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Archive for the ‘Littérature française’ Category

À son procès pour meurtre, Gladys Eysenach, femme ambiguë, jeune, vieille, charmante ou malfaisante, est comparée à la Jézabel biblique. L’accusation la pourfend ; la défense ne comprend rien. Après le prologue judiciaire, le flashback permet de suivre le processus qui fait d’une adolescente lumineuse une mère monstrueuse, puis une grand-mère criminelle. Avec le personnage de Gladys, cette Phèdre, cette Médée actualisée qui se perçoit comme une innocente persécutée, ce roman surprenant se présente comme une grande tragédie moderne.

Paris, 1936. Dans la salle d’un tribunal, se tient le procès d’une femme accusée du meurtre d’un jeune homme de vingt ans, Bernard Martin. Gladys Eysenach a soixante ans mais elle a été très belle. Les témoins défilent à la barre, l’avocat et le procureur s’affrontent.

Assise dans le box des accusés, elle subit par bribes le récit de sa propre vie et refuse de répondre aux questions qui lui sont posées. Elle l’a tué, elle ne veut pas en dire davantage. Au terme du procès, les jurés d’assises, tous des hommes, ont été cléments : elle est condamnée à cinq ans de prison.

C’est alors qu’elle revient sur son enfance, son mariage, ses relations avec sa fille et les hommes qui ont jalonné sa vie…

Huit clos cruel et inquiétant, Jézabel est paru en 1936 alors que son auteure, Irène Némirovski, est déjà auréolée de plusieurs succès depuis son premier roman, Le Malentendu, en 1926. D’autres suivront.

Mais la Seconde Guerre mondiale éclate et le 13 juillet 1942, Irène Némirovsky est arrêtée par la gendarmerie française. Internée au camp de Pithiviers puis déportée à Auschwitz, elle y meurt le 17 août 1942.

Cela faisait longtemps que je voulais découvrir la plume de cette autrice prolifique fauchée par la barbarie nazie, aussi lorsque je suis tombée sur Jézabel d’occasion je n’ai pas hésité et il n’a pas eu le temps de croupir dans ma PAL, pressée de me faire enfin ma propre opinion.

Et, je dois bien l’admettre, je ressors totalement séduite de ma lecture car ce portrait d’une femme à la beauté parfaite qui refuse de vieillir est d’une grande force.

Au fur et à mesure qu’Irène Némirovski brosse le portrait de son héroïne et que se révèlent les détails de son passé, anodins ou tragiques, Gladys dévoile ses différents visages.

Sans jamais porter de jugement, la romancière saisit d’une écriture fluide et avec beaucoup de finesse psychologique, la réalité derrière les apparences, les ambivalences affectives et les contradictions de l’âme humaine.

Ce texte m’a beaucoup fait penser au Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde : cette femme d’une rare beauté, qui refuse les ans qui passent, ne cessera sa vie durant à cacher son âge par de nombreux subterfuges.

Toujours à la recherche du bonheur et de l’amour, Gladys ne pensera qu’à elle, au détriment des autres et notamment de sa fille dont elle va gâcher la vie avec un rare égoïsme.

Habituée à séduire les hommes, elle n’accepte pas de vieillir et est obsédée par son âge. Elle est prête à tout pour plaire, même à tuer, même à sacrifier ses proches. Son désir de rester jeune est littéralement maladif et relève de la psychiatrie.

Si le texte m’a plu, je ne vous cache pas qu’il est tout de même daté car il n’a plus beaucoup de sens. En effet, en 1936, une femme n’était plus courtisée dès 30 ans, considérée par les hommes comme n’étant plus de première fraicheur, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, heureusement d’ailleurs !

Reste que ce roman m’a conforté dans mon envie de découvrir d’autres romans d’Irène Némirovksi, si vous en avez déjà lu, n’hésitez pas à me conseiller je suis toute ouïe !!

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1970, Le Camboudin, petit village breton. Alfréd, neuf ans, a un prénom dont l’accent aigu lui déplaît, une mère qui picole trop et un grand-père qui tient à lui comme à la prunelle de ses yeux. Il adore traîner au bistrot avec ses copains, une joyeuse bande de vieux qui lui apprennent la vie.

1970, Le Camboudin, village perdu du Morbihan. Alfréd Le Bossenec, 10 ans bientôt, porte le même prénom que son grand-père dont il partage aussi le jour de naissance, à soixante ans de distance.

Sa mère, manutentionnaire chez Ker Viande et alcoolique notoire, l’a affublé en plus d’un accent aigu sur le e et l’élève seule depuis que son père s’est fait la malle juste avant sa naissance.

Mais le vénérable papi Alfred vit en face et c’est chez lui qu’il passe le plus de temps en-dehors de l’école, à se gaver de pâté de lapin maison.

Mais le jour où une nouvelle institutrice, Mlle Annie, arrive à l’école, rien ne va pas plus au Camboudin : le cœur d’Alfréd s’emballe – et avec lui celui des autres habitants. Alfred-le-Vieux finira-t-il par déclarer sa flamme à Victoire ? Odette restera-t-elle célibataire ? Et quid de Roger, disparu il y a longtemps, mais dont l’âme semble être enfermée dans une urne au bistrot ?

Les amours d’Alfréd est le second roman de Maude Mihami, une libraire bretonne, qui nous donne à lire ici un roman particulièrement nostalgique et jubilatoire. Ce deuxième titre est la suite directe de son précédent roman Les dix vœux d’Alfréd et ce fut une nouvelle fois un vrai régal de lecture.

J’ai adoré ce récit à la fois pétillant, drôle, émouvant, qui pose un regard tendre sur la vieillesse et sur l’enfance. Les personnages sont attachants et en premier lieu ce petit Alfréd, gamin intelligent un peu trop gros, qui passe son temps avec son grand-père et les amis de celui-ci dans une petite bourgade bretonne où il ne se passe jamais rien.

Ce garçon très attendrissant pour plusieurs raisons : il souffre du manque d’amour et d’attention de sa mère, il aimerait connaître son père, il tombe amoureux de la maitresse et ses kilos en trop lui filent des complexes.

Alors pour plaire à celle qu’il aime, il squatte le premier rang, lit le dictionnaire chaque soir et fait une croix sur la pâté de lapin dans l’espoir d’affiner sa silhouette.

Heureusement il peut compter sur son papi qu’il vénère et la jolie complicité qui unit Alfred-le-vieux et Alfréd, ce débordement d’amour que l’on ressent entre eux est vraiment touchant. L’auteure alterne des moments drôles et d’autres plus émouvants, nous rappelle des souvenirs d’enfance (pour celles et ceux qui comme moi sont nés dans les années 70).

Quant aux autres protagonistes du village, ils sont authentiques, truculents à souhait et font couler la trouspignôle à flots ! On apprend à mieux connaître les différents habitants de ce village qui cachent bien des secrets, on assiste à des histoires d’amour…

Le récit, bien écrit et enlevé, se lit avec grand plaisir. L’histoire est certes toute simple, les personnages ordinaires, mais on ressort de cette lecture de bonne humeur et le sourire aux lèvres, pour ma part j’ai été bien désolée de quitter si vite des personnages attachants avec lesquels je serai bien restée encore un peu.

Je ne peux que vous inviter à découvrir à votre tour Alfréd, Alfred-le-vieux, Gégène, Victoire, Nini, Nénette et tous les habitants du Camboudin, quelque part en Bretagne.

Un grand merci à Filipa et aux éditions Nil pour cette bouffée d’air frais, j’ai adoré !

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On n’aura jamais été aussi proche de Gustave Courbet que dans ce roman où il est saisi dans les yeux d’une femme. Comme par enchantement, ses toiles les plus célèbres s’éclairent soudain d’un jour nouveau, passionnant.

Que reste-t-il du premier grand amour de Gustave Courbet, Virginie Binet, une douce Dieppoise qui l’accompagna vers la gloire pendant plus de dix ans, et du fils qu’elle lui donna ?

Rien, presque aucune trace, à l’exception de quelques tableaux où la compagne et la muse pose pour son grand homme. Toute la correspondance amoureuse de Courbet a été détruite.

Il faut aller chercher sous les couches de peinture, comme dans L’Homme blessé où Gustave effaça l’aimée, scruter les détails des tableaux pour distinguer, parfois, une silhouette perdue…

Virginie, modèle abandonné, et le petit Émile Binet, le fils de Courbet qu’il n’a jamais reconnu, ressuscitent entre ces pages. Des appartements parisiens où ils vivent avec Courbet, taraudé par sa quête du succès, on entend le vacarme du XIXe siècle, celui des barricades, coups d’État, émeutes, répressions, débats où résonnent les voix de l’ami Baudelaire, de Flaubert, Proudhon, Champfleury, Gautier ou Victor Hugo, vibrant aux funérailles de Balzac.

Lorsque j’ai repéré Le modèle oublié parmi les nouveautés de l’excellente collection Les passe-murailles chez Robert Laffont, je n’ai eu qu’une envie : le lire. Vous savez combien j’aime les romans historiques, les peintres du 19è siècle et comme de Gustave Courbet, je ne savais rien, je pensais en apprendre beaucoup grâce à ce roman.

Ce fut effectivement le cas car Pierre Perrin connaît fort bien son sujet que l’on côtoie de près à travers ses œuvres, ses expositions mais aussi dans ses amitiés avec les artistes de son temps et notamment Baudelaire et Champfleury.

On le suit pas à pas à Paris, à Ornans (sa ville de naissance et de cœur), à Dieppe et dans ses nombreux voyages et pérégrinations car l’homme à la bougeotte !

Très bien documenté, on apprend une foule de choses sur Courbet et sur son époque car l’auteur nous entraine au cœur des bouleversements politiques de ce siècle : la fuite de Louis-Philippe, les barricades, l’avènement de la seconde république puis de l’Empire et enfin la Commune.

Et si Courbet est la figure centrale du roman, Pierre Perrin s’attache surtout à nous dévoiler et à mettre en lumière une femme de l’ombre totalement oubliée : Virginie Binet. De dix ans l’aînée du peintre, cette grande lectrice fut sa plus fidèle alliée, sa muse, sa compagne et la mère de son fils unique.

Si Virginie Binet apparaît comme une femme lettrée, humble, douce et généreuse, toute dévouée à son grand homme, Gustave Courbet ne nous est pas présenté sous un jour favorable. L’homme se révèle colérique, lâche, méprisant égocentrique…

Peu importe, j’ai apprécié découvrir la naissance de plusieurs de ses toiles et notamment Un enterrement à Ornans, Les casseurs de pierre ou L’Après-dînée à Ornans. Pierre Perrin revient également sur les différents scandales qui ont émaillé la carrière de ce peintre réaliste et les commandes qui ont été confiées, notamment L’origine du monde.

Deux bémols toutefois : j’aurai préféré que l’auteur s’attarde davantage sur l’intimité du couple, ce qui doit être compliqué je le conçois vu le peu de matériel à sa disposition et moins sur les évènements politiques qui prennent parfois un peu trop de place.

Je n’ai pas ressenti de plaisir à cette lecture, sans doute parce qu’il manque un souffle romanesque pour moi. J’ai eu parfois l’impression que l’auteur étalait un peu trop ses connaissances (name dropping notamment) et qu’il n’a pas su choisir entre biographie pure et roman.

Un titre intéressant néanmoins pour celles et ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur Gustave Courbet, je leur conseille de le découvrir peu à peu et non d’une traite pour éviter l’indigestion.

Je remercie Les éditions Robert Laffont pour leur confiance.

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Toulouse, un petit immeuble banal, ou presque… Quatre habitants se partagent les lieux : Cécile au rez-de-chaussée, Lucie et Madeleine au premier et Marc au second. Comme dans toutes les grandes villes, chacun cohabite sans chercher à mieux connaître ses voisins, qui ne sont que des ombres que l’on croise parfois…

Dans un immeuble toulousain. Au RDC : Cécile, traductrice agoraphobe. Quand elle ne guette pas les allées et venues dans le hall, elle s’invente d’autres vies en surfant sur les sites de rencontres.

Au 1er : Lucie, une trentenaire, qui désespère trouver le grand amour et se retrouve abonnée aux rencontres d’un soir depuis qu’elle s’est fait plaquer par son amour de jeunesse, parti sans crier gare.

En face, Madeleine, dite comtesse Mado des trottoirs, une prostituée de quatre-vingt ans qui a dépucelé une bonne moitié du quartier. Elle a désormais les articulations et à la mémoire défaillantes mais la langue toujours aussi bien pendue.

Au 2nd : Marc, qui ne pense qu’à la cote de son appartement et qui aimerait bien se débarrasser de la vieille prostituée qui fait tâche dans le paysage.

Tous ces gens se côtoient sans se voir, jusqu’au jour où la santé vacillante et les dangereuses fantaisies de Madeleine vont les obliger à franchir un palier pour lui prêter main-forte…

J’avais repéré 3 bis rue Riquet dès sa parution en grand format chez Denoël, j’aime bien les romans choral qui ont pour cadre des immeubles et celui-ci me semblait intéressant et pittoresque sur le papier, et si cette lecture ne fut pas désagréable, elle fut néanmoins décevante.

Alors certes, certains personnages sont plutôt intéressants et innovants car il n’est pas si courant que des héroïnes soient de vieilles prostituées ou des quinquas agoraphobes !

L’occasion pour Frédérique Le Romancer de nous sensibiliser sur la vieillesse d’une travailleuse du sexe, contrainte à pratiquer, faute de retraite, et sur l’agoraphobie qui contraint les personnes qui en sont atteintes à la solitude, et qui comblent leur manque de socialisation, en surfant sur internet et en s’inventant parfois de nouvelles vies.

Les personnages de Marc et Lucie sont en revanche plus convenus et permettent à la romancière d’aborder la solitude qui règne dans les grandes villes et la difficulté de rencontrer l’âme sœur en dehors de ses études ou de son travail. Là aussi, il ne reste plus que les rencontres virtuelles qui débouchent souvent par de cruelles déceptions dans la vraie vie.

J’ai bien aimé la plume de Frédérique Le Romancer qui signe ici son premier roman en critiquant notre société égocentrique. Les dialogues sont justes, les thématiques qu’elle traite nous touchent forcément, les personnages sont nuancés et plutôt bien dessinés, reste juste que l’histoire ne m’a pas surprise.

Ce qui ne m’a pas plu non plus c’est l’ambiance pesante et plombante qui règne dans ce roman et le manque de dynamisme du récit. Voilà un roman à ne pas lire en cas de déprime car il est beaucoup question de maladie, de solitude, de détresse.

Je m’attendais à un livre plus léger, basculant plus volontiers dans l’humour, il y en a heureusement, sinon je ne pense pas que j’aurai été au bout de cette histoire, qui n’a rien de bien original, le dénouement est trop attendu hélas.

Reste que le personnage de Mado vaut à elle seule le détour, je ne regrette donc pas ma lecture mais j’en ressors mitigée.

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  :

challenge-un-pave-par-mois

Paris, 1892. Alors que la capitale est en proie à une vague d’attentats et que la police recherche activement l’anarchiste Ravachol, un garçon de café, Jules Lhérot, le reconnaît parmi ses clients et rend possible son arrestation. Érigé en héros par une presse qui est en train de découvrir que la peur fait vendre, Jules devient aussitôt, pour les anarchistes épris de vengeance, l’ennemi à abattre.
De son côté, la jeune Zélie, fille d’ouvrier prompte à frayer avec les marlous et bien décidée à vendre son corps pour se faire une place dans le monde, s’enfuit de la maison de correction où elle a été enfermée. C’est alors qu’elle rencontre Jules, qui tombe éperdument amoureux d’elle…
Il deviendra policier, elle prostituée. Leurs routes croiseront celles du commissaire Raynaud l’humaniste, de Bolivar le flic aux mœurs dévoyées, de Milo l’Apache, de Lefeu le journaliste sans scrupule, ou encore de Madeleine, l’épouse d’un grand patron de presse tiraillée entre sa vie bourgeoise et ses désirs. Mais il aura beau perdre ses idéaux, jamais Jules n’oubliera Zélie…

La capitale vit une vague d’attentats anarchistes sans précédent en cette année 1892. La police recherche activement François Claudius Koënigstein dit Ravachol, un ancien ouvrier reconverti en poseur de bombes pour la cause anarchiste. Son portrait est largement diffusé et Jules Lhérot le reconnaît en l’un de ses clients.

Fidèle républicain, il file au poste de police le plus proche pour que des agents interviennet alors qu’il est encore attablé dans le restaturant de son oncle. Mais la police tarde et Ravachol quitte les lieux. Quelques jours plus tard, le voilà revenu. Cette fois-ci, il n’échappera pas à son destin et sera emmené entre deux pandores.

Jules est un héros, il est reçu par le préfet Lépine en personne, donne des interviews à la presse mais les anarchistes sont furieux et ont juré de se venger, ce qu’ils feront quelques semaines plus tard en dynamitant le restaurant, tuant son oncle.

Obligé de se cacher, Jules se terre à l’hôtel des trois couronnes où il va faire la connaissance de Zélie, une prostituée, dont il tombe amoureux. Mais la jeune fille a le cœur pris ailleurs et Jules, le sien, brisé.

Il décide d’entrer dans la police et se voit sous les ordres du commissaire Reynaud, qui taquine volontiers la muse et passe ses soirées dans les théâtres, en bon admirateur de la grande Sarah Bernhardt qu’il est !

Un soir, il en vint à aider Madeleine, l’épouse d’un grand patron de presse, tiraillée entre sa vie bourgeoise où elle s’ennuie et ses désirs de grand amour…

Un bref désir d’éternité me faisait de l’œil depuis sa parution en janvier, je n’ai donc pas hésité à l’acquérir lorsque je l’ai trouvé d’occasion et à le lire dans la foulée, une fois n’est pas coutume.

Vous le savez sans doute, j’aime beaucoup la Belle Epoque et le contexte anarchisme / apache / le rôle de la presse / police m’intriguait tout particulièrement. Pour bâtir son intrigue, Didier Le Pêcheur, par ailleurs réalisateur et scénariste pour le cinéma et la télévision, s’est solidement documenté et appuyé sur des faits réels et des personnes ayant existé.

Ravachol a été guillotiné le 11 juillet 1892 pour ses attentats anarchistes, arrêté grâce à Jules Lhérot, dont on ne sait rien de plus si ce n’est qu’il est entré dans la police. L’auteur s’est aussi inspiré de la vie d’Amélie Elie, dite Casque d’Or, pour le personnage de Zélie et il y a bien eu un commissaire Raynaud, poète et écrivain. Tout le reste n’est que fiction, une fiction assez noire, ce à quoi je ne m’attendais guère.

Dans cette fresque saisissante où les trajectoires personnelles rencontrent la grande Histoire, Didier Le Pêcheur nous entraîne au cœur d’un Paris âpre et sulfureux, des beaux quartiers aux bas-fonds où règnent les apaches, dans un monde où chacun a quelque chose à cacher, et où la survie des uns se paie de la souffrance des autres.

L’auteur marche dans les pas de Zola en nous proposant un roman naturaliste, il nous dépeint à merveille le rôle de la presse, le Paris interlope des bourgeois, celui des artistes, celui des cocottes mais surtout celui du peuple de Paris et des bas-fonds, où les catins, les apaches et les marlous règnent sans partage.

On suit alternativement Jules, Zélie, Reynaud et Madeleine, des personnages bien dessinés et aboutis. Jules, dans son travail de policier de terrain, les deux mains dans la m*, définitivement marqué par l’attentat dont a été victime son oncle et qui développera une certaine violence au fur et à mesure des évènements qui lui arrivent.

Avec Zélie, c’est le monde de la prostitution et des souteneurs, la jeune fille, qui refuse la vie d’ouvrière ou de domestique, préfère faire commerce de son corps, dans la rue d’abord puis dans une maison close. Elle estime que les femmes n’ont pas beaucoup de choix dans cette société patriarcale où les hommes sont tout puissants.

Reynaud, esthète si il en est, va être le mentor de Jules. Il mène en apparence une vie irréprochable mais a bien des secrets qui, si ils venaient à être découverts, lui feraient perdre la belle vie qui est la sienne.

Quant à Madeleine, l’épouse bourgeoise d’un grand patron de presse influent, elle s’ennuie ferme et va connaître, grâce à Reynaud, un tout autre monde que le sien, ce qui va la mener là aussi, à dissimuler un certain nombre de choses à son mari et à son milieu.

J’ai beaucoup aimé ces deux derniers personnages que j’ai trouvé intéressants et attachants tandis que Jules et Zélie m’ont peu à peu lassés. Jules parce qu’il cède de plus en plus à la violence, totalement en opposition à sa personnalité de départ et Zélie parce que sa condition la ravit !

Mais au-delà des personnages et du contexte historique de l’anarchisme et des apaches, Didier Le Pêcheur, s’attache tout au long du roman à nous décrire avec beaucoup de réalisme la condition féminine de cette fin du XIXè : bourgeoise, ouvrière, prostituée de base ou cocotte, grisette… les femmes étaient toujours à la merci d’un homme (mari, père, souteneur, patron…) et n’avaient aucun pouvoir de décision sur leurs vies.

Deux bémols toutefois : les longueurs ! Le récit met vraiment du temps à se mettre en place et se révèle trop descriptif à mon goût. Et le déferlement de violence à certains moments du récit qui m’a vraiment gênée.

Sinon Un bref désir d’éternité est un très bon roman historique, sociologiquement très intéressant, si vous êtes adeptes de ce genre et que la période vous plait, je vous le recommande !

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Réunies durant quelques jours à la campagne à l’occasion des funérailles de leur aïeule, quatre générations de femmes partagent leur intimité et leur deuil. L’héroïne, Lia, découvre un secret de famille jalousement gardé pendant soixante ans et met ainsi en péril l’union de son clan. Lettres, carnets, confidences vont redonner la parole à ces femmes qui semblent transmettre leur inaptitude au bonheur conjugal…

Mamie Alice vient de décéder et sa fille Sol, sa petite-fille Agnès et son arrière-petite-fille Lia sont réunies pour l’occasion. Dans cette famille Palin, il n’y a qu’Alice qui a connu le grand amour, veuve depuis plusieurs décennies, le cœur définitivement brisé par l’accident de voiture qui a coûté la vie à son mari Pierre, un héros de la Résistance.

Ses descendantes n’ont pas connu le même bonheur, ont multiplié les maris et les amants, et ont en commun la peur de l’engagement.

En rangeant les affaires d’Alice, Lia, découvre de vieilles lettres et un secret de famille qui va tout remettre en question. La jeune fille âgée de vingt ans va être bouleversée par cette découverte qui va la conduire à s’interroger…

Après mon quasi coup de cœur pour Le baiser, j’ai retrouvé avec plaisir Sophie Brocas à l’occasion de l’un de ses précédents romans : Le cercle des femmes. Vous connaissez mon intérêt pour les secrets de famille, il n’a donc pas fait long feu dans ma PAL.

Sophie Brocas met au cœur de son roman un secret de famille et surtout la psycho généalogie, un sujet qui n’est pas très original mais néanmoins intéressant ici par la manière dont il est traité.

L’autrice montre de la fin de la dernière guerre à nos jours, comment des secrets peuvent impacter sur les vies des générations suivantes.

A travers Marie, Sol et Agnès on suit l’évolution des modes de vie au fil du 20e siècle. De l’amour toujours aux histoires kleenex en passant par les adultères, des familles monoparentales aux recomposées, on assiste à l’évolution de la famille et de la maternité également.

Tout l’enjeu pour Lia sera de rompre le cercle de ce clan de femmes où les hommes sont particulièrement malmenés et décrits de manière trop caricaturale à mon goût, pour bâtir sa vie de femme et choisir sa maternité.

Si la plume de Sophie Brocas est toujours aussi agréable à lire et que cette lecture fut agréable, elle m’a néanmoins moins plu que Le Baiser, le ton est juste, les personnages intéressants mais il ne me marquera pas sur le long terme.

Je vous recommande toutefois Le cercle des femmes si les secrets de famille et la psycho généalogie vous intéressent.

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Étudiante en médecine, Marie-Lou est, du jour au lendemain, affectée à Brest. Autant dire le bout du monde pour celle qui n’a jamais quitté sa Grenoble natale. Une nouvelle existence commence alors pour elle, loin des siens, de ses montagnes : il va falloir s’habituer au climat, à la région, à la collocation, aux collègues… Surtout, c’est l’insouciance et la légèreté de ses vingt-cinq ans qui vont être confrontées à la dure réalité du monde hospitalier. Une nuit, elle croisera Matthieu, interne en ORL. Ce loup solitaire, mystérieux et poétique, arrivera-t-il à lui faire une place dans sa vie ?

Marie-Lou est étudiante en médecine, attachée à sa région natale, la Savoie. Lors du concours de l’internat, elle fait une grosse erreur et se retrouve classée 1997è, autant dire qu’elle va avoir moyennement le choix d’un hôpital pour faire son internat en neurologie.

Alors qu’elle se trouve aux côtés de sa soeur, elle désigne totalement au hasard Brest pour point de chute. La voilà partie pour la Bretagne où elle n’avait jamais mis les pieds.

Dès son arrivée, elle sympathise avec sa colocataire Anna, étudiante en médecine comme elle, son cousin Matthieu en ORL et Farah, l’autre interne en neurologie et commence sa première journée d’internat, la boule au ventre…

L’an dernier j’avais reçu, sans l’avoir demandé, le dernier roman de Sophie Tal Men : De battre la chamade, troisième tome de sa trilogie consacrée à Marie-Lou, l’interne en neurologie. N’ayant jamais lu les deux premiers opus, il attend depuis lors bien sagement dans ma PAL.

Aussi lorsque mon regard a croisé Les yeux couleur de pluie dans un magasin d’occasion, je n’ai pas hésité à le prendre et aussitôt acheté aussitôt lu. Il faut dire que si je ne suis pas spécialement attirée par les romans en milieu médical, j’aime beaucoup en revanche ceux qui ont pour cadre la Bretagne où je vis moi-même.

Sophie Tal Men, neurologue dans le Morbihan, a du beaucoup s’inspirer de son vécu pour créer le personnage de Marie-Lou, elle nous immerge sans peine dans le quotidien d’une interne qui doit gérer les urgences, constater des décès, aider ses patients dans leur convalescence…

Cette partie-là m’a beaucoup plu, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de réalisme dans la description du monde hospitalier, et d’humanité dans le traitement des patients. J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt la prise en charge de personnes victimes de maladies dégénératives ou d’accidents neurologiques comme l’AVC, Alzheimer, Creutzfeldt Jakob… des maladies effrayantes que l’on méconnaît en général, en tout cas moi.

On suit également le quotidien des internes, leurs gardes, les fêtes bien alcoolisées qu’ils organisent, les rapports avec leurs chefs, les recherches qu’ils mènent en vue de leur doctorat ou pour le compte de leurs supérieurs hiérarchiques, ce qui va amener Marie-Lou à participer à un colloque international à Stockholm.

Autant de thèmes très intéressants qui auraient mérité d’être creusés car ils sont ici survolés au profit d’une histoire d’amour entre Marie-Lou et Matthieu, cousue de fil blanc, qui prend trop de place à mon goût.

J’ai eu plaisir également à voir évoluer Marie-Lou en Bretagne, à la découverte de sa gastronomie, des lieux à voir, etc. Un personnage qui se révèle très attachante, soucieuse du bien-être de ses patients, on aimerait croiser ce type de médecin plus souvent en milieu hospitalier !

Malgré quelques bémols, Les yeux couleur de pluie, est un sympathique roman de détente facile à lire, idéal pour les vacances, grâce à l’écriture de Sophie Tal Men fluide et pleine d’humour. Pour ma part, je lirai le second tome avec plaisir lorsqu’il croisera ma route.

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