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Posts Tagged ‘homosexualité’

Lu dans le cadre du Cold Winter Challenge

Hubert était scénariste et coloriste de renom, recevant le Firecracker Alternative Book Award « Best graphic novel 2015 » aux États-Unis. Il est décédé le 12 février 2020, quelques semaines seulement avant la sortie de Peau d’Homme. Zanzim, de son vrai nom Frédéric Leutelier, a grandi en Mayenne où il n’y avait pas grand-chose à faire d’autre que de lire des bandes dessinées… et dessiner !

Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant.

Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout.

Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante.

Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s’affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l’amour et la sexualité…

Sans contrefaçon, je suis un garçon ! pourrait être le sous-titre de Peau d’homme, écrit par Hubert, mis en dessins par Zanzim et multi récompensé depuis sa parution.

À travers une fable enlevée et subtile comme une comédie de Billy Wilder, Hubert et Zanzim questionnent avec brio notre rapport au genre et à la sexualité… mais pas que.

En mêlant ainsi la religion et le sexe, la morale et l’humour, la noblesse et le franc-parler, Peau d’homme nous invite tant à la libération des mœurs qu’à la quête de l’amour.

La morale de la Renaissance agit alors en miroir de celle de notre siècle et pose plusieurs questions : pourquoi les femmes devraient-elles avoir une sexualité différente de celle des hommes ?

Pourquoi leur plaisir et leur liberté devraient-ils faire l’objet de mépris et de coercition ? Comment enfin la morale peut-elle être l’instrument d’une domination à la fois sévère et inconsciente ?

Et de ce point de vue, ce roman graphique est particulièrement réussi. J’ai adoré cette histoire et surtout Bianca qui s’affranchit des codes de son époque grâce à cette peau qu’elle revêt et grâce à laquelle son mari va tomber éperduement amoureux d’elle. Oui mais pas en tant que Bianca mais en tant que Lorenzo, son double, ce qui va bien sûr poser bien des problèmes.

Ce roman graphique est un magnifique plaidoyer pour les femmes mais aussi le droit d’aimer qui l’on veut. Il défend aussi brillamment la cause homosexuelle, le droit à la différence, le transgenre. Il prend fait et cause pour que chacun, homme comme femme, ait la sexualité qu’il ou elle veut, sur un vrai pied d’égalité.

Cela aurait pu être un coup de coeur sans les dessins de Zanzim qui ne sont pas du tout à mon goût, notamment au niveau des traits des visages que j’ai trouvé d’une laideur absolue, mais les goûts et les couleurs étant différents, cela n’enlève rien au talent de Zanzim que beaucoup d’autres ont apprécié.

Des dessins qui ne m’ont pas empéché d’apprécier cette ode à la tolérance que je vous invite à découvrir tant elle est riche et passionnante à tous points de vue !

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Frédéric Baptiste écrit et met en scène des spectacles pour différentes productions et pour des artistes de théâtre. Il est également scénariste. Amoureuses est son premier roman.

Le Havre, printemps 1939. Claire est l’épouse d’un riche industriel peu présent et volage. Sa seule joie réside dans les moments passés avec sa fille. Son mariage avec l’associé de son frère Tristan a été arrangé et lorsqu’elle reçoit la visite d’une femme qui lui annonce que son mari est le père de ses deux enfants, une dispute éclate avec son mari qui se finit en viol conjugal.

Apprenant quelques temps plus tard qu’elle est enceinte, Claire quitte la ville pour se faire avorter par Marthe une rebouteuse, dont l’épouse, Edouard, est ami avec Tristan. Mais Marthe refuse car sa grossesse est trop avancée et lui propose d’adopter cet enfant non désiré car elle ne peut pas avoir d’enfant.

Claire accepte et découvre un univers rural qui lui était jusque-là étranger. Au fil des semaines, elle prend goût à cette nouvelle vie, se lie de plus en plus avec Marthe au point d’en tomber amoureuse et rêver de divorce…

Avec Amoureuses, Frédéric Baptiste aborde le thème de l’émancipation des femmes par l’amour. Pudique et délicat, ce récit inspiré de l’histoire vraie des arrières-grands-mères de l’auteur, nous plonge au coeur de l’intimité de deux femmes qu’apparemment tout oppose.

J’ai trouvé ce premier roman très touchant. L’histoire de Marthe et Claire m’a plu, j’ai trouvé leur histoire d’amour très belle, pleine d’une douceur et d’une sensualité lumineuse qui m’a rappelé Amours de Leonor de Recondo.

L’écriture de Frédéric Baptiste est fluide et les pages se tournent toutes seules et on arrive au point final à regret car si ce premier roman comporte quelques maladresses, s’attardant sur des choses que j’ai parfois trouvé inutiles au détriment d’autres qui étaient plus intéressantes, je l’ai lu avec plaisir même si il n’est pas exempt de clichés sur la bourgeoisie : femmes écervelées, hommes volages et brutaux…

Au-delà de l’histoire d’amour et de la critique de la bourgeoisie des années 30, ce que j’ai apprécié ici c’est la peinture de la condition féminine de l’époque, la maternité et les efforts de Claire pour prendre sa vie en main en dépit des écueils placés sur sa route.

Les personnages de Claire, Marthe et Edouard sont attachants même si ils manquent un peu de profondeur et j’ai pris plaisir à les suivre tout au long du récit.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour cette découverte !

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M. Baxter a quatre-vingt-quatorze ans lorsqu’une chute dans son escalier le condamne à la maison de retraite. Cet homme qui a vécu mille vies s’accommode mal de la routine de Melrose Gardens. Ses vieux jours, il veut en profiter à tout prix, et troquer la télévision, le thé, et les antidouleurs contre du bon vin, de la bonne musique et des divertissements dignes de ce nom. Accompagné d’un jeune infirmier qui traverse une période sombre, Baxter se lance dans une folle équipée pour rendre hommage à son amour perdu. À mesure que le vieillard lui raconte ses souvenirs, son compagnon de route comprend que la vie n’est pas destinée à être subie ; que le monde est vaste et magnifique ; que la gentillesse est une force. Et que la meilleure façon d’honorer les morts est de vivre pleinement.

Baxter est un ancien professeur de 94 ans qui, suite à une chute dans son escalier, doit séjourner dans la maison de retraite de Melrose Gardens. Mais il n’a pas l’intention d’y croupir car avant de rendre son dernier soupir, il a quelque chose à faire.

Greg est un jeune homme brillant, promis à de grandes études, qui à la suite du suicide de son frère, a perdu pied. Il se querelle sans cesse avec son père qui n’a jamais compris Michael.

Le jeune homme de vingt ans, voit arriver Baxter lors de son premier jour à la maison de retraite comme infirmier. Ils vont se lier d’amitié et au fur et à mesure de leurs échanges, le vieil homme va se confier…

Pour son premier roman, Matthew Crow a choisi avec Le dernier voyage de monsieur Baxter de nous raconter une histoire toute simple, celle de Baxter, qui à l’âge de 94 ans, dit enfin au revoir à Thomas, porté disparu pendant la seconde guerre mondiale.

Un récit touchant mais aussi très drôle qui nous permet de voir évoluer Baxter, un vieil homme fantasque, épicurien en diable, dans son quotidien mais aussi dans son passé qui nous emmène en 1939.

L’auteur alterne en effet le présent et des flash back dans le passé de Baxter et nous raconte l’histoire d’amour entre Baxter et Thomas, unis par la musique, à une époque où l’homosexualité était considérée comme un crime, passible de prison.

Parallèlement à lui, il y a l’histoire de Greg Cullock, qui est dans une grave dépression depuis le suicide de son petit frère Michaël. Son cadet et lui étaient diamétralement opposés mais s’adoraient. L’aîné était populaire tandis que le second était harcelé à cause de son homosexualité.

J’ai beaucoup aimé ce duo, qui au premier abord, n’a rien en commun, ces deux hommes se révèlent très touchants par leurs parcours, leurs failles. Les autres personnages sont également attachants : Winnifred, la plus vieilles amie de Baxter, ainsi que le personnel de Melrose Gardens.

L’homosexualité et l’homophobie sont, vous l’aurez compris, les thèmes centraux du roman. Et bien que les mentalités et les mœurs évoluent, l’homosexualité n’est de nos jours plus pénalisée heureusement, les homosexuels restent tout de même harcelés, battus, pour ce qu’ils sont et parfois, poussés au suicide, c’est bien triste de faire ce constat au 21è siècle et on ne peut qu’espérer que ce type de romans contribue à ce que les choses changent.

Quelques bémols toutefois : le scénario est un peu cousu de fil blanc et j’ai été gênée par la mise en page de ce roman car dans un même chapitre il y a multiplicités de narrateurs et alternances d’époques sans que cela soit clairement signalé, à certains moments, l’auteur m’a perdu.

Un premier roman touchant, plein d’espoir, tendre, drôle à souhait, un feel good book facile à lire, dommage que la fin soit expéditive car je suis restée un peu sur ma faim et surtout j’aurai bien aimé savoir ce qu’il advient des personnages, une fois ce dernier voyage accompli.

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