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Archive for the ‘Histoire, Essais & Documents’ Category

Diplômée de l’Ecole du Louvre et de muséologie, Valentine del Moral est libraire en livres anciens, écrivain, illustratrice, journaliste.

On connaît Émile Zola comme le chef de file du naturalisme et le vengeur de l’Affaire Dreyfus avec son J’accuse paru dans le journal L’Aurore de Georges Clémenceau. Mais est-ce assez de connaître sa vie publique pour le deviner tout entier ?

Émile Zola, c’est une maison qui le dévoile : Médan. Il s’y révèle bâtisseur fantasque, zinzin d’animaux, cycliste enragé, chineur invétéré, photographe compulsif.

La maison, docile, se laisse faire et, comme Émile est fou d’amitié, elle ouvre ses portes à Paul Cézanne, Guy de Maupassant, Edmond de Goncourt, Paul Alexis, Georges Charpentier et bien d’autres encore.

Médan, c’est encore le domaine qu’il partage avec sa femme Alexandrine et qu’il tentera en vain d’ouvrir à sa maîtresse Jeanne et à leurs enfants Denise et Jacques.

Alternativement écrivain solitaire et amphitryon débonnaire, Zola rayonne en son royaume jusqu’à ce qu’il publie « J’Accuse… ! ». La maison se fait alors forteresse. Et voilà Médan outragé ! Médan martyrisé ! Médan finalement libéré ! Mais à quel prix ?

Pendant quelques années, j’ai vécu à Villennes-sur-Seine, là où les amis des Zola débarquaient de Paris. Mais, hélas, à cette époque, la maison zolienne n’était pas ouverte au public. Elle l’est désormais et j’espère avoir un jour l’occasion de la parcourir même si à la mort d’Emile, Alexandrine a tout vendu !

En attendant, grâce à Chez Zola ! de Valentine del Moral, j’ai l’impression de bien connaître les lieux et surtout l’esprit d’amitié, de générosité, de solidarité d’Emile Zola et de son épouse qui firent de leur maison de Médan, un eden pour leurs invités.

J’ai lu plusieurs volumes des Rougon-Macquart, Les soirées de Médan et je sais le mystère qui entoure la mort du père du naturalisme. J’ai découvert ici l’homme intime. Gourmand, lecteur de la presse mais aussi de ses pairs, l’ami de Flaubert et de Paul Cézanne, qui prit sous son aile la jeune génération dont l’étoile fut Guy de Maupassant.

Mais aussi, le collectionneur compulsif d’objets et d’oeuvres d’art, le fou de bicyclette et de photographie et l’ami des bêtes. L’amoureux de Jeanne, à qui il fit deux enfants, avec qui il passait tous ses après-midis à Triel ou à Paris, à quelques encablures des lieux dans lesquels il vivait avec son épouse Alexandrine.

Très bien écrit et documenté, cet ouvrage composé de douze chapitres débute avec l’achat de Médan, le 10 juin 1878 jusqu’à son dernier séjour le 28 septembre 1902, veille de sa mort. L’autrice nous raconte par le menu les travaux entrepris par l’écrivain, les agrandissements au fil du succès des RM : la tour Gervaise, le pavillon scandinave, le bowling, le jardin, la barque Nana, l’ameublement des pièces, les journées types de Zola… sans oublier les folles soirées de Médan

Et c’est tout simplement passionnant de découvrir tout un pan méconnu de la vie du grand romancier qui apparaît bien tendre et joyeux, ami fidèle et généreux. Le récit se lit comme un roman et si il est précis, il n’est jamais ennuyeux, bien au contraire. Cerise sur le gâteau : plusieurs photographies prises par Zola ou ses enfants figurent en fin d’ouvrage.

Si vous vous intéressez aux maisons d’écrivains ou à Emile Zola, je ne peux que vous conseiller cette lecture enrichissante !

Un grand merci à Babelio et aux éditions Le mot et le reste pour leur confiance.

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Marceline Loridan-Ivens, née en 1928, déportée à Auschwitz-Birkenau avec son père, a été actrice, scénariste, réalisatrice. On lui doit notamment « La petite prairie aux bouleaux », avec Anouk Aimée (2003), de nombreux documentaires avec Joris Ivens, et Ma vie balagan (Robert Laffont, 2008). Elle est décédée à Paris le 18 septembre 2018.

« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur.
Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

Le 29 février 1944, Marceline Rozenberg a quinze ans lorsqu’elle est arrêtée par la  Milice française et la Gestapo en même temps que son père, Shloïme lors d’une rafle dans le Vaucluse où sa famille réside depuis deux ans au Domaine de Gourdon à Bollène.

Déportée à Auschwitz-Birkenau par le convoi 71 du 13 avril 1944, le même que celui de son père, de Simone Veil, avec laquelle la liera une amitié indéfectible, de Ginette Kolinka et de Anne-Lise Stern. Elle est ensuite transférée à Bergen-Belsen, et finalement au camp de concentration de Theresienstadt.

Tout au long de sa captivité, elle subit l’horreur des camps : la faim, le froid, l’odeur des chairs brûlées, les expériences du tristement célèbre docteur Mengele… et parvient à survivre. Elle recouvre la liberté à la libération du camp, le 10 mai 1945 par l’Armée rouge.

Son père, lui, ne reviendra jamais d’Auschwitz. Elle l’attendra, en vain, à l’hôtel Lutétia des semaines durant avant de se résoudre à retrouver le domaine familial.

Soixante-dix ans plus tard, elle lui adresse une lettre, rédigée avec la journaliste et écrivain Judith Perrignon, où elle raconte sa captivité, son retour, sa vie d’après.

C’est un témoignage tout en pudeur et en sobriété, qui n’en est pas moins poignant, que nous livre Marceline Loridan-Ivens dans Et tu n’es pas revenu, auréolé du prix ELLE des lectrices document lors de sa parution il y a quelques années déjà.

L’ouvrage revient sur son expérience de la déportation et sur sa conviction que la France n’a pas regardé en face son rôle dans la Shoah.

Véritable lettre d’amour à ce père qu’elle va chercher toute sa vie, elle lui raconte son quotidien dans le camp puis son retour parmi les siens, ceux qui n’ont pas été déportés et qui ne peuvent pas comprennent et ne veulent pas entendre parler de cet enfer qui a englouti le patriarche.

Alors, comme beaucoup d’autres rescapés de la solution finale, elle ne parlera pas à ses proches, préférera se taire, rongera son frein lorsque sa mère se remarie, alors qu’elle reste inconsolable de la perte de son père adoré.

Sa famille est brisée par l’absence de Shloïme : deux de ses enfants finiront par se suicider et Marceline connaîtra elle aussi l’envie de mourir par deux fois après l’innommable, la barbarie, la mort dans les camps. Mais aussi la solidarité avec ses compagnes d’infortune Ginette, Dora, Simone… qui sont devenues ses amies pour la vie.

Malgré cela, Marceline n’a jamais renoncé à vivre, même lorsqu’elle était au plus près du gouffre. Une envie de vivre qui ne l’a presque pas quittée dans une vie bien remplie de scénariste et de cinéaste, avec des amours mais un choix assumé de ne pas enfanter.

Un témoignage court mais percutant sur la shoah à mettre entre toutes les mains !

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Judith Spinoza est journaliste. Mode, luxe, beauté ou arts, elle collabore à différents supports, d’Infrarouge aux hors-séries de Beaux Arts Magazine. Raphaël Turcat est journaliste, rédacteur en chef et écrivain. Cofondateur du magazine Technikart dont il a dirigé pendant vingt ans la rédaction et ses déclinaisons.

Elles sont jeunes, belles, étranges, charmantes, charmeuses et scandaleuses. Elles lorgnent les têtes couronnées, les personnalités en vue, les artistes en vogue, les hommes pleins aux as. On les appelle les « demi-mondaines » et elles traversent le XIXᵉ siècle comme leur destin : à la vitesse de la lumière, souvent tragiquement.

Mais bien plus que de banales hétaïres, ces « grandes horizontales », ces « lionnes » font souffler un vent de modernité sur une époque où les cartes sociales se redistribuent au rythme de la révolution industrielle, de la transformation de Paris et des divers changements de régime.

Libres et impétueuses, modestes de naissance et cependant ambitieuses de caractère, elles imposeront leur place dans une société figée et pèseront sur la condition de la femme. Liane de Pougy, Valtesse de La Bigne, la Païva, Mata Hari, Émilienne d’Alençon, Virginia de Castiglione, la Belle Otero, Lola Montès, Céleste Mogador…

Avec Les héroïnes du plaisir, Judith Spinoza et Raphaël Turcat reviennent sur la vie des premières influenceuses de l’époque moderne. J’ai un gros faible pour les muses et les grandes horizontales du XIXè siècle.

Ces femmes libres et complètement en marge de leur époque ont souvent brûlé la chandelle par les deux bouts et sont assez fascinantes.

Découpé en cinq parties, cet ouvrage nous présente Les superstars (Cora Pearl, Léonide Leblanc, Liane de Pougy et Mata Hari), Les éminences grises (Virginia de Castiglione, Jeanne de Tourbey, Caroline Otero, Marguerite Steinheil), Les muses (Apollonie Sabatier, Marie Duplessis, la reine Pomaré et Valtesse de la Bigne), Les subversives (la Païva, Blanche d’Antigny, Marthe de Florian, Emilienne d’Alençon) et Les féministes (Lola Montes, Céleste Mogador, Alice Regnault et Clémence de Pibrac).

Les auteurs se sont bien documentés et ont le mérite de mettre en lumière des personnalités moins connues du grand public à côté de celles qui sont passées à la postérité comme Mata Hari, la Belle Otero, Liane de Pougy ou Emilienne d’Alençon.

Chaque chapitre est consacré à l’une des hétaïres et s’ouvre sur une photographie, une peinture ou une gravure de l’héroïne. Judith Spinoza reviennent sur leur enfance, leur fait d’arme, leurs amants célèbres.

J’ai donc appris une foule de choses et c’est ce que je recherchais dans cette lecture même si les chapitres sont brefs. Je pense qu’ils auraient mérité un peu plus d’approfondissement car chaque biographie est assez succincte mais suffisamment développée pour dessiner les personnalités, leurs ascensions et chutes.

C’est donc une bonne entrée en matière pour découvrir le monde des grandes horizontales et demi-mondaines, une espère disparue depuis un siècle car ce phénomène n’a pas survécu à la Belle-Epoque.

Elles ont causé ruines et poussé des hommes au suicide, ont amassé des fortunes avant de parfois tout perdre. Elles ont inspiré les peintres, sculpteurs, poètes ou romanciers, ont murmuré à l’oreille des grands de leur temps (rois, présidents, tsars ou empereurs). Elles ont souvent connu un destin tragique et ont fait couler beaucoup d’encre.

Vous l’aurez compris, ce sont des destins de femmes incroyables que vous pourrez découvrir dans cet ouvrage si la thématique vous intéresse !

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Titiou Lecoq est journaliste indépendante et blogueuse sur Girls and geeks. Elle a notamment publié Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale (Fayard 2014), ainsi que des romans dont Les Morues (Au Diable Vauvert, 2011). Elle a publié Honoré et moi à l’Iconoclaste en 2019, un récit drôle et accessible sur un monument de la littérature.

De tout temps, les femmes ont agi. Elles ont régné, écrit, milité, créé, combattu, crié parfois. Et pourtant elles sont pour la plupart absentes des manuels d’histoire.

 » C’est maintenant, à l’âge adulte, que je réalise la tromperie dont j’ai été victime sur les bancs de l’école. La relégation de mes ancêtres femmes me met en colère. Elles méritent mieux. Notre histoire commune est beaucoup plus vaste que celle que l’on nous a apprise. « 

J’ai profité de #marsaufeminin pour enfin lire Les grandes oubliées : Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que la thématique de l’invisibilisation des femmes me passionne, je lis régulièrement des essais ou des documents traitant de ce sujet, cet essai de Titiou Lecoq me titillait donc depuis sa parution il y a quelques mois et je l’ai trouvé absolument passionnant !

Pourquoi ce grand oubli ? Pourquoi cette invisiblisation des femmes dans tous les domaines (littérature, peinture, science….) dont se sont rendus ceux qui écrivent l’Histoire, à savoir les hommes ?

De l’âge des cavernes jusqu’à nos jours, Titiou Lecoq s’appuie sur le travail des historiennes et les découvertes les plus récentes pour analyser les mécanismes de cette vision biaisée de l’Histoire.

Elle redonne vie à des visages effacés, raconte ces invisibles, si nombreuses, qui ont modifié le monde. Pédagogue, mordante, irrésistible, avec elle tout s’éclaire. Les femmes ne se sont jamais tues. Ce livre leur redonne leurs voix et leur rend brillamment hommage.

Ce livre est particulièrement intéressant et très abordable, si vous n’avez jamais lu d’essai et que ce genre vous fait un peu peur, vous pouvez y aller les yeux fermés, c’est très facile à lire tout en étant instructif.

Cet essai remet les pendules à l’heure et c’est bien heureux car il est vraiment dommage que les femmes aient été gommées de l’Histoire officielle et que les manuels scolaires les mettent encore si peu aujourd’hui en lumière, j’en veux pour preuve ceux de seconde, classe dans lesquelles mes garçons sont scolarisés !

Que l’on soit néophyte en la matière ou non, Titiou Lecoq nous met les points sur les i : elle retrace l’importance du rôle qu’ont joué les femmes dans l’histoire depuis le début de l’humanité et la façon dont les hommes ont façonné l’Histoire en jetant aux oubliettes le nom des femmes illustres qui ont marqué leur temps.

A travers des anecdotes historiques retracées de manière chronologique avec un bon zest d’humour et un style très léger, j’ai pris connaissance d’événements dont je n’avais jamais entendu parler ou que je n’avais jamais analysé sous l’angle féministe, c’était passionnant de les découvrir de cette façon et de s’interroger à l’aune de tout ce qui est raconté.

Cet essai est passionnant et c’est véritable un page-turner, je me retenais de ne pas trop en lire à la fois pour m’en garder sous le pied et j’avais toujours hâte d’y retourner. J’ai ri mais j’ai enragé aussi devant tant d’injustice faites aux femmes.

Et oui, les femmes ont bel et bien été écartées des livres d’Histoire. J’ai longtemps cru au mythe de la “femme empêchée » à cause du mariage et de leur rôle de reproductrice car les quelques femmes mises en lumière par l’Histoire sont en général célibataire et sans enfant (par exemple Louise Michel) et bien en fait, c’est archi faux.

Et si on croit ce genre c’est parce qu’on nous l’a appris et martelé à l’école, au collège et au lycée car les programmes nous enseigne l’Histoire du point de vue masculin avec quelques infimes exceptions féminines, histoire de nous faire plaisir : cet essai nous prouve à quel point c’est loin d’être suffisant et que les choses doivent changer.

Vous l’aurez compris Les grandes oubliées est un essai de vulgarisation particulièrement réussi pour lequel j’ai eu un gros coup de coeur, je vous le recommande plus que chaudement !

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Alain Baraton est responsable du Domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles depuis 1982. Il tient par ailleurs la chronique hebdomadaire de jardinage de l’émission « 7-9 » sur France Inter. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux jardins. 

Assassinats, règlements de comptes, empoisonnements, attentats, disparitions, duels, vols et complots hantent le palais des monarques. Versailles, c’est la grande boutique des horreurs.

Toutefois, l’histoire, dans la demeure de Louis XIV, a le goût du classicisme et de la bonne mesure : pas de chiens écrasés en costume d’époque, mais des machinations machiavéliques et implacables comme des tragédies grecques, des meurtres, sanglants et atroces, mais qui ne laissent pas de taches, des mystères, épais comme le velours des tentures et qui n’ont jamais été élucidés.

Le palais du Roi-Soleil a aussi une part d’ombre, méconnue et qu’on passe souvent sous silence, les auteurs préférant souvent le lustre à la stupre.

Vice et Versailles mêle anecdotes célèbres ou inédites et souvenirs personnels d’Alain Baraton, le jardinier de Versailles, qui nous raconte avec humour et érudition, ce qui se cache derrière la façade du château le plus célèbre de France.

L’auteur, par sa position à Versailles, a eu accès à la bibliothèque pour aller chercher toute la matière qu’il lui fallait pour nous régaler ensuite d’histoires et d’intrigues, parfois pas piquées des vers c’est moi qui vous le dit. 

Alain Baraton manie bien la plume et met sa patte pour rendre ses anecdotes encore plus saisissantes de vérité, et pour nous raconter la société d’antan dans laquelle elles s’inscrivent. Il nous dévoile un Versailles moins « féérique », où se sont déroulés de nombreux événements dramatiques.

L’auteur nous relate ici l’envers du décor : les fastes de la cour, ses complots, les vices et petitesses des Grands qui ont tous les droits et nous dresse un portrait peu flatteur mais néanmoins fidèle des monarques absolus qui ont habité Versailles.

Au delà de toutes ces anecdotes, souvenirs, Alain Baraton rend hommage aux personnes méconnues qui ont œuvées pour que nous puissions aujourd’hui admirer ce magnifique monument. C’est une réalité, on ne parle pas assez de ces hommes et de ces femmes qui ont souvent payé de leurs vies à travers diverses époques afin que le château puisse exister.

Il ne faut pas oublier que le palais voulu par le roi soleil a été fondé sur des marécages qu’il a fallu assécher et que des milliers d’ouvriers sont décédés tout au long du chantier qui a duré 53 ans. Il fallut jusqu’à 36000 ouvriers sur le chantier pour faire d’un simple pavillon de chasse le château que nous connaissons : 2300 pièces, 1944 fenêtres, 352 cheminées, la Galerie des glaces et ses 357 miroirs.

La Lecture est très agréable, abordable à tout lecteur non spécialiste en histoire, et même si certains évènements nous laisse le cœur au bord des lèvres, Alain Baraton manie l’humour et intègre à son récit des souvenirs personnels bienvenus.

Une bonne pioche en ce qui me concerne, j’ai appris une foule de choses et j’adore ça ! Les plus férus regretteront un manque d’approfondissement des évènements relatés, pour ma part je trouve la mise en bouche réussie.

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Mark Forsyth, né en 1977 à Londres, est un étymologiste distingué doublé d’un irrésistible humoriste. Certains de ses livres, dont Une brève histoire de Noël et Une brève histoire de l’ivresse, ont été traduits dans une quinzaine de langues.

Vous le savez, en décembre, j’adore lire des romans se passant à Noël mais je ne me cantonne pas à ce genre puisque j’ai jeté mon dévolu sur Noël, une histoire de dingues, de Mark Forsyth qui remet les pendules à l’heure démonte pas mal d’idées reçues que l’on a sur Noël.

 » Instruire en divertissant, divertir en instruisant « , telle était la devise de la Maison Hetzel à la glorieuse époque de la collection des Voyages extraordinaires de Jules Verne, et telle pourrait être celle de Mark Forsyth, qui nous propose ici un périple érudit à travers les âges et les civilisations de tout ce qui tourne autour de Noël.

Car attention, tout ce que nous imaginions savoir sur Noël est sujet à caution. Ainsi, contrairement à une idée répandue, Noël n’est la version chrétienne ni des Saturnales, ni des célébrations romaines du Soleil invaincu, mais une fête… rivale.

Et non, le sapin de Noël n’est pas directement lié au culte du chêne dans les sociétés païennes du nord de l’Europe mais à l’arbre de vie du jardin d’Éden. Par ailleurs, qui se douterait que ce bon père Noël est originaire de Turquie et non du pôle Nord ?

Et qu’en est-il du fameux calendrier de l’Avent ? Eh bien, il fut inventé par une femme au foyer, à Munich, pour déjouer l’incessante question de son fils obsédé par Noël :  » C’est aujourd’hui ?  » Quant à Coca-Cola, son rôle dans la création du costume rouge et blanc du père Noël est un mythe absolu.

Des interrogations en apparence frivoles mais qui soulèvent de nombreuses questions relevant des sciences de l’homme. Champion de la fausse digression, Mark Forsyth réussit le tour de force de préserver la magie de Noël sans rien céder à sa légende, le tout avec un zeste d’humour anglais bienvenu.

Car il s’agit encore et toujours de stimuler la curiosité et l’esprit critique. Mark Forsyth n’est donc pas seulement un vulgarisateur de talent, c’est aussi un formidable pédagogue qui m’a appris une foule de choses.

Tout au long du livre, l’auteur passe en revue tout ce que nous savons ou tenons pour véridique pour mieux dynamiter nos idées reçues qui ont décidément la vie dure et c’est réellement passionnant pour peu que l’on s’intéresse aux mythes de Noël bien évidemment, ce qui est mon cas comme vous vous en doutez !

Et il n’oublie rien : de la naissance de Jésus au sapin, des rennes au calendrier de l’Avent, du traîneau à Santa Clauss… tout y passe et j’ai littéralement dévoré ce document tant la plume de Mark Forsyth est fluide, son propos intéressant et son humour, extra.

Si vous vous intéressez à l’esprit de Noël, je ne peux que vous conseiller Noël, une histoire de dingues !

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Alix Paré, diplômée de l’École du Louvre, est conférencière spécialisée en peinture occidentale des XVIIe, XVIIIe et XXe siècles. Elle a travaillé pendant huit ans au musée du Louvre et au château de Versailles. Elle donne des cours d’histoire de l’art et intervient dans les grandes expositions parisiennes.

Magicienne volant sur un balai ? Hérétique condamnée au bûcher ? Femme fatale détournant les hommes du droit chemin ? Empoisonneuse maîtrisant l’art des poisons ? Oui mais pas que… 

La sorcière, honnie au Moyen Âge, est devenue une icône féministe incarnant pouvoir et indépendance. Elle peuple les œuvres d’art et les cultures populaires du monde entier depuis des millénaires.

Au fil des pages, parcourez les œuvres de Jérôme Bosch, Albrecht Dürer,  Francisco de Goya ou René Magritte. Découvrez des représentations des sorcières de Salem, héroïnes de Shakespeare, ou de Circé, enchanteresse qui transforme les compagnons d’Ulysse en cochons.

Mon automne livresque est décidément riche en sorcières ! Après Sorcières la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet, Le loup des ardents de Noémie Adenis et La sorcière de Sealsea de Philippa Gregory, place à Sorcière : de Circé aux sorcières de Salem !

Mais ici point de fiction ou d’essai féministe, Alix Paré nous fait découvrir la place des sorcières dans les oeuvres d’art du Moyen-Age à nos jours et c’est diablement intéressant, vous me pardonnerez le jeu de mots, je n’ai pas pu résister.

Dans cet ouvrage que je pensais picorer mais que j’ai finalement lu d’une traite tant je l’ai trouvé riche et intéressant, l’autrice nous explique les chasses aux sorcières et la figure de la sorcière à travers ses attributs, des chronologies, des cartes, des graphiques, des encadrés variés reprenant des anecdotes, des influences et des mises en contextes très pertinents.

Puis dans une sélection précise d’une quarantaine d’oeuvres incontournables ou inattendues, au cours des six derniers siècles. J’en connaissais quelques-unes seulement, ce fut donc pour moi une découverte de bon nombre d’oeuvres assez surprenantes, souvent d’une grande modernité.

Je ne m’attendais pas du tout à ce genre de livre lorsque je l’ai emprunté à la médiathèque mais je ressors enchantée de ma lecture. Je pensais, à tort donc, découvrir quarante sorcières de la littérature ou de femmes ayant été condamnées pour sorcellerie mais il s’agit en fait de représentations artistiques de sorcières connues ou non, à travers des toiles, dessins, sculptures, vases…Pour chaque œuvre, l’autrice explique la vision de l’artiste et donne le contexte de l’époque.

Comment les sorcières étaient-elles considérées ? Depuis quand ? Pourquoi ? Dans quelles régions ? Avec quels traitements ? Comment cela s’est-il arrêté ? Comment ont-elles inspiré les artistes et la fiction ? Quel lien entre elles et le féminisme ? Autant de questions qui trouvent ici leurs réponses et le fait de s’appuyer sur des oeuvres pour expliquer tout cela est vraiment passionnant, pour peu qu’on aime un tant soit peu l’art bien évidemment.

Un ouvrage réussi tant sur le fond que sur la forme que je vous conseille si cette thématique vous intéresse !

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Lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge

Mona Chollet est journaliste au Monde diplomatique. Elle est notamment l’auteure de Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine et de Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique (Zones, 2012 et 2015).

Tremblez, les sorcières reviennent ! disait un slogan féministe des années 1970. Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant, affirme Mona Chollet, servir pour les femmes d’aujourd’hui de figure d’une puissance positive, affranchie de toutes les dominations.

Qu’elles vendent des grimoires sur Etsy, postent des photos de leur autel orné de cristaux sur Instagram ou se rassemblent pour jeter des sorts à Donald Trump, les sorcières sont partout. Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure.

La sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ?

Avec Sorcières la puissance invaincue des femmes, Mona Chollet en explore trois et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations :

La femme indépendante : puisque ce sont les veuves et les célibataires qui furent particulièrement visées

La femme sans enfant : puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité

Et la femme âgée devenue, et restée depuis, un objet d’horreur.

Enfin, il sera aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.

Cet essai féministe a remporté de nombreux suffrages depuis sa publication mais aussi de violentes critiques. Après cette lecture, je penche en faveur des thèses de Mona Chollet même si quelques points m’ont hérissé le poil, notamment le voile qui pour pour moi est un outil d’aliénation de la femme. Et sur le rapport à la maternité qui, sous la plume de l’autrice, est clairement un handicap, ce en quoi je suis en total désaccord.

En effet, pour Mona Chollet, être une maman empêche les femmes de se réaliser et elle en veut pour preuve que les scientifiques, exploratrices, grandes écrivaines étaient des femmes célibataires et sans enfant. Que le temps consacré à sa famille est du temps en moins pour réaliser de grandes choses et que si on parvient à les réaliser, ce sera à l’aune de notre vie et non pendant notre jeunesse.

J’ai aussi relevé quelques arguments contradictoires avec par exemple la mathématicienne iranienne Maryam Mirzakhani, seule femme à avoir reçu la médaille Fields, décédée prématurément, mais qui a su conjuguer sa maternité et un parcours professionnel particulièrement brillant !

Au-delà du point de vue de l’autrice, cet essai est une formidable synthèse de ce que la figure de la sorcière, si prégnante dans notre société moderne, implique profondément pour les femmes de l’époque et plus globalement pour toutes les femmes, y compris de nos jours.

Il est indéniable que Mona Chollet a fait un travail titanesque pour recenser les travaux sur le féminisme depuis le XIXè siècle jusqu’à nos jours, la riche bibliographie qui agrémente chaque chapitre en est la preuve. La lecture est exigeante, dense mais réellement passionnante et entraîne bon nombre de réflexions. C’est un livre qui questionne le passé mais qui est bien ancré dans notre présent.

Les chapitres consacrés aux chasses aux sorcières ouvrent l’ouvrage mais laissent très vite la place aux problématiques très actuelles que rencontrent les femmes. Alors non ce n’est pas un livre sur l’histoire des sorcières mais un livre sur la figure et la perception des sorcières dans les sociétés d’hier et d’aujourd’hui.

Vous l’aurez compris, un livre très riche et intéressant que je ne peux que vous conseiller si vous vous intéressez au féminisme, il est riche d’enseignements ! Belette a beaucoup apprécié aussi, son avis ici.

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Carl Wilkinson est un auteur et journaliste anglais. Il travaille depuis plus de 20 ans pour la presse britannique. Il écrit principalement pour The Financial Times, The Observer, The Telegraph et The Times. Il a publié en Angleterre plusieurs livres de sciences pour enfants. Il vit à Londres avec sa famille.

James Weston Lewis est illustrateur, diplômé de l’Université de l’Ouest de l’Angleterre. Il aime mélanger les couleurs, les matières et les techniques. James a de multiples sources d’inspiration : des comics à l’horticulture en passant par l’histoire, tout est prétexte pour créer des illustrations uniques.

De la théorie de la relativité aux trous noirs, en passant par la quatrième dimension et la fameuse équation E=mc2, Einstein a bouleversé la conception humaine de l’espace, du temps et de l’univers.

Il a ouvert la voie à une technologie devenue incontournable de nos jours : portables, fibre optique, cellules photoélectriques, lasers, navigation par satellite…

Ce documentaire d’exception de vulgarisation scientifique signé Carl Wilkison et James Weston Lewis comporte 24 chapitres et un glossaire pour mieux découvrir le monde extraordinaire d’Albert Einstein et inaugure une nouvelle collection chez Little Urban : Les mondes extraordinaires.

Une série de grands formats conçue pour titiller la curiosité des enfants et de leurs parents autour de personnalités qui ont révolutionné leur milieu. Chaque titre est élaboré par des spécialistes du sujet et on commence par le physicien le plus influent de son temps et le plus célèbre : Albert Einstein !

Je trouve l’idée excellente et si celui consacré à William Shakespeare, à paraitre le 4 février 2022, est aussi bien que celui-ci, j’ai hâte de le découvrir !

Mais revenons à nos moutons ou plutôt à ce bon vieil Albert, à sa vie et à son oeuvre. Et si comme moi, la physique est un univers très abstrait et éloigné de vos centres d’intérêt, vous allez adorer ce documentaire qui présente de façon claire et concise, les nombreux apports d’Einstein à la science.

Carl Wilkinson, spécialiste du bonhomme, nous présente l’étudiant dilettante qu’il était, conforme au portrait qu’en fait Marie Benedict dans Madame Einstein (à découvrir absolument soit dit en passant !), l’état des connaissances de l’époque sur la gravité, le temps, l’espace, la lumière et la relativité : rien que cet aspect-là est passionnant et enrichissant.

Puis l’auteur développe ensuite les travaux d’Einstein sur la théorie des quantas, la taille des molécules, le mouvement brownien et bien sûr, la théorie de la relativité, le fameux E=MC2 que tout le monde connaît sans savoir de quoi il en retourne évidemment !

Les textes sont clairs et imaginés, à la portée des enfants, et aux quiches en physique telles que moi, il est fort ce Carl Wilkinson pour arriver à nous inculquer des données qui ne sont pas simples même si je dois bien avouer que je n’ai pas tout compris, mais avec moi, on part de très très très loin.

Il est bien aidé dans ce travail de vulgarisation par son acolyte James Weston Lewis aux illustrations qui complètent merveilleusement bien les propos de l’auteur et facilitent aussi la compréhension.

L’album est bien construit, doté de très belles illustrations et si votre enfant aime les sciences, je vous conseille vivement ce documentaire pour les petits qui a tout d’un grand !

Un grand merci aux éditions Little Urban pour cette leçon de physique absolument passionnante.

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Auteur de livres pour enfants et d’ouvrages de vulgarisation scientifique pour les adultes, Éric Mathivet se passionne pour la nature et les sciences. Ses études de biologie et ses recherches scientifiques l’ont conduit des sangliers à des animaux moins sauvages, les bébés humains. Puis il s’est découvert une autre passion, l’écriture, qu’il a cultivée chez Larousse, avant de fonder son agence, Mativox, spécialisée dans l’édition illustrée et la communication écrite.

Les dinosaures ont peuplé la terre il y a 250 millions d’années et ont disparu il y a 66 millions d’années lors de l’ère Mésozoïque. Cette période se divise en 3 parties : le Trias, le Jurassique et le Crétacé.

Ils n’ont pas tous vécu au même moment, ni au même endroit, mais les voici tous regroupés dans un même livre ! Avec Dinorama, partez à la découverte de plus de 70 dinosaures dans un safari époustouflant !

Pour chaque grande période géologique (Trias, Jurassique et Crétacé), découvrez : une présentation de la faune et de la flore, un grand paysage en panorama, avec des dinosaures évoluant dans différents milieux.

Mais aussi les espèces les plus emblématiques et leurs spécificités anatomiques. Un livre animé pour tout connaître sur le monde fascinant des dinosaures !

Mon Sami-Chameau et mon roi Arthur sont des passionnés par les dinosaures depuis leur plus jeune âge et lorsque ce document est arrivé à la maison, il a vite été volé par mes paléontologues en herbe.

Il faut dire que l’objet livre au format A3, particulièrement soigné, est superbe et est à lui seul, une véritable invitation à la lecture. Certaines pages intérieures se déplient, offrant des illustrations panoramiques de plus de 70 cms, de quoi en prendre plein les mirettes !

L’ouvrage très complet, concis et clair, fera à coup sûr mouche auprès des amoureux des dinosaures et permettra à celles et ceux qui n’y connaissent rien, d’apprendre une foule de choses.

Eric Mathivet propose ici un panorama de la faune des Trias, Jurassique et Crétacé : les dinosaures of course mais aussi les reptiles marins et volants, les animaux sur la terre avant les dinosaures, etc.

L’auteur, spécialiste de la vulgarisation scientifique, permet aux enfants (et aux adultes) de compulser une multitude d’informations, par exemple : comment reconnaître un dinosaure, les différences entre les anatomies, ce qu’est vraiment un dinosaure, leurs différentes armures, les griffes et dents, leur disparition…

Les volets à soulever et les doubles pages à ouvrir, plairont particulièrement aux enfants dès 6 ans, il faut avoir un bon vocabulaire pour mieux appréhender l’ouvrage, même si vous pouvez aussi le lire aux plus jeunes à condition de d’utiliser des mots plus simples.

Les illustrations de Clémence Dupont sont un vrai plus : les dinosaures ne font pas peur et le choix des couleurs orangées et ocres est judicieux car elles nous plongent dans le contexte et les différentes périodes.

Vous l’aurez compris, Dinorama est un ouvrage passionnant et très bien fait, que je vous recommande vivement si vous avez des passionnés de dinosaures dans votre entourage.

Un grand merci aux éditions Saltimbanque qui publie, une fois encore, une sacrée pépite !

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