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De 1976 à 1983, la dictature militaire qui régit l’Argentine fait disparaître près de 30 000 opposants politiques, pour la plupart assassinés. Parmi eux, des jeunes femmes enceintes auxquelles leurs enfants seront arrachés à la naissance. Depuis 1977, leurs grands-mères recherchent ces 500 bébés volés…

Buenos Aires, 1998. Santiago et Mario sont étudiants et les meilleurs amis du monde. Le premier collectionne les conquêtes, le second se passionne pour Adolfo Bioy Casares.

Les mères de la place de mai continuent de manifester et de rechercher les 500 bébés volés à leurs parents par la dictature argentine de Pinochet et appellent celles et ceux qui doutent de leur identité à faire un test ADN.

Mario, qui ne ressemble pas à ses parents et s’interroge beaucoup, décide de faire ce test. Santiago l’accompagne et va tomber fou amoureux de Victoria, l’infirmière. La jeune femme a appris il y a quelques années seulement qu’elle faisait partie de ces bébés volés à leurs familles et cherche depuis ses parents, en vain.

Alors qu’il n’a aucun doute sur ses géniteurs, Santiago décide de faire le test dont les résultats vont bouleverser la vie…

Vies volées : Buenos Aires, Place de mai met en scène des héros fictifs mais inspirés de la réalité. A travers ces personnages, Matz et Mayalen Goust ont voulu évoquer les différentes trajectoires et situations dans lesquelles ont pu se trouver les véritables victimes de la dictature argentine.

Car le contexte historique est bien réel : de 1976 à 1983, l’Argentine a vécu sous le joug de la dictature militaire qui a fait périr près de 30 000 opposants politiques, en général des étudiants, dont la grande majorité a été torturée puis exécutée dans des conditions épouvantables, notamment les femmes jetées vivantes d’un avion ou d’un hélicoptère !

Parmi ces victimes, plusieurs centaines de femmes enceintes dont les bébés sont nés en captivité avant d’être arrachés à leur mère afin d’être confiés à des familles de policiers, militaires, des proches du régime ou de familles estimées « sûres ».

Dès 1977, les mères de ces « desaparecidos » ont fait preuve d’un grand courage en bravant le régime totalitaire et leur combat a trouvé un écho mondial. Depuis lors, les « Abuelas de Plaza de Mayo », les grands-mères de la Place de Mai, défilent chaque semaine en face de la Casa Rosada, la maison Rose, demeure du chef de l’état argentin, pour réclamer le retour de leurs petits-enfants.

Après la fin de la dictature, la justice donne raison à ces femmes et ont permis, grâce aux tests ADN, à plus de 125 enfants de retrouver leurs familles. C’est un sujet qui me touche beaucoup et comment ne pas l’être face à ces horreurs qu’ont vécu ces étudiants massacrés et le calvaire de leurs mères, privées de leurs enfants et de leurs petits-enfants ?

A travers les destins de Mario, Santiago et Victoria, Matz dont j’avais apprécié le travail dans Le travailleur de la nuit, nous propose ici de revivre les heures sombres de l’histoire contemporaine argentine avec ce récit qui fait la part belle aux recherches des origines de ses héros, le tout sans tomber dans le pathos.

Son scénario, même si il est un peu prévisible, a le mérite de nous faire connaître ou d’étoffer nos connaissances sur le sujet et les planches de Mayalen Goust, une illustratrice que j’aime beaucoup, sont comme toujours sublimes. Son trait fin et élégant sert à merveille le scénario touchant et tout en délicatesse de Matz.

Je ne peux que vous conseiller ce roman graphique très réussi, que vous connaissiez bien l’histoire des Folles de la place de mai, comme les surnommait le régime, ou non, vous ne pourrez qu’être touché(e)s par ce récit tout en sobriété et en émotion.

Un grand merci à Doriane et aux Rue de Sèvres pour cette belle lecture !

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Alexandre Jacob a connu un destin hors du commun. Son gang de cambrioleurs, surnommé « Les Travailleurs de la nuit » par les journalistes, a écumé la France entière, défrayé la chronique, et Jacob, qui laissait sa carte avec un mot d’humour à ses victimes, distribuait ses butins énormes aux nécessiteux, vivant modestement. Il aurait inspiré Arsène Lupin. Auparavant, il a couru le monde, depuis son plus jeune âge, comme mousse et marin. Il en a retiré une vision du monde personnelle et de solides convictions anarchistes. Il ne supporte pas l’injustice et l’hypocrisie. Mais son engagement politique le conduit en prison et à ne plus pouvoir travailler, ce qui le jette dans la carrière criminelle. Après un procès retentissant, où il insulte les juges et les jurés, menacés de mort par ses complices, il est condamné à finir sa vie au bagne, à Cayenne. Mais ce serait mal le connaître de penser qu’il se plierait à une telle sentence…

Paris, 1905. Alexandre Jacob fait face à ses juges et ses réparties ne manquent pas de sel. D’un milieu populaire, Jacob, 26 ans, a déjà vécu mille vies lorsqu’il se fait arrêter en flagrant délit de cambriolage. De mousse à typographe, apprenti pharmacien et anarchiste, Jacob est un homme instruit, aimant les livres, qui mène malgré les millions acquis par ses vols, une vie des plus simples, refusant la vie de bourgeois, pour rester fidèle à ses engagements.

Il ne vole que les riches oisifs et le clergé, en bon anticlérical qu’il est et fait figure de modèle d’inspiration pour le personnage de Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, même si Maurice Leblanc s’en défendra toujours, il y a quelques similarités qui ne trompent pas.

Matz et Léonard Chemineau retracent dans Le travailleur de la nuit la vie singulière d’Alexandre Jacob, un personnage haut en couleur et terriblement attachant, un homme droit dans ses bottes qui voulait imposer l’anarchisme en tapant où ça fait mal, au portefeuille, et non en usnat de violence, en refusant de poser des bombes comme bon nombre d’anarchistes de la fin du 19è et début du 20è.

Un voleur anarchiste aux antipodes de Jules Bonnot et sa bande, plein d’humour, qui signe ses forfaits d’une carte au nom d’Attila, sur laquelle il inscrit parfois des mots, comme « Dieu des voleurs, recherche les voleurs de ceux qui en ont volé d’autres. » (Rouen, église Saint-Sever, nuit du 13 au 14 février 1901).

Homme intelligent et ingénieux, il achète tous les modèles disponibles de coffres-forts pour mieux les fracturer, coince des morceaux de papier dans les portes de ses futures victimes et passe le lendemain vérifier s’ils sont toujours en place, il monte soigneusement chaque coup, ne laissant rien au hasard et va ainsi avec sa bande, piller aux quatre coins de la France, en se déplaçant rapidement grâce aux chemins de fer et en trouvant ses proies grâce au bottin dans lequel les plus riches sont fiers d’apparaître !

Avec sa bande, dont sa propre mère et sa compagne, il a réussi plus de 500 cambriolages dans tout l’hexagone et même à l’étranger avant son arrestation et sa déportation pour le bagne de Cayenne.

Une personnalité hors du commun dont je ne soupçonnais pas l’existence et que j’ai découvert grâce à cette biographie très fidèle signée Matz pour le scénario et mise en dessins et couleurs avec talent par Léonard Chemineau.

Un récit scindé en plusieurs parties : une jeunesse en mer qui raconte l’engagement du jeune Alexandre en tant que mousse parcourant le monde et subissant les assauts pédophiles de son chef, l’illégaliste qui revient sur sa découverte du mouvement anarchiste, les travailleurs de la nuit qui nous narre les cambriolages de Jacob et sa bande, la guillotine sèche qui nous dévoile ses années de bagne et enfin je me suicide un samedi qui nous dresse brièvement ses dernières années.

Un homme qui ne sera pas brisé par le bagne, il y a restera vingt-cinq ans lorsque la plupart de ses camarades meurent dans les cinq premières années, grâce à sa grande volonté et son intellect, qu’il ne se cessera de nourrir par ses lectures, notamment celle du code pénal.

Cette bande dessinée passionnante, emmenée sur un rythme élevé et sans temps mort, a la bonne idée de mettre en lumière la vie d’un homme en révolte permanente, généreux et cultivé, qui n’a jamais courbé l’échine et s’est battu pour ses idées, pour une vraie égalité entre les êtres humains, et qui prônait la solidarité avant tout.

Que vous dire de plus sinon que j’ai beaucoup aimé ce personnage et le travail réalisé par Matz et Chemineau, ça vous l’aurez compris, et que je vous la recommande chaudement, j’espère que vous l’avez compris aussi.

Un grand merci à Doriane et aux éditions Rue de Sèvres pour cette découverte !

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