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Posts Tagged ‘marie renard’

Yves Viollier est né en Vendée. Il commence très jeune à écrire des poèmes, devient professeur de lettres, et commence à publier des romans en 1973. Ses premiers ouvrages le font remarquer par Robert Laffont, qui édite en 1988 la trilogie Jeanne la Polonaise. C’est avec ses romans vendéens, Les Pêches de vigne et Les Saisons de Vendée, qu’il fait son entrée au sein de l’Ecole de Brive. Il a obtenu, entre autres, le prix Charles Exbrayat pour Les Lilas de mer, le prix du Roman populaire pour Les Sœurs Robin, et le Grand Prix catholique de littérature pour L’Orgueil de la tribu. Il a récemment écrit L’Oratorio du Pardon avec le compositeur Bruno Coulais et reçu le prix Charette pour son roman Même les pierres ont résisté. Il vient de publier aux Presses de la Cité Y avez-vous dansé, Toinou ?, et, en avril 2017, Le Marié de la Saint-Jean. Yves Viollier est critique littéraire à La Vie.

Septembre 1938, au Gué-des-Marais, en Vendée. Louise Renard et son père Athanase doivent se rendre chez le notaire. Ils laissent à Yvonne Chassagne, Marcelin, deux semaines, le fils de Louise avec la promesse de le récupérer à leur retour le soir même.

Le lendemain, toujours point de Renard. Yvonne est inquiète d’autant que le chef de gare est certain : ils n’ont jamais pris le train ! Accompagnée de son mari, du maire et du maréchal-ferrant, Yvonne se rend aux Ombrages, la maison des Renard.

La lumière du cabinet de toilette est allumée mais les habitants ne répondent pas. Ils forcent la porte d’entrée et découvrent le père et la fille se tenant par la main, les yeux fermés. On aurait dit qu’ils dormaient mais ils sont bel et bien morts. Suicidés par asphyxie.

Pour le frère d’Athanase et pour les habitants du village, c’est l’incompréhension ! Certes, les Bernard avaient accumulé les dettes depuis la fin de la guerre mais Louise était si belle et talentueuse.

Artiste-peintre au talent précoce, Louise exposait depuis quelques années déjà dans les salons en compagnie des plus grands. Elle avait un bel avenir…

Avec Louise des Ombrages, Yves Viollier nous propose la vie romancée de Marie Renard, fille unique de François et Marie Renard et artiste peintre du sud vendée née le 10 mai 1908 et morte le 13 février 1936.

Ce double suicide a bel et bien surpris leur entourage à l’époque mais si il ne faisait aucun doute puisque les défunts avaient laissé un courrier expliquant leur geste, ils n’ont pourtant pas expliqué la raison qui les ont poussé à commettre l’irréparable.

Propriétaires d’une superbe propriété valant 200 000 francs de l’époque, ils avaient pourtant du vendre des terres et projetaient d’en faire de même avec La taillée, étant passés d’une grande aisance financière à la gêne.

L’auteur part donc de ce double décès pour remonter le fil de la vie de l’artiste, celle de ses parents, et à travers eux, revient sur les soubresauts qu’a connu la France avec les quatre années de guerre, les deuils dans les familles, le difficile retour à la vie des soldats de 14-18, blessés ou traumatisés par le conflit, la place de la femme pendant et après le conflit, le krach de 29…

Ce qui a intéressé Yves Viollier de prime abord, c’est bien évidemment ce double suicide : « On les a trouvés ainsi que je le raconte dans leur maison des Ombrages. C’était après la Grande Guerre, au Gué-des-Marais. En ce temps-là, on ne pardonnait pas le suicide. Alors, le père et la fille ! Je suis allé tourner dans ce pays d’eau et de ciel aux couleurs changeantes qu’on appelle Venise verte. J’ai lu les journaux de l’époque et recherché des tableaux de celle qui m’a inspiré cette histoire, et que j’ai prénommée Louise. J’ai visité sa maison que j’ai baptisée Les Ombrages. Et j’ai essayé de remonter par le roman les chemins d’un destin qui les a décidés à se prendre par la main. Pour qu’ils revivent. Et que nous apprenions à les connaître. Afin, peut-être, que nous les aimions. »

Et c’est mission réussie pour moi ! J’ai beaucoup aimé cette histoire et surtout les personnages de Louise et d’Athanase, leur complicité et leur proximité, les autres habitants de la maison ne sont pas en reste même si l’auteur s’attarde moins sur eux.

Le mélange de réalité et de fiction est bien dosé et on se laisse porter par les mots d’Yves Viollier, par Louise et Athanase qui m’ont tellement touchée que je suis venue à bout de ce roman en une journée car, une fois en main, impossible de le lâcher jusqu’au point final.

Un roman sombre mais aussi lumineux, très bien documenté et écrit où les secrets de famille, l’amour filial, les bouleversements historiques, la nature et la peinture sont autant de thèmes abordés avec justesse par Yves Viollier.

Un très bon moment de lecture que je vous recommande et un grand merci aux éditions Presses de la cité pour cette belle lecture.

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