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Posts Tagged ‘roman Young adult’

Après une enfance mi-africaine mi-méridionale et une jeunesse en Espagne où elle a travaillé comme mannequin, Anne-Marie Pol fait des Études Théâtrales à Censier Paris III. À la même époque, elle se met à écrire. Son premier roman, publié en 1986, est suivi par beaucoup d’autres –; dont les 40 volumes de la célèbre série  » Danse ! « . Passionnée par l’Histoire, Anne-Marie Pol est également l’auteur de plusieurs romans historiques. C’est à la suite d’un voyage en Biélorussie qu’elle a imaginé le parcours aventureux de Félicité d’Autin.

1812, Moscou. Félicité d’Autin jeune Française de 16 ans, vit avec sa mère Julie sous la protection d’une riche famille russe, les Golovine. L’ancienne actrice, veuve d’un lieutenant de l’Empire, est devenue lectrice de français de la comtesse Golovine.

Passionnément amoureuse de Fédor, le fils de la maison âgé de dix-huit ans, la jeune française voit l’avenir en rose, lorsque la guerre éclate. Napoléon envahit la Russie, et le voilà aux portes de Moscou avec son armée !

Fédor s’engage pour le combattre, sa famille fuit, et les deux françaises restent piégées dans la ville, faute d’un sauf-conduit refusé par le gouverneur de Moscou, le comte Rostopchine, père de la future Comtesse de Ségur.

Dès l’entrée des français dans Moscou, le palais Golovine est pris d’assaut par des militaires, obligeant Julie et Félicité à prendre la fuite à leur tour alors que Moscou tombe dans le chaos, en proie aux flammes…

Tiré d’un vrai journal intime retrouvé abimé et qu’Anne-Marie Pol a complété, De feu et de neige met en scène une adolescente française face à l’invasion napoléonienne.

Le décor historique est intéressant, l’autrice s’est bien documentée et reprend les faits tels qu’ils se sont passés, avec des personnages ayant réellement existé. Elle y intègre des éléments fictionnels bien évidemment puisque nous sommes dans un roman.

Vous connaissez mon intérêt pour la Russie et ce roman pour adolescents m’avait tapé dans l’œil par sa couverture, vraiment sublime, et grâce à l’époque à laquelle il se passe, le règne d’Alexandre Ier, qui va faire face à la campagne de Russie menée par l’ennemi d’une grande partie de l’Europe : Napoléon Ier.

Une période que l’on croise peu voire pas du tout en littérature française, contrairement à la révolution russe ou au règne tragique de Nicolas II.

De ce point de vue-là, le roman est intéressant quoique ce contexte historique n’est pas assez exploité à mon goût car l’histoire principale, c’est bien sûr celle de Félicité qui brûle d’amour pour son barine, Féodor, et qui va être confrontée à cette invasion française, elle qui se sent tellement russe.

Lorsque l’on rentre dans le roman, on a l’impression de le prendre en cours de route : les personnages principaux, Julie et Félicité, ne sont pas réellement présentés et on apprendra des bribes de leur passé au fil de la lecture.

Julie est hautaine et se prend pour une aristocrate alors qu’elle est sans le sou, méprisant « la valetaille », quant à Félicité c’est une jeune fille assez mièvre, uniquement préoccupée par l’amour qu’elle porte à son « aimé », Féodor. Elles ne m’ont paru attachantes ni l’une ni l’autre et j’ai lu leurs aventures sans déplaisir mais sans grand intérêt non plus.

Il y a relativement peu d’action, à l’exception de la dernière partie, quant au dénouement, il est tellement tiré par les cheveux et invraisemblable qu’il frise le ridicule.

Alors, certes ce roman est à destination des adolescents, mais pourquoi autant de niaiserie et passer sous silence la réalité de cette invasion française et la dureté des évènements qui se sont réellement passés avec pour point d’orgue, l’incendie de Moscou ?

Je ressors déçue de cette lecture, restée sur ma faim devant cette bluette alors que le sujet historique se prêtait à une histoire passionnante…

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Après des études de lettres, Catherine Ganz-Muller devient monteuse dans le cinéma. Passionnée de littérature, elle ouvre une librairie à Paris puis se tourne vers le métier de bibliothécaire. Elle a écrit des articles pour des magazines, des nouvelles, des romans pour les adolescents, un roman pour enfant lauréat du prix Chronos 2010, des romans pour adultes.

Cologne, Allemagne, 1934. Poussé à l’exil par les lois anti-juives, le libraire Alexander Mendel est obligé, la mort dans l’âme, de s’exiler en France avec sa famille.

Il confie sa librairie, fondée plusieurs décennies auparavant, à son jeune employé, Hans Schreiber, en qui il a toute confiance et qui lui a promis de garder la librairie pour lui en son absence.

Le jeune homme, orphelin de père suite à la première guerre mondiale, fréquente la librairie depuis son enfance et a trouvé en Alexander, un père de substitution. Pour lui, le régime nazi et son aryanisme sont des aberrations et il les exècre de tout son coeur.

Par fidélité à son mentor et par haine du régime nazi, Hans décide de se battre, malgré les menaces et les bombes, pour que la Librairie bibliothèque, ce lieu d’érudition chaleureuse qui permet “que chacun ait la possibilité d’avoir un livre dans les mains, qu’il soit riche ou pauvre” continue à vivre dans cette période tragique.

Avec Le libraire de Cologne, Catherine Ganz-Muller nous invite à lire le combat d’un libraire allemand de 1934 à 1945. Une histoire inspirée de la réalité, celle de la librairie Lengfeld fondée le 1er juillet 1842, propriété de la famille Ganz, forcée de la vendre à Hans Schmitt en 1934, qui va lutter tout au long de la guerre pour sa sauvegarde.

Le roman, à destination des 14 ans et plus, aborde avec grand réalisme les lois anti-juives du IIIè reich et n’omet rien des persécutions que les juifs subirent ni des évènements qui jalonnent la montée du nazisme.

L’autrice montre également que si une grande majorité des allemands étaient des admirateurs du führer, ne montrant aucune compassion envers leurs collègues et voisins, se réjouissant même de leurs malheurs, elle n’en oublie pas que tous les allemands ne sont pas à mettre dans le même sac.

Certains ont lutté contre le régime, entrant en résistance et le payant bien souvent de leurs vies, c’est ce que va faire Hans Schreiber : il va résister aux nazis, avec les deux autres employés de la librairie qui vont l’aider à tenir la barre mais aussi des voisins et des clients qui vont continuer à fréquenter les lieux, lui permettant de survivre.

La figure centrale du récit c’est bien sûr cette librairie bibliothèque fondée par Mandel dont le but est avant tout la diffusion des livres et non faire commerce à tout prix. Chacun peut passer ses journées dans le coin bibliothèque à lire, c’est ainsi qu’il fait la connaissance du jeune Hans qui va devenir son apprenti, puis son bras droit.

L’autre figure importante, c’est bien sûr Hans, un homme bon, qui reprend le flambeau de son mentor, animé par l’amour des livres mais aussi fidèle à la famille Mendel avec qui il continue de correspondre pendant la totalité de la guerre.

Attaquée par les décrets nazis, bombardée, éventrée, pillée la librairie de Cologne va subsister par la volonté et le courage sans faille d’Hans mais aussi d’alliés inattendus.

J’ai beaucoup aimé cette histoire très bien documentée, les personnages qui la traversent et je trouve que ce roman devrait être étudié en classe de 3è, le nazisme et la seconde guerre mondiale étant au programme, ce livre est parfait pour familiariser les jeunes lecteurs à l’Histoire.

Cerise sur le gâteau : l’auteure a eu la bonne idée d’ajouter en fin d’ouvrage une notice chronologique et des explications sur le vocabulaire de la seconde guerre mondiale afin que les jeunes puissent avoir toutes les informations importantes sous la main.

Pour conclure, un roman passionnant et plein de suspens, une histoire sombre mais aussi pleine d’espoir qui montre aux adolescents que même lorsque règnent la haine et la terreur, la lumière vient des livres, véritables fenêtres de liberté, à préserver à tous prix.

Un grand merci aux éditions Scrinéo pour cette lecture à découvrir absolument !

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À 13 ans, Sophie Chérer rêvait de devenir juge des enfants pour combattre l’injustice. À la fin de ses études de droit et criminologie, elle abandonne pourtant la carrière de magistrate mais trouve un autre moyen de suivre sa vocation. Depuis sa Lorraine natale, ses différents types d’écrits prolifèrent. Les uns lui permettent de mettre en valeur le travail de ses collègues artistes. Les autres sont aussi, la plupart du temps, des hommages romancés. Une manière de leur rendre justice.

Vincent Van Gogh peint comme un fou depuis son arrivée à Auvers-sur-Oise, quand il rencontre deux jeunes gens de bonne famille, les frères Secrétan. L’aîné, Gaston, est un artiste en herbe, timide, incertain de sa vocation.

Au premier regard, il considère Vincent comme un génie. Le cadet, René, est obsédé par Buffalo Bill. À la pêche comme à la chasse, accompagné de sa bande, il tire sur tout ce qui bouge.

La correspondance de Vincent ne les mentionne ni l’un ni l’autre. Pourquoi ? On sait qu’il leur a offert des tableaux, dont nul n’a retrouvé trace. Pourquoi ?

Gaston et René vont fréquenter Vincent quasi quotidiennement pendant près de six semaines. Et si cette rencontre ne va rien changer à la vie du peintre, elle va peut-être tout changer à sa mort.

Vincent Van Gogh fait partie de mes peintres préférés et si j’admire ses peintures, je connais assez peu sa vie, dans les grandes lignes seulement. Depuis toujours, il a été couramment admis qu’il a mis fin à ses jours le 29 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise.

Seulement, depuis quelques années, certains romanciers et biographes remettent en cause ce scénario. Pourquoi ?

Parce que Vincent n’a pas laissé de lettre expliquant son geste. Mais tous les suicidés ne couchent pas forcément leurs intentions sur papier. Alors ?

D’autres raisons font également douter : l’arme qui a servi à sa mort n’a pas été retrouvée. Et surtout, pour quelle raison Vincent se serait-il tiré une balle dans le ventre en plein champ pour finalement retourner à l’auberge mourir dans son lit au bout de près de trente heures d’agonie ?

Et si Vincent ne s’est pas suicidé, qui l’a tué ? Les frères Secrétan ! C’est ce que sous-entendait Jean-Michel Guenassia dans La valse des arbres et du ciel et c’est la thèse que reprend Sophie Chérer pour tisser la trame de Tuer Vincent.

L’autrice nous donne à lire ici, le récit du dernier été de Van Gogh passé à peindre dans une frénésie, une certaine urgence. Elle nous montre la vie d’ascèse du peintre, totalement dévoué à son art et sa rencontre avec les frères Secrétan, issus de la bourgeoisie parisienne.

Gaston, l’aîné, qui barbouille quelques toiles, va voir en Van Gogh un maître, alors que son cadet, René, va n’avoir de cesse que de le persécuter, le rabaisser, le traiter de prussien, etc.

Vincent, qui a échangé de nombreuses lettres avec son frère Théo cet été-là, comme à son habitude, ne fait nulle part mention des frères Secrétan !

Quelle est la part de réel dans cette histoire et celle des conjonctures ? Peu importe où est la vérité puisqu’ici Sophie Chérer nous propose une fiction, un récit âpre à lire lorsque l’on aime le peintre car on le voit malheureux, tourmenté, malmené mais aussi exalté par la peinture.

Un récit destiné aux adolescents mais aussi aux adultes car si les chapitres sont courts, le vocabulaire adapté et la typographie assez grosse, l’histoire, comportant des passages crus et explicites quant à la sexualité, n’est pas à mettre entre les mains des plus jeunes mais plutôt des 16 ans et plus.

Un roman bien écrit et documenté qui permettra aux lecteurs de découvrir le peintre dans son intimité, une bonne idée pour intéresser les ados à la peinture et à un grand nom de la peinture.

Un grand merci éditions L’école des Loisirs pour cette lecture et pour leur confiance.

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C’était celui qu’Eléonore avait repéré, recourbé comme le cou d’un cygne, habillé de boutons dorés sur le côté. Un soir, elle était restée plus longtemps que prévu devant la vitrine de M. Sax. Elle perdue dans ses souvenirs, quand un jeune garçon la surprit : « C’est rare pour une fille d’aimer la musique ! ». Elle sursauta : « Ces instruments sont les plus beaux du monde ! »

1862, Nord de la France. La jeune Éléonore âgée de 12 ans a une oreille exceptionnelle. Elle devrait faire la fierté de son père Arsène Leblanc, plombier gazier de son état mais surtout premier piston de l’orphéon dans la fanfare des Crickmouils.

Que nenni ! Son père est fou de rage lorsqu’il découvre que sa fille joue de la musique en cachette. Pour lui faire passer l’envie de devenir musicienne, un métier qu’il juge inconvenant pour une personne de sexe féminin, il l‘envoie à Paris chez son oncle et sa tante qui tiennent une blanchisserie.

Mais l’adolescente a tôt fait de mettre les blanchisseurs dans sa poche et trouve le moyen de se faire embaucher dans l’atelier de fabrication d’instruments d’Adolphe Sax, inventeur du saxophone.

Commence alors pour Eléonore, une vie exaltée entre Montmartre et Pigalle om se croisent peintres, artistes et petit peuple de Paris. De la Commune à la Nouvelle Orléans, de 1862 aux années folles, Eléonore va vivre mille vies au son de la musique…

Muriel Bloch et Marie-Pierre Farkas nous proposent avec La saga des Marquises, une saga historique pour les adolescents de qualité. Portée par deux héroïnes fortes que sont Eléonore et sa fille Carmel, on découvre l’histoire des premiers instruments à cuivre et les débuts du jazz.

La destinée hors du commun de cette famille de musiciennes au temps de la Commune et des premières Expositions universelle s’est révélée passionnante à lire, tout du moins la première partie qui a pour cadre Paris que j’ai nettement préférée à la seconde qui se déroule à la Nouvelle-Orléans.

Des deux héroïnes, mon intérêt s’est surtout porté sur Eléonore que l’on suit de ses 12 ans jusqu’à son décès et qui va savoir prendre son destin en main. Et son destin, c’est la musique, n’en déplaise à son père qui souhaite la voir derrière les fourneaux.

A Paris, elle saura s’affranchir du joug paternel pour mener la vie dont elle rêve : une vie libre, au mépris des conventions de son époque. Féministe, antiraciste, courageuse, généreuse, elle prendra part à la Commune et saura larguer les amarres pour la Louisiane afin de retrouver son grand amour et lui présenter Carmel, leur fille.

Les thèmes abordés dans cette partie (égalité homme / femme, combat pour la liberté, féminisme) m’ont davantage intéressé que ceux de la seconde partie qui tournent plus volontiers autour des problèmes raciaux et de la ségrégation qui existent encore au début du XXè siècle aux Etats-Unis. J’ai également eu moins d’empathie pour Carmel que j’ai trouvé davantage exaspérante qu’attachante !

Si les Marquises sont des personnages fictifs, pendant ces soixante ans qui enveloppent tout le récit, on rencontre au fil des pages et des évènements des personnages célèbres tels que Auguste Renoir, Louise Michel, Adolphe Sax, Georges Gershwin, Joséphine Baker, Louis Armstrong, Sidney Bechet…

Un roman virevoltant, très bien documenté, qui nous immerge dans le Paris de l’Empire et de la Belle-Epoque, et dans la Nouvelle-Orléans des années folles. Un récit qui donne envie d’écouter du jazz, du ragtime, de danser le cake-walk ou le charleston.

Un roman à découvrir et à faire découvrir aux adultes comme aux adolescents avec un thème central très actuel : l’égalité homme femme !

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  :

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Déjà 40 000 exemplaires vendus et plusieurs nominations, notamment pour les National Book Awards et pour la Médaille Carnegie, Evelyn, May et Nell est un roman young adult se déroulant à une période historique palpitante, qui fait encore écho au combat pour l’égalité homme-femme aujourd’hui.

Février 1914 : un groupe de jeunes femmes, les « suffragettes », milite à Londres pour que le droit de vote leur soit accordé. Parmi elles, Evelyn, May et Nell. Pour ces trois adolescentes, issues de classes sociales différentes, « avenir » rime avec « espoir ». Mais sur le chemin de la liberté, un obstacle de taille va se dresser : la Grande Guerre qui éclate. Le droit de vote des femmes passe plus que jamais au second plan pour la classe politique paternaliste.

Bon nombre de suffragettes elles-mêmes vont cesser le combat pour apporter aide et soutien aux soldats. Les suffragettes obtiendront-elles gain de cause ou leur combat sera-t-il reporté une fois encore ?

Evelyn, May et Nell, pour un monde plus juste aborde la cause féminine par le prisme d’une thématique que j’affectionne tout particulièrement et que j’apprécie de retrouver dans mes lectures : les suffragettes.

A travers ces trois héroïnes d’horizon et de niveaux sociaux différents, toutes trois très attachantes, Sally Nicholls prend le pouls d’une génération de femmes qui souhaitent s’émanciper et obtenir le droit de vote.

Evelyn, 17 ans, est issue d’un milieu bourgeois et conservateur, aînée de la fratrie, elle souhaite faire des études de lettres classiques mais c’est sans compter ses parents qui n’en voient pas l’intérêt puisqu’elle devra convoler d’ici peu. Evelyn ne l’entend pas ainsi et s’engage dans les suffragettes pour faire plier ses parents.

May, 16 ans, vit seule avec sa mère, qui enseigne le piano et leur gouvernante. Comme sa mère, elle est une quaker convaincue et prône le pacifisme. Depuis toujours, May fréquente les cercles féministes, assume son homosexualité naissante pour laquelle sa mère a une attitude bienveillante. Les deux femmes participent activement aux manifestations des suffragistes sans jamais succomber aux violences dont certaines se rendent coupables.

Nell, 15 ans, est issue de la classe ouvrière. Elle vit avec ses parents et ses nombreux frères et sœurs dans un deux-pièces de l’East End. Elle aussi est une suffragette mais elle s’habille en homme, gomme toute féminité en elle et n’hésite pas à lever le poing contre les forces de l’ordre si besoin est.

Ces figures féminines issues de la grande et petite bourgeoisie ou de la classe ouvrière, permettent à Sally Nicholls de nous dépeindre la condition féminine au début du XXè siècle en Angleterre.

Des convenances étriquées aux balbutiements de la libération de la femme, l’auteure donne la vedette à des personnages féminins en abordant ici le droit de faire des études pour Evelyn qui rêve d’intégrer Cambridge, de vivre selon les principes quakers pour May et de s’élever dans la société pour Nell.

Il est aussi beaucoup question d’homosexualité féminine, l’autrice sous-entend que bon nombre de suffragettes était lesbiennes, certaines s’habillant en homme, comme Nell dans le roman.

Je ne doute pas que les lesbiennes aient largement soutenu un mouvement qui prônait l’émancipation féminine et l’égalité homme-femme, mais je ne pense pas que cela concernait la majorité des cercles féminins, cette vision me semble très caricaturale et met parfois la cause suffragiste au second plan.

Vous savez j’aime beaucoup la thématique des suffragettes et je regrette qu’ici, elle cède peu à peu la place à la guerre. Si la première moitié du roman nous immerge dans la cause suffragette, ses combats, ses actions, ses manifestations, ses coups d’éclats… les regards et les oppositions qu’elles suscitent dans une société prude et paternaliste, la seconde partie s’attarde surtout sur la guerre et les bouleversements qu’elle a entrainés, ce que je trouve un peu dommage.

Il n’empêche que Evelyn, May et Nell, pour un monde plus juste est un bon roman historique, bien documenté, qui permettra aux jeunes lectrices de se familiariser avec les combats féministes du début du XXè siècle.

Je vous le recommande si les thématiques et l’époque où se déroule ce récit vous passionne même si j’ai quelques bémols dont je vous ai fait part !

Un grand merci à Babelio et aux éditions Hatier jeunesse pour cette lecture passionnante !

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Qui n’a pas entendu parler de Nils Hazard, l’étruscologue-détective? Ou d’Emilien, héros du quotidien dont on sait à peu près tout depuis «  »Baby-Sitter Blues » »? Ainsi, Marie-Aude Murail explore différentes veines, qu’elles soient politiques, réalistes ou fantastiques, avec pour devise : ne jamais se répéter, ne jamais être là où on l’attend. Elle nous a étonnés avec un roman qui a enthousiasmé adolescents et adultes et remporté plusieurs prix : «  »Oh, boy! » », publié en 2000, inclassable et déjà classique.

Simple dit « oh, oh, vilain mot » quand Kléber, son frère, jure et peste. Il dit « j aime personne, ici » quand il n’aime personne, ici. Il sait compter à toute vitesse : 7, 9, 12, B, mille, cent. Il joue avec des Playmobil, et les beaud hommes cachés dans les téphélones, les réveils et les feux rouges.

Barnabé, surnommé Simple par son frère, a 22 ans mais trois ans d’âge mental. Son petit frère Kléber, lui, a 17 ans, il est en terminale, il est très très courageux et très très fatigué de s’occuper de Simple car depuis la mort de leur mère et la défection de leur géniteur, Kléber a son frère à charge et c’est loin d’être simple. Il pourrait bien entendu le mettre à Malicroix, comme son père le souhaite, mais le jeune homme ne veut pas faire enfermer son aîné.

Simple a un autre ami que son frère : c’est Monsieur Pinpin, son lapin en peluche qui ne le quitte pas d’une semelle. Monsieur Pinpin est son allié, à la vie, à la mort. Il va tuer Malicroix, l’institution pour débiles où le père de Simple a voulu l’enfermer, où Simple a failli mourir de chagrin. Monsieur Pinpin, dans ces cas-là, il pète la gueule.

Rien n’est simple, non, rien n’est simple dans la vie de Simple et Kléber. Mais le jour où Kléber a l’idée d’habiter en colocation avec des étudiants, trois garçons et une fille, pour sauver Simple de Malicroix, alors là, tout devient très compliqué…

Simple signe mes retrouvailles avec Marie-Aude Murail en attendant la saison 5 de Sauveur et fils que j’attends avec grande impatience !

Et comme à chaque fois avec cette romancière de grand talent, j’ai adoré cette histoire qui m’a remué, fait rire et pleurer à chaudes larmes. En même temps comment ne pas aimer la plume de Marie-Aude Murail et l’histoire qu’elle nous propose ici, c’est tout simplement impossible !!

Comment ne pas s’attacher à Kléber et à Simple, deux frères qui veulent seulement vivre ensemble, contre l’avis de leur père qui ne fait que passer dans leur vie, trop occupé à roucouler avec sa nouvelle femme, et contre l’avis des services sociaux qui souhaitent pour Kléber une vie sans contrainte et des soins pour Simple.

La relation entre les deux frères est au cœur de ce roman pour adolescents. On les voit dans leur quotidien : Simple tout occupé à jouer aux Playmobil ou avec monsieur Pinpin et Kléber qui se démène pour que son frère ait la meilleure existence possible tout en suivant ses études.

Zahra, Enzo, Corentin et Aria, les personnages secondaires, sont tout aussi touchants, chacun avec son histoire, chacun avec ses doutes et ses espoirs. J’ai beaucoup aimé Enzo, l’apprenti romancier, qui sans l’air de rien mène son petit bout de chemin au contact de Simple, qui va beaucoup s’attacher à lui et pallier aux absences de Kléber. Tout comme leur vieux voisin, Georges Villedieu, plein de bons conseils pour Enzo et d’attention pour Simple.

Marie-Aude Murail, vous l’aurez compris, aborde avec ce roman un thème fort, celui du handicap mental avec Barnabé, déficient mental, idiot comme il se définit lui-même, et physique avec Amira, sourde et muette qui vont devenir très amis sous l’œil bienveillant des parents Larbi.

L’occasion aussi pour la romancière d’aborder la tolérance et le regard des autres, autant de thèmes difficiles et importants qui doivent être abordés avec les enfants et les adolescents.

Simple fait peu à peu la conquête de tous les colocataires qui craignaient tous de ne pouvoir vivre avec un handicapé et qui vont finalement tous s’attacher à lui et aider Kléber de leur mieux.

J’ai également beaucoup aimé la façon décalée que choisit Marie-Aude Murail pour nous faire ressentir les sentiments de Kléber pour son frère : amour, tendresse, exaspération, amusement, ras-le-bol, découragement, fierté…

Une réussite pour moi et un roman à découvrir absolument comme tous les romans de Marie-Aude Murail !

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  :

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L’éblouissante lumière des deux étoiles muges a conduit Davide Morosinotto jusqu’en Russie, un pays si grand que les voyages qu’on y entreprend ne finissent jamais…

Septembre 1941. Hitler décide d’envahir l’Union soviétique. Les chars allemands progressent sur l’immense territoire russe vers le Nord en direction de Leningrad. Dans la précipitation, avant que la ville ne soit encerclée, le parti ordonne l’évacuation des milliers d’enfants via la voie ferroviaire.

Viktor et Nadia âgés de douze ans doivent quitter leur appartement communautaire et leurs parents, conservateurs au musée. Le père, qui vient de s’engager dans la Milice, enjoint à Viktor de ne jamais quitter sa sœur.

Mais, pour la première fois de leur vie, les voilà séparés. Nadia monte dans le train 76 et Viktor dans le convoi suivant, le 77. Le garçon se retrouve dans un kolkhoze à Kazan, pendant que Nadia se retrouve bloquée à proximité du front des combats.

Désormais, Viktor n’a plus qu’une idée en tête : traverser le pays dévasté par la guerre, les bombardements et la faim, pour retrouver sa sœur. Et pour cela il doit être prêt à tout. Car dans un pays en guerre, nécessité fait loi.

Comme vous le savez peut-être, je suis passionnée par l’histoire de la Russie, L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges L’affaire des cahiers de Viktor et Nadia ne pouvait donc qu’éveiller ma curiosité et je dois dire que je n’ai pas été déçue par cette lecture, bien au contraire.

Davide Morosinotto qui s’est fait connaître en France avec Le Célèbre Catalogue Walker & Dawn (paru en 2018 à l’école des loisirs), nous propose ici un formidable périple dans l’U.R.S.S tenue d’une main de fer par le camarade Staline !

Tout d’abord, je salue le travail éditorial de l’Ecole des loisirs qui propose une très belle couverture à rabat et un magnifique objet livre que l’on a plaisir à feuilleter, une idée cadeau idéale pour intéresser les adolescents à l’histoire !

Pendant plus de 500 pages, on suit alternativement Nadia et Viktor pris dans la tourmente de la guerre, grâce à leurs cahiers dans lesquels ils livrent leur quotidien, leurs sentiments, leurs peurs… à l’encre bleue pour Nadia et rouge (la couleur du communisme) pour Viktor.

Régulièrement, sont insérés des photos, des affiches, des cartes postales, que les enfants sont censés avoir trouvés dans leur périple.

Nous avons également les annotations manuscrites dans les marges du colonel Smirnov du Commissariat du peuple aux affaires intérieures qui a ces cahiers entre ses mains au lendemain de la fin du conflit, en 1946. Il est chargé de mener une instruction contre nos deux héros qui ont commis bien des infractions pendant la guerre.

L’originalité du roman tient dans le fait qu’il s’agit du rapport de police du colonel Smirnov, composé des écrits des deux frères et sœurs que l’on nous donne à lire. Ces journaux sont commentés et annotés par Smirnov qui souligne consciencieusement chaque infraction commise au regard de la loi par les enfants.

Autant dire que leur débrouillardise et leurs initiatives sont perçues par l’officier comme de graves manquements : vol de matériel, sabotage, complicité d’évasion, espionnage anti-soviétique, j’en passe et des meilleurs, tout cela passible de nombreuses années de prison ou de goulag voire du peloton d’exécution.

Une façon pour l’auteur de montrer aux jeunes lecteurs toute la brutalité du régime stalinien, adepte de méthodes arbitraires c’est le moins que le puisse dire.

Car si Nadia et Viktor ont enfreint la loi à de multiples reprises, c’est que l’auteur ne les a pas malmenés : ils vont être confrontés à l’ennemi nazi, connaître la faim, côtoyer de près la mort mais aussi nouer de solides amitiés.

Au-delà de l’aspect historique, Davide Morosinotto revisite brillamment le journal intime et permet aux lecteurs de se rendre mieux compte du quotidien des soviétiques durant la seconde guerre mondiale qui ont, eux aussi, beaucoup souffert des privations.

Le récit est passionnant, bien documenté, j’ai adoré suivre Nadia et Viktor, des personnages attachants et courageux dans l’adversité. Ce roman destiné aux adolescents ne manquera pas de faire mouche auprès de ce lectorat mais aussi auprès des adultes car on ne peut qu’être ému par ce duo de héros pris dans la tourmente de la guerre. Un roman à découvrir et à mettre entre toutes les mains absolument !

Un grand merci aux éditions L’école des Loisirs pour cette lecture passionnante !

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