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Posts Tagged ‘qui se souvient de paula ?’

Un roman de mémoire en trois temps sur la vie de Paula Karlinsky, une jeune fille juive sous l’Occupation, de sa fuite en zone libre après avoir échappé de justesse à la rafle du Vél d’Hiv jusqu’à son arrestation par la police allemande en janvier 1943. En juillet 1997, une annonce sur un site Internet lance un appel : qui se souvient de Paula Karlinsky

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Aussitôt emprunté à la médiathèque, aussitôt lu ! C’est encore une fois l’une de mes blogueuses préférées, George, qui m’a permis de découvrir ce grand livre pour lequel j’ai eu un coup de coeur, c’est rare, alors je ne boude pas mon plaisir. Si je n’avais pas lu son billet, comme toujours excellent, voilà un roman que je n’aurais jamais lu. En effet, les livres qui ont pour toile de fond la seconde guerre mondiale ne sont pas ceux vers lesquels je vais spontanément, il faut toujours que je les ai repérés avant sur des blogs. La déportation, la zone libre, l’antisémitisme et la persécution des juifs, la confiscation de leurs biens, la shoah, l’étoile jaune, les pogroms, les camps de concentration, l’occupation, la résistance et la collaboration sont des sujets tellement graves et poignants que j’ai toujours du mal à les lire, je suis en apnée, je souffre avec les personnages. Qui se souvient de Paula ? fait cependant partie des romans qu’il faut lire, c’est indéniable. Destiné aux adolescents, j’y ai appris beaucoup de choses sur l’occupation et le marché noir.

Le roman s’ouvre sur un prologue qui reprend intégralement la circulaire n°173-42 du 13 juillet 1942, destinée aux commissaires divisionnaires et de voie publique de Paris et sa banlieue. Il s’agit de les prévenir de la rafle du Vel’ d’hiv’, de les informer des décisions logistiques (heures, transports…) et du nombre d’arrestations prévues : 27 391 ! Dès le prologue, Romain Slocombe nous met dans l’ambiance de cette exécrable chasse aux juifs, même ceux naturalisés français ou nés en France seront embarqués, la police fera beaucoup de zèle pendant la guerre, il faut dire que l’exemple vient d’en haut et que les autorités françaises devancent même les attentes de l’occupant allemand. Rien que le prologue est un choc, cette circulaire fait froid dans le dos et on se demande comment un être humain a pu l’écrire !

L’héroïne de ce roman a bien du courage du haut de ses 21 ans. Naturalisée française, Paula Karlinski (Paule Carlin en version française) est la fille d’un peintre célèbre de l’entre-deux-guerres, Chaïm Karlinski. Elle est une élève brillante en lettres et amoureuse d’un autre étudiant en lettres, Jacques Masaran, qui sera arrêté pour avoir porté une étoile jaune, réservée aux juifs. Son seul acte de bravoure, ce qu’il regrettera ensuite, pas de l’avoir porté, mais de ne pas avoir fait plus, puisque ses parents et lui-même, trouveront très vite refuge à Londres.

Le roman est ensuite découpé en 3 parties : la première, la lettre, est une longue lettre d’amour, d’insouciance et de bonheur de Paula à Jacques, datée du 3 octobre 1942. La jeune fille raconte à son amoureux, comment elle a échappé à la rafle, grâce à une voisine, Melle Pons, qui les a cachés lors de la fouille de son immeuble, et a pu passer en zone libre, grâce à des passeurs, afin de rejoindre sa mère et son petit frère déjà réfugiés en zone libre, à Lyon. Son père a tenu à aider le réseau et repartit à Paris avec les passeurs. La seconde, le retour, émane d’un narrateur externe et anonyme et se déroule en janvier 1943, lorsque Paula retourne à Paris car elle est sans nouvelles de son père. Elle retourne à l’appartement familial mais celui-ci est sous scellés, elle préfère ne pas entrer et sonne directement à la porte de Melle Pons, mais ce n’est pas elle qui lui ouvre mais son cousin. Celle-ci a en effet été arrêtée deux jours auparavant, dénoncée par un voisin antisémite et collabo, qui l’accuse de cacher des juifs. Paula est désemparée, elle laisse une valise au cousin et repart la mort dans l’âme. Elle décide d’aller sonner chez sa meilleure amie, une famille bourgeoise bon chic bon teint qui bien sûr lui ferme la porte au nez. C’est ensuite qu’elle rencontre un zazou, Jérôme Naudet, un ancien camarade d’école qu’elle n’aime pas, et qui a préféré ne pas choisir entre collaborateurs et résistants. Il ménage la chèvre et le chou en faisant croire aux collaborateurs qu’il est avec eux et aux résistants qu’il est avec eux aussi, forcément un jour ou l’autre ça finira mal pour lui. Dans ce Paris de l’occupation, ses habitants sont hantés par la peur, l’indifférence, la cupidité ou l’opportunisme. La troisième partie, le lac, a lieu en 1997. Jacques Masaran tombe sur une petite annonce « qui se souvient de Paula ? » et qui le mène tout droit à Melle Pons et qui trouvera le dénouement de l’histoire, je ne vous en dis pas plus, il faut ménager le suspens, comme a su si bien le faire l’auteur.

Le style fluide de Romain Slocombe rend ce roman, brillant dans sa construction, très dur par son sujet, facile à livre et et a su instiller un suspens bien maitrisé à son récit, qui m’ont fait littéralement avalé les pages, je n’avais qu’une idée en tête, savoir si Paula s’en était sortie ou pas, mais ça vous le saurez en le lisant. J’ai en tout cas reposé le livre en larmes, secouée par l’horreur des évènements, emplie d’une peine immense pour ceux qui sont morts en déportation mais aussi pour ceux qui sont revenus mourants et ceux qui vont survivre aux leurs mais au prix d’une culpabilité qui les rongera jusqu’à leur mort. L’histoire de l’Holocauste reste à chaque fois un tel choc que je n’en ressors jamais indemne. Un très beau roman, à découvrir absolument. George avait parlé de coup de poing, je suis d’accord, cette lecture est comme un coup de poing à l’estomac, ça fait mal mais c’est un mal nécessaire. C’est aussi un roman sur la mémoire à mettre dans toutes les mains !

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Lu dans le cadre du challenge Paris :

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