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Archive for the ‘Littérature française’ Category

Franco-anglaise, Tatiana de Rosnay est l’auteur de treize romans traduits dans une quarantaine de pays. Plusieurs ont été adaptés au cinéma.

Martin Dujeu, dix-huit ans, a deux amours : son beagle Germinal et l’oeuvre d’Emile Zola. Ce grand échalas blond comme les blés aux pieds palmés, myope de surcroît, habite rue du Bac dans un grand appartement bourgeois.

Il ne communique quasiment plus avec son père, un ténor du barreau, et s’apprête à tripler sa terminale, les études ne l’intéressant guère, il préfère se consacrer à la rédaction de son premier roman.

Père et fils sont toujours endeuillés par la mort de Kerstin, la mère suédoise de Martin, disparue dans un accident d’avion alors qu’il n’avait que deux ans.

C’est en promenant Germinal dans les rues du VIIè arrondissement que Martin va croiser Célestine du Bac, vieille clocharde ayant élu domicile sous un porche de la rue du Bac.

Ces deux êtres que tout semble opposer vont se découvrir une passion commune pour l’écriture, apprenant à s’apprivoiser en dépasser progressivement leurs préjugés pour toucher à l’essentiel.

Célestine du Bac est le premier roman qu’a écrit Tatiana de Rosnay : « Ce roman, je l’ai écrit en 1990. J’avais rangé le manuscrit dans un carton, puis l’avais oublié. Jusqu’au jour où, à l’occasion d’un déménagement, nous nous sommes retrouvés, lui et moi. Je l’ai relu avec émotion et il m’a semblé qu’il avait aujourd’hui une résonance particulière. »

Avec Tatiana de Rosnay, que je trouve très sympathique au demeurant, je n’ai eu quasiment eu que des déceptions : Rose ; Le voisin ; Les fleurs de l’ombre  m’ont laissé sur ma faim. Seul Son carnet rouge m’avait plu mais Célestine du Bac a changé la donne car je l’ai littéralement adoré et lu d’une traite !

C’est bien simple, tout m’a plu ! La plume de Tatiana de Rosnay, les personnages de Martin et Célestine, les thèmes qu’elle traite dans ce roman (le deuil, la différence, l’acceptation de soi et des autres, l’amitié, l’amour…), ce Paris dont elle parle si bien.

Peu de romans abordent le thème de la clochardisation et des sans-domicile fixe, Tatiana de Rosnay le fait avec doigté, tendresse et réalisme, ne tombant jamais dans les écueils. Elle en profite pour aborder les clichés que l’on peut avoir sur ces hommes et ces femmes qui vivent dans la rue, les dynamitant avec beaucoup de justesse.

Mais ce qui m’a le plus intéressée et émue, c’est la très belle relation qui se noue au fil des pages entre Martin et Célestine. Lui, fils de bonne famille et rêveur. Elle, sans âge, sans domicile, abîmée par la vie et l’alcool.

Tout les sépare et pourtant, ces deux handicapés de l’amitié et de l’amour vont peu à peu s’apprivoiser en dépit du père de Martin. Ils vont beaucoup s’apporter l’un à l’autre et tisser des liens filiaux.

Martin mettra de l’amour et du réconfort dans le quotidien de Célestine. Célestine apportera de la magie dans la vie de Martin.

Ce roman a fait battre mon coeur très fort. Il m’a fait rire et beaucoup pleuré aussi. Plusieurs jours après l’avoir refermé, j’y repense toujours alors Merci Tatiana d’avoir sorti ce bijou de vos cartons, d’avoir amené Martin et Célestine dans ma vie de lectrice, je ne suis pas prête de les oublier.

Un roman coup de foudre et je ne m’y attendais pas ! Je ne peux que vous conseiller de découvrir à votre tour cette petite merveille.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour cette magnifique lecture.

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Anne-Gaëlle Huon a une passion pour les listes et une tendresse particulière pour les vieilles dames. Sa plume lumineuse et optimiste met en scène des personnages attachants empreints d’une vraie joie de vivre. Après le succès du Bonheur n’a pas de rides, elle nous invite en Provence avec Même les méchants rêvent d’amour. 

Rosa a quinze ans quand elle prend la route avec sa soeur Alma, un froid matin d’automne, avec une seule idée en tête : rejoindre le Pays basque pour devenir couseuse d’espadrilles et échapper à son destin.

Mais en chemin, un drame survient qui marquera son existence à tout jamais. Heureusement, quelques semaines après son arrivée à Mauléon, elle rencontre les Demoiselles, des femmes fantasques et mystérieuses vivant au milieu des livres, des jarretières et des coupes de champagne.

Qui sont-elles ? Quel secret cachent-elles ? Libres et incandescentes, accompagnées d’un majordome plus grand qu’une cathédrale, d’un chauffeur louche et d’un perroquet grivois, les Demoiselles n’auraient jamais dû croiser la route de Rosa. Pourtant, ces femmes vont changer sa vie.

Les demoiselles signent mes retrouvailles avec Anne-Gaëlle Huon dont j’avais apprécié Même les méchants rêvent d’amour mais pas du tout Le bonheur n’a pas de rides.

Vous connaissez mon intérêt pour les années 20, ce roman historique ne pouvait qu’atterrir dans ma PAL et il n’a pas eu le temps d’y rester puisque je l’ai lu quelques jours après l’avoir acheté.

Ce troisième roman de l’autrice d’origine basque fut une agréable parenthèse qui m’a accompagnée le temps d’un week-end. L’histoire, portée par l’écriture fluide et agréable d’Anne-Gaëlle Huon, m’a beaucoup plu. Elle fait la part belle aux femmes libres et indépendantes, à une époque où le rôle des femmes était dévolu au foyer.

Anne-Gaëlle Huon s’attache à dévoiler la condition féminine de cette époque encore corsetée où les femmes passaient du joug de leur père à celui de leur mari sans ciller.

Un temps où les violences faites aux femmes semblent bien normales et ordinaires que ce soit dans le mileu familial ou du travail. Un temps où les hommes sont tout-puissants, comme aujourd’hui hélas !

Une époque où la sexualité était affaire de mariage et où les filles-mères étaient montrées du doigt, souvent contrainte de quitter leur région voire d’abandonner leur enfant.

De tout ceci, il est question dans ce roman mais pas que ! L’autrice nous parle de deuil, d’amour, de relations entre soeurs, entre mères et filles, de sororité, de rivalité et de mode.

Ce roman nous permet aussi de découvrir l’existence des Hirondelles, ces jeunes filles espagnoles qui traversaient les Pyrénées pour aller coudre des espadrilles au pays basque six mois par an et qui leur permettait de s’offrir ensuite leur trousseau de mariage.

Au-delà de l’intrigue et des thématiques, le point fort de ce roman ce sont les personnages : Rosa, Colette, Bernadette, Marcel, Lupin, Melle Thérèse et Melle Véra sont attachants et plutôt hauts en couleurs, j’ai beaucoup aimé suivre l’évolution de leurs vies.

Petit bémol pour moi : le côté historique n’est pas assez travaillé, on passe de 1923 à 1939 puis aux années 50 de façon trop précipitée et cela ne me semble pas crédible qu’une héroïne née en 1908 soit encore vivante en 2021 pour raconter son histoire.

En dépit de ce bémol qui peut décevoir les adeptes de l’Histoire comme moi, je vous conseille ce roman si vous êtes à la recherche d’une histoire pétillante et pleine d’émotion !

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois

Née en Normandie, Karine Lebert a notamment publié aux Presses de la Cité Les Demoiselles de Beaune (2017), Les Amants de l’été 44 (2018), sa suite, indépendante, Pour l’amour de Lauren (2019) et Les Murmures du lac (2020).

De nos jours, à Trouville, lors d’une remise de médaille pour saluer son action héroïque durant la Libération, Alma est victime d’un malaise. Elle a ces mots : « Pardonne-moi, Lucie… » car elle porte en elle un secret qui a hanté longtemps son existence hors du commun.

En 1944, Alma s’est enrôlée parmi les Rochambelles, ces infirmières et ambulancières de la 2e DB. Elle était au plus près des soldats, de l’Angleterre aux plages du Débarquement, de Paris à l’Allemagne, conciliant son engagement et sa vie de femme.

Au sein d’une famille désunie, sa petite-fille, Marion, va chercher à remonter le fil du temps et le passé d’Alma, en interrogeant des témoins de l’époque. Afin de savoir qui est Lucie. Et de découvrir le secret coupable d’Alma…

Quel plaisir de retrouver la plume de Karine Lebert à l’occasion de son tout nouveau roman : Pour l’honneur des Rochambelles. Vous le savez si vous me suivez depuis un petit moment, j’avais adoré sa duologie Les amants de l’été 44 et Pour l’amour de Lauren qui avaient pour cadre la seconde guerre mondiale.

Si, comme moi, vous aimez les romans sur deux temporalités, les secrets de famille, les destins de femmes et que vous aimez retrouver la guerre 39/45 dans vos lectures, je ne peux que vous conseiller ces trois romans, vous allez à coup sûr les apprécier.

Karine Lebert connaît manifestement très bien cette époque de notre histoire qu’elle prend pour toile de fond de ses romans. La romancière alterne la narration entre le présent et le passé, entre Marion et Alma, en donnant tour à tour la parole à ses deux héroïnes et aborde un sujet assez méconnu de la seconde guerre mondiale : les Rochambelles.

Je ne connaissais pas avant d’entamer cette lecture l’existence des Rochambelles, nom donné aux conductrices ambulancières de l’unité Rochambeau, qui faisait partie de la 2ᵉ division blindée du général Philippe Leclerc pendant la Seconde Guerre mondiale et j’ai beaucoup aimé découvrir le quotidien de ces femmes courageuses de l’Afrique du Nord à l’Angleterre, de la France à l’Allemagne, c’était réellement passionnant.

Si le récit au passé est intéressant, celui au présent, une fois n’est pas coutume, l’est tout autant. L’enquête de Marion pour remonter le fil de l’histoire de sa grand-mère, même si cela est un peu trop facile pour être tout à fait crédible, se révèle très addictive, avec des thématiques fortes comme les filles-mères et le sort réservé à leurs bébés, la santé mentale et les conditions de vie dans les asiles psychiatriques pendant la guerre et les deux décennies qui suivent.

Certaines scènes sont réellement bouleversantes et émouvantes tant l’autrice arrive à nous plonger dans cette histoire. C’est un roman est très complet : bien documenté d’un point de vue historique, instructif, avec du suspense, des rebondissements, de lourds secrets.

Karine Lebert fait aussi un clin d’oeil à Gemma, l’une des héroïnes de Pour l’amour de Lauren, et nous balade dans des villes normandes chères à mon coeur que sont Deauville, Trouville et Honfleur. Un voyage immobile bienvenu en plein confinement.

Passionnant de bout en bout, le dernier opus de Karine Lebert est une belle ode aux femmes, ne le manquez pas !

Un grand merci aux éditions Presses de la cité pour cette très belle lecture.

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  :

challenge-un-pave-par-mois

Né à Paris, Pierre Lemaitre a enseigné aux adultes pendant de nombreuses années, notamment les littératures française et américaine, l’analyse littéraire et la culture générale. Aujourd’hui écrivain et scénariste, il a publié des polars avant de s’attaquer à la littérature blanche.

Montmartre, avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire, où la France tout entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.

Décidée à comprendre le passé de sa mère Jeanne, elle fuit Paris dans la vieille auto de Monsieur Jules, bistrotier au coeur d’or et amoureux en secret de Jeanne.

Léon Landrade et Gabriel désertent pour se jeter sur les routes jusqu’à converger à un camp de réfugiés au sud de la Loire dirigé d’une main de maitre par l’abbé Désiré, jeune curé de trente ans au charisme fou.

Miroir de nos peines est le dernier tome de la trilogie des Enfants du désastre inaugurée par Au revoir là-haut et poursuivie par Couleurs de l’incendie. J’avais adoré le premier opus, eu un coup de coeur pour le second, autant dire que j’attendais avec impatience la sortie poche du dernier opus qui n’a pas eu le temps de croupir dans ma PAL.

Pierre Lemaitre n’a pas son pareil pour faire revivre une époque et nous proposer des personnages hauts en couleurs. Il faut toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.

Et il s’empare avec brio d’un épisode de la guerre qui n’a pas la faveur des romanciers : la drôle de guerre et l’exode. L’auteur nous livre un récit ponctué de rebondissements, de burlesque et de tragique. Il est, comme toujours, un conteur formidable et c’est pour moi un grand plaisir de lecture à chaque fois. C’est bien simple, les pages défilent toutes seules.

Cependant, si j’ai beaucoup aimé ce roman, je le trouve un peu en-dessous des deux premiers opus à la trame réellement brillantes, portés par des personnages inoubliables. Ici les personnages sont moins flamboyants à l’exception du génial Désiré qui mériterait un tome à lui tout seul !

Ce ne sont plus des bourgeois, mais des hommes et des femmes ordinaires (patron de bistrot, institutrice, escroc à la petite semaine ou imposteur de génie) auxquels je ne me suis pas réellement attachée même si j’ai été heureuse de retrouver la petite Louise du premier tome devenue adulte.

Ce roman démontre avec humour et tendresse que l’on peut se révéler dans une situation d’urgence dramatique. Et quoi de plus dramatique que cette débâcle de 1940 où les gouvernants se sont révélés incompétents et dépassés, incapables de protéger une population écrasée et soumise à des événements tragiques ?

Heureusement que des gens « ordinaires » ont pris la relève, à l’instar de la communauté de la chapelle Bérault qui n’est qu’un exemple de ce que les hommes et femmes de bonne volonté sont capables d’accomplir pour leurs semblables.

Un roman passionnant, très bien documenté et merveilleusement écrit, qui a le mérite de nous raconter une période noire de notre histoire et plutôt méconnue. Je vous recommande fortement cette trilogie et j’attends avec impatience le prochain roman de l’auteur, conteur d’histoires, grandes et petites, hors pair.

Ma copinaute Belette a adoré ce tome, allez lire son avis ici !

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Geneviève Senger a notamment publié aux Presses de la Cité Un coeur entre deux rives, Le Roman d’Elsa, L’Air de l’espoir, La Première Amie, des romans à la rencontre de belles héroïnes.

Parisienne de toujours, Ariana vit dans une attique à Montmartre avec son mari Edouard et leurs deux enfants depuis vingt ans. Elle est bloggeuse, influenceuse dans le domaine de la mode et mène une vie tambour battant. Elle a une vie de couple très heureuse avec son cardiologue de mari de vingt ans son aîné et partage un lien très fort avec sa demi-soeur Sophia, bibliothécaire bientôt à le retraite.

Sa grande-tante Adèle vient de rendre l’âme et de lui léguer sa propriété sise à Cahors. Qu’en faire ? Ariana de se voit pas y vivre, citadine jusqu’au bout des ongles, jusqu’à ce que son mari soit victime d’un infarctus. Une fois remis sur pied, Edouard ne veut plus rester dans la capitale et parvient à convaincre Ariana de changer de vie.

Cap sur Cahors : nouvelle vie plus saine, nouvelles priorités ! Sophia décide de les suivre et prend un appartement dans la vieille ville. Ariana, elle, est quelque peu bousculée par ces changements, d’autant que son père se joint à eux sous prétexte de mieux connaître ses petits-enfants.

Un jour, Sophia qui a ouvert une bibliothèque pour tous avec son immense collection de livres lui apprend qu’elle a vu Mansour, le premier amour d’Ariana. Chrétien d’orient, demandeur d’asile, journaliste devenu ouvrier agricole, ils s’étaient rencontrés à l’âge de quinze ans et séparés par le père d’Ariana qui la trouvait trop jeune pour s’engager dans une histoire d’amour.

Alors Ariana a oublié. Maintenant tout lui revient en mémoire…

Le premier amour est-il éternel ? signe mes retrouvailles avec Geneviève Senger dont je n’avais lu jusqu’alors que des titres historiques. Dans ce roman très contemporain, l’autrice aborde dans ce roman des thèmes très actuels : le changement de vie, le veganisme, l’adultère, le deuil, la retraite, l’amour, les réfugiés, l’homosexualité, la précocité, les violences conjugales, le harcèlement.

Autant de thématiques intéressantes, certes parfois un peu survolées, mais qui s’intègrent très bien au récit par petites touches. Le thème de fond ici c’est bien sûr le titre du roman : Le premier amour est-il éternel ?

C’est à cette question que devra répondre Ariana, installée et semble-t-il heureuse et épanouie avec son mari, quand resurgit dans sa vie et totalement par hasard, son premier amour.

Tout lui revient alors : la rencontre en Syrie alors que son père est diplomate dans ce pays, les premières étreintes, leur séparation de force car trop jeunes. Le thème du premier amour, amour adolescent, n’est pas neuf bien sûr, on l’a déjà croisé dans bien des romans, mais il est joliment traité ici, avec beaucoup d’émotion.

Globalement, j’ai beaucoup aimé cette histoire que j’ai quasiment lu d’une traite, bien ferrée par la plume enlevée de l’autrice et par l’ambiance chaleureuse de ce récit.

Les personnages sont intéressants, plutôt bien dessinés et permettent à l’autrice d’aborder ces différentes thématiques. Dans l’ensemble, ils sont sympathiques et on a plaisir à les suivre tout au long du roman.

On pourrait reprocher à Geneviève Senger d’avoir voulu faire trop actuel en casant plein de thématiques qui sont souvent esquissés mais cela ne m’a pas dérangé car comme je l’ai dit plus haut, ils s’intègrent bien dans le trame du récit et ne tombent jamais comme un cheveu sur la soupe.

Au-delà de ces thèmes, je trouve que c’est une lecture détente idéale à faire en vacances. L’histoire est agréable, elle nous fait sourire mais nous émeut aussi, nous questionne également et cerise sur le gâteau, l’autrice nous fait voyager jusqu’à Cahors, une ville que je ne connais pas mais en refermant ce roman, j’ai vraiment envie d’y séjourner.

Une bonne surprise en ce qui me concerne et si ce que je vous en dis vous tente, n’hésitez pas à le découvrir à votre tour !

Un grand merci aux éditions Presses de la cité pour cette lecture pleine de soleil, j’ai beaucoup aimé !

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Delphine de Vigan a publié en 2001 Jours sans faim, son premier roman, sous pseudonyme. Elle est l’auteur des Jolis garçons, d’Un soir de décembre, de No et moi (prix des Libraires 2008) et des Heures souterraines. Jours sans faim apparaît aujourd’hui comme un chapitre en creux de Rien ne s’oppose à la nuit, immense succès de la rentrée 2011.

2010. Mélanie, qui a grandi dans le culte de Loana de Loft Story, n’a qu’une idée en tête : devenir célèbre. Mais son unique apparition dans une émission de téléréalité est un fiasco et elle fait une croix sur ces envies de célébrité.

Quelques années plus tard, mariée et mère de famille, elle crée sur YouTube la chaîne Happy Récré, mettant en scène Sammy et Kimmy, ses deux enfants, au quotidien. Et c’est enfin la gloire !

Bientôt, la voilà suivie par des millions d’abonnés, qui likent et commentent la moindre virée au supermarché, les vidéos d’unboxing où les petits déballent des cadeaux sans fin, et autres défis célébrant la consommation.

Pendant ce temps, une jeune femme, Clara, entre dans la police. Marquée par la perte brutale de ses parents et sa difficulté à fonder une famille, elle intègre la Brigade criminelle où elle deviendra « procédurière ».

Ce métier qui en rebute certains, la passionne. A elle de récolter sur les scènes de crime les indices qui lui permettront de rédiger une version précise des faits en vue des Assises.

Leurs chemins se croisent à la suite de la disparition de Kimmy, âgée de sept ans, lors d’une partie de cache-cache en bas de chez elle. Mauvaise rencontre ? Fugue ? Enlèvement ?

Tandis que l’enquête progresse et qu’elle découvre l’univers des influenceurs, Clara et les enquêteurs découvrent l’univers des chaînes familles sur Youtube, les rivalités, la course aux likes…

Clara mesure la violence que constitue Happy Récré pour les deux enfants qui en sont les rois… et les victimes.

Avec Les enfants sont rois qui s’ouvre sur les années Loft et s’achève en 2031, Delphine de Vigan s’empare d’un sujet vertigineux : les réseaux sociaux et leurs dérives. Et explore avec maestria une société basculant dans le culte de l’ego, où tout est mis en scène et se vend, jusqu’au bonheur familial.

J’avoue, j’ai découvert avec ce roman l’existence de ces chaînes familles car mon exploration sur Youtube se limite aux comptes booktubes et d’histoire et ce n’est pas avec ce titre que je risque d’avoir envie de les regarder !

Comme l’autrice que je découvre également grâce à ce titre, je n’aime pas la téléréalité, je n’en regarde pas et je suis contre le fait d’exposer les enfants sur la toile, surtout à des fins commerciales.

En effet, comment ne pas s’insurger devant les manipulations de cette maman qui exploite ses enfants pour être dans la lumière et gagner beaucoup d’argent, persuadée que ses petites têtes blondes sont ravies de devenir des stars, de cumuler des kilos de jouets à la condition de sourire à la caméra et à envoyer du love à leurs followers ?

Comment avoir envie de regarder ces mères parfaites sur Instagram en oubliant, les conséquences psychologiques, juridiques, judiciaires, sur ces enfants, une fois devenus grands ?

J’ai été horrifié par l’attitude de cette maman et de ses concurrents, des followers, et des marques, choquée par ce trou béant dans la législation qui permet de filmer ses enfants H24 et de trouver cela normal, atterrée aussi par les sommes d’argent mises en jeu, choquée de voir le contenu de ces chaînes qui prônent la surconsommation.

De tout cela, il est question dans ce roman écrit dans un style journalistique très factuel qui m’a beaucoup plu et c’est un titre à lire pour toutes ces thématiques et les questionnements qui en découlent.

Ne vous attendez pas à un roman avec une intrigue bien construite, des personnages attachants, il n’en est nullement question ici.

C’est davantage pour moi une enquête journalistique doublée d’une intrigue policière avec des retranscriptions de vidéos et de procès verbaux. L’important c’est bien sûr la dénonciation de l’exploitation des enfants, de montrer l’envers du décor de notre société qui devient chaque jour plus narcissique au travers des réseaux sociaux. 

Delphine de Vigan nous propose ici un roman engagé très réussi, qui tire vers l’anticipation avec un dénouement en 2031 qui montre les ravages de la surexposition des enfants. Je vous le recommande vivement si ces thèmes vous intéressent.

Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ? Un titre de l’autrice à me conseiller ?

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Avant de se consacrer à l’écriture, Lorraine Fouchet a été urgentiste. Elle est l’auteur de vingt-et-un romans et d’une lettre ouverte à son père, J’ai rendez-vous avec toi. Ses derniers succès, Entre ciel et Lou (prix Bretagne, prix Ouest et prix Système U), Tout ce que tu vas vivre et J’ai failli te manquer ont paru chez EHO. Elle vit entre les Yvelines et l’île de Groix.

En devenant romancière, Prune ignorait qu’elle serait aussi marieuse. Pourtant, grâce à l’un de ses livres, Face à la mer immense, Merlin et Fleur qui habitent Rouen, vont s’unir à Groix, décor de son roman. Et elle est conviée à la noce.

Elle qui s’était juré de ne plus jamais remettre les pieds sur l’île accepte. Il est peut-être temps de cesser de fuir. Sur place, fuir sera de toute façon impossible : une tempête retient les bateaux à quai. Les invités vont devoir se supporter plus longtemps que prévu… advienne que pourra !

Que serait un mariage sans imprévus, petites vengeances familiales et rencontres sentimentales ? Certains sont là par affection, par politesse, ou pour ne pas dormir seuls. Mais cerné par la mer immense, chacun repartira transformé.

Avec Face à la mer immense, Lorraine Fouchet nous invite à un mariage groisillon. Le temps de notre lecture, nous rejoignons l’île de Groix, chère au coeur de la romancière et des morbihannais.

Roman choral, nous suivons tour à tour Prune l’autrice, les mariés Fleur et Merlin, leurs enfants respectifs Eric et Coline, Charlie l’ex-mari de Fleur, Bon-papa, le grand-père, Luigi, Pascal et Anne, les beaux-parents, et Julien le frère.

Dans ce climat morose, si il y a un roman qui offre une parenthèse enchantée et iodée, c’est bien celui-ci ! J’avais déjà lu et beaucoup aimé certains romans de Lorraine Fouchet mais là dès les premières pages, j’ai senti le coup de coeur poindre et j’ai dévoré en quelques heures cette histoire si bien racontée par l’autrice bretonne d’adoption comme moi !

Pur moment de bonheur, j’ai refermé ce livre boostée à bloc, le sourire aux lèvres, des étoiles plein les yeux. C’est bien simple, j’ai tout adoré : l’ambiance groisillonne, les personnages qui traversent ce roman, l’histoire en partie autobiographique, la très belle histoire d’amour de Merlin et Fleur, les thèmes abordés très bien traités, importants et graves, sans jamais tomber dans le pathos, sans jamais plomber l’ambiance.

Lorraine Fouchet parvient à rester sur le fil, entre larmes et rires, entre émotion et moments plus cocasses, elle nous tricote une histoire dans laquelle chacun peut se reconnaître et s’identifier.

Tout au long du roman, on assiste à ce mariage breton, l’occasion pour les différents protagonistes d’avouer des secrets bien trop longtemps tus, de renouer avec le passé ou d’en finir, afin de renaître à la vie. Il y a quelques péripéties truculentes qui nous font bien rire, d’autres sont plus émouvantes et serrent le coeur.

Lorraine Fouchet va aborder le deuil qui touche tous les personnages de ce livre, le suicide, le veuvage, la parentalité, l’homosexualité, la maladie, l’infidélité… Chacun a ses secrets, ses joies, ses peines, ses souffrances, ses angoisses, ses regrets, ses non-dits et ses bonheurs.

Une pépite que cette noce mouvementée et un roman qui m’a touchée en plein coeur. Je vous le conseille plus que vivement, par les temps qui courent, il est même indispensable !

Un grand merci à Babelio et aux éditions Héloïse d’Ormesson pour ce joli coup de coeur !

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Écrivain-voyageur, romancier, pilote pendant la Grande Guerre, résistant, journaliste, JOSEPH KESSEL est l’un des plus grands reporters de l’entre-deux-guerres. Il est l’auteur de près de quatre-vingts romans. Il reçoit de nombreux prix et récompenses et entre à l’Académie française en 1962. Il meurt en 1979.

« C’était avant la guerre quatre inséparables dont le plus âgé avait 82 ans et le plus jeune 75. Toujours à la même heure, toujours dans la même direction, par tous les temps, ils faisaient leur promenade sur la fine route blanche, ombragée par les charmes, qui passe devant Arras. La guerre vint. Et toujours à la même heure, dans la même direction, sur la fine route blanche, éventrée par les obus, vérolée par la pluie des shrapnells, sous les charmes élancés qui gémissent au vent des balles, quatre silhouettes se profilent, grêles, qui vont de nouveau à pas menus, avec des gestes calmes et lents. »

Première Guerre mondiale est un recueil de chroniques, témoignages et nouvelles, écrits par le jeune Joseph Kessel. Il contient ses premiers textes journalistiques écrits en novembre 1914 alors qu’il n’est encore qu’un adolescent adolescent puis des nouvelles écrites tout au long de la guerre.

En 1914, Joseph Kessel n’a que 16 ans, trop jeune pour partir dans les tranchées, il devient bénévole dans un hôpital niçois accueillant les soldats blessés.

Puis il devient journaliste au Journal des débats où il traduira, lui qui parle le russe couramment, les câbles et messages en provenance du front Russe. Et en 1917, il s’engage dans l’aviation et rejoint la l’escadrille des As des As, l’escadrille S 39.

Vous le savez, je m’intéresse beaucoup à la grande guerre et lorsque je suis tombée sur ce recueil que je ne connaissais pas, je n’ai pas pu m’empêcher de repartir avec !

D’autant que je n’avais jamais lu Joseph Kessel auparavant et ces textes et nouvelles très bien écrits m’ont confirmé mon envie de découvrir son oeuvre romanesque et notamment L’armée des ombres et Le tour du malheur.

Ces souvenirs autobiographiques sont tantôt éminemment politiques tantôt plus humaines où Joseph Kessel s’inspire de ses expériences : il raconte ses débuts d’acteur sur les planches, son bénévolat à l’hôpital, son engagement dans l’aviation, et nous livre des témoignages de Pioupiou parfois assez bouleversants.

Ces trois nouvelles à la fois assez bouleversantes par leurs sujets mais avec des pointes d’humour m’ont beaucoup plu tout comme et elles racontent à leur manière tout ce qui fait la première guerre mondiale.

Le jeune homme est marqué par son expérience à l’hôpital de Nice où affluent les premiers blessés du front, mais aussi par les bouleversements des hommes et du monde en temps de guerre, sur lesquels il porte un regard poignant, tour à tour optimiste et révolté.

Si vous souhaitez découvrir la plume déjà aguerrie de Joseph Kessel ou que vous vous intéressez à la première guerre mondiale, je ne peux que vous conseiller ce court volume.

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois

Catherine Bardon est une amoureuse de la République dominicaine. Elle est l’auteur de guides de voyage et d’un livre de photographies sur ce pays, où elle a passé de nombreuses années. En 2018, elle a signé son premier roman, Les Déracinés, paru aux Escales.

Vienne, 1932. Au milieu du joyeux tumulte des cafés, Wilhelm, journaliste, rencontre Almah, libre et radieuse. Mais la montée de l’antisémitisme vient assombrir leur idylle.

Au bout de quelques années, ils n’auront plus le choix ; les voilà condamnés à l’exil. Commence alors une longue errance de pays en pays, d’illusions en désillusions. Jusqu’à ce qu’on leur fasse une proposition inattendue : fonder une colonie en République dominicaine.

En effet, le dictateur local a offert cent mille visas à des Juifs venus du Reich. Là, au milieu de la jungle brûlante, tout est à construire : leur ville, leur vie.

Fondé sur des faits réels, Les déracinés est le premier tome d’une fresque familiale et historique, qui révèle un pan méconnu de notre histoire récente.

A travers les destins d’Almah et de Wilhelm, Catherine Bardon qui signe ici son premier roman, dépeint le sort des êtres pris dans les turbulences du temps, la perte des rêves de jeunesse, la douleur de l’exil et la quête des racines.

C’est un roman fleuve, passionnant, où l’on suit notre couple de héros à Vienne puis dans l’exil en République Dominicaine. Le sujet questionne, interroge : peut-on se reconstruire lorsque l’on devient apatride après avoir été confronté brutalement à l’Histoire ?

On va assister à la montée du nazisme, à la perte pour les personnages et leurs familles de leurs métiers, de leurs entreprises, jusqu’au jour où poussés par leurs parents respectifs et Myriam, la soeur de Wilhelm, ils optent pour l’exil la mort dans l’âme.

La difficulté d’avoir des visas se pose alors que tous les pays mettent en place des quotas et l’ensemble des juifs ne pourra malheureusement pas quitter l’Autriche.

La douleur du déracinement, l’errance pendant près d’un an avant de finalement accepter de rejoindre la république dominicaine où règne sans partage la dictature de Rafael Trujillo, l’abandon de leur profession de journaliste et de dentiste pour refaire leur vie dans un esprit communautaire, rien ne sera épargné à Wilhelm et Almah.

Si j’ai adoré toute la partie viennoise véritablement passionnante, j’ai un peu moins goûté la partie dominicaine où il y a trop de longueurs à mon goût même si j’ai trouvé très intéressant de découvrir comment s’organisait un kibboutz.

Je ne savais absolument rien sur ces villages collectivistes nés au début du XXè siècle en Palestine et où l’individu doit s’effacer devant le collectif, une organisation qui va beaucoup perturber notre couple qui souffre de perdre son intimité.

Malgré mes réserves sur les longueurs, j’ai beaucoup aimé ce premier tome, très bien écrit et documenté, notamment grâce au personnage solaire d’Almah. Je lirai avec plaisir la suite de cette saga familiale puisque les tomes 2, 3 et 4 sont dans ma PAL.

Et vous, vous aimez les sagas familiales ?

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Serena Giuliano est italienne mais a aussi quelques défauts. Elle écrit – en français – sur les réseaux et sur papier. Elle est l’autrice de Ciao Bella et de Mamma Maria.

Luna arrive à Naples contre son gré : son père est gravement malade. Rien, ici, ne lui a manqué. Ses repères, ses amies, son amour sont désormais à Milan.

Alors pourquoi revenir ? Pourquoi être au chevet de son papà, au passé trouble, et avec lequel elle a coupé les ponts ?

Mais Napoli est là, sous ses yeux : ses ruelles animées et sales, ses habitants souriants et intrusifs, sa pizza fritta, délicieuse et tellement grasse, son Vésuve, beau et menaçant…

Est-il seulement possible de trouver la paix dans une ville si contrastée ? Et si ce retour aux sources sonnait finalement l’heure de l’apaisement ?

Luna est le troisième roman de Serena Giuliano et pour moi, la découverte de sa plume et de son univers. Ses deux premiers romans ayant connu un joli succès, j’étais curieuse de découvrir son nouveau titre et si pour moi c’est bien loin d’être un coup de coeur, ce fut une lecture détente sympathique.

On suit donc Luna de retour dans sa ville natale pour voir son père hospitalisé avec lequel elle est en froid depuis deux décennies, depuis le divorce de ses parents. Elle a suivi sa mère à Milan et s’y est fait des amies formidables avec lesquelles elle est très proche.

Cette balade dans Naples et l’amitié qui lie Luna à Fatima, Alessandra et Francesca puis Filomena sont ce que j’ai préféré dans ce roman. L’histoire se lit bien mais elle n’est guère originale, bourrée de clichés et je ne me suis à aucun moment attachée à Luna mais à ses amies, oui.

La plume de l’autrice est agréable, elle aborde des thèmes très intéressants comme la mafia, l’homosexualité, la maladie et la condition hospitalière en Italie mais de façon bien trop survolée, les sujets ne sont jamais creusés et c’est bien dommage car il y avait de la matière à faire quelque chose d’intéressant.

Pareil pour la relation entre Luna et son père, on comprend la cause de leur fâcherie bien avant que Serena Giuliano ne nous la dévoile, pour l’expédier en deux lignes !

Là où l’autrice m’a surprise c’est dans la révélation du nouvel amour de Luna, j’avoue, je n’avais rien vu venir !

Un peu déçue tout de même par ce roman sympathique mais qui manque de profondeur, ce qui est bien dommage car l’autrice effleure des sujets qui auraient mérité davantage de développements.

Vous l’aurez compris, je ne suis pas emballée par ce roman qui est pour moi une lecture de plage vite lue et vite oubliée malheureusement.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour cette balade à Napoli !

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