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Posts Tagged ‘l’étrangleur de cater street’

Suffragette avant l’heure, l’indomptable Charlotte Ellison contrarie les manières et codes victoriens et refuse de se laisser prendre aux badinages des jeunes filles de bonne famille et au rituel du tea o’clock. Mais lorsque des meurtres ont lieu dans Cater Street, près de chez elle, Charlotte est aussi choquée que les autres habitants du quartier.

Les victimes, des jeunes femmes issues de différents milieux, sont étranglées à l’aide d’un fil d’acier avant d’être mutilées à coups de couteau.

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J’ai déjà eu le bonheur la semaine dernière de me replonger avec délectation dans le tome 1 de Nicolas Le Floch, L’énigme des Blancs-Manteaux, j’ai eu le même plaisir cette semaine en retrouvant le premier tome des enquêtes de Charlotte et Thomas Pitt, L’étrangleur de Cater Street. Deux plaisirs que je dois à Syl (rendons à César ce qui lui appartient) et aux lectures communes proposées par les copines, soyez en toutes remerciées.

Ce premier volume n’est pas le meilleur de la série mais ce fut un régal de le lire à nouveau et de retrouver des personnages que j’affectionne tout particulièrement, Charlotte Ellison (bientôt Pitt) et l’inspecteur Thomas Pitt. Ils ont en commun une intelligence aiguisée, beaucoup de générosité, ils n’ont pas leur langue dans la poche et ils font fi des conventions. Anne Perry, fine connaisseuse de la société victorienne, plante son décor à Londres, en 1881. Charlotte Ellison vit dans les beaux quartiers de Londres avec sa famille, à Cater Street, mais malgré l’éducation irréprochable qu’elle a reçue, la jeune fille possède une personnalité très affirmée, ce qui ne plaît pas à tout le monde. Elle dit ce qu’elle pense, ne sait pas rester à la place qu’on lui demande (celle d’une femme soumise et effacée) et surtout elle adore lire, en cachette, des romans et les faits divers des journaux, ce qui est tout à fait inconvenant pour une dame de sa condition. Comme dans Du bout des doigts de Sarah Waters, Anne Perry nous rappelle qu’à cette époque, la lecture était jugée néfaste pour les femmes, en particulier pour les jeunes filles : les femmes qui lisent sont dangereuses semblent se dire ces messieurs du 19è siècle, ce qui est intolérable pour la lectrice assidue que je suis ! Le quotidien de Charlotte est émaillé de tea party, de bals et de visites, comme toutes les jeunes filles de la bonne société londonienne. Elle vit avec ses deux soeurs, Sarah l’ainée et Emily la cadette, Dominic Corde, l’époux de Sarah, dont elle est secrètement amoureuse, ses parents, Caroline et Edward, et sa grand-mère particulièrement insupportable. Sans oublier les domestiques, en tête desquels le majordome et la cuisinière. Les femmes occupent leurs journées à faire des visites ou à s’occuper de charité, pendant que ses messieurs travaillent à la City ou vont à leur club le soir venu.

C’est alors qu’une série de meurtres va venir perturber la tranquillité des Ellison qui ronronnent bien gentiment au coin du feu, sans trop se poser de questions. Les victimes, des jeunes femmes issues de différents milieux, sont étranglées à l’aide d’un fil d’acier avant d’être mutilées à coups de couteau. Et parmi elles, l’une les touche de près : Lilly Mitchell, leur petite bonne âgée de 19 ans. C’est l’inspecteur Thomas Pitt, séduisant mais particulièrement débraillé, qui est chargé de l’enquête. Bien que fils de domestique, ce dernier a été instruit avec le fils du maitre, et il est loin d’être un sot. Au fur et à mesure que le compteur des meurtres s’affole, la peur s’empare du quartier et de la maisonnée. Si les femmes ne sont pas soupçonnées, il n’en est pas de même des hommes dont on ne connait guère l’emploi du temps. La panique s’empare alors en douceur de chaque membre de la famille, qui commence à soupçonner les autres : où était Edward Ellison le soir du meurtre de Lilly ? Quelle était la nature des relations que Dominic, l’époux de Sarah, entretenait avec les victimes ? Une autre question, plus effrayante, vient à l’esprit de tous : l’assassin va-t-il récidiver ?

Ce premier volume mêle enquête policière et immersion dans la société victorienne mais comme dans Le jardin des derniers plaisirs de Lee Jackson, l’enquête est surtout un prétexte : le meurtrier est arrêté par hasard et non grâce à la sagacité de la police, malgré tout le mal que se donne Pitt. Le réel intérêt du livre réside dans les interactions sociales, notamment ici les questions de mariage et de bienséance. Sarah, l’aînée des Ellison est déjà mariée et la plus jeune des trois soeurs, Emily, travaille ardemment à se trouver un mari, et pas n’importe lequel, elle a jeté son dévolu sur Lord Ashworth. Elle est très pragmatique et est bien décidée à monter socialement parlant alors que ses parents pensent qu’elle s’illusionne et qu’un noble ne consentira jamais à épouser quelqu’un qui n’est pas de son rang. La puînée, Charlotte, est tout le contraire : elle refuse les règles rigides et absurdes de la société victorienne et surtout, elle bien trop intelligente et trop franche pour plaire à un futur mari. Qui voudrait d’une femme qui dit ce qu’elle pense ? Notre inspecteur Thomas Pitt, qui se morfond d’amour dès lors qu’il l’a voit !

Écrit dans un style fluide et agréable, avec des dialogues savoureux, j’ai dévoré L’étrangleur de Cater Street et je compte bien lire le second tome très vite, et retrouver nos personnages là où ils en sont rendus.

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Lu dans le cadre d’une lecture commune avec Claire, Lou, Hilde, Virgule et Céline, des challenges La plume au féminin édition 2013, God save the livre édition 2013, Anne Perry, Challenge VictorienBritish mysteries et Polars Historiques :

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