La galerie des jalousies tome 1 – Marie-Bernadette Dupuy

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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1920. Sur le site minier de Faymoreau en Vendée, un coup de grisou a provoqué l’effondrement d’une galerie. Apprenant la tragédie, Isaure Millet, la fille des métayers du château, s’est précipitée sur les lieux. Thomas Marot, l’homme qu’elle aime depuis toujours, fait partie des mineurs pris au piège. Les secours s’activent. Thomas est sauvé mais le soulagement d’Isaure est de courte durée : le jeune homme est déjà fiancé à une ouvrière polonaise. Comment pourra-t-elle se résoudre à renoncer à lui ?
Les suites de la catastrophe prennent une tournure inattendue : l’une des victimes retrouvées sans vie au fond de la mine a, en fait, été assassinée d’une balle dans le dos… L’enquête bute sur le mutisme des témoins. La belle Isaure, qui lutte pour dissimuler les sentiments qu’elle voue à Thomas, en sait-elle plus qu’elle ne prétend ? Quel secret cache la petite communauté de gueules noires ?

11 Novembre 1920, puits du centre dans la mine de Faymoreau en Vendée. C’est une journée de travail comme les autres pour Thomas Marot et son camarade Piotr Ambrozy lorsque survient le coup de grisou. Les deux hommes se retrouvent prisonnier et les premières pensées de Thomas sont pour Jolenta, sa future femme qui attend leur enfant et qui se trouve être la soeur de Piotr. Il n’est pas blessé et s’active pour dégager Piotr, en vain. Le jeune homme âgé de 15 ans, a une jambe coincée sous les décombres.

13 novembre 1920, à La Roche-sur-Yon, Isaure Millet, vient de fêter ses 18 ans. Elle attend que le poste d’institutrice de Faymoreau soit vacant et en attendant a trouvé une place de surveillante dans une pension tenue par Mr et Mme Ponsonnier. Lors de sa promenade, elle découvre les titres du journal local et court séance tenante prendre un train pour son village. La jeune fille, amoureuse depuis l’adolescence de Thomas, brûle de savoir si il est toujours en vie.

Arrivée sur place, elle constate que Thomas et Piotr sont toujours coincés au fond de la mine mais le directeur met tout en oeuvre pour qu’ils soient sauvés. Les deux hommes sont finalement extraits de la mine mais si Thomas n’a pas une égratignure, Piotr doit être amputé.

Soulagée que l’homme qu’elle aime est sain et sauf, elle apprend par Honorine Marot, la mère de Thomas, qu’il va épouser sa fiancée trois semaines plus tard. Anéantie et sans emploi, Isaure décide de rester et doit s’installer à la métairie du comte et de la Comtesse de Regnier, pour lesquels ses parents travaillent, le coeur dans l’âme, car depuis le décès de ses frères Ernest et Armand en 1915, elle est encore davantage le souffre-douleur de ses parents qui lui reprochent sa trop grande beauté.

Le lendemain du sauvetage, on retrouve trois autres victimes du coup de grisou. Deux sont mortes de façon naturelle mais Alfred Boucard, le porion, a été retrouvé une balle dans le dos. L’inspecteur Devers et son adjoint arrivent à Faymoreau pour mener l’enquête mais ils butent sur le mutisme des gueules noires…

Marie-Bernadette Dupuy est une romancière prolifique, connue pour ses sagas familiales, que je découvre à l’occasion de ce premier tome de La galerie des jalousies. Cette lecture fleuve de 600 pages s’est révélée très prenante et plutôt passionnante car, au-delà de la romance impossible et mièvre entre Thomas et Isaure, elle aborde des thématiques très intéressantes.

En premier lieu les mineurs de fond, leurs conditions de travail et de vie. Un aspect qui aurait mérité d’être approfondi davantage mais Marie-Bernadette Dupuy montre bien la difficulté de ce métier et la solidarité entre les gueules noires qui n’est pas un vain mot. L’immigration polonaise à travers les personnages de Piotr, Jolenta et leur père qui ont fui une vie misérable pour la France pendant la première guerre mondiale.

La condition féminine avec l’héroïne Isaure Millet, belle et instruite grâce à la générosité de la comtesse de Regnier, sa marraine, qui subit l’indifférence de sa mère et les coups de son père depuis son plus jeune âge. Souffrant du froid, sa chambre est la seule pièce non chauffée ; et de faim car régulièrement privée de nourriture par son père, elle a souvent trouvé refuge chez les Marot au fil des ans, Thomas l’ayant pris sous son aile.

C’est une jeune fille belle, fantasque mais aussi courageuse à laquelle on s’attache sans peine, révolté par sa vie faite de brimades, totalement dépourvue d’amour maternel et paternel, qui souffre de voir l’homme qu’elle adule se marier à une autre qu’elle.

L’autrice n’oublie pas non plus de revenir sur le sort réservé aux invalides de guerre avec Jérôme Marot devenu aveugle sur les champs de bataille et Armand Millet, blessé de la face, qui se retrouve avec un trou béant en plein milieu du visage. L’impossibilité pour eux de retrouver une vie normale : c’est-à-dire avoir un travail, ils doivent se contenter d’une pension d’invalidité versée par la patrie reconnaissante ni d’avoir une épouse car même si certaines femmes ne sont pas réticentes à l’idée d’unir leur destin à un invalide, leur entourage a tôt fait de leur faire changer d’avis.

Outre tous ces thèmes, Marie-Bernadette Dupuy nous propose également une enquête policière plutôt bien ficelée et qui tient en haleine. Son inspecteur Devers, venu tout droit de Paris, se révèle intelligent, perspicace et assez attachant.

Ce premier volume tient pour moi toutes ses promesses, j’ai été embarquée pendant 600 pages dans cette saga familiale et je compte bien lire la suite dès que possible.

Un grand merci aux éditions Calmann-Lévy et à Babelio pour cette lecture passionnante !

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Le cœur de Lucy tome 1 Au-delà de la raison – Marilyn Stellini

Angleterre, époque victorienne. Lucy Hadley n’a que faire des mondanités de la haute société et ses talents de guérisseuse lui valent une réputation de sorcière. Appelée au chevet du comte de Lauderdale, qui est gravement malade, elle rencontre le meilleur ami de celui-ci, Jack de Nerval. C’est le début d’une liaison orageuse avec un homme qu’elle aime d’un amour inconditionnel. Mais le coeur du duc n’est plus à prendre : Jack est marié et père de famille… Les tourments de Lucy ne font que commencer.

Lucy Hadley est une jeune fille de 19 ans. Orpheline de père depuis quelques années, elle a été abandonnée par sa mère alors qu’elle avait à peine cinq ans et traîne de ce fait une mauvaise réputation. Elle vit à Dunram avec son demi-frère Henry et sa femme lady Bethany, son neveu et son autre demi-frère Aaron.

Bien que lady par sa naissance, Lucy ne se comporte pas comme telle puisqu’elle aide les domestiques dans leurs tâches et surtout, elle a appris la science des plantes et développé son don de guérisseuse auprès de Mrs Abernathy.

Un jour, alors qu’elle se rend chez sa vieille amie pour se procurer des herbes, elle tombe sur le valet du comte de Lauderdale, venu quérir l’aide de Mrs Abernathy.

Ce dernier est gravement malade et Lucy n’hésite pas à chevaucher jusqu’au chevet de lord Allan Maitland. Au domaine, elle fait la connaissance du meilleur ami du comte, Jack de Nerval. Lucy tombe sous le charme de Jack, mais celui-ci est marié…

Le cœur de Lucy est à mille lieux de mes lectures habituelles. Vous savez que j’adore les romans historiques mais je n’avais jusque là jamais lu de romance historique. L’autrice, qui m’a proposé son dytique, m’avait pourtant convaincu il y a un an déjà de me plonger dans cette histoire victorienne.

L’intrigue de ce roman était prometteuse et je dois dire que la plume de Marilyn Stellini est suffisamment fluide pour qu’on tourne les pages sans s’en rendre compte. Il faut dire que l’histoire est légère et reposante lorsque l’on a enchaîné La serpe et La servante écarlate, deux lectures plus exigeantes !

J’ai bien aimé l’aspect historique de cette romance et notamment la description des lieux même si j’aurai préféré qu’il soit plus marqué car on n’a pas toujours l’impression d’être sous l’ère victorienne.

Il est en effet difficile de concevoir qu’une jeune fille de bonne famille puisse se promener librement et sans chaperon et surtout, qu’elle puisse se déshabiller et s’habiller toute seule à une époque où la femme était corsetée et disposait d’une multiplicité de couches de vêtements (corset, jupe tombant jusqu’aux chevilles et de plusieurs couches de jupons à volants au minimum).

Car notre héroïne passe un certain temps dans le plus simple appareil c’est là la grande différence notable avec un roman historique, les scènes érotiques en abondance, je dois le dire plutôt bien écrites même si je trouve dommage la grande soumission de Lucy face à son amant qui fait d’elle ce qu’il veut.

Mais si l’histoire est sympathique, je l’ai trouvé peu crédible et emplie de clichés : qu’une jeune fille capable de rébellion soit à ce point soumise à son amant, ça me dépasse. Improbable qu’une jeune lady envoie sa virginité cul par-dessus tête au premier regard même si Jack de Nerval est apparemment irrésistible, on a du mal à le croire à une époque où la virginité tenait une si grande place.

Si l’histoire manque pour moi de subtilité et de cohérence, reste que la plume de Marilyn Stellini est agréable à lire et son vocabulaire, soutenu. Je vais donc lire le second tome dans les semaines à venir car ce premier opus fut une amusante récréation même si je ne pense pas que les romances historiques deviennent ma tasse de thé pour autant, elles sont un peu trop légères pour moi.

Merci à Marilyn Stellini et aux éditions Milady pour leur confiance.

La serpe – Philippe Jaenada #RL2017

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Un matin d’octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n’est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l’unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l’arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d’un procès retentissant (et trouble par certains aspects), il est acquitté et l’enquête abandonnée. Alors que l’opinion publique reste convaincue de sa culpabilité, Henri s’exile au Venezuela. Il rentre en France en 1950 avec le manuscrit du Salaire de la peur, écrit sous le pseudonyme de Georges Arnaud.
Jamais le mystère du triple assassinat du château d’Escoire ne sera élucidé, laissant planer autour d’Henri Girard, jusqu’à la fin de sa vie (qui fut complexe, bouillonnante, exemplaire à bien des égards), un halo noir et sulfureux. Jamais, jusqu’à ce qu’un écrivain têtu et minutieux s’en mêle…

Avant d’ouvrir ce roman, je n’avais jamais entendu parler de Henri Girard : sa vie son œuvre comme on dit m’étaient totalement inconnues. Mais j’avais adoré Sulak lu pour le prix ELLE des lectrices 2014, année où j’étais jurée, et surtout le style de Philippe Jaenada.

J’étais donc emballée à l’idée de retrouver ce romancier dont La petite femelle est aussi dans ma PAL et je dois dire que ces retrouvailles ont été à la hauteur de mes espérances.

Philippe Jaenada reprend un fait divers retentissant à l’époque mais totalement oublié de nos jours : celui du massacre à la serpe en pleine nuit de Georges Girard, sa sœur Amélie et de Louise, leur bonne, dans leur château d’Escoire, dans le Périgord en octobre 1941, soit en pleine période trouble de l’Occupation.

Un seul survivant à ce massacre pendant lequel il ne s’est même pas réveillé : Henri Girard, le fils de Georges et neveu d’Amélie. Le jeune homme âgé de 24 ans a tout à gagner dans cette affaire puisqu’il se retrouve l’unique héritier d’une immense fortune.

L’homme n’a pas bonne réputation et vit aux crochets de sa famille. Dans les environs, on n’aime pas ces châtelains et en particulier le jeune Henri que l’on sait noceur, arrogant et assez violent.

C’est lui qui découvre les corps sans vie et des victimes et qui alerte les métayers du domaine. Les gendarmes arrivent et le mobile des crimes semble évident : l’argent. Amélie avait retiré une forte somme à la banque la veille, somme qui a disparu.

Henri Girard est aussitôt arrêté et écroué. Il attendra près de deux ans son procès et sera défendu par un ténor du barreau : maître Maurice Garçon. Contre toute attente, il sera acquitté mais reste aux yeux de tous, le meurtrier.

Jamais il n’évoquera l’affaire, pas même à ses proches mais ressortira de cette épreuve brisé. Il connaîtra son heure de gloire quelques années plus tard lorsque son roman, Le salaire de la peur, sera porté à l’écran par Henri-Georges Clouzot.

Comment Jaenada en est-il venu à s’intéresser à cette affaire ? Grâce à Emmanuel Girard, le petit-fils de Henri Girard, père d’un camarade de classe de Ernest, le fils de Philippe Jaenada. Il croit en l’innocence de son grand-père et il se montre persuasif : l’affaire ferait un bon sujet pour lui, le romancier se laisse convaincre.

Un fait divers aussi diabolique, un personnage aussi ambigu qu’Henri Girard ne pouvaient en effet laisser Philippe Jaenada indifférent. Enfilant le costume de l’inspecteur amateur (complètement loufoque, mais plus sagace qu’il n’y paraît), il s’est plongé dans les archives, a reconstitué l’enquête et déniché les indices les plus ténus pour nous livrer ce récit haletant dont l’issue pourrait bien résoudre une énigme vieille de soixante-quinze ans.

Pendant plus de 600 pages, Jaenada retrace la vie de Girard de son enfance à sa mort. Puis, il revient sur l’affaire proprement dite et parvient à certaines conclusions que je vous tairai ici. Il mène sur place à Périgueux et au château, lieu du drame, une enquête particulièrement fouillée et rigoureuse.

Au-delà du fait divers, j’adore l’aspect enquête du roman, Jaenada ne nous cache rien de ses recherches et nous régale de ses habituelles parenthèses et digressions sur sa vie avec son épouse et son fils, son quotidien à Périgueux le temps de ses recherches. Il a beaucoup d’humour, d’auto-dérision et sa plume est vraiment très agréable à lire.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ma lecture car ce roman se révèle de bout en bout passionnant ! Certes il faut s’intéresser un tant soi peu aux faits divers et aimer les pavés mais je vous garantis que ce livre en vaut la peine.

Un grand merci à Filippa et aux éditions Julliard pour cette lecture, j’ai adoré.

La part des anges – Laurent Bénégui #RL2017

À la mort de Muriel, sa mère, Maxime se rend au Pays basque pour les funérailles. Il assiste à la crémation en état de choc et, quand on lui donne les cendres, ne sait pas quoi en faire. Il dépose donc l’urne dans le panier à commissions de sa mère pour emmener celle-ci une dernière fois faire ses courses au marché. Une initiative en forme d’hommage épicurien qui devient embarrassante lorsque, entre les étals de fruits et de poissons, apparaît Maylis, la jolie infirmière qui s’est occupée de Muriel jusqu’à son dernier souffle… Comment lui avouer que celle-ci est au fond du cabas ?

Saint Jean de Luz, Muriel, une journaliste de 60 ans vient de rendre son dernier soupir à l’hôpital, succombant à une maladie en stade terminal, contre laquelle elle luttait depuis un an.

A Paris, Maxime, son fils, chercheur, apprend la nouvelle. Sonné par le décès de sa mère, il contacte les pompes funèbres locales pour organiser les obsèques qu’il programme pour le lendemain.

Il s’y rend seul, malgré la proposition de sa maîtresse qui souhaitait l’accompagner dans ce dur moment. Sur place, il se rend au crématorium à bord du corbillard, avec pour seul compagnon, le maître de cérémonie.

Deux heures plus tard, il récupère l’urne funéraire de Muriel et ne sachant qu’en faire, la glisse dans son panier, l’emmenant pour la dernière fois, faire son marché…

La couverture résume parfaitement la teneur de ce roman. On va suivre, le temps d’une journée, Maxime, qui se rend au pays basque pour l’enterrement de sa mère. Fils unique, n’ayant jamais connu son père, il affronte seul cette situation et doit prendre toutes les décisions attenantes, lui posant un certain nombre d’interrogations sur ce que sa mère aurait voulu.

Tout au long du récit, on suit donc tous ses faits et gestes du moment où il apprend le décès de sa mère à la fin de la journée de funérailles, avec en parallèle, les interventions de Muriel depuis l’au-delà, qui nous raconte sa vie, son fils et son ressenti par rapport aux décisions de Maxime au fil de la journée.

Je m’attendais à un roman déjanté mais il n’en est rien. Il y a bien des moments cocasses avec la directrice des pompes funèbres notamment mais Laurent Bénégui nous raconte surtout une histoire toute simple encensant la vie.

Ecrire sur le deuil n’est pas chose aisée sans tomber dans le pathos. L’auteur relève le défi en nous faisant d’un côté l’éloge d’une mère trop tôt disparue et de l’autre, il nous relate une histoire d’amour naissante, à la fois légère et facétieuse.

L’amour tient en effet une place importante dans ce récit mais aussi les plaisirs de la table. Avec Maxime, on sillonne le marché de cette petite ville basque, fleurant bon le foie gras, la charcuterie, le fromage et le piment locaux, on en a plus d’une fois l’eau à la bouche.

La part des anges est un roman singulier mettant en scène un héros qui l’est tout autant, avec un rapport décomplexé par rapport aux cendres de sa mère. Une ode à la vie agréable à lire et que je vous recommande si le sujet vous intéresse.

Un grand merci à Filippa et aux éditions Julliard pour cette lecture touchante et farfelue.

Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Ils ont miraculeusement survécu au carnage de la Grande Guerre, aux horreurs des tranchées. Albert, un employé modeste qui a tout perdu, et Edouard, un artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », comprennent vite pourtant que leur pays ne veut plus d’eux. Désarmés, condamnés à l’exclusion, mais refusant de céder au découragement et à l’amertume, les deux hommes que le destin a réunis imaginent alors une escroquerie d’une audace inouïe…

2 novembre 1918. En ce jour des morts, il ne se passe pas grand chose sur la cote 113 et les rumeurs d’armistice vont bon train. Albert Maillard, ça fait quatre ans que son quotidien c’est de vivre la peur au ventre dans les tranchées, attendant la prochaine attaque.

Sa division est sous les ordres du lieutenant d’Aulnay-Pradelle, un homme de la noblesse qu’il exècre, qui lui fait peur et avec qui, lui l’homme du peuple, n’a rien en commun. Comme il ne se passe rien, le lieutenant envoie deux hommes en reconnaissance dans le No man’s land qui ne reviendront pas vivants et serviront pour le commandement de prétexte à donner l’assaut.

Albert court la peur au ventre sous le bruit de l’artillerie, les bombes font des cratères un peu partout et Albert croise le cadavre des éclaireurs qui ont été tués par des tirs français et non allemands. Stupéfait, il est K.O debout.

Pradelle le suit afin de faire disparaître les corps et envoie Maillard d’un coup de coude dans un cratère. Le soldat est aussitôt recouvert de terre par le souffle d’une nouvelle explosion et enterré vivant.

Il croit sa dernière heure arrivée, gisant par quelques mètres de profondeur en compagnie d’une tête de cheval qui le regarde fixement. Mais c’est alors que la chance lui sourit. Un de ses camarades l’entend et se met à creuser malgré sa blessure à la jambe qui le fait atrocement souffrir et qui le laissera boiteux à vie. Edouard Péricourt parvient à dégager Albert mais reçoit un éclat d’obus.

Maillard est sain et sauf, sans une égratignure, ce qui n’est pas le cas de Péricourt qui se retrouve avec un trou béant en pleine face. Par cette ironie du sort, les deux hommes, pourtant de milieux sociaux très différents, Péricourt étant le fils d’un homme riche et puissant, le comptable et le peintre, sont liés à jamais et Maillard va se démener pour que son sauveur soit pris en charge le plus rapidement possible et dans les meilleures conditions…

Voilà un roman que j’avais envie de lire depuis sa parution en grand format en 2013 et avant son couronnement par l’académie Goncourt la même année. Je me suis donc jetée sur la version poche qui a croupi dans ma PAL deux longues années avant que Belette me propose de le lire avec moi.

Il y a des livres que l’on sait que l’on va adorer et pourtant ils restent dans nos PAL alors que d’autres en sortent très vite. Au revoir là-haut est de ceux-là. J’étais sûre de l’aimer car j’avais apprécié la plume de Pierre Lemaitre lors de ma lecture de Robe de mariée et surtout pour son contexte historique.

Vous ne le savez peut-être pas mais j’affectionne tout particulièrement cette période de notre histoire, non parce que j’adore les guerres, mais parce que je trouve les poilus, qui ont eu une vie si dure dans les tranchées, très touchants.

Et parce que je m’intéresse à un sujet en particulier : le sort des gueules cassées. Un sujet grave et émouvant que l’on retrouve ans plusieurs romans ces dernières années dont le très beau roman de Marc Dugain, La chambre des officiers et que l’on retrouve ici puisque l’un des deux héros, Edouard, se retrouve avec un trou béant en pleine face comme je le disais plus haut.

Fresque cruelle et grand roman sur l’après-guerre de 1914, voilà ce qu’est Au revoir là haut, un récit puissant et évocateur sur la vie des rescapés de celle que l’on a surnommé La der des der. Des hommes traumatisés pour bon nombre d’entre eux, on le serait à moins, et dont on s’est finalement peu souciés, une fois la victoire sur l’Allemagne remportée. Seuls comptaient alors les morts et leurs souvenirs, les vivants étaient eux bien encombrants. C’est ce qui va donner à Edouard l’idée d’une sacrée escroquerie.

Les valides sont retournés autant que possible à la vie civile bien que leurs places étaient prises par d’autres et qu’ils ont souvent connus le chômage. Quant aux fracassés, ceux qui n’avaient plus de visage, amputés d’un ou plusieurs membres ou rendus fous, peu de chance pour eux de vivre une vie normale à nouveau.

Ce roman s’intéresse plus particulièrement à trois personnages : Albert Maillard, le faible à la vie terne, écrasé par une mère toute puissante, qui tremble devant les puissants. Edouard, l’esthète qui menait une vie facile dans l’hôtel particulier de son père, qui refuse toute idée de chirurgie réparatrice et qui va trouver un moyen de se venger de la société. Et Pradelle, dernier né d’une famille noble désormais ruiné qui va profiter de l’après guerre pour faire fortune d’une manière absolument abjecte.

Pierre Lemaitre nous donne à lire l’histoire de ces trois escrocs et pendant plus de 600 pages, et oui c’est une belle brique, on va suivre leurs aventures. Ici pas de longueurs, ce qui est tout de même un exploit au vu de l’épaisseur du roman, c’est au contraire un véritable page-turner. Car ce récit est tellement foisonnant et construit à la manière d’un thriller que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Mieux encore, l’auteur qui vient du polar, fait monter la pression sur ces personnage, instille un certain degré de suspens qui va crescendo.

Roman passionnant, fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est un grand roman de l’après-guerre de 14 : de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants.

Dans l’atmosphère de ces lendemains qui déchantent, peuplée de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre raconte avec talent le récit de cette génération perdue. Un roman que je vous conseille absolument !

Un grand merci à Belette pour m’avoir accompagné dans cette lecture, vous pouvez retrouver son avis ici.

La fractale des raviolis – Pierre Raufast

Elle veut tuer son époux infidèle, mais à l’instant fatal le récit bifurque… Cet instant fatal est un instant fractal. À la vitesse de l’éclair, une demi-douzaine d’histoires s’imbrique dans ce premier roman mené avec une rigueur toute scientifique.

Il était une fois une épouse bien décidée à empoisonner son mari volage avec des raviolis. Mais, alors que s’approche l’instant fatal, un souvenir interrompt le cours de l’action. Une nouvelle intrigue commence aussitôt et il en sera ainsi tout au long de ces récits gigognes.

La fractale des raviolis, le premier roman de Pierre Raufast avait fait parlé de lui lors de sa parution en 2014 et avait aussitôt attiré mon attention mais il m’a fallu trois ans pour le sortir de ma PAL, retrouvé lors du rangement de mes étagères.

Un roman singulier et assez jubilatoire construit à la façon des poupées russes avec une dizaine d’histoires liées les unes aux autres alliant probable et improbable pour un résultat final plutôt loufoque.

Tout part d’un banal adultère et d’une épouse bafouée qui décide d’en finir avec son mari à l’aide d’un plat de raviolis maison soigneusement empoisonnés et à partir de là tout bascule.

Au fil des pages, on découvre les aventures extraordinaires d’un jeune garçon solitaire qui, parce qu’il voyait les infrarouges, fut recruté par le gouvernement ; les inventions stratégiques d’un gardien de moutons capable de gagner la guerre d’Irak ; les canailleries d’un détrousseur pendant l’épidémie de peste à Marseille en 1720 ou encore la méthode mise au point par un adolescent sociopathe pour exterminer le fléau des rats-taupes.

Répertoriées ainsi, on pourrait croire qu’elles ne s’imbriquent pas les unes aux autres et pourtant si puisqu’à la fin de chacune d’entre elles apparait un événement qui permet de retomber dans un autre siècle, un autre temps pour donner naissance à une autre histoire, où les allusions scientifiques sont toujours présentes d’une façon très ludique.

Un roman original qui pourrait dérouter bon nombre de lecteurs mais que pour ma part je vous conseille vivement. Le style de Pierre Raufast est fluide et le récit se révèle prenant avec un final pas piqué des hannetons.

Comme le précise l’auteur, il l’a imaginé et construit comme lorsqu’il inventait des histoires pour sa fille le soir. Une sorte de conte des mille et une nuits moderne en quelque sorte très réussi.

Beaucoup d’imagination, d’humour, une pointe de cruauté et de l’absurde, voilà le cocktail qui compose ce premier roman foisonnant et que j’ai dévoré en un peu plus d’une journée.

Un parfum de fleur d’oranger – Gilles Laporte

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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A ceux qu’il rencontre sur sa route depuis l’Italie, Valturno Palazzi aime à dire qu’il est  » tailleur de pierre, maçon, simple ouvrier qui, de ses mains, veut créer du beau et du bon dans ce monde « . Un heureux hasard conduit l’exilé chez la belle Malou qui tient seule le Café des Lilas dans un village des Vosges. Son mari, Albert, a été assassiné. Un meurtre non élucidé, qui n’en finit pas de la hanter : en lettres anonymes, le nom de Mostaganem, lui revient telle une menace. C’est à Paris, lors de l’Exposition universelle de 1889, que Valturno fait le vœu de créer son entreprise de maçonnerie, de taille de pierre et de construction. Sa réussite sera fulgurante. En quelques années, Valturno s’épanouit dans cette Lorraine devenue sienne. Quand, un jour de 1895, un enfant de dix ans arrive subitement dans sa vie et ravive le souvenir de cette femme tant aimée, là-bas,  » vers son Sud « , commence entre le petit Victor et Valturno une jolie passation de savoirs et de connaissances…

Printemps 1883, domaine de Sant’Ambrogio di Valpolicella. Le vieil Angelo annonce à son fils Valturno Palazzi qu’il doit quitter l’Italie pour exercer son métier de tailleur de pierre en France et plus précisément en Lorraine. Le domaine familial ne rapporte plus assez pour nourrir toutes les bouches de sa famille.

Valturno quitte son pays natal la mort dans l’âme pour rejoindre Nice d’abord, où il vit un amour intense avec Guiliana, Belfort où il collabore avec Auguste Bartholdi puis la Lorraine, comme le lui avait demandé son père.

Printemps 1883, en Lorraine. Marie-Louise habite à Einville-aux-Bois depuis son mariage avec Albert, un ancien militaire qui a fait l’Algérie. Albert Saurier est revenu en Lorraine avec un joli pécule et à eux d’eux, ils ont repris Les Lilas, l’auberge du village.

Leur affaire tourne bien et le couple est heureux jusqu’au jour où Albert est assassiné. Dans un dernier souffle, il lâche un nom à son épouse : Mostaganem. Après que son ancien soupirant soit soupçonné du meurtre, c’est sur elle que les regards se portent, la Malou avait tout à gagner à être veuve.

C’est alors que Valturno et son meilleur ami Nénesse, tailleur de pierres lui aussi, débarquent à Lunéville et font la connaissance de la jeune veuve…

Un parfum de fleur d’oranger est un roman historique qui nous raconte les destins de Valturno, émigré italien et de Marie-Louise de 1883 à 1945.

Fort bien documenté, le dernier roman de Gilles Laporte nous emmène de la fin du 19è siècle jusqu’à la deuxième guerre mondiale et met en lumière ces émigrés italiens contraints de quitter leurs terres pour une vie meilleure en France.

Avec de l’or plein les mains, Valturno va formidablement réussir en Lorraine et nous assistons au fil des ans à son ascension sociale et à travers lui, l’auteur raconte l’histoire de cette fin du 19è avec la création des premiers syndicats, la naissance de la classe ouvrière et tous les soubresauts politiques de son époque, y compris les deux guerres mondiales et la crise de 1929.

Un roman où il est question d’intégration, Valturno se considère désormais comme français et reconnaît en la France sa vraie patrie, refusant jusqu’à sa mort de fouler le sol italien, mais aussi d’amour bien sûr.

Car les Femmes sont importantes pour ce bel italien et jalonnent sa vie. Elles sont sa colonne vertébrale et vont lui permettre de réussir son entreprise et ses affaires.

Un parfum de fleur d’oranger est un roman intéressant à plus d’un titre de par les thématiques qu’il aborde, plaisant à lire, porté par la plume fluide et documentée de Gilles Laporte, les pages se tournent toutes seules et si vous aimez les romans du terroir, il vous plaira à coup sûr.

Pour ma part, le seul point que je regrette c’est de n’avoir pas réussi à m’attacher aux personnages !

Un grand merci à Laëtitia et aux Editions Presse de la Cité pour cette lecture très plaisante !