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Posts Tagged ‘jean-louis fournier’

Un père décide d’écrire un livre à ses deux garçons handicapés : ses peines, ses remords mais aussi ses joies. Une œuvre littéraire plus que documentaire, sorte de déclaration d’amour disloquée, dans un style incisif et clair, faits de chapitres courts comme des respirations suspendues. 150 pages pour se souvenir de Mathieu et de Thomas, rire pour ne pas pleurer.

où-on-va-papa-jean-louis-fournierauteur-éditeur-pagesJe vous avais confié en l’achetant que j’étais très sceptique, et bien j’ai eu tord, il faut bien avouer que les romans traitant du handicap ont tendance à tomber dans le pathos, à grossir le trait et à tirer les larmes, ici il n’en est rien. Il faut lire Où on va, papa ?. Il faut qu’ici ce n’est pas un roman mais un livre vrai, témoignage d’un père désemparé face à ses deux fils handicapés physiques et mentaux, qui joue la carte de l’humour mais pas seulement. Jean-Louis Fournier réussit une prouesse : émouvoir sans tirer les larmes, nous sensibiliser au handicap des enfants sans nous faire culpabiliser. Jean-Louis Fournier nous questionne vraiment, et que l’on soit concerné par le handicap quelqu’il soit ou non, il nous happe. Ce que j’aime dans la lecture d’un livre, c’est qu’il me donne de l’émotion et ici j’ai été servie, de l’émotion il y en a à foison, à chaque page, à chaque ligne. Il faut lire ce livre absolument et je le relirais encore et encore sans aucun doute tant ce livre me parle !

Jean-Louis Fournier nous fait découvrir sa difficulté d’être père d’enfants handicapés, de l’ainé tout d’abord et coup double après la seconde grossesse de son épouse, un autre garçon nait lui aussi handicapé. Handicapés physique et mental lourds, le premier, décédé à l’adolescence, ne pouvait se tenir droit dans son fauteuil, ne parlait pas et n’a pas dépassé les 1 ou 2 ans d’âge mental, il a joué toute sa vie avec des cubes et avec un ballon, son père dit très joliment qu’il est parti chercher un ballon si loin qu’il n’est jamais revenu pour évoquer sa mort. Le second, toujours handicapé physique et mental à un stade à un peu moins grave que l’ainé, vit encore. La seule phrase qu’il dit à son père a donné le titre du livre « où on va papa ? », il la dit à l’infini, encore et encore, comme un leitmotiv, un running gag nous dit son père et qui doit taper sur les nerfs au bout d’un moment. Tous deux ont été placés dans des instituts spécialisés dès leur plus âge. L’auteur nous confit sa peine bien sûr, ses regrets car c’est vrai que l’on se projette toujours dans ses enfants, leur transmettre ses passions par exemple, ici il lui est impossible de le faire, il doit faire ce deuil de ne pas pouvoir avoir de relations « normales » d’un père avec ses enfants. Ils sont l’innocence à l’état pur, incapables de faire le mal mais aussi insensibles à l’humour, au second degré, à l’ironie et à la beauté du monde. Impossibles pour eux de s’émouvoir d’un tableau, d’un paysage, d’un livre…

L’auteur met aussi le doigt sur les réactions de l’entourage : la gêne, essentiellement, face à ses enfants avec qui on ne sait pas communiquer, comme le parrain du cadet, banquier. Les gens confrontés au handicap ne savent pas quoi faire, quoi dire, c’est pour cela que lorsque l’on est parent d’un enfant handicapé, en général on se tait. Par honte, par culpabilité, par peur d’être pris en pitié ? Un peu les trois à la fois, car il y a les handicaps qui se voient et ceux qui sont plus invisibles comme l’autisme léger par exemple. Aucun enfant en tout cas ne mérite une vie de souffrances, c’est ce que nous assène à de multiples reprises Jean-Louis Fournier et il a raison dans son cas car la maladie qui affecte ses enfants, dégénérative, ne leur permet pas de profiter de la vie et d’être pleinement heureux, ce qui n’est pas le cas de tous les enfants ou adultes handicapés, heureusement !

La prise en charge du handicap a aussi beaucoup évolué même si le chemin est long avant d’être tout à fait satisfaisant. La réaction des gens a longtemps été de refuser aux personnes handicapées le droit au bonheur, le droit de se marier et celui d’avoir des enfants. L’auteur doit aussi faire ce deuil, celui d’être un jour grand-père et de pouvoir « me promener avec une petite main qui gigotera dans ma vieille main ». Il revient aussi sur les grossesses heureuses de sa femme, et que jamais le handicap ne les a effleurés, en tout cas pour le premier, on se dit toujours que le handicap c’est pour les autres, pas pour nous, et c’est tellement vrai.

Fournier manie l’ironie mais aussi la tendresse pour parler de ses fils, qu’il compare à des petits moineaux fragiles, des oisons. Il n’aime pas le mot handicapé ni anormal, surtout accolé à un enfant et je suis d’accord avec lui, c’est tellement réducteur, les enfants méritent tellement mieux. Où est la norme d’ailleurs ? Je pourrais encore vous en parler des heures et des heures mais je vais m’arrêter là, j’espère vous avoir donné envie de lire Où on va, papa ? car les parents concernés s’y retrouveront et les autres auront peut-être un regard plus bienveillant et tolérant vis-à-vis du handicap. N’ayez pas peur de pleurer, je vous garantis que moi qui suis une madeleine, mes yeux sont restés secs. Ne passez pas à côté de ce petit livre par sa taille, il a tout d’un grand !

heart_4Lu dans le cadre du challenge A tout prix :

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