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Posts Tagged ‘l’ami retrouvé’

«Je ne puis me rappeler exactement le jour où je décidai qu’il fallait que Conrad devînt mon ami, mais je ne doutais pas qu’il le deviendrait. Jusqu’à son arrivée, j’avais été sans ami. Il n’y avait pas, dans ma classe, un seul garçon qui répondît à mon romanesque idéal de l’amitié, pas un seul que j’admirais réellement, pour qui j’aurais volontiers donné ma vie et qui eût compris mon exigence d’une confiance, d’une abnégation et d’un loyalisme absolus.»

1932, en Allemagne. Hans Schwarz, fils d’un médecin juif non pratiquant, rencontre Conrad Von Hohenfels, issu d’une famille aristocratique et protestante alors qu’ils sont tous deux scolarisés dans la même classe du Karl Alexander Gymnasium de Stuttgart.

Contre toute attente, une amitié naît entre ces deux garçons que rien ne semblait devoir réunir, au contraire tout les sépare, exceptés leur amour de la poésie et leur intérêt pour les pièces anciennes.

Mais le nazisme qui monte répand son poison dans les esprits, et une barrière se dresse peu à peu entre Hans et Conrad…

Fred Uhlman nous propose ici un récit autobiographique, celui d’une amitié prise dans la tourmente de l’Histoire et devenu un classique, lu abondamment dans les collèges de France et de Navarre mais sans doute pas à mon époque car je n’ai jamais eu l’occasion de le lire pendant ma scolarité.

Court et glaçant, c’est un roman qui se lit d’une traite bien qu’aucun des deux personnages ne soient véritablement attachants, même s’ils sont touchants, ainsi pris dans la tourmente de l’histoire.

Ces deux adolescents que tout oppose ont un commun attachement à leur patrie. Hans, issu d’une famille juive, n’a pas reçu d’enseignement religieux et ne croit pas en Dieu. Quant à Conrad, issu de la famille la plus prestigieuse de Stuttgart, il est éduqué dans la foi protestante par une mère qui a une haine farouche des juifs.

Pourtant, plus forte que la distinction sociale et religieuse, une réelle camaraderie va naître entre eux. Conrad se rend chez Hans et se montre bienveillant avec le père médecin et la mère au foyer.

A l’inverse, Hans va mettre de longs mois avant d’être invité à franchir la porte du palais Hohenfels et n’y viendra qu’en l’absence des parents de Conrad. Bientôt, l’histoire va les rattraper lorsque Hitler accède au pouvoir suprême et que les deux amis devront se séparer.

La guerre terminée, l’adolescent devenu adulte et avocat d’affaires à New York, se penche sur son passé et va chercher à savoir ce qu’est devenu son ami. La chute du roman est abrupte et nous laisse sonnés.

Un récit court par son nombre de pages mais important, à mettre entre les mains des adolescents car il illustre à merveille l’absurdité et la laideur du nazisme et ses effets sur les jeunes allemands. Il montre les conséquences aussi rapides que terribles d’une propagande efficace désignant une partie des allemands à la haine populaire.

Il démontre aussi l’incompréhension des juifs patriotes, ayant combattu lors de la première guerre mondiale, et qui n’imaginent pas le séisme qui va s’abattre sur eux comme le docteur Schwarz, le père de Hans, qui se sent avant tout allemand et à peine concerné par le judaïsme, et qui n’imagine pas une seconde la possibilité qu’on puisse le considérer lui et sa famille comme des ennemis de l’Allemagne, persuadé au contraire que Hitler n’est qu’un agitateur qui ne fera pas long feu. Hélas, les événements qui vont s’enchaîner vont lui donner tort, de façon très brutale.

Je comprends pourquoi les professeurs de français le proposent à leurs élèves. C’est un livre essentiel et bouleversant.

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