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Posts Tagged ‘un bref désir d’éternité didier le pêcheur’

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  :

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Paris, 1892. Alors que la capitale est en proie à une vague d’attentats et que la police recherche activement l’anarchiste Ravachol, un garçon de café, Jules Lhérot, le reconnaît parmi ses clients et rend possible son arrestation. Érigé en héros par une presse qui est en train de découvrir que la peur fait vendre, Jules devient aussitôt, pour les anarchistes épris de vengeance, l’ennemi à abattre.
De son côté, la jeune Zélie, fille d’ouvrier prompte à frayer avec les marlous et bien décidée à vendre son corps pour se faire une place dans le monde, s’enfuit de la maison de correction où elle a été enfermée. C’est alors qu’elle rencontre Jules, qui tombe éperdument amoureux d’elle…
Il deviendra policier, elle prostituée. Leurs routes croiseront celles du commissaire Raynaud l’humaniste, de Bolivar le flic aux mœurs dévoyées, de Milo l’Apache, de Lefeu le journaliste sans scrupule, ou encore de Madeleine, l’épouse d’un grand patron de presse tiraillée entre sa vie bourgeoise et ses désirs. Mais il aura beau perdre ses idéaux, jamais Jules n’oubliera Zélie…

La capitale vit une vague d’attentats anarchistes sans précédent en cette année 1892. La police recherche activement François Claudius Koënigstein dit Ravachol, un ancien ouvrier reconverti en poseur de bombes pour la cause anarchiste. Son portrait est largement diffusé et Jules Lhérot le reconnaît en l’un de ses clients.

Fidèle républicain, il file au poste de police le plus proche pour que des agents interviennet alors qu’il est encore attablé dans le restaturant de son oncle. Mais la police tarde et Ravachol quitte les lieux. Quelques jours plus tard, le voilà revenu. Cette fois-ci, il n’échappera pas à son destin et sera emmené entre deux pandores.

Jules est un héros, il est reçu par le préfet Lépine en personne, donne des interviews à la presse mais les anarchistes sont furieux et ont juré de se venger, ce qu’ils feront quelques semaines plus tard en dynamitant le restaurant, tuant son oncle.

Obligé de se cacher, Jules se terre à l’hôtel des trois couronnes où il va faire la connaissance de Zélie, une prostituée, dont il tombe amoureux. Mais la jeune fille a le cœur pris ailleurs et Jules, le sien, brisé.

Il décide d’entrer dans la police et se voit sous les ordres du commissaire Reynaud, qui taquine volontiers la muse et passe ses soirées dans les théâtres, en bon admirateur de la grande Sarah Bernhardt qu’il est !

Un soir, il en vint à aider Madeleine, l’épouse d’un grand patron de presse, tiraillée entre sa vie bourgeoise où elle s’ennuie et ses désirs de grand amour…

Un bref désir d’éternité me faisait de l’œil depuis sa parution en janvier, je n’ai donc pas hésité à l’acquérir lorsque je l’ai trouvé d’occasion et à le lire dans la foulée, une fois n’est pas coutume.

Vous le savez sans doute, j’aime beaucoup la Belle Epoque et le contexte anarchisme / apache / le rôle de la presse / police m’intriguait tout particulièrement. Pour bâtir son intrigue, Didier Le Pêcheur, par ailleurs réalisateur et scénariste pour le cinéma et la télévision, s’est solidement documenté et appuyé sur des faits réels et des personnes ayant existé.

Ravachol a été guillotiné le 11 juillet 1892 pour ses attentats anarchistes, arrêté grâce à Jules Lhérot, dont on ne sait rien de plus si ce n’est qu’il est entré dans la police. L’auteur s’est aussi inspiré de la vie d’Amélie Elie, dite Casque d’Or, pour le personnage de Zélie et il y a bien eu un commissaire Raynaud, poète et écrivain. Tout le reste n’est que fiction, une fiction assez noire, ce à quoi je ne m’attendais guère.

Dans cette fresque saisissante où les trajectoires personnelles rencontrent la grande Histoire, Didier Le Pêcheur nous entraîne au cœur d’un Paris âpre et sulfureux, des beaux quartiers aux bas-fonds où règnent les apaches, dans un monde où chacun a quelque chose à cacher, et où la survie des uns se paie de la souffrance des autres.

L’auteur marche dans les pas de Zola en nous proposant un roman naturaliste, il nous dépeint à merveille le rôle de la presse, le Paris interlope des bourgeois, celui des artistes, celui des cocottes mais surtout celui du peuple de Paris et des bas-fonds, où les catins, les apaches et les marlous règnent sans partage.

On suit alternativement Jules, Zélie, Reynaud et Madeleine, des personnages bien dessinés et aboutis. Jules, dans son travail de policier de terrain, les deux mains dans la m*, définitivement marqué par l’attentat dont a été victime son oncle et qui développera une certaine violence au fur et à mesure des évènements qui lui arrivent.

Avec Zélie, c’est le monde de la prostitution et des souteneurs, la jeune fille, qui refuse la vie d’ouvrière ou de domestique, préfère faire commerce de son corps, dans la rue d’abord puis dans une maison close. Elle estime que les femmes n’ont pas beaucoup de choix dans cette société patriarcale où les hommes sont tout puissants.

Reynaud, esthète si il en est, va être le mentor de Jules. Il mène en apparence une vie irréprochable mais a bien des secrets qui, si ils venaient à être découverts, lui feraient perdre la belle vie qui est la sienne.

Quant à Madeleine, l’épouse bourgeoise d’un grand patron de presse influent, elle s’ennuie ferme et va connaître, grâce à Reynaud, un tout autre monde que le sien, ce qui va la mener là aussi, à dissimuler un certain nombre de choses à son mari et à son milieu.

J’ai beaucoup aimé ces deux derniers personnages que j’ai trouvé intéressants et attachants tandis que Jules et Zélie m’ont peu à peu lassés. Jules parce qu’il cède de plus en plus à la violence, totalement en opposition à sa personnalité de départ et Zélie parce que sa condition la ravit !

Mais au-delà des personnages et du contexte historique de l’anarchisme et des apaches, Didier Le Pêcheur, s’attache tout au long du roman à nous décrire avec beaucoup de réalisme la condition féminine de cette fin du XIXè : bourgeoise, ouvrière, prostituée de base ou cocotte, grisette… les femmes étaient toujours à la merci d’un homme (mari, père, souteneur, patron…) et n’avaient aucun pouvoir de décision sur leurs vies.

Deux bémols toutefois : les longueurs ! Le récit met vraiment du temps à se mettre en place et se révèle trop descriptif à mon goût. Et le déferlement de violence à certains moments du récit qui m’a vraiment gênée.

Sinon Un bref désir d’éternité est un très bon roman historique, sociologiquement très intéressant, si vous êtes adeptes de ce genre et que la période vous plait, je vous le recommande !

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