur et amant, très préoccupé par l’écologie et la crise migratoire.

L’histoire proposée par Claire Fauvel et Thomas Gilbert qui signent ici à la fois le texte et les illustrations, est très actuelle. Engagé et percutant, ce roman graphique plonge le lecteur dans une histoire sombre et lumineuse, d’où son titre, criante de vérité, franchement terrifiante et angoissante.

Mieux vaut être dans un bon mood pour lire ce récit où tout tourne à l’extrême : l’engagement pour la danse, pour l’écologie, les migrants, avec les penchants les plus sombres (Ava a un côté très destructeur) comme les plus fous (la passion qui unit Ian et Ava).

Le récit nous pousse à nous interroger mais peut aussi faire peur par l’extrémisme des personnages. J’ai toutefois été sensible à la personnalité solaire de Ian, à ses combats, à son besoin de prendre de la distance avec Ava qui se révèle très toxique.

Les dessins et les couleurs choisies tantôt sombres tantôt lumineuses servent à merveille le récit, les propos et les deux versants de cette histoire tantôt sombre tantôt lumineuse. Les moments de danse sont réellement bien mis en valeur tout en énergie, puissance et sensualité.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cet envoi et pour leur confiance.

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José-Louis Bocquet mène de front les activités d’écrivain et de scénariste. Pour Catel, il a aussi écrit les biographies sur Kiki de Montparnasse et Joséphine Baker. Leur quatrième ouvrage en commun est consacré à Alice Guy, pionnière du cinéma. Catel Muller, diplômée des Arts décoratifs de Strasbourg, se spécialise dans le portrait en bandes dessinées de femmes remarquables. Son album Ainsi soit Benoîte Groult chez Grasset obtient le prix Artémisia de la bande dessinée féminine.

En 1895, à Lyon, les frères Lumière inventent le cinématographe. Moins d’un an plus tard, à Paris, Alice Guy, 23 ans, réalise La Fée aux choux pour Léon Gaumont. Première réalisatrice de l’histoire du cinéma, elle dirigera plus de 300 films en France.

En 1907, elle part conquérir l’Amérique, laissant les Films Gaumont aux mains de son assistant Louis Feuillade. Première femme à créer sa propre maison de production, elle construit un studio dans le New Jersey et fait fortune. Mais un mariage malheureux lui fait tout perdre.

Femme libre et indépendante, témoin de la naissance du monde moderne, elle aura côtoyé les pionniers de l’époque : Gustave Eiffel, Louis et Auguste Lumière, ou encore Georges Méliès, Charlie Chaplin et Buster Keaton.

Elle meurt en 1969, avec la légion d’honneur, mais sans avoir revu aucun de ses films – perdus et oubliés. C’est en 2011, à New York, que Martin Scorsese redonne un coup de projecteur sur cette femme exceptionnelle.

J’avais beaucoup aimé les biographies en images d’Olympe de Gouges, Kiki de Montparnasse et Joséphine Baker signées Catel et Bocquet, je n’ai donc pas hésité une seconde avant de jeter mon dévolu sur celle consacrée à Alice Guy, une pionnière du cinéma qui a eu un destin incroyable et hélas vite tombée dans l’oubli, et j’étais vraiment curieuse d’en savoir plus à son sujet.

Née le 1er juillet 1873 à Saint-Mandé et morte le 24 mars 1968 à Wayne dans l’État du New Jersey , Alice Guy est une réalisatrice, scénariste et productrice de cinéma française, ayant travaillé en France et aux États-Unis.

Pionnière du cinéma, elle propose à Léon Gaumont, chez qui elle est initialement secrétaire, de tourner de courtes fictions pour soutenir la vente des caméras et projecteurs qui peine à décoller.

Avec La Fée aux choux, qu’elle tourne en 1896, elle est la première réalisatrice de l’histoire du cinéma. Cette œuvre est parfois considérée comme la première fiction de l’histoire du cinéma, alors que cette primauté peut aussi être attribuée à Louis Lumière pour L’Arroseur arrosé, tourné un an plus tôt. 

Elle est aussi l’auteure de La Vie du Christ, considéré comme le premier péplum de l’histoire du cinéma mondial, qui propose les premières représentations filmiques de la vie de Jésus-Christ, qui ont ensuite été une source d’inspiration pour beaucoup d’autres cinéastes, français ou américains.

Il faut également la créditer d’avoir eu, la première, l’idée de faire un making-of à l’occasion du tournage de l’une de ses phonoscènes. En 1910, elle devient la première femme à créer une société de production de films, la Solax Film Co, durant sa période américaine, avant la naissance d’Hollywood, avec son mari Herbert Blaché.

Elle réussit dans ce milieu d’hommes parce qu’au début, on ne prête guère attention aux films de fiction, ce qui lui permet de montrer ses qualités dans les multiples tâches que demandent la production et la réalisation d’un film, puis de conserver son poste quand la maison Gaumont grandit avec le cinéma industrialisé et tourné vers la distraction populaire.

Mais si elle connaît le succès, elle va aussi connaître le déclin à partir des années 1920, la faute à son mari qui va causer la faillite de leur société. Après cela, elle n’arrivera plus à travailler dans le milieu cinématographique, va progressivement être oubliée et plus grave encore, va se faire piller ses oeuvres par d’autres réalisateurs qui vont s’attribuer ses films sans qu’elle puisse l’en empêcher !

Encore un bel exemple de femme invisibilisée par les hommes, heureusement réhabilitée de nos jours mais la plus grande partie de ses films est hélas perdue, comme tant de films muets introuvables aujourd’hui.

Catel et Bocquet signent ici une biographie fouillée et détaillée de cette femme incroyable, passionnante et agréable à lire, grâce aux dessins en noir et blanc, à la fois beaux et précis qui transmettent toute la gamme de sentiments.

A travers leur héroïne que l’on voit évoluer de l’enfance jusqu’à la fin de son aventure cinématographique, les auteurs montrent les débuts du cinématographe, les conditions de tournage, la création des studios, des phonoscènes, des films, etc, c’est réellement très intéressant de découvrir les balbutiements du septième art et la personnalité d’Alice Guy qui demandait à ses acteurs : « Be natural ».

Cerise sur le gâteau : à la fin de l’ouvrage, il y a une chronologie détaillée de la vie d’Alice Guy ainsi que les notices biographiques des personnes qui ont côtoyé ou gravité autour de cette pionnière du cinéma.

Si vous avez envie d’en savoir plus sur Alice Guy ou si les destins de femmes vous passionnent, je ne peux que vous conseiller cette BD, vous ne serez pas déçu.e.s !

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Pascal Rabaté est scénariste, dessinateur de bande dessinée et réalisateur français. Après avoir étudié la gravure à l’École des Beaux-Arts d’Angers, il commence sa carrière dans la bande dessinée en 1989 et publiera jusqu’en 1997 : Exode, Les Amants de Lucie, Vacances, vacances, les Pieds dedans, Un ver dans le fruit. À la lecture du roman Ibycus d’Alexei Tolstoï, il décide de l’adapter sous Ibicus, quatre volumes, qui paraîtront entre 1998 et 2001. Cette adaptation sera récompensée de nombreux prix dont l’Alph’Art du meilleur album à Angoulême et le prix des libraires Canal BD.

Loctudy, septembre 1963. La station balnéaire bretonne se vide de ses derniers résidents estivaux. Seuls Albert, Francis et Edouard, futurs étudiants prolongent leurs vacances en attendant de commencer chacun de brillantes études supérieures devant les mener vers de prestigieuses destinées toutes tracées.

Détachés de l’autorité familiale, ces fils de bonne famille comptent bien profiter de cette liberté pour vider quelques bouteilles et vivre de nouvelles expériences. Un soir sur la plage, ils font la connaissance de Odette, jolie jeune fille sans attache familiale qui saura s’y prendre pour les contraindre à participer aux cambriolages des résidences secondaires voisines.

Bien que manipulé, Albert le futur gradé militaire, en tombera amoureux et prouvera à la jeune détrousseuse professionnelle que ses sentiments sont sincères et qu’il est prêt à changer de vie pour elle…

Sous les galets, la plage raconte le premier amour d’Albert, un jeune homme de bonne famille qui se destine à devenir élève officier à St Cyr à la fin de l’été. Son chemin croise celui d’Odette, une jeune femme émancipée et libre qui va le déniaiser.

Pascal Rabaté a choisi pour toile de fond ce début des années 60 où la jeunesse est encore engluée dans les principes moraux d’avant-guerre, dégoupillés lors de Mai 68. L’auteur et dessinateur retranscrit parfaitement cette atmosphère désuète : on s’y croirait ! D’ailleurs, les familles bourgeoises pratiquantes et militaires des parents d’Albert et de ses amis correspondent bien à la Bretagne de cette époque. 

Albert et ses amis font partie de ces familles bourgeoises catholiques bon teint et Odette, l’héroïne, détonne dans ce contexte. Elle s’affranchit des codes bourgeois, mène une vie libre, n’hésite pas à se baigner nue et à coucher avec des garçons.

D’ailleurs, elle se sert de son corps et de l’attirance qu’ont les garçons pour elle afin de les piéger et les obliger à cambrioler les riches villas laissées vacantes. Albert, lui n’est pas piégé mais il est amoureux et va choisir de participer librement aux casses.

Mais dans ces familles bourgeoises et patriarcales, on ne fréquente pas n’importe qui, on ne déshonore pas sa famille et on rentre dans le rang quelles que soient les méthodes employées. Les plus inhumains ne sont pas toujours ceux que l’on croit et Odette paiera cher cette liberté.

Avec une économie de couleurs et des dessins réalistes, Pascal Rabaté nous livre un récit initiatique qui ne manque pas d’intérêt entre thriller et chronique sociale, d’autant plus que le contexte social est bien rendu.

L’histoire est plutôt convaincante et plausible dans l’ensemble même si je trouve, bien que n’étant pas pudibonde, qu’elle tourne beaucoup autour du sexe avec des scènes assez crues.

J’ai été touchée par les personnages d’Albert et d’Odette, leurs choix, leur esprit de rébellion, de refus du rôle et de la place dans la société qui leur ont été attribués d’autorité, les cantonnant d’office à une vie ou à une autre.

C’est à l’aune d’une telle histoire que l’on se dit qu’en soixante ans que de chemins parcourus même si il y a encore beaucoup de travail à faire !

Un grand merci à Rue de Sèvres pour cette découverte et pour leur confiance !

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Ancienne élève de l’ENA, Hélène Strag est scénariste et réalisatrice. Adeline Laffitte a travaillé comme journaliste durant 20 ans dans de nombreux magazines féminins. Elle est désormais scénariste pour la télévision. Hervé Duphot, diplômé en communication visuelle, a commencé sa carrière dans la publicité comme graphiste avant de se consacrer à l’illustration jeunesse et à la bande dessinée.

Fin 1970, Nicole Muchnik, jeune documentaliste au Nouvel Observateur s’indigne du sort des femmes obligées d’avorter clandestinement. Elle décide de mettre en place une action d’envergure avec le Mouvement de Libération des Femmes et de monter un « scoop » destiné à changer la société et les mentalités…

Ce sera le Manifeste des 343, rédigé par Simone de Beauvoir, signé par 343 Françaises connues ou inconnues et publié par le Nouvel Observateur le 5 avril 1971, alors que l’avortement était illégal en France.

Cette audace a marqué l’histoire du féminisme français et ouvert la voie à la loi Veil dépénalisant l’avortement, adoptée en 1975.

Du manifeste des 343, l’Histoire a surtout retenu la couverture satirique de Cabu dans Charlie Hebdo. 50 ans après, les auteurs ont voulu revenir sur les événements qui ont conduit à sa parution dans Le Nouvel Observateur et redonner à chacun·e son rôle légitime.

Mars rime avec féminin, j’avais donc très envie de vous proposer ce roman graphique qui revient sur le combat des femmes pour l’avortement, porté par des féministes, anonymes et célèbres et qui aboutira à la loi Veil du 17 janvier 1975.

Je ne connaissais que vaguement l’histoire derrière l’IVG et je suis ravie de cette bande dessinée, un peu romancée, permet d’en savoir plus sur ce combat, nos droits actuels et l’importance de ne pas les perdre.

Les auteurs nous racontent comment Le Nouvel Obs a publié le manifeste des 343. Des relations avec le MLF, aux signatures des actrices et des personnalités, voilà comment la bataille pour l’avortement à gagner des points dans une société post soixante-huitarde où règne le patriarcat.

Le scénario, très pédagogique, est bien fait et rend hommage à celles qui se sont battues pour que l’on puisse disposer de nos corps bien plus librement que pour celles qui nous ont précédées.

Il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas si longtemps, les faiseuses d’anges étaient condamnées à mort, les jeunes filles et les femmes qui n’avaient pas les moyens d’avorter à l’étranger, perdaient parfois la vie sur une table de cuisine ou devenaient stériles par manque d’hygiène et fautes de soins médicaux.

Un graphique utile et nécessaire pour ne pas oublier qu’il faut défendre encore et toujours ce droit fondamental pour les femmes à disposer de leur corps.

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Margaret Atwood, née à Ottawa en 1939, est l’auteure d’une quarantaine de livres – fiction, poésie et essais critiques. Traduite dans plus de cinquante langues, elle est l’une des plus grandes romancières de notre temps. Renée Nault est une artiste canadienne connue pour ses illustrations éclatantes à l’aquarelle et à l’encre. Son travail est apparu dans des livres, des magazines, des journaux et des publicités à travers le monde.

Dans la république de Galaad, les femmes n’ont plus aucun droit. Vêtue de rouge, Defred est une  » Servante écarlate  » à qui l’on a ôté jusqu’à son nom.

Réduite au rang d’esclave sexuelle, elle a été affectée à la famille du Commandant et de son épouse et, conformément aux normes de l’ordre social nouveau, met son corps à leur service. Car à une époque où les naissances diminuent, Defred et les autres Servantes n’ont de valeur que si elles sont fertiles. Sinon…

Dans une description d’une force peu commune, Defred se remémore le monde d’avant, quand elle était une femme indépendante, jouissant d’un emploi, d’une famille et d’un nom à elle. Aujourd’hui, ses souvenirs et sa volonté de survivre sont de véritables actes de rébellion.

Après la série, La servante écarlate, le roman le plus célèbre de Margaret Atwood, connaît une nouvelle adaptation, cette fois-ci en format graphique. Provocant, déconcertant et prophétique, La Servante écarlate, publié il y a quarante ans déjà, reste un phénomène mondial.

Renée Nault nous propose ici une adaptation graphique originale et stupéfiante du roman. J’ai lu cette histoire il y a près de cinq ans et elle reste encore vive dans ma mémoire, preuve que cette oeuvre est marquante et suffisamment glaçante pour que je m’en souvienne encore bien.

Ce roman graphique est très fidèle au roman de Margaret Atwood même si il a du passer sous silence des chapitres entiers car, bien qu’il soit épais, il est moitié plus court que l’oeuvre originelle.

Il n’en reste pas moins que l’essence du roman, ce qui est important de retenir, est bel et bien là et je trouve cette version graphique très réussie.

Le scénario et les illustrations de Renée Nault capturent parfaitement les sentiments de l’héroïne, son quotidien et celui des hommes et des femmes de Galaad, de cette république terriblement conservatrice qui fait particulièrement froid dans le dos.

Graphiquement parlant, c’est très réussi également : les couleurs choisies, la mise en page dynamique et innovante servent très bien le scénario. Petit bémol en revanche sur les visages des servantes qui se ressemblent toutes mais cela n’a pas gêné ma lecture.

Renée Nault a réalisé une très bonne adaptation de ce grand roman. Sa narration captivante et ses dessins glaçants nous plongent vraiment dans le quotidien de Galaad.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour cette lecture ô combien passionnante !

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Virginie Ollagnier-Jouvray travaille pour la première fois sur une bande dessinée avec Olivier Jouvray, son mari, en participant à la série Kia Ora de 2007 à 2009. Publié chez Glénat, ce récit conte l’histoire d’une petite fille maorie devenue « monstre de foire » dans l’Europe du XXe siècle.

Carole Maurel est une dessinatrice, graphiste et animatrice qui a débuté sa carrière dans l’audiovisuel. Elle attire l’attention après avoir remporté un concours de webtoons. Elle réalise la bande dessinée Collaboration Horizontale avec Navie. Dans le même temps sort En attendant Bojangles aux éditions Steinkis sur un scénario d’Ingrid Chabbert. Elle travaille ensuite sur un univers jeunesse d’anticipation avec Eden, édité chez Rue de Sèvres et scénarisé par Fabrice Collin.

New-York, 1887. Nellie Bly est complètement folle. Sans cesse, elle répète vouloir retrouver ses « troncs ». Personne n’arrive à saisir le sens de ses propos, car en réalité, tout cela n’est qu’une vaste supercherie.

Nellie est journaliste free lance et cherche à se faire interner dans l’asile psychiatrique de Blackwell à New York dans le but d’y enquêter sur les conditions de vie de ses résidentes.

Y parvenant avec une facilité déconcertante, elle découvre un univers glacial, sadique et misogyne, où ne pas parfaitement remplir le rôle assigné aux femmes leur suffit à être désignées comme aliénées…

Nellie Bly Dans l’antre de la folie s’inspire du récit de la journaliste parue sous le titre 10 jours dans un asile.

Virginie Ollagnier au scénario nous raconte l’histoire vraie de la pionnière du journalisme d’investigation et du reportage clandestin. Comme dans La salle de bal ou Le bal des folles, l’autrice nous montre comme il était facile pour les hommes de placer les femmes dans les asiles d’aliéniés avec la complicité des soignants.

Ces dames dont beaucoup se trouvaient là pour des raisons qui n’avaient rien de médical : un fils voulant se débarrasser de sa mère pour ne pas avoir à la nourrir malgré qu’elle l’ait élevé ainsi que ses petits-enfants, un mari trouvant sa femme trop encombrante, un fiancé qui rompt ses fiançailles, une pauvre fille malade et sans le sou dont l’hôpital se débarrasse en l’expédiant à l’asile ou tout bêtement une femme qui ne parle pas anglais et qui n’arrive pas à se faire comprendre.

Ce qui révolte davantage ici, ce sont les conditions de vie de ces femmes enfermées sur l’île de Blackwell, dont beaucoup deviennent folles pour de bon sous les coups et les mauvais traitements des médecins et surtout des infirmières qui prennent un malin plaisir à assouvir leur petit pouvoir : humiliations, coups, bains d’eau glacée, drogues…

Mais aussi la nourriture infecte, les matelas pourris, la saleté et l’obligation pour ces femmes de travailler gratuitement en échange du gite et du couvert, la charité a bon dos !

Les dessins, comme toujours très réussis de Carole Maurel, viennent appuyer les propos de la scénariste et montrent la folie qui s’emparent des résidentes de l’asile.

Par des flash-backs, les autrices racontent aussi l’enfance et la jeunesse de Nellie Bly, ses difficultés à trouver une place dans une rédaction…

Un roman graphique réussi tant sur la forme que sur le fond que je vous encourage de découvrir à votre tour si ce n’est déjà fait.

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