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Posts Tagged ‘rentrée littéraire 2019’

« Depuis l’arrivée de Charcot à la Salpêtrière, on dit que seules les véritables hystériques y sont internées. Mais le doute subsiste… »

Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange bal, le Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires.

Cet événement joyeux en apparence cache une réalité bien plus sordide : ce bal costumé et dansant n’est rien d’autre qu’une des dernières expérimentations de Charcot, adepte de l’exposition des fous.

Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques, ce bal étanche la curiosité des riches bourgeois venus voir de près ces folles.

Parmi elles, il y a Louise, une jeune fille abusée par son oncle ; Thérèse, la prostituée au grand cœur, qui, lasse d’être battue, a eu le tort de pousser son souteneur dans la Seine ; Eugénie Cléry, qui, parce qu’elle dialogue avec les morts, est envoyée par son père croupir entre les murs de cet hôpital qui ressemble bien plus à une prison qu’à un établissement de soins.

Car dès lors que l’on est admise dans le service du professeur Charcot et de ses assistants, on a bien peu de chance d’en sortir. Aux premières loges, il y a Geneviève, une infirmière en poste depuis vingt ans, dévouée corps et âme à la Salpêtrière et à Charcot, qu’elle vénère.

Mais l’arrivée d’Eugénie va faire vaciller les certitudes de l’infirmière et changer sa vie à jamais…

Le bal des folles est le premier roman de Victoria Mas et sans doute l’un des romans qui a fait le plus de bruit lors de cette rentrée littéraire. Cette thématique de l’enfermement des femmes m’intéresse beaucoup et je l’ai trouvé bien traité ici.

Cette lecture m’a rappelé deux romans que j’ai beaucoup aimé La salle de bal d’Anna Hope et La clé du cœur de Kathryn Hugues qui traitent du même sujet : l’internement de femmes dépressives mais aussi d’autres éprises de liberté et de ce fait, indésirables pour la société ou leurs familles.

Il vaut mieux en ce XIXè siècle, lorsque l’on est une femme, éviter de sortir des sentiers battus. C’est ce qui arrive à Eugénie qui, parce qu’elle confie à sa grand-mère son secret, communiquer avec les morts, se retrouve manu militari internée sans autre forme de procès, sans certificat médical et surtout sans espoir de retrouver la liberté car la figure masculine, à fortiori paternelle, est toute puissante et monsieur Cléry a fait une croix sur sa fille.

Victoria Mas, dans ce roman très bien documenté, nous propose de suivre le destin de ces femmes victimes d’une société masculine qui leur interdit toute déviance et les emprisonne.

Ce qui est intéressant ici, c’est de pénétrer dans le service du professeur Charcot qui a théorisé l’hystérie. Il donne chaque vendredi un cours magistral devant un parterre d’étudiants où il recrée les crises de ces patiences à grand renfort d’hypnose.

Ces méthodes jugées révolutionnaires à l’époque ne peuvent que nous choquer aujourd’hui puisqu’il s’agissait non pas de soigner les malades mais de leur faire reproduire des crises quitte à leur créer de graves séquelles.

Au-delà de cet aspect historique passionnant, l’autrice en profite pour dénoncer la condition de la femme à cette époque, en lien avec cette même psychiatrie car, comme je le disais plus haut, il ne fallait pas grand chose pour se retrouver diagnostiquée aliénée : des idées différentes un peu trop bruyantes, des envies d’indépendance, une rébellion contre la toute-puissance masculine, etc, étaient des tickets gagnants pour l’enfermement.

Louise, Eugénie et Thérèse n’avaient pas leur place dans cet hôpital, étant parfaitement saines d’esprits, mais Louise et Thérèse, victimes de violences masculines, vont préférer continuer à vivre dans ce gynécée plutôt qu’affronter à nouveau les hommes.

Le bal des folles est donc un roman vraiment très intéressant à plus d’un titre, de par son intrigue, ses personnages attachants, la question du patriarcat, l’enfermement et la remise en question des pratiques du professeur Charcot.

Si les thématiques de la condition féminine et de l’enfermement vous intéressent, je ne peux que vous conseiller ce roman au succès bien mérité !

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Né en 1982 d’un père italien et d’une mère espagnole, Rocco Giudice vit entre Hong Kong et Genève. Mangoustan est son premier roman.

Melania est mariée à un Priape raciste et misogyne devenu président des États-Unis, en dépit de ses prières à la Vierge Marie pour que cela n’arrive pas. Elle doit quitter son penthouse de 3 000 m2 de la Trump Tower pour un modeste appartement au sein de la Maison Blanche.

Irina, ex jeune fille pauvre venue d’Ukraine, partage la vie d’un publicitaire suisse condescendant, avec une peur au ventre : la misère.

Laure vient de se faire plaquer par un homme sans goût ni saveur qui la quitte pour leur femme de ménage après trente ans de vie commune. Exit un train de vie bourgeois, elle va devoir travailler et surtout faire le deuil de son mariage. Personne ne comprend sa détresse, heureusement, elle peut compter sur sa jeune sœur pour l’épauler.

Elles ne se connaissent pas mais ont tant de choses en commun : une volonté de fer pour s’émanciper de leur mari dominateur, un sens de l’humour vif et piquant et un certain isolement.

Mais ce qui les lie par-dessus tout, c’est un typhon qui répond au doux nom de Mangoustan. Et qui s’apprête à balayer Hong Kong le week-end où elles s’y trouvent toutes les trois.

Mangoustan est le premier roman de Rocco Giudice Basile, et signe mes retrouvailles avec la littérature italienne. Déjà échaudée de nombreuses fois, je ressors une fois encore déçue par la lecture d’un roman italien. Pour quelle raison mes rendez-vous avec cette littérature sont des échecs, je ne saurai vous le dire !

Et pourtant le postulat de départ me plaisait bien : ces trois femmes fortes qui tentent de s’éloigner du joug de leur compagnon m’a paru un bon élément de départ.

L’idée est excellente mais je trouve que l’auteur l’a bien mal exploité. Si le décryptage de la personnalité de la first lady Melania Trump et ses messages passés au monde via sa garde-robe sont très intéressants et les points forts du roman pour moi, les deux autres personnages féminins ne m’ont pas intéressé et c’est bien dommage.

Tout au long de ma lecture qui fut rapide car le roman est très court et le style de l’auteur plutôt fluide, j’ai gardé une distance par rapport à ce que je lisais, je suis restée totalement en retrait, ne ressentant aucun attachement, aucune empathie pour ses femmes qui ont misé sur des hommes puissants et riches pour mener la belle vie et s’élever sur l’échelle sociale.

Il manque pour moi une bonne dose d’émotion à l’histoire, de relief et surtout de profondeur aux personnages féminins. Je ne les ai pas toujours trouvés très nuancés, parfois à la limite de la caricature. Et puis, j’attendais bien plus de cette histoire qui se révèle somme toute très banale et plate.

L’histoire n’est finalement pas originale du tout : des femmes belles unies à des hommes puissants, une quinquagénaire plaquée après 30 années de bons et loyaux services à son mari et à ses enfants, etc.

Je ne comprends pas l’engouement autour de ce roman que j’ai trouvé globalement sans intérêt. Heureusement Melania était là pour m’empêcher d’abandonner cette lecture que j’ai fini en diagonale malgré tout.

Pour moi, c’est une grosse déception et la plus mauvaise lecture du mois pour le moment, un roman vite lu et aussi vite oublié.

Merci aux éditions Allary et à Babelio pour cette découverte !

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  :

challenge-un-pave-par-mois

Elizabeth Macneal est née à Édimbourg et vit aujourd’hui à Londres. Diplômée d’Oxford, elle a travaillé quelques années à la City et se consacre aujourd’hui à ses deux passions, l’écriture et la céramique. La Fabrique de poupées est son premier roman.

Londres, 1850. L’Exposition universelle va bientôt ouvrir ses portes dans le tout nouveau Crystal Palace, et les badauds se pressent déjà dans Hyde Park pour venir admirer cette merveille.

Parmi eux se croisent, Iris, une jeune femme rousse, modeste employée dans un magasin de poupées avec sa sœur jumelle Rose, à la beauté singulière, qui rêve de devenir artiste peintre et s’émanciper.

Et Silas Reed, taxidermiste amateur de curiosités qui a pour ambition de devenir célèbre et de voir exposer ses créatures désireux d’y exposer ses créatures macabres dans ce gigantesque musée. Ces deux-là se croisent, et leurs destins en seront à jamais bouleversés.

Grâce à ce dernier, elle rencontre Louis Frost, un jeune peintre préraphaélite, qui la convainc de quitter le magasin de Mrs Silas et sa sœur pour devenir son modèle.

Louis et ses amis préraphaélites, Dante Gabriel Rossetti et John Everett Millais, renversent les codes et font souffler un vent d’audace et d’insoumission.

Iris accepte à condition que Louis lui enseigne la peinture. Avec lui, le champ des possibles s’élargit, et le modèle, avide de liberté, découvre peu à peu l’art et l’amour.

Mais c’est compter sans Silas, dont elle a déjà oublié l’existence, qui rôde non loin de là, tapi dans l’ombre, et n’a qu’une idée : faire sienne celle qui occupe toutes ses pensées, jusqu’à l’obsession…

La fabrique de poupées est le premier roman de l’anglaise Elizabeth Macneal et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! J’ai adoré ce roman à l’ambiance gothique et angoissante qui nous parle tour à tour d’émancipation féminine, de liberté et de peinture.

J’ai beaucoup aimé les thématiques traitées qui m’ont un peu rappelé La prisonnière du temps qui mettait aussi en scène des peintres et leurs modèles mais la ressemblance s’arrête là, les deux histoires sont très différentes dans leur développement.

Vous le savez j’aime beaucoup les romans historiques et spécialement ceux qui ont pour cadre l’Angleterre victorienne et ici je me suis régalée, en dépit du rythme lent du récit, point qui me gêne souvent, ce qui ne fut pas le cas.

Les personnages sont aussi très intéressants et bien dessinés, en premier lieu Iris, une héroïne attachante qui va se montrer particulièrement pugnace et courageuse. Le personnage est bien travaillé, tout en nuances, elle m’a fascinée. Les autres protagonistes ne sont pas en reste : Silas particulièrement inquiétant et effrayant, Louis absolument charmant, Albie tellement attachant qu’on espère une fin heureuse pour lui.

Avec ce roman foisonnant et formidablement bien documenté, Elisabeth Macneal nous transporte dans un Londres à la Dickens avec les bas-fonds représentés par Albie, un petit garçon qui a perdu toutes ses dents et qui rêve de s’acheter un dentier en lamantin, le comble du chic pour lui et sa grande sœur prostituée.

Dans les quartiers modestes il y a Iris, Rose et Silas. Et dans les beaux quartiers, on retrouve Louis. En passant d’un quartier à l’autre, l’autrice nous donne un panorama de la société de cette époque et nous dresse le portrait de la condition féminine victorienne : prostituée, employée, domestique ou épouse.

La Fabrique de poupées met en scène la détermination d’une femme à s’affranchir de sa condition. Iris saura s’affranchir des conditions sociales, des désirs de sa famille pour accéder à ce qu’elle souhaite le plus au monde : la peinture même si pour cela, elle ne doit jamais revoir ses parents et sa sœur qui l’ont reniée.

C’est aussi un conte cruel, raffiné, au suspense maîtrisé, qui explore avec une précision chirurgicale les frontières entre l’amour, le désir et la possession. L’histoire m’a subjuguée, elle se lit comme un thriller avec une angoisse et un suspens qui montent crescendo jusqu’au final qui m’a laissé sans voix.

Je ne peux que vous recommander cette lecture d’atmosphère qui m’a transportée de la première à la dernière ligne.

Un grand merci à Anne et aux éditions Presses de la cité pour cette belle lecture !

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 » En octobre dernier, quand, par un coup de téléphone, votre Académie a agité ses clochettes, c’est le nom de Magnus qui m’est venu en premier à l’esprit. Les choses naissent bien quelque part, et comment ne pas nous revoir, lui, le jeune garçon penché sur mes poèmes, et moi, au toupet illimité, qui le regardait lire…  »

Stockholm, 10 décembre 2019. À l’occasion de son discours de réception du prix Nobel de littérature, Annette Comte se souvient de ses dix ans et de celui qui lui a donné l’envie d’écrire.

Elle raconte, émerveillée, ce que le flamboyant Magnus fut pour elle – et il fut tout – l’été 1972, dans le sud de la France. Cet été-là, elle séjourne à Saint-Paul-de-Vence, non loin de la mythique auberge La colombe d’or, à l’invitation de Bernard, un éditeur parisien.

Immédiatement, elle se lie avec Magnus, fils de Bernard et de son épouse suédoise Marta. Ils vont être inséparables, jamais l’un sans l’autre, jamais loin de l’autre. Annette écrit des poèmes depuis que ses parents lui ont offert pour son dixième anniversaire un beau style plume alors que Magnus, poussé par son père à l’écriture, en est bien incapable.

Elle va cet été-là tomber amoureuse de son beau suédois et lui offrir tous ses mots, bien mal lui en a pris. Mais ce n’est qu’en osant, à Stockholm, revenir ainsi sur cette première et immense peine de coeur qu’Annette prendra la mesure de ce qu’un écrivain demande à l’amour.

J’ai connu la plume et l’humour de Sophie Fontanel lorsque j’étais abonnée au magazine ELLE il y a longtemps de cela mais je n’avais encore jamais lu la romancière, c’est désormais chose faite avec Nobelle et je ressors de cette lecture plutôt charmée même si elle ne me restera pas longtemps en mémoire.

Cette lecture m’a rendue nostalgique de mes années d’enfance passées dans les années 70, j’y ai retrouvé beaucoup d’insouciance et de tendresse pour cette époque de liberté où l’on pouvait disparaître du radar parental pendant des heures sans ce que cela ne déclenche une peur panique chez nos géniteurs, rouler dans une voiture sans ceinture de sécurité, où l’on ne s’ennuyait jamais alors qu’il n’y avait ni Netflix ni réseaux sociaux…

L’histoire d’Annette et de cet été magique de 1972 est toute simple mais touchante, racontée à hauteur d’enfant, avec des mots d’enfant, avec beaucoup de simplicité mais sans jamais tomber dans la mièvrerie.

Tout au long du récit, le lecteur se glisse dans la peau d’Annette, ressent ses émotions, ses joies, ses peines. On la suit dans ses nombreuses journées au bord de la piscine en compagnie de Magnus, dans leurs jeux, leurs découvertes, leurs défis.

Le rythme est vif, les chapitres courts, et les pages se tournent toutes seules jusqu’au point final.

J’ai également apprécié les personnages : Annette en tête, son frère Nono et Kléber Bahut, la figure du grand écrivain.

Une lecture agréable donc mais prévisible, j’ai vu venir les évènements de loin et c’est un peu dommage, j’aurais aimé être surprise par le dérouler des évènements, hélas l’été s’achève sur une trahison que j’avais prévu quasiment dès le début du roman.

Il n’empêche que Nobelle fut une petite parenthèse enchantée et ce n’est déjà pas si mal !

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