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Posts Tagged ‘les trois lumières’

Dans la chaleur de l’été, un père conduit sa fille dans une ferme du Wexford, au fond de l’Irlande rurale. Bien qu’elle ait pour tout bagage les vêtements qu’elle porte, son séjour chez les Kinsella,des amis de ses parents, semble devoir durer. Sa mère est à nouveau enceinte, et il s’agit de la soulager jusqu’à l’arrivée du nouvel enfant. Au fil des jours, puis des mois, la jeune narratrice apprivoise cet endroit singulier, où la végétation est étonnamment luxuriante, les bêtes grasses et les sources jaillissantes. Livrée à elle-même au milieu d’adultes qui ne la traitent pas comme une enfant, elle apprend à connaître, au gré des veillées, des parties de cartes et des travaux quotidiens, ce couple de fermiers taciturnes qui pourtant l’entourent de leur bienveillance. Pour elle qui n’a connu que l’indifférence de ses parents dans une fratrie nombreuse, la vie prend une nouvelle dimension. Elle apprend à jouir du temps et de l’espace, et s’épanouit dans l’affection de cette nouvelle famille qui semble ne pas avoir de secrets. Certains détails malgré tout l’intriguent : les habits dont elle se voit affublée, la réaction de Mr Kinsella quand il les découvre sur elle, l’attitude de Mrs Kinsella lors de leurs rares sorties à la ville voisine…

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Enfin mon premier coup de cœur de l’année, il était temps nous sommes mi-mars, je commençais à désespérer ! Après avoir été le coup de cœur de bon nombre de lectrices, je me suis laissée tenter par ce roman de Claire Keegan et je peux dire à toutes celles qui l’ont dans leur PAL ou dans leur LAL : lisez-le, vous ne le regretterez pas !

Ce roman très court (100 pages) a pour héroïne une fillette, dont on ne connait ni l’âge ni le prénom. Difficile aussi de dire avec précision à quelle époque se déroule le roman car Claire Keegan ne nous le précise pas, on sait juste que le couple a la télévision, sans doute dans les années 60 ou 70. Voilà pour le décor.

Par une chaude journée d’été, une petite fille est confiée aux Kinsella, un couple de fermiers. Elle est semble-t-il l’ainée de la famille et la mère, une fois encore enceinte, a déjà trop de bouches à nourrir. Ses grossesses successives sont davantage un poids qu’une réjouissance pour cette femme incapable de la moindre tendresse envers ses enfants. Mariée à un fermier, buveur et joueur, qui perd le peu d’argent qu’ils ont aux cartes, elle est rude et a l’air de peu, voire pas, se soucier de ses enfants.

La fillette, qui doit rester tout l’été chez ces fermiers qu’elle ne connait pas, appréhende un peu son séjour, d’autant qu’elle découvre très vite qu’il n’y a pas d’enfants à la ferme et qu’elle va rester en tête-à-tête avec cet homme et cette femme peu bavards et plutôt taciturnes. Son père qui la dépose sans trop s’attarder, oublie même sa valise dans le coffre, une attitude qui prouve à quel point cette enfant est vraiment laissée pour compte.

Les habitants de la ferme et des environs vivent au rythme de la vie à la ferme et des nombreuses tâches du quotidien, au gré des moissons et de la traite des animaux. Les journées s’égrènent ainsi, toujours identiques, rassurantes pour l’enfant : aller chercher de l’eau au puits, faire la course pour aller jusqu’à la boite aux lettres et améliorer son score chaque jour, aller cueillir des légumes, mitonner de bons petits plats, etc. L’auteur signe d’ailleurs ici un joli hommage à la campagne, à cette vie simple, où les gens se contentent de ce qu’ils ont, cette vie passée dehors et au milieu de la nature.

D’abord mal à l’aise, la fillette va découvrir le bonheur, l’amour de parents pour leur enfant. Ce couple qui ne s’est pas remis de la mort de leur fils va gâter, choyer, entourer d’affection la fillette qui est là pendant tout un été seulement. Ils vont lui donner un amour si fort qu’elle n’a plus qu’une envie : rester avec eux.

J’ai été très émue par ce récit tout en pudeur, en retenue et en délicatesse et par cette enfant si discrète qui souffre de la rudesse de ses parents et qui pense que personne ne peut l’aimer. Quant à la chute du roman, elle est magistrale, et dans une économie de mots qui fait mouche. La plume de Claire Keegan poétique et fine m’a rappelé Soie d’Alessandro Baricco que j’avais beaucoup aimé aussi.

Mon seul reproche : il est trop court, j’ai tellement aimé que je serais bien restée avec les Kinsella et notre jeune héroïne si attachante, pendant plusieurs centaines de pages !

J’avais déjà eu un coup de cœur pour une autre romancière irlandaise, Maggie O’Farrel, et son très beau roman L’étrange disparition d’Esme Lennox, j’aime énormément l’œuvre d’Oscar Wilde, alors je sens que je vais continuer ma découverte de littérature irlandaise et faire j’en suis sûre d’autres très belles découvertes.

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Lu dans le cadre du challenge La plume au féminin édition 2013God save the livre édition 2013, Le tour du monde en 8 ans et Challenge Irlande et Littérature irlandaise

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