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Posts Tagged ‘roman graphique’

Wilfrid Lupano est né à Nantes en 1971, mais c’est à Pau qu’il passe la plus grande partie de son enfance. Une enfance entourée des BD de ses parents, même si c’est surtout à une pratique assidue du jeu de rôle qu’il doit son imaginaire débridé et son goût pour l’écriture. En 2020, Wilfrid Lupano termine l’année en fanfare avec trois publications attendues : les suites des séries « Les Vieux Fourneaux » et « Le Loup en Slip » mais également un one-shot, « Blanc Autour », dessiné par Stéphane Fert.

Après de nombreuses heures de jeux de rôle, de gribouillage en marge de cahiers de classe, un passage par les beaux-arts et quelques années d’études dans l’animation, Stéphane Fert choisit de travailler dans l’illustration et la bande dessinée.

1832, Canterbury. Dans cette petite ville du Connecticut, l’institutrice Prudence Crandall s’occupe d’une école pour filles, rejetons de la bonne société de l’état. Un jour, elle accueille dans sa classe une jeune noire, Sarah.

La population blanche locale voit immédiatement cette « exception » comme une menace. Même si l’esclavage n’est plus pratiqué dans la plupart des États du Nord, l’Amérique blanche reste hantée par le spectre de Nat Turner : un an plus tôt, en Virginie, cet esclave noir qui savait lire et écrire a pris la tête d’une révolte sanglante.

Pour les habitants de Canterbury, instruction rime désormais avec insurrection. Ils menacent de retirer leurs filles de l’école si la jeune Sarah reste admise. Prudence Crandall les prend au mot et l’école devient la première école pour jeunes filles noires des États-Unis, trente ans avant l’abolition de l’esclavage.

Nassées au cœur d’une communauté ultra-hostile, quelques jeunes filles noires venues d’un peu partout pour étudier vont prendre conscience malgré elles du danger qu’elles incarnent et de la haine qu’elles suscitent dès lors qu’elles ont le culot de vouloir s’élever au-dessus de leur condition.

La contre-attaque de la bonne société sera menée par le juge Judson, qui portera l’affaire devant les tribunaux du Connecticut. Prudence Crandall, accusée d’avoir violé la loi, est emprisonnée…

Vous le savez si vous êtes des fidèles de ce blog, Wilfrid Lupano est un scénariste de bande dessinées que j’aime beaucoup, notamment pour Communardes ! et Les vieux fourneaux. Avec Blanc autour, il s’empare d’un fait historique méconnu pour nous raconter l’afro-féminisme au XIXe siècle.

Ce roman graphique réussit le pari haut la main d’illustrer un pan mal connu de l’histoire noire américaine, celle de cette école fondée par une abolitionniste, Prudence Crandall. Pendant un an, elle va se battre pour faire exister son établissement, malgré la haine et les attaques qui viennent de toutes parts.

Je ne connaissais absolument pas cette femme et encore moins son école. Un personnage admirable qui n’a pas choisi la facilité en accueillant des jeunes filles noires, certes fortunées, ce qui lui a valu beaucoup d’ennuis comme vous pouvez vous l’imaginez !

Car si certains états avaient aboli l’esclavage, le racisme et la ségrégation ont perduré pendant des décennies, voire jusqu’à nos jours lorsque l’on constate combien les violences faites aux noires, restent importantes et souvent impunies.

Le scénario, très bien écrit, aborde des thèmes essentiels tels que l’éducation, l’accès au savoir, le féminisme, le racisme et la ségrégation contre les noirs américains qui restent pourchassés, lynchés dans cette Amérique du milieu du XIXème siècle.

C’est aussi un bel hommage aux femmes de cette école, qui ont poursuivi l’oeuvre de leur institutrice, mais aussi aux quelques hommes qui les ont soutenues. A la fin de l’ouvrage, on retrouve une partie documentaire qui explique les combats et les grandes choses qu’ont permis cette institutrice, puis ces élèves, pour faire avancer la cause des afro-américains.

Les illustrations de Stéphane Fert m’ont un peu désarçonnées, notamment au niveau des traits des visages que je ne trouve pas harmonieux, mais ensuite cela ne m’a gênée. J’ai adoré sa gestion des couleurs, ses paysages que j’ai trouvé très beaux.

Blanc autour m’a séduite, les messages que cette bande dessinée véhicule sont essentiels à prôner en ce début de XXIè siècle, je ne peux que vous encourager à la découvrir à votre tour si ce n’est pas déjà fait.

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Kiku Hughes est une jeune auteure américano-japonaise qui vit dans la région de Seattle où elle crée des histoires de romance et de science-fiction sur le thème de l’identité. Les indésirables est son premier album.

Kiku a 16 ans alors que la campagne électorale qui va mener Donald Trump au pouvoir fait rage. Americano-japonaise, elle se sent déconnectée de son héritage japonais et en sait peu sur l’histoire de sa famille qui cultive le secret.

Alors qu’elle est en vacances avec sa mère à San Francisco, elle se retrouve brusquement dans les années 1940, propulsée dans un des camps qui a fleuri sur le territoire américain au lendemain de Pearl Harbor.

Parquée, Kiku partage le quotidien de sa jeune grand-mère et de 120 000 citoyens nippo-américains déchus de tous leurs droits civiques par leur propre gouvernement, car accusés d’être des ennemis de la nation…

Les indésirables de Kiku Hughes met un coup de projecteur sur un épisode plutôt méconnu de la seconde guerre mondiale : le sort des ressortissants japonais sur le sol américain au lendemain de l’attaque de Pearl Harbour.

Avec quelques touches de fantastique, l’autrice et illustratrice retrace le sort des japonais déchus de leurs droits et parqués dans des camps tout en rendant hommage à sa grand-mère et à ses arrières-grands-parents, eux-mêmes détenus.

Un récit devoir de mémoire réussi et très intéressant sur cette déjaponisation par le pouvoir qui fait que les descendants de ces victimes sont tellement devenus américains qu’ils ne savent souvent pas parler japonais et ne connaissent rien de leur héritage nippon.

Je savais que l’on avait interné les japonais pendant la guerre mais j’ignorai tout de leur quotidien et du traitement dont ils avaient fait l’objet. Pour ne plus être considérés comme les ennemis de l’oncle Sam, ils ont du renié leurs origines, refusé que leurs enfants apprennent leur langue, leurs traditions… une effroyable perte pour ces descendants qui méconnaissent tout de leur héritage.

Tout au long du récit, l’autrice n’est jamais dans le jugement, elle rappelle les faits tels qu’ils se sont passés avec justesse et sans aucun pathos. Elle n’oublie rien de l’humiliation, de la peur, de l’indignation des prisonniers mais elle met aussi en avant toute la solidarité et l’entraide de ces hommes et femmes réunis malgré eux.

Kiku Hughes n’oublie pas non plus d’ancrer son récit dans la société américaine d’aujourd’hui et met en parallèle le sort de ces japonais avec ceux des mexicains du XXIè siècle et ce mur de la honte voulu par Trump.

Vous l’aurez compris, un roman graphique important par son travail de mémoire, qui aborde des évènements dont il faut continuer à parler, à mettre entre toutes les mains. Je compte bien pour ma part le faire découvrir à mes ados qui abordent la seconde guerre mondiale en ce moment dans leur programme d’histoire.

Merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture instructive et pleine d’émotion, j’ai adoré !

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Antoine Ozanam se consacre uniquement à la bande dessinée depuis 2004. Depuis, il a signé de nombreux albums, comme Klaw aux éditions du Lombard, une relecture de Popeye chez Michel Lafon, ou encore Temudjin chez Maghen éditions. Pedro Rodriguez a travaillé dans le secteur de l’illustration et de la publicité, avant de se consacrer exclusivement à la BD et au livre jeunesse.

Depuis l’origine des temps, tous les enfants ont écouté des contes qui relatent les histoires de la terrible Baba Yaga. L’immortelle sorcière russe qui voyage sur un chaudron magique, souvent accompagnée de sa maison à pattes de poulet. On dit qu’elle est le mal incarné, un suppôt de Satan…

Mais aucun de nous ne naît mauvais. Yaga raconte l’histoire d’une petite fille douloureusement abandonnée à son sort, qui, par nécessité, deviendra ce monstre qui guette les enfants dans les éternels contes de Baba Yaga.

Baba Yaga (en russe : Баба Яга) est une figure marquante du conte russe et plus généralement slave. Lorsque l’on s’intéresse à la culture russe et que l’on découvre les contes russes traditionnels, on croise forcément la route de la Baba à un moment ou un autre.

Si vous êtes peu familiers avec la Russie, je peux vous dire en deux mots que la baba Yaga est la figure féminine surnaturelle la plus fréquente du conte russe, elle n’existe nulle part ailleurs, vous ne la trouverez pas chez les grands auteurs russes, ni dans la littérature russe, ni dans le reste du folklore russe.

Les folkloristes russes ont donné diverses interprétations, depuis la divinité chasseresse jusqu’à la simple sorcière, en passant par le chef travesti du rite d’initiation des sociétés primitives. Bien que toujours vieille, elle revêt des aspects différents et a une fonction double, étant à la fois l’adversaire du héros et la principale donatrice.

Le scénario d’Antoine Ozanam original et très intéressant, nous propose la genèse de celle qui est devenue Baba Yaga. Comme ce personnage est sujet à diverses interprétations, l’auteur peut inventer ce qu’il veut et part du principe que personne n’est mauvais dès le jour de sa naissance.

Svetlana, l’héroïne de cette histoire, en est un exemple parfait et l’archétype parfait des violences faites aux femmes. Elle échappe de peu à la mort avec sa meilleure amie Kalinka. Tout leur village est décimé par les cosaques et les deux jeunes filles, après avoir erré pendant des jours, sont recueillies par une « sorcière » prénommée Baba.

Comme toutes celles accusées de sorcellerie, le seul tort de cette vieille femme est de bien connaître les plantes et de venir en aide à ceux qui le demandent. Ce qui ne l’empêchera pas, hélas, de finir sur le bûcher dès lors qu’un pope pointera le bout de son nez.

Notre héroïne va pourtant continuer à répandre le bien autant d’elle jusqu’au jour où tout ce qui fait sa vie lui est repris et qu’elle décide de se venger.

L’histoire est bien menée même si elle aurait mérité plus de développements, les codes du conte sont utilisés intelligemment et les dessins de Pedro Rodriguez clairs et dynamiques, accompagnent parfaitement l’histoire de cette femme forte et pugnace.

Une belle découverte que je vous conseille si la culture russe vous intéresse.

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Maintenant que je t’ai retrouvé, j’aimerais tellement te réserver une petite place dans ma vie. Une place remplie de mouettes, avec vue sur la mer.

D’un côté, il y a Ana. Sexagénaire charismatique, ancienne maire tout juste retraitée, mariée et maman. Une battante au grand coeur qui impose le respect.

De l’autre, il y a Zeno. Célibataire endurci, libraire proche de la retraite et doctorant en physique qui aura mis quarante ans pour terminer sa thèse. Un esprit libre et voyageur, aussi séduisant que mystérieux.

Au fil des années, ils ont tissé ensemble un amour impossible et intarissable. Tout en égrainant les excuses qui ont empêché qu’elle ne prenne forme, on remonte le temps de cette romance et de ses méandres… jusqu’à sa source.

Avec Malgré tout, Jordi Lafebre dont j’avais tellement aimé les dessins de Lydie et Les Beaux Étés, tous deux écrits par Zudrou, nous offre, avec toute la poésie et la tendresse qui le caractérisent, son premier album en tant qu’auteur complet.

Un puzzle amoureux complexe, qu’il recompose savamment au travers de scènes distinctes… et pourtant indissociables les unes des autres.

C’est l’histoire d’un amour à rebours qui nous est conté, du chapitre 20 au 1, de leurs retrouvailles plus de quarante années après leur rencontre.

Une passion platonique mais éternelle entre deux êtres qui nous montre que l’amour ne suffit pas, qu’il ne fait pas tout mais qui est pour autant inoubliable, impossible à évacuer.

Vous l’avez vu à ma note, j’ai eu un coup de foudre pour cette histoire même si, pour moi, quelques chapitres supplémentaires n’auraient pas été superflus car le récit a parfois des coups d’accélération et on arrive trop vite au point final. J’aurai tant aimé rester encore et encore avec Ana et Zeno.

En dépit de ce micro bémol, j’ai tout adoré. Adoré cette histoire, cet amour platonique et ce lien indéfectible qui les unit pendant des décennies.

Adoré aussi ce procédé original qui nous offre d’emblée le dénouement pour remonter à leur rencontre et nous donne envie de redécouvrir cette histoire en commençant cette fois-ci par le chapitre 1.

Adoré itou les personnages : Ana, si énergique et volontaire, Zeno tellement rêveur et lunaire.

Les planches sont sublimes, l’utilisation des couleurs, épatante, je n’en attendais pas moins de Jordi Lafebre qui a un talent fou et dont j’admire le talent.

Un roman graphique ultra plébiscité à juste titre et que je vous conseille tellement, vous allez passer un moment magique !

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Lu dans le cadre du Cold Winter Challenge

Hubert était scénariste et coloriste de renom, recevant le Firecracker Alternative Book Award « Best graphic novel 2015 » aux États-Unis. Il est décédé le 12 février 2020, quelques semaines seulement avant la sortie de Peau d’Homme. Zanzim, de son vrai nom Frédéric Leutelier, a grandi en Mayenne où il n’y avait pas grand-chose à faire d’autre que de lire des bandes dessinées… et dessiner !

Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant.

Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout.

Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante.

Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s’affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l’amour et la sexualité…

Sans contrefaçon, je suis un garçon ! pourrait être le sous-titre de Peau d’homme, écrit par Hubert, mis en dessins par Zanzim et multi récompensé depuis sa parution.

À travers une fable enlevée et subtile comme une comédie de Billy Wilder, Hubert et Zanzim questionnent avec brio notre rapport au genre et à la sexualité… mais pas que.

En mêlant ainsi la religion et le sexe, la morale et l’humour, la noblesse et le franc-parler, Peau d’homme nous invite tant à la libération des mœurs qu’à la quête de l’amour.

La morale de la Renaissance agit alors en miroir de celle de notre siècle et pose plusieurs questions : pourquoi les femmes devraient-elles avoir une sexualité différente de celle des hommes ?

Pourquoi leur plaisir et leur liberté devraient-ils faire l’objet de mépris et de coercition ? Comment enfin la morale peut-elle être l’instrument d’une domination à la fois sévère et inconsciente ?

Et de ce point de vue, ce roman graphique est particulièrement réussi. J’ai adoré cette histoire et surtout Bianca qui s’affranchit des codes de son époque grâce à cette peau qu’elle revêt et grâce à laquelle son mari va tomber éperduement amoureux d’elle. Oui mais pas en tant que Bianca mais en tant que Lorenzo, son double, ce qui va bien sûr poser bien des problèmes.

Ce roman graphique est un magnifique plaidoyer pour les femmes mais aussi le droit d’aimer qui l’on veut. Il défend aussi brillamment la cause homosexuelle, le droit à la différence, le transgenre. Il prend fait et cause pour que chacun, homme comme femme, ait la sexualité qu’il ou elle veut, sur un vrai pied d’égalité.

Cela aurait pu être un coup de coeur sans les dessins de Zanzim qui ne sont pas du tout à mon goût, notamment au niveau des traits des visages que j’ai trouvé d’une laideur absolue, mais les goûts et les couleurs étant différents, cela n’enlève rien au talent de Zanzim que beaucoup d’autres ont apprécié.

Des dessins qui ne m’ont pas empéché d’apprécier cette ode à la tolérance que je vous invite à découvrir tant elle est riche et passionnante à tous points de vue !

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Pascale Frey est journaliste culture et chroniqueuse littéraire au magazine Elle où elle s’occupe également du prix des lectrices. Soledad Bravi est diplômée de l’ESAG en 1988 et l’auteur de nombreux livres chez différents éditeurs (Gallimard, Seuil, Mila Editions) et dessine pour le magazine Elle.

Vous n’avez toujours pas lu Les habits neufs de l’Empereur ? Vous ne vous rappelez plus pourquoi La peste a connu un grand succès dès sa parution ni comment se termine L’aiguille creuse ?

Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul(e)s ! Soledad Bravi et Pascale Frey l’ont bien compris et viennent à notre rescousse.

En quelques cases, elles nous proposent une synthèse de vingt-quatre grands classiques de la littérature française et étrangère, l’occasion de se rafraichir la mémoire ou de découvrir certains monuments qui font un peu peur, il ne faut pas se le cacher.

Avez-vous lus les classiques de la littérature ? met en lumière des romans et des pièces de théâtre de la littérature française et étrangère, écrits par vingt-trois hommes et une femme, pour la plupart parus entre le 19è siècle et les années 60.

Au menu de cette bande dessinée de vulgarisation littéraire : La religieuse de Denis Diderot, Orgueil et préjugé de Jane Austen, Les fiancés d’Alessandro Manzoni, Les habits neufs de l’Empereur d’Hans-Christian Andersen, Une vieille maîtresse de Jules de Barbey-d’Aurevilly, La chèvre de monsieur Seguin d’Alphonse Daudet, Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, L’étrange cas du Dr Jekyll et mister Hyde de Robert Louis Stevenson, L’aiguille creuse de Maurice Leblanc, Martin Eden de Jack London, Le grand Meaulnes d’Alain-Fournier, Le diable au corps de Raymond Radiguet, Thérèse Desqueyroux de François Mauriac, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig, Les raisins de la colère de John Steinbeck, Aurélien de Louis Aragon, Antigone de Jean Anouilh, La peste d’Albert Camus, Vipère au poing d’Hervé Bazin, 1984 de George Orwell, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee, Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez et Vendredi ou la vie sauvage de Michel Tournier.

Après deux excellents tomes, Soledad Bravi illustratrice qu’on ne présente plus et Pascale Frey, journaliste littéraire à ELLE, récidivent et nous proposent un troisième opus tout aussi réussi. Elles nous proposent des résumés malicieux et pétris d’humour qui dépoussièrent des œuvres vieilles de quelques dizaines d’années à quelques siècles.

Pourquoi ces titres et pas d’autres ? Et pourquoi si peu de femmes ? Mystère et boule de gomme c’est la seule chose que je reproche à cet ouvrage : ne pas avoir expliqué les choix de Soledad Bravi et Pascale Frey.

Chaque oeuvre est d’abord présentée par Pascale Frey sous forme d’une note d’une dizaine de lignes, accompagnée d’une courte biographie de l’auteur(e) concerné(e).

Puis c’est au tour de Soledad Bravi de résumer l’ouvrage en images et en quelques mots sur quatre à cinq pages de manière humoristique à grands renforts de renvois à la culture populaire à travers des phrases de chansons et du vocabulaire très actuel. Ce système fait d’anachronismes fait mouche à chaque fois !

Un ouvrage synthétique, intelligent, pédagogique et clair à mettre entre toutes les mains dès l’adolescence, peut-être que nos chères têtes blondes sortiront un peu de leur zone de confort et se dirigeront vers des classiques, tout comme les lecteurs et lectrices adultes qui ne gardent pas forcément de bons souvenirs des classiques étudiés au collège ou au lycée et qui craignent parfois de se lancer dans ce genre de lectures.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture éclairante et amusante, en espérant qu’elle puisse permettre à tous de repartir sur de bonnes bases ! Une série que je vous recommande !

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Soledad est auteure de nombreux livres. Fine observatrice du monde qui l’entoure, elle caresse l’espoir de voir la société se transformer pour qu’enfin l’égalité entre les femmes et les hommes devienne réalité. Elle s’exprime quotidiennement sur Instagram @soledadbravi.

Avec Quand on était petits, Soledad Bravi nous offre une parenthèse nostalgique, un voyage dans son enfance en famille, à Paris et pendant ses vacances en Espagne.

Un récit tendre et humoristique, nourri par ces chroniques autobiographiques, pastilles en bichromie glanées dans sa mémoire, auxquelles viennent s’entrelacer les souvenirs des enfances de ses filles.

Son regard d’autrice donne un écho universel à ces évocations intimes pour, au gré des pages, faire raisonner nos propres enfances.

Je suis plutôt cliente de Soledad Bravi, le minimalisme de son coup de crayon, j’ai donc apprécié cet album lu en une petite heure même si j’y ai peu retrouvé ma propre enfance.

L’illustratrice égrène ses bêtises, parfois très gratinées, ses peurs et celles de ses frères, cousins ou même de ses filles, des petits drames aussi, le tout avec humour, amour et une bonne dose de nostalgie.

Tous ces moments de vie croqués en bichromie tour à tour drôles, tendres ou touchants m’ont fait sourire ou rire, m’ont rappelé des évènements de ma propre enfance, des jeux avec les copains, les copines ou les cousins, comme Soledad le fait pour nous !

Un sympathique album que je vous conseille si vous êtes un(e) adepte de Soledad Bravi et que vous êtes d’un naturel plutôt nostalgique, ces petites pastilles devraient vous plaire.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture distrayante !

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Thilo Krapp (Berlin, Allemagne) est auteur, illustrateur. Il a fait des bandes dessinées, des films d’animation, des livres pour enfants, des illustrations pour des ouvrages de non-fiction, des romans et des magazines, des jeux.

1894. Des astronomes sont témoins d’étranges activités à la surface de Mars, comme des éclairs ou des explosions de gaz incandescent. Des météores venant de la planète rouge se dirigent bientôt vers la Terre.

Des cylindres s’écrasent et libèrent des engins mécaniques contrôlés par des créatures tentaculaires installées à l’intérieur. Ces tripodes, armés de leur rayon ardent et d’un gaz toxique appelé « fumée noire », se dirigent vers Londres en désintégrant tout sur leur passage.

L’armée britannique réplique. Mais rapidement, la lutte tourne à l’avantage des envahisseurs. Commence alors une fuite dans un monde ravagé…

La guerre des mondes est, comme vous vous en doutez sûrement, l’adaptation en bande dessinée du grand classique de science-fiction écrit par H.G. Wells et publié en 1898 ! Grand classique que je n’ai jamais lu mais dont j’ai vu l’adaptation telévisuelle l’an dernier.

Le roman a été adapté en feuilletons radiophoniques (dont une version d’Orson Welles qui a défrayé la chronique en 1938), en jeux de rôle, en bande dessinée, en longs-métrages et en séries. Thilo Krapp ne s’attaque donc pas à un sujet nouveau mais il le fait bien car j’ai trouvé cette adaptation très convaincante et fidèle à l’oeuvre de l’auteur anglais.

On retrouve bien l’ambiance apocalytpique de l’oeuvre originelle et les thématiques qui la traversent : l’humanité confrontée à une race extraterrestre hostile, en plus d’être le reflet de l’angoisse de l’époque victorienne et une sévère critique de l’impérialisme car H.G Wells, pacifiste nettement engagé à gauche, était hostile à l’impérialisme.

Thilo Krapp reprend l’histoire imaginée par H.G Wells il y a plus de cent vingt ans dans les grandes lignes, impossible de complètement coller à l’histoire en une centaine de pages, l’auteur a forcément pris des racourcis mais l’ensemble reste cohérent et fidèle.

Outre le scénario, j’ai beaucoup aimé les dessins de Thilo Krapp que j’ai trouvé classiques, fins et élégants façon Belle Epoque : tout ce que j’aime. Le découpage des planches est varié, l’utilisation de la palette des couleurs à-propos et les textes sont bien lisibles, ce qui n’est pas toujours là en bande dessinée.

Si vous aimez cette hstoire ou que vous souhaitez la découvrir, je ne peux que vous conseiller cette adaptation très réussie. Mes ados, férus de SF, ont apprécié eux aussi !

Un grand merci aux éditions Jungle pour cette découverte !

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Cati Baur est née en 1973 à Genève. Elle a exercé de nombreux métiers : libraire, « blonde de l’accueil », assistante d’édition en bande dessinée… Elle a également tenu un blog de dessin et publié en plus de l’adaptation des Quatre soeurs, deux autres bandes dessinées à ce jour : J’arrête de fumer et Vacances.

Béranger est un scénariste de quarante-quatre ans en crise. Parisien divorcé, il a des dettes, deux filles Violette et Lison et des relations conflictuelles avec leur mère.

Depuis son dernier succès au cinéma, il y a quinze ans, il est aussi peu inspiré dans son travail de scénariste que dans sa vie amoureuse.

Il peine à écrire la suite que lui réclame son agent et décide de quitter Paris pour s’installer à une heure et demi de là, à la campagne à côté d’un champ d’éoliennes face auxquelles il semble trouver l’inspiration.

Sur place, il vit une idylle avec Marjolaine, une fille un peu décalée, la trentaine, qui conduit le bibliobus du village. Quand elle ne joue pas au scrabble, elle s’occupe de ses vieux parents, enterre les oiseaux morts et rêve d’ouvrir sa librairie.

Seul, face au champ d’éoliennes, Béranger reprend goût à l’écriture…

Vent mauvais signe mes retrouvailles avec Cati Baur que j’avais découvert à l’occasion de ses excellentes adaptations des romans de Malika Ferdjoukh, Quatre soeurs.

Changement de registre ici puisque nous sommes avec un roman graphique pour adultes et des thème très actuels : l’écologie et les énergies alternavives, le retour à la terre, la vie des ruraux et des néo-ruraux, le burn-out, le divorce et l’adolescence.

Autant de thématiques très intéressantes et bien traitées, même si certaines ne sont pas assez creusées, par Cati Baur, à la fois avec pudeur et réalisme par le biais de Béranger, qui bien que moqué par ses amis de quitter la capitale, voit en ce déracinement, l’occasion de repartir d’un bon pied.

Son héros change littéralement de vie et ça lui va plutôt bien… du moins au début. Il se reconnecte à la vraie vie, s’épanouit dans une relation amoureuse avec sa voisine qui dénote dans le paysage, addict au scrabble et à la lecture, renoue avec ses filles et l’inspiration.

Mais Béranger va par la suite déchanter, l’occasion pour l’autrice de critiquer les éoliennes et leurs effets sur la santé, sur ce point je ne peux pas vous dire si elle a raison ou tort, ne m’étant jamais penché sur la question.

Elles vont avoir un effet néfaste sur notre héros, je ne préfère pas vous en dire plus de peur de vous spoiler. Au fur et à mesure des saisons, l’histoire se déroule sur une année, on passe donc de l’espoir et du renouveau, à la noirceur. Les planches le montrent très bien, Cati Baur manie à merveille sa palette de couleurs pour soutenir ce changement d’ambiance et ses propos.

Si j’ai globalement beaucoup apprécié ma lecture, notamment les thématiques abordées qui donnent à réfléchir, les personnages de Marjolaine et Lison qui apportent beaucoup de fraicheur au récit. Et je suis toujours aussi séduite par le coup de crayon de Cati Baur, son utilisation des couleurs.

En revanche, je n’ai pas apprécié le dénouement, très abrupt, qui m’a désarçonnée et surtout ne m’a pas convaincue, je l’ai trouvé peu crédible. La dépression de Béranger est trop rapide pour qu’en seulement quelques semaines, on en arrive là, mais ce n’est que mon humble avis.

Malgré ce bémol, je vous invite à découvrir ce roman graphique dont les sujets sont matière à réflexion et d’actualité, j’ai été vraiment prise par l’histoire et je n’en ai fait qu’une bouchée.

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture que j’ai beaucoup aimé !

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Eddy Simon est journaliste et auteur. Il est le cocréateur du fanzine de bande dessinée Sapristi en 1983 et le créateur du fanzine de bandes dessinées Dynamick en 1985. De l’illustration à la BD, le projet professionnel de Marie Avril s’étend à tout type d’images (édition, presse, com, pub, artisanat, peinture, fresque…).

Je pense que tout le monde a entendu au moins une fois dans sa vie le nom de Sarah Bernhardt. Née au milieu du XIXè siècle, morte une poignée d’années après la fin de la première guerre mondiale, Sarah était la plus grande comédienne de son temps et un personnage éminement romanesque, moderne, qui a su prendre son destin en main et bousculer les traditions.

C’est pour moi une figure de femme totalement fascinante par sa beauté, son aura, l’impact qu’elle a eu sur la scène française et internationale et j’étais très curieuse de découvrir cette biographie dessinée.

Surnommée par Victor Hugo «la Voix d’or», ou par la presse «la Divine», elle est considérée comme la plus grande tragédienne française du XIXE siècle, capable d’endosser aussi bien des personnages masculins que féminins. Jean Cocteau a inventé pour elle l’expression de « monstre sacré », sobriquet appliqué depuis lors à d’autres acteurs et actrices tout au long du XXè siècle.

Elle a rempli des théâtres, fait des tournées dans une grande partie du globe et même tourné pour le cinématographe encore balbutiant. Une vie ou plutôt des vies multiples que s’attachent à nous raconter pendant près de deux cents pages Eddy Simon et Marie Avril.

Divine : vie(s) de Sarah Bernhardt est une biographie graphique aussi libre que la vie de cette femme hors du commun. Retracer toute la vie de la célèbre comédienne sous le biais d’un roman graphique aurait été une gageure, les auteurs ont préféré s’attacher à une période charnière de son existence entre 1871 et 1880.

Neuf années foisonnantes durant lesquels Sarah va construire sa légende, travailler au théâtre et va connaître la consécration. Le récit débute alors que la Commune de Paris essuie les assauts des prussiens, Sarah est déjà très connue, ce qui n’empêchera pas notre héroïne de s’engager comme infirmière afin de soigner sans relâche les blessés de la guerre, quels qu’ils soient, prussiens comme français.

Véritable star dans l’hexagone, elle excelle dans l’art de la publicité, n’hésitera pas à choquer sa propre famille en dormant dans un cercueil, en adoptant des fauves et cotoyant les puissants comme les artistes. Proche d’Edmond Rostan et surtout d’Oscar Wilde qui a écrit pour elle Salomé, elle ne cessera de se produire sur les scènes du monde entier, même après son amputation.

Habitué des biographies graphiques, le scénario d’Eddy Simon découpé en actes, comme au théâtre, rend un bel hommage à la Divine en montrant la comédienne telle qu’elle était : fantasque dans tous les aspects de sa vie mais aussi terriblement pugnace, ne renonçant jamais aux objectifs qu’elle se fixe. Les dialogues qui ponctuent le scénario sont savoureux et j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir cet album.

D’autant plus que les illustrations à l’aquarelle et à la gouache de Marie Avril sont très belles et s’inspirent fortement des affiches de Mucha, que j’adore, qui mettait merveilleusement en valeur la tragédienne.

Un petit bémol toutefois : les évènements sont trop brièvement évoqués à mon goût, j’aurai préféré quelques pages supplémentaires même si la notice biographique en fin d’ouvrage vient combler les trous laissés par les auteurs.

Ceci mis à part, je ne peux que vous recommander Divine(s) vies de Sarah Bernhardt, une biographie graphique très réussie autant sur la forme que sur le fond.

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