Le jour où elle a pris son envol – BeKa, Marko & Maëlla Cosson

Depuis sa rencontre avec Antoine, le sage-épicier, Clémentine a changé pas mal de choses dans sa vie. Mais elle n’a toujours pas trouve ce qu’elle cherchait : le bonheur et l’apaisement. Quand elle retourne à l’épicerie, Clémentine fait la connaissance de Simon, un physicien apiculteur ami d’Antoine. Grâce à lui, Clémentine va entrevoir tous les chemins de vie possibles qui s’offrent à elle. Mais comment faire pour trouver le bon ? Pour le savoir, une seule solution… essayer !

Deux ans ont passé depuis sa rencontre avec Antoine, l’épicier philosophe. Clémentine n’est plus cette jeune citadine effacée qui se laissait toujours marcher sur les pieds.

Elle a semble-t-il tout ce dont elle a un besoin : un job, un appartement et un petit ami mais elle ne s’épanouit pas, toujours en quête à donner du sens à sa vie. Elle fait du yoga, de la médiation, en vain.

Clémentine décide de retourner voir Antoine dans son épicerie mais trouve à la place un apiculteur du nom de Simon, en charge de l’épicerie et de la maison pendant qu’Antoine parcourt le monde.

Il lui indique qu’il y a toute une série de chemins possibles afin qu’elle puisse progresser dans sa vie et lui propose d’embarquer pour l’Allemagne afin de rencontrer son premier professeur…

Après les romans feel-good, voilà la bande dessinée positive. Je dois vous avouer que les livres de développement personnel, la méditation, le zen, le yoga, etc, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, peut-être parce que je ne ressens pas le besoin de me mettre en position du lotus pour passer mes problèmes au crible et que je préfère la parole au silence.

Je ne suis donc clairement pas la cible pour ce genre de titre et pourtant, j’avais été charmée par Le jour où le bus est reparti sans elle, premier tome de la série.

Je pensais donc être toute aussi séduite par Le jour où elle a pris son envol mais il n’en a rien été. Trop semblable au premier opus, ce second volume fait redite des propos tenus précédemment et je l’ai trouvé plus agaçant que ressourçant, trop bavard aussi.

Si le scénario est pour moi simple et sans saveur, sans aucun réalisme car je veux bien qu’on plaque tout pour aller à Berlin, en Norvège, à Bali, au Japon… il faut tout de même un sacré budget pour que peut-être Clémentine trouve un jour sa voie !

Heureusement, j’aime toujours autant les dessins de Marko mis en couleur avec talent par Maëla Cosson, ce qui a un peu sauvé ma lecture.

Vous l’aurez compris, un second tome très décevant et dont on aurait pu se passer, qui ne clôt pas les aventures de Clémentine mais qui les achèvent pour moi car je ne compte pas poursuivre cette série après le fiasco de ce second tome.

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Jacques Damour – Vincent Henry et Gaël Henry

Alors qu’il arpente les boulevards d’un Paris transformé, Jacques Damour se souvient de son ancienne vie à Ménilmontant… ciseleur sur métaux, marié à Félicie, il était pauvre mais heureux avec ses deux enfants, Eugène et Louise. Tout a basculé pendant le siège des Prussiens. C’est le début de la Commune, Béru, un peintre en bâtiment affamé, qui mange bientôt matin etsoir chez les Damour, tient des propos enflammés, prône la république, la justice et l’égalité et convainc le père et le fils d aller se battre sur les barricades. Mais Eugène est touché par une balle en pleine poitrine et meurt. Peu de temps après, Jacques Damour est fait prisonnier et est déporté au bagne de Nouméa. Berru, lui, a filé trois jours avant l’arrivée des troupes… C’est cet « ami » justement que Damour retrouve par hasard sur le pont Notre-Dame. Berru lui apprend alors que Félicie s’est remariée avec un riche boucher des Batignolles. Les deux hommes, grisés par le vin, partent pour la boucherie…

Travailleur courageux, père de deux beaux enfants, marié à une femme jolie et raisonnable, Jacques Damour aurait pu mener une existence simple et heureuse. Mais l’Histoire fait irruption dans son atelier: la Commune lui arrache son fils, le pousse à prendre les armes et fait voler en éclats son bonheur domestique.

Déporté à Nouméa, le ciseleur s’évade mais il est déclaré mort dans le naufrage de son embarcation. Rétabli, il ne peut regagner la France et part pour l’Australie puis pour l’Amérique, tentant de faire fortune.

Les années passent et de banqueroute en faillite, Jacques Damour retrouve Paris lorsque les communards sont amnistiés. Il retourne à son ancienne adresse mais sa femme et sa fille sont parties depuis longtemps. Désespéré, il est prêt à se jeter dans la Seine lorsque sont copain Berru le voit et le sauve in extremis…

Avant d’être un roman graphique composé à quatre mains par Vincent Henry et Gaël Henry, Jacques Damour était une courte nouvelle du grand romancier naturaliste, Emile Zola.

Si je ne lis plus que rarement des classiques, à mon grand regret d’ailleurs, Emile Zola fait partie de mon Panthéon littéraire et sans doute mon écrivain préféré du XIXè siècle. J’ai lu la grande majorité des romans du cycle des Rougon-Macquart, quelques-unes de ses nouvelles et un recueil de ses meilleurs articles de journaux mais avant d’emprunter cette bande dessinée, je n’avais jamais entendu parler de Jacques Damour.

Et en refermant cet ouvrage, je n’ai qu’une envie : lire la nouvelle originale et retrouver la plume de Zola même si j’ai bien apprécié ce roman graphique, à l’exception des dessins qui ne sont absolument pas de mon goût même si la mise en couleur de Lucie Firoud est très réussie.

Vincent Henry et Gaël Henry signent un scénario tout à fait intéressant, fait d’allers et retours réussis dans la vie cet homme simple, travailleur et courageux, chauffé à blanc par un agitateur et qui voit sa vie brisée par la Commune.

Je ne saurai vous dire si c’est une adaptation réussie ou non n’ayant pas lu la nouvelle naturaliste de Zola, mais les thématiques qu’abordent les auteurs sont chères à Zola comme la vie des petites gens, la misère sociale, l’inéluctabilité du destin…

J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les péripéties qui émaillent la vie de Jacques Damour, son quotidien avant les évènements, sa descente aux enfers et sa renaissance. Je l’ai trouvé très attachant et très humain, un homme intègre et honnête, qui ne change pas et qui reste fidèle à ses idéaux.

Autre bon point : les séquences sans texte qui sont très réussies et apportent du rythme et de l’humour au récit.

Vous l’aurez compris, Jacques Damour est une jolie histoire, portée par un homme dépassé par son destin, que je ne peux que vous encourager à découvrir même si je n’ai pas aimé le graphisme de Gaël Henry, peut-être qu’il sera davantage à votre goût.

Sacha Guitry une vie en bande dessinée – François Dimberton, Alexis Chabert & Magali Paillat

On dit souvent que Guitry était misogyne et même si nombre de ses répliques à propos des femmes étaient aussi violentes que bien écrites, c’était un homme fou des femmes qui se maria cinq fois. C’est de tout cela qu’il est question dans ce livre mais aussi de son enfance et de la jalousie de son père, Lucien, qui fut lui-même comédien célèbre et coureur de jupons.

Sacha Guitry est un auteur de théâtre dont j’apprécie le style, les bons mots. Je l’ai beaucoup lu lorsque je faisais mes études de lettres, j’ai vu plusieurs de ses films mais je l’avais un peu mis de côté ces dernières années.

A l’occasion du soixantième anniversaire de sa disparition, on retrouve à nouveau cet homme brillant et intelligent à l’occasion de la parution de son unique roman, Le roman d’un tricheur et de ses pièces en un acte, grâce aux Presses de la Cité, que je ne désespère pas de vous présenter d’ici quelques semaines.

Mais il est aussi mis en scène dans deux bandes dessinées et lorsque j’ai vu Sacha Guitry une vie en bande dessinée à la médiathèque, je n’ai pas hésité une seconde. François Dimberton, le scénariste de cet ouvrage, nous propose ici la vie intime de Sacha Guitry, centrée sur ses cinq mariages.

Le misogyne Sacha Guitry était aussi un grand amoureux des femmes et il aimait à dire qu’il n’était pas contre les femmes, mais tout contre. Dimberton aidé de Alexis Chabert pour les dessins et Magali Paillat pour les couleurs signe un bel hommage au maître Sacha Guitry, qui fut le comédien le plus célèbre de son époque, reprenant le flambeau de son propre père Lucien Guitry, égal de la grande Sarah Bernhardt et dont le tsar Alexandre III était l’un de ses plus fidèles admirateurs.

Un père coureur de jupons qui ne va pas supporter que son fils épouse l’une de ses maîtresses et surtout qu’il se montre plus brillant que lui, allant même jusqu’à lui refuser le droit de porter le nom de Guitry !

Retracer la vie de cet homme à plusieurs facettes à la fois comédien, auteur dramatique, metteur en scène et coqueluche du Tout-Paris sous le biais d’un roman graphique, voici ce que nous proposent François Dimberton, Alexis Chabert et Magali Paillat, le tout en une centaine de pages seulement.

Impossible alors de retracer fidèlement la vie de Sacha Guitry, le parti-pris ici est donc de s’attarder essentiellement sur sa jeunesse, sa vie conjugale et sa brouille avec son père.

Le scénariste a la bonne idée de nous proposer un texte épuré et de reprendre les belles réparties et les bons mots de Guitry tout au long de son récit et je dois bien admettre que l’on ne s’ennuie pas une seconde à cette lecture.

Si je devais mettre un bémol, c’est que l’œuvre particulièrement abondante de Sacha Guitry est peu abordée puisque le récit est centré sur l’homme intime et ses rapports volcaniques avec ses différentes épouses, toutes actrices.

Mais ne boudons pas notre plaisir, cette biographie graphique est une réussite, fidèle à la vie de Sacha Guitry que je recommande aussi bien aux amateurs du maître qu’à celles et ceux qui ne l’ont pas encore lu, ils découvriront un homme délicieux, fidèle en amitié si il ne le fut pas en amour.

La couverture est sublime et le portrait de Guitry très ressemblant, ce qui n’est pas le cas du reste de la bande dessinée dont j’ai assez peu goûté les dessins que j’ai trouvés trop épais.

Le choix du roi tome 1 Première trahison – Jean-Claude Bartoll & Aurélien Morinière

Janvier 1936. Alors que Georges V vient de mourir, son fils Édouard, prince de Galles, s’apprête à devenir le prochain roi d’Angleterre. Le premier réflexe, inattendu, du futur souverain est d’appeler sa maîtresse : Wallis Simpson, une nord-américaine à la réputation sulfureuse qui ne cache pas sa sympathie pour le régime nazi en Allemagne…

Janvier 1936, le roi Georges V rend son dernier soupir, permettant l’accession au trône de son fils aîné Edward, comme le veut la tradition. Le prince de Galles, très populaire dans l’opinion publique, considéré comme moderne et progressiste par son peuple, n’a pourtant pas la cote auprès de l’aristocratie au sein de laquelle il traine une réputation sulfureuse.

Pire encore, son propre père craignait de le voir devenir roi, le jugeant dilettante, noceur et peu porté sur les affaires du royaume. Mais tradition oblige, Edouard VIII devient roi le 20 janvier 1936.

Son règne sera très court puisqu’il sera roi du Royaume-Uni et des autres dominions du Commonwealth britannique et empereur des Indes du 20 janvier 1936 jusqu’au 11 décembre 1936.

La légende dorée voudra que l’on présente l’abdication de Edouard VIII comme une preuve d’amour et que le couple qu’il formera jusqu’à mort avec Wallis Simpson, roturière américaine deux fois divorcée, comme l’une des plus belles histoires d’amour du 20è siècle.

Depuis plusieurs années cette belle légende est mise à mal par certains historiens qui révèlent que si abdication il y a eu, c’est sous la contrainte des politiciens britanniques de l’époque, horrifiés par les sympathies nazies de leur monarque.

C’est cette version que nous proposent Jean-Claude Bartoll (scénariste) et Aurélien Morinière (dessinateur) en nous dévoilant un roi dans son intimité et dans celle de sa maîtresse. Un homme sympathique par certains égards puisqu’il refuse le protocole rigide de la cour en s’habillant d’une façon moderne et par son mépris des conventions établies, en considérant son personnel avec bonté comme faisant partie de sa famille.

C’est un germanophile, passionnément amoureux d’une femme, qu’il a littéralement dans la peau, au point de ne penser qu’à elle, d’être incapable de vivre sans elle. Un amour mal payé en retour car Wallis est une femme froide et cassante, qui ne l’aime pas et le traite sans égard. Elle l’a littéralement sous sa coupe, l’infantilisant par le biais de jeux sexuels pendant lesquels elle le brutalise sans vergogne.

Elle est par ailleurs la maîtresse de Joachim von Ribbentrop l’ambassadeur allemand en Grande Bretagne, ce que Edouard VIII ignore. Il est ici montré comme faible, négligeant dans les affaires du royaume, au point que Wallis a accès aux dossiers confidentiels et qu’elle aurai espionné pour le compte des nazis, c’est le parti pris de Jean-Claude Bartoll ici.

Avec un règne de 326 jours, Édouard VIII est l’un des monarques ayant eu le règne le plus cours de l’histoire de la monarchie britannique, il ne fut même jamais couronné. Un roi qui malgré ses sympathiques nazies est tout de même touchant dans son besoin d’amour et sa modernité.

Le scénario respecte donc la réalité historique et le récit de ce premier volume nous est raconté par Nadège, l’une des domestiques de Wallis Simpson qui nous dévoile un portrait sans fard des deux amants.

Les illustrations graphiques d’Aurélien Morinière s’accordent avec le récit, avec un choix judicieux de couleurs sombres pour mieux nous relater la noirceur de cette histoire mais je n’y ai pour ma part pas été sensible. Je trouve les traits trop épais, notamment au niveau des visages mais tout cela est bien évidemment subjectif.

Si le règne de Edouard VIII vous intéresse, je ne peux que vous conseiller Le choix du roi qui me semble tout à fait bien documenté et au plus près de la vérité historique.

Monet nomade de la lumière – Salvo Rubio & Efa

Du Salon des Refusés au mouvement des Impressionnistes, de jeune peintre désargenté à grand bourgeois tutoyant les huiles, du mari à l’amant… la vie de Claude Monet fut pour le moins plurielle. Chef de file, à son coeur défendant, d’un mouvement qui bouleversa la vision de la peinture au XIXe siècle, l’homme n’est finalement resté fidèle qu’à une seule quête : celle de la lumière absolue, qui viendrait éclairer toute son oeuvre de sa perfection.

Retracer une partie de la vie du peintre Claude Monet sous le biais d’un roman graphique, voici ce que nous proposent le scénariste Salva Rubio et le dessinateur espagnols Efa.

L’impressionnisme est mon courant pictural préféré. Lorsque je travaillais à Paris, j’adorais arpenter les salles qui lui sont consacrées au musée d’Orsay. Je ne me lassai pas de regarder les toiles de Pissaro, Renoir, Sisley, Cézanne, Degas, Caillebotte ou Berthe Morisot.

Et surtout celles de Claude Monet, le chef de file des impressionnistes. Cette biographie graphique ne pouvait que me plaire et ce fut le cas, d’autant que j’y ai appris beaucoup de choses car si j’adore les œuvres de ces peintres, je ne me suis jamais penché sur leurs vies et sur la naissance de ce courant révolutionnaire.

Salva Rubio a suivi une formation en histoire de l’art et lorsqu’il était étudiant à l’université Complutense, il a été totalement subjugué par un ouvrage : The history of Impressionnism de John Rewald. Cet essai, construit comme un roman, raconte les péripéties d’un groupe de rebelles se dressant contre l’ordre établi, les impressionnistes.

Rubio s’est inspiré de cet ouvrage mais s’est focalisé ici sur Claude Monet, le chef de file du mouvement. Résumer la vie complète de Monet en moins de 120 pages est impossible, l’auteur nous propose donc un aperçu de cette existence bien remplie. Et c’est Monet lui-même qui se souvient de son jeune temps alors qu’il est alité après son opération de la cataracte à la fin de son existence.

De sa rencontre avec Eugène Boudin à son apprentissage à l’académie de peinture en passant par sa rencontre avec ses frères d’armes, Renoir, Bazille, Sisley, Cézanne et Pissaro, le salon des refusés, les moqueries et critiques qu’il a essuyées, on suit Monet de la misère jusque dans sa marche vers le succès et la reconnaissance.

Pour Monet, il fallait se rebeller contre la dictature de l’Académie, qui voulait cantonner les peintres dans les ateliers. Monet estimait nécessaire de peindre au milieu de la nature et surtout peindre à la lumière naturelle, d’y faire jaillir les couleurs, mais aussi de privilégier les impressions, les sensations.

Malheureusement, les peintres bien établis dans le système vont batailler contre ces révolutionnaires et vont pouvoir compter sur les critiques et le public pour se ranger derrière eux. Pour Monet, qui n’est pas issu d’un milieu favorisé, cette lutte passe par des années de grande pauvreté mais il ne renoncera jamais à sa vision ni à ses pinceaux, refusant de trouver un travail qui lui aurait permis de subvenir aux besoins de sa famille.

Monet le nomade de la lumière est une bonne entrée en matière pour se familiariser avec la personnalité et l’œuvre de ce très grand peintre, d’autant qu’on y retrouve grâce au talent de Efa, le dessinateur, les toiles emblématiques de Monet.

Je recommande d’autant plus que ce roman graphique a obtenu l’aval de Hugues Gall, directeur de la Fondation Claude Monet et du musée de Giverny, un gage de qualité !

Les Beaux Étés tome 3 Mam’zelle Estérel – Zidrou et Jordi Lafebre

1992, les années ont passé, le jeune couple est maintenant à la retraite, la petite Pépète est devenue une jeune fille et la 4L est à vendre… L’occasion de se remémorer l’année 1962, leurs toutes premières vacances à son bord en compagnie… des beaux-parents. Les vacances avec Yvette-la-parfaite et Gros-Papy seront plus gastronomiques que bucoliques… en direction de Saint-Étienne !

Belgique, 1992. Les Faldérault sont à la retraire et Pépète, leur petite dernière, est désormais une jeune fille. Les trois aînés ont quitté le nid et ils décident de vendre Mademoiselle Esterel, leur 4L rouge.

L’occasion pour eux de se remémorer leur premier été à bord de leur bolide en 1962 alors qu’ils étaient un jeune couple avec deux enfants et que les parents de Mado étaient aussi du voyage.

Avec Yvette-la-parfaite et Gros-Papy, qui a financé l’achat de la 4L, les Faldérault prennent la direction de Saint-Etienne, au grand dam de Pierre, qui rêve du sud de la France…

Vous avez remarqué, si vous me lisez régulièrement, que j’aime beaucoup le scénariste Zidrou et tout particulièrement sa série Les beaux étés qu’il signe en duo avec Jodi Lafèbre pour les images.

J’avais découvert l’an dernier les deux premiers opus de la série : Les beaux étés tome 1 Cap au sud et Les beaux étés tome 2 La calanque qui nous racontaient les étés 1973 et 1969 de la famille Faldéraul. Une famille belge totalement barrée avec à sa tête Pierre, dessinateur de bandes dessinées et Mado, vendeuse de chaussures.

Cette fois-ci Zidrou et Jordi Lafèbre nous narrent les premières vacances de la famille en 1962 car à contrario d’autres séries, on fait des bonds dans le passé à chaque nouveau volume, c’est là l’une des originalités des Beaux étés, ce qui fait que nous ne croisons pas toujours les mêmes personnages, exceptés Pierre et Mado.

J’avais été charmée par les deux premiers volumes de cette série so nostalgique, et je dois avouer que je suis toujours sous le charme en refermant cette nouvelle histoire. J’adore cette famille attachante et sympathique.

Si j’aime autant cette série c’est qu’elle me ramène dans ma propre enfance vécue au coeur des années 70 avec la chanson de l’été à la radio que l’on reprend à tue-tête, le pique-nique au bord des routes et son indispensable table pliante, le camping sauvage, les baignades à poil, les tenues improbables… tout est là, rien ne manque et c’est un vrai bonheur pour moi de retrouver cette atmosphère.

Ce troisième volume est tout aussi jubilatoire que les autres : l’été est pour les Faldérault, une véritable parenthèse enchantée, un moment où tout est permis, héla pour eux, Yvette-la-parfaite est de la partie et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle n’a pas la même conception des vacances que le couple.

Pour elle, congés riment avec visites culturelles, hôtels et restaurants sélectionnés par le guide Michelin et Pierre a beau rêvé de Côte d’Azur et de camping sauvage, leur périple s’arrêtera à Saint-Etienne, Au fier Brusseleir. Pour le dépaysement, on repassera, merci Yvette !

Beaucoup de drôlerie et de tendresse dans ce nouvel opus avec l’arrivée de Gros-Papy qui a frôlé la mort et dont Yvette surveille la santé et la ligne comme le lait sur le feu. Ils ont beau avoir jeté leur dévolu sur un hôtel restaurant belge, pas question que l’aïeul mange des frites et des carbonnades à la flamande, ce qui donne lieu à des scènes savoureuses où l’hôtelier fait preuve de beaucoup d’imagination pour éviter la crise cardiaque fatale à Gros-Papy !

Je ne peux que vous recommander cette série totalement réussie, portée par un scénario drôle et tendre signé Zidrou et les belles planches de Jordi Lafebre, qui croque avec talent des personnages très expressifs et nous prouve une fois de plus, sa maitrise des couleurs.

Vous l’aurez compris, Les beaux étés m’ont conquises une fois de plus, vivement le tome 4 !

Les petites victoires – Yvon Roy

Comment dire à son fils tant désiré qu’il est le plus formidable des petits garçons malgré le terrible diagnostic qui tombe comme un couperet : autisme, troubles psychomoteurs, inadaptation sociale… C’est le combat que va mener ce père, resté uni à sa femme malgré leur séparation, pour transformer ensemble une défaite annoncée en formidables petites victoires.

Chloé et Marc sont amoureux et comme beaucoup d’amoureux, ils sont bientôt les heureux parents d’un petit garçon qu’ils prénomment Olivier. Pendant plusieurs mois, tout va on ne peut mieux dans le meilleur des mondes mais au moment où les autres enfants du même âge commencent à parler, ils se rendent compte que leur fils est différent, mutique et dans son monde.

Très vite alors, le diagnostic tombe : Olivier est autiste. Marc se sent immédiatement dépassé par cette révélation, contrairement à Chloé qui prend tout de suite le problème à bras le corps. Mais l’évitement de Marc va sonner le glas de leur couple et Marc va devoir mettre la main à la pâte pour aider son fils…

Vous le savez déjà l’autisme est un sujet qui m’intéresse et me touche de près et même si il existe autant de formes d’autisme que d’autistes, j’aime beaucoup lire les romans ou les témoignages de personnes touchées par l’autisme de façon directe ou indirecte.

Comme dans La différence invisible où l’héroïne est Aspie dans la vie réelle et qui nous raconte son quotidien d’autiste dans un monde clairement pas fait pour les autistes, Yvon Roy nous conte dans Les petites victoires son quotidien et celui de son fils.

Et que l’on soit au Québec ou en France, on peut dire que l’autisme n’est vraiment pas bien cerné par le monde médical et que c’est aussi un parcours du combattant de l’autre coté de l’Atlantique pour que son enfant soit pris en charge et qu’il poursuivre une scolarité aussi normale que possible.

Dans cette bande dessinée autobiographique, Yvon Roy raconte avec sensibilité, bienveillance et beaucoup d’amour la vie et le parcours de son fils qu’il rebaptise Olivier de sa naissance jusqu’à sa scolarisation dans une classe « normale ».

L’auteur nous donne voir la lente et difficile construction de sa relation avec son enfant si différent et comment il arrive à accepter son fils comme il est. Après le choc du diagnostic qui le met K.O et qui lui amène un flot de questions (aura-t-il une vie normale ? Saura-t-ils parler ? Avoir un métier ? Une amoureuse ?…), la tentation de la fuite auquel son couple ne résistera pas, ce papa choisit de combattre les crises de son fils et de casser toute ritualisation et routine.

Et le moins que le puisse dire c’est que ce ne sera pas facile puisque le quotidien d’un autiste tourne autour de ces ritualisations mais que chaque étape sera une petite victoire qui mises bout à bout vont permettre à Olivier de sortir de son isolement et de côtoyer d’autres enfants.

Grâce à son métier de dessinateur qui lui laisse beaucoup de temps libre, il consacre chaque jour plusieurs heures à son fils pour lui apprendre à parler, à le forcer à le regarder sans ses yeux, à lui apprendre des chansons… et tout ce travail a fini par payer puisque dans la conclusion de la bande dessinée on apprend que Tommy, le véritable enfant de Yvon Roy, est un adolescent comme les autres qui arrive à vivre en société avec son autisme car autiste on l’est à vie.

En partageant ce morceau de vie avec nous et son difficile combat pour amener son fils à rompre son isolement, Yvon Roy offre à tous un magnifique message d’espoir et permet aux parents concernés de voir qu’il y a parfois malgré les décalages, des possibilités d’intégration pour les autistes !

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé Les petites victoires, une bande dessinée sensible, émouvante et nécessaire que je ne peux que vous inciter à découvrir à votre tour.

Un grand merci à Doriane et aux éditions Rue de Sèvres pour cette belle lecture !