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Posts Tagged ‘révolution française’

Marie-José Tulard, haut fonctionnaire, puis avocate, a enseigné l’histoire des institutions à l’Université et publié plusieurs ouvrages juridiques. Jean Tulard, membre de l’Institut, professeur émérite à la Sorbonne, est spécialiste de l’histoire de la Révolution et de l’Empire, période à laquelle il a consacré de nombreux livres. Ensemble, ils ont aussi écrit Napoléon et quarante millions de sujets.

Séduire au risque d’en mourir : tel fut le sort de plusieurs héroïnes de ce livre dont le rôle politique sous la Révolution s’acheva sur l’échafaud. Ainsi d’Olympe de Gouges ou de Mme Roland…

On l’a oublié ou négligé : de grandes figures féminines tentèrent d’infléchir le cours de la Révolution dans un sens ou dans un autre. La plupart s’efforcèrent d’influencer des hommes politiques du temps – de là leur nom d' » égéries  » – faute de pouvoir se faire entendre à la tribune et participer aux grandes décisions. Une revendication que les révolutionnaires ne cessèrent d’étouffer.

Et pourtant, n’étaient-ce pas les femmes qui avaient ramené le roi de Versailles à Paris ou contribué à la chute de la monarchie ?

Voici l’histoire de la Révolution vue sous un autre jour, expliquant, entre autres, le renoncement du duc d’Orléans à la régence après la fuite du roi ou la chute inattendue de Robespierre le 9 Thermidor. Dans les coulisses de la scène politique, ne fallait-il pas chercher l’égérie ?

Vous connaissez mon goût pour l’Histoire et pour les portraits de femmes, aussi Les égéries de la Révolution de Jean & Marie-José Tulard, ne pouvait qu’éveiller mon attention !

Jean Tulard, grand spécialiste de Napoléon, et son épouse, Marie-José, nous brossent le portrait de femmes, pour certaines passées à la postérité, qui ont joué un rôle lors de ces années 1789 à 1799, qu’elles soient révolutionnaires ou monarchistes convaincues.

L’ouvrage est découpé en quatre parties : aux origines de la Révolution, l’échec d’une monarchie constitutionnelle, la Terreur, les égéries du Directoire et enrichi d’une chronologie détaillée et d’une abondante bibliographie.

Jean et Marie-José Tulard nous invitent à découvrir mesdames Necker, de Condorcet, de Lamballe, de Polignac, de Genlis, Roland, de Gouges, Charlotte Corday, Théroigne de Méricourt, pour les plus connues mais ce sont en tout pas moins de trente-quatre femmes qui sont ici passées au crible.

Parisiennes ou provinciales, de noble ou de basse extraction, bleues ou blanches, les auteurs nous proposent des trajectoires différentes des prémisses de la Révolution au Directoire.

Plusieurs d’entre elles finiront sur l’échafaud, affrontant la mort avec grand courage en plein cœur de la Terreur. L’ouvrage est dans l’ensemble très intéressant car les auteurs prennent le temps d’approfondir chaque portrait, le tout de façon très clair.

Le style est fluide, la chronologie compréhensible et si parfois l’égérie sert à présenter l’homme qui l’accompagne, on ne peut que saluer le travail de ces deux historiens qui abordent de façon limpide cette période troublée de notre histoire et notamment les différents camps en présence : royalistes, girondins, montagnards… ce qui n’était pas une mince affaire !

Avec ce livre, les auteurs veulent aussi redonner une place aux femmes qui n’ont pas vu leurs conditions s’améliorer lors de la Révolution, peu d’entre elles pouvait prendre la plume, participer aux clubs et aux débats d’idées.

Les révolutionnaires étaient-ils misogynes ? C’est ce qu’on lit sous la plume de Jean et Marie-José Tulard, je ne connais pas assez cette époque pour confirmer ou non leurs dires mais je salue la volonté de mettre en lumière des femmes qui restent souvent dans l’ombre de l’Histoire.

Un livre qui se lit bien et qui intéressera celles et ceux qui veulent découvrir ces destins de femmes.

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Paris, an II. La France vibre sous le souffle de la Terreur.
Jane, une jeune Anglaise cachée dans l’appartement d’aristocrates émigrés, Théodose, un moine qui a renié sa foi par peur de la guillotine, Marthe, la lingère de Marie-Antoinette emprisonnée au Temple, David, le fameux peintre et député de la Convention, ou encore une Normande du nom de Charlotte Corday, tout juste arrivée à Paris… Ils sont nombreux, ceux qui tournent autour du logis de la rue des Cordeliers où Marat, cloîtré, immergé dans des bains de soufre, traque les suspects hostiles aux idées de la République.
Il ignore que certains d’entre eux souhaitent sa mort et qu’il ne lui reste plus que trois jours à vivre.

Le dernier bain, c’est celui de Jean-Paul Marat, ancien médecin, reconverti dans le journalisme depuis le début de la révolution, fondateur d’un journal politique L’Ami du peuple.

Marat, en ce très chaud mois de juillet 1793, vit cloitré, malade, affligé d’une terrible maladie de peau particulièrement nauséabonde, dans son appartement de la rue des Cordeliers, entouré de sa sœur et de sa maîtresse.

Orchestrant depuis sa baignoire la valse des dénonciations, il condamne à mort par ses signatures tous ceux qu’il soupçonne d’être hostiles à la révolution, sans preuve aucune.

Marat n’a plus que trois jours à vivre mais ça il ne le sait pas. Une jeune fille prénommée Marie Anne Charlotte de Corday d’Armont, retenue par l’Histoire sous le nom de Charlotte Corday, vient d’arriver à Paris depuis sa Normandie natale avec un projet funeste en tête : tuer Marat qu’elle estime coupable de la Terreur et sauver grâce à son geste la Révolution…

Le dernier bain est le second roman de Gwenaële Robert après le très réussi Tu seras ma beauté. Si vous me suivez depuis longtemps, vous savez que je suis particulièrement friande de ses romans pour la jeunesse qu’elle signe sous le nom de Gwenaëlle Barussaud.

Cette fois-ci l’auteure nous entraîne dans un passionnant roman historique au cœur de la Terreur et au plus près d’un épisode les plus marquants de cette période : l’assassinat de Jean-Paul Marat. Une période sinistre où chacun vit dans la peur de se faire dénoncer et de finir comme les aristocrates : à la lanterne.

A travers le regard d’une poignée de protagonistes réels ou fictifs qui gravitent autour de Marat, l’auteure retrace les jours qui ont précédé et suivi son assassinat : le peintre David et grand ami de Marat, Théodose, un moine défroqué reconverti en écrivain public, son père perruquier de son état, Marthe la lingère de Marie-Antoinette, Jane une jeune anglaise en soif de vengeance et Charlotte Corday.

Beaucoup de ces personnages auront une bonne raison de vouloir la mort de Marat, une seule aura le courage d’aller jusqu’au bout de son dessein et en paiera le prix fort, en montrant un courage et une détermination sans faille jusqu’à la guillotine, forçant le respect de Fouquier-Tinville, l’accusateur public.

Que vous dire à part que j’ai eu un coup de cœur pour ce roman d’un grande qualité littéraire comme toujours avec Gwenaële Robert, j’adore son écriture qui manie une vocabulaire soutenu et particulièrement ciselé, tout en étant fluide, vif et haletant.

J’ai adoré les personnages qu’elle met en scène en particulier les figures féminines que sont Marthe, Jane et Charlotte. Je m’attendais à suivre Charlotte Corday et en fait, elle n’est qu’une des protagonistes de cette histoire et intervient finalement assez tard dans l’intrigue, j’ai été agréablement surprise par cet aspect et par le talent de l’auteure car tous les éléments du récit apportés par chaque personnage s’imbriquent et convergent vers l’assassinat. Tous vont se retrouver au plus près de l’événement qui va bouleverser le cours de leurs existences.

J’ai tout autant apprécié la forme de ce roman, proche du roman policier qui démarre par une analyse du célèbre tableau de Marat. Comme dans tout polar, il y a la victime, particulièrement antipathique qu’on ne plaint pas, les protagonistes qui ont tous un mobile et si je ne connaissais pas déjà la fin, je me serai demandé tout au long du récit, lequel d’entre eux était finalement le coupable.

Gwenaële Robert rend aussi ici un bel hommage aux femmes fortes, qui osent malgré la peur, faire quelque chose, à travers la lingère, l’anglaise et Charlotte Corday, et montre à l’inverse la couardise de certains hommes qui préfèrent fuir et se terrer pour garder la vie sauve.

Vous l’aurez compris, Le dernier bain est une réussite, un très très beau roman bien documenté que je vous conseille vraiment de lire à votre tour pour cette rentrée littéraire.

Un grand merci à Gwenaële Robert pour sa délicate dédicace, à Filipa et aux éditions Robert Laffont pour cette magnifique lecture !

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Elle est princesse de sang. Recluse à la Cour de Versailles, vouée à rester seule et à se consacrer aux oeuvres charitables. Lui est roturier. Brillant botaniste du jardin du Roy, il est adepte des Lumières. Tout oppose Madame Elisabeth, la jeune soeur de Louis XVI, et François Dassy. Pourtant, lorsqu’ils se rencontrent par hasard dans la forêt de Fontainebleau, une irrésistible attirance les pousse l’un vers l’autre. Mais la révolution gronde et menace cet amour clandestin… Elisabeth saura-t-elle suivre les idées nouvelles qui bouleversent la France ? Et mettre en danger la royauté ? Dassy est-il un honnête homme ou un imposteur ?

Élisabeth Philippine Marie Hélène de France, dite Madame Élisabeth, est née le 3 mai 1764 au château de Versailles. Huitième et dernier enfant du dauphin Louis Ferdinand, fils de Louis XV et de Marie-Josèphe de Saxe, elle est la sœur des rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

Orpheline de ses deux parents avant ses trois ans, elle sera choyée par sa sœur Clotilde qui s’occupera d’elle comme une mère jusqu’à son mariage avec le duc de Piémont, un éloignement qui fera souffrir Élisabeth tout au long de sa courte existence.

Elle mène une enfance solitaire jusqu’à l’arrivée de Madame de Mackau, sous gouvernante des enfants de France, et de sa fille Angélique qui va devenir sa confidente et à l’âge adulte la gouvernante de sa Maison.

Elle a dix ans lorsque son bien-aimé grand-père Louis XV rend son dernier soupir, victime de la variole, il lui lèguera ses serres, ses animaux sauvages et ses chers arbres car Élisabeth est une scientifique qui partageait avec son illustre aïeul l’amour des sciences naturelles et de la botanique.

Elle s’intéresse également aux sciences de manière générale et sera favorable à la Variolisation qui permet de se prémunir contre la petite vérole, maladie contagieuse mortelle et fréquente, qui touche indifféremment toutes les couches de la population, laissant au mieux d’horribles cicatrices sur le visage, donnant la mort au pire.

Très pieuse, elle soulagera beaucoup les pauvres habitants aux environs de son château de Montreuil où elle aimait se réfugier et vivre loin de l’étiquette de la Cour. Proche de son frère Louis XVI et favorable comme lui à une meilleure répartition des impôts, elle suivra la famille royale dans sa fuite à Varennes et partagera leur sort funeste pour finir guillotinée le 10 mai 1794, une semaine après ses trente ans.

Son statut de fille de France la prédestinait à épouser un monarque ou à rentrer dans les ordres, elle ne fera ni l’un ni l’autre et restera célibataire. On l’imagine dévote coincée, confite en dévotions, c’est une femme intelligente, dotée d’un fort tempérament, une mathématicienne qui avait aussi une vision politique.

Très proche de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de ses neveux, elle refusera toujours l’exil, préférant rester avec sa famille jusqu’au bout. J’avoue que je ne m’étais guère penchée sur cette femme ni intéressé à son sort, j’ai donc appris beaucoup de choses sur sa personnalité et je l’ai trouvé attachante même si je ne partage pas bon nombre de ses points de vue.

L‘histoire d’amour que Alexandra de Broca fait revivre entre Elisabeth et François Dassy, son médecin, dans La sœur du roi, est magnifique. Dassy a réellement existé, on en trouve des traces dans la correspondance de la princesse mais on ne sait rien de sa vie, Alexandra de Broca a donc fictionné sa biographie mais tout ce qui attrait à Élisabeth est lui, véridique.

Découpé en trois parties, le prologue, l’histoire en elle-même et l’épilogue, ce roman nous conte la vie de ses deux personnes qui vont vivre un amour platonique pendant une dizaine d’années. La romancière alterne d’un chapitre à l’autre les protagonistes et nous suivons tour à tour Dassy et Élisabeth jusqu’à leur rencontre.

Il est né à Strasbourg dans une famille protestante d’un père médecin et d’une mère apothicaire. Elle est née dans le plus bel écrin d’Europe et pense que Dieu a choisi sa famille pour régner sur la fille aînée de l’Eglise. Impossible pour eux d’espérer un jour unir leur destin en se mariant, Élisabeth ne peut s’abaisser à épouser un roturier, François est protestant et ne veut pas se convertir au catholicisme.

Au-delà de cette histoire d’amour impossible, donc belle et tragique, Alexandra de Broca nous montre comme elle connaît bien cette période du règne de Louis XVI et de la Révolution Française, son roman biographique est donc très bien documenté et à ce titre, il est vraiment passionnant.

Elle nous permet de croise le gratin de la médecine, de la botanique et du naturalisme de l’époque, nous conte les avancées scientifiques dans ces différents domaines et nous dresse un portrait vraiment touchant de Madame Élisabeth.

Déjà auteure de La princesse effacée qui dressait le portrait de Madame Royale et de Monsieur mon amour qui contait le destin tragique de la princesse de Lamballe, Alexandra de Broca démontre une fois de plus dans ce nouveau roman, tout son talent de conteuse de l’histoire au service de femmes aux destins incroyables.

La soeur du roi est un roman passionnant sur une femme oubliée de l’Histoire, une femme intelligente qui a du faire face à des évènements tragiques. Je ne peux que vous recommander cette biographie romancée qui rend un bel hommage à une princesse singulière.

Un grand merci à Ophélie et aux éditions Albin Michel pour cette belle lecture à la fois intelligente, émouvante et romantique !

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Reine des merveilleuses, du théâtre ou de la galanterie, maîtresse d’un prince, avocate par passion, femme sacrifiée, aventurière prête à aller en prison par amour… toutes les belles inconnues réunies par Juliette Benzoni ont vécu la période de la Révolution française entre drames et passions. L’auteur propose vingt portraits de femmes au destin hors du commun parmi lesquelles Mme Tallien, l’amie de Joséphine, Mme de Genlis,  » gouverneur  » d’un roi, Mme Roland et ses amoureux, lady Eliott, la belle Pamela, Gabrielle et Louise, les deux amours de Danton, la passionnée Sophie de Monnier, Emilie Chalgrin et le peintre David…

ces-belles-inconnues-de-la-revolution-juliette-benzoniauteur-editeur-pagesVous connaissez mon goût pour l’Histoire et pour les portraits de femme, aussi lorsque j’ai vu Ces belles inconnues de la Révolution de Juliette Benzoni à la médiathèque, je suis aussitôt repartie avec.

Je sais que l’auteure est abonnée aux romances historiques et aux gros tirages, c’est ce qui m’a fait un peu hésité je l’avoue mais dans l’ensemble j’ai bien aimé ce livre même si j’ai des reproches à lui faire.

Juliette Benzoni est une passionnée d’Histoire et elle la met ici à la portée de tous et de toutes. De la vulgarisation plutôt bien faite, intéressante même si j’ai trouvé le livre dans l’ensemble pas très bien écrit et plusieurs coquilles piquent un peu les yeux, ce n’est pas très sérieux tout de même.

En vingt chapitres et autant de portraits, la romancière nous fait découvrir des femmes aux destinées étonnantes, j’en connaissais certaines mais plusieurs m’étaient en effet inconnues.

Parisiennes ou provinciales, de noble ou de basse extraction, bleues ou blanches, Juliette Benzoni nous propose des trajectoires différentes en plein coeur de la Terreur même si beaucoup d’entre elles subissent leur destin plus qu’elles n’agissent.

Juliette Benzoni nous brosse le portrait de femmes amoureuses, prises dans la tourmente, des inconnues comme l’indique si bien le titre de l’ouvrage puisqu’il ne sera question d’aucune femme célèbre si l’on excepte Joséphine de Beauharnais, Madame de Genlis ou Madame Roland !

Le livre dans est l’ensemble plutôt intéressant comme je le disais un peu plus haut, certaines histoires sont même assez fascinantes mais je regrette tout de même certaines platitudes et redondances qui nuisent un peu à la lecture.

Dommage aussi que l’auteure se soit cantonnée à nous narrer des femmes aux prises de l’histoire certes mais surtout aux prises de leurs histoires d’amour, certaines à mon avis valaient mieux.

Des inconnues parfois amoureuses de figures célèbres de la Révolution comme Robespierre, David ou Danton qui nous plongent avec un certain effroi au coeur de cette période tourmentée et sanglante que fut la bien-nommée Terreur.

Un livre qui se lit bien et qui intéressera celle qui veulent découvrir quelques-unes des histoires tragiques de cette époque.

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Paris, 1795. Tandis que la France émerge de la Terreur, une jeune fille de seize ans demeure enfermée à la prison du Temple, oubliée de tous. Elle n’est autre que Marie-Thérèse de France, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, morts sur l’échafaud. Afin d’améliorer ses conditions de détention, les nouveaux dirigeants dépêchent auprès de la jeune prisonnière une femme aux origines modestes, Renée Chantereine. A chacune de ses visites, Chantereine découvre une jeune fille au bord de la folie. Avec patience et persévérance, elle aide la princesse à répondre aux questions qui l’obsèdent: pourquoi a-t-elle été emprisonnée sans jugement ? En quoi est-elle coupable du crime de ses parents? Et surtout, parviendra-t-elle un jour à pardonner? La Princesse effacée est le premier roman consacré à Marie-Thérèse de France, unique rescapée de la famille royale. Il décrit l’intimité et la fragilité d’une jeune femme complexe, meurtrie par le destin et oubliée de l’Histoire.

la-princesse-effacee-alexandra-de-brocaauteur-éditeur-pagesVous le savez sans doute mais j’ai une affection toute particulière pour le siècle des Lumières, qui pour moi, se termine en 1789. Je l’ai beaucoup étudié en littérature et en histoire mais je ne me suis jamais intéressée à la Révolution, au règne de Napoléon ni à la Restauration. J’en sais désormais un peu plus grâce à ce très beau et émouvant roman d’Alexandra de Broca, La princesse effacée, découvert chez Jostein. De la vie de Marie-Thérèse de France, née en 1778 sous les ors du château de Versailles, je ne connaissais rien, si ce n’est qu’elle était la fille aînée du dernier roi de France, Louis XVI, et de son épouse Marie-Antoinette. La reine, contrairement à ses ainées, était une vraie maman aimante mais soucieuse essentiellement de ses fils appelés à régner, la jeune Marie-Thérèse Charlotte souffrira donc d’une certaine froideur de sa mère qui la considérait trop capricieuse. Mousseline la sérieuse va connaitre un destin singulier, de Versailles à la prison du Temple, de l’exil autrichien au Palais des Tuileries qu’Alexandra de Broca nous retrace dans ce roman particulièrement bien documenté, découpé en deux parties (1795 et 1814).

Le roman démarre en 1795 alors que Madame Royale est emprisonnée au Temple, d’abord avec ses illustres parents, puis seule. Elle y restera en tout 3 ans, 4 mois et 4 jours ! Barras, député de la convention, craint le retour de la monarchie et souhaite libérer la prisonnière du Temple, retenue depuis 3 ans déjà sans qu’aucun motif puisse lui être reprochée. Il est temps de mettre fin à cette situation honteuse et de ménager une sortie suffisamment digne pour elle mais aussi pour le régime en place. Il charge donc la citoyenne Chantereine, une femme du peuple, de s’occuper de la jeunesse princesse. Chantereine, qui n’est pas une révolutionnaire convaincue, accepte la mission et découvre la princesse dans un état lamentable : elle est en guenille, sale, les cheveux infestés de poux et son esprit semble divaguer. La jeune femme est au début très réticente à ses visites mais Chantereine parviendra à l’apprivoiser et prendra fait et cause pour elle. Marie-Thérèse, laissée dans l’ignorance la plus complète, ne sait rien des exécutions de sa mère Marie-Thérèse et de sa tante, la pieuse Madame Elisabeth, ni de la mort quelques semaines plus tôt de Louis XVII, son jeune frère. Chantereine est donc chargée de lui apprendre le destin funeste de sa famille. Sous la plume de l’auteur, on découvre une femme autoritaire, dure, solitaire et amère (on le serait à moins !), qui tient son rôle de fille de France même dans la geôle la plus sale du Temple, détestée des français, otage et simple pion sur l’échiquier de sa famille d’Autriche, de ses oncles et du gouvernement français.

Chantereine va peu à peu lui redonner le goût à la vie et lui propose de l’aider à écrire ses mémoires, c’est ainsi que la jeune femme va se reconstruire, par son travail d’écriture et de mémoire, et qu’elle livre son enfance choyée et son calvaire, du 14 juillet 1789 au 19 décembre 1795, date de sa libération et de son chemin vers l’exil. Elle raconte sans fard la fuite vers Varennes, la terreur que lui inspira le peuple envahissant les Tuileries, les conditions de son incarcération et l’adieu à son père. Cette partie, très émouvante et poignante, m’a beaucoup plu, j’ai été emportée par l’histoire bien souvent douloureuse de Marie-Thérèse et j’ai aimé retrouver l’atmosphère du 18è siècle.

La seconde partie se déroule 20 ans après sa sortie de prison et son retour d’exil avec le nouveau Roi de France Louis XVIII, frère cadet de Louis XVI, nouveau monarque de la France. Devenue duchesse d’Angoulême et dauphine de France depuis son mariage avec son cousin Louis-Antoine d’Artois, elle retrouve avec bonheur sa chère Chantereine, qui n’a pas eu l’autorisation de l’accompagner en exil, et achèvera avec elle ses mémoires. Dans cette partie, l’auteure revient sur la vie en exil de la princesse et sur la Restauration délicate de son oncle sur le trône de France. Incapable d’oublier et encore moins de pardonner, Marie-Thérèse retrouve une vie de cour dans ce palais des Tuileries qu’elle exècre, des courtisans qu’elle méprise, voyant en chacun d’eux des lâches ou des compromis, le peuple de Paris qu’elle craint et n’aspire à qu’à s’établir dans le château de son enfance, sa maison, Versailles. Son mariage stérile avec le fils du comte d’Artois, futur Charles X, ne lui a pas apporté le bonheur qu’elle espérait, et c’est une princesse encore plus sombre et amère qu’avant l’exil que Chantereine retrouve.

On pourra peut-être reprocher à Alexandra de Broca un certain manque d’objectivité vis-à-vis du roi Louis XVI et de Marie-Thérèse de France, un personnage complexe et méconnu, mais j’ai aimé justement ce parti-pris, le fait qu’elle porte haut son héroïne et qu’elle condamne dans ce roman les terribles conditions de captivité subies par le couple régnant et leurs enfants. La princesse oubliée est un roman passionnant sur une femme oubliée de l’Histoire, traumatisée et meurtrie par le sort réservé à sa famille, une femme dure et impitoyable qui a du faire face à des évènements tragiques.

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Lu dans le cadre du challenge La plume au féminin édition 2013 :

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