La menace – S.K Tremayne

Quand Rachel épouse David Kerthen, un bel et brillant avocat, elle n’en croit pas sa chance. Loin de Londres et des années de vache maigre, elle découvre les joies de la vie de famille auprès de l’affectueux petit garçon de son mari, Jamie. Au coeur des Cornouailles, dans un manoir surplombant les déchirures de la côte et l’Océan impétueux, elle joue déjà à la châtelaine.

Mais le conte de fées se ternit vite : le souvenir de Nina, la première épouse de David, disparue deux ans auparavant, hante encore les couloirs de cette demeure séculaire. Et peu à peu son petit Jamie adopte vis-à-vis de Rachel un comportement inquiétant, prophétisant l’avenir et niant certaines réalités.Qu’est-il arrivé à Nina ? Que cache le sourire du séduisant avocat ? Et Rachel, que vient-elle faire dans cette histoire ? Tandis que la suspicion commence à ronger le jeune couple, Jamie prédit à Rachel qu’elle mourra à Noël…

Rachel, une photographe londonienne de 30 ans d’origine modeste a tout quitté pour s’installer dans une demeure retirée des Cornouailles, Carnhallow. Elle y vit avec son beau-fils Jamie âgé de 8 ans dont elle a épousé le père quelques semaines seulement après leur rencontre, la gouvernante Cassie et sa belle-mère Juliet. David Kerthen, son mari, un avocat plein aux as, les rejoint chaque week-end.

Dix-mois auparavant, Nina, la femme de David et mère de Jamie, a trouvé la mort dans un puits de mine contigu au manoir, propriété des Kerthen depuis mille ans. Depuis lors, Jamie n’arrive pas à faire son deuil, en proie à de nombreuses hallucinations.

A quelques mois de Noël, la famille parfaite qu’ils semblent former, se fissure peu à peu. Jamie dit à Rachel qu’elle va mourir le jour de Noël. Une telle prédiction pourrait sembler fantaisiste mais Rachel la prend très au sérieux, trop. Quelle menace pèse sur Carnhallow et ses habitants ? Et surtout, Nina est-elle réellement morte ou revient-elle se venger ?

L’an dernier, j’avais beaucoup aimé le premier roman de S.K Tremayne : Le doute. C’est donc très confiante et persuadée que j’allais passer un très bon moment que j’ai entamé ma lecture de son nouvel opus, La menace.

Je ressors de cette lecture déçue car si l’auteur arrive à nous plonger dans une atmosphère angoissante et gothique, à la Rebecca, n’est pas Daphne du Maurier qui veut et le reste du thriller psychologique m’a nettement moins plu.

Tout d’abord l’auteur nous livre un roman qui ressemble un peu trop à son précédent, si dans Le doute j’ai été très surprise, ici je le fus nettement moins, il use trop des mêmes ficelles.

Deuxièmement, malgré les rebondissements nombreux qui émaillent le roman, le récit est trop bavard, il y a d’abondantes et longues digressions sur les mines, que j’ai fini par sauter tant elles m’agaçaient.

Un rythme trop lent donc qui nuit à la lecture et à l’atmosphère qui devrait monter crescendo et qui perd en intensité à cause de ses longueurs. En revanche, S.K Tremayne sème le doute dans la tête du lecteur en mettant en scène des personnages qui mentent tous et dont on doit démêler sans cesse dans leurs versions, le vrai du faux, et c’est plutôt bien mené ici.

J’ai trouvé en revanche que le délitement de ce couple arrive trop vite même si ça peut sembler cohérent puisque David et Rachel se sont mariés dans le mois qui a suivi leur rencontre, ils se donc unis presque aussi rapidement qu’ils se sont désunis.

Vous l’aurez compris, je suis plutôt déçue par ce titre même si il reste un thriller psychologique de bonne facture, j’ai largement préféré Le doute à La menace, nettement plus maîtrisé et plus surprenant à mon goût.

Merci à Anne et aux Presses de la Cité pour cette lecture.

Crimes et condiments – Frédéric Lenormand

Prenez un philosophe bien à point, faites-le mariner, lardez quelques victimes, laissez mijoter les suspects, assaisonnez de quelques scandales, pimentez l’intrigue, salez les rebondissements, saupoudrez de dialogues croustillants, enrobez dans un style onctueux et servez chaud.

En pleine révolution culinaire, Voltaire enquête sur les traces d’un assassin qui sème derrière lui tartes au cyanure et ragoûts à l’arsenic. L’aide de la brillante marquise du Châtelet, experte en recherches scientifiques, et de l’abbé Linant, fin gourmet, ne sera pas de trop pour rendre l’appétit aux gastronomes !heart_3crimes-et-condiments-frederic-lenormand

Paris, 1733, Voltaire continue ses divers commerces et d’échapper au Lieutenant général de Police qui n’arrive toujours pas à mettre la main sur le livre dont tout le monde parle, Les lettres philosophiques, lorsque justement René Hérault le charge d’enquêter sur le vol des boucles d’oreilles en diamant de la princesse de Lixen.

Bien sûr tout cela est officieux car si Voltaire se fait prendre la main dans le sac, Hérault refusera de reconnaître l’en avoir chargé et bien sûr, si Voltaire échoue, la Bastille n’attend plus que lui, d’autant que le gouverneur de cette prison ne rêve que d’une chose, accueillir le philosophe dans ses murs ! Que de belles soirées il passerait alors en si charmante compagnie, ce qui n’est pas du goût de Voltaire du tout.

Les boucles retrouvées, notre philosophe n’en reste pas là puisqu’un meurtre est commis chez les Lixen et que Voltaire s’est mis en tête de marier la fille de la maison avec le duc de Richelieu, petit-neveu du cardinal, qui doit beaucoup d’argent à la société de prêts de monsieur Arouet.

Heureusement le philosophe sachant philosopher peut compter sur sa maîtresse Émilie du Châtelet qui l’épaule toujours aussi efficacement et qui lui offre un exil en Lorraine qui lui fera regretter la Bastille…

J’ai retrouvé avec un réel bonheur ce sacré Voltaire et la plume délicieuse de Frédéric Lenormand dans le quatrième volume de la série Voltaire enquête qui continue de mettre en scène le philosophe des lumières François-Marie Arouet dit Voltaire, cette fois-ci aux prises avec un empoisonneur, lui qui est en pleine révolution culinaire, diantre !

Quel bonheur disais-je donc de retrouver cette série découverte l’an dernier avec La baronne meurt à cinq heures, Meurtre dans le boudoir et Le diable s’habille en Voltaire tant elle me plait car elle est à la fois brillante et dôle. J’adore voir Voltaire, toujours mourant, aux prises avec les jansénistes, la censure et bien sûr le châtelet.

Elle me permet aussi de replonger dans la période historique que je préfère, le 18è siècle, de cheminer avec Voltaire, l’une des figures phares de cette époque, vous l’aurez compris, pour moi cette série est un petit bonbon que je déguste à chaque fois de la première à la dernière ligne.

Dans ce quatrième tome tout aussi drôle et bien écrit que les précédents, l’enquête policière n’est qu’un prétexte comme toujours, ici l’important est ailleurs. Frédéric Lenormand redonne vie à Voltaire à la perfection, j’adore le voir malmené, se battre avec son imprimeur pour qu’il ne diffuse pas Les lettres philosophiques, le confronter à sa pingrerie et sa couardise, obligé de prêter main forte au Châtelet, qui pourtant, ne veut que sa perte.

Frédéric Lenormand connaît décidément fort bien Voltaire mais aussi la gastronomie du siècle des lumières car il en est beaucoup question ici et il nous dévoile même la création de la fameuse crème Chantilly.

Et l’intrigue policière dans tout ça ? Elle sert surtout de prétexte comme je le disais plus haut, mais j’avoue avoir tout de même été un peu déçue car l’auteur se disperse beaucoup au détriment de l’histoire, j’ai même eu par moment un peu de mal à le suivre !

Il n’empêche que c’est une série que j’adore, à la fois drôle, brillamment écrite et bien documentée et que je compte bien la poursuivre jusqu’au bout.

Le saut de l’ange – Lisa Gardner

Lu dans le cadre du challenge  1 pavé par mois

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Nuit noire et pluvieuse sur le New Hampshire : au détour d’une route, une voiture fait une violente embardée. Au volant, Nicole ne se souvient de rien, sauf d’une chose : sa fille, qui était avec elle, a disparu. Si les recherches de la police confirment la présence d’une autre personne lors de l’accident, le mari de Nicole prétend que l’enfant n’a jamais existé… Qui croire ? Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ?heart_4le-saut-de-l-ange-lisa-gardner

Quelque part dans le New Hampshire, Nicole Franck vient d’avoir un accident de voiture, elle a réussi à s’extirper de la voiture en brisant sa vitre mais ne trouve plus sa fille Vero. Pendant qu’elle est transportée pour de multiples blessures à l’hôpital, la police dépêchée sur place ratisse la zone à la recherche de l’enfant, en vain.

Lorsque son mari Thomas arrive à l’hôpital, il apprend aux enquêteurs qu’il est marié avec Nicky depuis 22 ans et qu’ils n’ont jamais eu d’enfants, Vero n’existe pas mais sa femme a de gros problèmes de mémoire depuis quelques mois, depuis qu’elle a eu coup sur coup deux commotions cérébrales.

Les enquêteurs soupçonnent alors Thomas d’avoir voulu tuer sa femme d’autant qu’il est très pressé de la ramener à la maison et qu’il a récupéré les vêtements que Nicky portait au moment de l’accident afin de les brûler…

Le saut de l’ange est mon troisième Lisa Gardner, une romancière américaine habituée aux best sellers, qui publie un polar par an depuis près de 10 ans. J’avais beaucoup aimé Sauver sa peau mais La maison d’à côté m’avait terriblement déçue, j’étais donc curieuse de lire son dernier roman et j’ai bien fait car cette fois-ci le suspens était au rendez-vous !

J’ai trouvé cette histoire, certes calibrée pour plaire au plus grand nombre, bien construite, avec pour point de départ un drame dans le passé de l’héroïne que l’on découvre par petites touches, un point de départ dramatique et traumatisant, qui rendait toute construction de Nicky, impossible.

Cette héroïne est d’ailleurs très intéressante à suivre, elle bien dessinée par l’auteur dans toute sa complexité et ses facettes, un personnage très riche qui occulte un peu la galerie de personnages créée par Lisa Gardner, des personnages masculins et féminins qui ne manquent pas d’attraits non plus.

L’intrigue policière est bien menée tout au long du récit avec suffisamment de rebondissements et de fausses pistes pour bien ferrer le lecteur et l’amener jusqu’au dénouement sans temps mort ni ennui possible, de ce point de vue-là je trouve que c’est très réussi et c’est aussi ce qu’on demande à un thriller : des surprises et un suspens haletant jusqu’au point final.

C’est aussi un thriller psychologique là aussi bien fichu : au fur et à mesure du récit, on s’interroge franchement sur la santé mentale de l’héroïne et sur ses allégations : y-a-t-il seulement une once de vérité dans tout ce qu’elle dit ? Et son mari, veut-il réellement la tuer ou au contraire la protéger ?

Vous l’aurez compris, je me suis laissée totalement embarquée par la plume et l’histoire ciselée et bien rythmée de Lisa Gardner, qui bien qu’elle soit calibrée pour plaire, n’en est pas moins de qualité même si j’avais deviné quelques petites choses quand même.

Alors si vous recherchez un bon thriller qui vous tienne en haleine, je ne peux que vous conseiller Le saut de l’ange.

Un grand merci aux éditions Albin Michel pour cette lecture addictive !

Petits meurtres à Mangle Street – M.R.C. Kasasian

Londres 1892. Une femme est sauvagement assassinée dans le quartier pauvre de Whitechapel. Désemparée par l’inefficacité de la police, la mère de la victime engage Sidney Grice, le plus célèbre détective privé de Londres. D’une intelligence acérée, l’homme est d’une efficacité redoutable. Il pense que le « sexe faible » n’a pas sa place dans un cabinet de détective, mais il fait tout de même appel à March Middleton, une jeune femme excentrique un peu trop portée sur le gin, pour l’assister. L’irrésistible duo mène l’enquête et découvre que le mystérieux meurtre n’était que le premier d’une sinistre série. Dans un Londres où planent des ombres terrifiantes, le danger rôde à chaque coin de rue…heart_4petits-meurtres-a-mangle-street-kasasian

Angleterre, 1892. March Middleton vient de perdre son père, médecin militaire, et doit quitter sa demeure, faute d’argent. Elle prend le train pour Londres afin de rejoindre Sidney Grice qui a proposé d’être son tuteur et de l’héberger en souvenir de ses parents.

Grice est un célèbre détective personnel (et non pas privé, Grice y tient !) qui fait la une des journaux, tant il a résolu d’enquêtes. Il est asocial, n’a aucune compassion pour autrui,  imbu de lui-même et particulièrement féroce et méprisant envers ses congénères, et surtout, il est cupide et n’accepte que les affaires qui lui promettent une rétribution bien sonnante et trébuchante.

March quant à elle est une jeune femme au passé mystérieux, dotée d’un caractère bien trempé, qui a un penchant certain pour la cigarette et l’alcool fort, ce qui va faire des étincelles avec l’intransigeant et misogyne Sidney Grice, qui ne prise ni l’un ni l’autre et qui croit que les femmes n’ont pas de cerveau !

Quelques heures après l’arrivée de March, Grace Dillinger franchit le seuil de la maison car elle souhaite engager Sidney Grice pour enquêter sur l’assassinat de sa fille unique Sarah Ashby.

Assassinat qui vaut à son gendre William Ashby d’être dans les locaux de la police puisqu’il était le seul sur les lieux du crime au moment-même où celui-ci s’est produit. Il n’a rien vu ni rien entendu malgré un sommeil léger. Madame Dillinger ne croit pas en la culpabilité de son gendre, réputé doux comme un agneau.

Grice consent à s’occuper de cette affaire mais à son tarif habituel, jugé exhorbitant par Mme Dillinger qui ne peut payer une telle somme. Emue par la détresse de cette mère, March engage Grice qu’elle promet de rémunérer pour toute la durée de l’enquête à la condition qu’elle devienne son assistante. Grice accepte…

Je ne connaissais absolument pas Petits meurtres à Mangle Street avant que ma copinaute Claire m’en parle, connaissant mon goût pour les polars victoriens. Je l’ai suivi et accompagné dans sa lecture et je ne le regrette pas une seconde car j’ai adoré ce roman policier historique que j’ai littéralement dévoré.

Il a, il faut le dire, tout pour me plaire : l’ambiance so british, l’humour (remarques acerbes et misogynes de Grice et réparties cinglantes de la jeune et peu conventionnelle March), une trame policière bien ficelée et un personnage féminin fort et féministe, comme je les aime, le tout avec pour toile de fond le Londres de la fin du 19è siècle !

L’intrigue policière est comme je le disais bien ficelée avec des rebondissements et un dénouement bien amené, le contexte historique est bien rendu, et la confrontation de ces deux héros singuliers vraiment réjouissante.

Et, cerise sur le gâteau, M.R.C. Kasasian multiplie les références à Sherlock Holmes et à sir Arthur Conan Doyle, l’auteur s’est très clairement inspiré du héros créé par Conan Doyle pour bâtir Sydney Grice mais à sa manière, sans copier/coller.

J’ai dévoré ce très bon roman policier et j’espère que ce premier volume sera suivi d’autres car je retrouverai avec grand plaisir ce duo atypique !

L’avis de Claire ici.

Un flair infaillible pour le crime – Ann Granger

Quand Thomas Tapley, un des voisins de Benjamin Ross, est retrouvé mort dans son salon, l’inspecteur de Scotland Yard se rue sur la scène de crime. Tapley est revenu récemment de l’étranger et peu de choses sont connues à son sujet. Quand son cousin, Jonathan Tapley, conseiller de la Reine, se présente, la vérité au sujet de son passé tragique remonte doucement à la surface. Benjamin et Lizzie découvrent que plus d’une personne pourrait tirer bénéfices de sa mort.heart_4un-flair-infaillible-pour-le-crime-ann-granger

Thomas Tapley, un homme bien inoffensif d’une soixantaine d’années est retrouvé mort au domicile d’une respectable dame quakeresse qui lui servait de logeuse. L’homme a été assassiné et comme la logeuse est une voisine des Ross, c’est tout naturellement chez eux que la bonne vient toquer un soir d’épais brouillard.

Pourquoi Thomas Tapley a-t-il été assassiné alors qu’on ne lui a rien dérobé et qu’il ne semblait pas jouir d’une grande fortune ? Ses habits étaient usés jusqu’à la corde, il semble vivre bien modestement et ne dépensait son argent que pour s’acheter des livres.

Son cousin, Jonathan Tapley, avait recueilli sa fille Flora à la mort de son épouse et Thomas vivait depuis de longues années en France pour cacher son homosexualité mais à l’heure même où sa fille devait se fiancer avec le fils cadet d’un lord, il trouve la mort alors qu’il ne semblait pas décidé à donner sa bénédiction à cette union…

J’avais aimé Un intérêt particulier pour les morts et La curiosité est un péché mortel, lus respectivement en 2014 et 2015, commencé l’année 2016 avec Un assassinat de qualité, je la termine avec le quatrième opus de la série consacrée à Ben et Lizzie Ross, Un flair infaillible pour le crime.

J’ai donc retrouvé avec plaisir le duo Lizzie et Ben, une série que j’affectionne  et qui me rappelle beaucoup celle consacrée aux Pitt écrite par Anne Perry, des héros qui me manquent je l’avoue !

Et une fois de plus je suis sous le charme de ces personnages, de l’atmosphère so british qui émane de cette histoire, de l’intrigue bien tricotée par Ann Granger qui pour moi n’a rien à envier à sa consœur Anne Perry.

Comme dans les précédents volumes, c’est tour à tour Ben ou Lizzie qui nous narrent l’avancée de l’enquête et cette multiplicité de points de vue est toujours aussi bien maitrisée par l’auteure qui, grâce à ce subterfuge, rend le récit très vivant et nous permet de suivre Ben et Lizzie dans leurs investigations respectives.

Ann Granger sait également nous proposer un cadre historique de qualité, décrit à merveille les côtés sombres et hypocrites des mœurs de l’époque et nous livre une intrigue policière certes classique mais toujours efficace avec des rebondissements à la clé même si on devine bien avant le point final la solution de l’énigme.

Une bonne pioche donc que cette dernière de lecture de l’année et il me tarde déjà de retrouver nos deux héros dans Le témoignage du pendu que je ne vais pas tarder à me procurer je le sens !

Le diable s’habille en Voltaire – Frédéric Lenormand

Voltaire a enfin trouvé un adversaire à sa mesure : le diable en personne ! Belzébuth sème des cadavres dans la capitale, au point que l’Église, soucieuse d’éviter tout scandale, fait appel au célèbre philosophe pour mener une enquête discrète. Dans un Paris des Lumières encore très empreint de croyances irrationnelles où vampires, démons et morts vivants semblent se promener à leur gré, qui d’autre envoyer sur leurs traces qu’un écrivain connu pour ne croire en rien ? heart_4le-diable-s-habille-en-voltaire-frederic-lenormand

Paris, 1733, Voltaire vient tout juste d’achever sa nouvelle tragédie, censée réformer le théâtre français, Adélaïde du Guéclin, lorsque le père Firmin Pollet, confesseur du cardinal de Fleury, premier ministre de Louis XV, le fait mander au séminaire Saint-Nicolas.

On vient en effet de retrouver le père Lestards, maître de scolastique, assassiné alors qu’il examinait, sur demande du père Pollet, Les lettres philosophiques d’Angleterre.

Le coupable a laissé derrière lui une odeur de chèvre et des marques faites par le sabot d’un bouc. Les saints hommes sont dans tous leurs états et le père Pollet décide de confier à Voltaire le soin de découvrir le fin mot de tout cela.

Voilà donc notre Voltaire embarqué dans une enquête sulfureuse avec toujours à ses trousses le chef de la police, René Hérault, qui le surveille comme le lait sur le feu.

Heureusement le philosophe sachant philosopher peut compter sur sa maîtresse Émilie du Châtelet et son secrétaire L’abbé Linant pour courir après Belzébuth…

J’ai retrouvé avec un réel bonheur ce sacré Voltaire et la plume délicieuse de Frédéric Lenormand dans le troisième volume de la série Voltaire enquête qui continue de mettre en scène le philosophe des lumières François-Marie Arouet dit Voltaire, cette fois-ci aux prises avec le diable en personne, diantre !

Quel bonheur disais-je donc de retrouver cette série découverte il y a quelques mois avec La baronne meurt à cinq heures et Meurtre dans le boudoir tant elle me plait car elle est à la fois brillante et dôle.

Elle me permet aussi de me replonger dans la période historique que je préfère, le 18è siècle, de cheminer avec Voltaire, l’une des figures phares de cette époque, vous l’aurez compris, pour moi cette série est un petit bonbon que je déguste à chaque fois de la première à la dernière ligne.

Dans ce troisième tome tout aussi drôle et bien écrit que les précédents, l’enquête policière n’est qu’un prétexte comme toujours, ici l’important est ailleurs !

Frédéric Lenormand redonne vie à Voltaire à la perfection, j’adore le voir affronter la censure, malmené, se battre avec les comédiens du Français pour qu’ils jouent sa pièce comme il le souhaite, le confronter à sa pingrerie et sa couardise, obligé de prêter main forte à l’Eglise, qui pourtant, ne veut que sa perte et qu’il passe son temps à combattre.

C’est très drôle en conséquence de le voir se démener afin de mettre la main sur le meurtrier et de mener à bien la première représentation de son Adélaïde du Géclin à laquelle il croit beaucoup et qui va lui permettre à lui tout seul, d’imposer un nouveau genre, la tragédie médiévale, et de réformer le théâtre des lumières et avec lui le jeu des comédiens, rien que ça !

Frédéric Lenormand connaît décidément fort bien Voltaire mais aussi le théâtre de cette époque. On apprend ainsi comment se monte une pièce, dans quelle circonstance elle est produite, jouée, etc, et c’est bien évidemment passionnant.

Et l’intrigue policière dans tout ça ? Elle sert surtout de prétexte comme je le disais plus haut, il ne faut pas vous attendre à une suspens haletant ou une atmophère tendue, rien de tout cela ici mais je ne peux que vous recommander chaudement Le diable s’habille en Voltaire et toute la série Voltaire enquête, très bien écrite et documentée que je compte poursuivre tant elle m’amuse et me distrait !

Cantique de l’assassin – Guillaume Prévost

Printemps 1920. Un prêtre est retrouvé sauvagement assassiné au Sacré-Coeur, à Montmartre, le coeur arraché, affublé d’une croix et d’une couronne d’épines. Quelques jours plus tard, un deuxième prêtre est tué selon le même rituel macabre à Carcassonne.

Pour démasquer le meurtrier, c’est le secret de sa propre histoire que François-Claudius Simon, l’ancien orphelin devenu l’un des plus brillants policiers de sa génération, va devoir percer. Un secret douloureux qui va le plonger au coeur d’une des plus grandes affaires du début du XXe siècle : celle de l’abbé Saunière, petit curé de campagne devenu richissime après avoir découvert un inestimable trésor dans son église. heart_3cantique-de-l-assassin-guillaume-prevost

Paris, printemps 1920. Un prêtre est retrouvé sauvagement assassiné dans la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Son cœur a été arraché et son corps sans vie est affublé d’une croix et d’une couronne d’épines.

Le prélat a été tué pendant une veillée de l’adoration, entre 3 et 4 heures du matin. Sur le registre des personnes inscrites à cette heure-là, figure François-Claudius Simon, inspecteur au 36 Quai des Orfèvres.

Simon, qui a écumé une fois de plus les bars toute la nuit, est particulièrement imbibé au petit matin, lorsque son chef le réclame sur place et lui confie l’enquête.

Quelques jours plus tard, un second prélat est retrouvé dans les mêmes conditions, au sein même de son église de Carcassonne, et tout semble indiqué qu’il est mort de la même main que son confrère parisien.

Simon se rend alors compte que le meurtrier qu’il recherche pourrait être L’enfant-de-chœur, qui s’est évadé de la prison de la Santé quelques semaines plus tôt…

Après Les Sept crimes de Rome, l’Assassin et le prophète et Le Mystère de la chambre obscure, que j’avais tous trois beaucoup apprécié, il me tardait d’enfin connaître la série que Guillaume Prévost consacre à François-Claudius Simon, rescapé de la première guerre mondiale.

Je prends donc le train en marchant en faisant connaissance avec ce héros alors qu’il en est à sa cinquième enquête, ce qui ne m’a pas forcément gênée même si je vous conseille de commencer par le premier tome car l’auteur fait fréquemment référence à la seconde enquête, Le bal de l’équarisseur, et aux amours compliqués de son enquêteur, sans toutefois que cela nuise à la bonne compréhension du Cantique de l’assassin.

Je peux d’ores et déjà vous avouer que la trame policière efficace de ce volume m’a beaucoup plu, tout comme la quête de Simon pour retrouver ses origines et notamment son père, qui a grandi sans ses parents, placé dans un orphelinat par sa mère, actrice et chanteuse. Prévost nous ramène, à travers cette quête, aux années 1890, années de l’anarchisme, marquées notamment par Ravachol et ses attentats.

Ces aspects sont intéressants et la plume de Guillaume Prévost, toujours aussi plaisante à lire, font qu’on tourne les pages avec beaucoup de plaisir. Les personnages que l’on croise au fil du récit ne sont pas dénués d’intérêt non plus, Simon en tête bien sûr mais aussi Mortier et son fils, Mado ou Judith.

J’ai cependant un bémol, l’aspect ésotérique du récit, qui, comme vous le savez déjà, n’est pas ma tasse de thé.

Toute la partie qui a donc trait à l’abbé Saunière et à son trésor ne m’a pas intéressée, je l’ai même trouvé ennuyante, je ne pensais pas que cet aspect « mystère religieux » serait aussi présente dans le roman et je dois dire que l’auteur m’a perdu à ce moment là, j’ai même lu en diagonale certains passages afin d’abréger mes souffrances, non parce que cette partie est mauvaise, elle doit être même se révéler passionnante pour les adeptes du genre, mais parce que comme je le disais plus haut, le sujet de l’Abbé Saunière, n’a aucun intérêt pour moi.

Si cet aspect-là ne vous gêne pas, je ne peux que vous recommande Cantique de l’assassin et malgré ce bémol, je compte bien découvrir le reste de la série !

Un grand merci à Cécile et aux éditions Nil pour m’avoir permis d’enfin retrouver Guillaume Prévost.