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Posts Tagged ‘sacha guitry’

Il y a cent façons de tricher, mais il n’y a guère que trois sortes de tricheurs. Tout d’abord, il y a le joueur qui triche – qui ne triche que parce qu’il joue. Qui le fait sans méthode, sans préméditation, d’une manière presque inconsciente, involontaire, et dont on sent très bien qu’il est parfaitement honnête en dehors du jeu. Il y a l’homme qui joue incorrectement parce qu’il est incorrect d’un bout à l’autre de sa vie – et qui doit penser que ce n’est pas vraiment le moment de changer. Enfin, il y a le tricheur de profession, conscient et organisé.

À dix ans, Alex perd sa famille, intoxiquée par un plat de champignons. Ses frères et sœurs, ses parents, son oncle sourd muet, sa grand-mère, en tout douze personnes décèdent dans les heures qui suivent le festin.

Lui seul survit, car il avait été privé de repas pour avoir volé deux francs dans la caisse du magasin paternel. Son larcin l’a sauvé de la mort tandis que l’honnêteté a tué les siens !

Il est recueilli par son plus proche parent, un notaire, qui dilapidera son héritage. Dès qu’il le peut, il quitte ses « bienfaiteurs » et trouve un travail de chasseur dans un restaurant à quelques kilomètres de son bourg normand.

Si seul le crime paie, pas étonnant qu’il ait une étrange conception du monde, se convertisse à la tricherie, en amour comme au Casino… Il nous raconte sa vie rocambolesque.

Mémoires d’un tricheur est l’unique roman de Sacha Guitry qui fut tour à tour dramaturge, acteur, metteur en scène, réalisateur et scénariste. Auteur dramatique prolifique, il a écrit 124 pièces de théâtre, dont beaucoup furent de grands succès. Il a également réalisé trente-six films (dont dix-sept adaptations de ses pièces), jouant dans la quasi-totalité d’entre eux.

J’ai lu une vingtaine de ses pièces, vu la plupart de ses films, et je le confesse bien volontiers j’ai une tendresse certaine pour Sacha Guitry. J’aime beaucoup son style élégant, piquant et ses œuvres sont toujours empreintes d’humour mais aussi d’émotion.

Ce roman paru en 1935 m’a permis de retrouver tout ce que j’aime chez lui. Publié il y a deux ans aux Presses de la cité dans une très jolie édition en hard back illustrée par l’auteur lui-même, ce récit de la vie d’un tricheur se lit d’une traite.

Peu d’intrigue, le récit commence quelque part en Normandie, se poursuit à Paris puis à Monaco. Tour à tour chasseur, groom, croupier puis tricheur professionnel, le narrateur nous conte sa vie dans les grandes lignes, toujours avec gouaille et humour.

Il croisera sur sa route : un Empereur russe et deux anarchistes, une baronne volage, quelques comtes, une femme qu’il épouse pour mieux voler avec elle, le hasard et un manchot qui lui a sauvé la vie lors de la première guerre mondiale.

Le ton est volontiers canaille, les phrases sont courtes et sèches, le héros est truculent et on ne s’ennuie pas en sa compagnie.

Peu d’intrigue mais le ton inimitable de Sacha Guitry pour nous accompagner pendant une heure d’une lecture succulente, je le recommande aux amateurs, pour ma part je me suis régalée !

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On dit souvent que Guitry était misogyne et même si nombre de ses répliques à propos des femmes étaient aussi violentes que bien écrites, c’était un homme fou des femmes qui se maria cinq fois. C’est de tout cela qu’il est question dans ce livre mais aussi de son enfance et de la jalousie de son père, Lucien, qui fut lui-même comédien célèbre et coureur de jupons.

Sacha Guitry est un auteur de théâtre dont j’apprécie le style, les bons mots. Je l’ai beaucoup lu lorsque je faisais mes études de lettres, j’ai vu plusieurs de ses films mais je l’avais un peu mis de côté ces dernières années.

A l’occasion du soixantième anniversaire de sa disparition, on retrouve à nouveau cet homme brillant et intelligent à l’occasion de la parution de son unique roman, Le roman d’un tricheur et de ses pièces en un acte, grâce aux Presses de la Cité, que je ne désespère pas de vous présenter d’ici quelques semaines.

Mais il est aussi mis en scène dans deux bandes dessinées et lorsque j’ai vu Sacha Guitry une vie en bande dessinée à la médiathèque, je n’ai pas hésité une seconde. François Dimberton, le scénariste de cet ouvrage, nous propose ici la vie intime de Sacha Guitry, centrée sur ses cinq mariages.

Le misogyne Sacha Guitry était aussi un grand amoureux des femmes et il aimait à dire qu’il n’était pas contre les femmes, mais tout contre. Dimberton aidé de Alexis Chabert pour les dessins et Magali Paillat pour les couleurs signe un bel hommage au maître Sacha Guitry, qui fut le comédien le plus célèbre de son époque, reprenant le flambeau de son propre père Lucien Guitry, égal de la grande Sarah Bernhardt et dont le tsar Alexandre III était l’un de ses plus fidèles admirateurs.

Un père coureur de jupons qui ne va pas supporter que son fils épouse l’une de ses maîtresses et surtout qu’il se montre plus brillant que lui, allant même jusqu’à lui refuser le droit de porter le nom de Guitry !

Retracer la vie de cet homme à plusieurs facettes à la fois comédien, auteur dramatique, metteur en scène et coqueluche du Tout-Paris sous le biais d’un roman graphique, voici ce que nous proposent François Dimberton, Alexis Chabert et Magali Paillat, le tout en une centaine de pages seulement.

Impossible alors de retracer fidèlement la vie de Sacha Guitry, le parti-pris ici est donc de s’attarder essentiellement sur sa jeunesse, sa vie conjugale et sa brouille avec son père.

Le scénariste a la bonne idée de nous proposer un texte épuré et de reprendre les belles réparties et les bons mots de Guitry tout au long de son récit et je dois bien admettre que l’on ne s’ennuie pas une seconde à cette lecture.

Si je devais mettre un bémol, c’est que l’œuvre particulièrement abondante de Sacha Guitry est peu abordée puisque le récit est centré sur l’homme intime et ses rapports volcaniques avec ses différentes épouses, toutes actrices.

Mais ne boudons pas notre plaisir, cette biographie graphique est une réussite, fidèle à la vie de Sacha Guitry que je recommande aussi bien aux amateurs du maître qu’à celles et ceux qui ne l’ont pas encore lu, ils découvriront un homme délicieux, fidèle en amitié si il ne le fut pas en amour.

La couverture est sublime et le portrait de Guitry très ressemblant, ce qui n’est pas le cas du reste de la bande dessinée dont j’ai assez peu goûté les dessins que j’ai trouvés trop épais.

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