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Posts Tagged ‘#marsaufeminin’

Titiou Lecoq est journaliste indépendante et blogueuse sur Girls and geeks. Elle a notamment publié Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale (Fayard 2014), ainsi que des romans dont Les Morues (Au Diable Vauvert, 2011). Elle a publié Honoré et moi à l’Iconoclaste en 2019, un récit drôle et accessible sur un monument de la littérature.

De tout temps, les femmes ont agi. Elles ont régné, écrit, milité, créé, combattu, crié parfois. Et pourtant elles sont pour la plupart absentes des manuels d’histoire.

 » C’est maintenant, à l’âge adulte, que je réalise la tromperie dont j’ai été victime sur les bancs de l’école. La relégation de mes ancêtres femmes me met en colère. Elles méritent mieux. Notre histoire commune est beaucoup plus vaste que celle que l’on nous a apprise. « 

J’ai profité de #marsaufeminin pour enfin lire Les grandes oubliées : Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que la thématique de l’invisibilisation des femmes me passionne, je lis régulièrement des essais ou des documents traitant de ce sujet, cet essai de Titiou Lecoq me titillait donc depuis sa parution il y a quelques mois et je l’ai trouvé absolument passionnant !

Pourquoi ce grand oubli ? Pourquoi cette invisiblisation des femmes dans tous les domaines (littérature, peinture, science….) dont se sont rendus ceux qui écrivent l’Histoire, à savoir les hommes ?

De l’âge des cavernes jusqu’à nos jours, Titiou Lecoq s’appuie sur le travail des historiennes et les découvertes les plus récentes pour analyser les mécanismes de cette vision biaisée de l’Histoire.

Elle redonne vie à des visages effacés, raconte ces invisibles, si nombreuses, qui ont modifié le monde. Pédagogue, mordante, irrésistible, avec elle tout s’éclaire. Les femmes ne se sont jamais tues. Ce livre leur redonne leurs voix et leur rend brillamment hommage.

Ce livre est particulièrement intéressant et très abordable, si vous n’avez jamais lu d’essai et que ce genre vous fait un peu peur, vous pouvez y aller les yeux fermés, c’est très facile à lire tout en étant instructif.

Cet essai remet les pendules à l’heure et c’est bien heureux car il est vraiment dommage que les femmes aient été gommées de l’Histoire officielle et que les manuels scolaires les mettent encore si peu aujourd’hui en lumière, j’en veux pour preuve ceux de seconde, classe dans lesquelles mes garçons sont scolarisés !

Que l’on soit néophyte en la matière ou non, Titiou Lecoq nous met les points sur les i : elle retrace l’importance du rôle qu’ont joué les femmes dans l’histoire depuis le début de l’humanité et la façon dont les hommes ont façonné l’Histoire en jetant aux oubliettes le nom des femmes illustres qui ont marqué leur temps.

A travers des anecdotes historiques retracées de manière chronologique avec un bon zest d’humour et un style très léger, j’ai pris connaissance d’événements dont je n’avais jamais entendu parler ou que je n’avais jamais analysé sous l’angle féministe, c’était passionnant de les découvrir de cette façon et de s’interroger à l’aune de tout ce qui est raconté.

Cet essai est passionnant et c’est véritable un page-turner, je me retenais de ne pas trop en lire à la fois pour m’en garder sous le pied et j’avais toujours hâte d’y retourner. J’ai ri mais j’ai enragé aussi devant tant d’injustice faites aux femmes.

Et oui, les femmes ont bel et bien été écartées des livres d’Histoire. J’ai longtemps cru au mythe de la “femme empêchée » à cause du mariage et de leur rôle de reproductrice car les quelques femmes mises en lumière par l’Histoire sont en général célibataire et sans enfant (par exemple Louise Michel) et bien en fait, c’est archi faux.

Et si on croit ce genre c’est parce qu’on nous l’a appris et martelé à l’école, au collège et au lycée car les programmes nous enseigne l’Histoire du point de vue masculin avec quelques infimes exceptions féminines, histoire de nous faire plaisir : cet essai nous prouve à quel point c’est loin d’être suffisant et que les choses doivent changer.

Vous l’aurez compris Les grandes oubliées est un essai de vulgarisation particulièrement réussi pour lequel j’ai eu un gros coup de coeur, je vous le recommande plus que chaudement !

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Alain Leblanc a écrit une quinzaine de romans, dont Un pont entre deux rives. Journaliste, il a collaboré entre autres à Paris-Match et à France- Soir. Il est ensuite devenu scénariste pour la télévision et le cinéma.

1890. Clémence n’a toujours désiré qu’une seule chose : mener une vie libre. Mais dans ce début de XXe siècle où la moindre revendication féministe est considérée comme une atteinte aux bonnes mœurs, le chemin sera long avant qu’elle n’accède enfin au bonheur.

La première guerre mondiale, son sens des affaires et son amour de la mode feront d’elle, après bien des combats, une femme profondément moderne.

Les conquérantes est une trilogie qui court de 1890 à nos jours. Ce premier tome, Les chaînes, commence en 1890 avec la naissance de Clémence qui a le malheur de naître fille dans une famille bourgeoise qui attendait un fils.

Elle est la déception de son père et de sa mère qui ne prendra jamais fait et cause pour sa fille, préférant garder sa place d’épouse soumise et se gardant bien de s’opposer à son mari. Elle tombera amoureuse d’Adrien, le meilleur ami de son frère aîné mais son père aura d’autres projets pour elle.

Sous le joug de son père, puis sous celui du mari qu’on lui a imposé, elle n’aura de cesse de conquérir sa liberté même si pour l’acquérir, elle devra faire des choix particulièrement cruels.

Vous le savez le combat des femmes pour disposer de leurs corps, faire des études ou voter m’intéresse toujours beaucoup et ce sont des thématiques que j’aime retrouver dans mes lectures. Alors, si vous êtes dans mon cas, je ne saurai trop vous conseiller de vous pencher sur cette saga signée Alain Leblanc.

L’auteur s’est parfaitement documenté et décrit parfaitement la France de l’époque, les bouleversements que la société traverse : première guerre mondiale, les années folles, le krach de 1929…

Les mœurs et les mentalités de l’époque s’insèrent dans un contexte historique très bien décrit, ce qui permet de bien comprendre de quelle manière, des évolutions imperceptibles, sur le moment, ont tracé la voie pour notre société actuelle.

Le choix de la narration chronologique permet d’aborder les différentes étapes dans l’émancipation des femmes. Clémence évolue sur plusieurs dizaines d’années et ses combats sont de plus en plus grands et osés, au fur et à mesure du temps.

Clémence est attachante et m’a énormément touchée. Elle est obligée de faire des choix et des sacrifices au nom d’un patriarcat tout puissant. Son père et son mari n’ont de cesse de lui mener la vie dure à coup d’humiliations, un comportement masculin qui m’a révoltée.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce premier tome et je compte bien poursuivre cette saga très prochainement.

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Ancienne élève de l’ENA, Hélène Strag est scénariste et réalisatrice. Adeline Laffitte a travaillé comme journaliste durant 20 ans dans de nombreux magazines féminins. Elle est désormais scénariste pour la télévision. Hervé Duphot, diplômé en communication visuelle, a commencé sa carrière dans la publicité comme graphiste avant de se consacrer à l’illustration jeunesse et à la bande dessinée.

Fin 1970, Nicole Muchnik, jeune documentaliste au Nouvel Observateur s’indigne du sort des femmes obligées d’avorter clandestinement. Elle décide de mettre en place une action d’envergure avec le Mouvement de Libération des Femmes et de monter un « scoop » destiné à changer la société et les mentalités…

Ce sera le Manifeste des 343, rédigé par Simone de Beauvoir, signé par 343 Françaises connues ou inconnues et publié par le Nouvel Observateur le 5 avril 1971, alors que l’avortement était illégal en France.

Cette audace a marqué l’histoire du féminisme français et ouvert la voie à la loi Veil dépénalisant l’avortement, adoptée en 1975.

Du manifeste des 343, l’Histoire a surtout retenu la couverture satirique de Cabu dans Charlie Hebdo. 50 ans après, les auteurs ont voulu revenir sur les événements qui ont conduit à sa parution dans Le Nouvel Observateur et redonner à chacun·e son rôle légitime.

Mars rime avec féminin, j’avais donc très envie de vous proposer ce roman graphique qui revient sur le combat des femmes pour l’avortement, porté par des féministes, anonymes et célèbres et qui aboutira à la loi Veil du 17 janvier 1975.

Je ne connaissais que vaguement l’histoire derrière l’IVG et je suis ravie de cette bande dessinée, un peu romancée, permet d’en savoir plus sur ce combat, nos droits actuels et l’importance de ne pas les perdre.

Les auteurs nous racontent comment Le Nouvel Obs a publié le manifeste des 343. Des relations avec le MLF, aux signatures des actrices et des personnalités, voilà comment la bataille pour l’avortement à gagner des points dans une société post soixante-huitarde où règne le patriarcat.

Le scénario, très pédagogique, est bien fait et rend hommage à celles qui se sont battues pour que l’on puisse disposer de nos corps bien plus librement que pour celles qui nous ont précédées.

Il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas si longtemps, les faiseuses d’anges étaient condamnées à mort, les jeunes filles et les femmes qui n’avaient pas les moyens d’avorter à l’étranger, perdaient parfois la vie sur une table de cuisine ou devenaient stériles par manque d’hygiène et fautes de soins médicaux.

Un graphique utile et nécessaire pour ne pas oublier qu’il faut défendre encore et toujours ce droit fondamental pour les femmes à disposer de leur corps.

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Venue à l’écriture par la poésie, Gaëlle Josse est l’auteur de plusieurs romans, très remarqués par les lecteurs et par la presse : Les heures silencieuses, Nos vies désaccordées (Prix Alain-Fournier, Prix National de l’Audio lecture), Noces de neige, Le dernier gardien d’Ellis Island (Prix de Littérature de L’Union Européenne), L’ombre de nos nuits (Prix France Bleu/Page des Libraires)…

Franz Schubert, compositeur déjà reconnu mais désargenté, a été invité par les Esterhazy comme maître de musique de deux jeunes filles de la haute aristocratie viennoise, dans leur somptueuse résidence d’été en Hongrie.

Franz reconnaît bientôt en l’une des deux comtesses, Caroline, la plus jeune et la plus talentueuse, son âme sœur. Cet amour, cependant, va se briser sur les conventions et les interdits de caste.

Cette passion fut-elle partagée ? Certains gestes, même les plus ténus, ne sont-ils pas, parfois, des aveux ? Parfois, il suffit de quelques jours pour dire toute une vie…

Il y a un an, je découvrais la plume si poétique de Gaëlle Josse avec Les heures silencieuses, une histoire que j’ai adoré et à laquelle je repense souvent, preuve qu’il m’a marquée. Il me tardait de découvrir un autre roman de cette autrice talentueuse et j’ai jeté mon dévolu sur Un été à quatre mains.

Avec ce court roman, l’autrice explore les invisibles mouvements du cœur, et le mystère d’une histoire entre deux êtres qui rêvent d’un monde où ils trouveraient enfin leur place.

Même si c’est un roman, Gaëlle Josse s’est très bien documentée et la base de cette histoire est vraie : Franz Schubert a réellement été invité par les Esterhazy à l’été 1824 et Caroline est devenue sa muse de cette été-là jusqu’à son décès en 1828.

Ont-ils été amoureux ? Amants ? Nul ne le sait ! Certains spécialistes du compositeur viennois en sont convaincus, d’autres pensent qu’il était homosexuel.

Peu importe, l’autrice nous transporte en moins de cent pages au coeur de la torpeur de cet été 1824 et dans cette passion inavouée. Car Schubert est pauvre, malade, et ne correspond pas socialement à ce que les parents attendent d’un mariage pour leur fille.

L’histoire, délicate et pleine de pudeur, se déguste, portée par la si belle plume de Gaëlle Josse que c’en est un régal !

Le compositeur viennois est attendrissant, avec ses lunettes qui glissent sur son nez, son petit ventre dans son habit étriqué, sa timidité et ses mains sur le clavier qui enchantent par ses lieds si charmants à chanter, à jouer et à écouter dans la chaleur d’un été, dans ce château des plaines hongroises.

L’histoire, trop courte, s’achève alors que l’automne arrive et moi je n’ai plus que deux envies : écouter Schubert et continuer à explorer la bibliographie de Gaëlle Josse.

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