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Posts Tagged ‘roman historique’

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Reine française de la saga, Marie-Bernadette Dupuy a conquis une immense communauté de lecteurs par ses romans bouleversants qui figurent systématiquement dans le top des meilleures ventes à leur parution.

Septembre 1946. Dans le Morbihan, à Locmariaquer, Lara, jeune fille de 18 ans au caractère passionné, tente d’oublier les terribles années qui viennent de s’écouler.

Malgré les blessures laissées par la guerre, la vie reprend lentement son cours, lorsqu’un drame frappe la région : le corps d’une jeune fille est découvert sous un dolmen.

La malheureuse est vêtue d’une tunique blanche et a été égorgée. Pour Lara, cette terrible nouvelle est d’autant plus bouleversante que l’homme qu’elle aime est l’un des principaux suspects.

Qui a bien pu commettre ce meurtre odieux ? Est-ce un crime rituel ?

Les questions sont nombreuses pour Nicolas Renan, l’inspecteur chargé de l’enquête. D’autant que cette mort n’est que le début d’une longue série de crimes…

Marie-Bernadette Dupuy est une romancière prolifique, connue pour ses sagas familiales, que je retrouve à l’occasion de ce premier tome consacré à Lara, La ronde des soupçons.

Cette lecture fleuve de plus de 500 pages s’est révélée très prenante et plutôt passionnante car, au-delà de la romance Lara et Olivier, qui ravira les amat.eurs.trices du genre, bien que fort heureusement, elle ne soit pas au premier plan, l’autrice nous propose une histoire pleine de suspens dans un contexte historique particulier.

Car l’histoire démarre au lendemain de la seconde guerre mondiale, la France et les alliés ont gagné mais les tickets de rationnement son toujours là, tout comme les G.I qui ont contribué à libérer le territoire et qui profitent de leur position de libérateurs, pour séduire les jeunes filles et semer derrière eux, un certain nombre d’enfants illégitimes.

La guerre est encore dans les toutes les têtes et notamment les épisodes qui ont jalonné la libération du territoire avec l’épuration qui s’en est suivie, menée par des résistants historiques mais aussi par des opportunistes qui ont bien profité de la guerre pour s’enrichir et s’autoproclamer résistants, une fois qu’ils ne risquaient plus rien.

Le père et l’oncle de Lara Fleury, l’héroïne de cette histoire, ont été dénoncés comme résistants, déportés vers les camps et portés disparus. Pour sa mère Armeline, sa jeune sœur Fantou, les temps sont durs et l’argent se fait rare.

Heureusement pour elles, leurs voisins, les Cadoret, pêcheurs, les aident en améliorant leur ordinaire. C’est dans ce contexte difficile, qu’intervient une série de meurtres dans ce coin de Bretagne, situé à quelques kilomètres de chez moi et que je connais bien : Erdeven, Auray et Locmariaquer, et bien sûr Vannes, où l’inspecteur chargé de l’enquête vit.

Ce qui m’a beaucoup plu ici, c’est bien sûr le contexte historique et les lieux, les secrets de famille. Marie-Bernadette Dupuy s’est bien documenté sur l’époque et sur la région et au fil des pages, on découvre les conditions de travail et de vie de tous les protagonistes de cette histoire.

La Bretagne est une terre chrétienne mais aussi attachée à ses traditions ancestrales et à sa langue, et tout ceci est bien utilisé dans le roman même si le folklore breton aurait pu être utilisé encore davantage pour imprégner une ambiance un peu fantastique au récit.

Outre tous ces thèmes, Marie-Bernadette Dupuy nous propose également une enquête policière plutôt bien ficelée et qui tient en haleine. Son inspecteur Nicolas Renan, venu tout droit de Paris et depuis peu en poste à Vannes, se révèle intelligent, perspicace et assez attachant.

Quelques bémols toutefois : les personnages sont un peu trop nombreux à mon goût, certains n’apportent pas grand chose à l’histoire pour l’instant et la liaison entre Loïza et Renan se révèle absolument inintéressante à mes yeux voire même grotesque.

L’intrigue policière se révèle trop diluée, la tension se perd et c’est dommage. Ce premier volume est malgré tout un bon divertissement, on tourne les pages avec une certaine avidité et j’ai été embarquée par cette saga familiale jusqu’au point final, je lirai donc lire la suite.

Un grand merci aux éditions Calmann Levy et à Babelio pour cette lecture prenante !

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Fort de l’inventivité et de l’humanité qui ont fait sa marque, Gilles Legardinier sait nous emporter au cœur de destins qui basculent. Combinant tous les talents qui font son succès, il nous offre ici une aventure captivante, dans un univers énigmatique, une histoire qui enflamme notre imagination et nos émotions.

Paris, 1889. Vincent Cavel sait mieux que personne ce qu’est un secret. Spécialiste des passages dérobés, c’est à lui que les riches et les puissants font discrètement appel pour dissimuler leurs trésors ou s’aménager des issues indétectables.

Alors que Paris célèbre l’Exposition universelle et sa phénoménale tour Eiffel, Vincent et son équipe composée de son frère Pierre, de Konrad, d’Eustasio et du jeune Henri, deviennent soudain la cible de tentatives d’assassinat. La mort rôde désormais autour d’eux et ils doivent redoubler de prudence.

Un de leurs clients cherche-t-il à effacer ce qu’ils savent de lui ? Sont-ils traqués par des pouvoirs occultes ? Quelle est cette ombre qui peut les frapper n’importe où, n’importe quand ?

Vivant dans la discrétion, voire la clandestinité, ils sont de fait les détenteurs de secrets bien dangereux, et quand il devient évident que quelqu’un s’est mis dans la tête de les éliminer, Vincent va devoir comprendre s’il veut protéger les siens.

Par chance, une rencontre va l’aider mais aussi bouleverser tout ce qu’il pensait savoir…

Pour un instant d’éternité signe mes retrouvailles avec Gilles Legardinier que j’avais découvert avec ses feel-good books Demain j’arrête !, Complètement cramé ! et Ca peut pas rater.

Changement d’ambiance et d’époque avec ce roman qui m’a captivée de bout en bout. Gilles Legardinier nous propose ici une histoire mêlant habilement suspens et aventures dans le Paris de la Belle Epoque.

Très bien documenté, riche en précisions et détails, j’ai été transportée dans le Paris de cette fin du XIXè siècle qui s’ouvre au modernisme avec ses inventions dont on ne saurait se passer.

Figure centrale du roman, Paris sert de terrain de jeu à Vincent et à son équipe et l’on découvre avec eux la capitale de l’Exposition Universelle de 1889 mais aussi la ville souterraine qui repose toujours sur des fondations millénaires, cette dualité étant au cœur du récit.

La thématique du Paris secret n’est pas tellement exploitée par les auteurs et j’ai beaucoup aimé cet aspect, tout comme le métier de Vincent, qui permet à Gilles Legardinier d’exploiter les passages secrets de la capitale et ça, c’est vraiment inédit, en tout cas, je n’ai jamais lu de roman dans cet univers.

Vincent est un personnage attachant, protégé de l’immense illusionniste, Jean-Eugène Robert-Houdin, qui va se retrouver la proie d’une secte qui souhaite mettre la main sur le fameux trésor des Templiers, à ce jour jamais retrouvé.

Avec son équipe, il va braver pièges et dangers pour aider Charles, un ami de son mentor.

Les personnages sont bien dessinés, avec un caractère propre à chacun, pleins d’humanité, soudés et à l’amitié immuable, ils sont attachants et on a plaisir à suivre Vincent et les autres tout au long du récit.

Cette histoire se révèle passionnante, pleine d’énigmes, de secrets et de pièges, très bien écrite par Gilles Legardinier dont le style vif et fluide fait merveille ici. Le roman est intense mais je regrette que dans le dernier quart, cette intensité retombe un peu avec un dénouement abrupt et une équipe un peu trop en retrait à mon goût.

Ceci mis à part, Pour un instant d’éternité, est un formidable récit qui rappelle les romans feuilletons de l’époque dans laquelle il nous plonge, un divertissement que je vous recommande !

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Docteur en littérature française, Elisa Sebbel enseigne dans une université espagnole et vit à Majorque. Découvert dans le cadre du Mazarine Book Day 2018, pour lequel il a reçu la « mention spéciale du jury », son premier roman, La Prisonnière de la mer, dévoile un drame oublié de notre histoire.

1809. Les guerres napoléoniennes font rage. Alors qu’ils croyaient être rapatriés en France, cinq mille prisonniers se retrouvent captifs sur l’îlot de Cabrera, dans les Baléares. Pour survivre, un maigre filet d’eau douce, des rations insuffisantes, des abris précaires qu’il leur faut bâtir eux-mêmes. Vingt-et-une femmes les accompagnent, parmi lesquelles Héloïse, vivandière de 18 ans dont le mari a succombé en mer, emportant avec lui son insouciance et sa légèreté.

Si la guerre avait déjà meurtri les hommes, le désespoir leur fait bientôt perdre la raison. Par chance, Henri, chirurgien de l’armée, se prend d’affection pour Héloïse.

Entre privations, épidémies et tempêtes, les maux et les morts s’accumulent, l’espoir s’amenuise, et Héloïse ne songe qu’à se libérer enfin de cet enfer – jusqu’à ce nouvel arrivage de prisonniers et de Louis qui fait tout chavirer.

À force de ténacité, la jeune femme parviendra-t-elle à se sauver ? Car si l’amour est une captivité volontaire, la mer l’a déjà faite prisonnière…

La prisonnière de la mer est le premier roman d’Elisa Sebbel qui prend pour point de départ un épisode méconnu de notre histoire : suite à une bataille perdue par l’armée napoléonienne, les autorités font seize mille prisonniers répartis sur plusieurs villes d’Espagne.

Et parmi ces prisonniers, cinq mille hommes et vingt-et-une femme vont se retrouver sur l’île de Cabrera, dans les Baléares. Ces hommes et ces femmes laissés dans le plus grand dénuement vont être ravitaillés chichement par les autorités et vont connaître les épidémies et la faim.

Faute de soins et de nourriture suffisante, beaucoup périssent dans ce qui peut être considéré comme l’un des premiers camps de concentration de l’histoire.

Dans ce roman, l’autrice veut rendre hommage aux femmes prises dans cet exil : les vivandières. Ces femmes, attachées à des régiments pour servir de personnels de service, vendaient aux troupes des vivres et des boissons, en dehors de l’ordinaire, ainsi que des objets de première nécessité.

Toutes étaient femmes de soldats qui trouvaient par ce biais le moyen de rester avec leurs époux. Ce roman aura eu le mérite de mieux me familiariser avec ces femmes qui sont toutes des veuves lorsqu’elles mettent le pied sur l’île.

Elisa Sebbel s’attache à démontrer le quotidien de ces femmes qui vont servir d’infirmière dans l’hôpital de fortune mis en place par les chirurgiens. Elle nous montre la difficulté pour elles de vivre dans la promiscuité avec des hommes et vont petit à petit se retrouver sous le joug masculin.

Héloïse, l’héroïne, est plutôt chanceuse, car un homme bienveillant et doux, l’un des chirurgiens, va tomber amoureux et la prendre sous son aile. Ses compagnes, le seront nettement moins, puisqu’elles tomberont dans une prostitution forcée.

Tout ceci aurait pu être passionnant mais je ressors diablement déçue de ma lecture. L’histoire se révèle plate et sans grand intérêt pour moi, à part nous raconter les épidémies et la faim qui tenaille ses héros, on tourne franchement en rond.

Second point négatif : on tombe dans un triangle amoureux insipide entre Héloïse, Henri le chirurgien tellement gentil et Louis l’officier beau à se damner, avec tous les clichés que cela comporte, tant au niveau des personnages qui manquent cruellement d’épaisseur, que dans le dénouement, tellement prévisible.

Pour être honnête, je me suis ennuyée ferme, à deux doigts de l’abandon mais pensant malgré tout que l’histoire allait s’améliorer, j’ai fini par le lire en diagonale, mais en vain puisque rien ne m’a plu.

En résumé, une bonne idée de départ qui aurait pu se transformer en grand roman, hélas Élisa Sebbel a préféré nous proposer une bluette cousue de fil blanc et sans saveur.

Vous l’aurez compris, mon intérêt s’est rapidement éteint devant cet ennui abyssale et un évident manque de souffle romanesque. Très déçue donc !

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Lu dans le cadre du Cold Winter challenge et du challenge 1 pavé par mois  :

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Né à Dublin en 1971, John Boyne est l’auteur multiprimé de nouvelles, d’articles, et de treize romans traduits en 47 langues, dont des romans pour la jeunesse avec notamment Mon père est parti à la guerre (Gallimard, 2014) et Le Garçon en pyjama rayé (Gallimard, 2009), vendu à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde et adapté au cinéma par Mark Herman. On lui doit également La Maison Ipatiev (L’Archipel, 2011), qui paraît chez Pocket sous le titre La Maison des intentions particulières. Critique de livres pour l’ Irish Times, il réside toujours à Dublin.

Kachine, Russie, 1915. Alors que le grand-duc Nicolaï fait une visite dans le village de Kachine, il échappe de peu à un attentat. Le jeune Kolek Tanksi, dont le père est bolchévique, pointe son fusil sur le cousin du tsar Nicolas II.

Alexeï Yachmenev, son meilleur ami, l’empêche de commettre son forfait mais signe son arrêt de mort. Cet acte de bravoure fait passer en un instant le jeune Gueorgui de simple moujik à garde du corps du tsarévitch, le jeune Alexeï atteint d’hémophilie, un secret jalousement gardé par la famille impériale.

Il quitte alors avec le grand-duc son petit village de Kachine et la rudesse du monde paysan pour les fastes du palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg.

Désormais, son destin est lié à celui, tragique, des Romanov. C’est un nouveau monde qui s’ouvre à lui, côtoyant quotidiennement la famille du tsar et, surtout, la belle Anastasia.

Mais la révolution approche et va s’écrire dans le sang. Obligé de fuir, Gueorgui emportera avec lui bien plus que ses souvenirs de la Russie impériale…

Si vous êtes un(e) fidèle de ce blog, vous n’êtes pas sans connaître mon intérêt pour la Russie et pour le règne de son dernier tsar, Nicolas II. C’est ainsi que La maison des intentions particulières a atterri dans ma PAL, et pour une fois, aussitôt acheté, aussitôt lu.

Si vous vous attendez à un roman qui vous plonge au cœur de la cour de Nicolas II, ce roman est fait pour vous. Dans le sillage de Gueorgui, John Boyne nous donne à lire le quotidien du tsar, de la tsarine et de leurs enfants à un moment crucial : de 1915 jusqu’à l’abdication de Nicolas II.

On retrouve aussi Raspoutine et son influence sur la tsarine, l’hémophilie du tsarévitch et l’ascension des bolchevicks jusqu’à l’issue fatale de la famille Romanov, la nuit du 17 au 18 juillet 1918, à la maison Ipatiev.

Mais ce roman, ce n’est pas que cela. Une grande partie du récit raconté par Gueorgui revient sur ses années d’exil de 1918 à 1981, ce qui m’a nettement moins plu puisqu’il s’attarde beaucoup sur le cancer de sa femme Zoïa et leur mariage. J’ai très vite deviné qui se cachait sous ce sobriquet, pas de suspens de ce côté, ce qui manque en revanche c’est la façon dont le couple a pu quitter la Russie ni vu ni connu !

John Boyne prend des libertés avec l’histoire tragique des Romanov et cela m’a semblé peu crédible. Qu’un simple moujik comme Gueorgui puisse être choisi comme garde du corps du tsarévitch, passe encore puisque Raspoutine a pu s’immiscer dans l’intimité du couple royal.

Mais qu’une romance ait pu se nouer entre Gueorgui et Anastasia et qu’elle ait pu s’échapper de la maison Impatiev pour faire sa vie avec le garde du corps de son frère reconverti en bibliothécaire, cela semble totalement tiré par les cheveux. Mais, comme nous sommes dans un roman, pourquoi pas, l’auteur a le droit d’inventer tant qu’il le veut.

Partant de 1981 pour arriver au drame de la maison Ipatiev en 1918, l’auteur alterne entre souvenirs présents et passés grâce à de multiples allers retours. Si j’ai beaucoup apprécié séjourner au palais d’hiver, les passages au présent m’ont bien déçue.

Je ressors donc mitigée de ma lecture, enchantée par la Russie tsariste, malgré quelques invraisemblances, m’ennuyant dans la partie contemporaine.

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  :

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Né à Paris, Pierre Lemaitre a enseigné aux adultes pendant de nombreuses années, notamment les littératures française et américaine, l’analyse littéraire et la culture générale. Aujourd’hui écrivain et scénariste, il a publié des polars avant de s’attaquer à la littérature blanche.

Février 1927. Après le décès de Marcel Péricourt, sa fille unique, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement.

Le jour de ses obsèques qui réunit le Tout-Paris dont le président de la République, Gaston Doumergue, elle assiste, impuissante, à la chute de son fils Paul qui se défenestre et atterrit sur le cercueil de son grand-père. Cet accident laisse l’enfant âgé de sept ans, paralysé.

Unique héritière d’un immense empire, elle doit prendre la tête de la banque familiale alors qu’elle ne possède aucune compétence dans ce domaine. Divorcée du lieutenant Pradelle emprisonné pour escroquerie, elle se retrouve entourée de conseillers peu scrupuleux dont Gustave Joubert, le bras droit de son père, et Charles Péricourt, son oncle.

Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie.

Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.

Deux ans après ma lecture d’Au revoir là-haut, je poursuis la trilogie Les enfants du désastre avec Couleurs de l’incendie alors que le dernier volume, Miroir de nos peines, est sur le point de paraître.

Et si j’avais adoré le premier opus, j’ai encore davantage aimé cette suite admirablement écrite, bien documentée et diablement addictive. C’est bien simple, dès que j’interrompais ma lecture, je n’avais qu’une hâte : y retourner !

Après l’escroquerie aux monuments funéraires et au rapatriement des corps encore enfouis dans les tranchées, Pierre Lemaitre nous propose de retrouver Madeleine Péricourt, aux prises avec la crise de 1929 qui va faire vaciller bien des fortunes et des familles.

De 1927 au milieu des années 30, de la montée des fascismes aux premiers scandales financiers, l’auteur brosse le portrait de plusieurs personnages féminins dont en premier lieu Madeleine et de sa dame de compagnie, Léonce, qui doivent lutter pour leur émancipation dans une société patriarcale principalement dominée par la gent masculine.

Pierre Lemaitre dépeint également une Europe plongée dans la montée des totalitarismes (nazisme, fascisme, franquisme, communisme) qui voit chaque jour la paix se fissurer davantage.

Au-delà de cet aspect historique très intéressant, Couleurs de l’incendie, c’est avant tout l’histoire d’une vengeance à la Edmond Dantès. Madeleine, ruinée par des hommes en qui elle avait confiance, va mettre en place la chute que sa ruine a projeté au firmament des affaires, du journalisme ou de la politique.

Les personnages sont très travaillés et crédibles, on ressent l’esprit de corruption qui gagnait ses années et la montée du fascisme qui a lieu également en France avec ce mouvement de “Renaissance Française”

Roman passionnant, fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Couleurs de l’incendie est un grand roman historique, flamboyant et jubilatoire.

Une fois n’est pas coutume, Belette et moi sommes sur la même longueur d’ondes, elle a adoré aussi. Vous pouvez retrouver son avis ici.

Vous l’aurez compris, j’ai eu un coup de cœur pour ce roman et je vous le conseille vivement, l’une de mes meilleures lectures de l’année !

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C’était celui qu’Eléonore avait repéré, recourbé comme le cou d’un cygne, habillé de boutons dorés sur le côté. Un soir, elle était restée plus longtemps que prévu devant la vitrine de M. Sax. Elle perdue dans ses souvenirs, quand un jeune garçon la surprit : « C’est rare pour une fille d’aimer la musique ! ». Elle sursauta : « Ces instruments sont les plus beaux du monde ! »

1862, Nord de la France. La jeune Éléonore âgée de 12 ans a une oreille exceptionnelle. Elle devrait faire la fierté de son père Arsène Leblanc, plombier gazier de son état mais surtout premier piston de l’orphéon dans la fanfare des Crickmouils.

Que nenni ! Son père est fou de rage lorsqu’il découvre que sa fille joue de la musique en cachette. Pour lui faire passer l’envie de devenir musicienne, un métier qu’il juge inconvenant pour une personne de sexe féminin, il l‘envoie à Paris chez son oncle et sa tante qui tiennent une blanchisserie.

Mais l’adolescente a tôt fait de mettre les blanchisseurs dans sa poche et trouve le moyen de se faire embaucher dans l’atelier de fabrication d’instruments d’Adolphe Sax, inventeur du saxophone.

Commence alors pour Eléonore, une vie exaltée entre Montmartre et Pigalle om se croisent peintres, artistes et petit peuple de Paris. De la Commune à la Nouvelle Orléans, de 1862 aux années folles, Eléonore va vivre mille vies au son de la musique…

Muriel Bloch et Marie-Pierre Farkas nous proposent avec La saga des Marquises, une saga historique pour les adolescents de qualité. Portée par deux héroïnes fortes que sont Eléonore et sa fille Carmel, on découvre l’histoire des premiers instruments à cuivre et les débuts du jazz.

La destinée hors du commun de cette famille de musiciennes au temps de la Commune et des premières Expositions universelle s’est révélée passionnante à lire, tout du moins la première partie qui a pour cadre Paris que j’ai nettement préférée à la seconde qui se déroule à la Nouvelle-Orléans.

Des deux héroïnes, mon intérêt s’est surtout porté sur Eléonore que l’on suit de ses 12 ans jusqu’à son décès et qui va savoir prendre son destin en main. Et son destin, c’est la musique, n’en déplaise à son père qui souhaite la voir derrière les fourneaux.

A Paris, elle saura s’affranchir du joug paternel pour mener la vie dont elle rêve : une vie libre, au mépris des conventions de son époque. Féministe, antiraciste, courageuse, généreuse, elle prendra part à la Commune et saura larguer les amarres pour la Louisiane afin de retrouver son grand amour et lui présenter Carmel, leur fille.

Les thèmes abordés dans cette partie (égalité homme / femme, combat pour la liberté, féminisme) m’ont davantage intéressé que ceux de la seconde partie qui tournent plus volontiers autour des problèmes raciaux et de la ségrégation qui existent encore au début du XXè siècle aux Etats-Unis. J’ai également eu moins d’empathie pour Carmel que j’ai trouvé davantage exaspérante qu’attachante !

Si les Marquises sont des personnages fictifs, pendant ces soixante ans qui enveloppent tout le récit, on rencontre au fil des pages et des évènements des personnages célèbres tels que Auguste Renoir, Louise Michel, Adolphe Sax, Georges Gershwin, Joséphine Baker, Louis Armstrong, Sidney Bechet…

Un roman virevoltant, très bien documenté, qui nous immerge dans le Paris de l’Empire et de la Belle-Epoque, et dans la Nouvelle-Orléans des années folles. Un récit qui donne envie d’écouter du jazz, du ragtime, de danser le cake-walk ou le charleston.

Un roman à découvrir et à faire découvrir aux adultes comme aux adolescents avec un thème central très actuel : l’égalité homme femme !

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Deux époques entrelacées, deux histoires d’amour qui se confondent en une chasse au trésor fiévreuse et romantique dans les rues de Londres.

1793. Le jeune Chateaubriand s’est exilé à Londres pour échapper à la Terreur. Sans argent, l’estomac vide, il tente de survivre tout en poursuivant son rêve de devenir écrivain.

Un soir, tandis qu’il visite l’abbaye de Westminster, il se retrouve enfermé parmi les sépultures royales. Il y fera une rencontre inattendue : une jeune fille venue sonner les cloches de l’abbaye.

L’inconnue, qui remplace son père souffrant, va lui donner un baiser. Des décennies plus tard, dans ses Mémoires d’outre-tombe, il évoquera le tintement d’un baiser.

De nos jours, le vénérable professeur de littérature française Joe J. Stockholm travaille à l’écriture d’un livre sur les amours de l’écrivain. Quand il meurt, il laisse en friche un chapitre consacré à cette petite sonneuse de cloches.

Joachim, son fils, décide alors de partir à Londres afin de poursuivre ses investigations : qui est la petite sonneuse de cloches ? A-t-elle laissé dans la vie du grand homme une empreinte plus profonde que les quelques lignes énigmatiques qu’il lui a consacrées ? Quelles amours plus fortes que tout se terrent dans les livres, qui brûlent d’un feu inextinguible le coeur de ceux qui les écrivent ?

La petite sonneuse de cloches signe mes retrouvailles avec la jolie plume de Jérôme Attal que j’avais découvert avec L’appel de Portobello Road. Dans son nouveau roman, l’auteur nous propose deux histoires et temporalités en parallèle qui semblent tout d’abord ne rien avoir en commun mais qui finalement, vont se rejoindre sur bien des points.

A notre époque, nous suivons Joachim, un homme sensible et romantique, qui part sur les traces de Chateaubriand pour terminer l’œuvre entreprise par son père. Et en 1793, nous mettons nos pas dans ceux du célèbre auteur romantique François-René de Chateaubriand.

Alors qu’il a déjà séjourné aux Amériques, Chateaubriand s’exile à Londres pour fuir la Terreur qui règne à Paris et qui conduit les royalistes à l’échafaud. Il échappe certes à la guillotine mais pas à la misère.

Jérôme Attal s’attache à nous montrer le quotidien misérable de l’auteur et des exilés qui connaissent alors le froid et la faim. Le futur auteur de La vie de Rancé, Attala et René a alors vingt-cinq ans, promène une silhouette cadavérique dans les rues et venelles infâmes de la capitale anglaise et souffre d’une rage de dents lorsqu’il fait une rencontre qui va le bouleverser, celle d’une sonneuse de cloches.

Joachim, muni du manuscrit de son daddy, va embarquer dans l’Eurostar, partir sur les traces de cet amour fugace et faire lui aussi, une séduisante rencontre.

Ce narrateur a beaucoup d’amour et d’admiration pour son père et nous livre un portrait touchant de celui-ci. Il tient à honorer son travail et va tout faire pour découvrir l’identité de la mystérieuse sonneuse de cloches dont il ne sait pas si elle a réellement existé ou si elle sort tout droit de l’imagination de Chateaubriand.

Sur son chemin, Joachim va rencontrer Damien, un des sonneurs de cloches qui va lui permettre d’accéder à Miss Silsburn, la gardienne des trésors de la bibliothèque de Westminster.

Le récit se teinte alors de suspens et d’un mystère supplémentaire lorsque la bibliothécaire s’aperçoit que le registre de 1793 à 1795 recensant les sonneurs de cloches de Westminster a disparu, vraisemblablement emporté par Mirabel, la bibliothécaire de Marylebone, venue le consulter.

Joachim va se lancer à la poursuite de la voleuse et hanter les lieux fréquentés par Chateaubriand deux siècles auparavant.

Le récit proposé par Jérôme Attal se révèle très agréable à lire, à la fois romantique, poétique, touchant et drôle. Si j’ai aimé la partie contemporaine, les réflexions du narrateur sur l’amour, j’ai cependant préféré la partie historique que j’ai trouvé passionnante et bien trop courte, je serai volontiers restée plus longtemps en compagnie de Chateaubriand.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour cette lecture romantique, j’ai adoré.

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Au cœur des Années folles, Alice ne doit-elle pas croire en sa bonne étoile ? Stimulée par diverses rencontres artistiques, de durables amitiés et de tumultueuses amours, elle forgera son destin dans un monde où se profileront bientôt des menaces. Dominant la mer, la villa Margarita sera son plus sûr refuge en cas de fortes tempêtes. A travers les engagements et les choix d’Alice se révèlent le charme, la notoriété et les fastes de Dinard, perle de la côte d’Emeraude…

1924, Alice passe l’été chez son parrain à Dinard en attendant la reprise des cours à l’automne. La jeune femme âgée de 20 ans souhaite créer des papiers peints au grand dam de sa mère Nancy, une héritière américaine, qui ne comprend pas que sa fille puisse vouloir travailler.

Depuis la fin de la guerre, l’ambiance à la maison est délétère. Raymond, le père d’Alice, est revenu brisé du front et n’est plus que l’ombre de lui-même. Nancy ne le reconnaît plus et fuit volontiers leur appartement parisien.

Cet été-là, alors qu’elle a un souci avec sa voiture, elle fait la connaissance de Mitza, un ancien modèle qui a posé pour Foujita à Montparnasse et de son mari Pierre, de vingt ans plus âgé. Alors qu’elle dîne avec eux, elle rencontre Louis Favier, un de leurs amis intimes qu’elle va retrouver à Paris…

Un roman historique qui a pour cadre les Années Folles et la Bretagne, deux raisons valables pour moi de lire Quai de la Perle de Dominique Marny dont j’avais beaucoup apprécié le précédent roman Jeux de clés.

Changement de cadre et registre ici puisque nous délaissons Paris et l’époque contemporaine pour l’entre-deux-guerres car si il démarre en 1924, il s’achève en 1940.

Ce roman est intéressant d’un point de vue historique, Dominique Marny rend bien l’ambiance et l’atmosphère de cette époque où souffle un vent de liberté. On sent que l’auteur a fait beaucoup de recherches et j’ai particulièrement aimé tout ce qui concerne la fabrication du papier peint, l’évolution des mœurs de cette époque, la mode, la décoration et la vie culturelle des années folles jusqu’au déclenchement de la seconde guerre mondiale.

Comme Alice évolue dans un cercle privilégie, l’auteure donne l’impression que tout était relativement facile, même durant le krach de 1929, ce qui, à mon sens, n’est pas tout à fait juste même si elle aborde les changements politiques et l’arrivée des premiers congés payés en 1936.

Tout va très vite dans la vie de l’héroïne, tout semble très facile pour elle alors que l’époque dans laquelle elle vit est encore majoritairement machiste. Difficile de croire que sitôt diplôme en poche, elle trouve du travail alors que tant d’hommes cherchent aussi un emploi. Et même lorsque la crise financière est là et que le pays est plongé dans un marasme économique important, sa carrière n’en souffre pas.

Qu’importe, l’histoire se lit bien car les chapitres sont assez courts et sans temps mort même si l’écriture impersonnelle et certaines tournures de phrases bien désuètes m’ont un peu gênées.

J’ai trouvé les personnages plutôt attachants, Alice et Soizic, la gardienne de la villa Margarita, en tête mais il m’a manqué quelque chose pour être totalement emportée par ma lecture.

Reste que ce roman historique est de bonne facture avec une belle histoire d’amour sans mièvrerie qui ravira les adeptes du genre. Une lecture de vacances, certes pas très marquante, mais idéale pour un moment de détente et de dépaysement et ce n’est déjà pas si mal.

Un grand merci aux éditions Presses de la cité pour cette lecture !

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On n’aura jamais été aussi proche de Gustave Courbet que dans ce roman où il est saisi dans les yeux d’une femme. Comme par enchantement, ses toiles les plus célèbres s’éclairent soudain d’un jour nouveau, passionnant.

Que reste-t-il du premier grand amour de Gustave Courbet, Virginie Binet, une douce Dieppoise qui l’accompagna vers la gloire pendant plus de dix ans, et du fils qu’elle lui donna ?

Rien, presque aucune trace, à l’exception de quelques tableaux où la compagne et la muse pose pour son grand homme. Toute la correspondance amoureuse de Courbet a été détruite.

Il faut aller chercher sous les couches de peinture, comme dans L’Homme blessé où Gustave effaça l’aimée, scruter les détails des tableaux pour distinguer, parfois, une silhouette perdue…

Virginie, modèle abandonné, et le petit Émile Binet, le fils de Courbet qu’il n’a jamais reconnu, ressuscitent entre ces pages. Des appartements parisiens où ils vivent avec Courbet, taraudé par sa quête du succès, on entend le vacarme du XIXe siècle, celui des barricades, coups d’État, émeutes, répressions, débats où résonnent les voix de l’ami Baudelaire, de Flaubert, Proudhon, Champfleury, Gautier ou Victor Hugo, vibrant aux funérailles de Balzac.

Lorsque j’ai repéré Le modèle oublié parmi les nouveautés de l’excellente collection Les passe-murailles chez Robert Laffont, je n’ai eu qu’une envie : le lire. Vous savez combien j’aime les romans historiques, les peintres du 19è siècle et comme de Gustave Courbet, je ne savais rien, je pensais en apprendre beaucoup grâce à ce roman.

Ce fut effectivement le cas car Pierre Perrin connaît fort bien son sujet que l’on côtoie de près à travers ses œuvres, ses expositions mais aussi dans ses amitiés avec les artistes de son temps et notamment Baudelaire et Champfleury.

On le suit pas à pas à Paris, à Ornans (sa ville de naissance et de cœur), à Dieppe et dans ses nombreux voyages et pérégrinations car l’homme à la bougeotte !

Très bien documenté, on apprend une foule de choses sur Courbet et sur son époque car l’auteur nous entraine au cœur des bouleversements politiques de ce siècle : la fuite de Louis-Philippe, les barricades, l’avènement de la seconde république puis de l’Empire et enfin la Commune.

Et si Courbet est la figure centrale du roman, Pierre Perrin s’attache surtout à nous dévoiler et à mettre en lumière une femme de l’ombre totalement oubliée : Virginie Binet. De dix ans l’aînée du peintre, cette grande lectrice fut sa plus fidèle alliée, sa muse, sa compagne et la mère de son fils unique.

Si Virginie Binet apparaît comme une femme lettrée, humble, douce et généreuse, toute dévouée à son grand homme, Gustave Courbet ne nous est pas présenté sous un jour favorable. L’homme se révèle colérique, lâche, méprisant égocentrique…

Peu importe, j’ai apprécié découvrir la naissance de plusieurs de ses toiles et notamment Un enterrement à Ornans, Les casseurs de pierre ou L’Après-dînée à Ornans. Pierre Perrin revient également sur les différents scandales qui ont émaillé la carrière de ce peintre réaliste et les commandes qui ont été confiées, notamment L’origine du monde.

Deux bémols toutefois : j’aurai préféré que l’auteur s’attarde davantage sur l’intimité du couple, ce qui doit être compliqué je le conçois vu le peu de matériel à sa disposition et moins sur les évènements politiques qui prennent parfois un peu trop de place.

Je n’ai pas ressenti autant de plaisir à cette lecture que je m’y attendais, sans doute parce qu’il manque un souffle romanesque pour moi et que j’ai besoin d’être happée par l’histoire pour ressortir conquise de ma lecture. J’ai eu parfois l’impression que l’auteur étalait un peu trop ses connaissances (name dropping notamment) et qu’il n’a pas su choisir entre biographie pure et roman, ce qui est son droit bien sûr.

Un titre intéressant néanmoins pour celles et ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur Gustave Courbet, je leur conseille de le découvrir peu à peu et non d’une traite pour éviter l’indigestion.

Je remercie Les éditions Robert Laffont pour leur confiance.

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  :

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Tout semble signe de bonheur à la jeune Renelde en ce jour de mai 1657. Elle quitte enfin le couvent des Ursulines de Lille. Les Van Eyck, brasseurs établis au coeur de la cité, l’ont élevée dans l’honorabilité, la richesse. Et une certaine liberté… Jusqu’à son mariage arrangé avec un noble désargenté qui lui fera vivre l’enfer. Avec courage et obstination, Renelde décide alors de prendre son destin en main. Elle crée une « chambre de dentelle » pour orphelines, espérant trouver la sérénité auprès de ses apprenties dentellières.
Mais elle croise le regard de l’étrange monsieur Grégoire, soupçonné d’hérésie…

Obstinée et courageuse, la jeune et jolie Renelde Van Eyck, fille d’un brasseur réputé de Lille, a pris sa destinée en main, envers et contre tous. Après le couvent, et une descente aux enfers auprès d’un mari qui lui répugne, elle a assisté au siège de Lille par les troupes de Louis XIV, a connu une épidémie de peste et la honte des pestiférés, elle a vu la mort l’effleurer.

Après son veuvage, alors que son frère et sa belle-sœur lui enjoignent de s’enfermer au couvent, elle créée une chambre de dentelle. Dans ce lieu féminin, elle va recueillir de petites filles qu’elle va former à devenir dentellières et pour qui elle va endosser le rôle de mère.

Célibataire et indépendante, elle vit avec ses filles et sa marraine le plus tranquillement du monde jusqu’au jour où Monsieur Grégoire, un homme secret soupçonné d’hérésie va faire naître en elle une petite étincelle qu’elle pensait à jamais éteinte.

La kermesse du diable signe mes retrouvailles avec Annie Degroote dont j’avais beaucoup aimé Les perles de la Moïka et un peu moins apprécié Le moulin de la Dérobade.

L’auteure prend une fois de plus pour toile de fond sa région natale, le Nord et la Flandre, et l’amour qu’elle lui porte transparaît tout au long de la lecture. La ville de Lille sert d’écrin à l’histoire de Renelde Van Eyck, une femme indépendante et courageuse qui a osé prendre son destin en main, contre l’avis de sa famille.

La plume d’Annie Degroote, est toujours agréable à lire, et le récit à deux voix a fait l’objet de recherches historiques indéniables, rendant le roman crédible, d’un point de vue purement documentaire.

D’un point de vue historique, ce roman est tout simplement passionnant, j’ai appris une foule de choses sur l’histoire de Lille au 17è siècle, sur la dentelle et les dentellières.

Autre point fort : la condition féminine à cette époque. Renelde est une femme de la bourgeoisie qui va se battre pour mener la vie qu’elle souhaite. Son père ne voulait pas qu’elle prenne mari et va lui choisir l’un de ses amis qui va se révéler un piètre époux. Puis après son décès, c’est son frère et sa belle-sœur qui vont souhaiter la voir prendre le voile.

J’ai beaucoup aimé qu’Annie Degroote opte pour une héroïne courageuse, qui va trouver sa voie et vivre en femme libre, bien aidée par sa marraine, qui avait fait le choix de demeurer célibataire elle aussi. L’autrice insiste aussi sur l’importance de la dentelle à cette époque et sur le travail minutieux que ses femmes accomplissaient pour l’embellissement d’autres femmes.

La place de la religion est également bien traitée, la société est à cette époque très croyante, la religion rythme les journées par ses offices et l’année par ses fêtes. Bien que l’on soit sous Louis XIV, les bûchers sont toujours là et la chasse aux sorcières, les soupçons d’hérésie, la peur de Satan… sont encore très présents.

Seulement voilà pour moi il y a un petit hic : je ne suis pas parvenue à m’attacher à Renelde et à me passionner pour sa vie. Reste que ce roman féministe vaut la peine d’être lu, ne serait-ce que pour cette mise en lumière de la place des femmes dans la société du 17è siècle.

Merci aux éditions Presses de la cité et à Marie-Jeanne pour leur confiance et pour cette lecture très intéressante.

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