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Posts Tagged ‘martine marie miller’

Née en région parisienne d’un père alsacien et d’une mère béarnaise, Martine Marie Muller est docteur de l’Université. Elle enseigne en lycée dans le Val-d’Oise. Elle est mariée à un ethnologue spécialiste de l’Afrique, où elle a vécu, ainsi qu’au Mexique. Elle a notamment publié aux éditions Robert Laffont La Porte, 1999 (prix Mémoire d’Oc), Le Dernier des pénitents, 2003 (prix Maupassant), la trilogie des servantes : Mademoiselle des Palissages, 2010, La Servante de Monsieur Vincent, 2010, La Servante noire, 2011, et La vie était belle, 2013.

3 août 1914. Le premier mort français de la guerre ne fut pas le fait d’un Allemand… mais d’une femme qui repoussait les assauts de son mari ! Sous le nom de Colline La Chance, celle-ci se réfugie à Amiens.

Et elle sera la chance de la Citadelle, village abandonné que vont peupler deux cents femmes rejetées, filles mères, veuves…

Là, sous la direction du peintre Scévola, chef de la toute nouvelle section Caméléon, et de ses décorateurs de théâtre, elles vont devenir expertes dans l’art naissant du camouflage qui doit épargner la vie des soldats, en fabriquant faux arbres, fausses vaches, faux chevaux, vestes « caméléon ».

Avec Les filles de la section Caméléon, Martine Marie Muller nous fait découvrir tout un pan méconnu de la première guerre mondiale : le camouflage des engins et des hommes rendu possible grâce à des artistes et un bataillon de femmes.

Vous le savez, j’ai un intérêt certain pour la guerre 14 18 et je suis toujours à la recherche de romans ayant pour cadre le premier conflit mondial, surtout, si comme ici, il met en valeur les femmes et le travail réalisé à l’arrière pour la sauvegarde des pioupious dans les tranchées.

Ce récit permet de faire sortir de l’ombre une communauté d’ouvrières solidaires, gouailleuses, émouvantes que l’on découvre autour de Colline. Elles réapprennent à aimer, à survivre, à retrouver l’estime d’elles-mêmes au milieu des surprises de l’existence… Comme l’arrivée d’un chien, un certain Rintintin…

Ce qui est intéressant ici, outre l’accent mis sur la sororité entre toutes ces femmes veuves, mariées, célibataires, leurs enfants… c’est que l’on voit la guerre de 14 vécue à travers le quotidien d’ouvrières, la Section Caméléon, expertes dans l’art du camouflage.

Grâce à ce roman, Martine Marie Muller ouvre une page méconnue de notre Histoire et rend un hommage vivant, vibrant, puissant, à une communauté de femmes solidaires et hautes en couleur. Une histoire vraie, magnifique, qui célèbre des oubliées de l’Histoire.

J’ai beaucoup aimé les personnages fictifs et réels de cette histoire, découvrir les coulisses de la section, comment étaient réalisés les trucages, les matériaux utilisés… j’ignorais tout de cette section, des peintres et dessinateurs qui en ont pris la tête, notamment Joseph Pinchon, le créateur de Bécassine !

On voit comment Lucien-Victor Guirand de Scévola a eu l’idée de recouvrir les pièces d’artillerie de toiles peintes se fondant dans le paysage pour éviter leur repérage par l’ennemi. Homme influent à Paris, il va utiliser ses relations pour faire la promotion du camouflage, jusqu’à réussir à convaincre Joffre, pourtant très réticent au départ.

Les français se battaient alors encore en pantalon garance et capote bleue, les canons astiqués comme des sous neufs faisaient des poilus de vraies cibles ambulantes ! L’Etat Major clame haut et fort que se camoufler c’est faire preuve de lâcheté, c’est dire si Scévola n’a pas eu partie facile pour convaincre les généraux.

A travers Colline, Vovonne, Jeanne et toutes les autres, on découvre le quotidien de ces femmes qui travaillent dur du matin au soir, dans de bien mauvaises conditions au départ, pour se nourrir, se chauffer, avoir un toit…

Au-delà de l’aspect historique, c’est bien sûr la condition féminine qui est le thème central du roman : la place de la femme dans toutes les couches de la société, les violences conjugales, le divorce, l’éducation des filles, le militantisme mais aussi l’amour bien sûr….

Un roman passionnant à plus d’un titre que je vous recommande vivement ! J’en profite pour remercier les éditions Presses de la cité pour cette belle et enrichissante lecture, j’ai adoré.

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