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Posts Tagged ‘tout ce que je suis’

2001, Sydney. Ruth Wesemann reçoit un mystérieux paquet qui va la replonger dans son passé, celui de l’entre-deux-guerres et du IIIe Reich. À l’époque Ruth est une jeune photographe insouciante. En 1933, avec l’avènement d’Hitler, sa vie bascule : résistance, persécution, exil. Depuis la capitale anglaise, elle et son mari, Hans, tentent d’aider ceux qui restés en Allemagne s’opposent au Chancelier, et notamment sa cousine, Dora Fabian. Cette dernière, après avoir caché les écrits d’Ernst Toller au péril de sa vie, échappera de manière spectaculaire à la Gestapo et trouvera asile, elle aussi, à Londres.

tout-ce-que-je-suis-anna-funderauteur-éditeur-pages Tout ce que je suis est un roman historique mais son auteure Anna Funder s’est inspirée d’une histoire vraie : celle d’un petit groupe de militants socialistes allemands, qui ont risqué leurs vies en organisant une résistance acharnée à Hitler et à ses S.S pendant l’entre-deux-guerres. C’est en Australie, d’où est originaire l’auteure, qu’Anna Funder rencontre Ruth Blatt, une Allemande, qui va devenir l’un des principaux personnages de son roman. Comme vous le savez sans doute je ne suis pas une passionnée de la seconde guerre mondiale même si je lis finalement souvent des romans qui ont pour décor cette époque, ici ce qui m’intéressait, c’était d’en apprendre plus sur la résistance allemande au Fürher, sur les allemands qui ont dit non au nazisme et qui l’ont souvent payé de leur vie. En effet, si l’on met souvent la lumière sur l’holocauste, à juste titre car il ne faut jamais oublier les horreurs commises par le régime hitlérien envers les juifs, ce même régime s’est d’abord fait la main, si j’ose dire, sur ses opposants politiques (communistes et socialistes), les intellectuels, les homosexuels et les malades mentaux, qui ont connu les premiers les camps de concentration.

Aussi lorsque Les éditions Héloïse d’Ormesson me l’ont envoyé dans le cadre de la Masse Critique Babelio, j’étais ravie de pouvoir en apprendre davantage sur cette période troublée des années 30, d’autant plus que les billets que j’ai pu lire sur ce roman étaient enthousiastes, mettant en avant un suspens digne d’un thriller et une histoire d’amour, que je n’ai pour ma part pas perçus ainsi, et si j’ai appris effectivement beaucoup de choses, j’ai aussi le sentiment d’être un peu passée à côté du roman, que j’ai mis près d’une semaine à lire, ce qui n’est pas bon signe en ce qui me concerne.

Tout ce que je suis démarre à la fin de la première guerre mondiale, lors de la révolution allemande : l’empereur Guillaume II est en exil et les mouvements de gauche font leur percée : ils sont pacifistes dans l’âme et ne voudront pas faire couler le sang des allemands pour imposer leurs idées. La révolution ne durera pas mais fera émerger une élite de beaux esprits : philosophes, poètes et journalistes, ceux-là même qui seront de farouches adversaires d’Hitler. Ce roman nous raconte la résistance allemande face au nazisme à travers quatre personnages, qui ont tous existé : Ernst Toller, Dora Fabian, Ruth et Hans Wesemann. Il met aussi en lumière la montée inexorable du régime nazi, le climat délétère pour les intellectuels et les militants de gauche persécutés jusqu’aux bords de la Tamise et l’aveuglement des puissances européennes et américaines face au nazisme et à ses exactions sur son sol mais également dans les pays étrangers.

L’histoire est intéressante, le roman bien écrit, oui mais voilà, je n’ai pas réussi à rentrer dans ce roman, riche en informations, en détails et en protagonistes, au fur et à mesure de ma lecture je perdais le fil et j’avais du mal à situer les dates des évènements. Je pense que la difficulté vient de la structure même du récit : une double narration, oui je sais ça devient une habitude, et d’habitude j’apprécie, mais ici nous avons trois époques qui se croisent, et c’est nettement moins convaincant, j’aurais préféré que les évènements se déroulent de façon chronologique car là j’étais totalement perdue. D’un côté, Ruth est à l’aube de sa vie, vers l’an 2000, et se remémore les évènements de son adolescence, période à laquelle elle s’est politisée sous l’influence de sa cousine Dora, plus âgée qu’elle et féministe engagée jusqu’à l’entre-deux-guerres. Et d’un autre, Ernst Toller, dicte ses mémoires à sa secrétaire, Clara, dans sa chambre d’hôtel new-yorkaise où il est exil en 1939. Ses allers et retours présents, passé (1933) et passé (1939) se sont révélés pour moi, plutôt confus et pénibles à lire. Les deux narrateurs sont à bout de souffle, épuisés par leurs années de résistance, pressés de leur livrer leur souvenir, mais pour autant, je n’ai pas ressenti cette urgence, ce suspens qui m’étaient promis, peut-être parce que je savais déjà qu’un sort funeste attendait la plupart des personnages.

Pour autant, Anna Funder nous livre ici un éclairage très intéressant sur les évènements et circonstances dans lesquelles Hitler est parvenu au pouvoir : inflation galopante, mythe du sauveur et du chef providentiel qui aveugle les foules et surtout les femmes. Mais aussi les assassinats, autodafés, camps de concentration, incendie du Reichstag… qui vont lui permettre d’anéantir l’opposition tout en conservant l’apparence de la légalité. Un roman bien écrit, intéressant mais il m’a manqué quelque chose pour l’apprécier vraiment, pour être tenue en haleine. Une petite liste des principales dates aurait été aussi la bienvenue, là, on sait rarement en quelle année on est, et c’est perturbant, en tout cas pour moi qui ne suis pas une spécialiste de cette époque. Je pense en revanche que si ce pan de l’histoire vous passionne, ce roman est à lire car il est très bien documenté, notamment sur la difficile vie des dissidents en exil et les pauvres moyens qu’ils avaient à leur disposition pour lutter.

heart_3Lu en lecture commune avec Emmanuelle, dans le cadre de la masse critique Babelio et des challenges A tout prix (Australian Book Industry 2012) et La plume au féminin édition 2013

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