Les amants de l’été 44 – Karine Lebert

Gemma est une jeune New-Yorkaise vive, séduisante, pragmatique, travaillant avec passion dans l’entreprise familiale de produits alimentaires. A la mort de sa mère, en 2000, elle découvre que sa « vraie » grand-mère était française ; elle décide alors de partir, seule, sur ses traces. Ce voyage à la recherche de ses origines la conduit en Normandie. En sillonnant la région, Pont-l’Evêque, Le Havre, Barfleur, Colleville, l’Américaine recueille les témoignages de ceux qui ont connu Philippine. Tout commence en 1944, quand, en faisant du marché noir à Deauville, la jeune Normande rencontre Ethan, un GI, cajun de Louisiane. Deux destins de femmes, deux continents, deux époques… L’une est en quête, la seconde se raconte. Gemma trouvera un nouveau sens à sa vie et comprendra comment Philippine a payé le prix de sa liberté. Avec en filigrane cette question douloureuse : pourquoi a-t-elle abandonné sa fille aux Etats-Unis ?

Août 2000, Gemma est une jeune new-yorkaise célibataire, travaillant pour l’entreprise familiale. Elle mène une vie trépidante de citadine workaholic et une histoire d’amour sans passion avec un architecte, ami de son père.

Elle découvre avec stupéfaction lors du décès de sa mère Lauren que sa grand-mère Philippine était française. Elle faisait partie des fameuses war brides françaises ayant contracté un mariage avec un G.I à la fin de la seconde guerre mondiale.

Gemma s’envole alors pour la France afin d’en savoir plus sur Philippine, en début du refus ferme de son père de la voir sillonner la Normandie.

Août 1944 dans une Normandie dévastée par la guerre, Philippine fait la connaissance d’Ethan, un G.I cajun de Louisiane. Les jeunes gens dont les belles années ont été gâchées par la guerre se plaisent, se revoient à l’insu des parents de Philippine et tombent fou amoureux.

Malgré le refus de ses parents, vent debout contre le mariage de leur fille unique et d’un soldat américain, Philippine finit par s’enfuir…

J’avais bien aimé Ce que Fanny veut… et Les saisons du mensonge, j’ai donc été ravie de retrouver Karine Lebert à l’occasion de son nouveau roman : Les amants de l’été 44.

Changement de décor et d’époque pour cet opus puisqu’il s’agit d’un roman à deux voix avec deux héroïnes bien distinctes : Philippine pour la trame historique et Gemma, sa petite-fille, pour la partie contemporaine.

Le récit historique se déroule entre août 1944 à octobre 1945, entre Pont-L’évêque et Le Havre, et met en scène Philippine, une jeune fille à qui la guerre a volé son adolescence et ses années d’insouciance.

Lorsque le récit commence, elle a 20 ans, et son frère vient de se faire abattre par erreur par un G.I. Son père, à la tête d’une cidrerie, va reporter toute sa colère et sa haine sur les américains et va refuser l’union entre sa fille et Ethan.

Le récit contemporain se déroule de juin à octobre 2000 de New-York à Pont-L’Evêque. Gemma, après la mort brutale de sa mère, découvre que cette dernière avait engagé un détective privé pour enquêter sur sa mère Philippine.

La jeune femme déjà très francophile va ressentir le besoin de découvrir cette partie de l’histoire familiale et va partir en quête de Philippine dans le but de comprendre pourquoi la jeune femme qui avait quitté famille et pays, a abandonné sa fille unique.

Karine Lebert nous propose avec ce roman deux beaux portraits de femmes comme elle sait si bien le faire, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs fêlures, leurs aspérités.

La romancière alterne la narration entre le présent et le passé, entre Gemma et Philippe, en donnant tour à tour la parole à ses deux héroïnes et aborde un sujet assez méconnu de la seconde guerre mondiale : les war brides.

Deux femmes, deux destins, deux continents, deux époques. L’une est en quête, la seconde se raconte. J’ai beaucoup aimé ce roman que j’ai dévoré et dont l’histoire m’a passionné, j’ai hâte que le second tome paraisse pour retrouver Gemma et Philippine et connaître enfin le fin mot de cette histoire.

Je savais que des françaises avaient contracté des unions avec des G.I mais j’ignorai qu’il y en avait eu autant et cet aspect historique m’a vraiment intéressé d’autant qu’il est bien traité par Karine Lebert qui nous dévoile la vie de ces jeunes femmes au camp du Havre puis leur traversée vers leur nouvelle patrie, les Etats-Unis, dont beaucoup reviendront déçues.

L’écriture est fluide, addictive, l’histoire de Philippine, émouvante et captivante. Je me suis sentie happée par les mots de l’auteure, ne pouvant me résoudre à refermer ce livre tant le suspense est fort et tient en haleine jusqu’à la dernière page.

J’ai adoré retrouver au cours de ma lecture des endroits que je connais bien comme Pont-L’évêque, Honfleur, Trouville… c’est une région que j’affectionne et j’ai aimé retrouver tous ces lieux le temps d’un roman.

Si vous aimez les romans historiques et les secrets de famille, je ne peux que vous recommander Les amants de l’été 44.

Un grand merci à Laëtitia et aux Editions Presse de la Cité pour cette lecture passionnante !

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Ça peut pas rater ! – Gilles Legardinier

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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– J’en ai ras le bol des mecs. J’en ai plus qu’assez de vos sales coups ! C’est votre tour de souffrir !
Et là, trempée, titubante, je prends une décision sur laquelle je jure de ne jamais revenir : je ne vais plus rien leur passer. On remet les compteurs à zéro. Je vais me venger de tout. Puisque aucun bonheur ne descendra d’un ciel illusoire, je suis prête à aller chercher le peu qui me revient jusqu’au fond des enfers.
La gentille Marie est morte. C’est la méchante Marie qui est aux commandes. Désormais, je renvoie les ascenseurs. Les chiens de ma chienne sont nés et il y en aura pour tout le monde. La vengeance est un plat qui se mange froid et je suis surgelée. La rage m’étouffe, la haine me consume.

Marie vit depuis dix ans avec Hugues. Dix ans qu’elle accepte de vivre au jour le jour, sans faire de projets d’avenir, tout ça par amour pour lui. Dix ans qu’elle ne voit plus ses amis et quasiment plus sa famille, Hugues l’ayant coupé de tous ceux qu’elle aime.

Heureusement, il reste Petula, fidèle au poste, sa meilleure amie qui enchaîne les déceptions sentimentales, et qui travaille avec Marie pour un créateur de matelas haut de gamme.

C’est alors qu’elle pensait qu’il allait enfin lui mettre la bague au doigt, que Hugues la quitte pour une femme plus jeune et surtout plus jolie qu’elle. Non content de la jeter tel un kleenex, le mufle l’a met à la porte illico presto puisque leur nid douillet lui appartient et qu’il est pressé d’y amener sa nouvelle conquête.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, le directeur de sa boîte décide de dégraisser sa masse salariale afin que les actionnaires s’en mettent plein les poches et confie cette délicate mission à Marie, en charge du service du personnel.

Mais Marie n’a aucune envie de priver de leur travail ses collègues et décide de prendre la tête de la fronde. Et là, au milieu de cette agitation sociale, sans crier gare, voilà que débarque un admirateur secret, avec son lot de lettres anonymes remplies d’amour…

J’avais beaucoup aimé Demain j’arrête ! et Complètement cramé !, j’étais donc ravie de retrouver Gilles Legardinier à l’occasion de Ça peut pas rater ! qui attendait sagement dans ma PAL depuis près de deux ans.

Vous le savez, j’aime beaucoup les feel-good books qui sont à la fois drôle et apportent font beaucoup de bien au moral et je dois dire que ce roman remplit très bien son rôle même si je le trouve nettement moins bon que les deux précédents.

La faute sans doute à un humour plus lourd, une histoire assez plate et surtout à l’héroïne de ce récit qui m’a un peu tapé sur les nerfs. J’ai trouvé intéressants les moments passés dans la société de Marie et de Petula, et je pense que Gilles Legardinier aurait pu se contenter de creuser cette partie et nous épargner le jeu de pistes qui nous conduit à l’amoureux transi de Marie.

L’auteur a voulu cocher toutes les cases du cahier des charges du roman feel good book et finalement pèche par ses excès. C’est franchement dommage car le roman pouvait tenir sur l’humour et la contestation sociale, ce qui l’aurait sorti des sentiers battus et en aurait fait un roman plus original.

Comme je vous le disais plus haut, c’est pour l’instant le roman de Gilles Legardinier que j’aime le moins, ce qui ne m’empêchera pas de tenter cet auteur à nouveau, en espérant être davantage séduite.

Ces bémols mis à part, Ça peut pas rater ! est une comédie qui réserve de bons moments où l’on rit et qui se lit formidablement bien grâce à l’écriture fluide de Gilles Legardinier, ses chapitres courts, ses alternances de moments drôles et tendres.

Belette qui m’a accompagné dans cette lecture l’a bien aimé aussi et vous pouvez retrouver son ici.

La bourbonnaise – Catherine Hermary-Vieille

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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 » D’un œil expert, Le Bel, premier valet de chambre du roi, avait examiné Jeanne de la tête aux pieds. Cette femme était d’une rare beauté. D’emblée on discernait sa force vive, son charme, son tempérament, une volonté de fer qui faisaient les grandes maîtresses royales. Et d’elle se dégageait une lumière presque soyeuse :  » Sa Majesté va être satisfaite « , pensa-t-il.  » Satisfaite, elle le fut au-delà de ses espérances. Car personne, en cette année 1769, n’aurait pu soupçonner l’amour fou qui allait bientôt unir Jeanne du Barry à Louis XV le monarque libertin et tout-puissant qui un jour lui déclara :  » C’est à moi de me mettre à vos pieds, et pour le reste de ma vie.  » Dans ce superbe roman d’amour, Catherine Hermary-Vieille ressuscite la figure controversée de cette femme qui a marqué l’Histoire et a régné sans partage à la cour et dans le cœur du roi. Avec la rigueur historique d’une biographe et le talent sensuel d’une grande romancière, elle rend à cette exquise comtesse, autrefois fille du peuple, la place qu’elle mérite : celle d’une femme exceptionnelle.

Née le 19 août 1743, Jeanne Bécu est la fille naturelle d’une couturière et semble-t-il d’un moine nommé Frère Ange, qui grâce à sa très grande beauté, va franchir toutes les sphères de la société et être propulsée dans le lit du roi Louis XV.

Le duc de Richelieu et ses proches, ennemis de Choiseul et de la marquise de Pompadour, veulent jouer un rôle de premier plan auprès du roi et vont parvenir à leurs fins après la mort de la favorite. Richelieu, son neveu d’Aiguillon et Jean-Baptiste Dubarry vont faire l’éducation libertine de celle qui sera la dernière favorite du Bien-Aimé vieillissant et retrouver par la même occasion, l’oreille du roi.

Dotée d’une solide culture générale acquise au convent Saint-Aure, elle saura s’attacher l’affection et la personne du roi, qui semble avoir connu le bonheur les dernières années de sa vie grâce à elle.

Catherine Hermary-Vieille, en fine connaisseuse de l’Ancien Régime et notamment du XVIIIè siècle, période qui me passionne entre toutes, nous propose avec La bourbonnaise, une biographie romancée et passionnante de Jeanne Bécu, plus connue sous le nom de Comtesse du Barry.

De sa naissance à ses derniers instants au pied de l’échafaud, place de la nation, l’auteure nous conte le destin exceptionnel de cette femme de basse extraction, nommée dans les pamphlets vilipendant le roi, du sobriquet de Bourbonnaise, d’où le titre éponyme de ce roman biographique.

Si comme moi, le règne de Louis XV et plus généralement les favorites vous passionnent, je ne peux que vous conseiller la lecture de ce roman complet qui m’a permis de découvrir une femme certes avide de richesses mais également bienfaitrice du peuple qui vivait à Louveciennes, son château légué par le roi et qu’elle aimera habiter jusqu’à la fin de sa vie.

J’avoue qu’avant de commencer ce roman qui croupissait dans ma PAL depuis près de six ans et faisait même partie du tout premier book-haul du blog, je connaissais fort mal la Comtesse du Barry qui souffre tout de même d’une très mauvaise réputation car on parle volontiers de catin royale pour la désigner et de la comparaison que l’on peut faire avec la Marquise de Pompadour, bien plus instruite et fine politique, défenseure des philosophes et de l’Encyclopédie.

La Comtesse, quoique l’on puisse lui reprocher, à la différence de Madame de Pompadour, s’adapta parfaitement aux usages de la cour, ne s’intéressa guère aux affaires et ne chercha pas à jouer de rôle politique mais a régné sur les plaisirs du roi, de 1769 à 1774, date où le monarque a rendu l’âme.

Malgré cela, elle a subi une véritable campagne de dénigrement, beaucoup attaquée par le clan Choiseul et méprisée par la dauphine Marie-Antoinette qui la jettera au couvent dans les semaines suivant l’accession au trône de Louis XVI et lui vouant une haine tenace, qui prendra fin lors de la Révolution.

J’ai donc découvert une favorite plus nuancée, bien moins intrigante que je ne le pensais et une personnalité attachante, qui bien qu’aimant beaucoup les diamants, faisait aussi le bien autour d’elle et qui connut une fin tragique, comme une grande partie de la noblesse, sous la Terreur. Ses derniers instants où elle espère encore sauver sa tête contre sa fortune, sont très touchants.

La bourbonnaise est à tout point de vue un roman historique passionnant, très bien documenté et le portrait que nous dresse Catherine Hermary-Vieille de la Comtesse du Barry est finement ciselé et véritablement intéressant.

Bien sûr, l’auteure a beaucoup de tendresse pour son héroïne et l’on peut reprocher à Catherine Hermary-Vielle de nous proposer une image bien lisse de la Comtesse parfois un peu trop proche de l’hagiographie mais ceci mis à part, j’ai passé un excellent moment en compagnie de cette jolie Jeanne et je ne peux que vous conseiller cette lecture si cette figure de l’Histoire vous intéresse.

Le bonheur arrive toujours sur la pointe des pieds – Tiphaine Hadet

Traverser la France en covoiturage… Camille s’en souviendra longtemps ! Son chauffeur, un vrai goujat, l’a abandonnée comme une malpropre sur une aire d’autoroute. En plus, elle n’a vraiment pas envie de participer à la réunion familiale annuelle dans le Midi. Qui aurait envie d’entendre à nouveau la litanie : « Ah, toujours pas de bébé ? Même pas de fiancé ? »
Mais pour le moment, elle doit attendre sagement au bord de l’autoroute que sa cousine vienne la chercher. Mais elle ne l’attend pas seule. À ses côtés, Julien, un inconnu qui lui a offert un café. Ils discutent toute la nuit, et au matin, chacun reprend sa route, sans échanger de nom ni d’adresse.

Comme chaque été, Camille s’apprête à rejoindre ses parents pour une semaine d’agapes dans le sud. Elle passe une dernière soirée avec la concierge de son immeuble, madame Bonabonheur, avec qui elle a lié une solide amitié, malgré leur différence d’âge.

Le lendemain matin, elle rejoint le point de ralliement convenu avec le propriétaire de la voiture qu’elle a réservé sur une plate-forme de covoiturage. Le voyage promet d’être long car Alfred Demusset est particulièrement tatillon sur l’attitude de ses passagers et sur la ponctualité.

Au premier arrêt, Camille angoisse à l’idée de remonter dans le véhicule de celui qui est loin d’être un poète et lorsqu’elle sort de la station, il pleut averse. Elle s’engouffre dans le monospace et se rend compte alors qu’elle s’est trompée de voiture et que ce maudit Alfred est reparti sans elle !

Elle fait ainsi la connaissance de Julien qui revient d’un séminaire de travail et entre eux le courant passe tout de suite, un vrai coup de foudre ! Leur chemin se sépare pourtant au bout de quelques heures sans qu’ils aient échangé leurs coordonnées…

Le bonheur arrive toujours sur la pointe des pieds est le premier roman de Tiphaine Hadet et je l’espère pas le dernier tant j’ai eu plaisir à le lire. Lauréate de plusieurs concours d’écriture, elle a été remarquée et encouragée par Agnès Martin-Lugand, rien que ça !

Voilà en tout cas un joli roman que j’ai dévoré en quelques heures, une histoire bien agréable, portée par des personnages attachants, quoiqu’un peu trop caricaturaux, qu’on suit avec plaisir.

Le récit commence avec Camille et dès sa rencontre avec Julien, l’auteure alterne alors les chapitres entre les deux héros, menant ainsi deux récits en parallèle. L’histoire tient à la fois de la romance et du feel-good book car s’il y a beaucoup de romantisme et d’émotions, l’auteure a aussi un bon sens de l’humour et parsème son récit de situations cocasses et d’une bonne dose de culture mainstream.

J’ai accroché immédiatement à l’histoire de Camille et surtout à la plume de Tiphaine Hadet que j’ai trouvé fluide et dynamique et qui nous propose ici un roman très frais, idéal pour passer un bon moment en ce début de printemps.

Si les héros ne sortent guère des sentiers battus : des trentenaires qui ne croient plus en l’amour, l’histoire en elle-même est originale avec l’apport du covoiturage et l’auteure se sert très habilement de cette singularité.

Une romance drôle et pleine de rebondissements mais pas que. Au-delà de ce coup de foudre et de tout ce qui en découle, Tiphaine Hadet raconte également l’histoire d’amour avortée de la concierge de Camille et ce volet-là, secondaire au demeurant, est bourré d’émotions et m’a fait versé ma petite larme.

Une très bonne surprise et une romance que je vous conseille, entre drôlerie, situations cocasses et d’autres plus dramatiques, j’ai à la fois ri et pleuré et surtout passé un excellent moment en compagnie de Tiphaine Hadet et de ses personnages.

Un grand merci à Elise et aux éditions City pour cette lecture, j’ai adoré !

Ce feu qui me dévore – Paul Couturiau

A tout juste dix-huit ans, Bernard Bertin est désigné coupable de l’incendie criminel qui a tué sa mère et laissé pour mort son père. Depuis toujours, un feu contenu brûle en lui : une sensibilité à fleur de peau, une posture solitaire et secrète ont fait de lui un enfant incompris. Après sa peine de prison, il revient vivre sur les lieux du drame, à Metz. Il est devenu écrivain et n’a jamais levé le voile sur son histoire. La vraie et insoupçonnée. Celle qui se tramait derrière la façade bourgeoise de la maison familiale. A la faveur de ses retrouvailles avec Alexandra, son amour de jeunesse, Bernard est poussé dans ses derniers retranchements.
Parviendra-t-il, enfin, à panser les plaies du passé, à révéler les souvenirs douloureux d’une enfance qui n’en fut jamais une ?

Metz, juillet 2000. Bernard Bertin assiste aux funérailles de son père. Les deux hommes se sont beaucoup rapprochés ces dernières années, depuis que Bernard est sorti de prison.

A tout juste 18 ans, il a été reconnu coupable de l’incendie criminel de la maison familiale au cours duquel sa mère a trouvé la mort et son père, a été grièvement brûlé. A l’issue de son procès, le jeune homme a écopé de quinze années de prison alors qu’aucune preuve ne l’a jamais incriminé.

Seule, l’ébauche de son premier roman, a fait de lui le coupable tout désigné. Bernard y raconte l’enfance maltraitée d’un petit garçon, qui une fois adulte, décide de punir ses parents en mettant le feu à sa maison.

Mais ce roman est-il la confession d’un enfant martyr ou une œuvre de fiction ? Bernard assure au juge d’instruction que ce roman n’est que pure invention mais qu’en est-il exactement ?

Il y a un peu plus de deux ans j’avais découvert la plume de Paul Couturiau à l’occasion de son roman Je meurs de ce qui vous fait vivre qui avait pour héroïne la première femme journaliste, Séverine. J’avais adoré ce magnifique portrait de femme, j’étais impatiente de découvrir cet auteur dans un registre plus contemporain, ce qui est chose faite avec Ce feu qui me dévore et je ressors de ce roman, totalement bouleversée.

Après une figure historique, Paul Couturiau met en scène un personnage totalement fictif : Bernard Bertin que l’on découvre trente après l’incendie criminel qui a coûté la vie à sa mère et handicapé son père.

Comme tout l’accusait : son côte fuyant, son mutisme, ses écrits d’adolescent, il est condamné sans l’ombre d’une preuve. Depuis sa cellule, il est devenu romancier à succès sans jamais révéler la vérité sur son enfance.

C’est un roman triste, émouvant mais tellement réaliste que mon cœur s’est serré à de nombreuses reprises. L’auteur construit son récit à la manière d’un polar : le narrateur distille au compte goutte les éléments de son histoire et les nombreux rebondissements induits par ces révélations, tiennent le lecteur en haleine jusqu’au bout tout en nous invitant à réfléchir sur la maltraitance infantile, sujet fort douloureux qui malheureusement reste toujours tabou de nos jours…

Cet enfant unique victime à la fois de sa mère qui mettait la barre tellement haut qu’il la décevait sans cesse et par son père qui s’en prenait physiquement à lui, encouragée par son épouse qui réclamait des raclées pour son fils.

Sans ami, le garçonnet devenu adulte se réfugiait dans la littérature et cherchait la compagnie de son grand-père à qui il a pourtant toujours tu la violence dont il était victime, même pendant toutes ses années d’emprisonnement.

Paul Couturiau, avec sa plume rythmée, nous propose une histoire qui ne tombe jamais dans le pathos, qui sonne terriblement juste, bien construite, ponctuée d’allers et retours dans le passé et des écrits de Bernard, et qui nous dévoile dans toutes les dernières pages le fin mot de l’histoire.

Un très bon moment de lecture malgré cette thématique grave mais qu’il est important aussi de retrouver dans des romans, surtout lorsqu’elle est aussi bien traitée, comme c’est le cas ici, avec pudeur et délicatesse.

Un grand merci à Laëtitia et aux Editions Presse de la Cité pour ce roman très touchant !

La vie rêvée de Gabrielle – Lyliane Mosca

La vie de Gabrielle Renard est un roman. Un roman vrai et en couleurs qui commence en 1894, quand, toute jeune, elle quitte sa Champagne natale pour devenir bonne à Paris chez les Renoir. Sa beauté simple mais rayonnante lui vaut de poser bientôt pour le célèbre peintre. Egalement nourrice du petit Jean, le futur cinéaste, elle contribue grandement à son éducation. De cette complicité, de cette tendresse, Renoir saisit sur la toile les instants pleins de grâce. Gabrielle suit la famille au gré de ses pérégrinations et de ses secrets, et côtoie de grands artistes : Manet, Degas… Toujours disponible quand le maître la réclame comme modèle, toujours admirative, de plus en plus experte en art…
Ainsi va la vie hors du commun de Gabrielle dans l’intimité de deux artistes majeurs du xxe siècle.

1894, Gabrielle Renard est recrutée en tant que nourrice par Aline Charigot, originaire du même petit village de Champagne qu’elle : Essoyes. Cet ex modèle est devenu l’épouse de l’un des plus grands peintres du mouvement impressionniste et de cette fin du XIXè siècle : Auguste Renoir.

L’ancienne muse du peintre n’a pas la fibre maternelle et préfère que Gabrielle se charge de son nouveau-né Jean. La jeune fille se prend d’affection pour le petit garçon et l’emmène partout avec elle, y compris dans ses promenades montmartroises.

Gabrielle est belle et correspond en tous points à l’idéal féminin de Renoir : les brunes pulpeuses. Peu à peu, elle devient son sujet préféré, posant avec Jean, seule puis nue.

Mais Aline finit par prendre ombrage de Gabrielle que Renoir père et fils chérissent tant et la cohabitation entre les deux femmes de fort caractère devient orageuse…

Dans La vie rêvée de Gabrielle, Lyliane Mosca nous trace le portrait romancé de Gabrielle Renard, une jeune paysanne d’Essoyes qui va connaître une destinée incroyable.

Cette fille de la campagne champenoise qui, de Paris à Grasse et jusqu’aux Etats-Unis, sera tour à tour employée de maison, nourrice, muse et figure féminine incontournable de deux artistes majeurs des XIXe et XXè siècles : le peintre Auguste Renoir et le cinéaste Jean Renoir.

Comme vous le savez certainement, j’aime beaucoup les beaux portraits de femme et comme le courant impressionniste me passionne j’étais ravie de pouvoir lire ce roman et de côtoyer le temps d’une lecture, l’immense Auguste Renoir qui figure en bonne place dans mon panthéon personnel.

L’auteure nous fait découvrir ici une femme restée dans l’ombre qui figure sur bon nombre de toiles signées Renoir, sans pour autant passer à la postérité.

La plume fluide de Lyliane Mosca raconte à merveille la vie de cette femme et nous dresse un très joli portrait de muse qui m’a beaucoup plu. J’y ai découvert une femme simple et franche, au service des Renoir pendant deux décennies, tour à tour nourrice, bonne mais également modèle préféré du peintre.

Je trouve d’une manière générale les muses fascinantes et Gabrielle Renard ne fait pas exception à la règle. Tout au long du récit, l’auteure nous conte le quotidien de Gabrielle, sa tendresse et son attachement pour cette famille et notamment pour le petit Jean qu’elle considérera un peu comme son propre fils et qu’elle influencera.

Au fil du récit, nous marchons dans ses pas de Paris à Essoyes, puis à Cagnes-sur-Mer, dans l’intimité du peintre et de ses secrets, puis à Beverly Hills dans les vingt dernières années de sa vie.

J’ai beaucoup aimé découvrir la destinée de cette femme attachante, aimante, de cette femme au grand cœur, extrêmement dévouée et fidèle aux Renoir jusqu’à son dernier souffle. Une figure lumineuse et joyeuse, un visage et un corps immortalisés par le génie de Renoir, qui mérite d’être aussi dans la lumière et c’est chose faite grâce à Lyliane Mosca.

Un grand merci à Laëtitia et aux Editions Presse de la Cité pour ce très joli portrait de femme !

Possédées – Frédéric Gros

En 1632, dans la petite ville de Loudun, mère Jeanne des Anges, supérieure du couvent des Ursulines, est brusquement saisie de convulsions et d’hallucinations. Elle est bientôt suivie par d’autres sœurs et les autorités de l’Eglise les déclarent « possédées ». Contraints par l’exorcisme, les démons logeant dans leurs corps désignent bientôt leur maître : Urbain Grandier, le curé de la ville.

Loudun, 1632. A quelques kilomètres de Richelieu, nouveau fief du cardinal premier ministre de Louis XIII, cette petite ville est secouée par les tensions religieuses entre catholiques et protestants lorsque la supérieure du couvent des ursulines, la mère Jeanne des Anges, et peu à peu l’ensemble de sa congrégation, est saisie de convulsions et d’hallucinations.

Elle avoue à son confesseur, le chanoine mignon, qu’un homme en soutane les visitent chaque nuit et les forcent à se caresser. C’est le diable assurément qui les poursuit ainsi, les laissant bientôt sans trêve s’épuiser en de folles sarabandes.

Le diable, il ne faut pas aller le chercher loin mais du côté du curé du village : Urbain Grandier. Le prêtre de la paroisse est bel homme, les femmes en sont folles et il ne dédaigne pas rompre son vœu de chasteté à l’occasion.

Souvenez-vous, c’est lui qui a engrossé Estelle, la fille du procureur du roi, précipitant la fureur de son père qui s’est juré de se venger de son ami qui l’a trahi…

L’affaire des possédées de Loudun, brassant les énergies du désir et les calculs politiques, les intrigues religieuses et les complots judiciaires, a fait grand bruit sous le règne de Louis XIII et a inspiré depuis plusieurs cinéastes et essayistes.

Possession ? Folie ? Hallucination collective ? Schizophrénie ? Hystérie ? Frédéric Gros fait dans Possédées au-delà de l’affaire, le roman d’un homme injustement condamné : Urbain Grandier.

Brillant serviteur de l’Eglise, fin lettré, humaniste rebelle, amoureux des femmes, figure expiatoire toute trouvée de la Contre-Réforme, Urbain Grandier complote soi-disant contre le cardinal de Richelieu et est l’auteur d’un libelle demande au Saint-Père de mettre fin au célibat des prêtres.

Toutes les facettes de cet homme conduiront à sa perte et à son martyr le 18 août 1634, exécuté pour sorcellerie. Sous la torture et dans les flammes, il criera son innocence et l’auteur montre comment toute cette affaire a été montée en épingle par le procureur Trincant et ses amis Mignon, Mannoury et Adam.

J’ai trouvé ce roman très intéressant d’un point de vue historique bien sûr, Frédéric Gros s’est remarquablement bien documenté et grâce à lui je suis dorénavant incollable sur cette terrible affaire.

Mais c’est aussi un roman exigeant, très bien écrit, avec un vocabulaire et un style plutôt soutenus, ce qui peut rebuter celles et ceux habitués à lire des récits nettement plus simples d’accès.

Certains passages, notamment ceux ayant attrait à Jeanne de Belciel, future Jeanne des Anges, s’étirent toutefois un peu trop en longueur. Cette femme particulièrement exaltée et totalement centrée sur elle-même m’a rebuté. De nos jours, elle finirait à l’asile mais à l’époque sa parole a compté, il y a bien eu des voix pour mettre en cause cette possession et les simulacres auxquelles les sœurs se livraient mais le pouvoir judiciaire a fini par s’abattre sur ce pauvre Urbain Grandier, pourtant soutenu par les autorités ecclésiastiques.

Car cette affaire, si elle prend son origine dans l’exaltation religieuse et ses débordements, lorsque le tribunal ecclésiastique acquitte Grandier, elle devient politique et personnellement conduite par le père Joseph, l’éminence grise du cardinal, puis par le commissaire de Laubardemont, parent de la mère supérieure, lorsque Trincant avertit Richelieu que son curé complote contre lui.

Là encore, aucune preuve contre Grandier mais peu importe, la machine implacable va alors s’abattre sur lui. Grandier, ami des protestants, est héritier du XVIème siècle humaniste, de Rabelais, Jacques Amyot, Erasme et Thomas More, et paiera cher son modernisme, pris dans le tourbillon vengeur d’une époque qui se conclura par la révocation de l’Edit de Nantes.

Une personnalité que j’ai découverte grâce à ce roman, une figure attachante qui m’a beaucoup touchée. J’ai beaucoup vociféré au fil du récit, en colère contre l’instrumentalisation d’une poignée d’hommes épris de vengeance qui fait basculer la vie d’un honnête homme.

Vous l’aurez compris, Possédées est un roman qui m’a bouleversée et qui me restera longtemps en mémoire. Je vous encourage à le lire vivement, si comme moi, cette affaire vous intéresse.

L’avis de Belette qui m’a accompagné dans cette lecture est ici, et son avis est nettement moins enthousiasme que le mien !

Merci aux éditions Albin Michel pour ce très bon moment de lecture !