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Patrice Quélard est enseignant et directeur d’une école élémentaire. Place aux immortels est son premier roman, paru chez Plon en 2021. Il vit à Saint-Nazaire.

Au printemps 1915, Léon Cognard, lieutenant de gendarmerie bourlingueur et anticonformiste, quitte sa brigade bretonne d’Etel pour rejoindre le front de Picardie et prendre le commandement d’une prévôté de division d’infanterie.

Sa nouvelle position est des plus délicates entre une bureaucratie tatillonne et l’hostilité légendaire des fantassins à l’égard des gendarmes, ces empêcheurs de tourner en rond considérés comme des planqués.

Lorsqu’il est confronté à un suicide suspect au sein de l’unité dont il doit assurer la police, Léon traite l’affaire avec son opiniâtreté habituelle. Mais celle-ci l’entraîne dans un engrenage qui risque bien de faire trembler la Grande Muette sur ses fondements…

Certains crimes ne doivent-ils pas demeurer impunis ? À la guerre, y a-t-il encore de la place pour l’idéalisme ? Et surtout, quelle valeur reste-t-il à la vérité quand seule compte la victoire ?

En ce jour de commémoration de l’armistice, j’avais très envie de vous présenter un roman qui a pour cadre la der des der. J’ai jeté mon dévolu sur Place aux immortels de Patrice Quélard, auréolé du prix du roman de la Gendarmerie nationale 2021. Et j’ai bien fait car j’ai adoré cet excellent roman sur une dimension mal connue de la Grande Guerre : le rôle de la gendarmerie et de la prévôté.

L’histoire, prenante de bout en bout, met en scène Léon Cognard, lieutenant de gendarmerie à Etel, à quelques kilomètres de chez moi. Notre héros est attachant, fort en gueule, droit dans ses bottes et préfère la compagnie de Rossinante, son cheval, et celle des livres à celle des hommes.

A travers lui, on voit le rôle de la gendarmerie pendant la première guerre mondiale, que ce soit à l’arrière avec le rapatriement des prisonniers dans les camps, la recherche des déserteurs… et à quelques encablures du front, où les pandores font office de police.

Leur tâche est difficile car on leur fait bien sentir qu’ils ne font pas partie de l’armée et qu’ils sont des privilégiés et des planqués puisqu’ils ne vont jamais au feu, pas aptes à juger ceux qui bravent les boches au quotidien.

Le récit de Patrice Quélard est immersif et fort bien documenté, il ne fait aucun doute qu’il a fait d’abondantes recherches pour coller au plus près de la vérité historique et c’est véritablement passionnant lorsque l’on s’intéresse, comme moi, à ce conflit. Son écriture est précise, exigeante, minutieuse et pointilleuse.

Si Cognard est attachant, ses hommes le sont tout autant que ce soit Bellec, son greffier, le maréchal des logis ou les autres gendarmes et on a d’autant plus plaisir à les suivre tout au long de l’enquête qu’ils vont mener sur les morts de deux militaires de la 62è compagnie, bien suspectes à leurs yeux.

Mais il y a la loi, et il y a la guerre. Il y a la loi et il y a la loyauté. L’auteur ne tombe jamais dans le manichéisme et si l’enquête est d’une simplicité biblique, les mobiles, eux, le sont nettement moins. Plus on avance dans le récit, plus celui-ci gagne en densité, en complexité, plus le doute s’installe jusqu’à s’immiscer dans notre esprit et celui de ce lieutenant assez peu conventionnel pour l’époque et le contexte, et qui aime pourtant tellement avoir raison.

L’histoire est prenante et réaliste, les dialogues ciselés et bourrés d’humour, le quotidien des hommes brillamment narré, voilà une pépite que je vous recommande chaudement ! Quant à moi, je me réjouis de retrouver Léon dans Les incorrigibles, déjà dans ma pal !

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