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Posts Tagged ‘#rentréelittéraire2018’

Paris, an II. La France vibre sous le souffle de la Terreur.
Jane, une jeune Anglaise cachée dans l’appartement d’aristocrates émigrés, Théodose, un moine qui a renié sa foi par peur de la guillotine, Marthe, la lingère de Marie-Antoinette emprisonnée au Temple, David, le fameux peintre et député de la Convention, ou encore une Normande du nom de Charlotte Corday, tout juste arrivée à Paris… Ils sont nombreux, ceux qui tournent autour du logis de la rue des Cordeliers où Marat, cloîtré, immergé dans des bains de soufre, traque les suspects hostiles aux idées de la République.
Il ignore que certains d’entre eux souhaitent sa mort et qu’il ne lui reste plus que trois jours à vivre.

Le dernier bain, c’est celui de Jean-Paul Marat, ancien médecin, reconverti dans le journalisme depuis le début de la révolution, fondateur d’un journal politique L’Ami du peuple.

Marat, en ce très chaud mois de juillet 1793, vit cloitré, malade, affligé d’une terrible maladie de peau particulièrement nauséabonde, dans son appartement de la rue des Cordeliers, entouré de sa sœur et de sa maîtresse.

Orchestrant depuis sa baignoire la valse des dénonciations, il condamne à mort par ses signatures tous ceux qu’il soupçonne d’être hostiles à la révolution, sans preuve aucune.

Marat n’a plus que trois jours à vivre mais ça il ne le sait pas. Une jeune fille prénommée Marie Anne Charlotte de Corday d’Armont, retenue par l’Histoire sous le nom de Charlotte Corday, vient d’arriver à Paris depuis sa Normandie natale avec un projet funeste en tête : tuer Marat qu’elle estime coupable de la Terreur et sauver grâce à son geste la Révolution…

Le dernier bain est le second roman de Gwenaële Robert après le très réussi Tu seras ma beauté. Si vous me suivez depuis longtemps, vous savez que je suis particulièrement friande de ses romans pour la jeunesse qu’elle signe sous le nom de Gwenaëlle Barussaud.

Cette fois-ci l’auteure nous entraîne dans un passionnant roman historique au cœur de la Terreur et au plus près d’un épisode les plus marquants de cette période : l’assassinat de Jean-Paul Marat. Une période sinistre où chacun vit dans la peur de se faire dénoncer et de finir comme les aristocrates : à la lanterne.

A travers le regard d’une poignée de protagonistes réels ou fictifs qui gravitent autour de Marat, l’auteure retrace les jours qui ont précédé et suivi son assassinat : le peintre David et grand ami de Marat, Théodose, un moine défroqué reconverti en écrivain public, son père perruquier de son état, Marthe la lingère de Marie-Antoinette, Jane une jeune anglaise en soif de vengeance et Charlotte Corday.

Beaucoup de ces personnages auront une bonne raison de vouloir la mort de Marat, une seule aura le courage d’aller jusqu’au bout de son dessein et en paiera le prix fort, en montrant un courage et une détermination sans faille jusqu’à la guillotine, forçant le respect de Fouquier-Tinville, l’accusateur public.

Que vous dire à part que j’ai eu un coup de cœur pour ce roman d’un grande qualité littéraire comme toujours avec Gwenaële Robert, j’adore son écriture qui manie une vocabulaire soutenu et particulièrement ciselé, tout en étant fluide, vif et haletant.

J’ai adoré les personnages qu’elle met en scène en particulier les figures féminines que sont Marthe, Jane et Charlotte. Je m’attendais à suivre Charlotte Corday et en fait, elle n’est qu’une des protagonistes de cette histoire et intervient finalement assez tard dans l’intrigue, j’ai été agréablement surprise par cet aspect et par le talent de l’auteure car tous les éléments du récit apportés par chaque personnage s’imbriquent et convergent vers l’assassinat. Tous vont se retrouver au plus près de l’événement qui va bouleverser le cours de leurs existences.

J’ai tout autant apprécié la forme de ce roman, proche du roman policier qui démarre par une analyse du célèbre tableau de Marat. Comme dans tout polar, il y a la victime, particulièrement antipathique qu’on ne plaint pas, les protagonistes qui ont tous un mobile et si je ne connaissais pas déjà la fin, je me serai demandé tout au long du récit, lequel d’entre eux était finalement le coupable.

Gwenaële Robert rend aussi ici un bel hommage aux femmes fortes, qui osent malgré la peur, faire quelque chose, à travers la lingère, l’anglaise et Charlotte Corday, et montre à l’inverse la couardise de certains hommes qui préfèrent fuir et se terrer pour garder la vie sauve.

Vous l’aurez compris, Le dernier bain est une réussite, un très très beau roman bien documenté que je vous conseille vraiment de lire à votre tour pour cette rentrée littéraire.

Un grand merci à Gwenaële Robert pour sa délicate dédicace, à Filipa et aux éditions Robert Laffont pour cette magnifique lecture !

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Londres, 1893 : une calèche explose, tuant sur le coup un notable. La police est désemparée, d’autant que le meilleur inspecteur de la ville, Henry Wilkes, a rendu son insigne. Aux prises avec ses démons intérieurs, il dépérit sous le regard inquiet de son fidèle Billy, le gamin des rues qu’il a recueilli.
Mais quand le « meurtre de la calèche » prend une autre dimension, Henry ne peut rien faire d’autre que reprendre du service. En effet, tous les indices désignent un coupable : Gareth, le propre frère d’Henry… mort des années plus tôt ! Est-ce une machination ? Ou bien son frère serait-il encore vivant ?
L’inspecteur déchu risque fort de réveiller les fantômes du passé dans cette ville où trahison et mensonges sont monnaie courante et où le danger est à chaque coin de rue…

Londres, mai 1893. Une calèche explose sur Montagu Street et tue sur le coup Scott Anderson, un notable. L’affaire devrait revenir à l’inspecteur Henry Wilkes mais il a rendu son insigne et depuis, il carbure au laudanum, au grand dam de Billy, un ancien voleur qu’il a pris sous son aile.

Pourtant, lorsque Thomson, son ancien coéquipier revient vers lui deux jours plus tard, Wilkes accepte de rempiler au sein de la police de Londres afin de lever les soupçons qui pèsent sur Gareth, son frère mort dans l’explosion d’une bombe bien des années auparavant.

Wilkes, persuadé que son frère ne peut être derrière cet attentat, aidé de Billy et d’Alice, se lance dans une enquête au risque de réveiller les fantômes du passé…

Gaëlle Perrin-Guillet est auteure de romans noirs et de nouvelles policières déjà primée et Les fantômes du passé fait partie de la série d’enquêtes menées par Henry Wilkes et Billy Bennett, inaugurée l’an dernier avec Soul of London, que je n’ai pas lu mais cela ne m’a absolument pas gênée dans ma découverte de ce second opus, puisque l’enquête n’est pas une suite du premier tome et que l’auteure nous donne les éléments nécessaires pour cerner les personnages récurrents de cette série.

Vous le savez, je raffole des polars historiques, spécialement lorsqu’ils ont pour cadre Londres à l’époque victorienne, aussi, lorsque City m’a proposé de lire ce titre, je n’ai pas hésité et j’ai passé un agréable moment en compagnie de Wilkes, Billy et Alice.

Outre l’intrigue policière bien ficelée, pleine de rebondissements, d’impasses et de mystères, qui se lit avec plaisir, je trouve que l’intérêt de ce roman réside en son atmosphère, très bien rendue, et en ses personnages, en particulier Billy, un jeune homme sorti de la misère en but à des réflexions existentielles sur sa place dans cette société conservatrice et Alice, une jeune femme peintre, d’une modernité folle.

J’ai eu plus de mal avec le personnage de Wilkes, enfoncé dans une sévère déprime, shooté au laudanum. Je trouve ce genre de personnages bien trop vu dans les romans policiers et j’avoue que ça a fini par un peu m’agacer.

L’auteure connaît bien la société de cette époque, ses coutumes, ses mœurs et nous fait sillonner Londres et ses tavernes, décrit les différentes couches de la population londonienne. Elle apporte aussi de l’humour à son récit notamment avec des clins d’œil acerbes aux nouvelles technologies de l’époque : l’électricité, le téléphone et l’automobile.

Je déplore en revanche des longueurs et une certaine lenteur qui ont un peu nui à mon plaisir de lectrice car je préfère les récits plus enlevés et dynamiques, reste que cette lecture divertissante m’a donné envie de découvrir le précédent opus et de retrouver les personnages attachants de cette histoire.

Si, comme moi, vous appréciez les polars historiques, je ne peux que vous conseiller de découvrir à votre tour Les fantômes du passé.

Un grand merci à Elise et aux éditions City pour cette découverte !

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  :

challenge-un-pave-par-mois

États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l’être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l’aube de cette nouvelle ère. Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d’écrire la biographie d’Eivør, exploratrice islandaise du xixe. Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d’avocate, des jours qui passent et se ressemblent. Mattie, la meilleure élève de Ro, n’a pas peur de l’avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l’arrière d’une voiture… Et Gin. Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu’elle a voulu aider les femmes.

Salem, États-Unis, dans un futur très proche. Un nouvel ordre religieux règne sur le pays de l’Oncle Sam, les puritains imposent de nouvelles règles liées à la procréation : l’avortement est interdit, l’adoption et la procréation médicalement assistée seront réservés aux couples mariés.

Non loin de Salem, dans un petit village de pêcheurs, Ro, professeure célibataire d’une quarantaine d’années, essaie désespérément de devenir mère. Susan a abandonné ses études de droit pour devenir femme au foyer. Maman de deux enfants, elle est au bord du burn-out, n’arrivant plus à supporter ni son mari ni ses chérubins.

Mattie, la meilleure élève de Ro, perd sa virginité sur le siège avant d’une voiture et s’aperçoit quelques semaines plus tard qu’elle est enceinte. Enfant adoptée, elle refuse cette maternité et veut absolument avorter en dépit des risques encourus. Enfin, Gin la guérisseuse, a abandonné son enfant à la naissance, vit dans une cabane dans les bois et va être accusée de sorcellerie par le proviseur du lycée…

Lorsque l’on commence la lecture de cette dystopie, on ne peut s’empêcher de penser à La servante écarlate de Margaret Atwood avec lequel elle partage quelques points communs. Comme son illustre consœur canadienne, Leni Zumas, qui signe avec Les heures rouges son premier roman, plante son décor au sein d’une Amérique ultra conservatrice qui s’empresse de mettre fin aux avortements, réservant les enfants non voulus aux seuls couples mariés.

La comparaison entre les deux autrices s’arrêtent là. Dans ce roman polyphonique, nous suivons quatre trajectoires de femmes, quatre façons de vivre sa maternité différemment. Il y a la biographe (Ro), l’épouse (Susan), la fille (Mattie) et la guérisseuse (Gin).

L’auteure nous interroge sur les conséquences des choix politiques conservateurs : l’illégalité de l’avortement aux Etats-Unis qui a bâti un mur rose à sa frontière du Canada, ce qu’encourent les femmes y compris les très jeunes filles si elles se font prendre sur le point d’avorter, les risques qu’elles prennent en se faisant avorter dans des cliniques où les règles d’hygiène les plus élémentaires ne sont pas respectées, le coût exorbitant de la PMA, que deviennent les femmes célibataires en désir d’enfant dans un monde où la PMA et l’adoption ne sont réservés qu’aux couples mariés, la vie des femmes dans une société patriarcale où elles ne sont plus libres de disposer de leur corps, etc.

Tous ces questionnements nous rappellent que les droits acquis par les femmes sont très récents et que le moindre changement politique peut les réduire à néant, l’époque à laquelle l’auteure nous transporte est tellement proche que ça en est inquiétant.

Leni Zumas a choisi des héroïnes très différentes dont les récits s’entremêlent tout au long du récit, j’avoue que j’ai eu beaucoup de mal au début de ma lecture, je n’arrivais pas à rentrer dans l’histoire et je trouvais le récit laborieux et puis au bout de quelques chapitres, j’ai été bien ferrée et j’ai trouvé finalement cette histoire assez passionnante.

Bonne idée d’avoir choisi des femmes si différentes, de n’avoir pas cherché à les rendre sympathiques, d’avoir opté pour Salem, célèbre théâtre d’un procès aux sorcières au 17è siècle, comme décor de cette dystopie et de faire un parallèle avec Gin la guérisseuse, que l’on poursuit en justice pour sorcellerie !

Le style clinique et froid, à la fois ironique, impudique, violent et poétique de l’auteure, ne m’a pas totalement convaincue, j’ai eu du mal à m’y habituer mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier ce roman captivant.

Les heures rouges est un roman féministe et engagé important, une lecture coup de poing indispensable dans cette rentrée littéraire qui pointe du doigt les dérives conservatrices.

Un grand merci à Anne et aux éditions Presses de la cité pour cette découverte !

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Quand mon père est ressorti du commissariat, il avait l’air perdu. Il m’a pris dans ses bras et s’est mis à pleurer. Un court instant j’ai pensé : ça y est, on y est. Léa est morte.
Puis il s’est écarté et j’ai vu un putain de sourire se former sur son visage. Les mots avaient du mal à sortir. Il a fini par balbutier :  » On l’a retrouvée. Merde alors. On l’a retrouvée. C’en est fini de ce cauchemar. « 
Il se trompait. Ma soeur serait bientôt de retour mais nous n’en avions pas terminé.

Saint-Briac, non loin de Saint Malo. Antoine et sa famille ont quitté Paris pour cette petite station balnéaire bretonne dans laquelle ils passent tous leurs étés. Son père a obtenu un poste de journaliste dans le quotidien local, sa mère, sa mutation dans un collège mais sa sœur Léa, est vent debout contre ce déménagement.

Si Antoine est du genre casanier et plutôt solitaire, la jeune fille doit quitter ses amis, son lycée, abandonner ses endroits préférés pour un village qui ne peut guère rivaliser avec la capitale.

Un soir qu’elle va avec son oncle à un concert, elle disparaît sans laisser de traces. Disparition volontaire ? Fugue ? Enlèvement ? Meurtre ? Toutes les hypothèses sont posées et la famille, sans réponse, va voler en éclats…

La tête sous l’eau est ma première lecture de la rentrée littéraire 2018 et ma rencontre avec la plume d’Olivier Adam, qui a percé il y a vingt ans déjà avec son premier roman Je vais bien, ne t’en fais pas.

Installé à Saint Malo depuis une dizaine d’années, ses romans sont très marqués par les paysages de bord de mer et il y aborde volontiers les douleurs familiales, le manque, les identités flottantes, l’inadaptation sociale, la fuite, autant de thématiques fortes que l’on retrouve ici.

Ce roman a beau être resserré en termes de pages, découpé en courts chapitres et écrit pour un jeune public, il n’en demeure pas moins fort et terriblement addictif, au point que l’adulte que je suis a eu du mal à le lâcher.

C’est à travers Antoine, le narrateur et frère de Léa, que nous entrons de plein fouet dans cette famille et dans le drame qui la secoue. Il nous raconte la dispariton de sa sœur, son manque, combien ce drame a changé leur vie à jamais et fait voler en éclats le couple que formait ses parents jusqu’alors.

Au bout d’une quarantaine de pages, on apprend que Léa a enfin été retrouvée mais la jeune fille, terriblement traumatisée par des mois de captivité, reste muette, ne veut rien confier, ni à la psychiatre, ni aux enquêteurs et encore moins à sa famille.

J’ai beaucoup aimé la construction de ce récit, apprendre en même temps qu’Antoine ce qu’a réellement vécu Léa, la cause de sa disparition, ce que ses parents et sa sœur ont caché. Cet ado m’a beaucoup plu, je l’ai trouvé très touchant. Bien qu’il souffre de cette situation, il préfère aider ses parents et sa sœur plutôt que de se plaindre.

Parallèlement au récit d’Antoine, l’auteur nous donne à lire les emails de Léa avant sa disparition à la personne qui fait battre son cœur, à qui elle confie son manque de ne pas la voir, sa difficulté d’être privée d’elle et son envie d’aller la rejoindre à Paris.

Olivier Adam dose bien son suspens, plus on avance dans l’histoire, plus on a envie d’en connaître le dénouement, d’être conforté dans ce que l’on a deviné de cette histoire finalement simple mais tellement traumatisante pour Léa et sa famille.

Le style de l’auteur est fluide et prenant, on a plaisir à tourner les pages même si le sujet est très grave et loin d’être gai. Une très bonne lecture que je vous recommande, bien racontée, avec la mer et la Bretagne pour toile de fond.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont et à la collection R pour cette lecture poignante !

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