Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘marie benedict’

Avocate pendant dix ans, passionnée d’histoire et d’archéologie, l’Américaine Marie Benedict a écrit plusieurs romans historiques. Après Madame Einstein, paru aux Presses de la Cité en 2018, La femme qui en savait trop est son deuxième livre publié en France.

Vienne, 1933. À 19 ans, Hedy Kiesler, séduisante actrice d’origine juive, fait un triomphe dans une pièce de théâtre consacrée à l’impératrice Sissi. Elle tente de faire oublier son rôle scandaleux dans le film Extase où elle apparaissait entièrement nue.

Un admirateur lui offre tous les soirs des fleurs, Friedrich Mandl à une réputation sulfureuse et la séduisante Hedy succombe bientôt. Son père la met en garde, l’homme est puissant et côtoie les fascistes italiens.

Hedy finit par épouser quelques semaines plus tard le riche marchand d’armes bien qu’elle doive mettre une croix sur sa carrière d’actrice, elle devra être son épouse et rien d’autre. Conscients de la menace qui vient d’Allemagne, ses parents cherchent, par ce mariage, à la protéger.

Malheureusement, Mandl s’avère être un homme possessif, violent et opportuniste, qui fraye bientôt avec les nazis. Horrifiée, Hedy parvient à s’enfuir et s’installe aux États-Unis, où elle devient Hedy Lamarr, superstar hollywoodienne.

La jeune femme ne peut cependant oublier l’Europe et décide de contribuer à sa façon à l’effort de guerre. Celle qui est aussi une scientifique de talent met alors au point avec le compositeur George Antheil, un système de codage des transmissions révolutionnaire, utilisé de nos jours pour la téléphonie mobile ou le Wifi…

Comme avec Madame Einstein, Marie Benedict nous propose avec La femme qui en savait trop, un roman biographique qui retrace, non pas la vie complète de l’actrice Hedy Lamarr, mais seulement une période de dix ans pendant lesquels la jeune femme épouse son premier mari, puis son second (elle en aura six !) et met surtout au point son système de codage sans lequel nous ne pourrions peut-être pas avoir de téléphone mobile et d’internet !

Hedy Lamarr a une plastique parfaite, elle fut couronnée femme la plus belle du monde, mais elle a surtout une tête bien faite. Pour autant, elle ne sera pas prise au sérieux par l’armée américaine qui la renverra aux collectes de fonds et autres soirées organisées pour soutenir le moral des troupes alors que son invention aurait pu éviter aux sous-marins de se faire torpiller.

Dans ce récit à la première personne, très bien documenté, Marie Benedict redonne vie à une femme hors du commun, dont le plus grand rôle fut oublié, voire ignoré, durant des décennies avant d’être récompensé à la toute fin des années 1990, alors qu’Hedy est au soir de sa vie.

Malgré le faste et les mondanités, Hedy, impuissante à enrayer la solution finale qui frappe ses compatriotes, ne peut oublier l’Europe et décide de contribuer à sa façon à l’effort de guerre. On découvre une femme indépendante, très intelligente, qui fait de la science pour se divertir, qui veut bousculer les codes du glamour, prouver qu’on peut être belle et savoir se servir de son cerveau.

Elle va malgré tout se heurter à la société patriarcale de son époque qui ne va pas accorder le moindre crédit à la plus belle femme du monde. Une scientifique une fois de plus invisiblisée par les hommes et qui ne gagnera pas à sou grâce à son brevet qui tombera peu à peu dans l’oubli.

Avec ce roman, Marie Benedict révèle, au-delà des apparences, une femme au destin hors du commun. Si vous ne connaissez pas encore Hedy Lamarr, jetez-vous sur ce roman !

Un grand merci aux éditions Presses de la Cité pour cette lecture instructive et passionnante !

Read Full Post »

Zurich, 1886. Mileva Marić quitte sa Serbie natale et décide de braver la misogynie de l’époque pour vivre sa passion de la science. À l’Institut polytechnique, cette étrangère affublée d’une jambe boiteuse, seule femme de sa promotion, est méprisée par tous ses camarades. Tous, sauf un étudiant juif farfelu, aux cheveux ébouriffés, stigmatisé par sa religion. C’est Albert Einstein. Les deux parias tombent aussitôt amoureux. Et élaborent ensemble leur pensée scientifique. Mais y a-t-il de la place pour deux génies dans un même couple ? De drames domestiques en humiliations conjugales, Mileva apprend la dure réalité du mariage, passé les premières ferveurs de l’amour.

20 octobre 1896, Zurich. Mileva Marić est une jeune femme de 21 ans, boiteuse de naissance, qui débarque de sa Serbie natale. Dès l’enfance, elle montre une grande intelligence et une prédisposition pour les sciences et les mathématiques.

Ses parents, persuadés que son infirmité ne lui permettra pas de se marier, la poussent à poursuivre des études afin qu’elle soit professeure. C’est ainsi qu’elle intègre l’Institut polytechnique, seule femme de la section VI, acceptée par le professeur Weber qui la dirige.

Ses camarades masculins l’ignorent superbement, excepté un jeune juif allemand à l’allure débraillée : Albert Einstein. Bien que Mileva soit sur la réserve et très concentrée sur la licence et le doctorat de physique qu’elle souhaite obtenir, elle se laisse peu à peu apprivoisée par le futur prix Nobel…

Vous savez combien j’aime les portraits de femme et plus encore, ceux qui retracent la vie de femmes oubliées par l’histoire. C’est le cas de Mileva Marić qui fut la première épouse d’Albert Einstein et mère de ses trois enfants, que Marie Benedict met en lumière dans Madame Einstein, son premier roman.

Porté par une plume fluide, ce récit à la première personne du singulier, nous raconte la vie de Mileva auprès de Albert Einstein de 1896 à 1913, de leur rencontre à la fin de leur mariage, Albert la quittant pour sa cousine Elsa Einstein.

Solidement documenté, ce roman revient sur leur rencontre, leurs années d’études à l’Institut polytechnique de Zurich, leur mariage et bien sûr l’année la plus importante dans la vie du physicien, 1905, où il a proposé sa théorie de la relativité qui le propulsa au sommet de la science.

De Mileva Marić, on sait très peu de choses. Sa première grossesse, hors mariage, l’a obligé à abandonner ses études, et va la reléguer au rôle de femme au foyer. L’auteure nous trace un portrait peu reluisant du physicien dans l’intimité mais n’enlève rien à son génie. Si l’on en croit Marie Benedict, Einstein était un homme épris de reconnaissance et de gloire, un homme peu aimant et surtout un parfait tyran domestique, obligeant son épouse à abandonner ses ambitions, pour ne se vouer qu’à lui et à leurs enfants.

Marie Benedict revient également sur le rôle qu’aurait joué Mileva dans l’élaboration de la théorie de la relativité, s’appuyant sur la correspondance entre les deux époux qui font état de recherches communes. Depuis la découverte de ses lettres dans les années 1980, beaucoup s’interrogent sur la part qu’avait pris Mileva dans les travaux d’Einstein.

Certains affirment qu’ils ont travaillé de concert et que la paternité de ces travaux aurait du lui revenir aussi tandis que d’autres estiment que sa participation a été minime. Marie Benedict va plus loin et affirme dans ce roman qu’elle a été totalement flouée par un mari certes brillant mais qui ne supportait pas que son épouse le soit plus que lui. Et que son mariage a été pour la jeune femme une succession d’humiliations.

On est donc bien loin du couple formé par Pierre et Marie Curie qui travaillaient sur un pied d’égalité, l’époux oeuvrant même pour que le Nobel lui soit attribué au même titre qu’à lui.

Je ne saurai vous dire si la réalité fut celle décrite par Marie Benedict mais j’ai beaucoup aimé cette femme, son parcours et la dure vie que fut la sienne, celle d’une femme dans une société patriarcale qui attendait des femmes qu’elles restent bien dans leur foyer, à s’occuper de leurs enfants et de leurs marmites, m’a beaucoup touché.

Il y a tout de même un point commun entre Marie Curie et Mileva Marić, outre le fait qu’elles soient toutes d’eux d’Europe de l’Est, elles ont eu la chance de naître dans un foyer où les pères ont poussé leurs filles à faire des études et à ne pas se contenter de ce rôle d’épouse au foyer.

Le style de Marie Benedict est très agréable, facile à lire et en même temps pointu car elle fait une vraie œuvre de vulgarisation dans ce roman, il y a beaucoup de passages liés aux mathématiques et à la physique, sans que cela ne soit jamais abscons ou ennuyeux.

L’histoire de la première Madame Einstein nous invite à connaître l’homme intime que fut Albert Einstein et nous dresse le tableau de la condition féminine au début du 20è siècle à travers Mileva mais aussi sa meilleure amie historienne, reléguée elle aussi au simple rang d’épouse, malgré ses études brillantes.

Vous l’aurez compris Madame Einstein est un roman historique bien documenté et passionnant que j’ai beaucoup aimé et que je vous recommande vivement.

Un grand merci à Anne et aux Presses de la cité pour cette belle lecture.

Read Full Post »