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Posts Tagged ‘réseaux sociaux’

Delphine de Vigan a publié en 2001 Jours sans faim, son premier roman, sous pseudonyme. Elle est l’auteur des Jolis garçons, d’Un soir de décembre, de No et moi (prix des Libraires 2008) et des Heures souterraines. Jours sans faim apparaît aujourd’hui comme un chapitre en creux de Rien ne s’oppose à la nuit, immense succès de la rentrée 2011.

2010. Mélanie, qui a grandi dans le culte de Loana de Loft Story, n’a qu’une idée en tête : devenir célèbre. Mais son unique apparition dans une émission de téléréalité est un fiasco et elle fait une croix sur ces envies de célébrité.

Quelques années plus tard, mariée et mère de famille, elle crée sur YouTube la chaîne Happy Récré, mettant en scène Sammy et Kimmy, ses deux enfants, au quotidien. Et c’est enfin la gloire !

Bientôt, la voilà suivie par des millions d’abonnés, qui likent et commentent la moindre virée au supermarché, les vidéos d’unboxing où les petits déballent des cadeaux sans fin, et autres défis célébrant la consommation.

Pendant ce temps, une jeune femme, Clara, entre dans la police. Marquée par la perte brutale de ses parents et sa difficulté à fonder une famille, elle intègre la Brigade criminelle où elle deviendra « procédurière ».

Ce métier qui en rebute certains, la passionne. A elle de récolter sur les scènes de crime les indices qui lui permettront de rédiger une version précise des faits en vue des Assises.

Leurs chemins se croisent à la suite de la disparition de Kimmy, âgée de sept ans, lors d’une partie de cache-cache en bas de chez elle. Mauvaise rencontre ? Fugue ? Enlèvement ?

Tandis que l’enquête progresse et qu’elle découvre l’univers des influenceurs, Clara et les enquêteurs découvrent l’univers des chaînes familles sur Youtube, les rivalités, la course aux likes…

Clara mesure la violence que constitue Happy Récré pour les deux enfants qui en sont les rois… et les victimes.

Avec Les enfants sont rois qui s’ouvre sur les années Loft et s’achève en 2031, Delphine de Vigan s’empare d’un sujet vertigineux : les réseaux sociaux et leurs dérives. Et explore avec maestria une société basculant dans le culte de l’ego, où tout est mis en scène et se vend, jusqu’au bonheur familial.

J’avoue, j’ai découvert avec ce roman l’existence de ces chaînes familles car mon exploration sur Youtube se limite aux comptes booktubes et d’histoire et ce n’est pas avec ce titre que je risque d’avoir envie de les regarder !

Comme l’autrice que je découvre également grâce à ce titre, je n’aime pas la téléréalité, je n’en regarde pas et je suis contre le fait d’exposer les enfants sur la toile, surtout à des fins commerciales.

En effet, comment ne pas s’insurger devant les manipulations de cette maman qui exploite ses enfants pour être dans la lumière et gagner beaucoup d’argent, persuadée que ses petites têtes blondes sont ravies de devenir des stars, de cumuler des kilos de jouets à la condition de sourire à la caméra et à envoyer du love à leurs followers ?

Comment avoir envie de regarder ces mères parfaites sur Instagram en oubliant, les conséquences psychologiques, juridiques, judiciaires, sur ces enfants, une fois devenus grands ?

J’ai été horrifié par l’attitude de cette maman et de ses concurrents, des followers, et des marques, choquée par ce trou béant dans la législation qui permet de filmer ses enfants H24 et de trouver cela normal, atterrée aussi par les sommes d’argent mises en jeu, choquée de voir le contenu de ces chaînes qui prônent la surconsommation.

De tout cela, il est question dans ce roman écrit dans un style journalistique très factuel qui m’a beaucoup plu et c’est un titre à lire pour toutes ces thématiques et les questionnements qui en découlent.

Ne vous attendez pas à un roman avec une intrigue bien construite, des personnages attachants, il n’en est nullement question ici.

C’est davantage pour moi une enquête journalistique doublée d’une intrigue policière avec des retranscriptions de vidéos et de procès verbaux. L’important c’est bien sûr la dénonciation de l’exploitation des enfants, de montrer l’envers du décor de notre société qui devient chaque jour plus narcissique au travers des réseaux sociaux. 

Delphine de Vigan nous propose ici un roman engagé très réussi, qui tire vers l’anticipation avec un dénouement en 2031 qui montre les ravages de la surexposition des enfants. Je vous le recommande vivement si ces thèmes vous intéressent.

Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ? Un titre de l’autrice à me conseiller ?

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