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Posts Tagged ‘le monde dans la main mikaël ollivier’

Pierre a tout pour être heureux. Plutôt pas mal, même si trop timide avec les filles, il a seize ans, une soeur pleine d’humour, un père et une mère unis, une vie de rêve baignée par des études musicales à Versailles… Enfin ça, c’était avant que sa mère ne disparaisse mystérieusement sans laisser d’adresse ! Alors tout bascule, tout chavire, et Pierre découvre que, sous une apparence très sage, sa famille cache d’inavouables secrets. Il lui faudra devenir un autre, moins raisonnable, plus amoureux, pour s’apercevoir qu’enfin, le monde est dans sa main.

le-monde-dans-ma-main-mikael-ollivierauteur-éditeur-pagesPierre est à la veille de fêter ses 16 ans en ce début janvier et il arpente le magasin Ikea de Plaisir dans les Yvelines pour aménager sa chambre. Jusqu’alors, il vivait dans les meubles chargés d’histoire de la famille d’Alembert, sa grand-mère maternelle. Ses parents, Patrick, banquier, et sa mère, Marie-des-Neiges, chargée de communication freelance sont à ses côtés, pour la dernière fois. Alors que père et fils tentent de charger les cartons de la voiture familiale sous une pluie battante, la mère disparaît sans dire un mot sous les yeux médusés des deux hommes. Ils ne la reverront plus. Pourquoi cette femme qui semble avoir tout ce dont on peut rêver (mari aimant, deux enfants, une existence privilégiée, un job qu’elle aime) choisit de tout quitter sans qu’il n’y ait aucun signe annonciateur qui aurait pu mettre la puce à l’oreille de sa famille ? C’est bien ce qui tracassent son fils et son mari.

Dès cet instant, la petite vie bien rangée de Pierre et de Patrick vole en éclats. Le jeune homme, en pleine puberté, est un garçon bien élevé qui vit dans un bel appartement de Versailles. Son quotidien se partage entre le lycée et le conservatoire de musique car il rêve de devenir concertiste, et les week-ends, entre les visites à la maison de retraite pour voir sa grand-mère paternelle qui a la maladie d’Alzheimer, la messe et les goûters dominicaux avec toute la famille maternelle (les grands-parents et la tante Marie-Luce). Pierre aime cette routine, très rassurante et structurante pour lui, et en quelques heures, cette belle mécanique bien huile s’effondre pour toujours.

Son père et lui ne comprennent en effet pas que Marie-des-Neiges ne réapparaisse pas et qu’elle ne réponde pas au téléphone ni aux SMS. Aurait-elle été enlevée, aurait-elle eu un accident, est-ce vraiment un départ volontaire ? La police, prévenue et harcelée par Patrick, ne fait pas d’enquête puisque la loi protège les adultes qui souhaitent disparaître. Le père s’effondre, il tombe en dépression et Pierre se retrouve à gérer la maison à lui tout seul. Ses seuls réconforts seront bien sûr la musique, son meilleur ami Mathias et sa sœur Alix, qui a quitté la maison, mais avec qui il correspond chaque jour par messagerie instantanée.

Mais bientôt, Pierre découvre que, sous une apparence très sage, sa famille catholique bcbg, bien sous tous rapports, cache en fait bon nombre de secrets et de non-dits. Ce roman intimiste pour adolescents est tout simplement magnifique, plein de pudeur, d’émotions et de questionnements sur le manque de communication au sein des familles (on ne montre pas ses sentiments, on ne dit jamais « je t’aime »), sur les sentiments qui nous lient les uns aux autres (aime-t-on ses parents pour ce qu’ils sont ou pour ce qu’ils font, à l’inverse aime-t-on ses enfants pour ce qu’ils sont ou parce qu’ils sont un prolongement de nous-mêmes), etc.

Mikaël Ollivier, que je ne connaissais pas avant de lire ce roman, nous livre ici un roman brillant, très bien écrit, qui va de surprise en surprise et dont les personnages, un peu caricaturaux parfois, sont très attachants, notamment la tante Marie-Luce, pas si bigote que ça. On chemine dans la tête et aux côtés de ce jeune homme, avec ses incompréhensions, ses inquiétudes, ses découvertes, ses envies, ses rencontres… jusqu’au dénouement, très émouvant, qui nous éclaire sur la disparition de sa mère. L’auteur a su trouver le ton juste pour insuffler la vie à son héros qui ne tombe jamais dans le pathos, la facilité ou la complaisance. Le roman n’est d’ailleurs pas dénué d’humour, notamment les premières pages sur Ikea, on s’y croirait !

J’ai été très touchée par l’ensemble des personnages, les  réflexions et les interrogations de cet adolescent, dans lequel on peut toutes se reconnaître. Un roman tout simplement merveilleux que j’offrirais à mes garçons lorsqu’ils seront eux-mêmes ados et que je vous invite vivement à lire, pour moi c’est un énorme coup de cœur. Merci à Syl pour m’avoir fait connaître ce petit bijou si finement ciselé.

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