Un parfum de fleur d’oranger – Gilles Laporte

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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A ceux qu’il rencontre sur sa route depuis l’Italie, Valturno Palazzi aime à dire qu’il est  » tailleur de pierre, maçon, simple ouvrier qui, de ses mains, veut créer du beau et du bon dans ce monde « . Un heureux hasard conduit l’exilé chez la belle Malou qui tient seule le Café des Lilas dans un village des Vosges. Son mari, Albert, a été assassiné. Un meurtre non élucidé, qui n’en finit pas de la hanter : en lettres anonymes, le nom de Mostaganem, lui revient telle une menace. C’est à Paris, lors de l’Exposition universelle de 1889, que Valturno fait le vœu de créer son entreprise de maçonnerie, de taille de pierre et de construction. Sa réussite sera fulgurante. En quelques années, Valturno s’épanouit dans cette Lorraine devenue sienne. Quand, un jour de 1895, un enfant de dix ans arrive subitement dans sa vie et ravive le souvenir de cette femme tant aimée, là-bas,  » vers son Sud « , commence entre le petit Victor et Valturno une jolie passation de savoirs et de connaissances…

Printemps 1883, domaine de Sant’Ambrogio di Valpolicella. Le vieil Angelo annonce à son fils Valturno Palazzi qu’il doit quitter l’Italie pour exercer son métier de tailleur de pierre en France et plus précisément en Lorraine. Le domaine familial ne rapporte plus assez pour nourrir toutes les bouches de sa famille.

Valturno quitte son pays natal la mort dans l’âme pour rejoindre Nice d’abord, où il vit un amour intense avec Guiliana, Belfort où il collabore avec Auguste Bartholdi puis la Lorraine, comme le lui avait demandé son père.

Printemps 1883, en Lorraine. Marie-Louise habite à Einville-aux-Bois depuis son mariage avec Albert, un ancien militaire qui a fait l’Algérie. Albert Saurier est revenu en Lorraine avec un joli pécule et à eux d’eux, ils ont repris Les Lilas, l’auberge du village.

Leur affaire tourne bien et le couple est heureux jusqu’au jour où Albert est assassiné. Dans un dernier souffle, il lâche un nom à son épouse : Mostaganem. Après que son ancien soupirant soit soupçonné du meurtre, c’est sur elle que les regards se portent, la Malou avait tout à gagner à être veuve.

C’est alors que Valturno et son meilleur ami Nénesse, tailleur de pierres lui aussi, débarquent à Lunéville et font la connaissance de la jeune veuve…

Un parfum de fleur d’oranger est un roman historique qui nous raconte les destins de Valturno, émigré italien et de Marie-Louise de 1883 à 1945.

Fort bien documenté, le dernier roman de Gilles Laporte nous emmène de la fin du 19è siècle jusqu’à la deuxième guerre mondiale et met en lumière ces émigrés italiens contraints de quitter leurs terres pour une vie meilleure en France.

Avec de l’or plein les mains, Valturno va formidablement réussir en Lorraine et nous assistons au fil des ans à son ascension sociale et à travers lui, l’auteur raconte l’histoire de cette fin du 19è avec la création des premiers syndicats, la naissance de la classe ouvrière et tous les soubresauts politiques de son époque, y compris les deux guerres mondiales et la crise de 1929.

Un roman où il est question d’intégration, Valturno se considère désormais comme français et reconnaît en la France sa vraie patrie, refusant jusqu’à sa mort de fouler le sol italien, mais aussi d’amour bien sûr.

Car les Femmes sont importantes pour ce bel italien et jalonnent sa vie. Elles sont sa colonne vertébrale et vont lui permettre de réussir son entreprise et ses affaires.

Un parfum de fleur d’oranger est un roman intéressant à plus d’un titre de par les thématiques qu’il aborde, plaisant à lire, porté par la plume fluide et documentée de Gilles Laporte, les pages se tournent toutes seules et si vous aimez les romans du terroir, il vous plaira à coup sûr.

Pour ma part, le seul point que je regrette c’est de n’avoir pas réussi à m’attacher aux personnages !

Un grand merci à Laëtitia et aux Editions Presse de la Cité pour cette lecture très plaisante !

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Minute, papillon ! – Aurélie Valognes

Rose, 36 ans, mère célibataire, est une femme dévouée qui a toujours fait passer les besoins des autres avant les siens. Après avoir perdu son père et son emploi, la jeune femme apprend que Baptiste, son fils unique de 18 ans, quitte la maison. Son monde s effondre.
Cette ex-nounou d enfer est alors contrainte d accepter de travailler comme dame de compagnie pour une vieille dame riche et toquée, Colette, et son insupportable fille, la despotique Véronique.
Et si, contre toute attente, cette rencontre atypique allait changer sa vie ?

Rose est une jeune mère célibataire de 36 ans, vivant dans une HLM quelque part en banlieue. Nounou, elle élève Baptiste son fils unique qui a déjà 18 ans, sans l’aide du papa qu’elle n’a pas prévenu de cette grossesse.

Et justement, les relations entre la mère et le fils sont de plus en plus tendues, notamment depuis qu’il fréquente Jessica. Le jeune homme tout juste majeur, suit une formation en alternance dans la restauration, et fuit de plus en plus leur petit logement, la laissant seule.

Car Rose qui a construit sa vie autour de Baptiste, n’a ni loisirs, ni amis, se sent affreusement esseulée depuis la mort de son père. Heureusement, elle peut compter sur son avocate de sœur Lili, célibataire elle aussi.

C’est à ce moment-là qu’elle perd son travail, le bébé dont elle s’occupait depuis un an, part vivre en Australie. L’une des voisines des parents de cet immeuble parisien, Véronique Lupin, saute sur l’occasion pour proposer un job de dame de compagnie à Rose.

La jeune femme sera bien rémunérée, logée et nourrie. Elle hésite beaucoup, ne veut pas laisser Baptiste qui prend de son côté une décision radicale : s’installer avec Jessica.

Rose accepte la proposition de Véronique Lupin et fait la connaissance de Colette, la mère de Véronique, une septuagénaire agoraphobe et dotée d’un sens de la propreté très strict, et de Pépette, le loulou de Poméranie de Véronique…

Véritable phénomène de librairie depuis la parution de son premier roman, Aurélie Valognes truste la tête des meilleures ventes avec ses différents livres.

Vous le savez Mémé dans les orties m’avait quelque peu déçue, j’ai donc préféré emprunter son dernier titre Minute, papillon que j’ai trouvé plus abouti même si il n’est pas exempt de critiques !

Ce roman feel-good, qui met en scène une femme qui va changer de vie, rien de bien nouveau sous le soleil de ce genre mais ce fut une fois de plus un vrai plaisir de lecture car c’est un roman qui se lit très bien, avec de courts chapitres et des évènements qui s’enchaînent sans temps mort.

L’histoire est légère, pleine de bons sentiments et parfois un peu trop facile avec des personnages caricaturaux comme Véronique et ses amies mais elle est aussi par certains aspects plutôt originale et on ne s’ennuie pas une seconde en compagnie de Rose et Colette, deux personnages très attachants que l’on a plaisir à suivre.

Il y a beaucoup d’humour dans ce roman, des situations où on rit franchement mais aussi de l’émotion et de la tendresse. Bon ça découle de bons sentiments et la fin manque clairement de surprise, ce que je trouve décidément dommage avec ce genre, mais on passe un bon moment.

Au final j’ai bien aimé Minute, papillon ! même si ce roman charrie des clichés et manque de profondeur, il n’en est pas moins distrayant et il m’a fait passer un bon moment même si je regrette quelques facilités, je vous le conseille pour la détente !

Les lettres de Rose – Clarisse Sabard

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Lola a été adoptée à l’âge de trois mois. Près de trente ans plus tard, elle travaille dans le salon de thé de ses parents, en attendant de trouver enfin le métier de ses rêves : libraire. Sa vie va basculer lorsqu’elle apprend que sa grand-mère biologique, qui vient de décéder, lui a légué un étrange héritage : une maison et son histoire dans le petit village d’Aubéry, à travers des lettres et des objets lui apprenant ses origines. Mais tous les habitants ne voient pas d’un bon oeil cette étrangère, notamment Vincent, son cousin. Et il y a également le beau Jim, qui éveille en elle plus de sentiments qu’elle ne le voudrait… Réveiller les secrets du passé lui permettra-t-il de se tourner vers son avenir ?

Lola est une parisienne de 27 ans qui rêve d’être libraire. Adoptée à l’âge de 3 mois par un couple aimant qui tient une sandwhicherie dans laquelle elle travaille, elle file, depuis quelques temps, le parfait amour avec Peter, un australien à qui elle fait découvrir la capitale lorsqu’un beau matin, il lui annonce par SMS que leur histoire est finie car il repart dans son pays.

Pour Lola qui pensait que son amoureux l’embarquerait dans ses bagages, c’est la douche froide. Heureusement, son meilleur ami Tristan est là pour la consoler et lui faire prendre conscience que son histoire avec ce goujat n’était rien de plus qu’une amourette.

Il lui conseille plutôt de partir à la quête de ses origines, pensant que si Lola n’arrive pas à construire une vie amoureuse stable c’est parce qu’elle ignore tout de son histoire personnelle.

Mais Lola ne veut pas faire de la peine à ses parents. C’est alors qu’un notaire d’un petit village à 300 kms de là, Aubéry, lui apprend que sa grand-mère biologique Rose vient de mourir et qu’elle est couchée sur son testament. Cerise sur le gâteau, une lettre l’attend à l’étude. Et voilà la vie de Lola qui bascule dans l’inconnu…

Premier roman de Clarisse Sabard, une blogueuse niçoise, Les lettres de Rose, a été auréolé du prix du livre romantique et a connu un grand succès dès sa sortie. Les avis des lectrices étant unanimes, j’attendais avec impatience sa sortie en poche pour le lire et après avoir laissé l’honneur à ma maman de le découvrir en premier qui l’a lu en trois jours (un record pour elle !), je l’ai dévoré à mon tour dès mon retour de vacances.

Et à mon tour, j’ai passé un très bon moment avec ce livre. Vous savez que j’adore les romans avec des secrets de famille, là j’avoue que j’ai été servie. Clarisse Sabard sait ménager ses effets et ses rebondissements, distille les informations au compte-goutte, un peu comme dans un polar avec un certain suspense et franchement c’est très réussi.

L’auteure alterne les époques et les personnages avec Lola dans le présent qui découvre l’histoire de sa famille en lisant les lettres de Rose qui revient sur les éléments marquants en commençant par Louise en 1910, la mère de Rose.

Nous traversons ainsi les différentes décennies du 20è : de 1919 à la crise financière de 1929, en passant par les Années Folles, le front populaire, les trente glorieuses… Au cours de toutes ces périodes, nous voyons évoluer la famille de Lola, nous assistons aux naissances et aux décès et à différents bouleversement et drames qui la jalonnent.

Il est beaucoup question d’amour mais aussi de mode et de littérature car Rose est une grande lectrice et elle nous dévoile au fil de ses missives ses goûts littéraires.

Tout au long de 500 pages, l’auteure nous tient en haleine et cette histoire se révèle jusqu’au point final totalement passionnante. Il faut dire que Lola est une jeune femme sympathique en diable et que l’on a envie de la voir heureuse. A l’instar de Lola, l’ensemble des personnages se révèle attachant et on passe un excellent moment en leur compagnie.

On pourra peut-être reprocher à Clarisse Sabard de céder à quelques facilités : Lola trouve les lettres de Rose un peu trop facilement et ses personnages sont un peu trop gentils pour être vrais, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici d’un premier roman et que pour un premier, je trouve le défi relevé haut la main.

Si comme moi vous appréciez les secrets de famille, les histoires qui brassent les points de vue et les époques, je ne peux que vous inciter à lire à votre tour Les lettres de Rose.

Miss Cyclone – Laurence Peyrin

Coney Island, là où New York se jette dans la mer, est un endroit enchanteur l’été, avec sa fête foraine légendaire, et fantomatique l’hiver quand les manèges sont à l’arrêt. C’est là qu’Angela et June, 16 ans, ont grandi ensemble. Deux jeunes filles vives et joyeuses, que rien ne destinait à s’entendre, et que rien ne peut séparer.
Mais une nuit, la nuit où toute la jeunesse new-yorkaise pleure la mort de John Lennon, leur vie prend un tour inattendu : Angela, par un mélange de fatalisme et d’innocence, accepte de son petit ami ce qu’elle ne voulait pas vraiment. Parce qu’elle n’ose pas en parler à June, son silence devient un secret… Et leur destin à toutes les deux en sera changé à jamais.

Coney Island, 8 décembre 1980. Angela Visconti et June Verhoeven sont deux amies inséparables depuis l’enfance. Angela est d’origine italienne et vit seule avec Irene sa maman qui tient une petite boutique de bonbons. Elle est un peu complexée par ses formes pulpeuses et sa petite taille face à June, belle et grande blonde d’origine néerlandaise, qui vit dans un quartier cossu avec ses parents et ses deux jeunes sœurs.

Si l’avenir de June est encore un grand point d’interrogation, celui d’Angela est tout tracé. Elle est déjà fiancée à Nick Spoleto qui vit avec son père Joey, propriétaire d’un manège de la fête foraine. Ils sont voisins à la cité HLM Mayflower et leurs parents respectifs ont prévu de les marier dans deux ans, au moment où Nick prendra les rênes du manège familial.

Mais en ce 8 décembre 1980, John Lennon se fait assassiner et le jeune couple participe à un rassemblement à la mémoire du chanteur de Imagine avec d’autres amis. En cette nuit pas comme les autres, le destin d’Angela va prendre une nouvelle tournure…

Miss Cyclone est le troisième roman de Laurence Peyrin. Cette ancienne journaliste s’est fait connaître avec La drôle de vie de Zelda Zonk (prix Maison de la presse 2015) et Hanna que j’ai eu le plaisir de lire l’an dernier.

Ayant beaucoup aimé ses deux premiers opus, j’ai donc décidé d’embarquer Miss Cyclone dans ma valise de vacances et j’ai bien fait car ce fut une fois encore, une bien belle lecture.

Après une histoire d’amour, Laurence Peyrin nous donne lire une histoire d’amitié indéfectible au cœur de New York, celle de Angela et June que nous voyons évoluer à plusieurs périodes de leurs vies.

Miss Cyclone est en effet découpé en quatre dates clés pour notre duo d’héroïnes : 8 décembre 1980 (assassinat de John Lennon), 28 octobre 1991 (ouragan Bob), 17 août 1998 (affaire Monica Lewinsky) et 11 septembre 2001. Quatre dates formatrices ou de bouleversements intimes pour Angela, la principale héroïne du roman et sa meilleure amie June.

Si les deux femmes sont très différentes physiquement et psychologiquement parlant, leur amitié est inébranlable et leurs conversations dénouées de tabous ou presque.

Car, entre les deux amies, il est néanmoins un secret : celui d’une nuit de 1980 qui affectera irrémédiablement le cours de leur vie et conduira Miss Cyclone, un jour de 2001, à devoir choisir son chemin.

Ecrit dans un style très fluide ce roman fait la part belle aux bons sentiments, à l’amitié, mais aussi aux regrets, à la douloureuse sensation d’être passé à côté de sa vie. Sa lecture a raisonné en moi et s’est révélée palpitante et émouvante, je me suis laissée portée par ce roman d’apprentissage, cette histoire d’amitié et j’ai adoré suivre l’évolution de ce quatuor d’amis puisque Nick et Adam se révèlent très importants dans les vies des deux jeunes femmes.

Si vous ne connaissez pas encore la plume de Laurence Peyrin, je ne peux que vous encourager à la découvrir à travers le parcours de Angela, héroïne attachante et émouvante dans son parcours personnel, et si vous avez déjà lus Zelda Zonk et Hanna vous serez tout aussi séduits par Miss Cyclone.

Un roman qui m’a touché et que je vous recommande vivement.

Un grand merci aux éditions Calmann Levy pour cette très belle lecture, j’ai adoré !

A la Belle Marquise – Gérard Georges

En 1889, ce n’était encore qu’un très modeste moulin-chocolaterie. Mais Auguste et Clémentine Roussel, jeunes mariés, ont des idées et de l’ambition. Lui, ingénieur des Mines, a pour réputation de réussir tout ce qu’il entreprend. Elle, fille d’un confiseur réputé de Royat, a su depuis toute petite aiguiser son palais. Guimauves, pralines, dragées et autres douceurs n’ont aucun secret pour elle. Conjuguant leurs talents, Auguste fait le serment de créer  » le meilleur chocolat de toute la contrée « , aux arômes et épices subtils…

A la fin du XIXè siècle, à Royat près de Clermont-Ferrand, en Auvergne, Auguste Roussel, un ingénieur des mines, épouse Clémentine, la fille d’un chocolatier-confiseur. Aidé de Gaétan, un jeune garçon que l’ingénieur a sauvé lors de l’effondrement d’une galerie souterraine, le couple ouvre une chocolaterie.

Celle-ci devrait profiter de l’essor de la station thermale et de ses nombreux curistes venus de Paris et de toute la France, pour se faire connaître. La venue du dramaturge Edmond Rostand à quelques kilomètres de là, à la faveur d’une représentation de son Cyrano de Bergerac, donne à Clémentine l’idée de lui offrir une boîte de ses chocolats les plus raffinés.

L’auteur, friand de ces douceurs, séjournant au Palais Sévigné, le nom de la fabrique est toute trouvé : ce sera la Marquise de Sévigné…

Gérard Georges nous propose ici un roman très gourmand, inspiré de l’histoire du couple de chocolatiers auvergnats, les Rouzaud et nous dévoile l’ascension de ces amoureux des chocolats qui partent d’une petite fabrique artisanale pour en faire une entreprise au succès florissant.

Entre 1900 et 1914, pas moins de onze magasins ouvrent à l’enseigne Marquise de Sévigné, dont deux dans la capitale, qui seront un haut lieu de la gourmandise, accueillant notamment Rostand, Maeterlink ou Clémenceau.

Comment, en une dizaine d’années, leur modeste entreprise artisanale deviendra-t-elle la florissante enseigne A la Belle Marquise, qui jusqu’à Paris et à l’étranger, fera le bonheur des gourmands et des célébrités ?

C’est ce que nous raconte en un peu plus de 300 pages Gérard Georges. Nous suivons la destinée de ce couple et de leur chocolaterie sans oublier Gaétan, poursuivi par le frère de son meilleur ami, décédé dans l’effondrement de la galerie et que ce dernier tient pour responsable.

Tout au long du récit, le jeune garçon devenu homme, amputé partiellement d’un pied, sera traqué et victime de plusieurs tentatives d’assassinat, ce qui ajoutera un peu de piment à ce gourmand onctueux et sucré, qui pourrait sembler un peu plat sinon.

L’auteur nous donne à lire le processus de création des chocolats de la marquise depuis l’achat des fèves en Côte d’Ivoire jusqu’à sa réalisation et à sa vente à Royat, sans tomber dans une surenchère de descriptions techniques, il arrive à nous intéresser à ce processus et j’ai aimé en apprendre un peu sur ce sujet.

A la Belle Marquise est un roman plaisant, porté par la plume fluide de Gérard Georges, les pages se tournent toutes seules et si vous aimez les romans du terroir, il vous plaira à coup sûr.

Un grand merci à Marie-Jeanne et aux Editions Presse de la Cité pour cette lecture gourmande, vraiment très plaisante !

Un mariage en eaux troubles – Sylvie Anne

A Brive, en 1935. Par son mariage, la douce Alice est au cœur des manigances et des ambitions de Paul Bersac et de sa mère. Lui, propriétaire de la source d’eau la Châteline, cache sa part d’ombre. Mais bientôt Alice se rebelle…

1935 en Corrèze. Paul Bersac est un homme atrocement gâté par sa mère Marthe qui ne sait rien refuser à son fils unique. Lorsque son père meurt, il n’a aucun scrupule à céder l’usine familiale et ses employés auxquels il ne s’intéresse guère pour acquérir la source d’eau La Châteline.

Mais comme Paul n’aime pas travailler, il laisse les mains libres à son bras droit qui va rapidement jeter l’éponge devant les difficultés financières que l’usine rencontre et face aux inconséquences de son patron.

Marthe décide alors de marier son fils chéri et elle jette son dévolu sur Alice, une jeune femme terne et effacée, toujours le nez dans ses livres, et fille unique de riches propriétaires terriens corréziens.

Sa dot tombe à point nommé pour payer les échéances de La Châteline. Aux premiers mois de son mariage, Alice y a cru. Naïvement, peut-être, mais quelle femme aurait pu résister au charme du nouveau propriétaire de la Châteline ? De plus, Paul Bersac avait pour elle de délicates attentions. Alice ne prenait même pas ombrage de l’omniprésence de Marthe, sa belle-mère, chez eux.

Trop sage, trop terne, trop inexpérimentée, Alice qui s’imagine laide, n’aurait jamais espéré une si belle union. Aussi arrangée soit-elle. Mais Paul n’est ni le mari dont elle rêvait, ni le brillant entrepreneur qu’il a voulu leur faire croire à ses parents et à elle. Il mène une double vie, il dilapide très vite toute sa dot, l’entreprise perd de l’argent, Marthe la harcèle et Alice découvre que son mari entretient une liaison adultère et qu’il est père d’une petite fille…

En 2015 j’avais découvert Sylvie Anne avec La vie d’Agnès, je l’avais retrouvé en 2016 à l’occasion de Le bois et la source, j’ai donc eu le plaisir de recevoir Un mariage en eaux troubles avec une sympathique dédicace de la romancière.

Ma mère me l’ayant emprunté dès sa réception, j’ai découvert ce roman avec quelques semaines de décalage mais je dois dire que comme ma chère maman je l’ai dévoré très rapidement, emportée par l’histoire de cette jeune femme.

Il faut dire que la plume fluide de Sylvie Anne est très agréable à lire et que j’ai toujours plaisir à suivre ses intrigues qui font la part belle aux femmes. Celui-ci ne fait pas exception à la règle puisqu’il met en scène deux femmes : Marthe (la mère) et Alice (la femme) d’un homme détestable : Paul Bersac.

Totalement transparente et falote lorsqu’elle fait son entrée dans la vie de Paul et Marthe, Alice s’affirme au fil du temps et se forge une forte personnalité, bien décidée à prendre sa vie en main et on ne peut qu’applaudir à la révolte de cette femme.

Avec un point de départ intéressant, la source d’eau La Châteline, Sylvie Anne fait évoluer son héroïne pour lui faire endosser le rôle d’une chef d’entreprise. J’aurai aimé que l’auteure nous dévoile davantage la vie de cette usine mais elle a préféré laisser la part belle aux sentiments (amour, haine, endettement, adultère, émancipation…) et au courage dont fait preuve Alice, c’est louable mais il m’en aurait fallu un peu plus pour être tout à fait conquise.

L’ensemble est peu lisse et attendu mais il se lit formidablement bien, idéal comme lecture de vacances, sur la plage par exemple, d’autant qu’il a de nombreux atouts, notamment son héroïne et qu’il plaira à de nombreuses lectrices comme il m’a plu même si j’ai quelques bémols !

Merci à Laëtitia et aux Editions Presse de la Cité (Terres de France) pour cette nouvelle incursion au cœur de la Corrèze !

La soeur du roi – Alexandra de Broca

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Elle est princesse de sang. Recluse à la Cour de Versailles, vouée à rester seule et à se consacrer aux oeuvres charitables. Lui est roturier. Brillant botaniste du jardin du Roy, il est adepte des Lumières. Tout oppose Madame Elisabeth, la jeune soeur de Louis XVI, et François Dassy. Pourtant, lorsqu’ils se rencontrent par hasard dans la forêt de Fontainebleau, une irrésistible attirance les pousse l’un vers l’autre. Mais la révolution gronde et menace cet amour clandestin… Elisabeth saura-t-elle suivre les idées nouvelles qui bouleversent la France ? Et mettre en danger la royauté ? Dassy est-il un honnête homme ou un imposteur ?

Élisabeth Philippine Marie Hélène de France, dite Madame Élisabeth, est née le 3 mai 1764 au château de Versailles. Huitième et dernier enfant du dauphin Louis Ferdinand, fils de Louis XV et de Marie-Josèphe de Saxe, elle est la sœur des rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

Orpheline de ses deux parents avant ses trois ans, elle sera choyée par sa sœur Clotilde qui s’occupera d’elle comme une mère jusqu’à son mariage avec le duc de Piémont, un éloignement qui fera souffrir Élisabeth tout au long de sa courte existence.

Elle mène une enfance solitaire jusqu’à l’arrivée de Madame de Mackau, sous gouvernante des enfants de France, et de sa fille Angélique qui va devenir sa confidente et à l’âge adulte la gouvernante de sa Maison.

Elle a dix ans lorsque son bien-aimé grand-père Louis XV rend son dernier soupir, victime de la variole, il lui lèguera ses serres, ses animaux sauvages et ses chers arbres car Élisabeth est une scientifique qui partageait avec son illustre aïeul l’amour des sciences naturelles et de la botanique.

Elle s’intéresse également aux sciences de manière générale et sera favorable à la Variolisation qui permet de se prémunir contre la petite vérole, maladie contagieuse mortelle et fréquente, qui touche indifféremment toutes les couches de la population, laissant au mieux d’horribles cicatrices sur le visage, donnant la mort au pire.

Très pieuse, elle soulagera beaucoup les pauvres habitants aux environs de son château de Montreuil où elle aimait se réfugier et vivre loin de l’étiquette de la Cour. Proche de son frère Louis XVI et favorable comme lui à une meilleure répartition des impôts, elle suivra la famille royale dans sa fuite à Varennes et partagera leur sort funeste pour finir guillotinée le 10 mai 1794, une semaine après ses trente ans.

Son statut de fille de France la prédestinait à épouser un monarque ou à rentrer dans les ordres, elle ne fera ni l’un ni l’autre et restera célibataire. On l’imagine dévote coincée, confite en dévotions, c’est une femme intelligente, dotée d’un fort tempérament, une mathématicienne qui avait aussi une vision politique.

Très proche de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de ses neveux, elle refusera toujours l’exil, préférant rester avec sa famille jusqu’au bout. J’avoue que je ne m’étais guère penchée sur cette femme ni intéressé à son sort, j’ai donc appris beaucoup de choses sur sa personnalité et je l’ai trouvé attachante même si je ne partage pas bon nombre de ses points de vue.

L‘histoire d’amour que Alexandra de Broca fait revivre entre Elisabeth et François Dassy, son médecin, dans La sœur du roi, est magnifique. Dassy a réellement existé, on en trouve des traces dans la correspondance de la princesse mais on ne sait rien de sa vie, Alexandra de Broca a donc fictionné sa biographie mais tout ce qui attrait à Élisabeth est lui, véridique.

Découpé en trois parties, le prologue, l’histoire en elle-même et l’épilogue, ce roman nous conte la vie de ses deux personnes qui vont vivre un amour platonique pendant une dizaine d’années. La romancière alterne d’un chapitre à l’autre les protagonistes et nous suivons tour à tour Dassy et Élisabeth jusqu’à leur rencontre.

Il est né à Strasbourg dans une famille protestante d’un père médecin et d’une mère apothicaire. Elle est née dans le plus bel écrin d’Europe et pense que Dieu a choisi sa famille pour régner sur la fille aînée de l’Eglise. Impossible pour eux d’espérer un jour unir leur destin en se mariant, Élisabeth ne peut s’abaisser à épouser un roturier, François est protestant et ne veut pas se convertir au catholicisme.

Au-delà de cette histoire d’amour impossible, donc belle et tragique, Alexandra de Broca nous montre comme elle connaît bien cette période du règne de Louis XVI et de la Révolution Française, son roman biographique est donc très bien documenté et à ce titre, il est vraiment passionnant.

Elle nous permet de croise le gratin de la médecine, de la botanique et du naturalisme de l’époque, nous conte les avancées scientifiques dans ces différents domaines et nous dresse un portrait vraiment touchant de Madame Élisabeth.

Déjà auteure de La princesse effacée qui dressait le portrait de Madame Royale et de Monsieur mon amour qui contait le destin tragique de la princesse de Lamballe, Alexandra de Broca démontre une fois de plus dans ce nouveau roman, tout son talent de conteuse de l’histoire au service de femmes aux destins incroyables.

La soeur du roi est un roman passionnant sur une femme oubliée de l’Histoire, une femme intelligente qui a du faire face à des évènements tragiques. Je ne peux que vous recommander cette biographie romancée qui rend un bel hommage à une princesse singulière.

Un grand merci à Ophélie et aux éditions Albin Michel pour cette belle lecture à la fois intelligente, émouvante et romantique !