Marie et Bronia le pacte des sœurs – Natacha Henry

Marie Curie et Bronia Dluska seraient-elles entrées dans l’histoire si elles n’avaient pas été soeurs ? Varsovie, fin du XIXe siècle. Marie et Bronia, deux soeurs vivant dans une Pologne asservie par la Russie, n’ont qu’une obsession : aller à l’université. Marie rêve de devenir chimiste, et Bronia, médecin. Malheureusement, l’occupant russe interdit aux femmes de faire des études. C’est compter sans l’esprit de rébellion des deux jeunes filles… Un soir d’automne, à la lueur d’une lampe à pétrole, les deux soeurs décident de sceller un pacte incroyable, qui les mènera jusqu’aux portes de la Sorbonne, à Paris…

Marie et Bronia Skłodowska naissent dans la deuxième moitié du 19è siècle à Varsovie. Filles d’un professeur de science physique et d’une institutrice, elles vivent les toutes premières années de leur vie dans un foyer aimant.

Hélas, le bonheur sera de courte durée. Leur mère tombe malade et le victime tombe : c’est la tuberculose. Le seul salaire paternel se révèle vite insuffisant pour régler les soins dont a besoin son épouse et le quotidien.

Ils doivent par conséquent prendre des colocataires pour arriver à joindre les deux bouts, tous d’une propreté plus ou moins douteuse qui sera fatale à leur sœur aînée. Bronislava, leur mère, trouve également la mort. Marie a cinq ans et Bronia, sept.

La Pologne est un pays qui vit sous l’occupation russe et qui interdit aux ressortissantes féminines de poursuivre des études. Wladislaw, leur père, croit en légalité homme / femme et refuse que ses filles chéries, douées pour les études, soient cantonnées à un simple rôle de ménagère.

Marie veut devenir chimiste et Bronia, médecin. Mais pour réaliser leurs rêves, elles vont devoir s’exiler à Paris afin d’étudier à la Sorbonne. Les études coûtant trop chères pour le modeste salaire de professeur de Wladislaw, Marie propose à sa sœur de prendre un poste de gouvernante et de lui envoyer chaque mois, l’argent nécessaire à ses études.

Une fois diplômée, Bronia devra payer à son tour les études de sa petite sœur…

Vous savez combien j’aime les romans historiques retraçant des parcours de femme exceptionnelle, je ne pouvais donc pas passer à côté de Marie et Bronia le pacte des sœurs mettant en scène Marie Skłodowska, future épouse de Pierre Curie et deux fois prix Nobel et sa sœur aînée, Bronia, l’une des premières femmes gynécologues.

Marie Curie était une femme exceptionnelle, tout le monde est d’accord là-dessus, ne recherchant ni les honneurs ni la fortune, oeuvrant pour le bien de tous jusqu’à la fin de sa vie. Scientifique hors pair, elle est la première femme à avoir reçu le prix Nobel, et à ce jour la seule femme à en avoir reçu deux, l’un de physique en 1903 avec son mari Pierre pour leurs recherches sur les radiations. Et le second de chimie en 1911 pour ses travaux sur le polonium et le radium.

Elle est également la première femme à occuper une chaire à la Sorbonne, en remplacement de Pierre après son décès et lorsque la guerre éclate en 1914, elle mobilise aussitôt l’Institut du Radium qu’elle préside afin de mettre en place les Petites Curies, des automobiles équipées d’équipements radiographiques, lui permettant de réaliser des radios directement sur le front, évitant ainsi bien des amputations inutiles.

Natacha Henry, historienne, revient dans ce roman sur l’enfance, la jeunesse et le parcours qui mènera ses deux soeurs à leur rêve le plus cher : devenir chimiste pour Marie et médecin pour Bronia. Si je connaissais un peu le destin exceptionnel de Marie, je ne connaissais absolument rien de sa soeur Bronia, une des premières femmes gynécologues, qui a consacré sa thèse à l’allaitement maternel.

Même si le destin de ces deux femmes d’exception est largement romancé et sans doute simplifié puisque Le pacte des soeurs est à destination des adolescents, allant de 1860 à 1905, il ne retrace donc pas toute la vie des deux soeurs mais seulement une partie, il n’empêche que je l’ai trouvé bien documenté, passionnant à lire et très enrichissant même pour les adultes car j’y ai pour ma part appris beaucoup de choses sur Marie et Bronia bien sûr mais aussi sur la Pologne.

Les jeunes lecteurs et lectrices verront aussi combien il était difficile pour des femmes d’étudier en cette fin du 19è et découvriront que rares étaient les pères qui prônaient l’égalité homme / femme pour leurs filles. De ce point de vue là, Wladislaw Skłodowski était un précurseur, qui souhaitait que ses quatre enfants puissent réaliser de grandes choses pour l’humanité.

Vous l’aurez compris Marie et Bronia est un roman historique bien documenté et passionnant que j’ai beaucoup aimé et que je vous recommande vivement. Un grand merci à Audrey et aux éditions Albin Michel jeunesse pour cette belle lecture.

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Inséparables – Sarah Crossan

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Grace et Tippi. Tippi et Grace. Deux sœurs siamoises, deux ados inséparables, entrent au lycée pour la première fois. Comme toujours, elles se soutiennent face à l’intolérance, la peur, la pitié. Et, envers et contre tout, elles vivent ! Mais lorsque Grace tombe amoureuse, son monde vacille. Pourra-t-elle jamais avoir une vie qui n’appartienne qu’à elle ?

Août, Grace et Tippi, des jumelles siamoises de 16 ans apprennent par leur mère qu’elles vont intégrer le lycée privé Hornbeacon Hight dès le mois de septembre. La famille est à cours d’argent depuis le licenciement du père de famille qui depuis, sombre dans l’alcoolisme.

L’assurance maladie et les soins médicaux prodigués à Grace et à Tippi sont très couteux et la seule solution pour que les jeunes filles poursuivent leur scolarité c’est d’intégrer le lycée alors que jusqu’à présent, elles bénéficiaient d’une scolarisation à domicile.

Grace, qui est la narratrice du roman, accepte sans difficulté l’idée tandis que Tippi refuse tout net, se sentant incapable de se confronter au regard sans pitié des jeunes de leur âge

Les deux adolescentes rattachées au niveau du bas de leur corps sont vues par les autres comme des monstres de foire, marchant à l’aide de béquilles et allant ainsi clopin-clopant. Grace arrive cependant à convaincre Tippi d’intégrer le lycée.

Si les premières heures dans l’établissement se révèlent difficiles, elles nouent néanmoins une solide amitié avec Yazmeen et Jon dont Grace tombe immédiatement amoureuse.

Au fil des semaines, elles se heurtent au quotidien ordinaire des ados entre les problèmes d’argent et les premiers amours, les espoirs et les désillusions…

Lorsque Inséparables est paru au printemps, les avis dithyrambiques ont aussitôt fleuri sur la blogosphère. Il faut dire que ce roman dont les héroïnes sont des sœurs siamoises est original tant on aborde peu ce sujet délicat.

Sarah Crossan, bien que ne connaissant personne affecté par ce handicap, nous immerge incroyablement bien dans le quotidien de ces sœurs siamoises. Trêve de suspens, comme bon nombre de lectrices, j’ai beaucoup aimé ce roman écrit en vers libres.

Une grande première pour moi de par son thème et cette forme narrative singulière qui apporte beaucoup de force et de rythme au récit. Traduit par Clémentine Beauvais dont j’avais aimé Les petites reines, un gage de qualité, j’ai dévoré ce roman qui se révèle émouvant à plus d’un titre.

Grace nous parle de sa famille, du regard des autres, de l’aspect médical de sa condition, de ses amis et de ses sentiments à l’égard de Jon, de sa relation avec Tippi… Sa sœur qui vit dans le prolongement de son corps est bien différente d’elle mais l’une comme l’autre ne vivent pas comme une malédiction d’être siamoises.

Au contraire, lorsque leur médecin et d’autres personnes leur parle de séparation, elles refusent, impossible pour elle d’imaginer vivre l’une sans l’autre dans leur chair, dans leur corps.

Sarah Crossan aborde la question de cette gémellité siamoise sous tous ses angles, en nous amenant à faire des réflexions auxquelles je n’aurai jamais pensé, n’élude pas les moqueries liées à leur condition mais elle met surtout l’accent sur l’amour. L’amour entre Grace et Tippi bien sûr mais aussi celui qui les relie à leur petite sœur de 14 ans Dragon, obligée de travailler pour se payer ses cours de danse, l’amour paternel et maternel, celui de leur Grannie, l’amitié mais aussi l’amour avec un grand A.

Et comme l’histoire se passe aux Etats-Unis, il est aussi beaucoup question d’argent, de sacrifices et de soucis matériels que rencontre la famille avec le chômage du père et les soins médicaux couteux qui impliquent que tout le monde se serre la ceinture.

Inséparables est un très bon roman sur la différence et l’acceptation qui fait réfléchir, nous interroge, nous émeut, nous bouleverse. J’ai fini ce roman young-adult en larmes et je ne peux que vous le conseiller si les thématiques qu’il aborde vous intéressent.

La noirceur des couleurs – Martin Blasco

Cinq bébés enlevés. Un projet expérimental diabolique consigné dans un journal intime. Un journaliste qui enquête sur ces disparitions vingt-cinq ans après.1910, Buenos Aires. Une jeune femme réapparaît au domicile de ses parents après avoir disparu une nuit alors qu’elle dormait dans son berceau. Une jeune femme sans aucun souvenir, un homme qui se comporte comme un chien, les images hallucinées d’une session d’hypnose, sont les pistes qui conduiront Alejandro à remonter le fil de cette sombre histoire jusqu’à un dénouement aussi terrifiant qu’inattendu.

Dans la nuit du 5 avril 1885, cinq bébés d’un an sont enlevés au sein même de leurs foyers dans les conventillos de Buenos Aeres. Leurs parents ne se connaissent pas mais ont tous un point commun : ils sont récemment arrivés en Argentine, après avoir fui leurs pays respectifs. Damien est d’origine française, Dimitri venu de Russie, Dante arrivé d’Italie, José d’Espagne et Amira d’un pays arabe.

1910, Buenos Aeres s’apprête à fêter le centenaire de la république d’Argentine. Le pays est en liesse et Alejandro Berg partage cet enthousiasme populaire. Journaliste pour le quotidien La Pensa, il reçoit la visite de Omar Annuar qui lui révèle l’affaire des bébés disparus.

Sa fille, Amira, fait partie des bébés enlevés mais elle est apparue il y a une quinzaine de jours devant sa porte et Omar souhaiterait savoir ce qu’il est advenu de sa fille pendant ce laps de temps.

Alejandro, après avoir rencontré la jeune femme, accepte et décide d’aller à la rencontre des autres familles. C’est alors qu’il apprend que Dimitri et Damien sont eux aussi de retour depuis une quinzaine de jours…

Lorsque j’ai pris connaissance des nouveautés de l’Ecole des Loisirs en cette rentrée, c’est sans aucun doute La noirceur des couleurs qui me tentait le plus. Vous connaissez mon goût pour les thrillers historiques, j’étais forcément curieuse de découvrir celui-ci destiné aux 14 ans et plus, se passant en Argentine au moment de son centenaire.

Je crois que c’est la première fois que je lis un auteur argentin et je ressors de ma lecture plutôt enthousiaste même si j’ai quelques bémols. J’ai trouvé ce thriller pour adolescents bien construit avec un suspens qui montre crescendo au fur et à mesure même si j’avoue avoir été déçue par la conclusion de ce roman, qui m’a laissé sur ma faim, d’autant que j’ai découvert assez vite le fin mot de l’histoire.

Martin Blasco met en scène un journaliste qui, sous le charme de la belle et étrange Amira, enquête sur la disparition de ces bébés et surtout sur ce qu’il a pu advenir d’eux pendant 25 ans. Parallèlement à cette quête, l’auteur nous donne à lire des extraits du journal du Dr Andrew, le ravisseur des enfants qui les a tenu captifs pendant des années dans une maison.

Les enfants qu’il a renommés Azur, Vert, Marron et Noir vivent sous le même toit mais ignorent tout de leurs existences et se rencontreront bien des années plus tard. Quant à Blanc, il est élevé en ville par une nourrice et fréquentera ensuite les pensions et ignore lui aussi l’existence de ses « frères et soeur ».

Pourquoi le Dr J.F Andrew a-t-il fait capturer ces bébés, quel était son dessein ? Son obsession : faire naître des hommes nouveaux en vue du nouveau siècle qui approche. Un projet expérimental effroyable que l’on va découvrir au fur et à mesure de notre lecture du journal intime du médecin.

La noirceur des couleurs est un roman très prenant, avec des chapitres courts, qui permettent d’avancer très vite dans notre lecture et de captiver notre attention, le tout dans un climat assez anxiogène.

Je regrette toutefois que Alejandro défasse les nœuds de l’écheveau un peu trop rapidement à mon goût mais je n’oublie pas que le jeune lectorat auquel ce roman est destiné appréciera plus que moi cette rapidité et les quelques facilités auxquelles a recours l’auteur.

Reste que le cœur de ce roman, le projet criminel de J.F Andrew, fait froid ans le dos tant il est diabolique à souhait et surout, il nous rappelle d’autres projets menés lors des heures les plus sombres de notre histoire contemporaine récente.

Un grand merci à Coline et aux éditions Ecole des Loisirs pour cette lecture singulière et addictive que je vous recommande.

Dans la forêt de Hokkaido – Eric Pessan #RL2017

Les anges gardiens n’existent pas qu’en rêve, le saviez-vous ? Lorsque Julie plonge dans le sommeil, son monde bascule. L’adolescente se retrouve dans la forêt de l’île japonaise d’Hokkaido, reliée physiquement à un petit garçon de sept ans. Abandonné par ses parents, il erre seul, terrifié, et risque de mourir de froid, de soif et de faim. Quel est le lien entre Julie et l’enfant perdu ?

Mai 2016. Lorsque Julie plonge dans le sommeil, elle semble connectée à un petit garçon, seul en forêt.

Au fil de ses rêves, elle côtoie ce garçonnet terrorisé, qui a été abandonné par sa famille sur une île japonaise. Il a faim. Il a froid. Il est terrorisé. Comment Julie peut-elle l’aider ?

Mais ses rêves perturbent Julie qui perd le fil entre virtuel et réel et s’épuise de plus en plus au point d’inquiéter sérieusement ses parents…

Vous vous souvenez sûrement d’un fait divers qui avait fait le tour de la planète en mai 2016. Un jeune garçon de 7 ans, apparemment insupportable, avait été laissé par ses parents dans la forêt de Hokkaido, une île inhabitée, peuplée de créatures sauvages comme des ours.

Pendant six jours, les autorités japonaises avaient cherché Yamoto qui avait trouvé refuge dans une base militaire désaffectée. Eric Pessan s’est servi de ce fait divers tragique qui heureusement s’est bien terminé pour son dernier roman intitulé Dans la forêt Hokkaido.

On va suivre pendant une centaine de pages ce petit garçon japonais qui ne comprend pas comment ses parents ont pu l’abandonner et Julie, une adolescente française, qui mène une vie tranquille avec ses parents et son grand frère. Son père, conseiller municipal dans l’opposition, se préoccupe beaucoup d’humanitaire, allant jusqu’à accueillir trois jeunes migrants qui ont fui la dictature érythréenne.

Ce court roman destiné aux 14 ans et plus aborde donc plusieurs thématiques très intéressantes comme la maltraitance parentale car notre jeune héroïne n’arrive pas à comprendre, nous non plus, comment des parents en arrivent, pour donner une bonne leçon à leur enfant, à le laisser même quelques minutes, seul au beau milieu d’une forêt, au risque qu’il serve de déjeuner aux animaux sauvages.

Eric Pessan aborde également le sujet ô combien d’actualité des migrants à travers les personnages de Ghirmay, Nahom et Natnael qui ont fui leur pays d’origine où ils n’avaient aucune liberté pour le pays des droits de l’homme.

Des thématiques bien abordées, qui nourrissent un certain nombre de réflexions et que j’ai trouvé habilement introduites par l’auteur, des thèmes nécessaires et actuels qu’il est important d’expliquer aux jeunes lecteurs, une initiative que l’on ne peut que saluer.

J’ai en revanche eu du mal avec le côté surnaturel du roman qui donne une touche mystérieuse et intrigante au récit mais que j’ai trouvé trop brouillon et qui n’a pas su m’émouvoir.

Je suis plutôt restée en marge de cette histoire en partie à cause des réactions de Julie qui ne m’a pas touchée et de cette dose de surnaturel qui avec moi n’a pas fonctionné mais qui peut je pense plaire aux adolescents.

Vous l’aurez compris, malgré mes bémols, Dans la forêt de Hokkaido est un bon roman qu’il est important de mettre entre toutes les mains afin de familiariser jeunes et moins jeunes avec le problème des migrants et celui de la maltraitance parentale.

Un grand merci à Coline et aux éditions Ecole des Loisirs pour cette lecture singulière et pleine d’intérêt.

Le secret de la dame en rouge – Béatrice Bottet

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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En cette fin du XIXème siècle, on prépare à Paris l’exposition universelle, et l’inauguration de la Tour Eiffel. Violette Baudoyer se réfugie dans la capitale après avoir fui sa famille. Elle est recueillie par Madame Bouteloup, et formée à la voyance au sein de la bonne société. Florimond Valence est quant à lui journaliste aux Nouvelles du matin, et mouchardeur pour le commissaire Aristide Barjoux. Lorsque le corps d’une femme est découvert dans le quartier de Belleville, Florimond doit élucider l’affaire. C’est alors qu’il va croiser la route de Violette… Qu’a-t-elle à voir avec ce meurtre ? Est-elle menacée ? Florimond peut-il l’aider ?

Paris, la Belle Epoque. Violette Baudoyer a fui sa famille et la ville de Troyes depuis un an déjà. Dotée du don de divination, elle voit dans l’eau l’avenir des autres mais pas le sien, elle est recueillie par Madame Bouteloup qui lui façonne sa nouvelle identité de Madame Euryale, toute de rouge vêtue .
Avec l’aide de Ernest Marescot, elle est introduite dans la meilleure société pour des séances de divination et très vite, le Tout-Paris se presse aux soirées où la dame en rouge officie.
Florimond Valence, journaliste aux Nouvelles du matin, sillonne les rues de Paris dès la nuit tombée, pour sa rubrique, la plus lue du journal, qu’il signe du sobriquet de Nocturnos, le journaliste de vos nuits blanches. Lors d’une de ces promenades, il découvre le corps sans vie d’une femme dont on a ôté le cerveau. Ce premier meurtre sera suivi de plusieurs autres et le commissaire Aristide Barjoux, entend bien se servir du talent d’enquêteur amateur de Florimond pour résoudre cette série de crimes sans précédent…
Vous connaissez mon goût pour la Belle Epoque, Le secret de la dame en rouge ne pouvait donc pas m’échapper et sitôt acheté sur la route de mes vacances, aussitôt lu, une fois n’est pas coutume.
Le secret de la dame en rouge est un roman historique comme je les aime, certes destiné avant tout aux adolescents mais l’adulte que je suis a pris beaucoup de plaisir à cette lecture.
Parlons tout d’abord de l’objet livre : la couverture est vraiment très jolie et la mise en page très soignée. Chaque en-tête de chapitre est illustré et les bas de page sont joliment soulignés, bravo à Scrinéo pour ce beau travail d’édition.
L’atmosphère ensuite, j’ai adoré la plume de Béatrice Bottet et la toile de fond qu’elle nous propose mêlant habilement science et voyance, on est plongé au cœur du Paris de la Belle Epoque et j’ai trouvé très agréable de parcourir la ville lumière en compagnie de Violette et Florimond.
Le pitch promettait une enquête palpitante dans les rues de Paris au moment où la Tour Eiffel est achevée et où la science fait des pas de géant. Palpitante je n’irai pas jusque là puisque Béatrice Bottet nous révèle très vite qui est derrière cette série de meurtres, et que ce roman n’est pas à proprement parler un polar mais plutôt un roman historique au cœur duquel la voyance est au centre, comme dans Velvet (https://deslivresdeslivres.wordpress.com/2013/07/05/velvet/) de Mary Hooper, pour autant on ne s’ennuie pas une seconde.
Au-delà de cet aspect scientifique et policier, le roman s’attarde sur la condition féminine de la fin du 19è, époque où la femme n’avait pas voix au chapitre et passait de l’autorité paternelle à celle de son mari, sans espérer une once de liberté.
Les personnages sont bien décrits et attachants. On découvre au fur et à mesure les personnalités de ces deux héros, leurs parcours respectifs et on a plaisir d’être en leur compagnie pendant plus de 400 pages.
Violette est une jeune femme forte et indépendante, qui a osé fuir un mariage arrangé et la tyrannie d’un père pour vivre son existence comme elle l’entend mais qui se retrouve piégée par Madame Bouteloup qui lui offre sécurité et protection mais qui lui prend tout ce qu’elle gagne.
Florimond est issu d’une famille nombreuse, dernier enfant d’une fratrie composée de six sœurs, piégé par le commissaire Barjoux, contraint d’enquêter et de risquer sa vie pour ne pas finir au bagne.
Vous l’aurez compris, je ne peux que vous recommander cette dame en rouge paassionnante et j’espère que Béatrice Bottet proposera une suite aux aventures de Violette et Florimond, la fin ouverte s’y prête et quant à moi, je retrouverai avec plaisir Madame Euryale et Nocturnos.

Piégés dans le train de l’enfer : 3H pour t’en sortir – Hubert Ben Kemoun

« Teddy s’assit, le sac rouge cadenassé, bien posé sur le siège à côté de lui. Interdit d’ouvrir et d’ausculter ce bagage, il connaissait la règle. Un mulet transporte son chargement sans se préoccuper de ce qu’on lui a posé sur le dos. Il était 14h23 quand il prit place dans le wagon du train à destination de Toulouse. Celui-ci s’arrêterait à Bordeaux à 17h42. A peine plus de trois heures. Une affaire vite pliée.  » Mais ce qui semblait tranquille, devient très vite un enfer… Quand le hasard se met à nous jouer des tours, il ne sert à rien de chercher à lui échapper.

Teddy est un invisible, c’est bien pour ça qu’il a été recruté. Teddy trempe dans une sale affaire : il doit transporter un sac de Paris à Bordeaux. A priori, rien de bien particulier et il est bien payé pour transporter ce cas rouge dument cadenassé : 350 €, ça valait coup de sécher le collège !

Bien sûr, rien ne se passe comme prévu, il est surveillé par deux petites frappes aussi dangereuses que stupides, l’un dans un costume de chef d’entreprise et l’autre dans son jogging flambant neuf.

Dans son compartiment, une vieille dame qui lit, un monsieur qui tape sur son ordinateur, un ado arrivé sur le fil, deux touristes et une femme avec un bandana rouge. Mais quelques kilomètres avant La Rochelle, rien ne va plus et Teddy se retrouve pris dans un terrible engrenage dont il ne sait pas s’il en sortira vivant…

Le précédent roman de Hubert Ben Kemoun, La fille quelques heures avant l’impact, avait croupi dans ma PAL un an et m’avait beaucoup plu, je n’ai donc pas fait traîner Piégés dans le train de l’enfer : 3H pour t’en sortir, alléchée par la quatrième de couverture.

Alléchée aussi par le concept de cette toute nouvelle collection de Flammarion jeunesse : des romans dont l’aventure se déroule sur trois heures pour une lecture de trois heures. Je trouve le principe excellent pour les jeunes lecteurs dès 12 ans qui ne veulent pas s’embarquer dans une brique ou pour qui la lecture n’est pas forcément un plaisir.

J’ai lu ce roman d’une traite, en un peu moins de trois heures, le contrat est rempli de ce point de vue là. Par contre, si l’histoire est menée tambour battant et avec de nombreuses péripéties, je n’ai pas trouvé pour autant que ce roman était un huit-clos haletant.

J’espérais une tension, récit montant crescendo, dans un climat angoissant mais il n’en a rien été, sans doute en partie à cause de la multiplicité de personnages que l’on suit tour à tour, chacun à son rôle, on perd en intensité.

Il y a bien des moments de réel suspens, bien aidés par la plume fluide et dynamique de Hubert Ben kemoun, le rythme est bien dosé mais au final je suis plutôt déçue de ma lecture, je m’attendais à une lecture à compte à rebours, forte en intensité dramatique.

Ceci mis à part, Hubert Ben Kemoun tisse son récit de façon très habile et ce roman plaira sans nul doute aux jeunes collégiens qui pourront se mettre davantage dans la peau de Teddy et tressaillir avec lui.

Je m’attendais à plus de suspens et de tension, le format très court de ce roman n’a sans doute pas permis à l’auteur de faire monter la pression puisque la moitié du récit sert à présenter les nombreux personnages qui interviennent.

On ne s’ennuie néanmoins nullement pendant cette lecture et l’auteur arrive malgré tout à surprendre par son dénouement et ce n’est déjà pas si mal.

Un grand merci à Brigitte et aux éditions Flammarion jeunesse pour cette lecture pleine de rebondissements !

Autopsie tome 1 Whitechapel – Kerri Maniscalco

Lu dans le cadre du mois anglais :

J’étudie le corps des femmes qu’il a assassiné de sang froid. J’assiste, impuissante, à la terreur qu’il fait régner sur Londres. Je sens son ombre peser sur moi. Ses sourires malsains. Son regard de tueur.

1888, Audrey-Rose a toujours vécu dans l’opulence et le bonheur jusqu’à la mort de sa mère. Depuis, malgré la compagnie de sa tante et ses robes en soie, la jeune fille mène une vie secrète.

Contre l’avis de son père et les attentes de la haute société, Audrey-Rose passe beaucoup de temps dans le laboratoire de son oncle pour étudier la médecine légale, en compagnie de Thomas, un apprenti charmant, intelligent mais méprisant. Elle passe ainsi ses après-midi à disséquer et à lire à travers les corps humains.

Mais depuis quelques temps, des meurtres sanglants et particulièrement horribles touchent les femmes de petite vertu de Whitechapel. Scotland Yard est sur les dents et le commissaire Blackburn, chargé de l’enquête, requiert l’aide de Jonathan Wadsworth, médecin légiste réputé.

Wadsworth va se pencher sur les victimes de celui qui est rapidement surnommé Tablier-de-cuir, assisté par Thomas Cresswell, son plus brillant élève et par Audrey-Rose Wadsworth, sa propre nièce, qui souhaite devenir médecin.

La jeune femme brave l’interdiction paternelle qui ne rêve pour elle que d’un bon mariage et de tea party. Audrey-Rose fait fi de sa condition de jeune fille de bonne famille et souhaite par dessus tout sortir de ce carcan. En avance sur son temps et émue par le sort de ces femmes, elle enquête avec Thomas Cresswell dans les rues de Whitechapel…

Je ne suis pas ripper addict mais j’ai été séduite par la couverture de Autopsie tome 1 Whitechapel et par la quatrième de couverture et je dois dire que ce roman policier Young adult m’a beaucoup plu et ce pour plusieurs raisons.

Pour son héroïne tout d’abord, la jeune Audrey-Rose, qui se révèle intelligente mais surtout très courageuse voire intrépide, et qui forme avec Thomas Cresswell, un duo atypique et drôle qui m’a rappelé le tandem March Middleton / Sidney Grice de Petits meurtres à Mangle Street que je vous conseille au passage.

Comme March Middleton, c’est un modèle de femme éprise de liberté, une femme insolite qui, avec une certaine morgue, fait fi des conventions sociales, un personnage attachant que j’aurai plaisir à retrouver dans le second tome en cours d’écriture.

Pour son atmosphère so british et victorienne ensuite que Kerri Maniscalco nous dépeint à merveille, revenant sur la place des femmes au sein de la société sous le règne de Victorien, qu’elles soient la haute société comme Audrey-Rose ou du peuple comme les malheureuses victimes de l’éventreur.

L’auteure fait aussi la part belle à la médecine légale, s’attachant à nous démontrer en quoi elle consistait à l’époque ainsi que les balbutiements de la police scientifique et j’ai trouvé cet aspect vraiment passionnant et bien relaté d’autant que l’auteure ne fait pas dans la surenchère et ne tombe jamais dans le glauque ou le morbide.

Pour son efficacité, l’intrigue est bien construite et reprend assez fidèlement le cours des évènements même si Kerri Maniscalco a choisir de faire l’impasse sur les multiples arrestations et l’assassinat de Elisabeth Stride, préférant s’arrêter plus longuement sur celui de Mary Jane Kelly, le plus spectaculaire. Elle a aussi simplifié l’histoire de Jack l’éventreur pour gagner en efficacité, ce en quoi elle a à mon avis eu raison.

Ce premier volume d’Autopsie est pour moi une très bonne surprise, je l’ai trouvé distrayant et passionnant, j’ai beaucoup aimé son atmosphère gothique et son héroïne, le style fluide de Kerri Maniscalco et les dialogues emplis d’humour et d’autodérision, une réussite !