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Archive for the ‘Littérature française’ Category

Caroline Franc est journaliste de formation. Après huit ans en agence de presse, elle décide de devenir autoentrepreneur : on peut la lire sous le pseudonyme Caroline Desages dans L’Express Style, dans Pleine vie ou encore dans Cosmo.fr. Elle est également auteur du blog Pensées by Caro, qui rassemble 10 000 lecteurs quotidiens. Mission Hygge est son premier roman, publié chez First en 2018.

Reporter de guerre émérite, Chloé Savigny aime le frisson, l’adrénaline, le danger. Mais quand elle est coincée au journal, elle terrifie ses collègues, en un mot elle est insupportable. Alexandre, son rédacteur en chef décide donc de l’éloigner un moment, pour le bien des équipes.

Direction Gilleleje, petit village côtier au nord du Danemark, dont les habitants viennent d’être très sérieusement déclarés  » les plus heureux du monde « . Le bonheur ? Chloé ça lui donne le bourdon… mais on ne lui laisse pas le choix : c’est ça ou la porte.

Alors l’habituée des conflits se résout à partir au Danemark et va devoir s’adapter aux grosses chaussettes au coin du feu, aux bougies et aux roulés à la cannelle. Et cela pourrait bien changer sa vie…

Envie d’une lecture feel-good, légère et réconfortante pour attaquer du bon pied l’année 2022 ? Ne bougez pas, j’ai la lecture qu’il vous faut : Mission hygge de Caroline Franc.

L’art de vivre à la danoise a le vent en poupe depuis quelques années et après avoir refermé ce court roman, je comprends pourquoi ! J’irais bien moi aussi, goûter le bonheur à la danoise car les habitants de ce pays sont tout simplement épatants si on se fie à cette lecture.

Chloé, qui est pourtant tellement antipathique au début du livre, heureusement elle s’améliore par la suite, est incroyablement bien accueillie par les habitants de Gilleleje, à commencer par Inge, serveuse comme elle dans le bar tenu par Jörgen, Birgit qui l’accueille au sein de sa pension ou le beau chauffeur de taxi psy Lars. Franchement ça donne envie de vérifier si ils sont si chaleureux que ça ces danois !

Outre les personnages terriblement sympathiques et attachants, ce que j’ai aimé ici, c’est de découvrir ce fameux hygge et l’état d’esprit des danois, qui ne sont jamais dans le jugement, qui accueillent chacun bien volontiers tant que l’on ne ment pas ou que l’on ne respecte pas la loi.

Ils ont aussi tout compris à la vie : ils travaillent certes mais dès 16h tout le monde rentre profiter de sa famille, comme je les envie !

Le roman est court mais apporte son lot d’émotions, on rit, on est ému aussi tant le récit fait la part belle à l’amitié et à la solidarité.

Comme il est bref, l’autrice ne s’embarrasse pas avec des développements, c’est un peu dommage car je trouve que l’on ne voit pas assez le cheminement de Chloé qui la pousse à remettre en question son quotidien jusque là bien huilé et notamment son métier de reporter de guerre.

Malgré ce bémol, je ne peux que vous conseiller ce roman réconfortant, qui fait du bien tout simplement !

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Reine française de la saga, Marie-Bernadette Dupuy a conquis une immense communauté de lecteurs par ses romans bouleversants qui figurent systématiquement dans le top des meilleures ventes à leur parution. C’est dès la publication de sa série L’Orpheline des Neiges, se déroulant au Québec, que Marie-Bernadette Dupuy a rencontré un immense succès, qui ne s’est jamais démenti.

Colmar, novembre 1924. Lisel Schmitt, vingt-deux ans, est première main dans un atelier de confection pour dames. Après avoir passé un an à Paris, employée d’une prestigieuse maison de couture, elle rêve de créer ses propres modèles et de faire carrière.

Son destin, jusqu’alors paisible et prometteur, bascule le jour où un incendie se déclare dans le magasin où elle travaille. Piégée dans l’immeuble en flammes, brûlée aux mains, elle est sauvée de justesse par Heinrich Keller, un pompier.

L’attirance est immédiate entre les deux jeunes gens, mais bientôt Lisel est victime d’une mystérieuse machination et confrontée à un terrible secret, ce qui pourrait briser tous ses rêves.

Marie-Bernadette Dupuy est une romancière prolifique, connue pour ses sagas familiales, que je retrouve à l’occasion d’un roman en un seul volume : Les feux de Noël.

Cette lecture s’est révélée très prenante et plutôt passionnante car, au-delà de la romance Liel et Heinrich, qui ravira les amat.eurs.trices du genre, bien que fort heureusement, elle ne soit pas au premier plan, l’autrice nous propose une histoire pleine de suspens dans un contexte historique particulier.

Car l’histoire démarre quelques années après la fin de la première guerre mondiale alors que l’Alsace est redevenue française. Le sort qui s’acharne sur Lisel prend naissance dans les tranchées, querelle entre les malgré nous et ceux qui combattaient sous le drapeau français.

Ce qui m’a beaucoup plu ici, c’est bien sûr le contexte historique, les lieux, les secrets de famille. Marie-Bernadette Dupuy s’est bien documenté sur l’époque et sur la région et au fil des pages, on s’y croirait.

Cerise sur le gâteau, l’héroïne exerce dans la mode à une époque où il règne un vent de liberté sur les femmes : les cheveux et les robes raccourcissent, les chapeaux cloches font fureur. C’est une période que je trouve fascinante et j’ai aimé la retrouver à l’occasion de cette lecture.

Quelques bémols toutefois : les personnages sont bien trop manichéens, ils sont soit extrêmement gentils soient horriblement méchants et les ennuis pleuvent en cascade sur l’héroïne un peu trop rapidement.

Malgré tout, j’ai dévoré ce roman en quelques heures tant j’étais avide de connaître le mobile de cet acharnement sur notre pauvre héroïne, qui en bave des ronds de chapeau. Le dénouement, lui, ne faisait aucun doute mais je le savais d’emblée, donc pas de déception de ce côté-là !

Si vous êtes un.e fidèle de Marie-Bernadette Dupuy, ce nouvel opus ne devrait pas manquer de vous plaire. Et pour celles et ceux qui souhaitent la découvrir dans un one-shot, c’est le roman idéal pour ça.

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Roxane Malone est une jeune romancière française. Elle a longuement envisagé d’ouvrir le même type d’entreprise que son personnage principal, mais elle a trouvé plus amusant de tester d’abord le concept dans un roman. Elle garde tout de même l’idée sous le coude. Sait-on jamais…

Nina, pétillante trentenaire, est à la tête des Déesses, une agence conçue pour aider les femmes à tourner la page après une rupture.

Soutenue par Marie-Jeanne, une septuagénaire bikeuse et bricoleuse, et par Jade, son assistante administrative, elle a réussi à créer un lieu cosy, qui offre aux femmes tout ce qu’il leur faut pour retrouver confiance en elles et démarrer une nouvelle vie. Spa, relooking, shopping, cours de pole dance, gogo dancers, il y en a pour tous les goûts !

À l’approche de Noël, l’agence est en pleine effervescence : entre la décoration, les demandes de réservation, l’organisation d’un concours et la gestion des ex-maris mécontents, Nina ne sait plus où donner de la tête.

Et comme si ça ne suffisait pas, Les Déesses fait l’objet d’un contrôle fiscal, mené par un inspecteur des impôts plutôt canon… Les fêtes de Noël s’annoncent mouvementées !

Comme une déesse m’a permis de renouer avec Roxane Malone dont j’ai déjà lu quatre de ces précédents romans et comme toujours, quel sympathique moment de lecture !

L’autrice est vraiment à l’aise dans le registre de la comédie romantique et me régale à chaque fois par ses histoires drôles et piquantes, romantiques ce qu’il faut et avec des héroïnes très étonnantes et attachantes qu’on a plaisir à suivre de la première à la dernière page.

J’ai beaucoup aimé l’histoire menée tambour battant proposée par Roxane Malone, mêlant romance et fraude fiscale (alors que si il y a bien une chose que je déteste c’est faire ma déclaration d’impôts !), mais aussi les personnages principaux et secondaires à la fois attachants et drôles que sont Nina, Théo, MJ, Laura, Mylène, sans oublier l’épagneul nain Frileux.

C’est une romance de Noël pétillante, dynamique, fluide, bourrée d’humour et avec des dialogues ciselés. Nina est une jeune femme plus que motivée dans sa mission de redonner confiance en elle à des femmes brisées par leur divorce.

J’ai trouvé le concept de l’agence des Déesses absolument génial et apprécié que l’on mette en avant le fait de chouchouter des femmes qui en ont bien besoin, notamment celles qui ont subi des violences ou du harcèlement moral par des maris pervers narcissiques.

On peut reprocher à Roxane Dambre son choix d’une fin trop convenue et d’avoir voulu cocher toutes les cases de la comédie romantique mais elle répond en cela aux lectrices qui attendent de ce genre de lecture de l’humour, de l’amour et un dénouement happy ending.

Alors certes la lecture reste un peu prévisible mais Comme des déesses est un roman anti-déprime qui m’a bien diverti et je vous le conseille sans réserve si le genre vous plait !

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Irène Némirovsky est née dans une famille de financiers juifs russes. La Seconde Guerre mondiale mettra un terme brutal à son brillant parcours littéraire. En 1938, Irène Némirovsky et Michel Epstein se voient refuser la nationalité française, mais n’envisagent toutefois pas l’exil, persuadés que la France défendrait ses juifs. Elle est arrêtée devant ses enfants par les gendarmes en juillet 1942, et envoyée à Auschwitz, où elle succombera du typhus quelques semaines plus tard. Michel Epstein, qui avait tout tenté pour sauver sa femme, est également déporté en novembre et immédiatement gazé à son arrivée. Ses deux filles sauvent quelques documents, puis sont placées sous la tutelle d’Albin Michel et Robert Esmenard (qui dirigea la maison d’édition) jusqu’à leur majorité.

Antoinette vient d’avoir quatorze ans et elle rêve de participer au bal qu’organisent ses parents, les Kampf, pour faire étalage de leur fortune récemment acquise.

Mais sa mère, plus pressée de jouir enfin de cette opulence tant attendue que de faire entrer sa fille dans le monde, refuse de convier Antoinette au bal.

La vengeance d’Antoinette, aussi terrible qu’inattendue, tombera comme un couperet, révélant le vrai visage de chacun…

Roman fulgurant et initiatique sur l’adolescence et ses tourments, Le Bal est l’un des premiers livres d’Irène Némirosky, écrit en 1929.

La romancière d’origine russe disparue prématurément en déportation en 1942 nous propose ici un court récit qui met en lumière l’arrivisme des nouveaux riches et les relations difficiles entre une fille et sa mère.

Antoinette se prend à rêver de bals tandis que sa mère, enivrée par leur fortune récente, entend bien en être la vedette et préfère cacher cette fille qu’elle juge sotte et ingrate.

Comme dans Jézabel, Irène Némirovsky met des éléments biographiques au coeur de son récit : ses parents étaient de nouveaux riches de confession juive et les relations avec sa mère étaient très froides et compliquées.

Anna Némirosvsky repoussait ses baisers, n’offrait aucune tendresse à sa fille mais n’était pas avare en remontrances sur ses manières, ses propos, sa façon de se tenir… comme le fait Rosine Kampf à Antoinette.

J’ai beaucoup aimé ce récit qui commence comme une anodine bluette pour adolescent(e)s, et se termine en drame familial où cette jeune fille de quinze ans brise l’ambition sociale de ses parents, nouveaux riches qui rêvent de faire leur entrée dans le monde, au cœur des années folles.

La plume d’Irène Némirovksy est très belle et cette seconde incursion dans sa bibliographie me confirme mon envie de découvrir le reste de son oeuvre.

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Sophie Henrionnet est autrice de romans, scénariste de romans graphiques et, à ses heures perdues, Mojito crash testeuse.

Les fêtes de fin d’année, un temps propice aux joies simples des retrouvailles et aux petits bonheurs en famille ? Pas chez les Labarre.

Alors que toute la famille est réunie pour célébrer à la fois Noël et l’anniversaire de Louis, le patriarche, chacun a ses propres raisons de redouter ce huis clos familial.

Bientôt, la neige envahit la vallée et le luxueux chalet dans lequel les Labarre sont rassemblés se referme sur eux comme un piège.

Tandis que le champagne coule à flots, les apparences se fissurent… et secrets comme vieux démons se joignent à la fête.

Vous prendrez bien un dessert ? est un roman choral féroce qui se déroule le soir du réveillon. Chaque chapitre donne la parole à un membre de la famille Labarre et ils sont tous plus ou moins ignobles et sérieusement gratinés, c’est moi qui vous le dit.

C’est Noël, la fête, la famille est réunie, la décoration somptueuse, les flocons de neige, tout est au rendez-vous. Mais cette comédie de Noël est bien différente de celles que l’on peut lire habituellement.

Ici, point de romance, d’ambiance chaleureuse et de félicité familiale ! Et pourtant, j’ai vraiment bien aimé ce roman qui m’a beaucoup surprise.

Point de dialogue, uniquement de la narration, je suis assez peu friande de ce genre de roman mais ici ça marche formidablement bien, d’autant que la plume de Sophie Henrionnet est fluide et pleine de mordant et j’ai vite dévoré cette courte histoire.

Chaque personnage est dépeint de façon réaliste, sans tomber dans la caricature et nous dit son ressenti, ce qu’il ou elle pense de cette famille bien dysfonctionnelle et la réunion de famille tourne vite à l’aigre, à coups de règlements de compte. 

Dans ce huit-clos, l’autrice dénonce les non-dits et les apparences de cette famille bourgeoise qui semble bien comme il faut, et au fil du récit, le vernis craque pour révéler chaque protagoniste dans son entièreté et sa vérité.

J’ai eu de l’empathie pour certains comme Paul, Marie-Odile, la famille de Lucile mais les autres sont franchement détestables.

La chute m’a vraiment surprise, cueillie à froid et je n’ai qu’un regret : ce roman s’achève brutalement au moment où il devenait encore plus intéressant.

Un roman que je vous conseille si vous aimez les ambiances à la Festen, vous ne serez pas déçu.e.s !

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Figure incontournable de la scène littéraire francophone, Sophie Jomain a écrit plus de vingt romans allant de la littérature fantastique à la comédie en passant par le roman contemporain. Avec Les étoiles brillent plus fort en hiver, elle nous offre sa toute première comédie de noël.

Aux Galeries Hartmann, les Féeries sont le plus gros événement de l’année. Alors, quand sept jours avant leur lancement, Alexandre Hartmann, le nouveau directeur, exige que la décoration de Noël soit intégralement refaite, le sang d’Agathe ne fait qu’un tour !

La décoratrice des galeries a scrupuleusement suivi le cahier des charges du fondateur et personne ne touchera à son travail, et surtout pas cet arriviste arrogant. Mais le grand magasin est désormais sous la responsabilité d’Alexandre Hartmann, et aussi talentueuse que soit Agathe Murano, c’est avec lui qu’elle devra traiter. Lui et personne d’autre.

Ces deux-là auraient préféré ne jamais se rencontrer, mais puisqu’un père Noël et son chat magique viennent d’être embauchés pour exaucer les souhaits, puisque les guirlandes scintillent et que l’air embaume la cannelle et le pain d’épices, tout devient possible…

Les étoiles brillent plus fort en hiver figurait en bonne place dans ma pal de décembre, j’avais placé la barre haute suite aux avis dithyrambiques lus l’an dernier lors de sa parution en grand format et je ressors de cette lecture totalement emballée, avec un coup de cœur à la clé !

Enfin, une romance de Noël française digne de ce nom et comme ça fait du bien de lire une histoire si jolie et réconfortante à quelques jours de ma fête préférée.

Le roman respecte certes tout ce qu’on attend de ce genre avec un dénouement happy, mais sans être gnangnan ni bourrée de clichés !

C’est bien simple j’ai tout aimé ! Les personnages tous tellement attachants : Agathe et Alexandre bien sûr mais aussi le personnel des galeries en passant par les familles des deux protagonistes principaux, notamment la petite Chloé.

J’ai adoré la petite touche de magie avec la présence de Nicolas Claus, le père Noël engagé par Agatha, et Scrooge, son chat qui exauce les souhaits, qui insufflent l’esprit de Noël que j’adore.

Mais ce roman n’est pas qu’une histoire d’amour toute mignonne, Sophie Jomain aborde des sujets profonds que je ne m’attendais pas à trouver ici : schizophrénie, le deuil, la direction d’une entreprise, etc.

Les rebondissements qui émaillent le récit, l’humour et les situations cocasses m’ont fait bien rire mais il y a aussi beaucoup d’émotion et Sophie Jomain sait passer de l’un à l’autre avec virtuosité.

Si vous êtes à la recherche d’une romance de Noël réussie, je vous conseille vivement celle-ci qui parle de famille, d’amitié mais aussi d’amour, une histoire où les vœux peuvent se réaliser à condition qu’on y croit suffisamment fort.

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Alexandra de Broca, qui fut productrice à France 2 avant de se tourner vers l’écriture, sait allier sa rigueur d’historienne à son goût de la fiction. Passionnée par le XVIIIe siècle et la Révolution française, elle y a consacré plusieurs livres, dont La Soeur du roi (Albin Michel). Un rhinocéros à Versailles est son quatrième roman relatif à cette période.

Née à la Ménagerie de Versailles où son père est soigneur, Claire, passionnée par les animaux, affirme qu’ils souffrent comme les hommes.

Malgré les critiques des nobles comme des savants, elle se bat pour améliorer les conditions de vie de ces espèces exotiques.

Lorsque la Révolution éclate, Claire se retrouve à la tête d’un domaine sans personnel et sans argent, abandonné par la Cour.

Comment protéger un lion, une gazelle ou un rhinocéros que les sans-culottes vouent à la mort ? Alors que la France bascule dans la violence, la jeune fille va tenter de sauver ceux qui lui sont les plus chers : les habitants de la Ménagerie.

Un rhinocéros à Versailles signe mes retrouvailles avec Alexandra de Broca dont j’avais adoré La princesse effacée et La soeur du roi. Si vous vous intéressez au règne de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Alexandra de Broca est vraiment la romancière qu’il vous faut lire absolument.

Ses romans sont très bien écrits et formidablement bien documentés. Alexandra de Broca connaît clairement cette période sur le bout des doigts et elle m’emporte toujours dès les premières pages. Ce nouveau roman ne fait pas exception à la règle tant il fut passionnant à lire.

Découpée en trois parties et un prologue, l’intrigue court de 1788 à 1794, du moment où nous faisons la connaissance de Claire et de la ménagerie royale jusqu’au jour où celle-ci intègre le muséum d’histoire naturelle de Paris, fusionnant avec le jardin du roi devenu jardin des plantes, grâce à l’appui de Bernardin de Saint-Pierre, l’auteur de Paul et Virginie.

En mettant nos pas dans ceux de Claire, on découvre le quotidien et le fonctionnement de la ménagerie royale, voulue par Louis XIV. On se rend compte que ce caprice du roi soleil existait pour son bon plaisir mais que la bientraitance animale n’était vraiment pas de mise.

Ces animaux arrachés de leurs territoires naturels, venus des quatre coins du monde, à grand renfort de monnaie sonnante et trébuchante, étaient loin d’avoir une vie heureuse. Parqués dans des cages trop petites pour eux afin que le roi et les courtisans puissent les voir facilement, dans des cages plus grandes, ils auraient pu se cacher, ces animaux mourraient littéralement d’ennui, souffraient du froid…

Deux thèmes traversent le récit d’Alexandra de Broca : le bien-être animal que défend farouchement notre jeune héroïne auprès du roi et de la reine. Préoccupée par leur condition de vie, elle s’attache à ce qu’ils soient bien traités. Elle améliore leur quotidien, leur témoigne de l’affection et en cela, elle est en totale opposition avec les croyances de l’époque.

Elle va avoir deux alliés de taille dans sa mission : le Dauphin en personne, fils aîné du roi qui va hélas mourir d’une tuberculose osseuse pendant les états généraux de 1789 et Félix Vicq d’Azir, le médecin de la reine et fondateur de l’école vétérinaire.

La ménagerie coûte aussi très chère et les caisses du royaume sont vides, il y a donc un parallèle intéressant entre les dures conditions de vie du peuple à cette époque et des animaux de cette ménagerie.

Le second thème est bien sûr la révolution, thématique centrale des romans d’Alexandra de Broca puisqu’ils mettent toujours en scène la famille royale aux prises avec les tourments de l’Histoire : des états-généraux à la fuite à Varennes, en passant par les massacres et l’exécution du roi et de la reine.

Car hormis Claire et sa famille, tous les autres protagonistes du roman ont bel et bien existé et c’est ce qui est passionnant aussi. Tous les personnages sont attachants : j’ai eu plaisir à suivre Claire et découvrir certaines figures historiques que je ne connaissais pas comme Vicq d’Azir qui a une place importante dans le déroulement de l’intrigue.

Je ne peux que vous conseiller chaudement ce roman et tous ceux d’Alexandra de Broca, ils sont tous excellents et si comme moi vous aimez les romans historiques, vous allez vous régaler.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour ce coup de coeur, j’ai adoré !

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Après des études de droit, un début de carrière dans l’administration scolaire, des engagements associatifs, Véronique Chauvy se lance dans l’écriture. Elle choisit l’Auvergne, sa terre d’adoption depuis plus de vingt-cinq ans, pour planter le décor de ses romans où le destin de ses personnages traverse la grande Histoire.

Clermont-Ferrand, 1892. Quand Juliette apprend qu’elle est l’héritière d’une confiserie léguée par un oncle dont elle n’a jamais entendu parler, elle comprend que cette nouvelle va changer son destin.

Happée par la curiosité, elle accepte de visiter cette boutique si bien nommée Aux douceurs du temps… Saura-t-elle égaler les plus grands artisans de la ville ?

Malgré l’opposition de son père et les manigances de ceux pour qui elle représente une future concurrente – une femme qui plus est ! -, sa décision est prise : elle sera « confiseuse », envers et contre tous !

Vous le savez, les romans historiques sont mon péché mignon et lorsqu’ils allient gourmandise et féminisme, je ne peux leur résister ! J’avais repéré Aux douceurs du temps lors d’une virée chez France Loisirs avec ma maman et lorsqu’il est sorti chez J’ai lu avec cette magnifique couverture, oui parfois je peux être superficielle, j’ai craqué et comme j’ai bien fait.

Ce roman avait tout pour me plaire sur le papier et ce fut le cas à la lecture. Certes, il n’est pas follement original mais je l’ai trouvé tellement agréable à lire que je ne lui en veux pas.

Véronique Chauvy nous propose une histoire somme toute classique, qui ne sort pas forcément des sentiers battus, mais son héroïne Juliette est bien attachante et m’a rappelé la trilogie Les lumières de Paris de Gwenaëlle Barussaud que j’ai adoré et notamment Lucille à l’heure gourmande.

J’ai beaucoup aimé mettre mes pas dans ceux de Juliette et la voir bâtir sa confiserie envers et contre tous, notamment son père qui la reniera et son principal concurrent qui lui mettra bien des bâtons dans les roues !

L’autrice s’est bien documentée sur la situation sociale, politique et religieuse de son époque mais aussi sur le monde des confiseurs et j’ai trouvé cela passionnant.

Véronique Chauvy ancre ses personnages dans un quotidien minutieusement décrit, détaillé et dans lequel il n’est pas difficile de s’immerger. On découvre ce métier de confiseuse, ses aléas, ses joies, ses peines, ses difficultés à faire son trou dans ce monde d’homme, ses techniques, et on en a l’eau à la bouche tant elle décrit si bien les pâtes de fruits, liqueurs et autres cerises en chemise.

Je me suis laissée happer par ce destin de femme, qui n’a rien d’une héroïne capable d’accomplir des exploits incroyables, au contraire, Juliette est représentative des femmes de son époque, encore engluées dans une société patriarcale qui régit leur vie, mais qui commencent à revendiquer le droit à une existence propre. 

Il y a bien sûr une petite romance en arrière-plan mais il y a une vraie visée féministe dans ce roman dont je n’ai fait qu’une bouchée. Je vous le recommande !

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Partageant son quotidien entre l’écriture et le cinéma, Frédérique Hespel s’amuse à plonger ses héros au coeur d’histoires aux mille rebondissements. Dans son demier roman, on retrouve cette folie douce qui coule dans chacun de ses mots et qui vous emportera dans un tourbillon de joie de vivre.

C’est tout un petit monde qui vit au 30, Willow Road, résidence londonienne fièrement dressée entre les maisons colorées et les devantures fleuries : la famille parfaite, le voisin quelque peu acariâtre, la jeune hôtesse de l’air, le couple de jeunes nouvellement installé, la mère célibataire ou encore les piliers de la résidence, il y en a pour tous les goûts. 

Des habitants de 7 à 77 ans, principalement français… Sans oublier un gros chat et un bonsaï amoureux de musique classique !

Tous ces résidents se croisent, cohabitent, se supportent et vivent ensemble selon un rythme bien défini… jusqu’au jour où Thomas fait son grand retour, bousculant leur quotidien.

Heureusement, chacun peut compter sur l’autre et, à eux tous, ils sont sûrs d’atteindre leur but : trouver le bonheur, tout simplement !

Petits mystères et grands bonheurs à Willow Road est un feel-good book comme je les aime, une petite bulle rafraichissante qui m’a fait penser aux Chroniques de San Franciso d’Armistead Maupin. D’une manière générale, j’aime bien les récits chorales qui mettent en scène les habitants d’un même immeuble ou quartier et ici c’est très bien fait.

Tout au long du roman, les personnages se croisent, leurs histoires évoluent, donnant lieu à des thématiques intéressantes : l’usure du mariage, le premier amour, la jalousie, l’amitié, l’homosexualité, l’adultère, les mamans solos, les regrets…

Les personnages, nombreux, sont suffisamment bien dessinés pour que l’on ne se perde jamais et qu’on les confonde, à condition de lire ce roman de façon rapprochée, si vous grapillez un chapitre par-ci, un autre par-là, vous serez vite perdu.e.s ! Mais honnêtement lorsque vous commencerez cette histoire, vous n’aurez plus envie de la lâcher, tant elle est addictive et les personnages attachants.

J’ai vraiment aimé l’amitié, la solidarité et l’entraide dont font preuve tous les habitants de l’immeuble, que ce soit pour organiser la fête du printemps, s’occuper des enfants en l’absence de leurs parents, prendre soin d’un bonzaï ou secourir une jeune fille en détresse.

Frédérique Hespel construit bien son histoire et ses personnages, elle nous fait entrer dans leur quotidien, nous décrit si bien leurs vies, leurs joies et leurs peines, qu’on a l’impression de vivre au milieu d’eux, mieux, qu’on aimerait vivre parmi eux.

Une lecture réussie et qui met du baume au coeur, voilà de quoi passer un bon moment ! Si vous aimez les feel-good books, vous devriez aprpécier celui-là !

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Originaire de Clermont-Ferrand, Cécile Coulon publie son premier livre à seize ans. Depuis, elle ne cesse de nous surprendre, de nous émerveiller. En quelques années, elle a publié sept romans dont Une bête au paradis, un grand succès de librairie, récompensé par le prix littéraire du Monde, et deux recueils de poèmes dont l’un a reçu le prix Apollinaire en 2018. Cécile Coulon est également éditrice à l’Iconopop, une collection de textes brefs et poétiques à l’Iconoclaste.

« Le domaine Marchère lui apparaîtrait comme un paysage après la brume. Jamais elle n’aurait vu un lieu pareil, jamais elle n’aurait pensé y vivre. »

C’est un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid d’un riche propriétaire du Jura.

Mais très vite, elle se heurte à ses silences et découvre avec effroi que sa première épouse est morte peu de temps après les noces. Tout devient menaçant, les murs hantés, les cris d’oiseaux la nuit, l’emprise d’Henria la servante.

Jusqu’au jour où apparaît Émeline. Le domaine se transforme alors en un théâtre de non-dits, de désirs et de secrets enchâssés « car ici les âmes enterrent leurs fautes sous les feuilles et les branches, dans la terre et les ronces, et cela pour des siècles ».

J’avais quelques appréhensions avant d’attaquer Seule en sa demeure de Cécile Coulon, échaudée par les avis mitigés voire négatifs que j’avais parcouru, mais heureusement pour moi, je ressors agréablement surprise de cette lecture.

L’histoire n’est pas sans rappeler Rebecca, sans le brio de Daphne du Maurier, avec cette jeune héroïne naïve qui épouse un veuf dont elle ne sait rien, à la tête d’un domaine, personnage à part entière du récit, doté d’une gouvernante qui veille farouchement sur la famille.

Je vous rassure la ressemblance s’arrête là, Cécile Coulon développe une intrigue tout à fait différente, à la manière d’un conte de fées cruel.

Au fil des pages, nous suivons le destin d’Aimée, jeune femme intrépide et timide à la fois, déterminée à découvrir les secrets que son mari lui cache. Peu à peu, elle explore ce domaine qui l’ensorcelle et l’intrigue.

Entre la gouvernante, le fils qui ne parle pas, son époux taciturne, les ouvriers et Emeline, sa professeure de flûte qui éveille ses sens, Aimée aura fort à faire pour trouver sa place, sa raison et ses envies, mais aussi pour percer tous les secrets de ce domaine décidément bien secret.

Cécile Coulon nous propose ici un roman historique à l’ambiance gothique plutôt réussi, porté par une plume poétique et travaillée. Le mystère s’installe peu à peu, la tension monte crescendo au fur et à mesure que l’intrigue avance, l’ambiance oppressante imprime le récit et, au final, je l’ai dévoré tant j’avais envie de connaître le fin mot de l’histoire.

C’est clairement un roman d’ambiance, l’action est peu présente et l’autrice prend son temps pour dérouler son intrigue, le rythme est donc assez lent, alors si vous aimez les histoires qui vont à cent à l’heure, ce roman n’est clairement pas pour vous, d’autant qu’il recèle de longues pages de descriptions et que les dialogues sont peu présents.

J’ai aimé les personnages intrigants et déroutants, bien dessinés et les descriptions de tout l’environnement : les paysages, la forêt, le domaine aux allures féroces… qui concourent à donner une ambiance gothique au récit.

La condition féminine de l’époque, très bien rendue, dans cette bourgeoisie de campagne où la religion est très présente, les unions arrangées, les apparences sauvegardées à tout prix et où les femmes devaient s’en tenir à ce qu’on attendait d’elle : perpétuer la lignée, obéir à son mari et tenir sa maison sans faillir, est aussi l’un des aspects qui m’a le plus emballée.

Un roman idéal à lire en automne, bien au chaud sous le plaid et avec une bonne tasse de thé à portée de main !

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