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Posts Tagged ‘philippe claudel’

C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu’il s’appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort. Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.

la-petite-fille-de-monsieur-linh-philippe-claudelauteur-éditeur-pagesPhilippe Claudel plante son décor dans une ville portuaire, dont il tait le nom, un lieu symbole de toutes les villes françaises avec leurs rues animées, leurs commerces, leurs parcs et leurs manèges. On ne connait pas le nom des personnages du récit, exceptés ceux des principaux (monsieur Linh, monsieur Bark et Sang diû), ni la date à laquelle cette histoire se déroule mais on ne peut s’empêcher de penser aux boat-people des années 70 et 80.

Tout comme dans Les Âmes grises, l’auteur nous lire ici un roman simple mais puissant, tout en sensibilité et pudeur. Autant l’atmosphère des Âmes grises était sombre et glauque, autant celle-ci est lumineuse et pleine d’espérance, Philippe Claudel est décidément un écrivain bien talentueux et aux univers multiples. La petite fille de Monsieur Linh est un court roman, très émouvant, qui ne laissera personne indifférent et qui nous renvoie à notre propre histoire. Un récit dans lequel chacun peut finalement se projeter, se retrouver mais qui est aussi difficile de chroniquer, je commence à être habituée ! Je vais tâcher de vous donner envie en vous en racontant le moins possible sur l’histoire en elle-même.

Monsieur Linh a tout perdu : sa femme, morte alors que son fils n’avait que 3 et que lui était encore un homme jeune et vigoureux, et maintenant c’est son fils et la femme de son fils qui trouvent la mort, alors qu’ils étaient partis travailler aux champs avec leur petite fille, Sang diû, âgée de 6 semaines. Ne les voyant pas revenir, il s’en inquiète et découvre leurs corps sans vie, fauchés par des bombes car le pays de monsieur Linh est en guerre.

Heureusement, il n’est pas tout à fait seul à monde, le bébé a été épargné. Monsieur Linh décide alors de fuir son pays pour protéger le seul membre de sa famille qui lui reste : Sang diû. Il quitte, le coeur serré, les lieux qu’il a toujours connu, les odeurs, les rizières, les lumières, pour un pays inconnu, avec pour seul bagage une valise de vêtements, un peu de terre de son sol natal et une photo de sa femme depuis longtemps disparue mais qu’il chérit toujours profondément et dont il ressent encore l’absence cuisante. Il prend la mer avec sa petite fille et d’autres réfugiés, qui comme lui, ont tout perdu.

Ce vieil homme fatigué, réfugié dans un pays qu’il ne connait pas et dont il ne parle pas la langue, puise dans ses dernières forces la volonté de continuer à vivre tant que Sang diû aura besoin de lui. Elle a besoin de lui mais il se raccroche à elle, elle est sa bouée de sauvetage, son phare dans la nuit, sa seule raison de vivre. Sans ami, invisible dans ce pays dont il ne connait pas les codes, les jours se suivent et se ressemblent, dans le plus complet désert affectif.

Un beau jour, alors qu’il est assis sur un banc, face à un manège, il fait la connaissance de monsieur Bark, un veuf comme lui. Ils ne parlent pas la même longue mais ils vont se comprendre. Seul monsieur Bark parle, monsieur Linh écoute sans dire un mot. Au fur et à mesure du temps passé ensemble, les deux hommes meurtris par la vie, deviennent amis. Leurs solitudes les rapprochent, les réchauffent, les consolent et remplissent de lumière leur quotidien bien morne et triste.

Avec son écriture fine, ses phrases courtes et sans fioritures, Philippe Claudel nous emmène dans le sillage de monsieur Linh, cet homme en exil, dont la seule joie s’éveille à la vue du visage de sa petite-fille et de celle de son ami dont il ne connait même pas le nom.  Avec beaucoup de tendresse, l’auteur nous donne à méditer sur la vieillesse, la solitude, l’exil, l’immigration et la guerre mais il nous donne aussi une belle leçon d’espoir.

Une fable délicate qui se lit très vite mais que je ne suis pas prête d’oublier – sa fin est véritablement bouleversante – et un auteur que je vous recommande chaudement, pour ma part, je compte bien continuer à découvrir Philippe Claudel.

Lu dans le cadre d’une lecture commune avec Claire

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Nous sommes en 1917 dans une petite ville de province. Toute la société des notables est présente et tient son rôle. Le maire, le juge, le procureur, le flic, le médecin… tous font rouler depuis des années l’agréable train-train de la comédie sociale faite d’amicaux échanges. C’est curieux, même la Grande Guerre ne semble pas avoir bousculé les positions et les habitudes de chacun. Tout reste bien en place dans l’immuable tranquillité de la bourgeoisie sûre d’elle-même. Pourtant tout bascule lorsqu’une fillette de 10 ans est retrouvée morte dans l’eau. La petite Belle-de-Jour, comme on l’appelle. Tous la connaissent, elle servait au Rébillon, la seule brasserie restaurant du coin. « Bien, bien, bien… » reprend le juge, tout content d’avoir un meurtre, un vrai à se mettre sous la dent, un meurtre d’enfant en plus, et de petite fille pour couronner le tout. Dès lors, le soupçon gagne et rogne les âmes grises de nos notables. En premier lieu le procureur qui habite au château, juste à côté du lieu du meurtre…

Philippe Claudel plante son décor dans une petite ville de Province, dont il tait le nom, un lieu symbole de tous les villages français de ce 20è siècle qui commence dans la chair et le sang. Hiver 1917. En toile de fond, la première guerre et ses tranchées, ses bombes qu’on entend, le front est tout près, ce qui ne bouleverse pas le quotidien des habitants, qui continuent à vivre comme si de rien n’était.

Dans ce village, une fillette, Belle de Jour, enfant aux allures d’ange blond, a été assassinée. Le narrateur, policier de son état, est chargé de l’enquête et nous dissèque admirablement les âmes de ce village, leurs âmes grises sur fond noir.

Qui a tué Belle de Jour ? Un homme de passage ? Le soldat breton déserteur ? Le procureur Destinat ? Et pourquoi la jeune institutrice, Lysia, si pleine de vie, s’est-elle suicidée sans que personne ne puisse prévoir l’issue fatale ?

Philippe Claudel nous livre ici un roman puissant, magnifique et bouleversant, qui m’a souvent mis la larme à l’œil. Les personnages (Destinat, Mierck, Lysia, Belle de Jour, Joséphine, Clémence) évoluent dans une atmosphère particulièrement pesante, écrasante, et sont autant de destins tragiques qui nous laissent un goût amer.

Un roman que je vous recommande chaudement, bien construit mais difficile à chroniquer, sans dévoiler les zones d’ombres et les mystères qui entourent ces deux morts.

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