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Archive for the ‘Littérature française’ Category

Dans le pays nantais à la fin du XIXe siècle, Claire, mariée de force à un riche viticulteur, violent et pervers, découvre la liberté quand celui-ci meurt accidentellement. À Paris, elle entre comme pigiste à La Fronde, un journal féministe, et s’émancipe. Mais sous l’impulsion vengeresse de sa belle-sœur, elle est bientôt accusée du meurtre de son mari…

Claire Mataguez, fille de vigneron, est épousée pour sa dot par Max Lesarnoy, un homme déséquilibré et violent qui a plusieurs fois fait faillite. Lorsqu’il meurt accidentellement, écrasé par un tonneau, alors qu’il est ivre, la jeune femme doit cohabiter avec sa belle-sœur Jeanne, inconsolable de la mort de son frère.

Veuve, Jeanne vouait un amour sans limite à Max et accuse bientôt Claire d’avoir tuer ou laisser mourir son époux. Lasse des querelles et de l’ignominie dont faire preuve Jeanne, Claire décide de partir vivre à Paris et se fait embaucher dans un journal entièrement féminin, La Fronde.

Après des années de souffrance, Claire va-t-elle enfin goûter au bonheur tant mérité et attendu ? Et non, Jeanne prépare activement sa chute et va mettre tout en oeuvre pour prouver sa culpabilité et de la mener à l’échafaud…

Offert au printemps par ma maman, La frondeuse, n’aura pas attendu bien longtemps avant d’être lu, une fois n’est pas coutume. Il faut dire que sur le papier, il avait de nombreux atouts : un destin de femme, une époque que j’affectionne, des thèses féministes, le journalisme… et je dois que si l’histoire de Claire ne m’a pas particulièrement passionnée, trop simple et lisse, le contexte historique en revanche s’est révélé diablement intéressant.

Eric le Nabour connaît très bien l’époque à laquelle il a choisi de planter son roman : la toute fin du 19è siècle. Le destin de Claire, qui quitte sa région natale pour tenter sa chance à Paris, ressemble à s’y méprendre à bon nombre d’héroïnes de cette époque où la capitale avait des allures d’eldorado.

Ici, il y a tout de même de petites singularités : Claire est riche mais elle est manchote, ce qui la complexe beaucoup. Devenue veuve, elle s’intéresse au féminisme et décide de rejoindre Paris afin de proposer ses talents de pigiste à Marguerite Durand, la fondatrice du quotidien La Fronde, qui paraît de 1897 à 1905.

Un journal écrit, conçu, réalisé par les femmes et qui défend le droit des femmes : une grande première dans un pays où la moitié de la population n’a pas le droit de disposer d’elle-même ! Leur place se limitant alors à la sphère familiale sous l’autorité du mari ou du père, les privant de tous droits civils ou politiques.

J’ai beaucoup aimé retrouver cette grande figure du féminisme dans cette lecture, les combats qu’elle a mené grâce à ce journal qui avait pour originalité de ne pas être seulement un journal destiné aux femmes, mais un quotidien conçu, rédigé, administré, fabriqué et distribué exclusivement par des femmes : journalistes, rédactrices, collaboratrices, typographes, imprimeurs, colporteurs, l’équipe est entièrement féminine. Marguerite Durand entend ainsi prouver que des femmes peuvent fort bien réussir dans le monde du journalisme, fortement dominé par les hommes, et qu’une entreprise de presse peut fonctionner sans recourir à leur assistance.

Autre point fort du récit : l’ancrer dans la réalité historique et politique de l’époque en abordant le divorce, alors seulement autorisé qu’en cas d’adultère, l’avortement considéré désormais comme un délit et plus comme un crime, l’affaire Dreyfus rejugée à Rennes au moment du récit, le combat des suffragettes en Angleterre et le contrôle des naissances prôné par Claire.

Autant de thématiques très intéressantes que l’auteur aborde tour à tour avec justesse et précision. Dommage pour moi que l’histoire personnelle de Claire ne soit pas plus intéressante, un peu trop plate et surtout cousue de fil blanc, notamment le dénouement, car le reste est vraiment passionnant.

Une lecture agréable, qui ne manque pas d’atouts et que je vous conseille si ces thématiques sont importantes à vos yeux.

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Paris, 1842. Eugène Sue s’attaque à la rédaction des Mystères de Paris. Et soudain, sa vie devient le plus palpitant des romans-feuilletons…
Espérant trouver un nouveau souffle, Eugène Sue, feuilletoniste à succès, décide de s’aventurer dans les bas-fonds de la capitale, travesti en ouvrier. À quelques encablures seulement des beaux quartiers, il découvre, ébahi, la réalité poisseuse des faubourgs. Un monde nouveau s’ouvre à lui, baroque et hanté : celui de la pauvreté et du crime. De cette immersion naissent Les Mystères de Paris. Un succès miraculeux qui hypnotise la France entière, de l’ouvrier au ministre, et dont la rédaction quotidienne devient une aventure virevoltante mêlant dans un délicieux vertige la réalité à la fiction…

Paris 1825, Eugène Sue abandonne ses études de médecine au gram dam de son père qui souhaiter le voir embrasser la profession médicale qui est la sienne. Le jeune dandy préfère taquiner la muse et parvient à faire paraître ses écrits dans la presse.

Très vite, son nom court tout Paris et il s’adonne à tous les plaisirs que peut lui procurer la capitale : de jolies femmes, de la bonne chair et des tables de jeux. Il a beaucoup de succès en tant que feuilletoniste et ne connaît de Paris que les beaux quartiers et les belles avenues.

Lorsqu’il découvre la misère des bas-fonds, il décide de lui consacrer sa grande œuvre : Les mystères de Paris. Et pour côtoyer au mieux les petites gens, il décide de prendre des habits d’ouvrier et se glisser dans les lieux fréquentés par les miséreux et partager leur pitance…

L’an dernier, j’avais acheté Au jour le jour totalement par hasard, n’en ayant jamais entendu parlé mais ayant étudié Les mystères de Paris pour le bac de français il y a très très longtemps, j’ai eu envie de découvrir la genèse de ce roman fleuve.

Paul Vacca nous retrace ici tout le parcours de feuilletoniste de Eugène Sue, de ses premiers écrits jusqu’à son roman le plus célèbre. Il nous dépeint sa famille, le goût de l’écrivain pour le dandysme et les plaisirs, et surtout il nous montre l’envers du décor du métier de feuilletoniste.

La presse a connu un immense succès au 19è siècle, les journaux étaient fort nombreux, se vendaient très bien, notamment grâce aux feuilletons que les lecteurs pouvaient retrouver chaque jour. Les auteurs étant payés à la ligne, les longueurs étaient nombreuses, les rebondissements aussi puisqu’il fallait donner envie aux lecteurs de se ruer le lendemain sur l’édition du jour.

Cette thématique de la presse au 19è siècle est un sujet qui me passionne, je pourrai en parler des heures et j’avoue que j’ai adoré retrouver cet aspect dans ma lecture. J’ai beaucoup apprécié également de faire connaissance avec Eugène Sue dont je ne savais absolument rien.

Pour lui l’avènement du feuilleton dans la presse est une providence et va lui permettre de se faire un nom parmi les plumitifs en vogue : « Ecrire et séduire au jour le jour, pour quelqu’un qui voulait vivre et jouir au jour le jour, n’était-ce pas l’occupation rêvée ? ». Son succès est grand mais il finit par manquer d’inspiration et sur les conseils de son beau-frère, va s’intéresser au petit peuple, celui qui vit à mille lieux de lui.

Pour se documenter, il ôte ses plus beaux habits pour revêtir des oripeaux et sillonne ainsi vêtu les bas-fonds de la capitale dans ses recoins les plus sordides. Ce qui ne l’empêche pas de retourner vivre dans son bel appartement avec domestique au matin et se régaler des mets les plus fins.

Le génie de Sue est d’aborder tous les problèmes de l’époque : la condition de l’homme, de la femme, de l’enfant, les ouvriers, les prostituées, les lieux qu’ils fréquentent, ce qu’ils mangent, etc. Il parle des classes les plus déshéritées et le peuple va lui en être grandement reconnaissant : enfin un auteur qui ne travestit pas leur quotidien mais le montre tel qu’il est, sans juger.

Ce projet ambitieux, personne n’en veut, sauf un obscur quotidien qui va connaître grâce à Sue un immense succès ! Au jour le jour rend un hommage complice à ce genre populaire qu’est le roman feuilleton, un genre addictif comme peuvent l’être certaines séries télévisées d’aujourd’hui. Il révèle l’étonnante puissance de la littérature, sa capacité à changer le monde et les mentalités même quand elle s’écrit au jour le jour.

Paul Vacca nous plonge sans peine dans cette période foisonnante, il a bien travaillé son sujet c’est certain, interpelle volontiers le lecteur, ce que j’ai trouvé amusant. Son style est jubilatoire, souvent drôle même si l’abondance d’adjectifs rend parfois le récit un peu indigeste.

Le roman est parsemé de détails et de clins d’œil anachroniques, donnant une teinte très fantaisiste au récit pour nous entraîner parfois dans des situations abracadabrantes voire des rebondissements un peu énormes, l’auteur en fait trop, tombe alors dans la caricature, ce qui est toujours dommage.

Une lecture néanmoins intéressante et divertissante pour celles et ceux qui s’intéressent comme moi à ce genre littéraire alors très en vogue au 19è siècle.

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Ce jour de rentrée, c’est seule qu’elle est arrivée à l’institution Sainte-Jeanne. Adolescente introvertie, Juliette a quitté son village minier et sa mère pour suivre ses études. Toujours sur ses gardes, mal à l’aise, elle ne comprend rien aux conversations blasées et superficielles des élèves  » bien nées « . Aussi s’efforce-t-elle de passer inaperçue. Ce monde tranche tellement avec le sien ! Elle qui travaillait avec sa mère au tri dans la mine où elle a vécu tant d’expériences, des traumatismes même, où elle côtoyait de près l’univers rude des mineurs, comment a-t-elle pu être inscrite dans ce prestigieux établissement ?
Ariane, quatorze ans également, affiche, elle, l’assurance des enfants de son milieu. Elle retrouve ses amies, ses habitudes. C’est juste une rentrée de plus pour elle, malgré tout endeuillée par la disparition de son père,  » mort pour la France  » dans la Somme.

Saint-Etienne, 1917. Ariane et Juliette font leur rentrée dans la très chic institution Sainte-Jeanne, réservée aux jeunes filles de la bourgeoisie locale. Les deux jeunes filles, âgées de 14 ans sont pourtant on ne peut plus différentes. L’une est brune tandis que l’autre est blonde, l’une est extravertie, l’autre s’enferme dans le mutisme.

Mais surtout Ariane est issue d’une grande famille dont le père vient de perdre la vie au front alors que Juliette vient du village minier et n’a que très peu vu son père.

Au fil des mois, elles vont pourtant se rapprocher au point de devenir inséparables et découvrir qu’un secret de famille les unit…

Vous savez combien j’aime les secrets de famille et le début du 20è siècle, j’ai donc été ravie de recevoir Ariane et Juliette de Hubert de Maximy dont j’avais beaucoup aimé son précédent roman Olympe.

Changement de lieu et d’époque pour ce récit, bye bye la Révolution et le Puy en Velais, place à 1917 et à Saint-Etienne. J’ai rarement lu des histoires qui avaient pour cadre des pensionnats et je viens d’en lire deux quasiment coups sur coups mais ici nous sommes très loin de Hanging Rock et de l’Appleyard College, l’atmosphère est très différente.

Au-delà de l’amitié entre les deux adolescentes Ariane et Juliette bien attachantes au demeurant et le quotidien immuable de l’institution Sainte-Jeanne, qui ne sont pas forcément d’un grand intérêt, l’auteur fait la part belle à deux beaux personnages féminins que j’ai beaucoup aimé découvrir : Clémence Dignac et Séverine Garand.

Clémence Dignac a fait un joli mariage mais s’en ai trouvé fort malheureuse. Son mari, Armand, ne cessait de la rabaisser et de se moquer d’elle, au point d’en être devenue distante avec leur fille Ariane. Lorsque celui-ci trouve la mort au front, elle tombe dans une profonde dépression jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle est au fond, bien heureuse de son sort.

Ce veuvage va la libérer et elle va oser sortir du carcan imposé aux veuves de guerre de la grande bourgeoisie. Lors d’une visite à l’hôpital, elle va faire une rencontre qui va changer sa vie en la personne de Ferdinand Fraisse, un chirurgien orthopédique.

A partir de là, elle se révèle, au grand dam de son beau-père qui estime qu’elle déshonore la mémoire de son fils mais pour le plus grand plaisir de sa fille, comblée de voir sa maman enfin heureuse.

Grâce à ses deux personnages, Hubert de Maximy va faire rentrer les blessés de guerre dans son récit, véritables laissés pour compte de l’Histoire car revenus vivants du front et surtout porteurs des traces indélébiles laissées par l’ennemi : membres amputés, parties du visage arrachées, gazés, victimes de troubles psychiatriques…

Autre figure féminine très intéressante : Séverine Garand, professeure à l’institution Sainte-Jeanne, une jeune femme déçue par son premier amour et qui a reporté cette déception sur ses études afin de devenir professeure et surtout indépendante de sa famille et d’un homme.

Militante socialiste, elle va s’intégrer au groupe d’éclopés de la guerre que Ferdinand Fraisse a sauvé d’une mort certaine. Confidente de Juliette et d’Ariane, elle va dénouer avec elles les zones d’ombre qui entourent leurs vies.

Vous l’aurez compris, j’ai passé un très bon moment avec ce roman grâce à son tissu historique que Hubert de Maximy, en fin connaisseur, nous rend à merveille, au contexte social très présent avec une lutte des classes et des préjugés qui ont la vie dure chez les pauvres comme chez les riches, et surtout grâce à la belle brochette de personnages bien dessinés que j’ai eu plaisir à suivre jusqu’au dénouement même si pour moi les secrets de famille dont il est question ici sont facilement décelables, c’est le seul point négatif à mon sens.

Un grand merci à Laëtitia et aux Editions Presses de la cité pour cette lecture bien agréable !

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Paris, mars 1942. Dans la capitale occupée, Eulalie Fontanel tente de survivre. En acceptant de devenir danseuse aux Folies Bergères pour nourrir sa fille Beata, elle a l’impression de trahir son mari qui a été envoyé au front. La jeune femme se sent prisonnière de ce Paris occupé où elle côtoie les lieux les plus huppés et les bureaux clandestins qui organisent le marché noir.
Le pire, c’est d’avoir attiré l’attention de Lubin Von Baden, un mystérieux officier de l’armée allemande qui la poursuit de ses assiduités. Alors, pour son bien et celui de sa fille, elle décide de fuir et se réfugie chez des cousins en Charente. Mais cela ne suffit pas à éloigner l’officier allemand qui s’est transformé en dangereux prédateur.

Paris, mars 1942. Sans nouvelle de son mari Lazare fait prisonnier lors de la drôle de guerre, Eulalie Fontanel tente de survivre comme elle peut avec sa petite fille Beata.

Ancienne danseuse classique, son physique avantageux, tape dans l’œil de André Dolitor, le régisseur des Folies Bergères qui lui propose de rejoindre la revue. Bien que trouvant cet emploi dégradant, Eulalie, qui n’a pour toute fortune qu’une maison à Boulogne-Billancourt, non loin des usines Renault, accepte la proposition.

C’est alors qu’elle va faire la rencontre du séduisant colonel Lubin Von Baden, du service de renseignements et de contre-espionnage de l’Abwehr, hostile à Hitler. Contrainte par son patron de répondre aux avances de Van Lubin, elle fuit Paris lorsqu’elle comprend qu’il ne la laissera jamais en paix.

Une décennie après la fin de la guerre, Beata part sur la trace de sa mère et tente de découvrir les secrets de cette époque troublée ou sa mère tentait d’échapper aux orages de la guerre…

Première guerre mondiale hier, seconde guerre mondiale aujourd’hui ! Ce n’est pas fait exprès mais le hasard de mes lectures. Un été d’orage nous emmène entre Paris et la Charente, dans le sillage d’une femme et de sa fille, prises dans les tourments de la guerre.

D’un point de vue historique, ce roman est réussi. Corinne Javelaud a potassé son sujet et nous propose une intrigue crédible, très bien documentée, qui nous donne à lire un condensé du second conflit mondial. En un peu moins de 300 pages, l’auteure revient sur la collaboration, la résistance, l’exode, la rafle du Vel d’Hiv, les restrictions alimentaires et vestimentaires, les folles soirées du Tout-Paris, etc.

Les événements s’enchaînent sans temps mort et Eulalie, jeune femme fragile et naïve, est prise aux pièges de la guerre, sans avoir la cuirasse pour supporter toutes les épreuves qui lui tombent dessus. Bien que la trouvant sympathique, je n’ai pas réussi à m’attacher à elle et toute cette première partie qui lui est consacrée est celle qui m’a le moins convaincue.

Je lui ai largement préféré sa fille Beata et l’enquête qu’elle mène pour comprendre ce qui a pu advenir à sa mère pendant cette époque troublée. Cette seconde partie m’a beaucoup plu. Avec Beata, jeune femme forte bien que marquée par ses années d’orphelinat, on revient aux événements de l’année 1942.

Cette enquête visant à éclaircir les zones d’ombre persistantes sur la vie de sa mère, se révèle passionnante et bien que l’on revienne sur les mêmes événements déjà vus précédemment, je ne me suis pas ennuyée une seconde, ni trouvé cela redondant.

Comme je le disais plus haut, le roman est réussi d’un point de vue historique, Corinne Javelaud nous immerge dans ces années sombres en nous montrant la réalité de la guerre à l’arrière et l’on n’a aucun mal à se mettre dans les pas de son héroïne. Avec une trame aussi concise, on a un inconvénient, celui de rester un peu trop en surface à mon goût, mais aussi un avantage, celui de ne pas s’ennuyer.

Un été d’orage est un roman émouvant, captivant et très bien documenté qui se lit avec plaisir jusqu’à son dénouement. Si vous aimez les romans ayant pour cadre cette époque, il devrait vous plaire.

Un grand merci à Elise des éditions City et Corinne Javelaud pour cette lecture prenante !

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  et du Mois anglais :

challenge-un-pave-par-mois

Angleterre, avril 1946. La jeune femme qui remonte l’allée de Sheperd House, majestueux manoir du Kent, a le coeur lourd. Car aujourd’hui, Maggie Fuller, jeune veuve au fort caractère, petite-fille d’une des premières suffragettes, fille d’une sage-femme féministe, entre au service des très riches Lyon-Thorpe.
Elle qui rêvait de partir en Amérique et de devenir médecin va s’installer dans une chambre de bonne. Intégrer la petite armée de domestiques semblant vivre encore au siècle précédent n’est pas chose aisée pour cette jeune femme cultivée et émancipée. Mais Maggie va bientôt découvrir qu’elle n’est pas seule à se sentir prise au piège à Sheperd House et que, contre toute attente, son douloureux échec sera le début d’un long chemin passionnel vers la liberté.

Sheperd House, dans le Kent, 1946. Maggie Fuller vient de perdre son mari Will, lourdement handicapé, depuis sa chute d’un toit en 1939. En dépit de sa volonté de devenir médecin, la jeune femme, fille et petite-fille de sages femmes féministes en diable, a fait une croix sur ses études pour s’occuper de son époux.

Bien qu’ayant tout sacrifié pour Will, leur union sera malheureuse et en ce jour d’avril, elle se présente pour prendre le poste de femme de chambre de lady Lyon-Thorpe, que l’ensemble de la domesticité a affublé du sobriquet de Pippa-ma-chère, dans son dos.

Son but est de gagner suffisamment d’argent afin de gagner l’Amérique et d’y poursuivre enfin des études de médecine. Sa condition de domestique est pour elle bien dégradante et contre toutes les idées progressistes qu’elle prône.

Les Lyon-Thorpe sont en effet l’archétype même de l’aristocratie anglaise qui continue de mener une existence oisive et edwardienne. Alors qu’elle tente de retrouver son chemin dans l’immense propriété, elle tombe sur sir John Lyon-Thorpe, une rencontre qui va changer sa vie…

L’aile des vierges est le quatrième roman de Laurence Peyrin. Cette ancienne journaliste s’est fait connaître avec La drôle de vie de Zelda Zonk (prix Maison de la presse 2015), Hanna et Miss Cyclone qui fut l’une de plus belles lectures de 2017.

Et si j’ai beaucoup aimé les précédents opus de l’auteure, cette fois-ci ce fut un coup de cœur. Je crois que Laurence Peyrin devient véritablement une valeur sûre à mes yeux car à chaque lecture, la magie opère et me transporte.

Tout d’abord l’atmosphère à la Downton Abbey de la première partie du roman m’a comblé, j’adore cette série et l’auteure nous montre à merveille comment fonctionne la domesticité d’une telle maison, avec ses hiérarchies, ses jalousies et privilèges, etc. C’est la première fois que Laurence Peyrin s’essaie au roman historique et c’est vraiment une réussite !

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, Maggie va secouer la domesticité de ce vénérable lieu et tenter de leur communiquer ses idées progressistes. Mais au-delà de ces thématiques sociales, Laurence Peyrin nous propose une magnifique histoire d’amour entre deux personnages qui n’auraient jamais du tomber amoureux l’un de l’autre : Maggie et sir John.

J’ai adoré le personnage de Maggie O’Neill, fille et petite-fille de suffragette. Une femme forte, indépendante, élevée dans les préceptes du féministe et qui se sent tiraillée entre ses désirs et la tradition féministe de sa famille. Tout au long du récit, elle essaie de s’inspirer de sa mère et de sa grand-mère dont les portraits trônent au-dessus de son lit et ne va jamais choisir la facilité.

Sir John Lyon-Thorpe n’est pas en reste. Obligé de régner en maitre sur le domaine, il n’attend qu’une chose : passer le relais à son fils ainé et regagner l’Afrique où il souhaite s’investir dans la cause animale.

Deux personnages en apparence pris au piège de leur destin et qui vont tout faire pour mener à bien leurs rêves. En dehors de ces deux personnages principaux, l’auteure nous propose une galerie de personnages secondaires très intéressants, notamment Kitty, la jeune femme de chambre qui rêve de trouver l’amour ou sir Albert Lyon-Thorpe, le grand-père de sir John, qui à la veille de mourir, ne cesse de penser à son grand amour Clemmie.

L’aile des vierges m’a littéralement conquise, j’ai adoré cette belle histoire qui m’a fait vibrer et émue aux larmes et je ne peux que vous conseiller les romans de Laurence Peyrin d’une manière générale et celui-ci en particulier !

Un grand merci aux éditions Calmann-Lévy pour ce coup de coeur !

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La vie semble réussir à Annabelle, brillante femme d’affaires de quarante ans. Un jour, pourtant, après une brutale prise de conscience, elle décide de tout plaquer, laissant derrière elle son confort, son travail et sa famille.
Sur une route de campagne, elle rencontre Georges, paysan plein de sagesse qui vit à un autre rythme, celui des saisons, et va progressivement lui faire découvrir les secrets extraordinaires de la nature. La vie formatée d’Annabelle en sera définitivement bouleversée.

Tout bascule un beau dimanche de juin pour Annabelle Dumas. Cette brillante trentenaire, à la tête de sa propre banque, devrait rejoindre ses bureaux comme elle le fait dès lors que sa fille est chez son père, ce qui est le cas une semaine sur deux, mais brusquement, elle décide de retourner dans le village de son enfance, près de Langres.

Arrivée à destination, elle déambule le long de la route et finit par se perdre. Heureusement, alors que la nuit tombe, elle arrive aux abords d’une ferme. Son propriétaire, déjà au lit, accepte de l’aider à retrouver sa voiture, en vain.

Comme il se fait tard, Georges Lesage, agriculteur de son état, lui propose le gite et va, par sa connaissance et son amour de la nature, bouleverser la vie d’Annabelle…

L’odeur de l’herbe après la pluie est le premier roman de Patrick Jacquemin, cofondateur et ancien P-DG de RueDuCommerce.com. Depuis qu’il a quitté son entreprise, en 2012, il consacre son temps à l’écriture de romans et à la protection d’animaux sauvages, notamment le rhinocéros, au travers du fonds de dotation Animaux Sauvages qu’il a créé. Une partie des droits de cet ouvrage sera d’ailleurs reversé à ce fonds.

Avec ce court récit, l’auteur nous questionne sur le bonheur : la réussite sociale rend-elle heureux ? Est-ce que réussir sa vie professionnelle et gagner beaucoup d’argent nous emmène-t-il au nirvana ? Faut-il consommer beaucoup pour être heureux ?

Annabelle se rend compte en côtoyant Georges qui travaille juste ce qu’il faut pour vivre, qui laboure ses terres avec des bœufs car il souhaite prendre le temps de faire du bon travail et ne pas polluer la terre, qui consomme local selon ses besoins, sans téléphone, internet ni télévision, passant ses soirées seul avec ses livres, qu’il est bien plus heureux qu’elle.

L’auteur nous interroge aussi sur le sens des priorités : Annabelle consacre la quasi totalité de son temps à son travail, poussée à l’excellence depuis toujours par ses parents. Elle est passée à côté de son mari et n’a que peu de temps à consacrer à sa fille. Cela la mène-t-il sur le chemin de l’épanouissement personnel ou se trompe-t-elle de voie ?

Il y a beaucoup de poésie et une atmosphère irréelle tout au long de ce récit. Patrick Jacquemin nous propose en effet davantage une fable ou un conte initiatique qu’un roman réaliste mais le temps de cette courte lecture, le charme a opéré pour moi.

Une pause bienvenue dans mon quotidien et peut-être dans le vôtre si le cœur vous en dit, une lecture en tout cas inspirante qui invite à l’introspection et à la réflexion, cela fait du bien aussi parfois.

Merci à Filipa et aux éditions Robert Laffont pour cette lecture ressourçante !

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1970, Le Camboudin, petit village breton. Alfréd, neuf ans, a un prénom dont l’accent aigu lui déplaît, une mère qui picole trop et un grandpère qui tient à lui comme à la prunelle de ses yeux. Il adore traîner au bistrot avec ses copains, une joyeuse bande de vieux qui lui apprennent la vie. Avec l’aide de son Vénérable Papi, il va décider de passer le cap de ses dix ans en établissant une liste de voeux à réaliser avant le grand jour. Rencontrer un vrai cow-boy, boire de la trouspignôle ou encore conduire un tracteur marqueront le début d’une série d’aventures aussi rocambolesques que réjouissantes. De voeux gâchés en moments de pure félicité, il va vivre l’année la plus incroyable de sa vie.

1970, Le Camboudin, village perdu du Morbihan. Alfréd Le Bossenec, 9 ans, porte le même prénom que son grand-père dont il partage aussi le jour de naissance, à soixante ans de distance.

Sa mère, manutentionnaire chez Ker Viande et alcoolique notoire, l’a affublé en plus d’un accent aigu sur le e et l’élève seule depuis que son père s’est fait la malle juste avant sa naissance.

Mais le vénérable papi Alfred vit en face et c’est chez lui qu’il passe le plus de temps en-dehors de l’école, à se gaver de pâté de lapin maison.

A quelques mois de son anniversaire, Alfréd passionné par les mots au point d’écrire un dictionnaire recensant les mots et expressions fameuses de son aïeul, décide, à défaut de commettre un roman, d’établir une liste de dix vœux à réaliser avant son dixième anniversaire : rencontrer un vrai cow-boy, conduire un tracteur, boire de la trouspignôle, voir la mer, passer une journée mère/fils…

Les dix vœux d’Alfréd est le premier roman de Maude Mihami, une libraire bretonne, qui nous donne à lire ici un roman particulièrement nostalgique et jubilatoire.

J’ai adoré ce récit à la fois pétillant, drôle, émouvant, qui pose un regard tendre sur la vieillesse et sur l’enfance. Les personnages sont attachants et en premier lieu ce petit Alfréd, un peu trop gros et qui chante faux et se fait railler et pour l’un et pour l’autre, qui passe son temps avec son grand-père et les amis de celui-ci dans une petite bourgade bretonne où il ne se passe jamais rien.

Ce garçon très attendrissant, qui souffre du manque d’amour et d’attention de sa mère, qui ne l’écoute jamais, alcoolisée du matin au soir, en permanence en rogne contre lui, voudrait que sa vie change enfin et compte bien sur ses voeux pour y parvenir.

Heureusement il peut compter sur son papi qu’il vénère et la jolie complicité qui unit Alfred-le-vieux et Alfréd, ce débordement d’amour que l’on ressent entre eux est vraiment touchant. L’auteure alterne des moments drôles et d’autres plus émouvants, nous rappelle des souvenirs d’enfance (pour celles et ceux qui comme moi sont nés dans les années 70) et nous plonge dans une joyeuse nostalgie.

Quant aux autres protagonistes du village, ils sont authentiques, truculents à souhait et font couler la trouspignôle à flots !

Le récit, bien écrit et enlevé, se lit avec grand plaisir. L’histoire est certes toute simple, les personnages ordinaires, mais on ressort de cette lecture de bonne humeur et le sourire aux lèvres, pour ma part bien désolée de quitter si vite des personnages attachants avec lesquels je serai bien restée encore un peu.

Je ne peux que vous inviter à découvrir à votre tour Alfréd, Alfred-le-vieux, Gégène, Victoire, Nini, Nénette et tous les habitants du Camboudin, quelque part en Bretagne et vous régaler à votre tour de leurs maximes préférées : manger du pâté ou conduire il faut choisir, y’a qu’les imbéciles qui changent pas d’habits…

Un grand merci à Filipa et aux éditions Nil pour cette bouffée d’air frais, j’ai adoré !

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