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Posts Tagged ‘Jézabel irène némirovski’

À son procès pour meurtre, Gladys Eysenach, femme ambiguë, jeune, vieille, charmante ou malfaisante, est comparée à la Jézabel biblique. L’accusation la pourfend ; la défense ne comprend rien. Après le prologue judiciaire, le flashback permet de suivre le processus qui fait d’une adolescente lumineuse une mère monstrueuse, puis une grand-mère criminelle. Avec le personnage de Gladys, cette Phèdre, cette Médée actualisée qui se perçoit comme une innocente persécutée, ce roman surprenant se présente comme une grande tragédie moderne.

Paris, 1936. Dans la salle d’un tribunal, se tient le procès d’une femme accusée du meurtre d’un jeune homme de vingt ans, Bernard Martin. Gladys Eysenach a soixante ans mais elle a été très belle. Les témoins défilent à la barre, l’avocat et le procureur s’affrontent.

Assise dans le box des accusés, elle subit par bribes le récit de sa propre vie et refuse de répondre aux questions qui lui sont posées. Elle l’a tué, elle ne veut pas en dire davantage. Au terme du procès, les jurés d’assises, tous des hommes, ont été cléments : elle est condamnée à cinq ans de prison.

C’est alors qu’elle revient sur son enfance, son mariage, ses relations avec sa fille et les hommes qui ont jalonné sa vie…

Huit clos cruel et inquiétant, Jézabel est paru en 1936 alors que son auteure, Irène Némirovski, est déjà auréolée de plusieurs succès depuis son premier roman, Le Malentendu, en 1926. D’autres suivront.

Mais la Seconde Guerre mondiale éclate et le 13 juillet 1942, Irène Némirovsky est arrêtée par la gendarmerie française. Internée au camp de Pithiviers puis déportée à Auschwitz, elle y meurt le 17 août 1942.

Cela faisait longtemps que je voulais découvrir la plume de cette autrice prolifique fauchée par la barbarie nazie, aussi lorsque je suis tombée sur Jézabel d’occasion je n’ai pas hésité et il n’a pas eu le temps de croupir dans ma PAL, pressée de me faire enfin ma propre opinion.

Et, je dois bien l’admettre, je ressors totalement séduite de ma lecture car ce portrait d’une femme à la beauté parfaite qui refuse de vieillir est d’une grande force.

Au fur et à mesure qu’Irène Némirovski brosse le portrait de son héroïne et que se révèlent les détails de son passé, anodins ou tragiques, Gladys dévoile ses différents visages.

Sans jamais porter de jugement, la romancière saisit d’une écriture fluide et avec beaucoup de finesse psychologique, la réalité derrière les apparences, les ambivalences affectives et les contradictions de l’âme humaine.

Ce texte m’a beaucoup fait penser au Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde : cette femme d’une rare beauté, qui refuse les ans qui passent, ne cessera sa vie durant à cacher son âge par de nombreux subterfuges.

Toujours à la recherche du bonheur et de l’amour, Gladys ne pensera qu’à elle, au détriment des autres et notamment de sa fille dont elle va gâcher la vie avec un rare égoïsme.

Habituée à séduire les hommes, elle n’accepte pas de vieillir et est obsédée par son âge. Elle est prête à tout pour plaire, même à tuer, même à sacrifier ses proches. Son désir de rester jeune est littéralement maladif et relève de la psychiatrie.

Si le texte m’a plu, je ne vous cache pas qu’il est tout de même daté car il n’a plus beaucoup de sens. En effet, en 1936, une femme n’était plus courtisée dès 30 ans, considérée par les hommes comme n’étant plus de première fraicheur, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, heureusement d’ailleurs !

Reste que ce roman m’a conforté dans mon envie de découvrir d’autres romans d’Irène Némirovksi, si vous en avez déjà lu, n’hésitez pas à me conseiller je suis toute ouïe !!

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