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Posts Tagged ‘femme de robe’

« Robe sur robe ne vaut », voilà comment un grand nombre de ses confrères avocats accueillirent la prestation de la première femme à avoir plaidé. Les railleries, le mépris traduisaient l’angoisse des hommes de voir des représentantes du sexe dit faible, accéder à des fonctions qui leur étaient jusqu’alors exclusivement réservées. Combien avait-elle dû se battre, Jeanne Chauvin, avant de pouvoir enfin prêter serment, trois ans après avoir essuyé un humiliant refus, alors qu’elle était pourtant munie de tous les diplômes nécessaires !
Femme de robe retrace le parcours de cette femme remarquable, ses combats, son humanité, ses espoirs. Aux côtés d’une mère d’exception et d’un frère, aussi déterminé qu’elle, qui fut député de Seine-et-Marne, et secrétaire du Grand Orient, Jeanne laisse le souvenir d’une femme digne, résolue, charismatique, une pionnière éprise d’équité. Mais Femme de robe est aussi un roman qui, au-delà des faits historiques, ressuscite une Jeanne plus intime, avec ses passions et sa sensibilité toute féminine.

Connaissez-vous Jeanne Chauvin ? Pour ma part je l’ai découvert grâce à Femme de robe, la biographie que lui consacre Michèle Dassas. Jeanne Chauvin est une pionnière et vous savez combien j’aime qu’on mette des femmes oubliées par l’Histoire en lumière.

A son époque, Mademoiselle Chauvin connaît une assez grande notoriété. Fille d’un notaire et d’une femme au foyer, elle naît dans un milieu bourgeois et se révèle douée pour les études, poussée par sa mère qui souhaite pour ses enfants, des destins d’exception.

Orpheline à seize ans, Jeanne obtient deux baccalauréats en Lettres et en Sciences, deux licences en Droit et Philosophie et est reçue docteure en Droit. Elle est la deuxième femme de France à obtenir une licence de droit en 1890 et la première Française à soutenir son doctorat en Droit en 1892 qu’elle consacre à l’Étude historique des professions accessibles aux femmes et où elle affirme que c’est notamment sous l’influence de la Bible et du catholicisme qu’a été introduite et consolidée l’inégalité juridique entre les hommes et les femmes. Elle y revendique pour la femme l’égalité tant dans son éducation que dans l’accession à toutes les professions, aussi bien privées que publiques.

Mais ces idées ne font pas l’unanimité et sont même contestées : lorsqu’elle se présente devant le jury, des étudiants envahissent la salle, chantent La Marseillaise et déclenchent un tel charivari qu’il faut ajourner la soutenance. Quelques jours plus tard, elle est reçue docteur en droit à l’unanimité des membres du jury.

Elle est alors chargée de dispenser des cours de droit dans plusieurs lycées parisiens pour jeunes filles mais n’oublie pas pour autant son combat féministe, soutenue dans sa démarche par sa mère et par son frère bientôt élu député.

Car Jeanne Chauvin veut faire changer la loi et va batailler pour que la profession d’avocat, jusque là réservée aux hommes, s’ouvre enfin aux femmes, ce qu’elle va obtenir et elle sera la première femme à plaider dès 1902.

Michèle Dassas revient sur tous les combats de cette femme intelligente et généreuse, fascinante à bien des égards et assurément pionnière en droit mais aussi aux avant-postes du combat féministe, exhortant les jeunes femmes à devenir les égales des hommes, à s’émanciper du joug des hommes et à obtenir le droit de vote.

Cette émancipation qu’elle revendique la privera d’une vie conjugale et d’une famille ce qu’elle semblera regretter si l’on en croit les propos qu’elle tient sous la plume de sa biographe.

Michèle Dassas nous rend cette femme très attachante, on la découvre engagée, courageuse et déterminée aux côtés de sa mère, femme exceptionnelle, douce et aimante qui a sans cesse soutenu sa fille dans tous les combats qu’elle a entrepris.

Une biographie intéressante que je vous encourage à découvrir à votre tour si mon billet a éveillé votre curiosité.

Merci à Céline et aux éditions Marivole pour cette belle découverte !

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