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Archive for the ‘Littérature française’ Category

Anne-Gaëlle Huon a travaillé pour une grande chaîne de télévision avant de se tourner vers l’écriture. Elle aime rendre les gens heureux et rit parfois un peu trop fort. Elle vit désormais à New-York où elle écrit des romans et sculpte des citrouilles. Elle a déjà publié un premier roman, Buzz (City, 2016).

Le plan de Paulette, quatre-vngt-cinq ans, semblait parfait : jouer à la vieille bique qui perd la tête et se faire payer par son fils unique, Philippe, la maison de retraite cinq étoiles de ses rêves dans le sud de la France.

Manque de chance, sa belle-fille Corinne a d’autres projets pour elle et Paulette échoue dans une auberge de campagne tenue par monsieur Yvon, un géant au grand cœur, au milieu de nulle part.

La nouvelle pensionnaire n’a plus qu’un objectif : quitter ce trou, le plus vite possible ! Mais c’est compter sans sa nature curieuse et la fascination que les autres résidents, et surtout leurs secrets, ne tardent pas à exercer sur elle.

Que contiennent en effet les mystérieuses lettres cachées dans la chambre de monsieur Georges ? Et qui est l’auteur de l’étrange carnet trouvé dans sa bibliothèque ?

Une chose est certaine : Paulette est loin d’imaginer que ces rencontres vont changer sa vie et peut-être, enfin, lui donner un sens.

J’avais découvert l’été dernier Anne-Gaëlle Huon avec son troisième roman Même les méchants rêvent d’amour, que j’avais bien apprécié même si j’avais quelques réserves, il était donc temps pour moi de découvrir Le bonheur n’a pas de rides, présent dans ma PAL depuis plusieurs mois.

Ces dernières années, il y a plusieurs parutions autour des personnages âgées qui me sont passées entre les mains avec plus ou moins de bonheur, souvent sur le thème « il n’est jamais trop tard pour profiter de la vie » celui-ci ne fait pas partie des meilleurs pour moi, il m’a même, je dois le dire bien déçue.

L’histoire est gentillette, elle dégouline de bons sentiments et elle est un peu trop éculée et bourrée de clichés pour moi, elle manque vraiment d’originalité que ce soit dans son développement, dans les thématiques abordées ou dans les personnages, rien de nouveau sous le soleil ! Pour résumer : je n’ai pas aimé !

Madame Paulette, l’héroïne, est une mamie acariâtre en apparence mais qui possède un cœur d’or (bonjour le cliché), elle va tomber sous le charme de monsieur Georges, encore meurtri par une histoire d’amour avorté avec une célèbre danseuse du début des années 50 (encore un cliché et difficilement crédible).

Tous les personnages ont connu des drames et ont des difficultés à les surmonter : Noor, la cuisinière d’origine marocaine a quitté son mari violent, monsieur Yvon peine à se remettre de la mort de son jumeau il y a plusieurs décennies, Hippolyte est autiste (ce n’est pas dit mais on le comprend vite), Marceline, Juliette (est en deuil de sa grand-mère) et les autres ne servent que de faire-valoir à l’intrigue principale, c’est-à-dire, l’histoire d’amour qui va naître entre Paulette et Georges.

Je vous avoue que j’ai été déçue par cette histoire qui ne m’a pas intéressé, ne m’a fait ni rire ni sourire, je l’ai même trouvé finalement assez sombre. Je ne me suis attachée à aucun des personnages, j’ai même trouvé Paulette assez antipathique, ce qui ne m’a pas aidé à apprécier ce roman.

L’écriture d’Anne-Gaëlle Huon est fluide et plaisante, on sent qu’elle a mis tout son cœur dans ses personnages, qu’elle a beaucoup de tendresse pour le 3è âge mais comme je l’ai dit plus haut, ce récit sent vraiment le réchauffé et le déjà-vu.

Un roman qui ne correspond pas à mes attentes et que je vais vite oublier en tout cas ! Je pense lire Les demoiselles, le prochain roman d’Anne-Gaëlle Huon car il a pour décor le pays Basque dans les années 20 mais si il ne me plait pas, j’arrêterai avec cette autrice. Et vous, vous l’avez aimé ?

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Patrick Pesnot est journaliste et scénariste, il a produit et animé pendant dix-huit ans l’émission « Rendez-vous avec X » sur France Inter. Il a publié notamment La Malédiction des Médicis (Nouveau Monde 2003), Le Régent (NM, 2011), Les Dessous de la Françafrique (NM, 2010), Les Grands Mensonges de l’Histoire (Hugo document, 2013), Le Grand Livre des espions (Fayard, 2015)…

Milieu du XVIIIè siècle, Cancale. Orpheline de mère et fille de capitaine, Julienne ne supporte plus sa marâtre. Résolue à changer de vie, elle décide un jour de couper ses cheveux, emprunte les vêtements de son frère et se fait appeler… Henri.

En route vers Paris, la garçonne vit d’expédients, dort à la belle étoile et se fait connaître de la maréchaussée en laissant pour mort un aubergiste émoustillé par son androgynie.

Elle est recueillie par un jeune abbé aussi bon qu’avenant qu’elle quitte au bout de quelques semaines, craignant de tomber amoureuse.

Arrivée à Paris, à court de ressources, elle cède aux avances d’un sergent recruteur qui l’engage dans l’armée du roi sous le sobriquet de  » Sans-Souci « . La voilà engagée dans la campagne de Bohème, à travers Vosges et Forêt-Noire.

Bientôt, quarante mille soldats franchissent le Danube et marchent sur Prague. Si Julienne se conduit avec bravoure, pourquoi chacun des hommes dont elle s’éprend – son capitaine, son compagnon de chambrée… – connaît-il un sort funeste ?

De retour en France après avoir déserté, elle n’aura d’autre choix que d’assister dans sa tâche  » Monsieur de Marseille « , le bourreau. Jusqu’à quand parviendra-t-elle à dissimuler son identité ?

La rose et le bourreau est un bel hommage au roman du siècle des Lumières et en particulièrement aux récits picaresques à la Gil Blas de Santillane.

Patrick Pesnot met en scène une héroïne moderne et courageuse qui n’hésite pas à braver l’un des interdits de son époque : se travestir en homme. Si elle le fait en premier lieu pour préserver son corps des prédateurs qu’elle pourrait croiser sur sa route, elle se rend vite compte que, malgré son bon niveau d’instruction, elle n’a à sa disposition que peu d’opportunités pour gagner sa vie : domestique ou putain.

De Paris à Prague, en passant par Lyon et Marseille, Julienne aura fort à faire pour conserver son secret et prouver à tous qu’elle peut se conduire comme un homme.

Si vous aimez les romans historiques, d’aventures et le XVIIIè siècle, ce roman est pour vous ! D’une plume alerte et truculente, Patrick Pesnot nous plonge dans cette France des Lumières qu’il a très bien reconstituée, on s’y croirait !

Au-delà du contenu purement historique, l’histoire de Julienne est assez passionnante, il lui arrive une foule de choses comme dans tous les romans picaresques qui se respectent : les péripéties s’enchaînent sans temps mort et on tourne les pages avec une certaine avidité.

L’héroïne n’a pas froid aux yeux, elle a beaucoup de courage, c’est une aventureuse en diable qui ne va pas hésiter à endosser les habits de soldat ou de bourreau pour mener une existence libre et indépendante.

Son chemin sera pourtant sans cesse semé d’embûches mais elle saura toujours rebondir, se fondre dans le décor pour préserver son secret, quitte à parcourir la France pour ne pas être découverte.

J’ai beaucoup aimé ce roman, le XVIIIè siècle est une de mes périodes préférées et j’ai apprécié le retrouver dans cette lecture d’autant qu’on nous donne à voir le peuple et des personnages que l’on retrouve rarement dans les romans à savoir les militaires et les bourreaux qu’on suit dans leur quotidien.

L’auteur nous donne à lire, en quelque sorte, l’envers du décor du siècle des Lumières, à mille lieux des cercles philosophiques et de la cour de Versailles. Aux côtés de l’héroïne, on côtoie les couches les plus basses de la population, on découvre leur quotidien et c’est ce qui m’a beaucoup plu ici.

Un très bon roman d’aventures que je vous conseille si cette période de l’histoire vous intéresse, il ne pourra que vous plaire !

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Harold Cobert est l’auteur de plusieurs romans, dont Un hiver avec Baudelaire (Héloïse d’Ormesson, 2009 ; Le Livre de Poche, 2011), L’Entrevue de Saint-Cloud (Héloïse d’Ormesson, 2010, Prix du Style), Jim (Plon, 2014 ; Le Livre de Poche, 2016) et La Mésange et l’Ogresse (Plon, 2016 ; Points Seuil, 2017).

Dix ans ont passé depuis son fastueux mariage en l’église de la Madeleine à Paris avec l’héritière Suzanne Walter, Georges Du Roy de Cantel, le  » Bel-Ami  » de Maupassant, est désormais à la tête du quotidien fondé par son beau-père, La vie française, et se met à rêver d’une carrière politique.

Quadragénaire fringant, doté d’un bel hôtel particulier avenue de Boulogne, père de deux jeunes enfants, sa réussite peut sembler complète mais George veut entrer à l’Assemblée Nationale et surtout devenir ministre.

Qu’à cela ne tienne, il jette son dévolu sur sa circonscription natale, et avec son épouse, bat inlassablement la campagne normande afin d’en déloger l’élu sortant. Et si ce monde devenait son nouveau terrain de jeu, l’arène de son ambition dévorante ?

Louvoyant entre le milieu journalistique et celui des affaires, Du Roy intrigue comme jamais pour accéder aux plus hautes sphères du pouvoir. Alors qu’elle milite pour les droits des femmes, Suzanne, son épouse, se révèle une alliée précieuse dans cette lutte féroce…

Avec Belle-Amie, Harold Cobert nous propose de retrouver Bel-Ami, le héros emblématique de Guy de Maupassant. En glissant ses pas dans ceux du maître et en nous entraînant dans le Paris de la fin du XIXe siècle, Harold Cobert nous donne à lire une suite haletante au chef-d’œuvre de Maupassant.

Et je dois bien dire que l’auteur s’en tire formidablement bien en imaginant la suite des aventures de l’ambitieux et détestable Du Roy, l’homme qui se sert des femmes pour favoriser son ambition sociale avant de les jeter, une fois qu’il n’en n’a plus besoin.

Harold Cobert s’est imprégné de l’atmosphère du roman de Maupassant, en rappelle les grandes lignes afin que celles et ceux qui ont oublié l’intrigue originelle ne soient pas perdus, et propose même une très belle mise en abime de ce grand classique dans l’intrigue de Belle-Amie.

L’auteur a gardé les codes du XIXè siècle, s’est surtout formidablement bien documenté et emprunte les différents scandales politico-financiers de l’époque pour nourrir son intrigue.

Comme Maupassant, Harold Cobert décrit très bien les mécanismes de la Troisième République, les luttes de pouvoir entre politiciens, journalistes et banquiers, les accointances entre ces différents milieux, leur porosité, les gouvernements qui tombent, les séances houleuses à la Chambre, la corruption, les chantages, les riches qui s’enrichissent davantage quand les plus pauvres finissent ruinés…

Georges Du Roy de Cantel est fidèle à lui-même et on retrouve tous les personnages féminins présents chez Maupassant : Madeleine, sa première épouse et journaliste pugnace, Virginie la bigote qui est devenue sa belle-mère, Suzanne son épouse et plus fidèle alliée et une nouvelle venue, Salomé, femme ô combien mystérieuse.

Bel-Ami s’est élevé par les femmes, est-ce par elles qu’il chutera ? Pour le savoir, il faudra lire Belle-Amie, ce que je vous conseille absolument tant j’ai aimé la plume de l’auteur, les mots et la langue qu’il emploie et que n’aurait pas renié Maupassant lui-même, c’est un bel exercice de style et un formidable hommage à l’un des plus grands écrivains du XIXè siècle.

L’intrigue est passionnante à suivre que ce soit d’un point de vue historique ou romanesque et même si j’en ai deviné le dénouement, je n’ai pas boudé mon plaisir de la première à la dernière page. Si vous n’avez pas lu le roman de Maupassant, je vous encourage à y remédier même si les deux oeuvres peuvent se lire séparément, il serait dommage de vous priver d’un double plaisir.

Un grand merci aux éditions Les escales pour cette lecture, j’ai adoré et je vous conseille vivement de découvrir à votre tour ce roman !

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Yves Viollier est né en Vendée. Il commence très jeune à écrire des poèmes, devient professeur de lettres, et commence à publier des romans en 1973. Ses premiers ouvrages le font remarquer par Robert Laffont, qui édite en 1988 la trilogie Jeanne la Polonaise. C’est avec ses romans vendéens, Les Pêches de vigne et Les Saisons de Vendée, qu’il fait son entrée au sein de l’Ecole de Brive. Il a obtenu, entre autres, le prix Charles Exbrayat pour Les Lilas de mer, le prix du Roman populaire pour Les Sœurs Robin, et le Grand Prix catholique de littérature pour L’Orgueil de la tribu. Il a récemment écrit L’Oratorio du Pardon avec le compositeur Bruno Coulais et reçu le prix Charette pour son roman Même les pierres ont résisté. Il vient de publier aux Presses de la Cité Y avez-vous dansé, Toinou ?, et, en avril 2017, Le Marié de la Saint-Jean. Yves Viollier est critique littéraire à La Vie.

Septembre 1938, au Gué-des-Marais, en Vendée. Louise Renard et son père Athanase doivent se rendre chez le notaire. Ils laissent à Yvonne Chassagne, Marcelin, deux semaines, le fils de Louise avec la promesse de le récupérer à leur retour le soir même.

Le lendemain, toujours point de Renard. Yvonne est inquiète d’autant que le chef de gare est certain : ils n’ont jamais pris le train ! Accompagnée de son mari, du maire et du maréchal-ferrant, Yvonne se rend aux Ombrages, la maison des Renard.

La lumière du cabinet de toilette est allumée mais les habitants ne répondent pas. Ils forcent la porte d’entrée et découvrent le père et la fille se tenant par la main, les yeux fermés. On aurait dit qu’ils dormaient mais ils sont bel et bien morts. Suicidés par asphyxie.

Pour le frère d’Athanase et pour les habitants du village, c’est l’incompréhension ! Certes, les Bernard avaient accumulé les dettes depuis la fin de la guerre mais Louise était si belle et talentueuse.

Artiste-peintre au talent précoce, Louise exposait depuis quelques années déjà dans les salons en compagnie des plus grands. Elle avait un bel avenir…

Avec Louise des Ombrages, Yves Viollier nous propose la vie romancée de Marie Renard, fille unique de François et Marie Renard et artiste peintre du sud vendée née le 10 mai 1908 et morte le 13 février 1936.

Ce double suicide a bel et bien surpris leur entourage à l’époque mais si il ne faisait aucun doute puisque les défunts avaient laissé un courrier expliquant leur geste, ils n’ont pourtant pas expliqué la raison qui les ont poussé à commettre l’irréparable.

Propriétaires d’une superbe propriété valant 200 000 francs de l’époque, ils avaient pourtant du vendre des terres et projetaient d’en faire de même avec La taillée, étant passés d’une grande aisance financière à la gêne.

L’auteur part donc de ce double décès pour remonter le fil de la vie de l’artiste, celle de ses parents, et à travers eux, revient sur les soubresauts qu’a connu la France avec les quatre années de guerre, les deuils dans les familles, le difficile retour à la vie des soldats de 14-18, blessés ou traumatisés par le conflit, la place de la femme pendant et après le conflit, le krach de 29…

Ce qui a intéressé Yves Viollier de prime abord, c’est bien évidemment ce double suicide : « On les a trouvés ainsi que je le raconte dans leur maison des Ombrages. C’était après la Grande Guerre, au Gué-des-Marais. En ce temps-là, on ne pardonnait pas le suicide. Alors, le père et la fille ! Je suis allé tourner dans ce pays d’eau et de ciel aux couleurs changeantes qu’on appelle Venise verte. J’ai lu les journaux de l’époque et recherché des tableaux de celle qui m’a inspiré cette histoire, et que j’ai prénommée Louise. J’ai visité sa maison que j’ai baptisée Les Ombrages. Et j’ai essayé de remonter par le roman les chemins d’un destin qui les a décidés à se prendre par la main. Pour qu’ils revivent. Et que nous apprenions à les connaître. Afin, peut-être, que nous les aimions. »

Et c’est mission réussie pour moi ! J’ai beaucoup aimé cette histoire et surtout les personnages de Louise et d’Athanase, leur complicité et leur proximité, les autres habitants de la maison ne sont pas en reste même si l’auteur s’attarde moins sur eux.

Le mélange de réalité et de fiction est bien dosé et on se laisse porter par les mots d’Yves Viollier, par Louise et Athanase qui m’ont tellement touchée que je suis venue à bout de ce roman en une journée car, une fois en main, impossible de le lâcher jusqu’au point final.

Un roman sombre mais aussi lumineux, très bien documenté et écrit où les secrets de famille, l’amour filial, les bouleversements historiques, la nature et la peinture sont autant de thèmes abordés avec justesse par Yves Viollier.

Un très bon moment de lecture que je vous recommande et un grand merci aux éditions Presses de la cité pour cette belle lecture.

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Raymond Radiguet, né le 18 juin 1903 à Saint Maur et mort le 12 décembre 1923 à Paris d’une fièvre typhoïde, est un écrivain français. Talent très précoce, il a écrit deux romans ayant connu un grand succès critique et populaire, Le Diable au corps et Le Bal du comte d’Orgel, publiés alors qu’il abordait la vingtaine.

En 1917, un lycéen de quinze ans de bonne famille, s’éprend d’une jeune femme, Marthe, de quatre ans son aîné dont le fiancé, Jacques, est au front. L’union est arrangée et la jeune femme n’est pas amoureuse de celui qui est devenu son mari.

Elle succombe vite au charme du narrateur et c’est bientôt l’amour fou, absolu, comme il peut l’être à leur âge, malgré tout et contre tous, voisins ricaneurs ou parents désemparés.

Mais aussi, très vite, l’anxiété, la cruauté inconsciente, la possession, le comportement lunatique de l’adolescent, l’impossibilité pour lui de vivre une aventure d’homme.

Cette idylle contre-nature va choquer tout l’entourage bourgeois du couple et les voisins patriotes de la jeune femme. Personne ne comprend ni ne conçoit comment cette femme peut tromper son héros de mari au service de la patrie, qui plus est avec un adolescent innocent…

Le diable au corps est le premier roman de Raymond Radiguet qui paraît en 1923, quelques mois avant que son auteur ne meurt à l’âge de vingt ans. Ce météore de la littérature française, ami intime de Jean Cocteau et de Coco Chanel, s’est d’abord fait connaître avec sa poésie avant d’écrire deux romans, dont un qui sera publié de façon posthume.

Le scandale lors de la parution du livre en 1923 et le décès de son auteur à l’âge de vingt ans la même année feront de ce roman un mythe que j’avais très envie de découvrir depuis un bon nombre d’années.

La parution de ce premier roman fait en effet scandale par son sujet et l’âge de son héros : une histoire d’amour entre un narrateur encore considéré comme un enfant et une femme qui trompe son mari alors au Front, l’histoire se déroule pendant la guerre de 14.

Radiguet a toujours affirmé que son récit était fictif, pourtant il a lui-même entretenu, à l’âge de quatorze ans, une liaison avec Alice Serrier, une voisine de ses parents dont le mari était parti au front et dont il s’est sans aucun doute inspiré pour son roman.

Au-delà de l’histoire d’amour entre le narrateur et Marthe, Radiguet raconte une enfance meurtrie par l’ennui provoqué par quatre années de guerre qu’il voit comme quatre années de vacances.

On assiste à la désorganisation de la cellule familiale de l’adolescent avec un père qui laisse faire la liaison sans intervenir et la mère qui l’enjoint de mettre un terme à cette folie.

La plume de Radiguet, ses tournures de phrases, ses expressions, sont très modernes, son ton désabusé et volontiers cynique, la lucidité et l’analyse de cet amour m’ont réellement surprise.

Je m’attendais à un roman sulfureux voire démonstratif mais Radiguet reste finalement très pudique et chaste lorsqu’il décrit les nuits d’amour de leurs héros.

Je craignais de ne pas aimer ce grand classique mais ce fut tout autre, cette lecture a confirmé tout le bien que je pensais de cet auteur dont j’avais beaucoup aimé Le bal du comte d’Orgel il y a fort longtemps.

Si vous ne connaissez pas encore la plume de Raymond Radiguet, je vous invite à réparer cet oubli.

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Franco-anglaise, Tatiana de Rosnay est l’auteur de 12 romans, dont Elle s’appelait Sarah (Éditions Héloïse d’Ormesson, 2007), vendu à 11 millions d’exemplaires à travers le monde. Ses livres sont traduits dans une quarantaine de pays et plusieurs ont été adaptés au cinéma. Bilingue, elle a écrit Les Fleurs de l’ombre simultanément en français et en anglais.

Paris, dans un futur proche. La capitale a connu des attentats, tout comme l’ensemble des capitales européennes, qui ont réduit à néant la tour Eiffel et les rues adjacentes.

Les dérèglements climatiques s’enchaînent et la ville s’apprête à connaître un nouveau pic de chaleur inédit, avoisinant les 50 degrés.

Clarissa Katsek vient de quitter son mari François après une infidélité de trop. Elle ne part qu’avec quelques vêtements et depuis écume les agences immobilières afin de trouver le lieu de ses rêves, sans succès, hélas.

Lorsqu’elle entend parler de CASA, Clarissa tente sa chance. Une résidence pour artistes flambant neuve à deux pas de l’endroit où la tour Eiffel a trôné des décennies durant, voilà qui paraît l’endroit idéal pour écrire son prochain roman. Un appartement ultramoderne, au 8e étage, avec vue sur tout Paris, lui est attribué pour son plus grand bonheur.

Un rêve pour une romancière en quête de tranquillité. Le rêve tourne bientôt au cauchemar car depuis qu’elle a emménagé, Clarissa Katsef éprouve un malaise diffus, le sentiment d’être observée.

Et le doute s’immisce. Qui se cache derrière CASA ? Clarissa a-t-elle raison de se méfier ou cède-t-elle à la paranoïa, victime d’une imagination trop fertile ? Qui se cache derrière son assistant virtuel, Mrs Dalloway ?

Tatiana de Rosnay, le retour ! En 2012 j’avais lu et pas aimé du tout Rose, en 2013 j’avais tenté Le voisin, dont j’étais ressortie mitigée, notamment à cause d’une fin totalement tirée par les cheveux mais Son carnet rouge m’avait plutôt séduite en 2015.

Fidèle à ses thèmes de prédilection : l’empreinte des lieux, le poids des secrets, Tatiana de Rosnay nous propose avec Les fleurs de l’ombre une intrigue prenante pour explorer les menaces qui pèsent sur notre intimité et nous interroge sur l’intelligence artificielle.

Si les thèmes explorés sont intéressants : le deuil, la sécurité liée aux attentats, les changements climatiques, l’intelligence artificielle et l’intrusion dans notre vie personnelle, je ressors assez mitigée de ma lecture.

L’histoire démarre alors que des quartiers entiers de Paris ont été dévastés par des attentats plusieurs années auparavant. La tour Eiffel a été remplacée par un hologramme qui s’illumine le soir, les robots se substituent aux humains, notamment pour le ravitaillement alimentaire et les catastrophes climatiques s’enchaînent.

L’autrice nous dépeint bien son héroïne, sa psychologie, les liens qu’elle entretient avec sa famille et on la voit se débattre entre solitude et dépression, en proie à un malaise crescendo.

Si, au départ, le fait d’emménager dans un endroit tout neuf, réjouit Clarissa, elle qui est sensible à la mémoire des lieux, passionnée par Romain Gary et Virginia Woolf, tout comme l’autrice, elle va peu à peu sombrer dans la paranoïa, persuadée d’être victime d’un complot de la part de CASA.

Le lieu, véritable big Brother, où chaque habitant est filmé en permanence et en tout lieu de l’appartement, toilettes hormis, où mails, appels passent par les assistants virtuels et où tous doivent se conformer à une batterie d’examens de santé quotidien, devient vite oppressant pour Clarissa qui vit mal la fin de son mariage et son célibat tout neuf.

Tout ces aspects sont intéressants même si je n’ai pas trouvé crédible le complot CASA. La thématique de la famille et du deuil sont également bien traités, de façon fine et sensible par l’autrice. Et l’ambiance oppressante est plutôt bien amenée.

Ce que je déplore en revanche c’est le dernier quart du roman que je trouve bâclé, sans parler de cette fin totalement nulle à mes yeux, comme si Tatiana de Rosnay avait choisi de ne pas réellement terminer son histoire.

J’ai vraiment eu l’impression que l’autrice nous laissait face à nos interrogations sans avoir envie de nous donner des réponses, dommage !

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour cette lecture intéressante même si le dénouement n’est pour moi, pas à la hauteur du reste du roman.

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Né en 1987, élève à l’École normale supérieure, Olivier Liron étudie la littérature et l’histoire. Il a publié en 2016 chez Alma son premier roman Danse d’atomes d’or.

Top ! Je suis un garçon fougueux, normalien et autiste Asperger. Mon enfance n’a pas toujours été rose à cause de ma différence.

Je suis fasciné par les dates et calcule le produit de 247856 par 91 pour m’endormir.

En 2012, j’ai participé à l’émission Questions pour un champion, une expérience libératrice. Entre deux épreuves, je trempe toujours une madeleine dans du coca… Je suis… Je suis… Olivier Liron ! Oui !

Auréolé du grand prix des blogueurs littéraires 2018, Einstein, le sexe et moi est le second roman d’Olivier Liron après Danse d’atomes d’or.

Dans ce court roman, découpé en quatre parties qui correspondent aux quatre épreuves du célèbre jeu animé pendant trois décennies par Julien Lepers, Olivier Liron, nous raconte l’enregistrement de cette émission un dimanche d’été de l’année 2012.

Et entre les différents passages du jeu, les questions posées par l’animateur, les réponses d’Olivier et des autres candidats, l’auteur se raconte. Il le dit d’emblée, il est autiste Asperger, c’est-à-dire autiste à haut potentiel.

Il est très intelligent, a fait de brillantes études, mais comme les autres autistes, il a des troubles envahissants du développement, de grandes difficultés à s’intégrer et à nouer des relations sociales à une époque, même si il est encore jeune, où les autistes souffraient de harcèlement moral et physique dans l’indifférence générale.

Malheureusement, de nos jours encore, des enfants et adolescents sont confrontés à de la violence verbale et physique mais j’ose espérer qu’ils sont plus protégés que ne l’a été Olivier Liron même si ils sont en but à l’incompréhension quasi générale.

Si les passages liés à l’émission sont drôles et féroces, véritablement amusants et jubilatoires à lire, ceux liés sa différence sont émouvants et nous mène au bord des larmes, sans toutefois jamais tomber dans le pathos.

Lorsqu’Olivier Liron se livre sur sa scolarisation où il est incompris de ses camarades et du corps professoral, sur les rejets qu’il a subis, sur sa difficulté à nouer des relations amoureuses, à se faire des amis, sur la tristesse qui l’habite à certains moments, c’est vraiment poignant.

Un récit très bien écrit qui se lit d’une traite tant on est pris par les anecdotes et les digressions de l’auteur. Il nous interroge sur la différence et la normalité, sur notre regard sur l’autisme et il nous rappelle que si nous ne les comprenons pas toujours, car il y a autant d’autismes que d’autistes, si nous ne nous mesurons pas toujours les difficultés qui sont les leurs, sachez qu’eux aussi ne comprennent pas forcément comment fonctionnent les neurotypiques et qu’il doivent sans cesse faire des efforts qui sont loin d’aller de soi pour eux.

Que vous soyez touché.e de près par l’autisme ou pas, je ne peux que vous recommander ce roman. Olivier Liron nous fait passer sans cesse du rire à l’émotion, joue sa partition habilement et on passe un formidable moment en sa compagnie.

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Clarisse Sabard est née en 1984 dans une petite ville située en plein cœur du Berry. Après un bac littéraire, elle s’oriente vers le commerce. Un AVC la rattrape et elle décide de réaliser enfin son rêve : écrire. Passionnée de littérature et de voyages, elle vit aujourd’hui à Nice et se consacre à l’écriture. Son premier roman, Les Lettres de Rose, a reçu le Prix du Livre Romantique 2016, et connaît un beau succès (+ de 24 000 ex. vendus). Elle est également l’auteure de La Plage de la mariée (+ de 20 000 ex. vendus) et du Jardin de l’oubli parus aux éditions Charleston.

1910. Caussières, dans l’arrière-pays niçois. La jeune Agathe, est la fille des aubergistes du village mais rêve d’une autre vie. Elle aime passer du temps dans le jardin de la propriété de Gustave d’Aumart, un industriel qui a fait fortune dans les chemins de fer, lorsque la famille est absente.

C’est ainsi qu’elle fait la connaissance, avec d’autres enfants du village dont son meilleur ami Simon, d’Alfred, le fils de Gustave.

En attendant de vivre sa plume et de côtoyer le bon monde, elle est repasseuse et c’est ainsi qu’elle fait la connaissance de la belle Otero, célèbre danseuse et cocotte de la Belle Epoque, venue en visite chez les d’Aumart.

Cette rencontre qui va bouleverser la vie d’Agathe et unir son destin à la grande horizontale qui va la prendre sous son aile…

Un siècle plus tard, Faustine, journaliste free-lance qui a plaqué son fiancé devant l’autel, se remet tout juste d’une dépression, lorsqu’elle se voit confier la rédaction d’un dossier sur la Belle Epoque. Elle se rend alors à Caussières, chez sa grand-tante.

Caroline, âgée de quatre-vingt-dix ans lui révèle que sa mère a bien connu La Belle Otero, une figure qui fascine Faustine qui a décidé d’en faire l’héroïne de son article.

En discutant avec la vieille femme, elle apprend l’histoire d’Agathe, leur aïeule hors du commun.

En plongeant dans les secrets de sa famille, la jeune femme va remettre en question son avenir. Et la présence du ténébreux mais très secret Sébastien y est également pour quelque chose…

Le jardin de l’oubli signe mes retrouvailles avec Clarisse Sabard dont j’avais beaucoup aimé le premier roman, Les lettres de Rose et qui avait su me divertir avec La vie est belle et drôle à la fois.

Ce roman me tentait vraiment car vous n’êtes pas sans savoir que la Belle Epoque est une époque que j’affectionne et je trouve fascinante les courtisanes de cette période que furent La Belle Otéro, Liane de Pougy, Eve Lavallière, Cléo de Mérode, Yvette Guilbert, Cécile Sorel ou Emilienne d’Alençon.

J’attendais donc les passages qui me plongeraient à cette époque avec une certaine délectation mais malheureusement pour moi, ils arrivent bien tard dans le roman et surtout ils sont assez peu nombreux.

J’aurai pu m’en contenter si la partie contemporaine avait été à la hauteur de mes attentes, ce qui ne fut pas le cas. Je ne me suis pas attachée aux personnages, même si je les ai trouvés au demeurant bien sympathiques, et surtout, j’ai eu l’impression que Clarisse Sabard appliquait un canevas à toutes ces histoires, qui au fond, se ressemblent étrangement.

A commencer par l’héroïne contemporaine qui est fraichement célibataire après plusieurs années de relation, qui revient dans le giron familial et qui va tomber sous le charme du beau gosse du village, bonjour les clichés !

On voit venir la romance dès le début de l’histoire et on sait très bien comment tout ça va finir : par un happy-end général.

Toute cette partie contemporaine ne m’a pas intéressé, y compris lorsque le sujet des réfugiés tombe comme un cheveu sur la soupe, j’ai eu l’impression qu’il était juste là pour valoriser les personnages qui sont tous bons comme du bon pain, comme c’est toujours le cas d’ailleurs dans les romans de cette autrice. J’ai fini par lire ces passages en diagonale tant j’étais pressée de retrouver Agathe.

Heureusement, la partie historique est nettement plus intéressante et plutôt bien documentée même si je n’ai finalement rien appris de La Belle Otero, qui est assez peu présente dans cette histoire.

Clarisse Sabard sait, par contre, ménager ses effets et ses rebondissements, distille les informations au compte-goutte et j’ai beaucoup apprécié cet aspect-là, bravo à elle même si la façon dont Faustine découvre les secrets de sa famille, m’est apparue un peu trop simple.

Vous l’aurez compris, je ressors déçue de cette lecture que bon nombre de lectrices ont adoré, j’en attendais peut-être trop, mais si vous aimez les secrets de famille, il devrait vous plaire.

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Lu dans le cadre des 12 pavés que j’aimerai sortir de ma pal et du challenge 1 pavé par mois :

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Éric Marchal a souvent été appelé le « Ken Follet français » par la presse. Ses quatre premiers romans, Influenza, Le Soleil sous la soie, La part de l’aube et Là où rêvent les étoiles, ont tous été de grands succès.

1908, Londres. La reine Victoria n’est plus et son fils Edward VI se rapproche de ses voisins européens. Le vieux monde britannique se fissure sous l’impulsion de groupes d’avant-garde, comme les suffragettes qui mènent une lutte acharnée pour le droit de vote des femmes.

L’heure n’est pas à la révolution, mais à une révolte sociétale de moins en moins feutrée dont les hauts faits se déroulent dans le Londres de Virginia Woolf et de Conan Doyle, celui des parcs et de la bourgeoisie de l’ouest et que des taudis de l’East End ouvrier.

Les heures indociles signe mes retrouvailles avec Éric Marchal que j’avais découvert avec La part de l’aube, un roman passionnant qui a pour décor lyon, la capitale des gaules, au XVIIIè siècle.

Changement de siècle et de décor avec ce roman qui nous relate le parcours de trois personnages hors du commun : Olympe Lovell, la suffragette, une guerrière au service de Mrs Pankhurst, prête à tous les sacrifices pour la cause.

Une femme qui n’hésite pas à aller en prison ni de faire des grèves de la faim pour faire avancer la cause des femmes.

Thomas Belamy, l’annamite, est médecin au Saint Bartholomew Hospital, le plus vieil établissement de Londres. Il travaille dans le service flambant neuf des urgences et dirige un département de médecine non conventionnelle dont le but est d’unifier les pratiques occidentales et chinoises.

Enfin, Horace de Vere Cole, le plus excentrique des aristocrates britanniques, poète et mystificateur, à la recherche de son chef d’oeuvre : le plus grand canular de tous les temps.

Chacun d’eux est un rebelle. À deux, ils sont dangereux. À trois, ils sont incontrôlables et deviendront la cible du pouvoir et d’un mystérieux personnage se faisant appeler l’apôtre.

Ils ont aussi leur lot de secrets et une enfance pas si simple à porter et on va les suivre tout au long de son roman se dépêtrer des embuches semées sur leur chemin.

Comme dans La part de l’aube, Eric Marchal met en scène des personnages issus de son imagination et des personnalités qui ont réellement existé comme Emmeline Pankhurst, fondatrice du Women’s Social and Political Union et sa fille Christabel, Winston Churchill, Edouard VII, Lord Asquith, Horace de Vere Cole, les membres du Bloomsbury Group…

Très bien documenté, ce roman aborde plusieurs thématiques mais il met plus particulièrement l’accent sur l’émancipation féminine. Eric Marchal nous dépeint la condition féminine au début du XXè siècle : des convenances étriquées aux balbutiements de la libération de la femme, l’auteur met en lumière la thématique des suffragettes face aux politiques qui leur refusait ce qu’elles leur demandait, le droit de vote.

On y voit toute la répression mise en œuvre à l’encontre de ces femmes qui manifestent de façon tout à fait pacifique et qui se font charger par la police avec une violence inouïe et sévèrement condamnées par les juges. Une escalade dans la violence qui va aboutir à une méthode scandaleuse : le gavage de celles qui se définissaient comme prisonnières politiques, ce qui leur sera toujours refusé.

D’un autre côté, on suit Thomas Bellamy, un médecin annamite très en avance sur son temps, qui grâce à l’appui du directeur de l’hôpital, parvient à devenir chef des urgences, en dépit de ses origines.

Avec lui, on voit comment fonctionne la médecine et son service de l’intérieur, la place des infirmières, des différents médecins et étudiants.

J’ai beaucoup aimé ces deux personnages d’une grande modernité qui recèlent aussi bon nombre de secrets. Apprécié aussi la personnalité haute en couleur d’Horace de Vere Cole même si je ne comprends pas l’intérêt d’avoir introduit ce personnage et ses canulars, qui à mon sens, n’apportent rien au récit. Tout comme les séances du Bloomsbury Group qui raviront les admirateurs de Virginia Woolf mais qui m’ont laissé de marbre.

Un très bon roman malgré tout, bien documenté porté par des personnages attachants que je vous recommande si les thématiques et l’époque où se déroule ce récit vous passionne, pour ma part, malgré quelques longueurs, j’ai passé un excellent moment en sa compagnie !

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Journaliste de formation, Marijosé Alie fait carrière dans le service public à la télévision. 
Successivement grand reporter, rédacteur en chef, directrice régionale, elle évolue entre Paris, Dijon et la Martinique jusqu’en 2002, où elle occupe à Paris le poste de directrice de l’international à RFO. Elle est ensuite nommée directrice déléguée aux programmes, chargée de la diversité pour l’ensemble des chaînes du groupe France Télévisions, qu’elle quitte en 2014 pour se consacrer à ses deux autres passions. La musique, dans les années 1980, elle compose, écrit et chante  » Karésé Mwen  » qui devient un tube et reste aujourd’hui incontournable. Et la littérature, son premier roman Le Convoi a reçu le Prix Ivoire en 2016. Une Semaine et un jour est son deuxième roman.

Soraya marche dans les rues de Paris ; elle erre comme peuvent errer les gens qui ont tout perdu ou qui se sont perdus eux-mêmes. Elle n’a qu’un sac sur le dos et un vieux cahier qu’elle ne quitte pas.

Elle a certainement eu une autre vie avant ; ses manières sont trop belles, son porte-monnaie trop plein. Alors quoi ? Qu’est-ce qui la pousse à vivre dehors, à écumer les chambres d’hôtel minables, à suivre cet homme étrange qui parle aux morts ?

Seul un très vieux cahier, qu’elle ouvre dès qu’elle le peut, semble réussir à l’apaiser. Elle lit les mots de Célestine, sa mystérieuse aïeuele qui a traversé les océans avec son père et sa Nanou, alors qu’elle n’avait que quinze ans, pour arriver à Paris durant l’hiver 1788.

Le froid est plus violent que jamais et la révolution gronde…

Vous savez combien j’aime les destins de femmes, les secrets de famille et les histoires à double temporalité, aussi je n’ai pas hésité une seconde lorsque l’on m’a proposé Une semaine et un jour, le second roman de Mariejosé Alie, certaine qu’il allait me plaire.

L’autrice nous conte ici l’histoire de deux femmes d’une même famille, à deux cents ans d’intervalle. De nos jours, nous suivons Soraya, en pleine confusion mentale, qui erre inlassablement dans les rues de Paris en proie à une intense souffrance, dans une fuite en avant dont nous ignorons la raison.

Et, à la veille de la révolution, nous suivons Céleste, tout juste arrivée à Paris, obligée de s’exiler dans la capitale à cause du trop fort soleil antillais qui endommage sa peau.

Deux histoires bien distinctes et qui ne se répondent pas, c’est ce qui m’a le plus déroutée. Autant celle de Céleste est facile à suivre et peut être passionnante, autant celle de Soraya finit par lasser car page après page, kilomètre après kilomètre, la protagoniste en est toujours au même point.

Que lui est-il arrivé ? Elle se refuse d’y penser, de se confier et j’ai fini par m’y désintéresser tout à fait et ce n’est que dans les ultimes pages que j’ai compris cette femme à la dérive et que j’ai été touchée par elle.

J’ai, en revanche, beaucoup aimé la trajectoire de Céleste, sa personnalité attachante, et le contexte historique dans lequel elle évolue, les personnes qu’elle côtoie et l’histoire d’amour qu’elle vit avec Salim.

Quelle vie romanesque à souhait que celle de cette jeune fille de l’Ancien régime ! Avec elle, l’autrice aborde des thématiques intéressantes : la place des femmes dans la société, leur combat pour avoir le droit à la parole pendant la révolution française, l’esclavage dans les Antilles françaises et nous offre un tableau passionnant de la vie à Paris lors de l’hivers glacial de 1788, des prémisses de la révolution puis de son déroulement.

On y côtoie même Olympe de Gouges ! J’ai noté quelques anachronismes et je regrette que Mariejosé Alie n’ait pas davantage employé la manière d’écrire de cette époque mais j’ai pris beaucoup de plaisir avec Céleste, et rien que pour cela, je suis contente d’avoir lu ce roman même si je suis passée à côté de Soraya.

Un grand merci à Agnès Chalnot et à H.C éditions pour cette découverte !

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