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Posts Tagged ‘littérature française’

Gwenaële Robert est professeur de lettres, elle vit à Saint-Malo. Never Mind est son troisième roman pour adultes, après Tu seras ma beauté et Le Dernier Bain, lauréat de six prix littéraires dont le prix Bretagne.

Paris, 3 nivôse an IX.C’est le soir de Noël, il flotte dans Paris une atmosphère joyeuse. Personne ne se doute que dans la rue Saint-Nicaise, une charrette et un cheval tenu par une petite fille vont exploser, atteignant tous les passants alentour. Sauf Napoléon, le seul visé.

Le futur empereur veut punir ses opposants jacobins, persuadé qu’ils sont les instigateurs de l’attentat et Fouché en déporte plus de cent. Mais les véritables coupables, les chouans, demeurent introuvables. Parmi eux, Joseph de Limoëlan subit les pires remords. Fouché n’aura de cesse de le traquer.

De la chambre de Joséphine aux fossés de Vincennes, de la Bretagne aux Seychelles, des souterrains de Paris aux rivages de l’Amérique, Never Mind est un roman au souffle puissant qui fouille l’Histoire et le coeur surprenant des hommes.

Never Mind signe mes retrouvailles avec Gwenaële Robert, une romancière que j’aime beaucoup et dont on ne parle pas assez à mon goût. Après Tu seras ma beauté et Le dernier bain pour lequel j’avais eu un coup de coeur, j’étais impatiente de retrouver la si belle plume de Gwenaële et découvrir sa nouvelle histoire que j’étais sûre d’aimer.

Avec un brio remarquable, Gwenaële Robert saisit ce moment exceptionnel où un nouveau régime s’installe alors que le sang de la Révolution n’est pas encore sec. Au coeur de ces remous, elle se plaît à imaginer le quotidien d’anonymes qui ne mesurent pas toujours l’ampleur des événements politiques dont ils risquent d’être victimes.

C’est peu dire que j’ai aimé ce roman : il contient tout ce que j’attends d’un roman historique, mon genre favori comme vous le savez. Cette période de l’histoire n’est pas ma préférée mais Gwenaële Robert a un tel talent de conteuse, une plume que j’aime et admire tant, qu’elle peut m’emmener où elle veut, je la suis aveuglément !

Formidablement bien documenté, ce titre nous plonge au coeur de l’attentat de la rue St Nicaise, dont j’ignorais tout, et mêle personnages historiques tels que Napoléon, Fouché et Joseph de Limoëlan à des anonymes qui gravitent autour d’eux, comme elle l’avait si bien fait dans Le dernier bain.

Tout est finement esquissé et brossé qu’on s’attache très vite aux personnages : son héros bien sûr, Joseph de Limoëlan et l’imprimeur jacobin, persuadé qu’on finira par le relâcher puisqu’il est innocent.

Passionnant de la première à la dernière page, l’autrice nous conte une page de notre Histoire avec un rythme vif, des chapitres courts et des évènements qui suscitent l’intérêt. La grande histoire ne prend jamais le pas sur la petite, tout est savamment dosé, on est à la fois dans le romanesque et l’historique, l’imaginaire et le réel. Un pari difficile que Gwenaële Robert remporte haut la main.

En tournant la dernière page de cet excellent roman, je m’étonne vraiment que cette romancière bretonne ne soit pas plus connue et qu’on ne parle pas autant de ses romans que je le souhaiterais.

Si vous aimez les romans historiques, il vous faut lire Gwenaële Robert absolument : ses histoires sont passionnantes et brillamment ciselées, son style est merveilleux et tellement littéraire que c’est un bonheur sans cesse renouvelé de la lire.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour ce coup de coeur !

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Après des études de lettres puis aux Beaux-Arts, Fanny André a décidé de se consacrer à l’écriture. Jeune romancière, elle a remporté plusieurs prix littéraires, et est l’auteur de plusieurs romans (romance, fantastique, young adult) parus aux éditions Milady et Marabout : A jamais, Premier rôle, Camping dating…

A Trouville, lors de l’enterrement de son fils Arnaud mort d’un AVC, Camille Chardin, quatre-vingts ans, guette l’arrivée de son ex-belle-fille, Isabelle, la quarantaine, avec laquelle elle s’entendait très bien.

Les deux femmes restent ensemble après l’enterrement et leur complicité passée resurgit. Isabelle ne va pas bien : triste et amaigrie, elle a fait un burn-out et quitté son cabinet d’avocats.

Camille est aussi à une étape clé de sa vie. Veuve depuis de nombreuses années, plus rien ne la retient en Normandie alors elle décide de mettre en vente sa maison de Trouville où elle vit depuis soixante ans, pour retourner dans sa Bretagne natale.

Au cours de leur conversation, elles font le projet de réaliser un ancien rêve : un voyage ensemble. Chacune montrerait à l’autre les beautés de son terroir : Isabelle, la Normandie et Camille, la Bretagne, afin de mettre un terme à la gentille rivalité qu’elles ont toujours entretenue autour de la plus jolie région d’origine.

C’est surtout l’occasion pour Camille de fuir le deuil qu’elle vient de vivre et pour Isabelle de reprendre pied et d’arrêter de se morfondre chez elle…

Avec Pour le sourire d’Isabelle, Fanny André met en scène Camille et Isabelle, chacune à un tournant de leur vie. Deux héroïnes attachantes liée par une touchante relation quasi filiale en dépit du divorce d’Arnaud et Isabelle.

Les deux femmes qui s’étaient perdues depuis quelques années entreprennent un voyage à travers la Bretagne et la Normandie pour prouver à l’autre, la beauté de sa région.

De Honfleur à Giverny, de Locronan à Douardenez, de maisons d’hôtes en restaurants ou salons de thé, nous suivons l’itinéraire de ces deux gourmandes qui se livrent peu à peu.

Vous connaissez mon attrait pour la gourmandise et les romans ayant pour cadre ma région, la Bretagne, ce roman ne pouvait qu’aiguiser ma curiosité et atterrir dans ma PAL, d’autant que sa jolie couverture est un vrai plus (oui parfois je peux être très superficielle !).

Au-delà du dépaysement que procure cette lecture qui m’a beaucoup plu et donné envie de revoir ces lieux emblématiques bretons et normands, car l’autrice plante très bien ses décors et franchement on s’y croirait !

J’ai aimé le cheminement de ces deux femmes, leurs caractères et leurs conversations. L’autrice aborde une foule de thématiques très intéressantes comme la famille, le désir de non maternité, le deuil, le veuvage, la solitude, le déracinement, le burn-out, et plus généralement la place des femmes.

C’est un roman à deux voix où chaque héroïne se raconte et raconte le voyage de son point de vue. Tout au long du roman, on fait le plein d’émotion, il y a des moments graves et d’autres joyeux et comme dans tous les feel-good books, il va être question de changement de vie et de nouveau départ, d’amitié et d’amour aussi.

J’ai été touchée par les deux femmes, spécialement Camille qui m’a beaucoup attendrie, et la jolie relation qu’elles entretiennent, l’amour qu’elles se portent.

De la sororité et une belle complicité féminine et intergénérationnelle face au deuil, une échappée savoureuse à deux voix entre Normandie et Bretagne, voilà ce qu’est ce roman.

Un road-trip pas comme les autres que je vous conseille en cette fin d’été / début d’automne, vous serez certainement aussi touché.e que moi par ces deux femmes fortes et indépendantes que je l’ai été.

Un grand merci aux éditions Presses de la cité pour cette lecture sensible et dépaysante !

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David Foenkinos est l’auteur de plusieurs romans dont Le potentiel érotique de ma femme, Nos séparations, Les souvenirs et Je vais mieux. La délicatesse, paru en 2009, a obtenu dix prix littéraires. En 2011, David Foenkinos et son frère Stéphane l’ont adapté au cinéma, avec Audrey Tautou et François Damiens. Ils ont également réalisé le film Jalouse, avec Karin Viard. En 2014, Charlotte a été couronné par les prix Renaudot et Goncourt des lycéens. Les romans de David Foenkinos sont traduits en plus de quarante langues.

A Crozon, en Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs.

Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits de toute la France. Delphine, éditrice chez Grasset et originaire du village, profite de ses congés avec son amoureux, auteur dont la première publication n’a pas connu le succès, pour se rendre à la bibliothèque et découvrir ce département pas comme les autres.

Parmi les manuscrits refusés, ils découvrent ce qu’elle estime être un chef-d’œuvre, Les dernières heures d’une histoire d’amour, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l’écrivain qui se trouve être un pizzaiolo et apprend qu’il est mort deux ans auparavant.

Selon sa veuve, il n’a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses… Aurait-il eu une vie secrète ? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un immense succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire.

Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n’était qu’une machination ?

Le mystère Henri Pick signe mes retrouvailles avec David Foenkinos que j’avais découvert avec La délicatesse et Charlotte.

Comme toujours avec cet auteur, ce fut une lecture agréable de la première à la dernière page, une petite parenthèse de légèreté qui est arrivée au bon moment.

L’idée de depart est originale et vraiment bien trouvée et malgré quelques longueurs au début consacrées au lancement du livre, on ne s’ennuie pas car les rebondissements sont nombreux, notamment le dernier qui m’a vraiment surprise.

Beaucoup de personnages bien dessinés peuplent ce roman : certains plus importants ou intéressants que d’autres, certains franchement inutiles et les passages qui leur sont liés m’ont paru clairement de trop.

Cecis mis à part, David Foenkinos aborde avec un ton léger et souvent drôle, des sujets de fond très intéressants tels que la manipulation médiatique, l’idolâtrie dont sont l’objet certains ecrivains (Houellebecq par exemple), la solitude, les affres de la création, les coulisses de l’édition…

Le récit se dévoile façon poupées russes avec plusieurs récits entrelacés à l’histoire principale, c’est bien construit et il y a un certain suspens mené jusqu’au bout car jusqu’à la dernière page on se demande : supercherie littéraire ou pas ? Et si oui, qui est derrière ?

En bref, une comédie sur le monde de l’édition bien sympathique et distrayante, idéale pour passer un chouette moment. Et même si le dénouement est surprenant, je ne pense pas qu’il me restera longtemps en mémoire ! Maintenant je compte bien découvrir le film avec Fabrice Luchini et Camille Cottin.

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Frédéric Baptiste écrit et met en scène des spectacles pour différentes productions et pour des artistes de théâtre. Il est également scénariste. Amoureuses est son premier roman.

Le Havre, printemps 1939. Claire est l’épouse d’un riche industriel peu présent et volage. Sa seule joie réside dans les moments passés avec sa fille. Son mariage avec l’associé de son frère Tristan a été arrangé et lorsqu’elle reçoit la visite d’une femme qui lui annonce que son mari est le père de ses deux enfants, une dispute éclate avec son mari qui se finit en viol conjugal.

Apprenant quelques temps plus tard qu’elle est enceinte, Claire quitte la ville pour se faire avorter par Marthe une rebouteuse, dont l’épouse, Edouard, est ami avec Tristan. Mais Marthe refuse car sa grossesse est trop avancée et lui propose d’adopter cet enfant non désiré car elle ne peut pas avoir d’enfant.

Claire accepte et découvre un univers rural qui lui était jusque-là étranger. Au fil des semaines, elle prend goût à cette nouvelle vie, se lie de plus en plus avec Marthe au point d’en tomber amoureuse et rêver de divorce…

Avec Amoureuses, Frédéric Baptiste aborde le thème de l’émancipation des femmes par l’amour. Pudique et délicat, ce récit inspiré de l’histoire vraie des arrières-grands-mères de l’auteur, nous plonge au coeur de l’intimité de deux femmes qu’apparemment tout oppose.

J’ai trouvé ce premier roman très touchant. L’histoire de Marthe et Claire m’a plu, j’ai trouvé leur histoire d’amour très belle, pleine d’une douceur et d’une sensualité lumineuse qui m’a rappelé Amours de Leonor de Recondo.

L’écriture de Frédéric Baptiste est fluide et les pages se tournent toutes seules et on arrive au point final à regret car si ce premier roman comporte quelques maladresses, s’attardant sur des choses que j’ai parfois trouvé inutiles au détriment d’autres qui étaient plus intéressantes, je l’ai lu avec plaisir même si il n’est pas exempt de clichés sur la bourgeoisie : femmes écervelées, hommes volages et brutaux…

Au-delà de l’histoire d’amour et de la critique de la bourgeoisie des années 30, ce que j’ai apprécié ici c’est la peinture de la condition féminine de l’époque, la maternité et les efforts de Claire pour prendre sa vie en main en dépit des écueils placés sur sa route.

Les personnages de Claire, Marthe et Edouard sont attachants même si ils manquent un peu de profondeur et j’ai pris plaisir à les suivre tout au long du récit.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour cette découverte !

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Tout l’œuvre d’Alice Ferney est disponible chez Actes Sud, notamment L’Élégance des veuves (1995 ; adapté en 2016 pour le cinéma par Tran Anh Hung sous le titre Éternité), Grâce et dénuement (1997, Prix Culture et bibliothèques pour tous), La Conversation amoureuse (2000) et Cherchez la femme (2013).

Ils se nomment Bourgeois et leur patronyme est aussi un mode de vie. Ils sont huit frères et deux sœurs, nés à Paris entre 1920 et 1940.

Ils grandissent dans la trace de la Grande Guerre et les prémices de la Seconde. Aux places favorites de la société bourgeoise – l’armée, la marine, la médecine, le barreau, les affaires –, ils sont partie prenante des événements historiques et des évolutions sociales. De la décolonisation à l’après-Mai 68, leurs existences embrassent toute une époque.

De Jules l’aîné à Marie la dernière, l’apparition et la disparition des personnages, leurs aspirations et leurs engagements rythment la formidable horlogerie de ce roman qui reconstruit le siècle telle une vaste mosaïque.

Allant sans cesse du singulier au collectif, du destin individuel à l’épopée nationale, Alice Ferney avec Les Bourgeois donne à voir l’Histoire en train de se faire et orchestre une vertigineuse et passionnante ronde du temps.

Il y a plus de deux ans déjà, j’avais beaucoup aimé L’élégance des veuves qui mettait déjà en scène les Bourgeois, se concentrant plus particulièrement sur Valentine, Mathilde et Gabrielle, trois femmes à qui l’on ne demandait qu’une chose : procréer et perpétuer le nom de famille de leur époux.

Avec cette suite, Fiançailles, mariages, enfantements, décès, le cycle ne s’arrête jamais, car les ventres toujours féconds des femmes agrandissent d’année en année le cercle familial des Bourgeois. Ici, Alice Ferney s’intéresse aux dix enfants de Mathilde et Henri dont elle couvre l’évolution de leur naissance à nos jours.

Cette nouvelle lecture m’a confirmé le talent indéniable d’ALice Ferney à raconter des histoires de façon brillante. Elle nous donne à lire une saga familiale originale qui décrit avec intelligence et compréhension l’évolution politique et religieuse d’une famille de la bonne bourgeoisie catholique au XXe siècle.

L’autrice y analyse très finement les comportements politiques toujours resitués dans le contexte de l’époque, c’est vraiment intelligent et très bien fait.

Forcément, on se perd parfois un peu entre tous les protagonistes très nombreux, c’est une lecture plutôt exigente et je vous conseille de la lire de façon continue pour ne pas perdre le fil car vous risqueriez de ne pas l’apprécier à sa juste valeur.

Roman exigeant, il est aussi passionnant car il est très bien écrit documenté, Alice Ferney nous offre un véritable panorama de notre histoire de France récente. Je dois aussi vous prévenir que la religion est très présente au sein de cette famille, si cette thématique vous ennuie, vous aurez du mal à faire l’impasse dessus.

Si, comme moi, vous aimez les romans historiques, je ne peux que vous conseiller Les Bourgeois.

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Héloïse Guay de Bellissen a été libraire avant de se consacrer à l’écriture. Elle publie aujourd’hui son cinquième roman.

Simon Coencas, le dernier des quatre inventeurs de la grotte de Lascaux s’est éteint le 2 février 2020 à l’âge de 92 ans. Né à Montreuil en 1927, Simon Coencas trouve refuge avec sa famille à Montignac, alors situé en zone libre, en juin 1940.

C’est aux côtés de ses camardes George Agniel, Jacques Marsal et Marcel Ravidat qu’il découvre la grotte de Lascaux, le 12 septembre 1940. Emerveillé par ce qu’il voit, il sera tout au long de sa vie habité par la beauté et la puissance de ces peintures.

L’ordonnance allemande du 27 septembre 1940 obligeant tout juif à se faire recenser, contraint Simon Coencas à rentrer à Paris. Arrêté en 1942 avec sa famille, il est interné au camp de la Muette à Drancy. Son jeune âge permit à la Croix-Rouge de le faire sortir du camp avec sa sœur Éliette, contrairement aux autres membres de sa famille, déportés et exterminés à Auschwitz.

« Aujourd’hui, c’est le dernier des quatre copains de Montignac encore en vie. Le dernier inventeur, Simon.Quand je quitte son appartement, sur le palier, il me dit « la grotte elle est là’ en me désignant son crâne, « elle est dans ma tête’.

Dans l’ascenseur, je prends conscience que je viens de rencontrer une autre grotte. La grotte intérieure d’un petit garçon de quatre-vingt-onze piges qui vient de se rouvrir. Je ne sais toujours pas pourquoi Lascaux m’a emmenée vers une autre cavité, mais au fond c’est cette découverte-là que j’attendais.

La vie de Simon Coencas sur une paroi, que j’allais calquer comme l’avaient fait avant moi les préhistoriens avec les dessins de Lascaux.  »

Le Dernier Inventeur est une œuvre singulière d’Héloïse Guay de Bellissen qui a rencontré à plusieurs reprises Simon Coencas et son épouse et s’est prise d’affection pour eux. Elle nous propose dans ce récit à la fois de fiction et de non-fiction une plongée dans l’Histoire et dans l’âme d’un homme.

A travers leurs conversations, nous découvrons un homme joyeux que la vie n’a pourtant pas épargné. Au fil des dialogues, on imagine un vieux monsieur au sourire espiègle et au regard pétillant lorsqu’il évoque la grotte.

Au-delà du portrait de Simon Coencas, l’autrice nous livre aussi ses réflexions sur le mystère de l’art préhistorique, sur l’enfance, la beauté, le mal et met en parallèle la beauté de la grotte et l’horreur des camps.

Roman à deux voix, Héloïse Guay de Bellissen superpose celle de Simon à travers la retranscription de leurs rencontres et celle imaginaire de la grotte de Lascaux qui devient un personnage à part entière du roman, ce qui m’a peu intéressé.

Si j’ai beaucoup aimé la voix de Simon, celle de la grotte m’a laissé de marbre. De même, je trouve dommage que la découverte de la grotte soit vite balayée au profit de la guerre et des passages philosophiques de la grotte.

Une lecture en demi-teinte pour moi car j’aurais aimé en apprendre davantage sur la découverte de la grotte et son retentissement dans la vie de son inventeur mais cela fut tout de même une lecture agréable et riche d’enseignements.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour cette lecture !

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Aurélie Valognes croque la famille contemporaine avec humour et émotion. Ses romans, Mémé dans les orties, En voiture, Simone !, Minute, papillon !, Au petit bonheur la chance ! et La Cerise sur le gâteau, véritables phénomènes populaires, ont conquis le cœur de millions de lecteurs et lectrices à travers le monde : des best-sellers qui se partagent de génération en génération.

Juillet 1968. Jean a six ans quand sa mère quitte son père en pleine nuit. Marie le confie à sa mère Lucette pour quelques jours seulement, le temps de trouver un logement à Paris et elle viendra chercher son fils, c’est promis.

L’été passe et toujours pas de Marie. Seule une carte postale, quelques jours avant la rentrée, adressée à mémé Lucette, demandant à ce que le petit garçon soit scolarisé à Granville. Ce qui ne devait être qu’un été sera sans doute un toujours.

Jean n’a pas prévu ça. Lucette non plus. Mémé n’est pas commode, mais dissimule un cœur tendre. Jean, véritable moulin à paroles, est un tourbillon de fraîcheur pour celle qui vivait auparavant une existence paisible, rythmée par ses visites au cimetière et sa passion pour le tricot.

Chacun à une étape différente sur le chemin de la vie – elle a tout vu, il s’étonne de tout –, Lucette et Jean vont s’apprivoiser en attendant le retour de la mère du petit garçon. Ensemble, dans une société en plein bouleversement, ils découvrent que ce sont les bonheurs simples qui font le sel de la vie.

Il m’aura fallu un an avant de sortir Au petit bonheur la chance ! de ma PAL. J’avais trouvé les autres romans d’Aurélie Valognes sympatiques mais pas inoubliables, ce petit bijou m’a touchée en plein coeur. Lucette et Jean m’ont touché en plein coeur. J’ai adoré ce roman à la fois émouvant et drôle et je n’en ai fait qu’une bouchée, avalant les presque 400 pages en 24 heures tant je ne voulais pas quitter ces deux héros si attachants.

Merveilleuse histoire que celle de Jean et de Lucette, un duo improbable et attachant qui nous raconte la société française de 1968 à 1974. Elle est bourrue mais a un gros faible pour ce petit-fils délaissé par sa mère, elle qui a élevé sept ans et veuve de son grand amour Marcel, inconsolable de la perte de son premier enfant, Gabriel, qui a perdu la vie lors de la grippe espagnole. Elle, si pieuse, ne comprend pas sa dernière-née, qui a quitté l’école à 13 ans pour devenir serveuse et qui vit à la colle avec le père de Jean.

Jean est inconsolable de la fuite de sa mère, puis il va finir par se résigner, et ne va plus vouloir quitter sa mémé. Il va partout avec elle : en courses, au cimetière, à la messe, au potager… et découvre une vie diamétralement opposée à celle qu’il connaissait jusque là. Après des débuts difficiles, il va se révéler excellent élève, se faire des amis.

L’histoire est tendre, pleine d’humour et pourtant les thèmes abordés par Aurélie Valognes sont difficiles, abordés avec beaucoup de justesse : la séparation, l’abandon, la pauvreté… mais ils seront ici synonymes de délivrance pour Jean. Dès le départ, j’ai été happée par les émotions du petit bonhomme mis de côté par sa mère.

Même si cette dernière le confie à sa grand-mère, cela reste une séparation cruelle à vivre pour un enfant. Au fil des cent premières pages, j’ai espéré de tout cœur le retour de Marie pour apaiser la douleur de Jean. Puis je me suis surprise à la détester de l’avoir abandonné. J’ai beau comprendre sa situation au moment de confier Jean, j’ai quand même eu du mal à ne pas lui en vouloir

Et ensuite, comme Jean, j’ai espéré qu’elle ne revienne pas et qu’il reste pour toujours avec sa mémé, personnage que j’ai beaucoup aimé. Cette femme forte, mémé au grand coeur comme on aimerait en avoir tous, se retrouve à devoir s’occuper de son petit-fils. Et ce ne sera pas facile car elle vit chichement, dans un appartement sans eau courante, sans toilette, et malgré le peu de moyens financiers, elle va s’en tirer haut la main.

L’amour est un élément essentiel à cette histoire. Celui d’une grand-mère pour son petit-fis, d’un petit-fils pour sa grand-mère, celui d’une tante envers son neveu, d’un neveu envers sa tante, un autre personnage que j’aime beaucoup, qui va endosser un rôle de mère de substitution pour Jean.

Vous l’aurez compris, ce roman m’a conquise, j’ai ri, pleuré et vraiment je vous le conseille, vous ne pourrez qu’être touché(e) par cette histoire.

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

challenge-un-pave-par-mois

Roger Martin du Gard (1881-1958) appartient à une famille de magistrats et d’avocats. Après des études secondaires à l’école Fénelon et au lycée Janson-de-Sailly, il est admis en 1903 à l’École des chartes d’où il sort en 1905 archiviste-paléographe. La lecture de La guerre et la paix de Tolstoï éveille en lui une vocation de romancier. À la veille de la Première Guerre mondiale paraît son premier roman important, Jean Barois (1913). Il se lie d’amitié avec André Gide et Jacques Copeau. En 1920, il conçoit un vaste roman cyclique, Les Thibault. Il y consacre alors l’essentiel de son temps. La publication des Thibault en est à son avant-dernier volume, L’été 1914, quand Martin du Gard reçoit le prix Nobel de littérature en 1937.

Paris, juin 1914. Oscar Thibault, révulsé à l’idée de mourir, mesure les hypocrisies de sa vie, les raideurs qui l’ont éloigné de ses fils, le néant qui l’attend : sa foi vacille. Antoine se résout à abréger ses souffrances physiques par une surdose de morphine. Les obsèques se déroulent en grande pompe à Crouy, sans Jacques, pourtant peut-être le plus touché.

L’aîné, Antoine, sérieux et conservateur, fait la fierté de son père depuis toujours. Habitué aux prix d’excellence, le jeune médecin est promis à un brillant avenir. Jacques, le cadet, de neuf ans plus jeune, est idéaliste et révolté.

Dans cette famille en deuil, l’Histoire fait soudain irruption lorsque se profile le spectre de la guerre après l’attentat de Sarajevo. Devenu socialiste aux côtés de Jaurès, Jacques tente en vain de convaincre son frère de l’imminence du conflit et de ses répercussions dramatiques.

Les Thibault est une grande saga famiale composée de huit tomes, découpés en trois volumes pour la parution en poche chez Folio que j’avais terriblement envie de découvrir depuis plusieurs années, et l’été étant propice aux lectures de romans fleuves, je les ai acquis et emballée par ma lecture du tome 1, je me suis plongée avec délectation dans ce tome 2.

À travers les destinées de deux familles bourgeoises, les Thibault et les Fontanin, Roger Martin du Gard évoque la France de la Belle Époque qui va sombrer dans le premier conflit mondial.

L’ensemble du cycle est surtout centré sur les deux fils du riche notable catholique Oscar Thibault, deux frères que tout oppose : Antoine, l’aîné, médecin sûr de lui, esprit rationnel et plutôt conformiste, et son cadet de neuf ans, Jacques, idéaliste et tourmenté, en révolte contre les valeurs de la société bourgeoise puis militant socialiste.

La première partie, un peu ennuyeuse je dois bien l’admettre, repose sur l’agonie qui n’en finit plus du patriache Oscar Thibault. L’occasion pour l’auteur d’aborder la question de l’euthanasie et celle des limites du discours religieux, l’hypocrisie de son héros, qui tremble face à la mort.

La seconde, consacrée à l’été 14, qui se poursuivra dans le tome 3, déroule, presque au jour le jour, le film des événements du 28 juin, date de l’attentat de Sarajevo au 30 juillet. C’est véritablement passionnant lorsque l’on s’intéresse à cette période et aux jours qui ont précédé l’entrée dans le premier conflit mondial.

Héritier de la tradition naturaliste Roger Martin du Gard brosse un tableau sans complaisance de la société tout en mettant au premier plan le vécu et les pensées des protagonistes, saisis avec une grande finesse psychologique dans le tissu des détails qui font le quotidien.

Si l’organisation de cette grande fresque suit chronologiquement la vie et l’évolution intellectuelle et affective des héros, entourés d’une galerie de personnages secondaires variés et bien brossés, ses différentes parties permettent à l’auteur, athée et matérialiste, d’aborder des questions éthiques, sociales, politiques ou idéologiques.

Autant de points très finement traités qui m’ont vivement intéressée et fait que je n’ai pas pu lâcher ma lecture, toujours pressée d’y retourner. J’ai adoré les personnages d’Antoine bien moins lisse et conservateur qu’il n’y paraît au premier abord et madame Fontanin, mère aimante, empêtrée dans un mariage malheureux et je suis vraiment curieuse de voir le sort qu’a prévu pour eux l’auteur.

En revanche, et à ma plus grande surprise, je n’aime pas du tout, pour le moment, le personnage de Jacques, certes exalté et moderne, mais dont les atermoiements et les apitoiements sur son sort m’ont vraiment agacée, les passages le concernant m’ont plutôt laissé de marbre, j’espère que ce ne sera pas le cas dans le dernier volume.

Si le premier volume avait été un coup de coeur, ce n’est pas le cas de ce tome 2, la première partie, heureusement la plus courte, m’a ennuyée et je regrette tout de même que l’Histoire prenne le pas sur la destinée des Thibault, j’espère que ce ne sera pas le cas dans la suite de L’été 14 ! J’aimerai vraiment que les deux frères soient au premier plan et non spectateurs impuissants.

Ceci mis à part, cet opus a tout du grand roman et je ne peux que vous inviter à le découvrir à votre tour, adepte des classiques ou non, ce roman a tout pour séduire les amateurs de fresque familiale et sociale.

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Fabienne Betting est née en Moselle. Après des études scientifiques, elle se spécialise dans le traitement d’images médicales. Elle commence à écrire des nouvelles pour le plaisir, puis écrit son premier roman, Bons baisers de Mesménie (Autrement, 2016 ; J’ai Lu, 2017). La Théorie des poignées de main est son second livre.

Antoine Cavallero, jeune étudiant en statistiques, a choisi pour son doctorat un sujet peu conventionnel : la Théorie des poignées de main, ou l’idée selon laquelle nous connaissons tous quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un… pouvant nous relier à n’importe quel individu sur notre planète via six degrés de séparation. Mais ce séduisant postulat est-il exact ? C’est ce qu’Antoine s’est mis en tête de prouver.

Alors qu’il présente ses recherches à l’occasion d’un colloque, un grand professeur, irrité par son arrogance, le met au défi de mettre sa théorie en pratique. Antoine devra retrouver un individu choisi au hasard et démontrer que seules cinq personnes les séparent.

Piqué au vif, l’étudiant accepte et se lance à corps perdu dans un tour du monde fou et trépidant qui le mènera de Corfou à Bari en passant par Hô Chi Minh-Ville, Atlanta et Genève.

La couverture, très réussie, de La théorie des poignées de main invite au voyage et le récit va nous faire traverser les océans ! Fabienne Betting prend pour point de départ de son roman la théorie des six degrés de séparation, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle sort des sentiers battus !

Si, comme moi, vous n’êtes pas familier(e) du concept, je vous l’expose brièvement : cette théorie des poignées de mains établie par le Hongrois Frigyes Karinthy en 1929 évoque la possibilité que toute personne sur le globe peut être reliée à n’importe quelle autre, au travers d’une chaîne de relations individuelles comprenant au plus six maillons.

Le héros du roman, Antoine Cavallero un jeune doctorant nancéien, s’est mis au défi de nous démontrer la véracité de cette théorie qui va l’emmener dans plusieurs régions du globe.

L’idée de départ est bonne, la plume de Fabienne Betting est fluide, le récit est plutôt dynamique et crédible car avec le développement des technologies de l’information et de la communication, notamment des réseaux sociaux, tout est possible.

Voilà un court roman qui a le mérite de nous faire passer un bon moment, une bonne idée pour les vacances car on ne s’ennuie pas un seul instant de la première à la dernière page : on voyage, on suit un personnage sympathique, il y a des rebondissements réguliers qui relancent sans cesse l’intérêt et même une petite romance trop mignonne, autant d’ingrédients qui en font un chouette roman de plage !

Et au-delà du suspens, des voyages, de l’humour et de la romance de ce livre, il y a une vraie réflexion sur ce que sont les phénomènes de propagation et le buzz à l’ère où tout devient viral et public.

Quelques petits bémols toutefois : tout va très (trop) vite, certaines choses auraient mérité d’être creusées et surtout notre héros remporte son pari un peu trop facilement à mon goût.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Les escales pour cette lecture divertissante et instructive !

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Jacky Durand est journaliste au service Société de Libération la semaine et chroniqueur gourmand le week-end. Depuis des années il sillonne la France des terroirs pour ses savoureuses chroniques culinaires dans Libération (« Tu mitonnes ») et tous les samedi matin sur France Culture (« Les mitonneries de Jacky »).

Henri est le Chef dévoué du Relais fleuri, un bistrot traditionnel non loin de Dijon qu’il a acheté après avoir fait la guerre d’Algérie.

Le lieu ne paie pas de mine : le troquet ressemble à beaucoup d’autres avec ses tables en bois, ses nappes à carreaux en papier et ses employés qui n’ont pas fait l’école hôtelière.

Et pourtant, les clients sont nombreux au rendez-vous. Il faut dire que le chef et son inséprable commis Lucien, les régalent de leurs plats généreux.

Tout est fait maison : du pâté aux gâteaux, en passant par le boeuf bourguignon, Henri et Lucien sont derrière les fourneaux de 7h à 23h tous les jours que Dieu fait, à l’exception du dimanche.

Sous les yeux subjugués de son fils Julien, il élabore des recettes que sa femme Hélène, professeure de lettres dans un lycée de Dijon, consigne dans un cahier. Mais un jour, celle-ci quitte la maison sans explication.

Henri décrète alors que jamais Julien ne deviendra cuisinier. En cachette, le jeune homme poursuit son rêve et dans sa quête, il lui faudra démêler les secrets de famille et comprendre pourquoi Henri a laissé partir sa femme sans un mot…

Vous connaissez mon goût pour les romans gourmands : Les recettes de la vie de Jacky Durand ne pouvait qu’attérir dans ma PAL un jour au l’autre et aussitôt acheté, aussitôt lu ! Et comme j’ai bien fait car j’ai été très touchée par ce récit plein de saveurs et d’amour.

Avec ce roman intimiste, Jacky Durand nous offre le magnifique portrait d’un homme pour qui la cuisine est plus qu’un métier : le plaisir quotidien du partage et l’art de traverser les épreuves.

Une tendre déclaration d’amour filial, une histoire de transmission et de secrets, où, à chaque page, l’écriture sensuelle de l’auteur nous met l’eau à la bouche.

Je ressors vraiment charmée et touchée de ce roman populaire, un terme loin d’être péjoratif mais au contraire dans la meilleure acception du terme : généreux et authentique. Et arrivé au point final, on en redemande tant tout sonne formidablement juste !

L’auteur, par ailleurs chroniqueur culinaire, connaît bien la gastronomie de terroir, celle des régions avec des cuisiniers qui font une cuisine copieuse, connaissent les produits et les bons producteurs. Des artisans de la gastronomie avec l’amour de leur métier, sans chercher à briller au guide Michelin ou au Gault & Millaud. Il leur rend ici un bien bel hommage.

Au-delà de l’ode à la gastronomie, de la transmission de l’amour de la cuisine, il y a les relations père/fils. Julien, le narrateur, s’adresse tout au long du récit à son défunt père en le tutoyant. On ressent beaucoup d’amour et d’admiration d’un père envers son fils mais aussi des reproches, des révoltes de l’enfance et de l’adolescence face à ce père tout dévoué à son métier, qui consacre bien peu de temps à sa femme et de son fils.

Le style de Jacky Durand est fluide et épuré, les pages se tournent toutes seules et je n’ai qu’un reproche à formuler à ce roman : il est trop court, sinon quel régal !

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce très joli roman que je vous conseille !

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