Les crayons de couleur – Jean-Gabriel Causse

Du jour au lendemain, les couleurs disparaissent. Dans ce nouveau monde en noir et blanc, un drôle de duo se met en tête de sauver l’humanité de la dépression en partant à leur recherche. Lui, c’est Arthur, employé dans une fabrique de crayons de couleur, aussi paumé que séduisant. Elle, c’est Charlotte, aveugle de naissance et scientifique spécialiste de ces mêmes couleurs qu’elle n’a jamais vues. A leurs côtés, une petite fille au don mystérieux, un chauffeur de taxi new-yorkais, les résidents d’une maison de retraite qui ressemble à une colonie de vacances. A leurs trousses, une bande de bras cassés au service d’une triade chinoise…

Arthur Astorg pointe à Pôle Emploi depuis maintenant trois ans lorsqu’il décroche un job de commercial chez Gaston Cluzel, un fabricant réputé de crayons de couleur. Le patron, qui est sur le point de mettre la clé sous la porte, accepte de l’embaucher car son salaire est pris en charge par l’Etat. Il ne se fait pourtant guère d’illusion sur Arthur, à la mine débraillée et qui sent l’alcool à plein nez.

Face à son appartement vit Charlotte da Fonseca. Cette jeune femme docteur en neurosciences et spécialiste des couleurs reconnue mondialement, est chroniqueuse pour France Inter. Maman d’une petite Louise, Charlotte est aveugle de naissance et seule une poignée d’initiés est au courant car sinon comment continuer à être crédible ?

C’est une journée comme toutes les autres et pourtant, de façon très soudaine, toutes les couleurs se mettent à disparaître. Le monde n’est plus qu’un camaïeu de gris, de blanc et de noir. Au sein de la population, c’est la panique. Les marchés financiers s’écroulent, la déprime s’étend des basses couches de la société jusqu’à son sommet, chacun fait grise mine.

Spécialistes et scientifiques sont mobilisés afin de trouver la réponse qui angoisse tout le monde : pourquoi les couleurs ont disparu ?

C’est totalement par hasard que j’ai emprunté ce roman à la médiathèque, la couverture m’ayant sauté aux yeux dans les nouveautés ! Et je ne regrette pas d’avoir terminé l’année avec ce roman, charmant et intéressant à plus d’un titre.

L’histoire de cette disparition des couleurs est très originale et Jean-Gabriel Causse, designer coloriste de profession, qui signe avec Les crayons de couleur son premier roman, nous distrait tout en nous apprenant également une foule de choses sur les couleurs, ce que j’ai trouvé diablement intéressant.

L’idée de départ est farfelue à souhait et démarre plutôt lentement pour ensuite prendre une allure folle, avec parfois des rebondissements un peu trop tirés par les cheveux mais qu’importe, l’auteur arrive tout de même à nous proposer une trame crédible et haletante, portée un duo de personnages très attachant : Arthur et Charlotte.

Au-delà de l’histoire de disparition des couleurs, ce roman a le mérite de nous montrer l’importance des couleurs dans un monde devenu monochrome et où le noir, le gris et le blanc s’imposent dans la mode, le design, la technologie, la décoration…

Au fil du récit, on prend conscience de l’importance des couleurs, on découvre leur symbolique et leur influence sur le comportement des individus et sur l’ensemble de la société.

Un premier roman distrayant et enrichissant que je vous conseille si vous avez envie de vous divertir ou d’en apprendre plus sur les couleurs.

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L’élégance des veuves – Alice Ferney

« Le spectacle se donne sans fin. Car l’instinct fait germer la chair, le désir la pousse, la harcèle quand elle s’y refuse, jusqu’à tant qu’elle cède, s’affale, se colle à une autre, et que s’assure la pérennité des lignées amoureuses. » Cela se produit de multiples fois, sans relâche, cela s’enchaîne avec beaucoup de naturel et de grâce. Un cycle sans fin pousse les femmes à se marier, à enfanter, puis à mourir. Ainsi va le temps, secoué par le rythme des naissances et des morts, quand le besoin de transmettre l’emporte sur le désespoir de la perte d’un être cher. Un long fil de désir passe au travers des générations.

Fin du XIXè siècle. Valentine Bourgeois va s’unir à Jules, qui a du faire ses preuves avant de lui passer la bague aux doigts. Contrairement à ses soeurs ou à ses amies, elle a la chance de faire un mariage d’amour, qui va la combler vingt années durant, jusqu’au jour où Jules va fermer les yeux et laisser un vide immense autour de lui, condamnant son épouse bien-aimée à un très long veuvage.

Peu après la première guerre mondiale, il y a aura Henri, un de leurs fils, qui va unir son destin à celui de Mathilde et offrir dix petits-enfants à Valentine ; et Gabrielle, la cousine et meilleure amie de Mathilde, qui comme Valentine, va devenir une jeune veuve, après avoir enfanté six fois…

Au rythme des faire-part de naissance et de mort, Alice Ferney nous livre dans L’élégance des veuves, la chronique de trois destins féminins dans la société bourgeoise du début du XXè. Des jeunes femmes à qui l’on ne demande qu’une chose : procréer et perpétuer le nom de famille de leur époux.

Fiançailles, mariages, enfantements, décès, le cycle ne s’arrête jamais, car le ventre toujours fécond de Valentine, Mathilde et Gabriel sait combler la perte des êtres chers, en s’épanouissant dans une maternité abondante.

J’avais repéré ce titre lors de la sortie du film Eternité dont c’est l’adaptation. La bande annonce m’avait fait très envie mais je souhaitais lire d’abord le roman et j’ai bien fait car ce court récit est un petit bijou ciselé avec talent par Alice Ferney.

L’histoire se révèle assez triste puisqu’il est certes question d’amour et de naissances mais pas seulement, car la vie de ces trois femmes est émaillée de deuils. Veuvage bien sûr qui donne son titre au roman mais aussi perte d’enfants mort-nés, emportés par la maladie ou fauchés sur un champ de bataille.

Un roman qui va à l’essentiel et nous conte la vie de ces femmes élevées dans la foi catholique, leurs codes, leurs devoirs conjugaux, les contraintes imposées par leurs parents qui choisissent leurs époux, la place des hommes…

Porté par l’écriture élégante de Alice Ferney, ce roman est très prenant et un très bel hommage à ces mères d’autrefois, effacées, qui vivaient leur vie sans bruit, avalaient leur chagrin pour ne pas indisposer les autres.

Une très belle lecture toute en sensibilité et pudeur que je poursuivrais avec la suite consacrée à cette famille, Les Bourgeois, publiée cette année.

Joyeux suicide et bonne année ! – Sophie de Villenoisy

Lu dans le cadre du Challenge Cold Winter

« Tu fais quoi à Noël ?
― Moi je me suicide, et toi ? »
Bien sûr, dit comme ça, ça peut paraître sinistre, mais, à quarante-cinq ans, c’est ma meilleure option. Ce n’est pas comme si je faisais des malheureux autour de moi. Comme si j’abandonnais mari et enfants. Je n’ai ni chien ni chat. Même pas un perroquet pour me pleurer.
Et puis ça me laisse deux mois pour faire connaissance avec mon vrai moi. Deux mois c’est court. Ou long, ça dépend de ce qui se passe, en fait.

A 45 ans, Sylvie Chabert vient d’enterrer son père, décédé d’une longue maladie. Après des mois à s’être occupé de lui, son existence lui paraît bien vide et vaine. Il faut dire que Sylvie est célibataire, n’a qu’une amie, Véronique, plaquée après 20 ans de mariage, et qu’elle a consacré tout son temps à son job.

Sylvie est persuadée que sa vie ne mène à rien et veut mettre fin à ses jours. Sa meilleure amie, ne connaît pas son plan, mais voit bien que Sylvie est très mal. Elle lui demande d’aller voir un psy afin de surmonter le deuil de son père.

Sylvie choisit un psychothérapeute dans son quartier prénommé Franck, qui va lui donner une série de choses à faire avant le 25 décembre, date à laquelle Sylvie a choisi de mettre fin à ses jours.

Les exercices pratiques de Franck vont bouleverser le quotidien bien plan-plan de notre quadragénaire et peut-être lui ôter toute envie de suicide…

J’avais repéré ce titre lors du dernier cold winter car il figurait dans de nombreuses piles à lire, je me l’étais noté afin de le lire lors de l’édition 2017 / 2018 et c’est exactement ce que j’ai fait !

Voilà un court roman que j’ai dévoré en une après-midi, le pitch peut paraître très triste à lire pendant la période des fêtes mais Véronique de Villenoisy sait bien doser son propos entre situations navrantes et drôles.

L’auteure met en scène un personnage féminin que l’on prend tout de suite en sympathie, je pense que beaucoup de femmes vivant seules dans une grande ville, quadra ou non, peuvent se reconnaître plus ou moins en Sylvie, qui souffre d’une très grande solitude.

Je trouve un peu dommage toutefois que notre héroïne soit riche, qu’elle puisse dépenser de l’argent sans compter, ce qui est une facilité de la part de l’auteure dans laquelle tombe beaucoup de romancières hélas.

Ceci mis à part, Joyeux suicide et bonne année ! est un récit vraiment agréable à lire, certes un peu convenu et sortant peu des sentiers battus, mais je trouve que Sophie de Villenoisy aborde avec justesse la solitude et le fait de vivre un célibat non choisi mais subi.

Cette trop grande solitude qui peut mener au suicide, c’est le vrai sujet du livre mais abordé de façon totalement décalée. Forcément, lorsqu’un roman fait moins de 170 pages, tout est survolé et va très vite.

Tout s’enchaîne fort bien pour Sylvie qui va vite retrouver l’envie de vivre et surtout l’estime de soi, ce qui lui faisait cruellement défaut au début du roman, elle qui se voyait terne et sans intérêt.

Un roman à l’écriture fluide où il est aussi question d’amour, d’amitié aussi, d’entraide, de soutien et d’écoute. Des passages tantôt drôles, cocasses voire salaces et tantôt très émouvants. Une petite parenthèse bien agréable que je vous recommande si ces thématiques vous intéressent.

Une promesse – Sorj Chalandon

Nous sommes en Mayenne, une maison à l’orée d’un village. Tout est silencieux, les volets fermés et la porte close. Nuit et jour pourtant, sept amis en franchissent le seuil. Les uns après les autres, chacun son tour et chacun sa tâche. S’accomplit ainsi le serment de sept âmes vives à deux âmes sombres : la parole donnée pour retarder le deuil.

Dans un petit village de Mayenne, le temps s’écoule lentement, le quotidien se répète inlassablement. Sept amis se relaient chaque jour pour franchir le seuil de Ker Ael, une petite maison aux volets clos, appartenant à Etienne et à Fauvette Pradon.

Chacun d’entre eux, lorsque vient son jour, ouvre les volets, aère la maison, change les draps et les fleurs du vase du salon.

Les sept amis se retrouvent ensuite dans le café du village car ils sont liés à une promesse faite au patron surnommé Bosco. Quelle est cette promesse tenue fidèlement depuis dix mois déjà ? Et surtout les sept amis vont-ils continuer à tenir cette promesse ?

Je ne vais pas aller plus loin sinon je vais éventer toute l’histoire et ce serait dommage que vous ne découvriez pas à votre tour cette histoire d’amitié, pleine d’émotion.

Je dois vous avouer qu’avant de participer au Grand prix des lectrices ELLE 2014, je n’avais jamais entendu parler de Sorj Chalandon ! Mes co-jurées étaient quasi toutes en adoration devant ce romancier, je me disais que je devais louper quelque chose et qu’il fallait que je remédie au plus vite à cette bévue, d’autant que j’avais Une promesse dans ma PAL !

Pour autant, ce roman auréolé du prix Médicis aura pourtant croupi dans ma PAL plus de cinq ans avant que je l’en sorte grâce à ma copinaute Céline qui venait de l’acheter, je me suis dis que c’était le signe qu’il était temps que je découvre enfin cet auteur.

Si j’ai mis plus de cinq ans à sortir Une promesse de ma PAL, il ne m’aura fallu pas plus d’une après-midi pour le lire, car une fois les premières lignes lues, impossible pour moi de reposer ce roman avant le point final, ce qui m’arrive très rarement.

Cette lecture n’est pour autant pas un coup de cœur et ne me restera sans doute pas en mémoire car il ne se passe pas grand chose pendant ces 200 pages, si ce n’est que ce roman écrit par Sorj Chalandon à la manière d’un conte, m’a emporté au cœur de ce petit village de Mayenne, avec des personnages très attachants et une histoire assez triste mais belle.

L’auteur a beaucoup de talent, ça ne fait aucun doute, ce roman est très bien écrit et il nous conte à merveille l’histoire d’amour et la tendresse qui lie Etienne et Fauvette, et la belle amitié tissée entre les sept personnages.

J’ai ressenti à ma lecture beaucoup d’émotion, de tristesse, d’espoir aussi. C’est un roman court, qui ennuiera celles et ceux qui ont besoin d’action, mais qui ravira les lecteurs et lectrices en quête d’une belle histoire d’amour et d’amitié, sur le temps qui passe.

Un grand merci à Céline pour m’avoir accompagné dans cette lecture, vous pouvez retrouver son avis ici.

Un clafoutis aux tomates cerises – Véronique de Bure

Au soir de sa vie, Jeanne, quatre-vingt-dix ans, décide d’écrire son journal intime. Sur une année, du premier jour du printemps au dernier jour de l’hiver, d’événements minuscules en réflexions désopilantes, elle consigne ses humeurs, ses souvenirs, sa petite vie de Parisienne exilée depuis plus de soixante ans dans l’Allier, dans sa maison posée au milieu des prés, des bois et des vaches.

Premier jour du printemps, Jeanne, pimpante nonagénaire, entame son premier journal intime. Jour après jour, elle nous livre son quotidien, ses petits bonheurs, ses chagrins, le tout émaillé de ses souvenirs.

Jeanne va se remémorer son enfance, ses années de pension, l’Occupation, sa rencontre, son mariage et sa vie avec René, son défunt mari et ses enfants. Sa difficile adaptation à la vie campagnarde, elle qui était parisienne en diable. La cohabitation douloureuse avec sa belle-mère, ses relations avec ses parents et avec son frère…

Au soir de sa vie, Jeanne évoque ses journées avec ses copines, entre bridges et goûters, sur un ton tantôt pétillant tantôt nostalgique, au moment où ses dernières connaissances, amies, membres de sa famille, peu ou prou du même âge qu’elle, rendent leur dernier soupir et où elle nous parle du bon dieu.

Un clafoutis aux tomates cerises est un très beau roman sur le grand âge, mené par une héroïne ô combien attachante, qui a plutôt bon pied bon œil pour ses 90 ans, puisqu’elle a toute sa tête et une peur panique de l’Alzheimer, elle conduit, parfois les yeux fermés, sa petite voiture, elle vit seule et s’occupe de son jardin, se fait à manger, qui lit, qui joue aux cartes…

C’est une chronique d’une femme qui vit ses dernières saisons au cœur de la campagne, entre Moulins et Vichy, avec pour seuls voisins Marcelle accro au sucre qui perd la tête et son mari Fernand. Ses enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants sont à Paris mais viennent régulièrement la voir, au grand dam de la vieille dame qui n’aspire qu’à une chose : sa tranquillité.

Jeanne est une sympathique vieille dame qui vit entre le présent et le passé, s’étonne de notre monde moderne et de ses inventions, vit au rythme des saisons en se suffisant de peu, nostalgique d’une époque révolue et pourtant dure.

Elle ne comprend pas ce monde qui a gommé Dieu, où les gens vivent à un rythme fou et se réjouit de bientôt clore sa vie avant d’être tout à fait dépassée par cette nouvelle époque dans laquelle elle ne s’adapte pas.

Se posant mille questions sur l’utilité de nos objets contemporains, établissant un parallèle entre le monde d’hier et celui d’aujourd’hui, elle m’a fait tantôt sourire ou rire, tantôt émue aux larmes.

La liberté de vie et de ton est l’un des privilèges du très grand âge et Véronique de Bure ne s ‘en prive pas : aussi Jeanne fait-elle ce qu’elle veut et ce qu’elle peut : regarder pousser ses fleurs, boire du vin blanc avec ses amies, faire des parties de bridges, s’amuser des mésaventures de Fernand et Marcelle, le couple haut en couleurs de la ferme d’à côté, accueillir pas trop souvent ses petits-enfants, remplir son congélateur de petits choux au fromage, déplier un transat pour se perdre dans les étoiles en espérant les voir toujours à la saison prochaine…

Je trouve que l’auteure s’est merveilleusement coulée dans le personnage de Jeanne, on a beau savoir qu’Un clafoutis aux tomates cerises est un roman, on a vraiment l’impression de lire le journal intime d’une vieille dame et on n’a qu’une envie : la prendre dans nos bras, l’aider à faire ses choux, boire un petit muscat bien frais à ses côtés, équeuter ses haricots verts, etc.

Vous l’aurez compris, j’ai eu un coup de cœur pour ce très très joli roman sur la vieillesse et le temps qui passe que j’ai dégusté et quitté à regret. Je vous le recommande vivement !

La galerie des jalousies tome 1 – Marie-Bernadette Dupuy

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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1920. Sur le site minier de Faymoreau en Vendée, un coup de grisou a provoqué l’effondrement d’une galerie. Apprenant la tragédie, Isaure Millet, la fille des métayers du château, s’est précipitée sur les lieux. Thomas Marot, l’homme qu’elle aime depuis toujours, fait partie des mineurs pris au piège. Les secours s’activent. Thomas est sauvé mais le soulagement d’Isaure est de courte durée : le jeune homme est déjà fiancé à une ouvrière polonaise. Comment pourra-t-elle se résoudre à renoncer à lui ?
Les suites de la catastrophe prennent une tournure inattendue : l’une des victimes retrouvées sans vie au fond de la mine a, en fait, été assassinée d’une balle dans le dos… L’enquête bute sur le mutisme des témoins. La belle Isaure, qui lutte pour dissimuler les sentiments qu’elle voue à Thomas, en sait-elle plus qu’elle ne prétend ? Quel secret cache la petite communauté de gueules noires ?

11 Novembre 1920, puits du centre dans la mine de Faymoreau en Vendée. C’est une journée de travail comme les autres pour Thomas Marot et son camarade Piotr Ambrozy lorsque survient le coup de grisou. Les deux hommes se retrouvent prisonnier et les premières pensées de Thomas sont pour Jolenta, sa future femme qui attend leur enfant et qui se trouve être la soeur de Piotr. Il n’est pas blessé et s’active pour dégager Piotr, en vain. Le jeune homme âgé de 15 ans, a une jambe coincée sous les décombres.

13 novembre 1920, à La Roche-sur-Yon, Isaure Millet, vient de fêter ses 18 ans. Elle attend que le poste d’institutrice de Faymoreau soit vacant et en attendant a trouvé une place de surveillante dans une pension tenue par Mr et Mme Ponsonnier. Lors de sa promenade, elle découvre les titres du journal local et court séance tenante prendre un train pour son village. La jeune fille, amoureuse depuis l’adolescence de Thomas, brûle de savoir si il est toujours en vie.

Arrivée sur place, elle constate que Thomas et Piotr sont toujours coincés au fond de la mine mais le directeur met tout en oeuvre pour qu’ils soient sauvés. Les deux hommes sont finalement extraits de la mine mais si Thomas n’a pas une égratignure, Piotr doit être amputé.

Soulagée que l’homme qu’elle aime est sain et sauf, elle apprend par Honorine Marot, la mère de Thomas, qu’il va épouser sa fiancée trois semaines plus tard. Anéantie et sans emploi, Isaure décide de rester et doit s’installer à la métairie du comte et de la Comtesse de Regnier, pour lesquels ses parents travaillent, le coeur dans l’âme, car depuis le décès de ses frères Ernest et Armand en 1915, elle est encore davantage le souffre-douleur de ses parents qui lui reprochent sa trop grande beauté.

Le lendemain du sauvetage, on retrouve trois autres victimes du coup de grisou. Deux sont mortes de façon naturelle mais Alfred Boucard, le porion, a été retrouvé une balle dans le dos. L’inspecteur Devers et son adjoint arrivent à Faymoreau pour mener l’enquête mais ils butent sur le mutisme des gueules noires…

Marie-Bernadette Dupuy est une romancière prolifique, connue pour ses sagas familiales, que je découvre à l’occasion de ce premier tome de La galerie des jalousies. Cette lecture fleuve de 600 pages s’est révélée très prenante et plutôt passionnante car, au-delà de la romance impossible et mièvre entre Thomas et Isaure, elle aborde des thématiques très intéressantes.

En premier lieu les mineurs de fond, leurs conditions de travail et de vie. Un aspect qui aurait mérité d’être approfondi davantage mais Marie-Bernadette Dupuy montre bien la difficulté de ce métier et la solidarité entre les gueules noires qui n’est pas un vain mot. L’immigration polonaise à travers les personnages de Piotr, Jolenta et leur père qui ont fui une vie misérable pour la France pendant la première guerre mondiale.

La condition féminine avec l’héroïne Isaure Millet, belle et instruite grâce à la générosité de la comtesse de Regnier, sa marraine, qui subit l’indifférence de sa mère et les coups de son père depuis son plus jeune âge. Souffrant du froid, sa chambre est la seule pièce non chauffée ; et de faim car régulièrement privée de nourriture par son père, elle a souvent trouvé refuge chez les Marot au fil des ans, Thomas l’ayant pris sous son aile.

C’est une jeune fille belle, fantasque mais aussi courageuse à laquelle on s’attache sans peine, révolté par sa vie faite de brimades, totalement dépourvue d’amour maternel et paternel, qui souffre de voir l’homme qu’elle adule se marier à une autre qu’elle.

L’autrice n’oublie pas non plus de revenir sur le sort réservé aux invalides de guerre avec Jérôme Marot devenu aveugle sur les champs de bataille et Armand Millet, blessé de la face, qui se retrouve avec un trou béant en plein milieu du visage. L’impossibilité pour eux de retrouver une vie normale : c’est-à-dire avoir un travail, ils doivent se contenter d’une pension d’invalidité versée par la patrie reconnaissante ni d’avoir une épouse car même si certaines femmes ne sont pas réticentes à l’idée d’unir leur destin à un invalide, leur entourage a tôt fait de leur faire changer d’avis.

Outre tous ces thèmes, Marie-Bernadette Dupuy nous propose également une enquête policière plutôt bien ficelée et qui tient en haleine. Son inspecteur Devers, venu tout droit de Paris, se révèle intelligent, perspicace et assez attachant.

Ce premier volume tient pour moi toutes ses promesses, j’ai été embarquée pendant 600 pages dans cette saga familiale et je compte bien lire la suite dès que possible.

Un grand merci aux éditions Calmann-Lévy et à Babelio pour cette lecture passionnante !

La serpe – Philippe Jaenada #RL2017

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Un matin d’octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n’est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l’unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l’arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d’un procès retentissant (et trouble par certains aspects), il est acquitté et l’enquête abandonnée. Alors que l’opinion publique reste convaincue de sa culpabilité, Henri s’exile au Venezuela. Il rentre en France en 1950 avec le manuscrit du Salaire de la peur, écrit sous le pseudonyme de Georges Arnaud.
Jamais le mystère du triple assassinat du château d’Escoire ne sera élucidé, laissant planer autour d’Henri Girard, jusqu’à la fin de sa vie (qui fut complexe, bouillonnante, exemplaire à bien des égards), un halo noir et sulfureux. Jamais, jusqu’à ce qu’un écrivain têtu et minutieux s’en mêle…

Avant d’ouvrir ce roman, je n’avais jamais entendu parler de Henri Girard : sa vie son œuvre comme on dit m’étaient totalement inconnues. Mais j’avais adoré Sulak lu pour le prix ELLE des lectrices 2014, année où j’étais jurée, et surtout le style de Philippe Jaenada.

J’étais donc emballée à l’idée de retrouver ce romancier dont La petite femelle est aussi dans ma PAL et je dois dire que ces retrouvailles ont été à la hauteur de mes espérances.

Philippe Jaenada reprend un fait divers retentissant à l’époque mais totalement oublié de nos jours : celui du massacre à la serpe en pleine nuit de Georges Girard, sa sœur Amélie et de Louise, leur bonne, dans leur château d’Escoire, dans le Périgord en octobre 1941, soit en pleine période trouble de l’Occupation.

Un seul survivant à ce massacre pendant lequel il ne s’est même pas réveillé : Henri Girard, le fils de Georges et neveu d’Amélie. Le jeune homme âgé de 24 ans a tout à gagner dans cette affaire puisqu’il se retrouve l’unique héritier d’une immense fortune.

L’homme n’a pas bonne réputation et vit aux crochets de sa famille. Dans les environs, on n’aime pas ces châtelains et en particulier le jeune Henri que l’on sait noceur, arrogant et assez violent.

C’est lui qui découvre les corps sans vie et des victimes et qui alerte les métayers du domaine. Les gendarmes arrivent et le mobile des crimes semble évident : l’argent. Amélie avait retiré une forte somme à la banque la veille, somme qui a disparu.

Henri Girard est aussitôt arrêté et écroué. Il attendra près de deux ans son procès et sera défendu par un ténor du barreau : maître Maurice Garçon. Contre toute attente, il sera acquitté mais reste aux yeux de tous, le meurtrier.

Jamais il n’évoquera l’affaire, pas même à ses proches mais ressortira de cette épreuve brisé. Il connaîtra son heure de gloire quelques années plus tard lorsque son roman, Le salaire de la peur, sera porté à l’écran par Henri-Georges Clouzot.

Comment Jaenada en est-il venu à s’intéresser à cette affaire ? Grâce à Emmanuel Girard, le petit-fils de Henri Girard, père d’un camarade de classe de Ernest, le fils de Philippe Jaenada. Il croit en l’innocence de son grand-père et il se montre persuasif : l’affaire ferait un bon sujet pour lui, le romancier se laisse convaincre.

Un fait divers aussi diabolique, un personnage aussi ambigu qu’Henri Girard ne pouvaient en effet laisser Philippe Jaenada indifférent. Enfilant le costume de l’inspecteur amateur (complètement loufoque, mais plus sagace qu’il n’y paraît), il s’est plongé dans les archives, a reconstitué l’enquête et déniché les indices les plus ténus pour nous livrer ce récit haletant dont l’issue pourrait bien résoudre une énigme vieille de soixante-quinze ans.

Pendant plus de 600 pages, Jaenada retrace la vie de Girard de son enfance à sa mort. Puis, il revient sur l’affaire proprement dite et parvient à certaines conclusions que je vous tairai ici. Il mène sur place à Périgueux et au château, lieu du drame, une enquête particulièrement fouillée et rigoureuse.

Au-delà du fait divers, j’adore l’aspect enquête du roman, Jaenada ne nous cache rien de ses recherches et nous régale de ses habituelles parenthèses et digressions sur sa vie avec son épouse et son fils, son quotidien à Périgueux le temps de ses recherches. Il a beaucoup d’humour, d’auto-dérision et sa plume est vraiment très agréable à lire.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ma lecture car ce roman se révèle de bout en bout passionnant ! Certes il faut s’intéresser un tant soi peu aux faits divers et aimer les pavés mais je vous garantis que ce livre en vaut la peine.

Un grand merci à Filippa et aux éditions Julliard pour cette lecture, j’ai adoré.