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Posts Tagged ‘roman première guerre mondiale’

Le petit Paul a découvert son nom gravé sur le monument aux morts du village. Stupéfait, il entreprend des recherches et découvre l’histoire de son arrière arrière-grand-père, parti à la guerre en 1914.

il-s-appelait-comme-moi-jeanne-taboni-miserazziauteur-editeur-pagesUne classe primaire de Corse prépare la prochaine commémoration du 11 novembre. Les élèves et leur maître sont réunis autour du monument aux morts lorsque Paul Zittu découvre son nom sur la stèle et deux dates 1892-1915. Ce soldat mort si jeune au combat, faisait-il partie de sa famille ?

Ce sera pour Paul le point de départ d’une enquête familiale et la recherche d’indices pour savoir si cet homme dont il porte les nom et prénom est bien l’un de ses aïeux.

Jeanne Taboni Misérazzi construit ici son récit sur deux époques en parallèle. La nôtre avec le petit Paul qui se documente sur la guerre et le quotidien des poilus et 1914 à travers son aïeul tombé au champ d’honneur.

Et pour que l’enfant à qui ce récit est destiné s’y retrouve, le récit contemporain apparaît en noir et intervient dans le récit couleur sépia de 1914.

L’auteure découpe son récit en huit chapitres, six moments clés de la guerre et de la vie du soldat Zittu (1er août 1914, 2 août 1914, la mobilisation le 3 août 1914, le départ pour le front, juillet 1915 et le transfert à l’hôpital où il mourra de ses blessures). Les 1er et 8è chapitres étant consacrés au petit Paul de 2014.

Ces allers et retours dans le passé et le présent rythment bien le récit et inciteront les jeunes lecteurs à se renseigner sur celle que l’on surnommait avec espoir, la Der des der, la guerre la plus meurtrière au monde.

Les illustrations de Virginie Grosos toutes en blanc, gris et sépia, sont d’une grande simplicité et d’une douceur bienvenues dans ce monde de violence même si l’auteure reste dans une grande sobriété car Il s’appelait comme moi est destiné à un jeune lectorat à partir de 9/10 ans.

Jeanne Taboni Misérazzi a eu la bonne idée d’insérer à la fin de l’histoire un arbre généalogique et toutes les informations utiles pour que les enfants fassent aussi leurs propres recherches familiales, une bonne manière d’aborder cette guerre et d’inciter les enfants à questionner leur entourage.

Un roman bref et qui va à l’essentiel, à mettre entre les mains des enfants pour leur fait comprendre ce qu’était cette Grande Guerre.

heart_3Lu dans le cadre du challenge Première guerre mondiale  :

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Lyon, 1913. Malgré les préjugés, Adélie, 17 ans, est bien décidée à poursuivre ses études à l’université pour devenir médecin. Lors d’un déjeuner organisé par ses parents, elle rencontre Antonin, qui, comme elle, se destine à des études de médecine. Les deux jeunes gens tombent amoureux l’un de l’autre.

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Jeune fille de la bonne bourgeoisie lyonnaise, Adélie Fleuriot a 17 ans et elle est passionnée par les mathématiques et les sciences, elle se destine même à devenir médecin. Sa mère Léontine voit d’un mauvais œil son ambition mais son père, Hyppolite, cadre dans l’agence du crédit Lyonnais, laisse faire son aînée.

Elle est sur le point de passer son baccalauréat lorsque l’on fait sa connaissance et celle de Bérangère Marty, sa meilleure amie, qui se destine à la même profession et qui comme elle déteste la couture. Les deux amies suivent leurs études dans un lycée de jeune fille qui entend bien faire d’elles de parfaites maitresses de maison.

Lors d’un déjeuner en famille, elle fait la connaissance d’Antonin, qui comme elle est passionné de médecine et sur le point de pour passer son baccalauréat, tout comme les deux jeunes filles.

Fils d’un collègue de son père et d’une artiste peintre qui a du abandonner son art, il tombe immédiatement amoureux d’Adélie qui est sous son charme également. Mais cette histoire naissante ne plait guère à Léonine qui tient plus que tout à la réputation de la famille. Les deux jeunes gens sont donc contraints de se voir en cachette.

Au-delà de cette histoire d’amour, le roman de Catherine Cuenca, dresse le portrait d’une jeune fille passionnée par l’idée de soigner. En 1913, les demoiselles qui passent le baccalauréat ne sont pas légion et celles qui veulent faire médecine, moins nombreuses encore. Ses parents ne prennent pas ses études au sérieux, même s’ils les financent, et pensent que la médecine n’est qu’une lubie qu’elle abandonnera pour se marier, alors que c’est une véritable vocation pour Adélie. Ils attendent d’Adélie comme de sa soeur Mélanie, de faire un beau mariage et de devenir de parfaites maitresses de maison.

On comprend très vite qu’Adélie est tout à fait opposée aux desseins de sa mère : elle ne songe pas au mariage mais entend bien être médecin et surtout exercer la médecine car certaines jeunes femmes fraichement diplômées se consacraient ensuite à leur mari et à leurs enfants et rares étaient celles qui avaient leur propre cabinet.

Le choix d’Adélie permet à Catherine Cuenca de revenir sur le contexte social de cette France d’avant le premier conflit mondial et plus précisément sur la place dévolue aux femmes de la bonne société, censées donner des ordres à leur domesticité, élever leurs enfants et ne se préoccuper que de briller en société par leurs belles toilettes et leur conversation convenue.

Des vies futiles et superficielles pour Adélie qui refuse le schéma social établi et la guerre va finalement l’aider à se réaliser.

J’ai adoré ce roman pour adolescent, je me suis laissée prendre à cette jolie histoire d’amour, un peu convenue mais charmante, mais j’ai surtout aimé Adélie. Notre héroïne au caractère bien trempé et entier ne s’en laisse pas compter et à l’heure du choix, elle osera braver sa famille. Elle refuse les conventions, les compromissions et ne veut pas se conformer aux conventions que sa famille tente de lui imposer. Un joli portrait de femme en somme.

A dire vrai, j’ai tellement aimé que j’ai lu ce roman d’une traite, commencé le matin et terminé au coucher, ce qui ne m’arrive quasiment jamais. Alors certes, Le choix d’Adélie n’est pas un chef d’œuvre mais c’est un très bon roman, bien écrit et bien construit, qui a le mérite d’enseigner aux jeunes filles le chemin parcouru entre l’époque d’Adélie et la nôtre. Mon seul bémol porte sur la fin du récit, trop convenue malheureusement !

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Lu en lecture commune avec Claire dans le cadre du challenge Première guerre mondiale :

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11 novembre 1918, quelque part sur le front Ouest, 7 heures du matin. L’Armistice a été signé. A onze heures du matin, la guerre se terminera. Toutes les attaques doivent être annulées. Will Franklin fait partie d’un groupe de soldats envoyés en mission à la recherche de combattants allemands au coeur d’une forêt. Personne ne leur a annoncé que la guerre était finie. Il y a encore quelques mois, Will était lycéen. Et voilà que maintenant, il est sur le point d’affronter l’épreuve la plus terrifiante de sa vie, au moment où trois mondes entrent en collision et où trois jeunes gens se battent pour survivre durant les ultimes heures de la Première Guerre mondiale.

11-novembre-paul-dowswellauteur-éditeur-pages11 novembre 1918. Après des semaines de tergiversations, l’Armistice va enfin être signé à Rotondes, mais cela les trois jeunes héros du roman de Paul Dowswell et les troupes auxquelles ils appartiennent ne le savent pas.

Axel Meyer, un allemand, vit sa première journée de guerre, la peur au ventre. Son frère Otto est revenu du front gueule cassée et souffrant de démence. William Franklin, un anglais de seize ans seulement, est sous le commandement de son frère aîné Jim depuis quelques mois déjà, l’un de leurs frères est mort au combat dans les premiers jours de la guerre. Eddie Hertz, un pilote américain de 19 ans d’origine allemande, cherche à imiter les exploits de Guynemer et veut obtenir la distinction d’As de guerre.

Paul Dowswell, à travers ces trois soldats, nous fait vivre les dernières heures du premier conflit mondial, dans une sorte de huis clos angoissant. Un décompte, presque heure par heure, avec des combats, des bombes, des morts et des blessés inutiles, qui s’affrontent toujours alors que la guerre est finie, parce qu’ils ont reçu l’ordre de se battre jusqu’au bout et parce que certains commandants souhaitent briller en cette toute dernière journée de guerre.

Trois soldats et trois points de vue, trois visions souvent tragiques et morbides et un décompte des heures certes éprouvant pour les nerfs du lecteur, mais terriblement efficace. Rondement mené par l’auteur, le récit n’offre aucun temps mort et aucun répit pour ses protagonistes comme pour ses lecteurs. La mort plane, les tensions montent dans les différents camps, les esprits s’échauffent parmi les soldats of course mais aussi chez les civils qui rêvent de revanche et se payer du boche, notamment ceux qui ont un peu trop collaboré (déjà) avec les allemands.

Ce roman destiné aux adolescents ne manquera pas de faire mouche auprès du jeune lectorat mais aussi auprès des adultes car on ne peut qu’être ému par ces jeunes combattants, morts pour rien, pour la folie d’empereurs, de rois et de généraux qui se tenaient eux, très loin des tranchées et des zones de combat.

Paul Dowswell signe ici un roman historique simple mais efficace et très convaincant, un bel hommage aux Fritz, Tommies et Yanks qui ont perdu leurs vies et leurs jeunesses entre 1914 et 1918. A mettre entre toutes les mains absolument ! Un grand merci à Babelio et aux Éditions Naïve pour cette lecture haletante.

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Lu dans le cadre du challenge Première guerre mondiale et du Mois anglais :

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Lorraine, hiver 1918-1919. Dans un village en ruines à quelques kilomètres du front, une communauté de rescapés s’organise pour que la vie continue.
Louise, seize ans, est recueillie au 1, rue des Petits-Pas par une sage-femme qui va lui transmettre son savoir : accoucher, bien sûr, mais aussi lire et écrire, soigner les maux courants et, enfin, être l’oreille attentive de toutes les confidences. Mais dans ce village ravagé par la guerre et isolé du monde, les légendes nourrissent les peurs, et la haine tient les hommes debout. Ces peurs et cette haine, Louise va devoir les affronter car elle exerce son art dans l’illégalité, élève un enfant qui n’est pas le sien, aime un être qu’elle n’a pas le droit d’aimer, et tente de se reconstruire dans cet univers où horreur et malveillance rivalisent avec solidarité et espoir.

1-rue-des-petits-pas-nathalie-hugauteur-éditeur-pagesA la fois roman d’apprentissage et roman historique sur fond de démobilisation, Nathalie Hug prend pour décor la Lorraine qu’elle connaît bien et qui est un champ de ruines après l’armistice du 11 novembre 1918. Tout est à reconstruire : les champs sont minés, les habitations, écoles et commerces en ruine et les hommes, femmes et enfants en morceaux.

On ne compte plus les mutilés et les traumatisés des tranchées mais aussi les viols et les massacres de civils par les soudards et les assoiffés de sexe que sont les soldats, qui agissent dans l’impunité la plus totale.

Louise est une jeune fille de 16 ans, sans aucune famille, qui a été victime d’un viol collectif. Transférée dans un camp de réfugiés, elle en est sortie par Anne, une matrone qui décide de lui enseigner son métier. Bien que Louise soit analphabète, elle se révèle vite très douée en tant que sage-femme et décide d’exercer son art pour soulager les habitants, hommes et femmes, bien qu’elle agisse dans l’illégalité la plus totale : elle n’a pas l’âge requis ni le brevet de sage-femme et encourt donc une peine de prison si elle se fait dénoncer.

Et elle a du mérite car la population la maltraite souvent, la traitant d’ignorante, elle en but aux médisances mais cette population a besoin d’elle car les maladies vénériennes pullulent et se répandent vite dans ces villages ou hommes et femmes ont du ronger leur frein pendant quatre longues années.

1, rue des petits-pas dépeint avec justesse une réalité dure et très brutale, où hommes, femmes et enfants survivent comme ils peuvent dans une région totalement dévastée et défigurée par la guerre. Les survivants vivent dans une grande précarité et dans une certaine solidarité mais aussi dans la haine et les ragots, à un époque où les peurs ancestrales sont encore vivaces.

Nathalie Hug nous offre un portrait intéressant du métier de sage-femme et de la médecine obstétrique et nous immerge au cœur de ces mois qui ont suivi la fin du premier conflit mondial, de ce point de vue-là j’ai trouvé ce roman réussi, mais, car oui il y a un mais, j’ai eu du mal avec le style de l’auteur et la lourdeur du texte, avec notamment beaucoup de crudité dans les propos. Le personnage principal, pour qui j’avais une certaine empathie au début du récit, m’a peu à peu agacée, l’auteur insiste trop sur des évidences comme le traumatisme de son viol, et la rend au final assez antipathique.

Un roman intéressant par son sujet et par son cadre historique mais qui ne m’a pas totalement convaincue.

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Lu dans le cadre du challenge Première guerre mondiale :

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Verdun, avril 1916. En première ligne, l’épouvante des tranchées : un gouffre de peur, de faim, de froid. Mais pas seulement. Non loin de l’ennemi déclaré, un autre, plus sournois, sévit. Un adjudant qui se repaît de la souffrance de ses hommes. Un bourreau que la guerre, enfin, autorise à tuer.

les-carnets-de-guerre-de-victorien-marsauteur-éditeur-pagesLors de mon dernier passage à la médiathèque, j’étais en quête d’un roman de Maxence Fermine, dont je ne connaissais pas encore la plume. J’hésitais entre Neige et La petite marchande de rêves et je suis repartie avec Les carnets de guerre de Victorien Mars, oui je sais je suis enquiquineuse dans l’âme, surtout avec moi-même ! Et à chaque passage, ça se solde de la même façon, c’est toujours comme ça, je note dans mon petit carnet de bibliothèque (je suis très organisée comme vous le voyez) les livres que je veux emprunter sauf qu’une fois là-bas je change invariablement d’avis, attirée par des couvertures ou des auteurs mis en avant par les bibliothécaires. Mais si vous me lisez depuis quelques temps, vous connaissez mon intérêt pour la guerre 1914-1918 ravivé par trois excellents romans Les âmes grises, 14 et La chambre des officiers, aussi, lorsque j’ai vu celui-ci, je n’ai pas réfléchi, je l’ai embarqué illico et je peux vous avouer que j’ai bien fait.

On rentre illico dans le vif du sujet : Victorien Mars, le narrateur, tapi dans une tranchée, subit le feu nourri des canons allemands. Il est dans le No man’s land, ce territoire du champ de bataille qui n’appartient à personne, pile entre les lignes françaises et les lignes allemandes. En compagnie de ses camarades d’infortunes, Tanguy Estève, un tonnelier de St Jean de Luz de 20 ans, Matteo Capitone, un marseillais originaire de Bari en Italie âgé de 25 ans et Luc Berger, un artiste peintre montmartrois de 26 ans. Il attend la mort car il a un pistolet posé sur sa tempe et au bout de ce pistolet, un soldat français ! Pourquoi ? Nous n’en saurons pas plus pour le moment, retour en arrière, le 1er août 1914, jour de la déclaration de guerre.

Victorien Mars, un nom prédestiné à la guerre, on n’arrête pas de le lui dire, est horloger à Lyon lorsqu’éclate la guerre. Ce sont ses carnets qui vont nous raconter sa guerre. Lui, il n’en veut pas de cette guerre, il est déjà bien malheureux comme ça et surtout il veut terriblement vivre, mais comme il ne veut pas faire tâche dans le beau tableau patriotique, il affiche, comme les autres, le même désir revanchard envers les allemands.

Victorien a peur de mourir mais aussi peur de devenir un assassin, absous de ses crimes par la patrie qui envoie la chair à canon par wagons entiers, se faire massacrer dans l’indifférence générale. Les militaires de carrière en prennent pour leur grade, sous la plume de notre héros : le général Joffre, le grand héros de la guerre en premier, qui restera à l’arrière, à dormir dans des châteaux, pendant que la bleusaille, dort dans la boue et le froid. Fermine nous rappelle qu’il est l’auteur de l’ordre du jour du 6 septembre 1914, premier jour de combat : Au moment où s’engage une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n’est plus de regarder en arrière. Tous les efforts doivent être employés à attaquer et refouler l’ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que reculer. Le ton est donné : vaincre ou mourir. Et en effet, les poilus auront intérêt à avancer ou tenir leurs positions sous peine de se faire exécuter par leurs chefs, dans la boue des tranchées ou au petit matin, par le peloton d’exécution, morts pour l’exemple. Ils partent à l’assaut la peur et la faim au ventre car ils sont nombreux et les vivres manquent. Alors Victorien et les autres ont faim, et notre poilu décrit par le menu le fossé immense qui sépare la chair à canon, qui n’a aucun droit et qui subit encore et encore, des militaires de carrière, qui ne prennent pas part aux assauts, comme le commandant Braque, chef de Victorien à Ypres, têtu comme une mule, méchant, froid et déterminé, qui n’a cure de perdre ses hommes et qui ne se soucie que d’honneur et de bravoure. Un homme pourtant, l’adjudant L’As de Pique, lui, a soif de sang et de mort. A chaque mission, à chaque assaut, il est le seul à survivre de son équipe, on comprendra pourquoi !

Fermine revient aussi sur les exécutions pour l’exemple, sur les nettoyeurs de tranchées, sur l’amélioration du quotidien du soldat avec les marchés parallèles qui se mettent en place, sur les courriers tant attendus, sur la paix dont Victorien dit qu’elle n’est pas pour les Poilus mais pour les gradés, car la paix n’est jamais signée dans la boue mais dans les palais, et sur bien d’autres choses encore mais je ne veux pas tout vous dire ici, il faut lire ce récit absolument.

Ce roman est apparemment tout à fait méconnu et pourtant il mérite vraiment qu’on s’y intéresse, je compte d’ailleurs l’acheter et le faire lire aux garçons lorsqu’ils auront l’âge, tant il est intelligent par son propos et très bien écrit. Et, la prouesse de Maxence Fermine est colossale : décrire l’enfer des tranchées, sans entrer dans le détail, en restant à la marge mais sans perdre en intensité, en puissance. Les carnets de guerre de Victorien Mars sont avant tout des réflexions sur la guerre, sur le quotidien des Poilus, leurs peurs, leurs doutes. Des propos ciselés à la perfection, bien sentis et qui font mouche sans avoir besoin de tomber dans les excès sanguinolents, il n’y en a pas ici.

On referme le livre le cœur léger, apaisé, heureux d’avoir lu un si beau texte, avec l’envie de découvrir les autres romans de Maxence Fermine, s’ils sont du même calibre, ça promet d’excellents moments de lecture.

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Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d’entre eux. Reste à savoir s’ils vont revenir. Quand. Et dans quel état.

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Il y a des romans qui attendent dans ma PAL depuis des lustres et  il y en a d’autres qui ont à peine le temps de s’y faire que je les extraits déjà, c’est le cas de 14 de Jean Echenoz. J’avais envie de lire ce livre pour au moins deux bonnes raisons. La première : il a pour cadre la 1ère guerre mondiale et que je suis passionnée par l’histoire des 17 et 18è siècles mais aussi par celle qui court de la Belle Epoque aux années 20. Autant il y a une abondante production littéraire autour de la seconde guerre mondiale, autant en comparaison, celle consacrée à la première, est nettement moins fournie et je ne peux m’empêcher de trouver à dommage car il y a beaucoup à dire, aussi mon intérêt est toujours grand dès que je tombe sur un roman qui a pour cadre 1914-1918. La deuxième raison est d’honorer le challenge Lire sous la contrainte consacré aux nombres. C’est aussi l’occasion de découvrir Jean Echenoz que je n’avais encore jamais lu. 14 est également mon dernier livre du mois de mars, il ne compte donc pas pour mon défi palesque.

J’avais été très émue l’année dernière par la lecture de La chambre des officiers, un roman que je vous conseille vraiment et qui est consacré à un épisode mal connu de cette guerre, les gueules cassées. Ce livre, hommage au grand-père de Marc Dugain, est bouleversant. Ici Jean Echenoz plante son décor, non pas dans un hôpital, mais dans les tranchées. Une réalité dure et implacable attend les 5 héros du livre : Anthime, Charles, Padioleau, Bossis et Arcenel. Originaires du même village de Vendée, ils vont se retrouver en quelques jours dans les Ardennes, face à l’ennemi.

La réalité, ils la prennent de plein fouet : charger les allemands à la baïonnette, dans leur bel uniforme aux couleurs bien vives, qui font d’eux des cibles idéales et tellement faciles pour ceux d’en face, la faim qui les oblige à manger ce qu’ils trouvent, les blessures, les copains tués à côté d’eux, les bouts d’hommes et de membres qui leur retombent dessus, l’horreur sur toute la ligne, en un mot l’enfer des tranchées, rien ne leur sera épargné. Comment ne pas comprendre en lisant ce roman leurs peurs, les envies de désertions qui se sont emparés des hommes qu’on envoie se faire massacrer, comme une vulgaire chair à canon, pour garder une colline, pour ne pas reculer d’un mètre ou en prendre un à l’ennemi ?

Jean Echenoz nous livre ici un tableau de la guerre de 14 vue à travers le parcours de ces jeunes vendéens, qui connaîtront des fortunes diverses. Une femme, Blanche, attend le retour de Charles, l’élégant directeur de l’usine familial, adepte de la photographie et pilote d’aéroplanes amateur, qui m’a rappelé dans son comportement et son caractère Edward du Dernier été à Mayfair.  Formidablement écrit et ciselé comme j’aime, ce bref roman m’a plutôt enchantée. J’avoue avoir été vraiment séduite par le style d’Echenoz qui a l’art de susciter des images saisissantes et impitoyables sans jamais tomber dans le glauque ou la lourdeur. Le choix des mots, la qualité stylistique, le pouvoir de suggestion m’ont vraiment emballée. Mon seul bémol vient aussi de là, le style chirurgical, l’économie de mots, la brièveté du récit qui avaient fait mon bonheur dans Soie et Les trois lumières, ne m’a ici pas du tout émue et emportée. Il manque de l’humanité, je n’ai pas pu m’attacher aux personnages et ça c’est bien dommage.

Reste que 14 est un grand roman, je me suis délectée des mots, des phrases ciselées par Jean Echenoz, et ce n’est pas rien !

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Lu dans le cadre du challenge Lire sous la contrainte 

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En 1914, tout sourit à Adrien, ingénieur officier. Mais, au début de la guerre, lors d’une reconnaissance sur les bords de la Meuse, un éclat d’obus le défigure. En un instant, il est devenu un monstre, une « gueule cassée ». Adrien ne connaîtra ni l’horreur des tranchées ni la boue, le froid, la peur ou les rats. Transféré au Val-de-Grâce, il rejoint une chambre réservée aux officiers. Une pièce sans miroir où l’on ne se voit que dans le regard des autres. Il y restera cinq ans. Cinq ans entre parenthèses. Cinq ans pour penser à l’avenir, à l’après-guerre, à Clémence qui l’a connu avec son visage d’ange. Cinq ans à nouer des amitiés déterminantes pour le reste de son existence…

Marc Dugain choisit pour son premier roman un sujet relativement méconnu de la guerre 14-18, celui des blessés de la face que l’on a surnommé à juste titre les gueules cassées. Un monde inconnu pour beaucoup d’entre nous mais pas pour l’auteur puisque son grand-père, dont il s’est largement inspiré pour ce roman, était justement l’une de ces gueules classées.

Adrien part à la guerre après une nuit d’amour avec Clémence, une inconnue qu’il rencontre sur un quai de la gare de l’Est alors qu’il est en partance pour les Ardennes. Ingénieur officier, il peut se permettre de retarder son arrivée de quelques heures et cette nuit d’amour va l’accompagner tout au long de son séjour au Val-de-Grâce.

Quelques heures après son arrivée sur le front, il part en reconnaissance avec deux hommes et se retrouve grièvement blessé, rapatrié à l’arrière et le premier blessé de la face de la guerre.

C’est le quotidien au sein de l’hôpital, avec ses camarades d’infortune, tous des gueules cassées, que l’on suit. Les multiples opérations, la souffrance mais aussi la solidarité et l’amitié, les parties de cartes. Les compagnons d’infortune d’Adrien, Weil et Penanster, resteront liés à jamais, jusqu’à leur mort.

Malgré le sujet grave, Marc Dugain échappe aux écueils faciles, Adrien ne s’appesantit pas sur son malheur et va de l’avant, il n’y aucun misérabilisme et il y a même de l’humour. Il ne passe pas sous silence les morts nombreuses et les mutilisations en tous genre, les débuts de la chirurgie réparatrice, les mots crus du chirurgien, l’horreur dans les yeux des gens qui croisent ces vétérans défigurés. La reconstruction est dure, nécessite de nombreuses opérations avant que ces malheureux reprennent un semblant de visage humain, quand c’est possible et ce n’est pas toujours le cas, beaucoup meurent et certains choisissent le suicide, en désespoir de cause.

Et si la grande majorité des gueules cassés sont des hommes, Marc Dugain pense aussi aux infirmières blessées sur le front. Il introduit dans son roman Marguerite, une blessée de la face comme eux, avec qui ils vont lier une amitié indéfectible. Si les hommes rencontrent l’amour et se marient, Marguerite, elle, n’aura pas cette chance et restera célibataire.

Un grand roman que j’ai beaucoup aimé et que je vous recommande vivement.

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Nous sommes en 1917 dans une petite ville de province. Toute la société des notables est présente et tient son rôle. Le maire, le juge, le procureur, le flic, le médecin… tous font rouler depuis des années l’agréable train-train de la comédie sociale faite d’amicaux échanges. C’est curieux, même la Grande Guerre ne semble pas avoir bousculé les positions et les habitudes de chacun. Tout reste bien en place dans l’immuable tranquillité de la bourgeoisie sûre d’elle-même. Pourtant tout bascule lorsqu’une fillette de 10 ans est retrouvée morte dans l’eau. La petite Belle-de-Jour, comme on l’appelle. Tous la connaissent, elle servait au Rébillon, la seule brasserie restaurant du coin. « Bien, bien, bien… » reprend le juge, tout content d’avoir un meurtre, un vrai à se mettre sous la dent, un meurtre d’enfant en plus, et de petite fille pour couronner le tout. Dès lors, le soupçon gagne et rogne les âmes grises de nos notables. En premier lieu le procureur qui habite au château, juste à côté du lieu du meurtre…

Philippe Claudel plante son décor dans une petite ville de Province, dont il tait le nom, un lieu symbole de tous les villages français de ce 20è siècle qui commence dans la chair et le sang. Hiver 1917. En toile de fond, la première guerre et ses tranchées, ses bombes qu’on entend, le front est tout près, ce qui ne bouleverse pas le quotidien des habitants, qui continuent à vivre comme si de rien n’était.

Dans ce village, une fillette, Belle de Jour, enfant aux allures d’ange blond, a été assassinée. Le narrateur, policier de son état, est chargé de l’enquête et nous dissèque admirablement les âmes de ce village, leurs âmes grises sur fond noir.

Qui a tué Belle de Jour ? Un homme de passage ? Le soldat breton déserteur ? Le procureur Destinat ? Et pourquoi la jeune institutrice, Lysia, si pleine de vie, s’est-elle suicidée sans que personne ne puisse prévoir l’issue fatale ?

Philippe Claudel nous livre ici un roman puissant, magnifique et bouleversant, qui m’a souvent mis la larme à l’œil. Les personnages (Destinat, Mierck, Lysia, Belle de Jour, Joséphine, Clémence) évoluent dans une atmosphère particulièrement pesante, écrasante, et sont autant de destins tragiques qui nous laissent un goût amer.

Un roman que je vous recommande chaudement, bien construit mais difficile à chroniquer, sans dévoiler les zones d’ombres et les mystères qui entourent ces deux morts.

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