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Posts Tagged ‘l’élégance des veuves Alice ferney’

« Le spectacle se donne sans fin. Car l’instinct fait germer la chair, le désir la pousse, la harcèle quand elle s’y refuse, jusqu’à tant qu’elle cède, s’affale, se colle à une autre, et que s’assure la pérennité des lignées amoureuses. » Cela se produit de multiples fois, sans relâche, cela s’enchaîne avec beaucoup de naturel et de grâce. Un cycle sans fin pousse les femmes à se marier, à enfanter, puis à mourir. Ainsi va le temps, secoué par le rythme des naissances et des morts, quand le besoin de transmettre l’emporte sur le désespoir de la perte d’un être cher. Un long fil de désir passe au travers des générations.

Fin du XIXè siècle. Valentine Bourgeois va s’unir à Jules, qui a du faire ses preuves avant de lui passer la bague aux doigts. Contrairement à ses soeurs ou à ses amies, elle a la chance de faire un mariage d’amour, qui va la combler vingt années durant, jusqu’au jour où Jules va fermer les yeux et laisser un vide immense autour de lui, condamnant son épouse bien-aimée à un très long veuvage.

Peu après la première guerre mondiale, il y a aura Henri, un de leurs fils, qui va unir son destin à celui de Mathilde et offrir dix petits-enfants à Valentine ; et Gabrielle, la cousine et meilleure amie de Mathilde, qui comme Valentine, va devenir une jeune veuve, après avoir enfanté six fois…

Au rythme des faire-part de naissance et de mort, Alice Ferney nous livre dans L’élégance des veuves, la chronique de trois destins féminins dans la société bourgeoise du début du XXè. Des jeunes femmes à qui l’on ne demande qu’une chose : procréer et perpétuer le nom de famille de leur époux.

Fiançailles, mariages, enfantements, décès, le cycle ne s’arrête jamais, car le ventre toujours fécond de Valentine, Mathilde et Gabriel sait combler la perte des êtres chers, en s’épanouissant dans une maternité abondante.

J’avais repéré ce titre lors de la sortie du film Eternité dont c’est l’adaptation. La bande annonce m’avait fait très envie mais je souhaitais lire d’abord le roman et j’ai bien fait car ce court récit est un petit bijou ciselé avec talent par Alice Ferney.

L’histoire se révèle assez triste puisqu’il est certes question d’amour et de naissances mais pas seulement, car la vie de ces trois femmes est émaillée de deuils. Veuvage bien sûr qui donne son titre au roman mais aussi perte d’enfants mort-nés, emportés par la maladie ou fauchés sur un champ de bataille.

Un roman qui va à l’essentiel et nous conte la vie de ces femmes élevées dans la foi catholique, leurs codes, leurs devoirs conjugaux, les contraintes imposées par leurs parents qui choisissent leurs époux, la place des hommes…

Porté par l’écriture élégante de Alice Ferney, ce roman est très prenant et un très bel hommage à ces mères d’autrefois, effacées, qui vivaient leur vie sans bruit, avalaient leur chagrin pour ne pas indisposer les autres.

Une très belle lecture toute en sensibilité et pudeur que je poursuivrais avec la suite consacrée à cette famille, Les Bourgeois, publiée cette année.

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