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Archive for the ‘Littérature française’ Category

Charlye Ménétrier McGrath a longtemps travaillé dans l’industrie musicale. Son temps est désormais partagé entre son activité à l’Université de Lyon et l’écriture.

Jeanne a été placée en maison de retraite par ses enfants. Et le pire, c’est que chacun se renvoie la balle pour déterminer qui a été à l’initiative de cette mascarade.

Elle a beau avoir 81 ans, une ribambelle de petits-enfants et des tonnes de carnets noircis au fil du temps, preuves de son (très) long passage sur Terre, elle n’a pas dit son dernier mot. Son plan : simuler la démence et les rendre tous dingues.

Sauf que, ce lieu dans lequel elle ne voyait qu’hostilité va lui révéler bien des surprises. En prenant part, d’abord sur la pointe des pieds, puis avec une ardeur qu’on ne lui connaissait pas, aux rendez-vous mensuels d’une clique de pensionnaires plus agités qu’une colonie de vacances.

Jeanne va réveiller des pans de sa personnalité qu’elle pensait à jamais enfouis : la curiosité, l’espoir… et surtout : l’audace. Elle va enfin kiffer comme dirait l’un de ses petits-fils car qu’on se le dise : au  » jeu des regrets  » de l’avant-dernier vendredi du mois, rien n’est jamais perdu.

Les sales gosses de Charlye Ménétrier McGrath est un feel-good book comme je les aime, à la fois drôle et émouvant. J’aurai pu totalement passer à côté de ce petit bonbon si mon regard n’avait pas croisé cette couverture gourmande (les religieuses au café sont mon petit péché gourmand) lors d’une de mes virées à la médiathèque.

J’aime beaucoup lorsque les auteurs s’emparent du troisième voire du quatrième âge, je vous conseille d’ailleurs au passage Un clafoutis aux tomates cerises de Véronique de Bure (une merveille !) et Même les méchants rêvent d’amour de Anne-Gaëlle Huon.

Ici notre héroïne s’appelle Jeanne et elle vient de fêter ses 81 ans. Veuve depuis quelques années déjà, elle vit dans un très confortable appartement de Lyon lorsque ses cinq enfants décident qu’elle ne peut plus rester seule et lui proposent de prendre un studio dans une maison de retraite.

Au lieu de se battre, elle en reste coite et ne réagit pas jusqu’au jour où elle va emménager dans son nouveau chez elle. Dans son milieu bourgeois, on n’élève pas le ton et on ne se dispute pas avec ses enfants.

Au début, elle va refuser de parler puis, elle va simuler la démence. Jusqu’à ce que Léon, l’un des pensionnaires, lui tende la main. Avec lui, Jo, Loulou, Lucienne et Paddy, elle va reprendre sa vie en main et vivre enfin pour elle-même.

Cette histoire est essentiellement drôle et pétillante, Jeanne va se révéler assez cash, les dialogues sont d’ailleurs très savoureux. On suit avec elle, les péripéties de la bande d’octogénaires qui sont tous devenus ses amis, entre repas copieux, soirées « jeu des regrets »…

L’autrice aborde le quotidien de son héroïne dans sa maison de retraite, les relations parents/enfants, grands-parents/petits-enfants, l’amour, l’amitié et surtout l’envie pour ses personnes d’un âge avancé, d’une solide envie de croquer la vie à pleines dents, aimer tant qu’ils le peuvent encore.

Charlye Ménétrier McGrath montre beaucoup de bienveillance envers le troisième âge et les maisons de retraite. Il y a certes quelques clichés liés à la vieillesse (technologies, réseaux sociaux…) mais on passe tout de même un très bon moment avec ce roman narré à la façon d’un journal intime.

Un feel-good book touchant que j’ai dévoré d’une traite et que je vous conseille si vous aimez ce genre.

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  :

challenge-un-pave-par-mois

Françoise Bourdon est née dans les Ardennes. Dès l’enfance, elle a le goût de l’écriture et rédige son premier roman à l’âge de dix ans. Professeur de droit et d’économie, elle décide, après dix-sept ans d’enseignement, de se consacrer exclusivement à sa passion de l’écriture. Journaliste depuis 1993, elle a régulièrement publié des nouvelles dans plusieurs revues. A ses débuts, Françoise Bourdon s’est beaucoup inspirée de sa région natale, puis c’est en Provence, sa terre d’adoption, qu’elle a poursuivi son œuvre, dense, riche, qui mêle grandes sagas familiales, portraits de femmes et évocation de métiers.

1879, Tourrettes-sur-Loup. Rosine, cueilleuse de violettes et fille de modestes paysans d’origine italienne, succombe aux avances d’Emmanuel Moulins, le fils du domaine de la Fontaine aux Violettes.

Persuadée que son amant est amoureux d’elle, elle découvre qu’elle est enceinte et la réaction du futur père est sans équivoque.

Elle n’a plus qu’à quitter son village pour ne pas jeter l’opprobre sur sa famille et gagne la capitale. Après avoir donné naissance à une fille, elle devient la Lionne aux violettes, une courtisane en vue de la capitale.

Sa fille, Eloïse, mène une vie plus rangée près de Lyon auprès de son mari instituteur. Suivront Emma aux amours ardentes, créatrice de mode qui traverse intensément les Années folles, et sa fille Béatrice,  » nez  » de talent dans la ville de Grasse.

La fontaine aux violettes signe mes retrouvailles avec la romancière provençale Françoise Bourdon après La maison du Cap, Les chemins de Garance et A travers la nuit et le vent qui avaient respectivement pour cadre le bassin d’Arcachon, la Provence et Berlin.

Retour en Provence avec cette fresque qui nous raconte de 1879 aux années 1940, de Tourrettes-sur-Loup, sur les hauteurs de Nice, à Paris, le destin de quatre générations de femmes volontaires et indépendantes.

Dans ce nouveau roman, découpé en quatre parties, on suit successivement Rosine et ses descendantes, Eloïse, Emma et Béatrice. A travers elles, on voit l’évolution de la société française et celle de la place des femmes de la fin du XIXè siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale, c’est ce qui m’a surtout plu ici.

Tout commence par une histoire classique et banale, celle d’une fille-mère qui va devenir une horizontale à une époque où les courtisanes connaissent leur heure de gloire. La vie de ses descendantes sera plus sage mais elles ne seront pour autant pas épargnées mais toutes se battront en dépit des coups du sort pour mener la vie qu’elles entendent.

Outre la plume toujours fluide et agréable de François Bourdon qui fait que les pages se tournent toutes seules, l’aspect historique véritablement bien rendu se révèle intéressant. Je ne me suis pas forcément attachée aux personnages mais j’ai aimé suivre leurs trajectoires qui épousent parfaitement la condition féminine de leurs époques.

On traverse la Belle Époque, deux guerres mondiales et on croise des peintres aux côtés de Rosine, on découvre la mode avec Emma et la création des parfums avec Béatrice, autant de sujets qui ne manquent pas d’attraits à mes yeux et que j’ai aimé retrouver sous la plume de Françoise Bourdin.

Petit bémol toutefois pour moi : on suit chaque héroïne durant une centaine de pages, un format un peu trop court pour moi qui aurait préféré plus de développement, m’attarder davantage sur certains évènements, notamment avec Rosine.

Un roman historique néanmoins de qualité, très bien documenté, et un très bon moment de lecture comme toujours avec cette autrice. Un titre que je vous recommande si le sujet vous intéresse.

Un grand merci à Marie-Jeanne et aux Editions Presses de la cité pour cette lecture passionnante !

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Armand-Noël Chauvel est journaliste, correspondant en Espagne pour plusieurs journaux français. Ce végétarien convaincu signe avec Le Vert et le Rouge son premier roman, un succès bien français déjà traduit aux Etats-Unis.

Léa, végétarienne convaincue, est la propriétaire et le chef du restaurant végétarien La Dame Verte à Rennes. Mais sur cette terre d’élevage porcin, il est bien difficile de faire fonctionner un établissement où l’on sert du tofu à la cacahuète, du foie gras végétal, des fleurs de courgettes et des galettes de sarrasin.

Malgré les efforts de Léa pour faire de son restaurant un établissement gastronomique, La Dame Verte est au bord de la faillite.

Voilà qui arrange bien les affaires de l’entreprise Nedelec, l’un des plus gros producteurs de charcuterie de la région. Ils entendent bien récupérer le bâtiment où est installé le restaurant pour en faire un musée à la gloire de l’alimentation carnivore !

Directeur marketing de l’entreprise Nedelec, Mathieu est bien décidé à précipiter la chute de la jeune cuisinière en se faisant passer pour un végétarien, militant dans des associations pour les droits des animaux.

Il compte bien obtenir des informations qui forceront le restaurant de Léa à mettre la clé sous la porte plus vite que prévu…

Le vert et le rouge est une comédie romantique qui ne sort guère des sentiers battus dans le sens où tous les ingrédients du genre sont là et le dénouement conforme au cahier des charges de la rom com !

Il y a tout de même quelques points qui méritent d’être soulignés : les deux héros, Léa et Mathieu, ne sont pas à la recherche de l’âme sœur. Léa remue ciel et terre pour faire émerger son restaurant et souhaite surtout faire découvrir le végétarisme et le veganisme.

Pour cela, elle propose à ses clients des plats gastronomiques et distille ses conseils sans pour autant juger les carnivores ni tenter de les convertir à ses causes. Ses discours sont nuancés et j’ai apprécié son état d’esprit.

Armand-Noël Chauvel est lui-même végétarien mais il ne tire pour autant pas à boulets rouges sur les mangeurs de viandes mais avec ce roman, nous propose de réfléchir à notre rapport à la viande mais de façon légère et drôle.

A l’inverse de Léa, Mathieu est un carnivore convaincu, ce n’est pas un mauvais bougre pour autant, comme la plupart d’entre nous, il est opposé à la souffrance animale et n’a jamais visité d’abattoirs et ignore réellement la façon dont sont exécutés les animaux. Il ne s’est jamais véritablement posé de questions, encore une fois comme la plupart d’entre nous.

Bien que l’auteur en profite pour nous alerter sur les dangers d’une alimentation trop carnée sur notre santé ou la planète en parsemant son récit de chiffres et de données qui font réfléchir, il n’est jamais donneur de leçon, n’essaie en aucun cas de nous convertir et accompagne ses propos de beaucoup d’humour.

Bien que Le vert et le rouge soit une comédie romantique sans trop de surprise, le fait d’avoir pris une végétarienne et un carnivore pour héros, se révèle une bonne idée. J’ai apprécié également que l’histoire se passe à quelques encablures de chez moi et que l’auteur souligne les problèmes écologiques bretons liés à l’industrie de la viande porcine.

Si vous êtes adeptes des com rom et que la question du veganisme vous interpelle, je ne peux que vous conseiller ce titre !

Un grand merci aux éditions City pour cette lecture.

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Texte extrait du recueil des Mille et Un Fantômes.

Quelque part en Pologne. La belle Hedwige, devant la menace russe, est envoyée par son père dans un couvent en Roumanie, lieu qui a servi de refuge à sa propre mère quelques décennies auparavant.

Escortée par une dizaine d’hommes armés, elle rencontre au cœur des Carpates, deux frères, qui tombent immédiatement sous son charme et la conduisent dans leur demeure familiale.

Arrivée au sombre château de Brankovan, Hedwige fait la connaissance de Smérande, la mère des deux hommes, et devient l’enjeu de la haine que se vouent ces frères ennemis, éperdument amoureux l’un et l’autre de la jeune femme.

Les princes Grégoriska et Kostaki, s’affrontent pour conquérir la belle Hedwige. Plus Kostaki, prince fougueux et dangereux proclame son amour, encouragé par sa mère dont il est le fils préféré, plus Hedwige s’éprend de son aîné Grégoriska, nettement plus discret.

Nuit après nuit, Hedwige s’affaiblit sans comprendre ce qui lui arrive. Elle ignore que Kostaki est un vampire qui revient chaque nuit assouvir sa soif de sang auprès d’elle…

Alexandre Dumas fait partie des écrivains français du XIXè que j’aime beaucoup, j’apprécie son sens du romanesque et j’étais curieuse de le découvrir dans un registre éloigné de ses productions fleuves.

La dame pâle est un récit enchâssé fantastique, sous forme d’une confession, qui nous plonge dans l’univers captivant et inquiétant des légendes de vampire. Une lecture parfaite pour Halloween, c’est pour cette raison que je vous la présente aujourd’hui.

Ne vous attendez pas pour autant à une histoire qui vous dresserait les cheveux sur la tête, ici nous sommes plutôt dans un registre à la fois romantique et gothique, mêlé de fantastique qui joue plutôt sur une angoisse qui monte crescendo.

L’histoire se révèle agréable à lire, bien écrite évidemment, et si l’élément vampirique / fantastique arrive très tardivement dans le récit, cela ne m’a pour autant pas gênée tant ce que nous propose Alexandre Dumas est prenant.

L’atmosphère propre à ce genre de récit est aussi bien rendue grâce aux nombreuses descriptions des paysages et lieux de cette contrée des Carpates. Les ingrédients du roman gothique sont aussi présents : le château lugubre, les paysages brumeux, les personnages mystérieux et inquiétants et bien sûr la géographie même de l’histoire : Les Carpates qui rappelle le plus célèbre des vampires : Dracula !

L’histoire est agréable à lire, bien menée mais trop courte pour nous offrir une véritable intrigue. Le format « nouvelle » empêche aussi de s’attacher aux personnages qui sont néanmoins bien dessinés.

Peu de surprises dans cette histoire somme toute classique, il n’empêche que j’ai passé un bon moment avec ce titre et si le surnaturel n’est pas trop votre tasse de thé, je vous le conseille puisque cet aspect n’arrive qu’une dizaine de pages avant le point final.

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« Depuis l’arrivée de Charcot à la Salpêtrière, on dit que seules les véritables hystériques y sont internées. Mais le doute subsiste… »

Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange bal, le Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires.

Cet événement joyeux en apparence cache une réalité bien plus sordide : ce bal costumé et dansant n’est rien d’autre qu’une des dernières expérimentations de Charcot, adepte de l’exposition des fous.

Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques, ce bal étanche la curiosité des riches bourgeois venus voir de près ces folles.

Parmi elles, il y a Louise, une jeune fille abusée par son oncle ; Thérèse, la prostituée au grand cœur, qui, lasse d’être battue, a eu le tort de pousser son souteneur dans la Seine ; Eugénie Cléry, qui, parce qu’elle dialogue avec les morts, est envoyée par son père croupir entre les murs de cet hôpital qui ressemble bien plus à une prison qu’à un établissement de soins.

Car dès lors que l’on est admise dans le service du professeur Charcot et de ses assistants, on a bien peu de chance d’en sortir. Aux premières loges, il y a Geneviève, une infirmière en poste depuis vingt ans, dévouée corps et âme à la Salpêtrière et à Charcot, qu’elle vénère.

Mais l’arrivée d’Eugénie va faire vaciller les certitudes de l’infirmière et changer sa vie à jamais…

Le bal des folles est le premier roman de Victoria Mas et sans doute l’un des romans qui a fait le plus de bruit lors de cette rentrée littéraire. Cette thématique de l’enfermement des femmes m’intéresse beaucoup et je l’ai trouvé bien traité ici.

Cette lecture m’a rappelé deux romans que j’ai beaucoup aimé La salle de bal d’Anna Hope et La clé du cœur de Kathryn Hugues qui traitent du même sujet : l’internement de femmes dépressives mais aussi d’autres éprises de liberté et de ce fait, indésirables pour la société ou leurs familles.

Il vaut mieux en ce XIXè siècle, lorsque l’on est une femme, éviter de sortir des sentiers battus. C’est ce qui arrive à Eugénie qui, parce qu’elle confie à sa grand-mère son secret, communiquer avec les morts, se retrouve manu militari internée sans autre forme de procès, sans certificat médical et surtout sans espoir de retrouver la liberté car la figure masculine, à fortiori paternelle, est toute puissante et monsieur Cléry a fait une croix sur sa fille.

Victoria Mas, dans ce roman très bien documenté, nous propose de suivre le destin de ces femmes victimes d’une société masculine qui leur interdit toute déviance et les emprisonne.

Ce qui est intéressant ici, c’est de pénétrer dans le service du professeur Charcot qui a théorisé l’hystérie. Il donne chaque vendredi un cours magistral devant un parterre d’étudiants où il recrée les crises de ces patiences à grand renfort d’hypnose.

Ces méthodes jugées révolutionnaires à l’époque ne peuvent que nous choquer aujourd’hui puisqu’il s’agissait non pas de soigner les malades mais de leur faire reproduire des crises quitte à leur créer de graves séquelles.

Au-delà de cet aspect historique passionnant, l’autrice en profite pour dénoncer la condition de la femme à cette époque, en lien avec cette même psychiatrie car, comme je le disais plus haut, il ne fallait pas grand chose pour se retrouver diagnostiquée aliénée : des idées différentes un peu trop bruyantes, des envies d’indépendance, une rébellion contre la toute-puissance masculine, etc, étaient des tickets gagnants pour l’enfermement.

Louise, Eugénie et Thérèse n’avaient pas leur place dans cet hôpital, étant parfaitement saines d’esprits, mais Louise et Thérèse, victimes de violences masculines, vont préférer continuer à vivre dans ce gynécée plutôt qu’affronter à nouveau les hommes.

Le bal des folles est donc un roman vraiment très intéressant à plus d’un titre, de par son intrigue, ses personnages attachants, la question du patriarcat, l’enfermement et la remise en question des pratiques du professeur Charcot.

Si les thématiques de la condition féminine et de l’enfermement vous intéressent, je ne peux que vous conseiller ce roman au succès bien mérité !

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«Eh bien, Ygène, eh bien ! s’écriait le docteur Ox en se frottant les mains. Vous les avez vus, hier, à notre réception, ces bons Quendoniens à sang-froid qui tiennent, pour la vivacité des passions, le milieu entre les éponges et les excroissances coralligènes ! Vous les avez vus, se disputant, se provo-quant de la voix et du geste ! Déjà métamorphosés moralement et physiquement ! Et cela ne fait que commencer ! Attendez-les au moment où nous les traiterons à haute dose ! »

Quiquendone est une paisible bourgade des Flandres. Les habitants y mènent une vie que rien ne trouble, jusqu’à ce que le savant Ox, aidé de son assistant Ygène, décide d’y installer gracieusement l’éclairage public selon un procédé révolutionnaire.

Plus les tests de son gaz oxy-hydrique progressent, plus la population devient agressive. La folie s’empare peu à peu des esprits au point que le bourgmestre Van Tricasse et son fidèle conseiller Niklausse souhaitent même déclarer la guerre à la bourgade voisine !

Mais qu’arrivent-ils aux Quiquendoniens d’habitude si tranquilles et pacifiques ? Serait-ce la faute du docteur Ox et de son gaz révolutionnaire ?

Paru en 1874, Une fantaisie du docteur Ox est un court récit d’un peu plus de cent pages. Les différents protagonistes ont l’air tout droit sortis d’un conte de fées, ils sont fortement typés et réduits à un trait de caractère essentiel : la lenteur.

Une qualité érigée en principe par le bourgmestre qui ne prend jamais aucune décision et ses administrés font de même : personne n’éteint les incendies, ne consolide la grande tour qui menace de s’effondrer, ne répare les fuites… et cette inertie s’étend aussi à la vie domestique : il leur faut des années pour prendre une décision, une demi-heure pour échanger une réplique dans une conversation, une dizaine d’années sont nécessaires entre une demande en mariage et l’union proprement dite, etc.

Et à l’autre bout de l’échiquier, on trouve le docteur Ox, tout en énervement, qui est au comble du bonheur à l’idée d’expérimenter son gaz sur la population qui en ignore tout. Il se délecte de voir peu à peu ses sujets d’expérimentation passer d’apathiques à querelleurs au fil des jours sans que ces pauvres Quiquendoniens ne comprennent pourquoi.

Son assistant Ygène tout à fait dévoué à son maître a bien du mal à calmer le docteur et à l’alerter sur les dangers de cette expérience sur la population.

Car si cette fable pleine de drôlerie, de fantaisie et de causticité, critique de la bourgeoisie du XIXè siècle est très amusante, elle alerte aussi sur les possibles dérives de la science. Jules Verne nous alerte ici sir les dangers de celle-ci, l’ivresse pour le scientifique de se croire tout-puissant et le risque d’oublier l’humain.

De part cette thématique, elle se révèle très moderne et si elle se lit en une bonne heure, elle nous permet de nous interroger bien au-delà de cette lecture.

Un classique savoureux qui n’a pas pris une ride, je me suis vraiment prise au jeu de ce conte burlesque qui m’a divertie mais aussi interpellée, une bonne pioche que je vous recommande !

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Virginie Grimaldi s’est aujourd’hui imposée dans le paysage littéraire français et fait partie des dix romanciers français les plus lus en 2018 (palmarès Le Figaro : GFK). Ses romans,
merveilles d’humanité, sont plébiscités par les lecteurs, en France comme à l’étranger.

« Lorsque nous avons emménagé impasse des Colibris, nous avions vingt ans, ça sentait la peinture fraîche et les projets, nous nous prêtions main-forte entre voisins en traversant les jardins non clôturés.

Soixante-trois ans plus tard, les haies ont poussé, nos souvenirs sont accrochés aux murs et nous ne nous adressons la parole qu’en cas de nécessité absolue. Nous ne sommes plus que six : Anatole, Joséphine, Marius, Rosalie, Gustave et moi, Marceline.

Quand le maire annonce qu’il va raser l’impasse – nos maisons,
nos mémoires, nos vies –, nous oublions le passé pour nous allier et nous battre. Tous les coups sont permis : nous n’avons plus rien à perdre, et c’est plus excitant qu’une sieste devant Motus. »

En dépit de leurs différends, Anatole, Joséphine, Marius, Rosalie, Gustave et Marceline vont faire front commun, mené quelques actions d’éclat pour tenter de sauveur sauver non seulement leurs maisons, mais également leurs souvenirs.

À travers le récit de leur combat et une plongée dans ses souvenirs, Marceline raconte une magnifique histoire d’amour, les secrets de toute une famille et la force des liens qui tissent une amitié…

Après Tu comprendras quand tu seras plus grande, Le premier jour du reste de ma vie, Chère mamie et Il est grand temps de rallumer les étoiles, j’ai retrouvé avec un certain bonheur Virginie Grimaldi à l’occasion de la lecture de son dernier titre : Quand nos souvenirs viendront danser que j’ai littéralement dévoré.

Ce nouveau roman lui a été inspiré par ses grands-parents et une fois de plus, quel plaisir de lire la plume de Virginie Grimaldi tantôt drôle, tantôt tendre ou émouvante !

L’histoire est portée par Marceline, une femme qui a un caractère bien trempé et un humour décapant mais dont la mémoire vacille de plus en plus : elle est atteinte d’Alzheimer et avant que ses souvenirs fichent le camp, elle les couche sur papier.

On la suit ici dans son quotidien et dans son combat pour sauver l’impasse dans laquelle elle vit depuis 60 ans. Elle n’a rien contre le fait qu’on bâtisse une nouvelle école mais pas qu’on rase sa maison pour le faire !

Elle en a franchi le seuil jeune mariée, c’est là qu’a grandi sa fille puis son petit-fils, là où elle a aimé Anatole et il lui est impossible pour elle d’imaginer vivre ailleurs.

C’est le personnage de Marceline qui se livre sans fard, racontant même les épisodes de sa vie enfouis depuis longtemps dans son cœur, ses bonheurs, ses regrets.

Elle raconte aussi leur engagement et leurs différentes actions (à mourir de rire, notamment le Rap ou le passage au JT de Jean-Pierre Pernaut), mais elle glisse aussi parfois des pages de son journal intime, nous permettant de mieux comprendre ce qu’il s’est passé durant ces soixante-trois dernières années.

Et si Marceline est l’héroïne du roman, les autres personnages sont bien dessinés, avec une personnalité qui leur est propre. Comme Marceline, ils vivent impasse des Colibiris depuis soixante ans et ont tous connu des bonheurs mais aussi bien des chagrins, comme tout le monde.

Comme toujours avec Virginie Grimaldi, il y a beaucoup d’humour, on rit franchement mais à d’autres moments, l’émotion prend le dessus et j’y suis allée de ma petite larme à la toute fin.

J’ai beaucoup aimé cette histoire, le combat de ces octogénaires pour qu’on leur laisse le droit de finir leurs jours dans leur maison et l’enchevêtrement passé / présent qui est à chaque fois bien amené.

Virginie Grimaldi sait y faire et sa plume fluide m’a littéralement ferré et ensuite, difficile de lâcher ce roman, un vrai page turner ! Je vous le conseille vivement.

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